Attention, Trigger warning : Harcèlement scolaire, death fic. Ne pas lire si vous n'êtes pas à l'aise avec ce sujet.
Elle était née en ce beau jour de février, en cette nuit sans nuages, où les rayons de la lune se reflétait dans l'eau comme un miroir. Son nom était prédestiné, Luna.
Elle faisait la fierté de ses parents. Une jeune fille blonde comme les blés, heureuse et souriante. Sous son air frivole se cachait une grande intelligence. Le cœur sur la main, elle était toujours prête à aider son prochain. Elle avait ce regard si innocent.
Elle était dans son monde, dans son univers. Elle était la bouée à laquelle son père se raccrocha lorsque sa mère retourna au ciel.
Ensemble, ils chassaient nargoles, jonchuries, tentait de capturer les grenouilles lunaires lors de la lune gibbeuse décroissante, couraient après Héliopathe et partaient en expédition pour photographier un ronflak cornu… c'était leur monde, leur univers.
La séparation de l'école fut un déchirement, mais c'était pour mieux retrouver sa fille lors des vacances. Sa fille qui semblait à chaques vacances, un peu moins heureuse, un peu moins joyeuse. Elle ne voulait plus chercher les créatures avec lui, elle restait dans sa chambre. Mais il ne s'en faisait pas, elle devenait une jeune fille, elle était tourmentée par les noukoulou.
Pour les autres élèves, Luna semblait dans son monde, étrange, bizarre. Parlant des créatures inexistantes, d'une façon si sibylline, à croire qu'elle voyait l'avenir. Cela avait commencé avec des petites remarques, avec des rires sur son collier en bouchon, ses tenues psychédéliques.
Elle ne disait rien, continuant de sourire, de chanter à tue-tête, ses lunascop sur le nez, et à lire son magazine à l'envers. Saluant les gargouilles qui la saluaient aussi. Elle allait caresser les chevaux que personne ne pouvait voir, les cheveux tressés avec des lianes magiques, portant des boucles d'oreilles en forme de radis.
Ensuite, elle perdit ses chaussures. Elle avait entendu ses camarades rire quand elle était sortie sans chaussettes ni souliers. Mais les nargoles étaient farceurs.
Puis ce fut les surnoms. Loufoca. La foldingue.
Elle venait en cours pieds-nu, sans sac de cours. C'était devenu une habitude que les professeurs réalisent un sortilège d'attraction. Parfois elle retrouvait ses affaires déchirées, son chicaneur gribouillé. Au milieu de tous ces élèves, se faire des amis était devenu quasi impossible. Elle gardait le sourire. Mais quelquefois, seule dans son lit, des larmes de lune coulaient, ces mots qui finissaient par la briser, elle qui ne voulait qu'être aimée.
Puis les mauvaises blagues s'enchaînent. Trop d'élèves ne faisaient que se moquer. Partout elle se sentait rejetée.
Et l'on joue au jeu de celui qui sera le plus cruel. C'est toujours l'effet de masse, qui nous casse et nous isole.
On riait d'elle, car elle était différente. Ah, qu'est-ce qu'on peut être idiot, quand on veut être dans la masse. Il faudra bien que ça s'arrête.
Elle était dans ta classe, elle vivait dans ta rue. C'était celle en face, tu l'as déjà vue. Celle qui passe, sans que personne ne se souvienne de son nom. Elle était à l'écart, tu étais plusieurs. C'était celle en face, tu ne l'as plus jamais revue.
À la surprise générale,
Elle commet l'irréparable.
