Disclaimer : L'univers des X-Men ne m'appartient pas, je ne gagne aucun argent à publier cette histoire. Laquelle m'appartient, par contre, c'est ma création, ainsi que le personnage de Sandra, et quelques autres sur le chemin. Je mélange allègrement comics (que je n'ai qu'à peine lus), films (depuis les premiers jusqu'aux derniers), le dessin animé « X-Men Evolution », et même la série animée qui l'a précédé, ne cherchez donc aucune fidélité à une référence particulière. Je prends l'univers global, les personnages, la perception que j'en ai en tous cas, et j'en fais un peu ce que je veux, ce qui est aussi le but des fanfictions. Bref, j'assume. Vous aimez, tant mieux. Vous n'aimez pas, tant pis pour vous, merci quand même d'avoir tenté l'aventure !
Attention, en fonction des chapitres, il peut y avoir des mentions de violences sur mineur, ou de la description de violences, pas forcément très prononcées, mais le rating n'est pas anodin. Vous voilà prévenus :)
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Deux jours après l'enterrement. La fin du rendez-vous chez le notaire s'annonce enfin. Pas qu'il soit particulièrement désagréable, ce Humphrey, mais rester ainsi cloîtrée pendant plusieurs heures dans une même salle à discuter finances, legs, désagréments financiers, coups tordus de l'administration, problèmes d'argent et j'en passe et des meilleurs, ça porterait sur les nerfs de n'importe qui (à part un notaire, peut-être).
- En résumé, reprit le bonhomme, avec l'argent dont disposait votre père à sa mort en biens et en banque ajouté à celui qu'il mettait régulièrement de côté à votre intention, le total des dettes qu'il avait cumulées est remboursé, intérêts compris, ainsi que les divers frais occasionnés par les funérailles, ne vous laissant en héritage que quelques objets personnels que les créanciers vous autorisent à prélever dans son appartement sous la surveillance d'un huissier qui en prendra note et vous remettra un certificat vous assurant d'être pleinement propriétaire desdits objets. Voilà qui est réglé, conclut-il avec un petit air satisfait. Je suis désolé que vos legs ne soient pas plus importants, mademoiselle… rajoute-t-il précipitamment, comme pour se faire pardonner sa précédente satisfaction.
- Ne vous inquiétez pas pour ça, répliqué-je sans parvenir à cacher entièrement mon raz-le-bol. Je ne m'attendais pas à ce que le bilan soit aussi positif. Mais comme vous dites, continué-je en me levant, tout est réglé, n'en parlons plus.
- Oui, bien sûr, acquiesce-t-il précipitamment en se levant à son tour. Eh bien, peut-être au revoir, mademoiselle, qui sait ?
- L'avenir nous le dira, lâché-je en échangeant une brève poignée de main avec lui. Je vous serais juste reconnaissante de me prévenir quand les créanciers voudront que je passe à l'appartement de mon père.
- Bien sûr, bien sûr, cela va de soi, promet-il avec un sourire un rien mielleux. Bonne continuation, mademoiselle.
- À vous aussi, réponds-je en me dirigeant vers la porte du cabinet.
Une fois le battant refermé, je me prends à bénir ce notaire pour avoir établi son bureau au rez-de-chaussée. À l'extérieur, j'inspire plusieurs bouffées d'air frais bien que légèrement pollué en cette fin d'après-midi et consulte l'heure à mon téléphone portable avant de remonter tranquillement la rue.
Un camarade transplaneur prend des cours de piano un peu plus loin, il a accepté de me ramener avec son propre scooter quand il aurait fini, c'est-à-dire dans une dizaine de minutes. Je sais, il est d'usage de dire « téléporteur », mais selon ses propres dires, la description du transplanage dans les bouquins de Harry Potter correspond tellement bien à son propre pouvoir que nous avons tous fini par modifier l'appellation courante.
Au dernier carrefour avant ma destination, alors que je vois Stan sortir de son cours et que tout était calme aux alentours, un camion de livraison grille une priorité à droite et percute violemment une voiture. Les deux véhicules font quelques mètres dans un horrible bruit de ferraille avant de s'immobiliser. Le temps d'un croisement de regard avec Stan, et je me précipite aussi vite que je le peux vers l'automobile défoncée.
