Disclaimer : L'univers des X-Men ne m'appartient pas, je ne gagne aucun argent à publier cette histoire. Laquelle m'appartient, par contre, c'est ma création, ainsi que le personnage de Sandra, et quelques autres sur le chemin. Je mélange allègrement comics (que je n'ai qu'à peine lus), films (depuis les premiers jusqu'aux derniers), le dessin animé « X-Men Evolution », et même la série animée qui l'a précédé, ne cherchez donc aucune fidélité à une référence particulière. Je prends l'univers global, les personnages, la perception que j'en ai en tous cas, et j'en fais un peu ce que je veux, ce qui est aussi le but des fanfictions. Bref, j'assume. Vous aimez, tant mieux. Vous n'aimez pas, tant pis pour vous, merci quand même d'avoir tenté l'aventure !
Attention, en fonction des chapitres, il peut y avoir des mentions de violences sur mineur, ou de la description de violences, pas forcément très prononcées, mais le rating n'est pas anodin. Vous voilà prévenus :)
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Le jour des funérailles. Le service à l'église a été bref. En-dehors du curé et de l'organiste, nous étions six. Le professeur Xavier, Scott, le notaire, moi et deux inconnus. Le premier d'entre eux était venu pour admirer les vitraux et le talent médiocre de l'organiste, l'autre pour adresser quelque prière au Seigneur.
Au cimetière, le professeur et Scott restent pudiquement en arrière. Le notaire a un peu moins de scrupules, cependant assez pour ne pas se tenir à mes côtés. Le prêtre s'en va peu après avoir prononcé l'oraison funèbre. Je me recueille quelques minutes de plus, la tête bourrée d'interrogations sans fin.
Enfin, je parviens à me persuader que ce n'est plus maintenant que j'obtiendrai des réponses et commence à emprunter le chemin du retour après un dernier regard pour le cercueil. Un autre regard et un hochement de tête à mes accompagnateurs pour leur signifier que nous pouvons y aller. Lorsque la tombe n'est plus en vue, le notaire se rapproche et débute une discussion qui promet d'être ennuyeuse :
- Mademoiselle, permettez-moi de renouveler une fois de plus l'assurance de mes plus sincères condoléances. Je ne connaissais votre père que trop peu, mais je suis convaincu qu'il aurait beaucoup apprécié la cérémonie et…
- Permettez-moi de vous rappeler, M. Humphrey, que c'est vous qui avez eu la gentillesse de vous occuper de l'ensemble des funérailles, le coupé-je en déguisant mon agacement sous le masque de la courtoisie. Aussi je renouvelle mes remerciements les plus profonds quant à cette délicate attention. Je n'aurais certes pas pu m'en charger seule et je n'aurais pas su mieux faire, tant il est assuré que vous avez mené cette tâche à bien avec maestria.
- Vous y allez peut-être un peu fort, répond-il avec une évidente fausse modestie. Cependant, je voudrais vous entretenir de certains sujets, si le moment n'est pas mal choisi…
- Il l'est, cher monsieur, fais-je en interrompant sa fausse hésitation avec la même politesse que précédemment. Votre professionnalisme et votre habitude de ce genre de cas vous a permis de conduire la cérémonie avec la sobriété qui se doit. Pourtant, le souci du détail vous en aura sans doute fait oublier au moins un, aussi je me permets de vous rappeler que nous avons rendez-vous dans deux jours pour mettre le fin mot à toutes les affaires que mon père a laissées derrière lui. Calmez votre impatience, tout vient à point à qui sait attendre, conclus-je avec un sourire à peine esquissé.
Confus, le notaire ne peut que hocher de la tête et continuer à marcher en silence, quelques pas en arrière. Plus un mot n'est prononcé jusqu'à la sortie du cimetière, où juste un échange de salutations vient troubler ce mutisme.
Une fois installés dans la voiture, je ne peux retenir un soupir de soulagement. Je ne peux plus supporter d'être debout très longtemps. À cela vient s'ajouter l'automne qui s'annonce et qui continue à être ma saison favorite sans que mon genou droit ne soit d'accord pour autant. En réaction à mon soupir, Scott me jette un regard à travers le rétroviseur intérieur et me demande :
- Ça va Sandra ? Le notaire ne t'a pas trop ennuyée ?
- Je ne lui en ai pas laissé le temps, lui réponds-je en souriant. Non, c'est surtout que ce genre de journée n'est pas très reposant.
Il acquiesce d'un signe de tête puis se concentre sur la route.
- Ta courtoisie a peut-être été excessive, tout à l'heure, me fait remarquer le professeur après un court moment de silence.
- Peut-être, oui. Mais je ne crois pas que j'aurais supporté qu'il s'étale en longs palabres, et c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour le contrer sans que ni vous ni lui n'y trouviez à redire. Apparemment, je me trompais en ce qui vous concerne, ajouté-je en le regardant avec un petit rire.
