Disclaimer : L'univers des X-Men ne m'appartient pas, je ne gagne aucun argent à publier cette histoire. Laquelle m'appartient, par contre, c'est ma création, ainsi que le personnage de Sandra, et quelques autres sur le chemin. Je mélange allègrement comics (que je n'ai qu'à peine lus), films (depuis les premiers jusqu'aux derniers), le dessin animé « X-Men Evolution », et même la série animée qui l'a précédé, ne cherchez donc aucune fidélité à une référence particulière. Je prends l'univers global, les personnages, la perception que j'en ai en tous cas, et j'en fais un peu ce que je veux, ce qui est aussi le but des fanfictions. Bref, j'assume. Vous aimez, tant mieux. Vous n'aimez pas, tant pis pour vous, merci quand même d'avoir tenté l'aventure !

Attention, en fonction des chapitres, il peut y avoir des mentions de violences sur mineur, ou de la description de violences, pas forcément très prononcées, mais le rating n'est pas anodin. Vous voilà prévenus :)

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Cette forme de confession, même s'il n'y avait rien à pardonner, ne changea rien dans les temps qui suivirent, contrairement à ce que j'aurais pu attendre. J'eus juste l'impression que le professeur Xavier avait légèrement changé son attitude envers moi. Comment n'aurait-il pas pu ? Il était un rien plus protecteur, plus inquiet quand j'étais un peu plus fatiguée que d'ordinaire, ou pas dans mon assiette. Il y mettait cependant assez de tact pour que je n'en sois pas embarrassée.

Je mis tout de même quelques temps à me remettre de cette soirée et, à ce que je pus observer, ce fut aussi le cas du professeur qui n'en était pas sorti totalement indemne. Je n'ai d'ailleurs pas eu de vraie conversation avec lui depuis cette date, ni à ce sujet ni à propos d'autres, il y a maintenant environ un mois.

J'ai par contre eu pas mal d'échos de mes camarades, inquiets de savoir ce qui m'était arrivé et curieux de m'entendre dire pourquoi je les avais réveillés en pleine nuit, mais craignant de commettre un impair. Quelques-uns me posèrent des questions auxquelles je répondis, je dois bien l'avouer, de façon très évasive. Ce qui, je crois, ne les choqua pas outre mesure, connaissant mon côté réservé voire asocial par moments, et se doutant bien qu'ils touchaient là un sujet sensible.

Rien de notable ne se passa pendant cette période. Jusqu'à il y a quelques jours.

Ce n'était d'abord qu'une impression, mais j'ai bientôt eu la conviction que j'étais épiée par une forme humaine toujours dans l'ombre, ou du moins trop loin pour que je puisse distinguer ses traits, ou même savoir si c'est un homme ou une femme. Et ce de façon très régulière, à tel point que c'est devenu très rapidement oppressant. C'est quasiment constant, en fait. Dès que je sors de l'école Xavier, jusqu'au lycée, et du lycée jusqu'à l'école Xavier. Dans toutes mes déambulations. Matin après matin. Soirée après soirée. Jour après jour.

Je crois aussi que la nervosité engendrée entame ma courtoisie. J'en ai la preuve flagrante lorsqu'un camarade de classe m'interpelle à la fin des cours, dans un couloir, pour discuter d'un exposé que nous devons faire ensemble. Énervée par une journée d'une banalité à mourir, angoissée de retrouver cette sinistre silhouette désormais familière au sortir du lycée, je le rembarre un peu sèchement et me dirige vers l'entrée principale.

Comme si ça ne suffisait pas, mon scooter est tombé en panne juste ce matin, et comme j'étais la dernière à commencer ma journée de cours, j'ai été obligée de faire le chemin à pied, ce qui m'a fait arriver épuisée et en retard malgré la légère avance que j'avais sur mon horaire. Et comme exceptionnellement je finis plus tard que d'habitude, et après mes camarades de chez Xavier, je vais devoir me retaper cette corvée.

Quand j'arriverai au manoir, je me poserai cinq minutes, et je regarderai à mon scoot', quitte à y passer la nuit !

Tout en rentrant (plus ou moins) tranquillement à l'école, faisant parfois une pause pour souffler un peu, je réfléchis aux différentes pannes possibles et aux différents moyens d'y remédier. Si bien que je ne fais que noter d'un coup d'œil l'extrême laideur d'un type qui me bouscule. Perplexe, je me retourne pour vérifier si ce n'est pas un effet de mon imagination, mais il est déjà loin. Alors je continue mon chemin, me concentrant de nouveau sur ma machine. Si bien que je remarque à peine que j'arrive dans les tranquilles quartiers de résidence.

