Disclaimer : L'univers des X-Men ne m'appartient pas, je ne gagne aucun argent à publier cette histoire. Laquelle m'appartient, par contre, c'est ma création, ainsi que le personnage de Sandra, et quelques autres sur le chemin. Je mélange allègrement comics (que je n'ai qu'à peine lus), films (depuis les premiers jusqu'aux derniers), le dessin animé « X-Men Evolution », et même la série animée qui l'a précédé, ne cherchez donc aucune fidélité à une référence particulière. Je prends l'univers global, les personnages, la perception que j'en ai en tous cas, et j'en fais un peu ce que je veux, ce qui est aussi le but des fanfictions. Bref, j'assume. Vous aimez, tant mieux. Vous n'aimez pas, tant pis pour vous, merci quand même d'avoir tenté l'aventure !

Attention, en fonction des chapitres, il peut y avoir des mentions de violences sur mineur, ou de la description de violences, pas forcément très prononcées, mais le rating n'est pas anodin. Vous voilà prévenus :)

88888888

Le samedi suivant ces événements, mes quelques affaires dans un sac de sport, je me rends de nouveau à ce manoir pour m'y installer. Jean m'accueille et me guide à travers les couloirs vers ma chambre.

Au premier étage.

Au moment de prendre l'ascenseur, elle ne manque pas de remarquer mon évidente répulsion apeurée. Je me fais pourtant violence et réussis à contenir ma panique pendant l'ascension durant laquelle ni Jean ni moi ne prononçons un mot, pour ma part focalisée sur mon effort à ne pas péter un câble, elle respectant sans doute mon mutisme.

Quelques secondes après que nous soyons sorties de cette boîte, elle me demande cependant, aussi inquiète que curieuse :

- Tu es sûre que ça va ?

Je prends le temps de laisser ma respiration emballée revenir à un semblant de normale, avant de lâcher :

- Claustrophobie.

Elle hoche la tête puis me conduit à ma chambre en silence, dans laquelle elle me laisse rapidement pour que je puisse m'installer tranquillement. Dont les premières minutes sont consacrées à finir de me calmer. Je passe le reste de l'après-midi à explorer l'école, discutant au passage avec d'autres élèves croisés au hasard de ma déambulation. Jusqu'à ce que…

« Sandra, pourrais-tu me rejoindre dans le bureau juste en face de toi s'il te plaît ? Je voudrais te parler. »

D'abord surprise par cette intervention sortant de nulle part, je reconnais presque aussitôt la voix du professeur Xavier, avant de me rappeler que, oui, c'est vrai, il est télépathe. J'obtempère donc, pour le retrouver seul dans ledit bureau, qui ressemble fort à celui dans lequel nous étions la dernière fois.

Après avoir fermé la porte, je m'assieds sans attendre qu'il m'y invite, commençant un peu à fatiguer. Il m'observe un moment en silence, avant de déclarer sur un ton égal :

- Tu ne nous avais pas dit que tu étais claustrophobe.

- Vous ne me l'avez pas particulièrement demandé, réponds-je en haussant des épaules. Et je ne sais pas vous, mais je me vois mal, en rencontrant des gens, leur dire « Bonjour, je m'appelle Sandra, j'ai vingt-quatre ans et je suis claustrophobe », vous ne croyez pas ?

- Pas faux, acquiesce-t-il en souriant avant de passer en mode presque inquiet. Comment fais-tu, alors, lorsque tu dois te rendre aux étages ?

- S'il s'agit du premier, voire du second étage, j'emprunte les escaliers, tant bien que mal. Sinon, je me force, même si à chaque fois j'ai l'impression d'y passer.

Il hoche la tête en silence pendant que je maudis de ne pas parvenir à cacher un de mes rares élans d'amertume :

- Ironique n'est-ce pas ? Avoir la phobie de ce qui est censé me faciliter la vie…

- Et... À quoi est-ce dû ? interroge-t-il après un autre petit moment sans parler.

À mon tour de ne rien dire, pour mieux trouver ce que je peux bien lui raconter, et les mots qui colleront. Oh et puis au diable la retenue, il est censé devoir m'aider à l'avenir, autant minimiser les cachotteries, surtout lorsqu'elles touchent -au moins partiellement- à ma condition de mutante.

- Comme vous avez dû le deviner, à chaque fois que je rencontre une personne, je fais un rapide examen de leur santé. Je ne peux pas m'empêcher de le faire. Comment dire... C'est comme si mon pouvoir m'y obligeait.

Pas facile de mettre des mots dessus, mais en tous cas j'ai capté toute l'attention de Xavier. Je tâche de ne pas m'y arrêter et poursuis :

- C'est un peu pareil pour ma « phobie ». Lorsque je suis dans une petite pièce, en particulier avec d'autres gens, c'est comme si toutes leurs douleurs, physiques et psychologiques, fusaient de leurs pores, et ricochaient sur les parois à la manière des électrons. Et comme elles sont proches, ladite salle devient comme une autoroute à la fin des vacances. Avec les êtres humains normaux, ça ne pose problème que dans les très petites pièces, même si à la longue ça devient à peu près gérable. Dans les pièces normales, ça va, parce que les murs sont assez éloignés pour que ça soit supportable.

