Cet os est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "gueux" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp.

TW : Mention de viol


Bellatrix Black était une jeune fille souriante et joyeuse. Heureuse. Elle avait tout, et ce depuis sa naissance : elle était une Sang-Pur, issue d'une famille noble et respectée dans le monde magique. Ils étaient fortunés et elle n'avait jamais manqué de rien. Elle avait deux petites sœurs adorables, qu'elle aimait de tout son cœur.

La seule ombre au tableau était qu'Andromeda, sa cadette, devenait peu à peu distante depuis qu'elle était adolescente. Mais après tout, elles arrivaient toutes les trois à un âge où elles allaient devoir penser à leur avenir, à leur mariage.

Depuis leur naissance, elles savaient qu'elles devraient épouser un homme choisi par leur père. Elles n'avaient jamais eu voix au chapitre et elles n'avaient jamais imaginé désobéir. En fin de compte… elles n'avaient que leur famille et tout quitter pour une amourette de passage serait stupide.

Bellatrix se moquait bien d'avoir à convoler avec un inconnu. Tant que son futur époux était gentil et prenait soin d'elle, elle s'en accommoderait. Après tout, leurs parents avaient réussi à s'entendre et à former un couple harmonieux — au moins en apparences.

Quant à Narcissa… L'idiote rêvait du grand amour. Elle imaginait tomber amoureuse de son futur époux et vivre une idylle extraordinaire. Mais elle était encore très jeune, et son penchant certain pour les livres dégoulinants de romance et les chansons de Celestina Moldubec n'arrangeait rien.

Bellatrix était aussi une jeune fille curieuse. Elle avait grandi protégée du monde dans la demeure Black et ils allaient de temps en temps à Londres visiter leur tante Wallburga et leurs cousins. Ils y allaient uniquement par cheminette, mais elle voyait un morceau de monde moldu par les grandes fenêtres et elle brûlait d'en savoir plus.

Son cousin Sirius ne cessait de parler du monde moldu comme s'il le connaissait, alors qu'il était encore trop jeune pour aller à Poudlard. Mais il avait un poste d'observation parfait depuis la fenêtre de sa chambre et visiblement, il passait du temps à épier leurs voisins du haut de ses huit ans…

Lors des fêtes de Noël, l'année de ses seize ans, ils avaient été invités au square Grimmaud, pour réveillonner en famille. Trop âgée pour jouer avec les enfants, mais trop jeune pour s'intéresser à la politique et à ce nouveau Lord qui faisait parler de lui, Bellatrix s'ennuyait ferme. Elle entendait les gloussements de Narcissa qui pourchassait le petit Régulus, ainsi que la voix fluette de Sirius qui racontait à Andromeda une histoire abracadabrante, comme quoi les moldus seraient allés dans l'espace et iraient un jour sur la lune. Elle l'entendit également parler d'un énorme accident de bateau qui aurait souillé les plages de Cornouailles et d'une loi qui autorisait deux hommes à être ensemble.

Bellatrix grimaça, se demandant où le gamin de huit ans pouvait bien entendre ça. Tante Wallburga n'était pas vraiment une progressiste et elle serait sans doute horrifiée que son fils s'extasie d'une loi moldue qui visait à autoriser deux hommes à avoir des relations — heureusement, Sirius paraissait penser qu'il s'agissait d'amitié, rien de plus.

Les adultes en avaient parlé un peu plus tôt, lorsqu'ils évoquaient ce Lord puissant qui voulait remettre de l'ordre dans le monde magique. Ils avaient semblé furieux et prêts à lever leurs baguettes contre les moldus et leurs idées stupides.

Lassée de tout ça, Bellatrix se faufila dans l'entrée de la demeure, évitant de regarder les têtes d'elfes empaillées. Puis, elle entrouvrit la porte et sortit, frissonnant dans sa jolie robe de fête.

Elle avait au début eu l'intention d'aller dans le petit parc face à la maison, mais la curiosité fut la plus forte. Elle avança en direction d'une rue éclairée, les talons de ses bottines claquant sur le bitume, fascinée par ce monde étrange dont elle avait tant entendu parler.

Les rues paraissaient désertes en ce soir de réveillon. Toutes les familles devaient être réunies comme la sienne, en train de manger près de la cheminée, au chaud. Elle se traînait dans le froid, avec juste un châle jeté sur ses épaules, sa robe en velours ne la protégeant pas vraiment des températures glaciales de l'hiver.

