Cet os est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "souvenir" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp.


Préquelle de « Ensanglanter », « orchidoclaste » et « aboyer »

Ils s'étaient fait avoir comme des débutants. Et ils étaient aussi furieux l'un que l'autre.
Durant un bref instant, ils s'étaient dévisagés en chien de faïence, prêts à reporter la faute sur l'autre. Puis, la tension s'était évaporée et ils s'étaient installés côte à côte, en silence, évitant le regard de l'autre.

Ils étaient coéquipiers depuis six mois. Six longs mois pendant lesquels ils avaient été des grenades dégoupillées, prêtes à exploser, rendant fou tout leur entourage.
Kingsley Shakelbolt avait eu de nombreuses occasions de regretter sa décision d'apparier Harry Potter et Drago Malefoy. Il y avait eu un défilé incessant dans son bureau de personnes qui le suppliaient de mettre fin à cette hérésie.

Les deux jeunes hommes étaient devenus proprement imbuvables. Ils se battaient régulièrement, se hurlaient dessus et hurlaient sur leur entourage.

Malgré tout, Kingsley n'avait jamais plié. Il supportait les plaintes sans sourciller, d'autant plus lorsqu'il lisait les rapports du bureau des Aurors.
Harry Potter et Drago Malefoy ensemble étaient bons. Excellents plutôt. Ils avaient les meilleurs résultats de l'histoire du bureau des Aurors, ce qui valait légèrement leur humeur détestable et les petits incidents provoqués par leur cohabitation.

Ils avaient bien sûr des tonnes de reproches à se faire, l'un et l'autre. Aucun des deux ne voulait céder le moindre pouce de terrain.
Ces derniers temps cependant, leurs prises de bec étaient plus par habitude que de véritables disputes. Les hurlements manquaient singulièrement de conviction et ils commençaient à s'apprivoiser peu à peu.

Ils découvraient que le calme imperturbable de Drago modérait l'enthousiasme trop vif de Harry. La curiosité insatiable de Harry obligeait Drago à sortir de sa zone de confort.
Surtout, lorsqu'ils devaient se battre, ils devenaient… invincibles presque. Ils bougeaient en parfaite harmonie, comme s'ils étaient conscients du corps de l'autre. Ils se connaissaient assez pour pouvoir se comprendre d'un regard, pour pouvoir anticiper la réaction de l'autre.

Ils avaient été plutôt déstabilisés de découvrir cette symbiose entre eux, mais ils avaient fini par s'y habituer et par apprécier de pouvoir compter l'un sur l'autre.
Ni l'un ni l'autre n'avait voulu l'avouer, mais ils avaient tous les deux une confiance aveugle en l'autre.

Ils étaient partis sur une mission apparemment banale, une simple enquête de routine sur une possible intrusion dans une propriété privée.
L'endroit était censé être désert — les lieux avaient été fermés après le décès des propriétaires et personne ne devait pouvoir y pénétrer tant que le détail de la succession n'était pas réglé — et lorsqu'ils étaient arrivés, tout semblait correct.
Harry s'était approché de la grille en fer forgé et bien évidemment, son œil avait été immédiatement attiré par une série d'empreintes de pas fraîches à l'intérieur de la propriété.

Drago avait grogné, mais il savait que son coéquipier n'en démordrait pas. C'était comme si l'intrus avait agité métaphoriquement un chiffon rouge devant sa part animale — un taureau sans le moindre doute — et il était prêt à foncer à l'intérieur pour tout fouiller jusqu'à débusquer le visiteur indélicat.