Par contre je ne le sens que trop bien, ce coup sur mon lobe occipital qui décrète une extinction des feux pour le moins douloureuse.

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Lorsque je reprends connaissance, je n'ouvre pas tout de suite les yeux, histoire de reprendre contact avec la réalité en douceur. Je prends le temps de m'éclaircir les idées et de poser les quelques questions qui me viennent en vrac.

Qu'est-ce qui s'est passé ? Enfin, ça je sais, j'ai été assommée en plein jour en pleine rue, de façon fort propre et nette d'ailleurs. Mais dans quel but ? Et par qui ? Et où mon agresseur m'a-t-il emmenée ? Qu'attend-il de moi ? Bien que j'admire l'efficacité de son « anesthésiant », j'avoue que son utilisation ne me met pas dans de bonnes dispositions. Encore que cet usage à lui seul me prouve que le fait que je sois favorable ou pas importe peu.

Bon, ceci posé, je m'ouvre à mon environnement et tâche d'analyser ce que j'en perçois.

Rien. Que du silence, troublé par la respiration d'une unique autre personne. Un mutant. Puissant, à en juger par son aura. Très puissant.

Puis j'ouvre les yeux. Pour ne voir que le plafond et les murs d'une pièce taillée dans une pierre grise tirant légèrement sur le bleuâtre. Avec pour unique mobilier le vieux lit de fer surmonté d'un matelas nu sur lequel je suis allongée. Le tout éclairé par un néon, juste au-dessus de moi, dont la lumière est un peu agressive.

Je me redresse sur mon séant, et en profite pour jeter un rapide coup d'œil autour de moi. Les murs devant et derrière moi sont percés par des cercles de deux mètres de diamètre. L'ouverture de derrière est close par de gros barreaux de métal bien verticaux, bien parallèles entre eux et suffisamment rapprochés pour ne pouvoir laisser passer qu'un chat. Celle devant moi en est dépourvue, mais offre le joli panorama d'une nuit claire et étoilée, avec un vague bruit de ressac, à la fois proche et lointain, laissant supposer que la mer vient battre le rivage juste en bas, au pied d'une falaise vertigineuse.

J'ai du même coup aperçu le mutant, assis sur un banc taillé dans la muraille, nonchalamment adossé à celle-ci, dans l'ombre. Je sais donc juste qu'il est vêtu de sombre et que sa chevelure tire sur le blanc. Voyant que je m'éveille, il se redresse à son tour et se met à parler d'une voix grave et maîtrisée.

- Bien dormi ?

- D'un sommeil forcé qui donne mal au crâne, réponds-je au tac-au-tac. Vous n'y êtes pas allé de main morte.

- Il est rare que le Crapaud se montre délicat, je l'admets, reprend-il. Mais j'avais besoin de vous dans les plus brefs délais.

- Et il vous était bien entendu impossible de juste me demander ? fais-je en m'asseyant sur le bord de ma couche.

- Exactement.

Comme il ne fait pas mine de donner plus d'explications, je relance la conversation.

- Je suppose que c'est pour mes talents de guérisseuse que vous faites appel à moi et comme vous me semblez en bonne santé, je suggérerai de nous occuper sans plus attendre de la personne pour qui vous m'avez fait venir, puisque c'est si urgent.

- Êtes-vous seulement en état ? interroge-t-il avec une pointe d'ironie.

Car je m'étais levée machinalement en parlant, et étais retombée aussitôt sur ma couche (assez lourdement, je le confesse).

- C'est rien, c'est rien, me défends-je. Une petite baisse de tension parce que je me suis levée trop rapidement, c'est tout. Et je dois dire que je n'ai pas l'habitude de me mettre debout sans avoir un appui tel qu'une canne.

Il se contente de cette explication et ne relève pas mes derniers mots, du moins pas oralement. Il tourne juste la tête vers la sortie qui donne à l'intérieur du bâtiment. Intriguée, je suis son regard. Pour voir un des barreaux légèrement trembler et se défaire d'une petite partie de sa matière dans un bruissement d'ondes à consonances métalliques.

Tandis que la barre reprend son aspect initial, le fragment presque liquide flotte un instant dans l'air avant de se modeler et prendre la forme d'une canne du même modèle que celui que j'utilise. Puis, toujours lévitant à quelques centimètres du sol, ce bout de métal se dirige vers moi et s'arrête à portée de main.