- Au contraire, c'était bien vu, réplique-t-il sérieusement. Mais la prochaine fois, n'en fais pas tant, cela pourrait passer pour de la flagornerie et je ne crois pas qu'il apprécierait.
- Message reçu cinq sur cinq, lui retourné-je avant que le silence ne retombe.
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Il se dirige vers la rivière qui coule derrière l'école, profitant de la douceur de cette fin d'après-midi. Pas qu'il y soit très sensible (ce n'est pas trop son genre de toutes façons, il laisse ça aux autres), mais après la journée de fou qu'il a eue, il sait apprécier ce cadre reposant. Arrivé au saule pleureur séculaire, il fera sans doute un petit footing de quelques kilomètres, histoire de se détendre complètement. Les élèves ont été particulièrement turbulents, aujourd'hui.
Mais à quelque distance de l'arbre, son flair infaillible lui révèle la présence d'un élève. Une élève plutôt, qu'il ne côtoie pas plus que ça. Il grogne. Il ne pouvait pas être tranquille cinq minutes. Certes, il pourrait faire un détour, mais c'est de l'autre côté du gué gardé par cet arbre que commence son parcours. Tant pis, il passera à côté d'elle en faisant semblant de ne pas l'avoir remarquée. Il n'est plus qu'à quelques pas lorsqu'il entend les plouf caractéristiques d'un caillou ricochant sur l'eau. Tiens ? D'humeur mélancolique ? Et d'ailleurs, maintenant qu'il y pense, qu'est-ce qu'elle fiche aussi loin de l'école ?
Intrigué, il décide, au moins momentanément, de retarder son footing, et s'approche de l'élève, dans son dos. Elle ne semble pas avoir remarqué sa présence, il l'observe quelques instants. Ses jets sont un rien rageur. Parfois un peu plus faibles, un peu plus désespérés. C'est là qu'il se souvient de son deuil tout récent. Jamais à l'aise dans ce genre de situation qu'il essaye en général d'éviter, il hésite à passer son chemin, lorsqu'elle déclare, sans se retourner :
- M. Logan, vous n'êtes pas obligé de rester, vous savez.
- Et pourquoi pas ?
- Parce que je risque d'être d'encore moins bonne compagnie que d'habitude.
Est-ce de l'amertume ? Paradoxalement, ces mots le convainquent de s'avancer jusqu'à ses côtés.
- Bof, j'ai l'habitude des gens grincheux, fait-il avec indifférence.
- Vous viendrez pas vous plaindre plus tard, marmonne-t-elle.
Elle continue à jeter ses cailloux sans plus un mot. Un silence que Wolverine qualifierait de lourd s'installe. Il aurait peut-être dû partir, en fait.
- Je suis étonné de te voir ici. C'est quand même assez éloigné de l'école. Je croyais que tu pouvais pas aller trop loin avec ta patte folle ?
Elle aurait tiqué sur ce dernier terme, s'il n'avait pas pris l'habitude d'en faire une taquinerie.
- Avec ma canne, ça va. Et puis, le paysage en vaut le coup. Je ne connaissais pas, mais je reviendrai sans doute.
- Comment tu connais cet endroit si t'es jamais venue ?
- Un élève de Xavier qui m'en a parlé.
- Ah... Qui ?
- Peter.
- Mhm.
Et le silence revient, pendant un moment. Il n'aime vraiment pas les silences dans les conversations. Ça stagne. Et lui, il lui faut de l'action, du mouvement. Il essaye autre chose.
- J'ai entendu, pour ton père. Je suis désolé.
- C'est gentil. Mais faut pas.
- Pourquoi non ?
- Il n'en valait pas la peine.
Ouais, les parents qui n'en valent pas la peine, il en a fait l'expérience. Mais en tant qu'éducateur sous la supervision de Charles, celui-ci n'aimerait sans doute pas une réponse trop franche, pas assez « pédagogique ». Ce qui fait que Logan ne trouve à répondre qu'une de ces banalités qu'on lui a servies, à lui aussi. Il n'aime pas ça, mais Xavier lui en voudrait de faire autrement.
- Comme la plupart des parents quand on est jeune.
- Peut-être, mais lui valait encore moins la peine que les autres.
Elle ne l'aide pas vraiment. Remarque, lui non plus n'était pas commode, à son âge.
- Tu dis ça maintenant, mais tu verras dans quelques années, tu verras les choses différemment.
- Vous voyez les choses différemment, vous ?
Il n'aime pas la direction que ça prend. Lui qui avait essayé de détendre l'atmosphère, d'être assez cool, c'est plutôt raté.
- Moi, c'est pas pareil, grommelle-t-il.
- Ah ouais, en quoi ?
Elle a de l'aplomb, la petite. Trop à son goût.
- Ça va aller, les questions personnelles, oui ?
- C'était pas plus personnel que vous lorsque vous m'avez demandé en quoi mon père n'en valait pas la peine.
- C'est pas pareil.
- Parce qu'en tant qu'éducateur, vous avez le droit de vous intéresser à ma vie privée, et moi pas, parce que je suis une élève ?
