Chapitre 2

Raphaëlle était assise dans la salle d'interrogatoire, lieu dans lequel elle se trouvait déjà quelques jours auparavant après la prise d'otage du service de la documentation criminelle. Elle pensa qu'elle était bien la reine pour se fourrer dans de pareils pétrins, mais là c'était plus grave. Là, elle n'avais aucuns arguments pour se défendre. Elle ne savais même pas si elle était innocente ! Sa tête était toujours extrêmement douloureuse et cette sensation de nausée ne l'avait toujours pas quitté depuis son réveil.

Elle se regarda dans le miroir sans tain de la pièce, en sachant pertinemment qu'elle était observé de l'autre coté par ses collègues. Chacun de ses faits et gestes, chacune de ses attitudes allaient être passés au crible. Ce qu'elle y vit n'était pas folichon. Le teint terne et brouillon, les cheveux en pagaille... Elle ne s'était pas douchée et portait les mêmes vêtements que la veille.

De l'autre coté du miroir, le capitaine Nicolas Perran l'observait lui aussi. Il était sans doute tout autant abasourdi qu'elle. Il la trouvait belle, c'était un fait. Même dans l'adversité, elle avait cette classe impossible à décrire qui lui plaisait tant. Il eût un pincement au cœur quand il repensa que toute cette histoire ne serait pas arrivée sans Astrid. C'était l'éviction de la jeune femme qui avait rendu Raphaëlle folle de rage et qui l'avait conduite à boire et, peut-être, à commettre l'irréparable. Depuis qu'Astrid était entré dans la vie de son binôme, il ne la reconnaissait plus. Astrid n'y pouvait rien, bien sûr, mais il ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir.

L'un de ses collègues venait de lui apporter un dossier. Il en pris connaissance d'un air grave, soupira, puis fini par entrer dans la salle d'interrogatoire. Raphaëlle leva les yeux vers lui et attendit qu'il prenne la parole. Ils se comprenaient sans se parler, c'était comme cela depuis le concours de l'école de police. Elle savait qu'il avait des éléments, il savait qu'elle voulait les connaître.

- Je viens de recevoir les premières constatations de Fournier ainsi que tes résultats d'analyse. Aucun toxique n'a été retrouvé dans ton sang, hormis une alcoolémie de 0,3 G/L au moment où nous t'avons... hé bien...
- Interpellé. Tu peux le dire, Nico. On dit « interpellé ».
- Hum.. oui, interpellé, si tu veux. 0,3, cela voudrait dire qu'au moment des faits tu avais 1,5 grammes. C'est énorme Raph...

Raphaëlle soupira. Elle était nerveuse et se sentait perdue.

- Je ne bois jamais autant, tu le sais, et encore moins seule. Je ne comprend pas ce qui a pu se passer.

- Sinon la balle a été analysée et selon les premiers résultats. C'est une 9mm, tirée depuis un SP 2022... Je suis désolé... elle vient probablement de ton arme. Selon Fournier, Forest est mort sur le coup, d'une seule balle. Il pense que c'est un professionnel qui a tiré. C'était net et précis d'après ses dires. Cela... correspond bien à ton... hum... profil. Sur ton arme il y avait tes empreintes, évidemment, mais aucune autre n'a été relevé. Nous aurons les résultats complets de l'autopsie demain dans la journée.

Elle grimaça. Tout l'accusait apparemment.

- C'est à ce moment là que j'ai besoin d'Astrid.
- Raph... tu sais bien que...
- Je sais, Nico, je sais. Mais n'y a t-il pas l'infime possibilité que...

Un homme de grande stature entra alors dans la pièce.

- Commandant Coste, vous savez que c'est impossible. Non seulement Mademoiselle Nielsen n'a plus rien à faire dans ces locaux, mais en plus vous êtes notre principale suspecte, et en garde à vue. Vous ne pouvez voir qu'un avocat, ou éventuellement un médecin. Et mademoiselle Nielsen ne rentre dans aucune de ces catégories.

- Je le sais Commissaire mais... écoutez je suis fatiguée, je ne me souviens de rien, je crois que j'ai juste besoin de calme pendant quelques heures afin de remettre tout ça en ordre dans ma tête. Je vais bien finir par me souvenir de quelque chose.

Le commissaire fixa Raphaëlle, désolé qu'elle soit dans une telle situation et surtout de ne pas pouvoir l'aider davantage. Il ne croyait pas son meilleur élément capable d'une telle atrocité mais il devait s'en tenir aux faits. Et, selon les faits, il y avait de grandes chances qu'elle soit jugée coupable du meurtre du procureur Mathias Forest.

Nico regarda Raphaëlle et murmura simplement :

- Je reviens dans une heure, prend le temps qu'il te faudra.

Les deux homme quittèrent la pièce. Alors que le capitaine se dirigeait à grands pas vers son bureau, le commissaire l'interpella.

- Écoutez Perran, vous savez que Mademoiselle Nielsen n'a plus le droit d'intervenir mais je suppose que quand je serai parti , plus personne ne sera là pour vérifier ce qu'il se passera. Il se trouve que ce soir, je vais à l'opéra avec ma femme. C'est du Wagner, vous savez ce que cela signifie ?

Nico compris immédiatement ce que voulait dire son supérieur. Wagner, c'était long, vraiment très long. Il posa simplement la question:

- A quelle heure devez-vous y être ?
- 17h, je pense partir vers 16h, pour être sur. Je vous laisse la maison, je compte sur vous, Perran !
- Bien sûr, commissaire, bien sûr.

Il se tourna et, tout en avançant, saisi son téléphone portable. Il envoya un simple message :
« Venez au commissariat à 16h30, le Commandant Coste a des ennuis. ». Il ne voulait pas affoler Astrid, mais il savait que, sans cette dernière information, la jeune femme ne serait peut-être pas venue.
Après tout, ce n'était pas prévu.