L'homme déclare alors, flegmatique :

- Ceci vous conviendra-t-il ?

- Parfaitement, réponds-je d'une voix peut-être un peu éteinte. Merci.

Ce qui vient de se produire, en plus d'être fascinant, m'a révélé l'identité de cet être que je sais maintenant être l'instigateur de mon enlèvement. Magnéto.

J'ai un peu entendu parler de lui à l'école. Mutant à la force assez considérable et étendue puisqu'il peut contrôler n'importe quel métal, il est le fondateur d'une Confrérie hostile aux simples humains. Il était et reste toujours plus ou moins un ami du professeur Xavier, d'après ce que j'ai compris, bien qu'ils diffèrent d'avis sur plusieurs points de vue.

Notamment la façon d'arriver au même objectif. Méfiance donc.

Dès que je pose la main sur mon nouvel attribut, celui-ci recouvre son inertie. J'ai le plaisir de constater qu'il n'est pas trop lourd sans pour autant être fragile. Je me lève tranquillement et adresse un signe de tête à Magnéto pour lui signaler que nous pouvons y aller. Il se met debout à son tour et se dirige vers la porte circulaire « sécurisée ».

Pendant quelques secondes, la lumière m'a permis d'entrevoir ses traits. À peine marqués par le temps, ils montrent cependant qu'il a de l'expérience et qu'il est tout sauf idiot. S'il me vient la nécessité de le berner, il faudra que je sois particulièrement prudente et attentive à ce que je dirais. D'autant plus qu'il a un niveau bien plus élevé que le mien, et une stature nettement plus imposante.

Oui, non, autant éviter de vouloir lui mentir, en fait.

Je le suis à travers les barreaux qu'il a tordu d'un geste négligent de la main pour nous livrer passage. À travers quelques couloirs où nous ne croisons personne. Si cet endroit est son royaume, où sont donc ses sujets ? Mais comme Magnéto avance plutôt vite, je n'ai guère le temps de m'intéresser à la question.

Nous arrivons rapidement devant une salle ressemblant fort à ma cellule, à ceci près que celle-ci n'a pas de barreaux. Et qu'il n'y a non pas un vieux lit en son centre, mais deux tables de métal qui pourraient bien être d'opération de part et d'autre de l'entrée.

L'une d'elle, celle de droite, est occupée par une femme à la peau bleue et aux cheveux rouges. Elle gît, apparemment inconsciente, ou tout simplement endormie. Sur l'autre, deux mutants sont assis, l'un ressemblant à un croisement entre un fauve et un humain, l'autre à un crapaud. Mon agresseur donc.

Alors que je m'apprête à pénétrer dans cette pièce, une alarme retentit dans mon esprit. Simultanément, j'aperçois un homme vêtu d'une sorte de bure sortir de l'ombre.

C'est pour ça. Trop de monde dans un même lieu. Je m'arrête sur le seuil, sentant déjà une désagréable sensation me tordre l'estomac tandis qu'une sueur froide descend le long de mon échine.

Mais Magnéto s'est rendu compte que quelque chose n'allait pas. Il se tourne vers moi, tête légèrement levée, le regard interrogateur. J'ai beau me méfier, il faut reconnaître qu'il a la classe, ce type. D'un coup d'œil, j'englobe ses collaborateurs et déclare tout net :

- Je suis désolée, mais je ne pourrais pas rentrer dans cette salle tant qu'ils seront là. Pas par snobisme ou quelque chose du genre, ça m'est juste purement impossible. C'est inhérent à mon pouvoir, je n'y peux rien.

Il ne répond pas, m'observe juste pendant un temps, avant d'intimer à ses subalternes de sortir d'un signe du chef. Il arrête juste l'homme à la bure un instant, se penche vers lui et lui demande quelque chose qui sonne comme « Du nouveau ? ». Son interlocuteur ne fait qu'un hochement négatif de la tête avant de sortir. Je m'écarte pour les laisser passer, et inspire profondément avant d'entrer, sentant toujours sur moi le regard de Magnéto.

À peine ai-je franchi le seuil que je suis assaillie par la souffrance. Pas tant celle émanant de mon ravisseur que celle de la mutante. Je me cramponne à ma canne dont le métal me renvoie une sensation étrange car très différente de celle que je connais avec celle en bois, et me dirige vers celle qui est désormais ma patiente. Je la scrute, fais mon rapide check-up usuel avant de m'intéresser de plus près à ce trou qu'elle a juste sous le diaphragme, dans la continuité du sternum.

