Disclaimer : L'univers des X-Men ne m'appartient pas, je ne gagne aucun argent à publier cette histoire. Laquelle m'appartient, par contre, c'est ma création, ainsi que le personnage de Sandra, et quelques autres sur le chemin. Je mélange allègrement comics (que je n'ai qu'à peine lus), films (depuis les premiers jusqu'aux derniers), le dessin animé « X-Men Evolution », et même la série animée qui l'a précédé, ne cherchez donc aucune fidélité à une référence particulière. Je prends l'univers global, les personnages, la perception que j'en ai en tous cas, et j'en fais un peu ce que je veux, ce qui est aussi le but des fanfictions. Bref, j'assume. Vous aimez, tant mieux. Vous n'aimez pas, tant pis pour vous, merci quand même d'avoir tenté l'aventure !

Attention, en fonction des chapitres, il peut y avoir des mentions de violences sur mineur, ou de la description de violences, pas forcément très prononcées, mais le rating n'est pas anodin. Vous voilà prévenus :)

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Je fais une pause. Ça va sans doute me mettre un peu en retard, mais l'avantage d'un handicap est qu'il attire l'indulgence des professeurs. Je m'adosse au mur, change ma canne de main pour me pencher et masser un peu mon genou droit. Les docteurs disent que l'accident a définitivement endommagé mon articulation, et que, vu les rapides avancées technologiques de nos jours, je ne dois pas perdre espoir. Pourquoi pas.

Je me redresse, suffisamment tôt pour percevoir quelques regards de mes camarades. De travers, empreints de mépris ou de pitié, je suis forcée d'admettre qu'ils me font aussi mal que mon genou. Je n'ai vraiment pu reprendre les cours qu'en septembre dernier. La différence d'âge entre les élèves de ma classe et moi n'est pas bien grande, mais ils me la font bien ressentir. Et ils sentent bien aussi que je suis différente, même sans mon handicap, même si c'est plus un instinct primitif qu'une véritable connaissance.

La sonnerie de fin de récréation retentit tel un coup de fouet. Le troupeau réagit à cet appel et se dirige dans un brouhaha diffus vers les salles de classe. Je pénètre dans le flux discontinu des élèves, aussitôt happée par le flot de vitalité qu'ils dégagent.

Deux heures après. Fin de journée avec un contrôle en biologie sur l'anatomie humaine. Une véritable partie de plaisir. Ces cent vingts minutes de calme m'ont été salutaires et ont permis à la douleur montante de mon genou de refluer. J'avais fini le devoir une demie-heure avant l'échéance, mais j'étais restée, justement pour profiter de ce moment de repos. Il n'est pas rare que mon articulation me lance ainsi, je ne peux cependant jamais prévoir ni la fréquence, ni la durée, ni l'intensité de ces « crises ». Si je sais en reconnaître les signes avant-coureurs, je n'arrive pas encore à les gérer, d'où mon application à tirer profit de chaque occasion donnée.

J'attends un moment que la salle se vide un peu avant de sortir à mon tour, souhaitant éviter de gêner les autres autant que d'être bousculée malencontreusement. Quelques mots échangés avec la professeur sur mes facilités dans sa matière. Je parcours les couloirs ponctués de petits groupes terminant leur dernière conversation du jour avant de se séparer.

Alors que je passe devant la porte du bureau du proviseur, trois personnes en sortent. D'abord Scott Summers, un élève de dernière année qui porte tout le temps des lunettes de soleil aux verres rouges. Un peu imbu de lui-même, mais pas un mauvais bougre. Cependant, il y a quelque chose dans son aura génétique qui diffère des autres. Mais n'ayant pas de contact particulier avec lui, je n'ai pas eu l'occasion d'approfondir la question.

Après lui vient une femme assez grande. Une Africaine aux longs cheveux blancs, même si elle a l'air d'avoir une trentaine d'années. Et elle aussi a ce petit quelque chose qui la distingue de la plupart des gens.

Étrange.

Elle est suivie par un homme chauve dans un fauteuil roulant. Il a l'air débonnaire, bienveillant, mais quelque chose dans son attitude indique qu'il faut se méfier de cette apparence. Il en impose, le genre de personne de qui on recherche instinctivement la reconnaissance, et dont on fuit les reproches. Lui aussi dégage ce petit truc bizarre dans son aura.