Et il faut croire que je suis plus rapide que je ne le pense, avec ma patte folle, ou bien que les gens n'ont pas beaucoup de réflexes, car je suis la première au chevet des deux occupantes. Englobant la situation d'un coup d'œil, je confirme un premier diagnostic avec la passagère qui n'a que quelques égratignures en plus de la plus grosse frayeur de sa vie. Je lui pose quand même la question pour ne pas éveiller les soupçons alors que celle-ci parvient à se dégager :
- Ça va ? Vous n'avez rien ?
- Non, ça peut aller, arrive-t-elle à articuler.
Je ne pousse pas la discussion plus loin et me focalise sur la conductrice qui, elle, a l'air dans de sales draps. Sans plus réfléchir, je me concentre, les doigts posés sur sa tempe à travers la vitre brisée, et m'emploie à la soigner.
Dès le début de mon incursion dans son corps et son esprit, je me rends compte que si je n'interviens pas rapidement, l'ambulance trouvera un cadavre. Plusieurs hémorragies, quelques fractures, traumatisme crânien, innombrables lésions aussi bien internes qu'externes, et autres multiples dommages. Voyant l'étendue des dégâts, je mobilise mon énergie et pare à l'essentiel en essayant d'aller vite sans mal faire, pour que les gens ne se doutent de rien tout en sauvant cette pauvre femme.
Cet objectif bien en tête, je suis pourtant mise à mal dans ma tâche, assaillie de toutes parts par les souffrances qu'elle endure et qu'elle a enduré, sous forme de sorte de flashes en noir et blanc, d'images et de sensations. Des flashes violents, rapides, brutaux.
Leur nombre légèrement décroissant m'indique que j'ai bientôt terminé. Je prends tout de même le temps de vérifier qu'elle n'est plus en danger, du moins immédiat, et romps le contact entre nous.
Vidée d'une majeure partie de mon énergie, tentée de me laisser tomber là, exténuée, je m'éloigne cependant de la voiture de quelques pas, cramponnée à ma canne, tâchant de paraître un minimum normale, et déclare aux secours déjà arrivés :
- Les lésions n'ont pas l'air trop importantes, je crois qu'elle va s'en sortir.
Sans plus se préoccuper de moi, ils vont lui porter assistance. J'en profite pour me fondre dans la foule uniquement attentive aux moindres faits et gestes des secouristes.
Lorsque j'arrive en chancelant sur le trottoir, non loin de la maison où Stan prend son cours de piano, celui-ci me rejoint. Je n'ai pas la force de me tourner vers lui, mais je devine son inquiétude quant à ce que je viens de faire. On n'est pas censé manifester nos pouvoirs en public.
Son air soucieux s'accentue quand il voit mon état de faiblesse.
- Ça va aller Sandra ? T'es toute pâle, tu trembles comme une feuille !
- Il faut... retourner... à l'école... arrivé-je à dire, peinant à prononcer chacun des mots.
- D'accord ! Mon scoot' est juste à côté ! s'empresse-t-il de répondre, toujours plus inquiet.
- Pas... la... force…
Je ne parviens pas à dire plus, à bout de souffle, concentrée à retarder au maximum le moment très pénible et très proche de mon évanouissement. Ayant aperçu des marches non loin, je franchis les deux pas qui m'en sépare avec l'élan créé par mon déséquilibre lorsque mes doigts ont lâché ma canne sans que je n'y puisse rien, et réussis à m'y asseoir, prenant appui sur la grille bordant un minuscule jardin. À ce moment-là, un couple d'âge mûr passe par là et s'arrête.
À travers les brumes de l'épuisement, je perçois leur inquiétude, Stan qui répond avec un naturel inébranlable que « c'est ma petite copine, elle est très sensible, la vue de l'accident l'a fortement secouée, ne vous inquiétez pas elle habite juste à côté, je vais la ramener dès qu'elle se sentira un peu mieux ». Comme ils insistent, il les dissuade gentiment, puis se tourne vers moi dès qu'ils se sont éloignés.
- Si je t'aide, tu pourras te lever ?
Je ne parviens qu'à hocher faiblement la tête. Sans plus attendre, il passe mon bras au-dessus de ses épaules et le sien au-dessous des miennes. Il a récupéré ma canne au passage et m'entraîne dans une ruelle proche et déserte. Un dernier coup d'œil aux alentours pour vérifier que personne ne nous regarde, et il nous fait transplaner.
