Chapitre 10 : Résurrection
Il y a une odeur agréable autour de moi, douce et envoûtante. Quelque chose de doux m'entoure, tandis que mon dos repose sur une matière moelleuse. La chaleur autour de moi m'apaise. Je ne veux plus bouger. Je suis si bien.
Grmmmllll
Je crois que mon ventre n'est pas de mon avis… De toute manière, Tiddy doit avoir préparé le petit-déjeuner, et Julia ne va pas tarder à venir me chercher.
J'ouvre les yeux, ne reconnaissant pas la tâche au plafond, ni même la lampe. A vrai dire, je ne reconnais pas grand chose. La chambre dans laquelle je me trouve est plutôt petite. Les murs marron sont légèrement abimés. Le seul grand meuble hormis le lit est une bibliothèque, ainsi qu'un petit bureau, bien rangé et plutôt soigné. Au sol, un futon aux draps faits et lissés traverse la pièce. Enfin, il y a une table de chevet, avec plusieurs pastilles de médicament, un verre d'eau, une serviette et des bandages. Est-ce que la personne qui vit ici est blessée ou malade ?
J'essaie de me lever. A peine redressé, une douleur me traverse le corps. Avec elle, les souvenirs me reviennent. La pression, la fatigue, Basile, la défaite, Jude et enfin mon père. Malgré tout, je me sens tout de même mieux dans un sens. Les tensions se font moins aiguës et ne m'empêchent pas de bouger, elles me gênent juste.
La personne qui m'a accueilli ne me semble pas malintentionnée. Au contraire, elle m'a même guérit. Pourtant, est-ce que je peux lui faire confiance pour autant ? Et si je partais, pour aller où ? Je ne peux pas rentrer chez moi. Et Syon ? Devrais-je vraiment abuser de sa gentillesse et de celle de ses parents ? D'autant plus que j'ai visiblement besoin de soins, inutile de leur rajouter des soucis en plus de l'état de santé de Nolan. Qu'est-ce que je peux faire ?
"Bonjour."
Je sursaute. Adossé à l'encadrement de ma porte, quelqu'un me fixe. Il a l'air à peine plus vieux que moi. Ses cheveux châtains, presque roux, sont lisses et mi-longs. Il les ramène vers l'arrière de sa tête. Son regard gris est assez froid mais il ne semble pas méchant pour autant. Une cicatrice lui traverse le front. Étrangement, son visage me dit quelque chose mais impossible de mettre la main dessus.
"Qui es-tu ?"
"Vraiment ? Tu ne me reconnais pas ? Bizarrement je ne suis même pas étonné."
Ok ça commence plutôt mal…
"Donc tu me connais ?"
"Evidemment. Tu es Axel Blaze, l'ancien as de Raimon."
L'as de Raimon… Toujours la même rengaine…
"On peut dire ça… Et toi, ton nom ?"
Je sens un peu d'agacement dans son regard. Pas étonnant si je ne suis pas capable de me rappeler de lui…
"Henry House."
Devant mon incompréhension, il soupire puis détourne le regard avant de continuer :
"Héra…"
"Oh ! Je te reconnais ! Tu étais l'attaquant de Zeus à l'époque !"
Il ne me répond pas, visiblement ce n'est pas une époque dont il est très fier. Un claquement de porte vient combler le vide.
"Je suis rentré !"
Cette voix, je la connais bien, très bien même. Henry sort de la chambre tout en parlant au nouvel arrivant.
"Pas trop tôt ! Ton grand blessé est enfin réveillé ! Donc si tu pouvais me libérer ma chambre avant ce soir, ça m'arrangerait."
Les pas s'approchent. Je me tends, bien que je sache à quoi m'attendre. Un adolescent de mon âge apparait. Ses longs cheveux blonds sont coiffés en un chignon bas. Il porte un pantalon marron, avec un col roulé noir caché derrière une chemise blanche. Sa peau est impeccable et ses yeux marrons semblent légèrement maquillés.
Il me sourit avant de s'avancer. J'essaie de reculer, mais j'atteins vite le mur. Sa main se lève, alors que je suis bloqué. Elle se pose sur mon front. Rien ne se passe pendant quelques secondes. Il se relève soudainement avec un sourire.
"Parfait ! Ta fièvre a bien baissé !"
Il me sert tout de même un verre d'eau avec une pastille. Je la prends docilement.
"C'est toi qui m'a amené ici… Byron ?"
Il acquiesce avant de s'asseoir sur le lit. Il me regarde l'air sérieux.