De plus en plus intriguant.

Au moment où je passe devant eux, je croise accidentellement le regard du paraplégique. Pendant une fraction de seconde, je ne sais pas trop ce qui se passa, mais ça eut lieu.

Alors que, automatiquement, je faisais ma rapide recherche mentale pour une quelconque blessure sur lui, ce fut comme si j'entrais en contact avec une entité surpuissante, intimidante malgré le calme qui s'en dégage.

Soudain terrorisée, je m'arrête sans vraiment m'en apercevoir et stoppe immédiatement mon inspection en frissonnant, sans pour autant pouvoir détacher mes yeux des siens, qu'il détourne quasiment aussitôt, Summers l'ayant surpris par une question.

Après un dernier coup d'œil au groupe, je m'éloigne, aux prises d'une fragilité fébrile, incertaine de ce qui vient de se dérouler et de ce que je dois en penser, me maudissant de ne pas avoir fait plus attention quant à ce croisement de regards. Une fois dehors, je me dirige vers le parc à vélos, où sont rangés aussi quelques scooters, dont le mien. Béni soit le jour où j'ai obtenu cette petite merveille !

Cette pensée, comme à chaque fois que j'utilise mon scoot', m'effleure l'esprit, mais cette fois-ci je ne m'y attarde pas, trop perturbée par ce contact étrange et ultra-bref entre cette puissante entité et moi. Cependant, je n'ai pas le temps de pousser trop loin ma réflexion, ni même d'atteindre mon deux-roues.

Le grand-sportif-blond-aux-yeux-bleus-plein-aux-as-qui-fait-craquer-toutes-lesfilles-du-lycée m'interpelle, accompagné comme toujours de ses deux faire-valoir.

- Je peux te donner un coup de main ? me demande-t-il avec une politesse dégoulinante d'hypocrisie.

- Non, merci beaucoup, réponds-je avec un léger sourire tout en continuant à marcher.

- Pourtant, tu n'as pas l'air vraiment à l'aise, aujourd'hui. Je pensais qu'un peu d'aide ne serait pas du luxe, m'oppose-t-il tout en avançant à mes côtés, ses camarades le suivant de près.

Trois phrases, et j'ai déjà envie qu'il me laisse en paix. Malgré mon exaspération montante, ma réserve et ma timidité naturelles reprennent le dessus. Pas envie de le vexer, de l'énerver ou quoi que ce soit, ça me retomberait sur le coin du nez.

- Je m'y suis habituée, mais merci de t'inquiéter. C'est bien aimable à toi.

Il accepte le compliment d'un geste de la tête, ce qui ne l'empêche pas de continuer à me coller aux basques.

- C'est la huitième fois aujourd'hui, lance-t-il avec une désinvolture feinte.

- La huitième fois que quoi ? reprends-je, interloquée.

- La huitième fois que tu refuses mon aide depuis ce matin. Je trouve ça franchement vexant, à la fin, lâche-t-il en s'arrêtant, son regard cherchant le mien, m'obligeant à m'arrêter à mon tour.

Les sourcils froncés par l'incertitude, je prends le temps de réfléchir deux secondes. Qu'est-ce qu'il est en train de me faire comme chantage ?

- Tant que ça ? Écoute, si je refuse tes propositions, c'est que j'estime pouvoir et devoir me débrouiller par moi-même. J'ai pas envie qu'on me fasse un peu plus sentir mon handicap, vois-tu ?

- Même. Ce n'est pas très poli, et blessant.

Mes faibles tentatives de justification ne l'ont pas convaincu, et pour me payer de mes efforts, il cherche à me faire culpabiliser. Sur ce terrain-là, on me trouve facilement. Trop à mon goût d'ailleurs. Je pousse un soupir avant de lui répondre, essayant toujours de pas être trop incorrecte.