- Vraiment ? fait-il, faussement interrogateur.

Un regard intrigué après, je saisis à quoi il fait allusion et réponds :

- Si vous parlez de là, tout de suite, maintenant, ça peut encore aller. C'est situé, si vous prenez un système de dosage, au premier tiers de la zone rouge du supportable. Quant à l'explication, je n'en vois qu'une : votre puissance. Au contact des élèves, je n'ai rien ressenti de particulier, c'était juste un peu plus fort qu'avec des gens normaux. Mais tous m'ont raconté que vous étiez un des mutants les plus forts qu'on puisse voir sur cette planète. Cet entretien me le confirme sans autre forme de procès.

- Je vois. Il y a juste... Pourquoi as-tu dit « en particulier avec d'autres gens » ? Tu n'es donc pas à l'abri de toi-même ? demande-t-il, intrigué.

- Pas vraiment, non, lâché-je avec un petit rire sans joie. Comme tout un chacun, j'ai mes propres démons, qui se manifestent de la même manière dans les petites pièces, même si ce n'est pas là qu'ils me torturent le plus. Quand je suis seule dans un ascenseur, c'est un peu plus facile que lorsqu'il y a du monde, parce que la panique et la souffrance sont proportionnelles au nombre de gens présents.

- Et ça n'a pas été difficile lorsque Jean t'a accompagnée ?

- Si, mais pas autant que si ça avait été vous, monsieur. Elle a un potentiel beaucoup plus important que les autres, mais rien de comparable à vous.

Cette remarque le plonge alors dans une profonde réflexion, troublée, à en croire le froncement de ses sourcils. Je le laisse la mener tranquillement, n'ayant plus rien à ajouter là-dessus.

- Lorsque tu te sentiras plus à l'aise dans l'école, je voudrais que tu reviennes me voir, reprend-il finalement. Il y a certains sujets dont je t'entretiendrai à ce moment-là.

- C'est vous qui voyez, vous êtes chez vous après tout, plaisanté-je.

Il sourit, et je vais pour m'éclipser lorsqu'il me retient d'une petite remarque.

- Sandra, n'oublie pas que tes secrets seront à l'abri entre ces murs. Je ne te force pas à les révéler. Je veux juste que tu saches que, si tu as besoin de parler, tu trouveras toujours quelqu'un ici pour te prêter une oreille attentive.

Je me retourne et le regarde, franchement inquiète. Je mets un petit moment avant de parvenir à formuler ce qui me traverse l'esprit :

- Qu'est-ce que vous savez au juste ?

- À quel propos ? déclare-t-il calmement.

- Des secrets que vous venez de mentionner.

Il sait de quoi je parle, bon Dieu, alors pourquoi il fait semblant de ne pas savoir ? Pour que je mette des mots sur ce qui me tracasse ? Pour commencer le travail sur la gestion des pouvoirs ? QUOI !?

- Lesquels ?

Rester calme. Tout doux ma fille. Ne panique pas. Ou du moins essaye de ne pas le montrer.

- Peu importe. Pourquoi ces allusions comme quoi vous en savez plus que vous ne voulez bien le dire ? D'abord, avez-vous vraiment découvert quelque chose, ou faites-vous seulement semblant ?

- Tranquillise-toi, je n'investis l'esprit de personne tant que ça ne se révèle pas nécessaire. Et ce n'était pas le cas pendant notre conversation.

- Dans ce cas…

- J'ai juste déduit de ton attitude que cette explication de ta claustrophobie n'est pas la seule qui entre en ligne de compte. Tu semblais trop heureuse, presque, de la donner, comme pour éviter d'en mentionner d'autres.

- Et si un jour, par hasard, je veux livrer le reste, je peux. Message reçu.

Il acquiesce d'un hochement de tête, je me détourne et m'en vais pour de bon.

Quelle chance d'être tombée sur un type qui sait ce que sont la déontologie et l'intimité. Je ne tiens pas à ce qu'il découvre avant longtemps... tout ça. Et qu'il ne compte pas sur moi pour le lui raconter.

88888888

À son balcon, le professeur Xavier observe un ball-trap organisé par ses élèves. Il aurait été surpris de voir Sandra y participer s'il n'avait pas été informé de son incroyable talent pour le tir. Si ses camarades utilisent leurs pouvoirs (avec plus ou moins de dextérité), elle utilise le pistolet à billes faisant partie du peu d'affaires qu'elle avait apportées à l'école, ses projectiles étant de plomb pour l'occasion.

