Chapitre 6 : Tout tenter
Bureau de l'entraîneur
J'attends devant la porte, hésitant. Je toque. Un voix derrière la porte m'invite à entrer. Je m'exécute. Le bureau est sombre. Des fiches sont éparpillées sur le bureau. Travis est là, éclairé à la lumière de son ordinateur qu'il fixe songeur. Je me racle la gorge avant de prendre la parole.
« Coach, je sais que ce n'est pas à moi de décider de ça, mais c'est vraiment important. Je dois jouer demain. Je… »
Le coach lève enfin les yeux et m'interrompt, impassible.
« Tu n'étais pas en état aujourd'hui. Et je ne suis pas sûr que tu le sois demain. Ta place dans l'équipe ne tient plus qu'à un fil, j'espère que tu en es conscient. Alors me demander de te faire jouer dans ces conditions me semble un peu prétentieux. »
« S'il vous plaît coach, je me suis entraîné dur, très dur pour ce match. »
« Et c'est bien le problème. Lors de notre première participation au FFI, Jordan avait fait la même erreur que toi, et en a payé le prix, comme toi aujourd'hui. Visiblement tu n'as pas retenu la leçon. Soit déjà heureux que je ne t'ai pas encore renvoyé. »
J'étais déjà conscient de tout ça, mais l'entendre par l'entraîneur… Ce n'est pas fini, j'ai encore une carte en main.
« Coach… Vous cherchiez une solution pour vaincre le gardien de l'équipe allemande, n'est-ce pas ? »
« Tu as quelque chose à proposer ? »
Je souris.
Le lendemain…
La seconde mi-temps commence. Nous n'avons encore marqué aucun but, mais n'en avons encaissé aucun non plus. C'est leur défense qui est problématique. Le coach me fait signe, je vais devoir passer à la vitesse supérieure. J'entre sur le terrain, remplaçant Austin. C'est l'heure de révéler le fruit de mon entraînement.
Les allemands engagent, mais le ballon leur est rapidement subtilisé, Jude parvient à passer leur première ligne de défense.
« Axel ! A toi ! »
Les défenseurs se précipitent pour me marquer mais peu importe. Rien ne pourra m'arrêter. Le ballon arrive à hauteur de mon dos. Je tends les bras et il s'entoure d'une aura bleue bordée d'une lumière rouge. Le ballon s'immobilise en l'air puis se met à tourner sur lui-même. Je saute et le frappe, le dirigeant vers le sol qu'il ne percute pas puisque je le frappe de nouveau avant. Je tire pour donner la puissance finale au ballon.
« Last Resort ! »
Celui-ci fait des allers-retours entre l'air et le sol, entouré de pierres formant un dragon. Les défenseurs se font renverser sans arriver à arrêter ma technique. Une technique de classe mondiale.
« Mur de Berlin ! »
Le gardien tente de l'arrêter à son tour. Le mur résiste quelque temps, mais je ne perds pas espoir. En effet, le mur se fissure et le ballon finit sa course dans les filets. 1-0. J'éclate de joie, comme les autres membres de mon équipe. Je me retourne et souris à Austin qui me regarde depuis le banc de touche, pouce en l'air. Je frappe la main de Jude et me remets finalement en place.
Le match reprend. Une voix à côté de moi dit doucement :
« Switch ON »
Soudain, Basile est entouré d'une aura bleue, une partie de ses cheveux prend aussi cette couleur. Personne n'a le temps de réagir. Il s'empare du ballon, et traverse la défense adverse. Il tire le ballon, puis le dépasse. Il entame une série de mouvements que je reconnais bien, trop bien. C'est mon "Last Resort". Cependant, il échoue, et le ballon finit dans les mains du gardien. Basile a un air mécontent. La rage s'empare de moi, mais je ne peux pas la montrer, pas tout de suite. La ballon est remis en jeu et le match continue. Heureusement, aucun des joueurs allemands ne réussit à marquer et le jeu se finit sur le score de 1-0. Je rentre avec mon équipe, mais garde en tête la discussion qu'il faut que j'ai avec un certain attaquant.