Elle a l'air calme, mais en elle sourde une insolente colère. Et l'insolence, il n'aime pas.
- Tu vas arrêter avec ton arrogance mal placée, ok ?! C'est pas une manière de traiter les gens qui essayent de t'aider !
- Parce que vous croyez que ça m'amuse d'être arrogante ?! s'exclame-t-elle. Je sais que j'ai l'air condescendante, mais c'est parce qu'en général, quand je dis quelque chose, je sais de quoi je parle ! Mon pouvoir m'a appris à avoir une bonne idée de comment les gens peuvent penser, agir, réagir, les expériences qu'ils ont pu traverser et la trace qu'ils en ont gardé. À tel point que c'en est devenu presque mathématique ! Et force m'a été de constater au fil du temps que j'ai un passé bien plus sombre et plus horrible que la plupart des gens, même à Xavier. Sachant ça, c'est normal que je me positionne par rapport aux gens, non ? conclut-elle en bougonnant de lassitude.
- Avoir un passé plus horrible que les autres ne te rend pas supérieure pour autant.
- Non, ça me fait avoir une expérience qui me rend plus lucide et plus amère que je ne devrais l'être. Lucide, et donc arrogante. Et croyez-moi, c'est vraiment pas marrant d'en savoir plus que les autres.
En parlant elle s'est détournée de la rivière, dans laquelle elle a cessé de jeter des pierres depuis un bon moment, pour aller s'asseoir dans un creux entre les racines apparentes du saule, où elle avait abandonné sa canne.
- Ah non ?
- Non. Mon savoir arrogant m'aliène aux autres.
- Dur d'être tout le temps tout seul, hein ?
- Je ne vous le fais pas dire.
Elle a l'air vannée. Tendue aussi. Tiens d'ailleurs…
- C'est parce qu'on est en plein air qu'on peut être aussi près l'un de l'autre ?
- Ouais. Sinon, je serais partie quand je vous ai entendu venir. J'aurais peut-être dû. Vous auriez pu faire votre footing.
- Je peux bien le faire plus tard. C'est pas comme si j'avais pas le temps.
Elle acquiesce d'une onomatopée. Le silence revient. Encore. Un peu plus paisible, cette fois-ci.
- Il valait pas le coup comment, votre père ? demande-t-elle à brûle-pourpoint.
Surpris, il essaye de trouver des mots suffisamment explicites sans rien révéler d'important.
- Il est mort trop tôt.
Un son inarticulé précède sa brève réflexion.
- Le mien est mort trop tard.
- J'ai cru comprendre. Mais, vraiment, d'ici quelques années, quand ça se sera tassé, tu verras pas les choses pareil. La différence ne sera pas grande, sans doute, mais le temps a tendance à adoucir la perception des choses.
Elle ne dit rien. Juste une moue dubitative. Elle a un sourire triste, soudainement.
- Hey, ça va ?
- Rien. Ça fait juste bizarre de vous entendre dire des trucs comme ça. D'habitude, la pédagogie, c'est plutôt Scott ou le professeur qui s'en chargent.
- Si tu le dis, sourit-il. Mais, oh, Sandra, on me la fait pas, à moi.
Elle se tait de nouveau, à tel point qu'il pense qu'elle ne va pas répondre.
- J'ai jamais connu que l'instabilité. Je me vois mal avoir une petite vie tranquille et rangée, et vieillir tranquillement au coin du feu, si vous voyez ce que je veux dire. J'ai du mal à voir un chemin de paix et de calme.
- T'es jeune. T'as le temps de voir venir. Et puis, on est des mutants. L'adaptation, la survie, ça nous connaît. Et on va en avoir pas mal besoin, avec la guerre qui se prépare.
- Ouais, ben moi, j'en ai soupé, de ça. J'aimerais bien pouvoir passer à autre chose. Sauf qu'au train actuel des choses, c'est mal barré.
- Tu sais ce que dit le dicton : l'heure la plus sombre est celle qui précède l'aube.
- C'est assez ironique de dire ça alors qu'on est au crépuscule, fait-elle remarquer.
En effet, le ciel clair se pare des couleurs chaudes que chassera bientôt la nuit.
- Tu devrais rentrer, conseille-t-il. Si tu tardes trop, le temps que tu arrives à l'école, il fera trop sombre pour que tu retrouves ton chemin.
Elle approuve du chef, se lève péniblement, fait quelques pas pour se dégourdir les jambes, commence à s'éloigner, mais s'arrête et se tourne vers lui.
- Et vous ? Vous ne rentrez pas ?
- J'ai un footing à faire, tu te souviens ? badine-t-il. T'inquiète, je connais le coin comme ma poche, poursuit-il alors qu'elle fronçait les sourcils d'inquiétude.
- Ok. À demain pour l'entraînement, alors.
- À demain.
Il la regarde partir, songeur, mais se détourne rapidement, et franchit le gué à petites foulées.