"Je t'ai trouvé évanoui par terre sous la pluie il y a deux jours. Je t'ai ramené ici, mais tu comprendras que je ne peux pas rester sans explications."
J'hoche la tête, conscient de la situation. Pourtant, j'hésite. Tout de même, ils m'ont hébergé deux jours. Mon état était vraiment si grave pour que je dorme autant ? Son regard m'indique qu'il ne laissera pas tomber. Je souffle avant de me lancer.
"Je… Je me suis disputé avec mon père. Et c'est pas la première fois. Mais là, il a tenté de m'enfermer, pour ensuite m'envoyer en Allemagne. Je me suis enfui, et c'est là que tu m'as trouvé."
"Tu n'avais vraiment personne chez qui aller ?"
"Je me voyais pas aller squatter chez un des Raimon, je leur ai plus parlé depuis le collège."
"Même Mark et Jude ?"
"Mark je le vois plus tellement et Jude… Jude c'est compliqué…"
Il reste silencieux un instant comme songeur.
"De la famille ? Hormis ton père ?"
Je pense à Syon et à ses parents, à la maladie de Nolan. Ils peinent déjà à joindre les deux bouts, je ne peux pas leur infliger ça. Je hoche seulement la tête négativement. Soudain, un visage me revient à l'esprit : Syon !
"Syon ! Je… Je dois l'appeler ! Il doit s'inquiéter !"
Je m'agite brutalement, me causant une douleur dans tout le corps. Byron pose fermement ses mains sur mes épaules, me maintenant immobile
"Eh ! Doucement ! Tu n'es pas encore guéri !"
Je finis par me calmer avant de me tourner vers lui.
"Est-ce que t'as trouvé mon portable ?"
Sans un mot, il se dirige vers le bureau. Il décroche un téléphone en charge à l'écran fissuré, sans doute dû à la chute. Il me le tend. Cependant, lorsque ma main tente de le saisir, il ne le lâche pas. Je le fixe, interrogateur.
"Tu as un endroit où rester ?"
Je n'y avais pas encore réfléchi. C'est vrai que Byron et Henry n'ont pas beaucoup de place, je ne pourrais pas rester éternellement. Où aller dans ce cas ? La seule solution serait de rentrer mais…
"Axel. Est-ce que tu as un endroit où aller ?"
Je baisse le regard avant de nier. Au point où j'en suis, autant assumer la vérité.
"Ne t'inquiète pas Byron. Je vais vite trouver. Laisse-moi juste le temps de me lever et je pars."
"Non."
"Euh… Pardon ?"
"Non. Tu restes ici."
Quoi ?
"Qu'est-ce que tu racontes Byron ?"
"Tu n'as visiblement nulle part où aller, et je ne compte pas te laisser à la rue. A partir de maintenant, tu habites avec nous. Henry est d'accord, enfin tant que tu ne lui piques pas sa chambre."
Il dit ça avec un grand sourire. Etrangement, je ne suis pas sûr qu'il ait réellement demandé son consentement à son coloc. Pourtant, ils sont ma seule solution. Je reste un peu sceptique, mais sans pouvoir m'empêcher de me sentir rassuré.
Mon ventre gargouille, me rappelant la raison première de mon réveil. Mes joues chauffent. Habituellement, j'évite au maximum de me montrer dans de telles situations. Byron sourit avant de me tendre un sac, puis il part. Avant de quitter la chambre, il s'arrête un instant.
"Au fait Axel, à partir de maintenant, tu n'es plus notre invité mais notre colocataire. Tu comprends ce que ça veut dire ?"
"J'y comptais bien."
"Pour l'instant, repose-toi. On en reparlera plus tard."
Il part, pour de vrai cette fois.
J'ouvre le sac, et y trouve un petit kasutera, un gâteau que ma mère cuisinait souvent quand j'étais petit. J'y mords avec appétit en allumant le portable. Je lance directement un appel, en essayant d'ignorer les notifications qui arrivent, et font remonter une pression partie jusque là. Une seule sonnerie retentit avant que l'autre personne décroche :
"Axel ! Enfin tu réponds ! T'étais injoignable ? Il s'est passé quelque chose ?"
Je souris.
"Salut Syon."
Je commence à lui parler. A travers la porte, j'entends deux voix. A la fois je suis heureux d'avoir un toit, mais d'un autre côté, je ne me sens pas chez moi. Je ne suis qu'un étranger dans cet appart rempli de souvenirs pour eux. Ce n'est pas ma maison, du moins pour l'instant.
Enfin je l'espère.