Le soir, au moment du repas, l'atmosphère est plutôt joyeuse. Une fois le temps du dîner fini, chacun part, sauf moi et Basile qui a visiblement bien compris mes intentions. Nous sommes désormais seuls, j'allais me lancer mais il me devance.
« Last Resort. C'est une bonne technique, mais je n'arrive pas à la reproduire. Quel est son secret ? »
J'hallucine.
« T'as bien du culot de me demander ça ! Tu copies déjà mes techniques depuis le début du tournoi et maintenant tu veux que je t'aide ? C'est quoi ton problème ? »
« Je ne vois pas ce qu'il y a de mal à reproduire ce que l'on apprécie. »
« Moi si. Tu n'as aucune idée du temps que j'ai mis à les mettre au point, surtout Last Resort. Tu n'as pas le droit de te les approprier ! »
En même temps qu'il parle, il se dirige vers la cuisine pour ranger son assiette et ses couverts.
« En tout cas, je sais qu'il ne me faut pas longtemps pour les faire miennes. »
J'explose, il n'est pas dans mon champ de vision et c'est tant mieux.
« Sérieusement ? Donc tu trouves ça juste ? Même pour ta coiffure et ton style, on dirait que tu fais tout pour me ressembler ! »
« Et si c'était vrai ? »
« Hein ? »
« Tu ne dois pas t'en souvenir, mais il y a trois ans, à Okinawa, tu as sauvé un petit garçon. J'étais là ce jour-là, j'ai tout vu. En un instant, tu es devenu mon héros. J'ai compris comment le sport pouvait sauver des gens, comment toi tu avais réussi à sauver cet enfant. Je voulais devenir comme toi, alors c'est ce que j'ai fait. En fait, à force de regarder tes matchs, je me suis rendu compte que ça allait plus loin que ça. Je ne veux plus seulement être comme toi, je veux être … toi. Je veux devenir Axel Blaze. »
Son discours me fait froid dans le dos.
« T'es complètement malade… Tu ne pourras jamais devenir moi.
« Et pourquoi pas ? »
« Parce que je suis là ! Parce que je suis moi ! Et toi, tu es toi. Arrête de te prendre pour qui tu n'es pas ! »
« Donc tant que tu es là, je ne pourrais pas devenir toi, c'est bien ça ? »
« C'est ça ! Donc laisse tomber tes idées flippantes. »
« Ou je peux faire ça. »
Sa voix est soudainement bien plus proche. Je n'ai même pas le temps de réagir qu'il me retourne et me plaque au mur, sa main sur ma gorge. J'étouffe. Il est trop proche pour que je puisse me débattre. J'arrive seulement à saisir son poignet pour tenter de défaire sa prise, en vain. Celle-ci se resserre. Je ne peux plus respirer, ni même crier. Qu'est-ce qu'il compte faire ? Je sens quelque chose de froid m'effleurer l'abdomen, avant d'être retiré précipitamment. Je tombe à terre, libre. Un tintement me fait lever la tête.
Devant moi, Archer maintient fermement mon assaillant au sol. Il crie quelque chose, mais je ne l'entends pas. A la place, un objet brillant attire mon attention. Une lame, un couteau de cuisine est à terre, quelques gouttes de liquide rouge sur le côté coupant. Ma respiration s'accélère. Je pose ma main sur mon abdomen, qui me pique. J'y trouve une coupure, légère et superficielle, mais qui saigne tout de même. Est-ce que j'ai failli … ? L'air ne rentre plus dans mes poumons, qu'importe mes efforts. Deux mains se posent sur mes épaules et me secouent, je reconnais Caleb, l'air paniqué. Mark arrive à son tour, suivi d'autres, tous alarmés par les cris. L'agitation ne m'aide pas à me calmer, au contraire.
Faites que ça s'arrête, faites que ce cauchemar s'arrête.