Lorsque Harry avait commencé à escalader la grille, Drago avait renoncé à l'idée d'appeler des renforts ou de signaler leur situation. Il avait appris qu'il valait mieux ne jamais perdre de vue son coéquipier sous peine de se retrouver avec un potentiel désastre entre les bras. Harry avait la fâcheuse tendance à attirer les ennuis comme un aimant et Drago refusait d'être celui qui annoncerait au chef que son précieux sauveur était blessé.
Il essayait de s'en convaincre en tout cas. Il refusait d'admettre qu'il s'inquiétait réellement pour ce stupide casse-cou qui semblait trouver un malin plaisir à inventer n'importe quoi pour faire exploser sa tension artérielle…

Une fois dans la propriété, ils avaient exploré le parc minutieusement, sans rien trouver d'anormal. La maison principale — presque un manoir, mais pas tout à fait — était fermée, et rien ne semblait avoir bougé. Les toiles d'araignées au coin des portes ou des fenêtres étaient intactes, ce qui prouvait que personne n'avait pénétré le bâtiment.
Drago avait marmonné, agacé, que le foutu intrus pouvait bien être un braconnier ou un moldu en quête de champignons, mais Harry avait froncé les sourcils et décrété que son instinct lui hurlait que quelque chose n'allait pas.

Comme toujours à ces mots, Drago avait ricané avec mépris, mais tout son corps s'était tendu. Il avait appris à respecter l'instinct de Potter, qui semblait se déclencher à chaque danger potentiel. Il ricanait pour la forme, mais tout son être était concentré, scannant le terrain autour d'eux. Il ne voulait certainement pas se faire surprendre alors qu'ils étaient en pleine campagne et qu'ils n'avaient pas pris le temps d'informer leurs collègues du lieu où ils se trouvaient…

Baguettes en main, Harry avait commencé à s'éloigner de la grille, entrant dans un petit bosquet qui longeait la propriété. Drago le suivit et en voyant une petite maisonnette dissimulée dans la végétation, il grogna. Il détestait quand ce genre de chose arrivait. C'était littéralement comme si l'univers pointait une pancarte « Harry a raison » dans sa direction…
Pour couronner le tout, des empreintes de pas fraîches apparaissaient autour de la masure, et les planches cloutées sur les fenêtres semblaient avoir été déplacées.

C'était suffisant pour convaincre Harry de vouloir entrer pour explorer l'endroit et pour que Drago tente de l'en dissuader, pestant après sa stupidité chronique.
Bien évidemment, Harry avait remporté le bras de fer verbal entre eux, puisqu'il s'était glissé entre les planches vermoulues, sa baguette brandie devant lui, éclairant l'obscurité.
Avec un soupir résigné, Drago l'avait suivi, le maudissant.

Il y avait des traces nettes de passage, quelqu'un avait probablement vécu dans cet endroit, se cachant. C'était suffisant pour allumer tous les signaux d'alarme et se retirer pour revenir avec des renforts. Mais Harry voulait être certain que la maison — à peine plus qu'une cabane élaborée — était déserte.

Bien évidemment, ils s'étaient disputés. C'était ce qu'ils faisaient de mieux, après tout. C'était leur mode de communication.
C'était surtout la façon d'être distrait et de ne pas voir leur assaillant jusqu'à ce qu'il soit trop tard.

Quelques instants plus tard — quelques minutes ou quelques heures, ils ne le savaient pas — ils s'étaient réveillés enfermés dans une cave nauséabonde, privés de leurs baguettes.

Si la première réaction d'être tombé dans un vulgaire piège avait été la colère, le simple souvenir de la façon dont ils en étaient arrivés là les avait calmés. S'ils avaient été plus attentifs plutôt que de se disputer inutilement, ils ne se seraient pas fait surprendre, en premier lieu…
Ils s'étaient installés côte à côte, leurs épaules en contact, perdus dans leurs pensées respectives.

Après un long moment d'attente, Drago avait fini par murmurer, d'un ton presque résigné.
— Et dire que personne ne sait où nous sommes.

