Chapitre 4
Vingt-Quatre heures s'étaient écoulées depuis le réveil du commandant Coste auprès de son ancien amant, mort d'une simple balle dans la tête. Nicolas Perran arrivait au commissariat après une nuit beaucoup trop courte durant laquelle il avait tourné et retourné cette histoire dans sa tête. Raph était son amie, son binôme, depuis si longtemps qu'il l'a connaissait par cœur. Ce n'était pas elle, c'était évident. Pourtant, une infime partie de lui n'arrivait pas à s'ôter cette simple question de son esprit : Et si ?
Depuis qu'elle côtoyait Astrid, Raph avait changé. Enfin changé n'était pas le mot, mais elle avait évolué, dans un sens qui ne plaisait pas toujours à Nico. Et il se demandait si l'amitié, les sentiments que son amie semblait éprouver pour la jeune femme, la force de ce qui les unissait n'avait pas pu pousser Raphaëlle à commettre cet acte ignoble... il soupira en rentrant dans le vestiaire où Arthur se trouvait déjà lorsque son téléphone se mit à vibrer. Il y jeta un œil distrait quand il vit le nom d'Astrid Nielsen s'afficher sur l'écran, ainsi que ces simple lettres : GHB. Il ouvrit grand les yeux et resta interdit devant le message. Arthur se rapprocha de lui :
- Hé, qu'est ce qui se passe Capitaine ?
Nico lui montra alors l'écran de son portable, rattrapa sa veste et fit signe à Arthur de le suivre.
Une vingtaine de minutes plus tard, ils étaient tous les deux face à Astrid Nielsen. Le service de la documentation criminelle où elle travaillait était assez sombre, une simple lampe éclairant seulement le petit bureau de la jeune femme. Sur celui-ci une théière était posée, ainsi qu'un mug, deux casse-tête en bois, un rubik's cube et diverses fournitures de bureau, gentiment alignées. Nico ne put s'empêcher d'être excédé par Astrid qui tournait et retournait dans ses longs doigts fin un petit cube en bois.
- Qu'est ce qui vous fait penser à du GHB ? Raph n'a pas été... violée.
- Nous n'en savons rien, Capitaine. Rien du tout. Vous êtes partie du principe que le commandant Coste était seule sur la scène de crime. Elle s'est réveillée habillée et ne portait pas de trace de lutte. Pourtant elle avait un hématome là, sur le cou.
En disant cela elle avait montré l'emplacement de l'hématome sur son propre cou tout en insistant bien :
- Là, il était là. Et peut être qu'elle en avait ailleurs, personne n'a été vérifier, non, personne. De plus... Le GHB, ou acide GammaHydroxyButyrique, n'est pas uniquement utilisé par les violeurs. Cette drogue permet surtout de désinhiber. Les premier effet, à faible doses, ressemblent à ceux de l'alcool. Certaines personnes le prennent volontairement.
- Attendez... Vous n'êtes pas en train de me dire que Raph se serait droguée... volontairement ?
- C'est possible, mais je ne le pense pas non. Cela n'expliquerai pas l'hématome. On ne se cogne pas à cet endroit là. Par contre à haute dose cela a un effet anesthésiant, en gardant la possibilité, si on maîtrise bien la posologie, de garder la personne consciente.
- Je sais tout ça, oui. L'agresseur glisse le liquide dans le verre de la victime, il est inodore et incolore, et celle-ci ne peut pas se défendre tout en restant réveillée. Et le lendemain elle ne se souvient plus de rien. Au point que certaines personne ne se doutent jamais qu'elles ont été violée.
- Oui. Et les symptômes le lendemain sont...
- Des maux de tête et des nausées !
- Oui, c'est ça Capitaine, des maux de tête et des nausées, oui, comme le commandant Coste hier. Elle n'est pas migraineuse, mais elle avait les symptômes d'une migraine. De plus, comme elle avait beaucoup bu, vous avez mis cela sur le compte d'une intoxication alcoolique aiguë, une gueule de bois. Sans doute l'a t-on fait boire, en plus de la droguer.
- Mais nous n'avons rien trouvé à l'analyse sanguine...
- Le GHB est quasi indétectable, du fait de sa présence naturellement dans l'organisme. A peine quelques heures. Vous ne pouviez pas en trouver.
- Si vous avez raison, alors on a la preuve que ce n'est pas Raph la coupable.
- Non. On en a aucune preuve non. Comme vous l'avez dit Capitaine, elle a pu se droguer elle-même pour se donner le courage de passer à l'acte. De plus...
Arthur intervint alors :
- On a pu la pousser à appuyer sur la gâchette.