Une balle, je dirais, reçue de face. Ça aurait dû la tuer, si elle n'a reçu aucun soin. Je demande donc à Magnéto :

- Où est la balle ?

- Elle n'est pas ressortie, et elle n'est pas dans son corps non plus.

- Vraiment ? fais-je à la fois intriguée et inquiétée par cette nouvelle peu rassurante pour l'avenir de cette femme.

- Si elle y était, je l'aurais trouvée, croyez-le bien, lance-t-il, quelque peu agacé par mon scepticisme apparent.

- Bien sûr, conclus-je à mi-voix.

J'ausculte rapidement ma patiente une dernière fois avant de rompre le silence.

- Racontez-moi tout par le menu. Quand l'avez-vous découverte, qu'est-ce qui vous a alarmé en-dehors de la blessure, qu'avez-vous tenté pour y remédier ?

Il marque une pause, sans doute pour se donner le temps de rassembler toutes les données de sa réponse, avant de me la donner.

- Mystique est une métamorphe. Je l'avais envoyée en mission d'infiltration. Nous avons perdu contact il y a une semaine. Trois jours après, elle est arrivée, à bout de forces, aux portes de notre QG, avec cette plaie en plein milieu du torse et une forte fièvre. Elle a été amenée ici, et sa blessure a été nettoyée.

- Nettoyée, rien de plus ? l'interromps-je pour être certaine de ce fait.

- Rien. Que pouvions-nous faire de plus à part la laisser cicatriser ? Elle a des facultés d'auto-régénération hors normes. Et je n'ai pas voulu utiliser ce qui aurait été recommandé pour un « homo sapiens », j'ai craint des effets indésirables.

- Bonne initiative, ne puis-je m'empêcher de remarquer à mi-voix.

- Cependant, je n'ai personne ici qui soit capable de soins. Mastermind, qui manipule à volonté l'esprit des gens, a profité du fait que son état soit stabilisé pour essayer de lire son esprit pour avoir davantage d'informations. Il est resté sans succès pendant deux jours. J'en étais venu à vouloir consulter les plus grands médecins, à contrecœur, lorsque vous m'avez été signalée. Quelques-uns de mes hommes avaient entendu parler de vous à la télévision le mois dernier, et avaient soupçonné votre nature. Ils s'en sont souvenu et l'ont signalé à Mastermind, qui me sert parfois d'intermédiaire, lequel m'a fait remonter l'information. Je n'ai pas longtemps hésité avant de prendre la décision de vous faire venir ici.

- Avez-vous pensé à consulter le professeur Xavier ? Il aurait pu découvrir dans sa mémoire ce qui s'est passé, demandé-je, neutre.

Pendant qu'il parlait, il s'était déplacé et se trouvait maintenant au chevet de la mutante à la peau bleue, en face de moi.

- Bien sûr que oui ! réplique-t-il un peu abruptement. Mais quand bien même, ceci est plus de votre ressort que du sien, que je sache !

- Et c'est Mastermind qui vous l'a confirmé ? lancé-je négligemment.

Techniquement, s'il « manipule à volonté l'esprit des gens » ça ne signifie pas qu'il peut lire les pensées de ces personnes. Je n'ai fait qu'instiller ce doute dans mes mots, car si je sais qu'il a besoin de moi pour sauver Mystique, j'ai aussi conscience qu'il peut me balayer d'un revers désinvolte de la main. Et comme il est loin d'être idiot, il perçoit ce sous-entendu méfiant sur les capacités de son collaborateur. Il me foudroie de son regard bleu aux reflets métalliques, mais continue presque comme si de rien n'était.

- J'étais de cet avis avant d'avoir son opinion. Maintenant, si ça ne vous dérange pas, j'aimerai avoir le vôtre pendant qu'elle est encore en vie !

Je hoche la tête. Il est plus préoccupé qu'il n'en a l'air. Cette femme est donc plus qu'une simple subalterne pour lui. Peut-être son bras droit, s'il n'avait pas l'air d'être du genre à ne faire vraiment confiance qu'à lui-même.

Je me déplace jusqu'à la tête de ma patiente, de manière à avoir son corps allongé devant moi, pose ma canne contre le rebord de la table, appose mes mains sur ses tempes, et j'allais faire le vide dans mon esprit lorsqu'il m'interrompt.

- Qu'est-ce que vous faites ?

- Je vous demande pardon ? fais-je, ne voyant pas où il veut en venir.

- Je vous ai fait venir pour la guérir, pas pour lire dans son esprit ! s'exclame-t-il, outré.