Ce très bref mais éprouvant voyage me vide des dernières forces dont je dispose. Juste avant de m'évanouir, je sens vaguement Stan me soulever avec peine (il faut dire aussi que son atout principal est la rapidité et non pas la force) et me déposer sur une surface dure, probablement une table.
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Inconscience perturbée. Envahie des mêmes flashes vus lors des soins portés à la conductrice. En boucle. Encore et toujours ces souvenirs de douleurs. Les vivre. Encore et encore. Jusqu'au déchirement de ma propre identité. Suis-je cette femme inconnue ? Suis-je cette mutante qui l'a sauvée ? Mémoires enchevêtrées, brouillées, anonymes.
Au milieu de ce tourbillon de souffrance et d'ignorance, une aide extérieure tente de se tailler une place. Refusée. Qui que je sois, aussi puissante que cette main secourable puisse être, je ne veux pas courir le risque de faire partager ma torture. Elle est trop terrible pour que quiconque d'autre la subisse.
Cette aide essaye de contourner les barrières construites, mais finit par se résigner et se poser en spectatrice impuissante, tout en essayant de procurer en réconfort une sorte de baume psychique. Élément bienvenu, puisqu'il me soulage peu à peu du torrent de flashes tout en préservant le dispensateur de leurs effets.
Peu à peu, tout commence à s'apaiser, lentement mais sûrement. Les morceaux éparpillés de ma conscience reprennent leur place sans laisser de traces de leur dislocation. Cette nouvelle unité arrive de pair avec un sommeil profond. C'est une des multiples facettes de mon pouvoir. Je ne peux soigner que les autres, et ma raison est condamnée à rester parfaitement saine malgré tous ces déchirements que ces soins impliquent par le partage de la conscience du patient.
Lorsque je me réveille, débarrassée de toute fatigue, douleur et autre inconvénient physique -du moins, pour le moment-, je suis à l'infirmerie. Yeux ouverts, à l'écoute du silence uniquement perturbé par le ronronnement léger et régulier de l'électrocardiogramme.
Je me donne le temps de reprendre contact avec ce monde, avant de me lever, ôter la pince qui prend mon pouls à mon index droit, et passer lentement derrière le paravent, juste à côté, où je trouve, sans surprise, quelques-uns de mes vêtements sur une chaise. Je commence tranquillement à me changer lorsque j'entends la porte coulisser pour laisser entrer le bourdonnement d'un moteur électrique.
- Bonjour professeur, le salué-je tranquillement.
- Bonjour Sandra, répond-il tout aussi paisiblement. Comment te sens-tu aujourd'hui ?
- Je ne m'étais pas sentie aussi bien depuis des siècles, et vous n'y êtes pas étranger. L'aide que vous m'avez apportée m'épargne trois jours d'une convalescence des plus houleuses. Il s'est passé combien de temps depuis que Stan m'a ramenée ici ?
- Une cinquantaine d'heures. Et ce temps aurait été plus court si tu m'avais vraiment laissé t'aider comme je l'entendais.
Pas de reproche dans sa voix, juste une constatation.
- Si je vous avais laissé faire, professeur, est-ce que vous auriez su vous protéger de mon calvaire ? demandé-je avec une curiosité digne d'un amateur de curiosités.
- C'est possible, et même fort probable.
Son ton n'est pas aussi assuré que d'habitude.
- Vous n'en êtes cependant pas certain ?
- Non, et je ne le serais pas tant que tu ne me laisseras pas y être confronté, lâche-t-il.
Serait-ce une infime pointe d'amertume que je perçois derrière son ton professoral ?
- Moi, j'y survis parce que j'y suis habituée mais surtout parce que mon pouvoir préserve ma santé mentale, professeur, expliqué-je. Je ne doute pas de votre force, loin de là, mais comme je n'ai pas une idée précise de ses limites, je ne veux pas courir le risque que vous connaissiez ce supplice.
- J'en ai eu un aperçu, même si tu me tenais à l'écart, objecte-t-il. C'est un coup que j'ai à peine senti passer.
- Une petite brise ne donne pas l'idée d'une tornade, répliqué-je en souriant. Professeur, êtes-vous sûr que nous n'avons pas interverti nos places par mégarde ?