- Je suis sincèrement désolée si je t'ai blessé, Andrew. Vraiment. Mais je dois filer, on m'attend en ville, et je ne voudrais pas être en retard…

À ma grande surprise et inquiétude, il ne pipe plus un mot, et s'approche de moi, si près que je réprime à grand-peine un mouvement de recul, passe ses mains dans mon cou, ses pouces caressant mes joues. Il laisse s'écouler quelques secondes, pendant lesquelles je n'ose pas broncher, n'ayant aucune idée de ce qui se passe, avant de reprendre la parole.

- Sandra, Sandra, Sandra ! Ne vois-tu pas tous les efforts que je fais ? Ne vois-tu pas toutes les tentatives que je daigne faire pour me rapprocher de toi ? Pour te faire comprendre que, parmi toutes les filles du lycée, tu as la chance d'être l'heureuse élue de mon cœur, malgré ta patte folle ?

Comprenant de moins en moins, ou de plus en plus, je n'ose pas prononcer un mot, effrayée par ce qui est en train de ce passer, et par ce qui s'annonce. Cependant, il ne se laisse pas démonter par mon mutisme, et incline lentement son visage vers le mien. Saisissant en un éclair ce qu'il veut faire, un pur réflexe paniqué fait rencontrer ma main gauche et sa joue droite dans un claquement sonore.

Il recule, tout ébahi. Il jette un regard à ses valets qui ont suivi la scène sans broncher. Choqué qu'une fille ose lever la main sur lui, ose même lui résister. Presque aussi surprise que lui par mon geste, je reste immobile, redoutant ce qui va se passer sans savoir ce qui se passera. Des rumeurs sur son côté très soupe-au-lait me reviennent brièvement, accroissant ma peur. Je ne suis pas de taille à me défendre contre lui, le champion toutes catégories dans la majorité des sports praticables au lycée !

Des millénaires et trois infimes secondes plus tard, le charme que l'on pourrait trouver à son visage est complètement saccagé par la fureur, confirmant lesdites rumeurs et me faisant regretter de ne pas avoir été au catéchisme pour pouvoir recommander mon âme au Seigneur Tout-Puissant.

Et j'eus vraiment l'occasion de le regretter amèrement.

Tous ses airs de gosse de riche bien élevé n'étaient qu'un lointain souvenir. Plus que ses traits, ce fut le poing qu'il me balança en pleine face qui me permit de m'en rendre compte, réveillant au passage d'autres sombres souvenirs. Je ne pus l'éviter, stupidement plantée là comme je l'étais.

Ce choc inattendu me fait valser puis m'étaler lamentablement par terre, des étoiles multicolores ayant envahi mon champ de vision. Je n'ai pas le temps de prendre pleinement conscience de ce qui vient de se passer que la douleur fuse brutalement dans mon estomac. Suivie presque immédiatement par un autre coup de semonce, aussi fort, situé à peu près au même endroit. Il m'en faut un troisième pour réagir et me recroqueviller sur moi-même, tâchant de me protéger avec mes bras. Avant de redécouvrir que les membres supérieurs ne constituent qu'une bien piètre armure.

Retrouvant de vieux réflexes, prostrée, yeux fermement clos, souffle coupé, j'essaye de ne pas trop penser à l'instant présent, me concentrant sur l'idée qu'il faut que je tienne le coup, que je peux encaisser, que j'en ai vu d'autres, que ce n'est qu'un mauvais moment à passer. Lorsque la pluie de coups commence à s'éclaircir, je me prends à noter que, dans sa fureur, Andrew frappe comme ça lui vient. Il ne lui vient heureusement pas à l'idée de viser mon genou droit.

Battre une fille, ce n'est déjà pas très glorieux. Une handicapée encore moins.

Utiliser le point faible d'un handicapé serait la dernière des lâchetés. Mais je crois surtout qu'il n'y pense pas, et ce n'est pas pour me déplaire.

Je m'étonne même de ne pas percevoir de réaction de la part des faire-valoir. Et ce, juste avant que tout s'arrête.

Craignant que ce ne soit qu'une brève accalmie avant la reprise de la tempête, je ne bouge pas d'un cheveu, trop meurtrie aussi pour dissuader même mon petit orteil de broncher. Une dizaine de secondes s'écoulent sans que rien ne se passe. Je m'autorise alors à respirer un peu, par à-coups, à vérifier rapidement l'étendue des dégâts, essayant à grand-peine d'ignorer le fait que la grande majorité de mon corps beugle « J'AI MAL ! ».