Nico resta interdit. Astrid reprit la parole :
- Oui, c'est cela. On a pu la contraindre, on a pu la pousser à le faire. Elle était en colère contre le procureur Forest, c'était facile de la pousser...
Les deux hommes soupirèrent.
- Maintenant que nous savons comment, il faut comprendre qui... et pourquoi.
- Pour le « qui », Capitaine, Raphaëlle m'a parlé d'une jeune femme brune, une superbe jeune femme brune.
- C'est une piste, dit alors Nico qui remarqua en haussant les sourcils que le ton d'Astrid avait changé lorsqu'elle avait prononcé le mot « superbe ». Elle semblait amère.
Lorsque Astrid Nielsen travaillait sur un sujet qui la passionnait, il arrivait fréquemment qu'elle en oublie de manger, de boire ou de dormir. Après le départ de Nico et d'Arthur elle se surpris à bailler et senti son estomac gargouiller. Elle avait appris, avec le temps, à reconnaître ces signes et savait qu'elle devait manger et se reposer. Elle attendit donc midi et, au lieu de partir se restaurer au self comme elle le faisait d'habitude, elle décida de rentrer chez elle. Elle avait besoin du calme de son appartement pour se ressourcer, sinon, elle le savait, elle risquait le shutdown avant d'avoir réussie a aider son amie.
Lorsqu'elle sortie du bâtiment de la documentation criminelle la lumière du jour se mit à l'éblouir. Elle plissa les yeux et se dirigea d'un pas rapide vers l'arrêt de bus sans se douter un seul instant qu'une passante était en train de l'observer. Celle-ci emboîta le pas d'Astrid et monta à sa suite dans le bus.
De retour au commissariat Nico et Arthur se dirigèrent directement vers la cellule de Raphaëlle. Lorsqu'ils y entrèrent, ils trouvèrent la jeune femme allongé sur le dur et unique banc en pierre de la pièce. Les yeux grands ouverts, elle fixait le plafond gris et froid. Son teint était brouillé, bouffi d'avoir si peu dormi.
- Raph, fit Nico doucement, nous avons une bonne nouvelle. Nous avons peut-être un début de piste.
Elle tourna la tête vers lui et très lentement, tout en grimaçant à cause de ses articulations douloureuses, elle se releva.
- Astrid pense que tu as été drogué au GHB.
Raphaëlle esquissa un petit sourire.
- Le GHB Nico ? Sérieusement ? Écoute, on en voit tous les jours des victimes du GHB, j'en connais les effets par cœur.
Pas si la dose est extrêmement faible. Le tueur a très bien pu t'en donner suffisamment pour te pousser à faire quelque chose, sans somnolence, sans perte de connaissance immédiate... Par exemple te pousser à boire pus que de raison, ou à aller...
Raphaëlle ouvrit grand les yeux.
- ou à aller chez Mathias ! Fit-elle, comme pour finir la phrase de Nico.
- C'est ce que nous pensons. Pour l'instant nous n'en avons parlé à personne, nous voulons continuer sur cette piste et confirmer cette hypothèse. Raph... Astrid nous a parlé d'une, hum, d'une jeune femme brune ?
Raphaëlle acquiesça et raconta à ses deux collègues le souvenir qui lui était revenu la veille au soir, en compagnie d'Astrid.
- Nous allons interroger Michel, dit-alors Arthur, peut-être se souviendra t-il de cette superbe personne.
Arthur souriait à présent.
- Oh ! Calme toi, fit alors Nico en lui tapotant l'épaule.
- Hé, c'est plutôt Astrid qu'il faudrait calmer. Quand elle nous a parlé d'elle, elle semblait sacrément vénère !
- Normal ! Le coupa alors Nico, si c'est elle qui est responsable de ce qui arrive à Raph...
- Oui, oui, capitaine, on va dire ça, on va dire ça !
Arthur riait presque maintenant qu'il se dirigeait avec Nico vers la porte.
- Aller, Raph, t'inquiète, on va te sortir de là.
- Merci, j'ai de la chance de vous avoir, sourie alors Raphaëlle.
Mais derrière son sourire et le mince espoir qui commençait à naître, l'esprit de Raphaëlle se mit alors a tourner à toute vitesse. Elle avait remarqué le rictus d'Astrid lorsqu'elle avait évoqué la beauté de cette fille et visiblement elle avait recommencé lorsqu'elle avait expliqué la situation à Nico et à Arthur. C'était si visible que les deux hommes l'avaient remarqué.
La question était de savoir pourquoi cela mettait son amie dans cet état.
