Chapitre 1
Fournier était à califourchon à coté du corps du procureur. A ses côtés, Julien Frédéric prenait des photos pendant qu'un de leur collègue relevait les empreintes qui se trouvaient dans l'appartement. Des policiers se trouvaient un peu partout et Raphaëlle les regardait sans vraiment les voir. Elle était assise par terre, totalement hébétée, le dos contre le mur de l'entrée, le capitaine Nicolas Perran à ses cotés.
Fournier n'osait pas donner son avis sur les premières constatations qu'il venait de faire. Raphaëlle était une collègue des plus talentueuses et ne voulait surtout pas l'enfoncer davantage qu'elle ne l'était déjà. Il se racla la gorge et demanda d'un ton neutre:
- Mademoiselle Nielsen n'est pas là ? Pourtant on aurait bien besoin d'elle pour une fois !
Nico soupira et répondit :
- Astrid ne peut plus venir sur les lieux d'un meurtres, ni dans aucun autre lieu avec nous. Elle n'a plus le droit de participer aux enquêtes en tant qu'experte.
- Ha ? C'est bien triste, ça ne sera pas pareil sans elle... et puis, mine de rien, parfois, elle nous aidait bien quand même.
Tout le monde regarda le médecin légiste et personne ne fût dupe de son air détaché. Sous ses airs bougon, Fournier aimait bien Astrid. Il avait appris à la connaître et à passer par dessus son handicap pour enfin voir la personne talentueuse qu'elle était. Il avait même appris des choses grâce à elle, et surtout, il avait repris goût à ce métier qui l'avait pourtant usé prématurément. Il ne regardait plus les choses de la même manière, de façon froide et linéaire. Il avait appris qu'en sortant du cadre, parfois, on voyait les choses différemment. Nico pris alors la parole :
- Oui ça sera différent, c'est sûr.
A ces mots, Raphaëlle ravala les larmes qui, à l'évocation de son amie, commençaient à perler au coin de ses yeux. Elle n'avait pas pleuré pour la mort de Forest, elle n'avais pas pleuré lorsqu'elle avait compris qu'elle était peut-être coupable d'un meurtre, ni quand ses propres collègues l'avaient regardé d'un air suspicieux. Alors elle n'allait pas pleurer pour Astrid, qu'elle pouvait continuer à voir en tant qu'amie si ce n'était en tant que collègue. Enfin, là, ça serait peut-être en prison qu'elles se verraient. Comment ferait Astrid pour aller en prison sans elle ? Elle imagina sans peine le désarroi dans lequel allait se trouver son amie, désarroi que visiblement elle avait elle même causé alors que, d'habitude,elle essayait tant de la protéger.
Cette fois-ci elle n'arriva pas à bloquer les larmes qui se mirent à couler toutes seules le long de ses joues. Nico s'en rendit immédiatement compte et mis cela sur le compte de la situation dans laquelle se trouvait Raphaëlle.
- T'inquiète Raph, on sait que ce n'est pas toi ! On va trouver qui a fait ça et dans quelques heures tu seras libre. On est là, tenta t-il de la rassurer.
Raphaëlle ne répondit pas. Elle savait que Nico pouvait parfois être un peu jaloux de ce lien qui l'unissait à Astrid donc elle le fixa dans les yeux mais décida de ne pas épiloguer sur les réelles raisons de ses pleurs.
- Tu ne te rappelles vraiment de rien ?
- Non, rien. J'ai quitté le commissariat après que Bachert m'eut annoncé la mise à l'écart d'Astrid. J'étais furax et j'ai essayé de l'appeler plusieurs fois pour en parler avec elle mais elle ne répondait pas. Je me suis alors souvenu qu'elle avait décidé de faire visiter les archives à Tetsuo Tanaka.
A ses derniers mots, elle sentit une étrange boule se former dans son estomac. Elle décida de ne pas en faire cas et continua :
- Je me suis dit que je n'allais pas la... les déranger, et j'ai été m'en filer un petit chez Michel. J'en avait bien besoin, et surtout, j'avais besoin de réfléchir. Je me souviens avoir commandé un verre de vin, et puis... j'ai prit mon téléphone et je l'ai appelé... Mathias... je l'ai appelé. Je l'ai insulté je crois, je me souviens juste lui avoir dit qu'Astrid avait raison, que je n'aurai pas dû retourner vers lui. Bim, bim... tu parles ! Je lui ai raccroché au nez parce que, comme d'habitude, il a été hautain et méprisant. Je l'ai traité de connard et j'ai commandé un deuxième verre. J'ai pris du Saint-Amour et ça m'a fait sourire jaune. J'ai levé mon verre à tous les salauds du monde. Et puis... et puis plus rien, je ne me souviens de rien d'autre. Je me suis réveillée ici, et je vous ai tout de suite appelé. Nico... tu crois que j'ai pu...
- Non Raph, non ! Personne ici ne le croit, personne tu m'entends ? N'est-ce pas Fournier ?
Le médecin leva les yeux vers les deux policiers et murmura « Non, bien sûr que non » même si ses premières constatations allaient plutôt dans ce sens. Il se garda bien de le dire tout de suite, et encore moins devant Coste.
- Je vais pratiquer une autopsie déjà, analyser la balle qui l'a tué. Il est mort sur le coup, depuis 8 à 12 heures à première vue, d'une balle dans la tête tirée à bout portant. Il ne s'est pas débattu et semblait connaître son agresseur puisque la porte n'a pas été fracturée. C'est tout ce que je peux dire pour l'instant.
Raphaëlle soupira et se pris la tête dans les mains. On entendit alors des bruits de pas. Quelqu'un venait d'entrer dans la pièce. C'était le Lieutenant Arthur Enguien qui s'approcha doucement de ses deux supérieurs.
- Commandant Coste... J'ai pour ordre de vous notifier votre mise en examen. Je dois vous emmener en garde à vue qui débute donc...
Nico lui coupa alors la parole :
- Attend Arthur, pour l'instant on ne sait rien de ce qui s'est passé... personne ne pense que Raph a tué le procureur!
Une voix grave retentit alors dans la pièce.
- Personne ne pense que le commandant Coste ai pu faire quelque chose de répréhensible mais nous devons appliquer la loi, n'est ce pas, capitaine?
Raphaëlle se leva alors et soupira.
- Ne vous inquiétez pas commissaire, je ne vais pas m'enfuir. Je vous suis.
Puis elle se tourna vers Nico et elle se surprit à le rassurer :
- Ca va aller, je suis la reine pour faire des conneries, mais celle là quand même, je pense qu'elle est en dehors de mes capacités.
Après avoir descendu les deux étages de l'immeuble bourgeois, elle monta à l'arrière de la voiture du commissaire en personne et ferma les yeux. Si il y avait bien un moment où elle aimerait qu'Astrid soit là, c'était bien maintenant. Seule Astrid pouvait la sortir de là, elle en était sûre.