Il laisse échapper un petit rire avant de répondre :
- Je suis simplement intrigué par ce que je ne connais pas.
- Avec une petite recherche de prise de risques, à ce que je vois, poursuis-je sur le ton de la plaisanterie.
- Pourquoi ? Je ne devrais pas ? interroge-t-il, mi-malicieux, mi-sérieux.
- Dans le cas présent, j'avoue ne pas voir ça d'un très bon œil pour votre propre sécurité.
« Et pour la mienne » n'osé-je pas ajouter pour ne pas casser le ton de la conversation.
- Tu as raison, nous avons dû interchanger nos places dans les heures qui se sont écoulées, remarque-t-il à son tour.
- Vous voyez, je vous l'avais dit ! lancé-je sur un ton exagérément triomphateur en sortant de derrière le paravent. Plus sérieusement, professeur, continué-je un peu plus gravement, faire connaître ce genre de souffrance à une tierce personne est la dernière des choses que je souhaite accomplir sur cette planète tant que je peux l'éviter. Alors, je vous en prie, ne me forcez pas la main à ce sujet. Je n'ai moi-même aucune idée sur vos chances de vous en sortir indemne.
Comme d'habitude, je ne le regarde pas directement dans les yeux, mais je parle avec suffisamment de conviction pour lui faire comprendre tout le poids du danger que représenterait une telle situation. Au bout d'un long silence, il répond avec un sérieux sans équivoque sur la fermeté de sa promesse :
- Entendu.
Ayant reçu sa confirmation, je hoche légèrement la tête et me dirige vers la sortie en compagnie de Xavier. Une fois dans le couloir, celui-ci s'informe :
- Tout s'est bien passé, chez le notaire ?
- Long et ennuyeux, mais le bilan était plus positif que ce à quoi je m'attendais. Il doit bientôt me recontacter pour me dire quand je pourrais récupérer les quelques affaires auxquelles j'ai droit, fais-je négligemment. Au fait, ont-ils parlé de ces deux demoiselles accidentées dans le journal ?
- En effet. Une vidéo amateur réalisée par hasard a même été diffusée, déclare-t-il d'un ton neutre.
- Y voit-on quelque chose de suspect ?
J'ai essayé d'adopter un ton léger, mais je crois qu'il ne dissimule pas totalement mon inquiétude.
- Certains spectateurs se demanderont peut-être ce qui s'est passé pendant que tu étais au chevet de la conductrice, mais rien de plus.
- Elle va s'en sortir ?
- Elle était dans une état étonnamment bon pour une collision de cette importance, aux dires des médecins. Selon eux, elle a eu beaucoup de chance de s'en sortir à si bon compte. Tu as été sa chance, Sandra. Tu as été très rapide, continue-t-il alors que je pousse un soupir de soulagement, et efficace puisque tu as sauvé la vie de cette femme. Mais tu as pris beaucoup de risques.
Pas exactement un reproche, une demande d'explication se cache derrière ses derniers mots.
- Elle était inconsciente lorsque je l'ai soignée, elle ne se souviendra de rien, j'en ai la certitude, réponds-je sans hésiter. N'empêche, je suis contente d'avoir la confirmation qu'elle s'en sortira, c'est une brave femme. Mais j'avoue être surtout soulagée d'avoir pu la sauver sans éveiller les soupçons, c'était une de mes hantises sur le moment.
- De ne pas pouvoir la sauver, ou d'éveiller les soupçons ?
- La sauver. Elle était vraiment à deux doigts de mourir quand je suis arrivée. Pour ce qui est des soupçons, j'aurais pu les déjouer avec quelques mensonges s'il y en avait eu besoin. Mais c'est toujours mieux quand la discrétion est maximale. Allez-y, je prendrais le suivant, conclus-je alors que nous arrivons devant l'ascenseur.
D'accord, je suis en forme, mais faut pas trop pousser le bouchon non plus.
Alors que je l'ai rejoint au premier étage (eh oui, les grands esprits se rencontrent), il me laisse le temps de me remettre de ce petit mais éprouvant voyage avant de continuer la conversation d'un ton grave.
- Lorsque je parlais de ta prise de risques, je ne pensais pas seulement à la conductrice et aux badauds. Toi aussi, tu aurais pu mourir.
Pour un « petit aperçu », il a vu quand même pas mal de trucs.