Les premiers moldus qu'elle croisa avaient l'air éméchés. En fait, ils fêtaient Noël à leur façon en s'enivrant méthodiquement et en cherchant un peu de chaleur. Ils étaient sans abri vu leur tenue misérable et leur crasse, et Bellatrix les ignora. Elle était surtout émerveillée par les ampoules lumineuses qui dessinaient de jolis décors de Noël, par les vitrines des magasins moldus joliment arrangées, par ce monde moldu inconnu qui semblait fasciner Sirius.

Bellatrix n'était pas loin de rejoindre l'avis de son cousin sur ce point. Tout lui paraissait magnifique et brillant, et elle souriait, oubliant le froid.

Ce fut à ce moment que sa vie bascula.

Bellatrix n'étant pas majeure, elle n'avait pas sa baguette avec elle. La Trace était encore présente et mieux valait éviter des ennuis avec le Ministère. Rêveuse et souriante, seule, elle était une proie facile.

Ce fut en tout cas ce que les deux hommes qui l'agressèrent pensèrent. Ils n'eurent aucun mal à la maîtriser même si elle se débattait férocement, et ils la violèrent l'un après l'autre, lui arrachant son innocence alors qu'elle hurlait et sanglotait.

Ils la laissèrent sur place, brisée, tremblante. Bellatrix ne sut comment elle trouva la force de se relever, les larmes coulant sur ses joues, pour rentrer square Grimmaud, serrant son corsage lacéré pour cacher sa poitrine juvénile, son châle abandonné, ses cheveux en bataille.

Square Grimmaud, son absence n'avait pas été remarquée. Lorsqu'elle entra dans le salon dans cet état, tachée de sang, de larmes, de boue, les vêtements déchirés, et son regard gris hanté, les conversations se turent brutalement.

Elle raconta tout, dans un état second. Sa mère et sa tante semblaient horrifiées, mais son père était furieux, et il la gifla, la traitant de sotte. Après tout, elle avait désobéi et elle en payait les conséquences.

Bellatrix ne se rendit pas compte du moment exact où son esprit se brisa. Ce fut peut-être cette gifle, ou le moment où sa mère et sa tante la baignèrent en marmonnant au sujet des moldus qui étaient tous des gueux, tout juste bons à être pendus.

Ce fut peut-être quand le fameux Lord dont elle entendit parler fut appelé, pour que son père lui raconte sa disgrâce d'un ton froid, devant elle, ignorant les tremblements de sa fille aînée.

Ou alors, ce fut quand son oncle suggéra qu'ils la marient à l'un des frères Lestrange, celui qui était impuissant. Il avait une solide fortune et son petit souci mécanique ne lui permettrait pas de se rendre compte que sa jeune épouse n'était plus vierge.

En tous cas, à un moment, elle repoussa en elle la petite chose terrifiée qu'elle était devenue, oubliant ses rêves et sa vie d'avant. Elle décida d'enfermer ses souvenirs, au plus profond de son esprit. Elle allait devenir forte, invulnérable, quel qu'en soit le prix.

Discrètement, elle rattrapa Lord Voldemort — enfin elle connaissait son nom — alors qu'il allait partir, sans que personne ne s'en rende compte. Sans le quitter des yeux, ses joues encore striées de larmes et les yeux rouges, elle s'agenouilla devant lui, et lui jura allégeance. Elle lui jura qu'elle ferait tout ce qu'il voudrait d'elle à la condition de pouvoir traquer et tuer les gueux qui l'avaient attaquée.

L'homme la contempla longuement de ses yeux carmin, cherchant la moindre faille dans sa détermination. Mais Bellatrix était brisée et elle ne vacilla pas un seul instant, pas même quand il s'introduisit dans son esprit pour voir ses souvenirs. Tous ses souvenirs.

Enfin, il sourit, presque tendrement, avec une lueur de cruauté dans les yeux.

— Tu seras ma plus belle Mangemort. La reine de mes sujets…

La folie était peut-être contagieuse, parce que lorsqu'elle lui sourit avec adoration, ses yeux gris avaient une lueur inhabituelle. La douce Bella n'était plus et la femme qui renaissait aux pieds de son Maître avait soif de sang.


Note : Ce texte se passe en 1967. Cette année là, en mars le pétrolier Torrey Canyon s'échoue en Cornouailles et provoque une marée noire. En juillet, la loi Sexual Offences Act légalise les rapports homosexuels entre adultes âgés de plus de 21 ans consentants.