La fin de la partie s'annonce, ne laissant en lice que Scott et Sandra qui, d'après ce que le professeur peut comprendre d'où il est, arrive à court de munitions, alors que les joueurs viennent d'instaurer la mort subite, afin que le suspense ne s'éternise pas trop.

Sa tuile est lancée. Elle tire sa dernière bille, mais rate son objectif. A une vitesse presque incroyable, elle s'empare de sa canne appuyée contre une chaise placée tout près et la lance tel un javelot. Et détruit la cible juste avant qu'elle atteigne le sol, la laissant aussi éberluée que les autres.

« Ses réflexes sont décidément très aiguisés », note le chauve « à tel point qu'elle ne se rend pas toujours compte de ce qu'elle est en train de faire au moment même où elle le fait ».

- Elle a l'air douée, votre nouvelle recrue, lance alors une voix un peu rauque dans le dos de Xavier.

Lequel se retourne, nullement surpris par cette intervention, ayant perçu l'approche de l'homme qui se tenait derrière lui.

- En effet, Logan. Mais son fardeau est bien lourd à porter.

- Comme nous tous, non ?

- Peut-être un peu plus que d'autres, dans son cas. C'est une guérisseuse, mais chaque individu lui inflige constamment ses souffrances, physiques aussi bien que psychologiques. Elle ne le ressent vraiment que dans les petites pièces, encore qu'en compagnie de mutants, la puissance de ceux-ci augmente proportionnellement sa torture. Aussi, je préférerais que tu évites de rester trop longtemps près d'elle, ou de croiser son regard.

- Pourquoi ça ?

- Lorsqu'elle regarde quelqu'un dans les yeux, elle a un accès beaucoup plus direct, et donc douloureux, à la condition physique de la personne en face d'elle. Et avec ton passé, je crains que tu ne la mettes en danger si vous vous retrouvez en contact trop proche.

- Okay. Après que je l'aie croisée, tout à l'heure, j'aurais dit qu'elle avait un regard fuyant.

- Tu l'as croisée ? s'exclame le professeur, inquiet.

- Ouais, mais elle s'est détournée vite fait. Elle a dû sentir que ça serait pas bon pour elle qu'on reste trop longtemps dans la même pièce.

Xavier hoche la tête silencieusement, songeur. Logan laisse s'écouler un temps, avant de poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis le début de la conversation :

- Qu'est-ce qu'elle a fait pour avoir une patte folle ?

Le professeur fronce sévèrement les sourcils à cette formulation, mais répond sans relever :

- Elle a prétendu que c'était un accident de chasse.

- Prétendu ?

- Il ne m'appartient pas de la forcer à dire la vérité à ce sujet, que ce soit celui-là ou un autre.

- C'est quoi l'autre ? interroge Wolverine après deux secondes de silence.

- Qu'est-ce qui te fait dire qu'il n'y a qu'un seul autre sujet qu'elle n'aborde pas franchement ? réplique le paraplégique avec amusement.

- Vous avez dit « celui-là ou un autre ». Pas « celui-là ou d'autres ».

- Bien vu, fait le professeur avec un sourire qui disparaît aussitôt. Qu'elle justifie cette malheureuse interaction avec l'esprit de ceux qui l'entourent dans les petites salles en prétendant être claustrophobe est très crédible, et totalement invérifiable pour les gens normaux. Mais j'ai le sentiment qu'elle l'est réellement, et que le revers de son pouvoir ne fait qu'accroître sa phobie. Je pense aussi que sa « patte folle », comme tu dis, l'oblige bien malgré elle à utiliser ce prétexte plus souvent qu'avant son « accident ».

- Je suppose que vous y avez pas pensé juste comme ça, en un claquement de doigts ?

- Non, en effet. Si elle fait un rapide check up complet sur chaque personne qu'elle rencontre, j'ai pour ma part tâté le terrain psychique de la conversation, fort de mes hypothèses que je vérifiais par la même occasion sans pour autant approfondir la question.

- Vous n'avez donc pas lu ses pensées, constate Wolverine.

- Une nouvelle fois, non. Tu sais que je préfère laisser le choix aux gens en ce qui concerne les confidences.

- Ce qui ne vous empêche pas de leur forcer la main, parfois, marmonne Logan à mi-voix.

- Uniquement en cas de force majeure, tu le sais aussi, répond tranquillement le professeur.

Son interlocuteur s'abstient de répondre et jette un coup d'œil en contrebas, imité par Xavier.

Pendant la discussion, les élèves avaient débattu sur la question du vainqueur du concours avec une telle vigueur qu'ils en avaient combattu pour leur idée respective : pro-Scott ou pro-Sandra. Malgré la vaillance fusant de part et d'autre du champ de bataille, aucun des camps ne sut se démarquer. L'épuisement aidant, les hostilités cessèrent et les deux chefs de file furent déclarés ex-æquo.