- Il m'a été donné le pouvoir de guérir les gens, même s'ils sont à l'orée de la mort. Mais pour ça, il faut que je courre les mêmes dangers que mes patients. À part dans les œuvres de science-fiction, il n'est pas possible de créer, réparer ou remplacer à partir du néant. Je dois donc payer un tribut, et puiser dans mon énergie pour procéder aux soins, car en général les gens sont trop faibles pour que j'utilise la leur. Et surtout, ça évite qu'ils soient au courant que je les soigne.
Me contenter d'une onomatopée aurait donné suite à une flopée de questions, demandes d'informations et explications pas forcément agréables à se laisser extirper. Autant ne pas faire durer le suspense, on y gagne du temps. Je crois d'ailleurs avoir ainsi un peu damé le pion au professeur, qui pour le coup reste silencieux un petit moment.
- Si tu dois subir toutes leurs souffrances et leur contrecoup dans les jours qui suivent, alors pourquoi les soignes-tu ? finit-il par me demander posément.
- Par pur masochisme, bien évidemment ! clamé-je dans un réflexe.
Sous le coup de cette réponse inattendue et surprenante, Xavier s'arrête, interloqué, attendant sans doute une meilleure explication. Je fais de même, vaguement amusée, mais aussi pensive.
- En fait, je n'y ai jamais réfléchi avant, déclaré-je lentement après un silence presque long. Quand quelqu'un est suffisamment mal pour que je l'aide, je ne réfléchis pas plus loin. Je sais que ça ne va pas me faire du bien, à moi, mais... je sais pas, c'est devenu secondaire. Je me sentirais coupable de ne pas aider ces gens alors que j'en ai le pouvoir. Et puis, je suis habituée à la souffrance, tout ça, alors, ça ne compte plus.
En disant cela et en voyant la tête du professeur, j'essaye d'imaginer l'horreur que ça peut représenter pour lui. Être habitué à souffrir. Énormément. Ouais, vaguement flippant. D'un autre côté, je n'ai pas de meilleure formulation. En fait, je n'en ai pas d'autre, ce qui simplifie le problème.
Cependant, il se reprend assez rapidement et reprend par la même occasion ce que je viens de dire :
- « Suffisamment mal » ? Cela veut-il dire que tu ne dispenses pas ton aide à tout le monde ?
Il est intrigué, mais aussi curieux d'en savoir plus. Je crains d'être un peu condescendante sur ce coup-là.
- Voyons, professeur, comme je viens de le dire, je suis sûrement très masochiste sur les bords, mais pas au point de vouloir virer schizophrène pour un petit bobo de rien du tout ! Bon, maintenant, la donne a changé, puisque je peux guérir les blessures légères sans contact mental. Mais quand bien même, je n'ai pas eu l'occasion d'intervenir très souvent auparavant. Et les quelques fois où c'est arrivé, comme pour la conductrice, je ne « réparais » pas entièrement non plus, pour pas que les gens se méfient.
Le professeur, peut-être un peu surpris par mon ton très léger voire insouciant, ne répond rien. Quant à moi, le fait d'évoquer la méfiance me ramène à l'accident qui m'amena à l'infirmerie et m'amène une question à l'esprit.
- Au fait, sait-on pourquoi le chauffeur du camion a grillé la priorité ?
Xavier me regarde un moment avant de donner une réponse, perplexe quant à la conduite à tenir face à mon ton redevenu « normal ». Il finit par déclarer :
- Il était au téléphone, et son taux d'alcoolémie était au-dessus du niveau légal.
Je ne peux m'empêcher de hausser des sourcils, agacée par tant d'imprudence, tout en poussant un soupir découragé et un rien exaspéré avant de commenter :
- Au moins, on peut espérer qu'il ne recommencera plus.
Définitivement revenue à ma normale, je salue le professeur d'un petit hochement de tête et me dirige vers ma chambre, l'humeur vaguement ruinée par cette nouvelle preuve de l'imbécile assurance de l'espèce humaine.
À peine ai-je le temps de m'asseoir que mon téléphone sonne. À peine ai-je décroché que la voix de Humphrey se fait entendre. À peine ai-je raccroché que j'ai hâte d'en avoir fini avec le rendez-vous pris avec l'huissier demain à 17h à l'appartement de mon père.