Ah, c'est donc ça.

- Pour la guérir, il faut d'abord que je connaisse tous ses symptômes. Mais comme elle est inconsciente, il faut bien que je trouve un autre moyen de les découvrir. Et j'avoue préférer guérir le corps en étant guidée par l'esprit, car ainsi j'évite d'aggraver le cas ou de causer des souffrances inutiles au patient. Et en aucun cas je ne lis ses pensées. Disons plutôt que j'arrive à décrypter les traceurs chimiques, les molécules si vous voulez, qui forment les différents messages transmis par les nerfs jusqu'au cerveau.

Il hoche la tête, silencieusement, avant de m'inviter à poursuivre mon œuvre. Je me concentre donc sur ma tâche, et vide mon esprit avant d'entrer dans celui de Mystique.

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Quel choc ! Quelle foule ! Quel chaos ! Des centaines et des centaines de personnes. Peut-être même des milliers. Des reflets apparemment vaporeux d'êtres humains de tous âges, toutes catégories sociales, toutes origines, vont et viennent d'un pas rapide en s'ignorant, se croisant, se traversant. Ils ne se bousculent pas. Comme des fantômes. Il n'y a que moi qui suis percutée, mais ils ne semblent même pas s'en apercevoir.

Bousculée sans arrêt, parfois violemment, par ces semblants de personnes, je manque plusieurs fois de tomber dans ce lieu sans définition architecturale. Pas de murs, pas de sol, pas de plafond visible. Il vaut peut-être mieux, dans ce boulevard des souvenirs de tous ces gens dont elle a pris l'identité au cours de sa vie peut-être sur le point de se terminer. Ces empreintes d'êtres sont la représentation exacte de ceux qu'elle a copié par le passé, aussi bien sur le plan physique que mental, même si elle n'a pas conscience de leur existence, puisque cela ne rentre pas dans le cadre de son pouvoir.

Chaque heurt est d'autant plus douloureux que chacun me donne un aperçu de ce que cette personne a enduré, et que Mystique ignore. Ce n'est pas grand-chose par rapport au mal qu'un véritable être de chair et de sang aurait pu me causer, mais il y en a tellement que la donne reste au final inchangée.

J'essaye de faire face à tout ça. D'abord en tentant d'appréhender tout ce qui me rentre dedans, cependant, je suis très rapidement submergée. Je me fais alors bloc d'insensibilité. La tâche n'est pas aisée, car je suis instinctivement tentée de prendre en moi toutes ces souffrances dans l'espoir de les soulager, mais dans l'ensemble, ma froideur me protège plutôt bien. Afin de rester concentrée, je me focalise sur l'objectif apparu de lui-même à mon arrivée : trouver la véritable Mystique parmi la foule de toutes ces identités qu'elle a un jour faites siennes.

Enfin je crois.

Un doute subsiste cependant : dois-je chercher la métamorphe à la peau bleue, ou l'être à apparence humaine qu'elle devait être avant ? Bah, je verrais bien au moment venu.

Enfin je crois. Je ne sais plus trop.

Je découvre peu à peu une certaine logique dans les déplacements de tous ces échos. Leur direction dépend de la période à laquelle la forme a été prise, et dans quel contexte, par ordre chronologique.

Enfin je crois. Qu'est-ce que je fais là ?

Je parcours la foule de ces gens qui existent à la fois quelque part dans le monde et dans cet esprit habitant un corps malade. Insensiblement, elle s'éclaircit. Je dois être sur la bonne voie.

Enfin je crois. Qu'ils cessent de marcher !

C'est de plus en plus net, il y a de moins en moins de gens. Je touche au but. Et après ? Je verrai.

Enfin je crois. Qu'ils cessent de me heurter !

Il y a de plus en plus de personnes jeunes. Je la trouverai à l'apparition de son pouvoir, j'en suis convaincue. J'y arrive bientôt.

Enfin je crois. CETTE DOULEUR NE FINIRA-T-ELLE DONC JAMAIS ?!

Je marche au ralenti tandis que les autres semblent courir. Torrent de pas marquant ma souffrance. Mais j'y suis. Je l'entrevois. Je l'aperçois. Je la vois !

Je m'étais fait violence pour atteindre mon objectif. Mais je ne peux pas aller plus loin. C'était trop intense, trop violent. Je me sens défaillir, rendre mon corps à la gravité terrestre. Ma chute semble cependant soudainement amortie. Peu importe.

Au moins, ce sera moins difficile à la prochaine introspection.