Chapitre 11 : Miroir, miroir
A travers le miroir, je vois un garçon. Ses cheveux platines sont en bataille. Ses yeux bruns n'ont pas la moindre étincelle de joie, même plutôt ternes. En revanche, ils sont dépourvus de cernes. A la place, ils se plissent, forcés par le surplus de sommeil. De légères traces noires sont encore visibles sur son visage et sur ses bras, mais elles restent superficielles.
J'ai beau regarder en face de moi, je n'arrive pas à reconnaître ce que je vois, à me reconnaître. C'est un étranger qui me fait face. Peut-être qu'avec un peu de gel… Cependant, ni Henry ni Byron ne semblent être des adeptes. Je tente de faire tenir mes cheveux sans. L'image que je vois ne me plais pas, au contraire. Elle me dégoûte presque. Je laisse donc tomber mes cheveux, dépité et me lave le visage à la place.
"Un problème ?"
Byron se tient à l'entrée, une tasse de café à la main. Je passe seulement une main dans mes cheveux. Il semble comprendre.
"Tu n'as qu'à les laisser détachés."
"Je sais mais… J'ai tellement l'habitude d'en faire quelque chose que… Je sais pas, ça ne me semble pas fini. Il manque un truc."
Pensif, je me reconcentre de nouveau sur mon reflet. A travers le miroir, je distingue dans une trousse de toilette une paire de ciseaux.
"Byron ? Tu t'y connais en coupe ?"
Il sourit avant de poser sa boisson.
"Ouvre les yeux"
J'obéis. Mon regard tombe directement sur celui du reflet. Mes cheveux auparavant longs jusqu'aux épaules remontent désormais juste au-dessus des oreilles. Les mèches encadrent mon visage. Celles du dessous sont plus courtes, dissimulées derrière les plus hautes. Cette coupe est … inhabituelle. Je n'aurais jamais osé changer autant avant, après avoir gardé la même coiffure pendant toutes ses années. Pourtant, je trouve ça beau dans un sens. J'aime ce que je vois. Je souris à Byron, le remerciant avant qu'il ne parte. Je reste un moment dans la salle de bain, m'habituant doucement à ma nouvelle apparence.
L'appartement semble étrangement vide. Ses deux habitants sont partis au lycée, comme chaque adolescent normal devrait le faire. Quant à moi, je ne suis pas encore tout à fait près. D'autant plus qu'il me reste un détail à régler. Je fais une énième fois le tour, repassant devant la chambre d'Henry, dans laquelle je me suis réveillé le premier-enfin plutôt le troisième- jour. La chambre de Byron est tout aussi petite, occupée principalement par un lit king-size, ainsi qu'une armoire. C'est cette même chambre que nous partageons avec Byron. La pièce est habillée de guirlandes lumineuses et de multiples miroirs. La pièce à vivre est un peu plus grande. L'assemblage des meubles désaccordé rend étonnamment bien et la décoration donne un air chaleureux. Pourtant, la taille du logement comme les nombreuses fissures qui parcourent les murs ne laissent pas de place au doute : aucun des deux ne roule sur l'or. Si je dois réellement habiter ici, je dois participer aux frais. Et pour ça, il me faut un emploi.
Après un regard dans le miroir, je me rends bien compte qu'il est impossible pour moi de partir dans cette tenue. L'ensemble tee-shirt jogging que je me trimballe ces derniers jours n'est clairement pas fait pour sortir à l'extérieur, et ne m'aidera sûrement pas à être embauché. A la place, j'enfile une chemise et un pantalon que Byron m'a mit de côté. Le bas est assez large, mais plutôt élégant. Habitué au traditionnel sweat-jean-basket, on ne peut pas dire que c'est une tenue normale pour moi. Pour autant, l'image que me renvoie mon reflet me plait de plus en plus. Je ne vois plus Axel, attaquant de Raimon, mais un nouveau moi. J'aime cette idée. Satisfait, je sors de l'appartement, et commence à me balader en ville.
Quel que soit le travail, l'essentiel est qu'il ne soit pas trop mal payé, et compatible avec les cours. Un poste au Kombini par exemple serait un peu juste… Je tente quelques commerces, mais aucun ne prend d'employés aussi jeunes, ou en ont déjà assez. Honnêtement je commençais à désespérer. A ce moment-là, je passe devant un café. Celui-ci a une pancarte où il est inscrit "On recrute !" Je pourrais toujours tenter le coup. J'entre, le café est désert. Une jeune femme derrière le bar me sourit. Je scanne l'endroit des yeux avant de m'approcher d'elle et de lui demander de rencontrer le chef.
"C'est moi"
Elle me dit cela avec un sourire. Sa peau foncée contraste avec ses yeux bleus. Ses cheveux bruns épais sont rassemblés en un chignon. Les plis aux coins de ses yeux trahissent son âge mais lui donne un côté malicieux. Elle semble être à la fois sage et sûre d'elle.