Apparemment rien de grave. Pas d'hémorragies importantes. Rien de cassé. Tout au plus un os fêlé ici ou là. Et bien entendu une superbe collection d'hématomes et de douleurs pour les prochains jours.

N'ayant toujours aucune nouvelle du monde extérieur, je me décide à jeter un coup d'œil aux alentours lorsqu'une main légère se pose quelque part entre mon flanc et mon omoplate gauche. Dans un réflexe primaire, je sursaute, et lève les yeux, paniquée, sur le visage soucieux de l'Africaine de tout à l'heure. Je prends alors pleinement conscience de la position de faiblesse et fragilité conjuguées dans laquelle je me trouve.

Son « ça va ? » est tout de suite étouffé par ses protestations inquiètes alors que je me redresse pour m'asseoir. Trop brusquement au goût de mon abdomen et de mes avant-bras qui protestent à leur tour, de manière assez virulente pour que je remercie en pensée le mur de sa présence, juste derrière moi. Dos contre la pierre, paupières résolument fermées, mâchoires crispées, souffle bloqué. Encaisse ma fille, encaisse !

Sauf que cette fois-ci, ça n'a pas fonctionné.

La souffrance était plus vive que je ne l'aurais cru, et mon endurance bien moindre que je ne l'aurais voulu. Je restai inconsciente une vingtaine de secondes, aux dires de mes sauveurs, et lorsque j'en émergeai, tout était enveloppé de brouillard. En fait, je garde une image nébuleusement précise de la scène.

L'Africaine, à gauche, toujours penchée sur moi, préoccupée. Un peu plus loin, une surdouée de l'école, Jean Grey, semble parler avec Andrew. Le paraplégique est tout près, à droite, inquiet lui aussi. Derrière lui, Summers est face aux deux faire-valoir, une main portée à ses lunettes, si menaçant qu'ils n'osent pas bouger. Mais qu'est-ce qu'ils craignent ? Qu'il les foudroie du regard ?

Je m'aperçus plus tard que cette expression était bien plus appropriée que je ne m'y attendais.

Canne repérée. Hors de ma portée. Me lever péniblement pour la récupérer. Écouter sans rien vraiment entendre de ce que me dit le type en fauteuil roulant. Accepter de les suivre, je ne sais trop où. Évoquer le fait que je suis en scooter. Céder à leurs protestations comme quoi je ne suis pas en état de conduire. Filer mes clés pour que je ne sais pas trop qui s'en charge. Recommander de faire attention, par réflexe. Finir à l'arrière d'une voiture quand même assez classe, avec l'Africaine au volant et Jean à ses côtés. Noter que la douleur reflue, se fait sourde et insidieuse, bête maligne prête à se réveiller à la moindre occasion.

C'est à peu près à ce moment-là que je commence à émerger de ce brouillard, regardant sans les voir les véhicules qui nous croisent, les arbres qui défilent, les piétons affairés, et le reste.

Je mets un moment avant de m'apercevoir qu'un silence ouaté règne dans l'auto. Je jette un coup d'œil furtif à chacun des occupants, ce tour optique se finissant sur mes genoux, l'esprit à peu près vide. Jusqu'à ce qu'une question me vienne, avec tellement d'insistance que je me dois de la poser, ne serait-ce que pour avoir la paix.

- Qu'est-ce que vous avez fait des trois autres élèves ?

Ils marquent un temps de silence, le temps de voir qui se décidera à parler le premier, et finalement le paraplégique répond avec un naturel surprenant :

- Jean a effacé leur mémoire et les a renvoyé à leurs occupations personnelles. Ils ne garderont aucun souvenir de ce qui vient de se passer.

Effacé leur mémoire. Intriguée, une rapide fouille dans mes maigres connaissances sur Jean Grey m'apporte un élément que j'avais zappé dans le feu de l'action. Elle aussi a ce truc bizarre dans son aura génétique.

Dieu dit : « que la lumière soit » et la lumière fut.

- C'est pour ça que vous êtes venus à la rescousse. Parce que je suis une mutante, comme vous.

Petit geste appréciateur de la tête chauve.