Harry n'avait pas semblé trop inquiet, il s'était calmement étiré et lui avait souri, tranquillement.
— Pas de panique. J'ai noté l'adresse de cet endroit. Et je l'ai posé sur mon bureau. Quand Hermione ne me verra pas rentrer, elle le trouvera et…

Drago avait soupiré, fermant un instant les yeux.
— Potter. Je sais à quel point tu es proche de tes amis, mais… imagine qu'ils pensent que nous avons été envoyés en mission ? Ou que nous sommes juste rentrés chez nous ? Ça peut prendre des jours avant que quelqu'un s'inquiète de notre absence !

Harry avait pincé les lèvres, avant de poser une question inattendue.
— Malefoy ? Tu ne m'as jamais dit pourquoi tu étais devenu Auror ?
Drago cligna des yeux, surpris, puis haussa les épaules.
— Je ne savais pas que ça t'intéressait.
Harry gloussa.
— Tout ce qui te concerne m'intéresse.
Il rougit aussitôt, mais il attendit la réponse de son coéquipier, ne niant pas ce qu'il venait de dire. Drago cligna des yeux, et il préféra se plonger dans ses souvenirs plutôt que de se poser des questions.
— Après mon… procès, je ne pouvais pas rester en Angleterre. Trop de gens m'en voulaient, je savais que je n'aurais pas la paix avant des années. Je pensais que… les Américains seraient plus ouverts, mais à peine arrivé là-bas, j'ai été arrêté et conduit au siège du Macusa. J'ai eu le choix. Soit je les aidais, soit j'étais réexpédié d'où je venais.
Harry grogna, les sourcils froncés.
— Ce sont des barbares !
Drago haussa les épaules.
— Et bien, ils m'ont formé. J'ai été accepté dans leur équipe, comme si j'avais réellement postulé en fait et non pas comme si j'étais un genre de prisonnier politique. Je dois avouer que je me suis rapidement rendu compte que j'aimais ce travail. C'est pour ça que lorsque j'ai voulu rentrer en Angleterre, j'ai demandé à intégrer les Aurors. Je pensais… j'avais oublié que j'étais…

Harry l'interrompit, agacé.
— Que tu étais quoi ? Bon sang, Malefoy ! Tu as été innocenté à ton procès !

Drago soupira et haussa les épaules.
— Mais on sait tous les deux que je n'étais pas innocent.

Harry se tourna vers lui, la colère faisant crépiter sa magie, avec probablement l'intention de le secouer pour faire valoir son point de vue. En voyant Drago perdu dans ses souvenirs, le regard dans le vide, sa colère disparut et il eut envie de le réconforter. Il avait besoin de son coéquipier habituel, le jeune homme fort et sarcastique qui le poussait à bout et l'obligeait à montrer le meilleur de lui-même. Il avait besoin de leur étrange relation, faite de disputes et de complicité, que personne ne comprenait, mais qui les faisait se sentir vivants.
Harry aurait aimé lui dire tout ça, cependant à la place, il se retrouva collé à Drago, en train de l'embrasser comme si sa vie en dépendait. Il était incapable de dire lequel des deux avait attiré l'autre et ils se tenaient mutuellement, s'agrippant l'un à l'autre avec désespoir.

Lorsqu'ils se séparèrent, ils se fixèrent longuement, puis Drago soupira.
— C'était quoi ça ? Un baiser d'adieu ?

Harry plissa les yeux, puis il se releva, obligeant Drago à faire de même. Il lui tenait la main fermement et il refusait de le lâcher. Harry fixa longuement la porte qui les maintenait prisonniers, puis sa magie sembla se concentrer autour d'eux avant de frapper. La seconde suivante, la porte pendait lamentablement sur ses gonds, détruite.
Satisfait, Harry se tourna vers Drago.
— Ce n'est pas un adieu, c'est le début. Tu ne vas pas t'en tirer comme ça, Malefoy.

En secouant la tête, Drago l'avait attiré contre lui pour l'embrasser de nouveau, parfaitement conscient qu'ils s'engageaient sur un chemin compliqué. Cependant, Potter en valait le coup…