"Tu es là pour l'annonce je suppose ?"
"Oui c'est ça. J'aimerais travailler ici."
Je suis assez stressé, c'est la première fois que je fais ça. D'un geste ample de la main, elle m'indique les tabourets, tandis qu'elle continue de laver ses verres.
"Comment tu t'appelles ?"
"Axel Blaze."
"Tu m'as l'air assez jeune, t'as quel âge ?"
"16 ans."
"Qu'est-ce qui t'a donné envie de venir travailler dans ce café ?"
Au point où j'en suis, jouons la carte de l'honnêteté.
"J'ai besoin d'argent. Mon appartement n'est pas très loin, à juste quelques rues. L'emplacement est juste parfait."
Elle hoche la tête, je pense qu'elle aime les gens honnêtes.
"De l'expérience dans le domaine ?"
"Serveur et livreur dans la restauration."
Bon, techniquement ce n'était pas un vrai boulot, mais il faut bien que toutes ces heures à aider au restaurant de Mme Hobbes me servent un jour.
"Bien, bien. Tout ça me paraît pas trop mal. Tu as peut-être des questions toi aussi ?"
J'hésite avant de quand même me lancer.
"En quoi consiste le job exactement ?"
Elle rit.
"Il aurait peut-être fallu commencer par là ! Je cherche quelqu'un pour être serveur-rabatteur. En clair, tu auras deux rôles : soit serveur, où tu accueilleras les clients, prendras leurs commandes, bref tu sembles déjà connaître celui là ; soit rabatteur. Là, tu seras dans la rue, où tu accosteras les passants pour les convaincre de venir dans le café."
"Je vois"
"Le poste t'intéresse toujours ?"
"Evidemment !"
"Quel enthousiasme ! Fais preuve du même pendant ta période d'essai et tu as le poste !"
Wow, je ne m'attendais pas à ce que ça se passe aussi bien. Cependant, elle ne me parle encore que de période d'essai. Elle m'indique quelques informations nécessaires avant d'imprimer ce qu'il me semble être un contrat de travail. Elle me le tend afin que je le lise de mon côté. Je la remercie chaleureusement avant de retourner à la maison.
Personne n'est encore rentré. Dans ma bonne humeur, j'en profite pour faire un peu de ménage, si bien que lorsque Henry arrive finalement, il hausse un sourcil en me voyant laver les vitres. Je lui souris. Il rentre sans un mot dans sa chambre. Aie. Je peux comprendre sa réaction mais ça fait un peu mal. A la place, je redouble d'efforts. Cette fois, je ne travaille plus par simple besoin de bouger, ou par envie. Je dois prouver que j'ai droit à ma place dans l'appartement. Je dois me rendre utile.
Il sort finalement de sa chambre. Il est changé pour un tee-shirt, l'avant rentré dans un jean. Il attrape une éponge et se met à nettoyer le tour des plaques de cuisson. Je reste un instant surpris avant de continuer comme si rien ne s'était passé. Au bout de quelques minutes, Henry se met à parler.
"Ça te va bien."
"Hein ?"
"Ta coupe. Elle te va bien."
Je le remercie, et détourne la tête un peu gêné par son compliment. C'est la première fois qu'Henry m'adresse la parole depuis ce jour-là, et je ne vais pas m'en plaindre.
Byron rentre à son tour, l'air exténué. Presque mécaniquement Henry se met à préparer à manger. Le blond quant à lui tente de mettre son grain de sel un peu partout, parfois même au sens propre. Ils se mettent à se disputer comme un vieux couple. Je ne peux pas m'empêcher de rire à la scène. Les deux s'arrêtent un instant, étonnés. Byron remarque alors ma tenue.
"Pas trop mal ! J'ai jamais compris pourquoi tu te cantonnais à tes sweats comme un escargot à sa coquille !"
Je ris un peu nerveusement à sa réaction. Il fait quelques pas vers moi avant de me saisir l'épaule et de me faire tourner sur moi-même. Je le sens m'observer sous tous les angles. Il semble songeur un instant, avant de me regarder dans les yeux, sérieux.
"A partir de maintenant, tu es ma poupée Barbie."
Pardon ? Je jette un regard de détresse à Henry qui l'ignore superbement. Pourtant, j'ai tout de même l'impression qu'il guette ma réaction.
"Eh ! J'ai pas signé pour ça !"
L'ambiance se détend. Byron rit un instant avant de s'approcher de nouveau d'Henry. Il me lance :
"Tu verras ! Tu vas adorer !"
Après ça, on finit par manger. Byron passe d'Henry à moi et vice versa avec une facilité déconcertante. Henry parle peu, mais il ne dégage aucune animosité, bien au contraire. C'est encore un peu brouillon, mais à cet instant, je me sens bien.
Je crois que j'aime bien cet appart