- Pas exactement. Nous serions aussi venus en aide à un être humain normal. Mais lorsque nous nous sommes croisés tout à l'heure dans le couloir, notre bref contact mental m'a appris que tu es une mutante. J'avoue avoir été intrigué, et avoir suivi en esprit tes déplacements, ce qui nous a mené à intervenir.

À mon tour de vaguement hocher de la tête. Avant de remarquer :

- C'était donc vous. J'avoue que vous m'avez collé un peur bleue, même s'il faut bien reconnaître qu'on ne croise pas un télépathe à tous les coins de rue.

Léger sourire. Le silence retombe. Pendant un bon moment. À un feu rouge, Jean se retourne vers moi et me demande :

- Alors... Quelle est ta particularité ?

Aïe.

- Quelle est la tienne ? lui retourné-je avec un étirement de la commissure de mes lèvres dans ce que j'espère être un sourire.

- Télékinésie. Je peux déplacer des objets par la pensée. Et je suis télépathe à mes heures, mais je suis bien loin d'atteindre le niveau du professeur Xavier.

Grâce à son petit regard vers le paraplégique, je peux enfin mettre un nom sur ce visage. Cependant elle continue sur sa lancée.

- Et Ororo, qu'on appelle aussi Tornade, contrôle la « météo ».

Ororo, qui est donc notre chauffeur. Je me donne trois secondes pour assimiler ces informations, avant de cracher mon morceau.

- Je peux guérir les gens.

Petit hochement de tête de sa part, immédiatement suivi par un haussement de sourcils perplexe et un coup d'œil vers ma canne, reposant contre ma jambe droite. Voilà pourquoi « Aïe ». Une guérisseuse qui boîte. Quelqu'un qui soigne tout en étant soi-même blessé. Quelle amère ironie.

Je regarde de nouveau à travers la vitre. Pas envie d'en parler. Mais elle s'obstine, doucement.

- Comment c'est arrivé ?

- Un accident de chasse.

Comme à chaque fois qu'on m'interroge à ce sujet, j'espère avoir été ferme sans avoir été agressive. En tous cas elle n'en parle plus. Le silence retombe. Une fois de plus.

Après un court trajet en-dehors de la ville, la voiture s'engage dans une allée bordée d'arbres dont les feuilles cachent les alentours, laissant juste deviner un grand parc, avant de déboucher devant un magnifique manoir à la façade légèrement dévorée par le lierre. Très impressionnée, le bruit des autres ouvrant leur portière me fait sortir de ma contemplation et de la voiture, essayant d'éviter le moindre geste brusque, me levant avec précautions, évitant de porter trop de poids sur ma jambe droite.

Tout va bien. Ou du moins, jusqu'à ce que je commence à marcher. Un éclair de douleur fuse de mon genou, remonte et se répand dans mon abdomen. Je retiens non sans mal une expression trop visible de cette souffrance qui reflue doucement jusqu'à un stade gérable, et me redresse juste à temps pour percevoir un regard intrigué d'Ororo, auquel elle ne donne heureusement pas suite.

Lorsque je les suis dans le manoir, je me rends compte à quel point la façade n'est qu'un avant-goût des splendeurs que recèle cet endroit. Murs lambrissés de bois sombre, appliques murales qui renforcent la classe générale, tapis qui étouffent le son de pas sur le plancher. Ouaip. Ceux qui vivent là doivent avoir la belle vie.

En attendant, ils m'ont entraînée dans un bureau dans lequel des bibliothèques avaient pris la place de trois quart des murs, le dernier étant principalement occupé par une baie vitrée donnant sur un balcon. Sur invitation du paraplégique, je m'assieds pour écouter ensuite un petit discours présentant cet établissement, son école pour surdoués qu'il avait érigée dans le but d'aider les jeunes mutants -lesdits surdoués- à maîtriser et développer leurs pouvoirs. Alors que je soulève la question des moyens techniques, il déclare mystérieusement qu'on pourrait comparer cette maison à un iceberg. Vu la partie émergée, je n'ose pas imaginer l'étendue de la partie immergée. Et oui, si j'en ai envie, je peux intégrer leur école.

Qu'est-ce que vous auriez fait à ma place ?