Disclaimer : L'univers des X-Men ne m'appartient pas, je ne gagne aucun argent à publier cette histoire. Laquelle m'appartient, par contre, c'est ma création, ainsi que le personnage de Sandra, et quelques autres sur le chemin. Je mélange allègrement comics (que je n'ai qu'à peine lus), films (depuis les premiers jusqu'aux derniers), le dessin animé « X-Men Evolution », et même la série animée qui l'a précédé, ne cherchez donc aucune fidélité à une référence particulière. Je prends l'univers global, les personnages, la perception que j'en ai en tous cas, et j'en fais un peu ce que je veux, ce qui est aussi le but des fanfictions. Bref, j'assume. Vous aimez, tant mieux. Vous n'aimez pas, tant pis pour vous, merci quand même d'avoir tenté l'aventure !

Attention, en fonction des chapitres, il peut y avoir des mentions de violences sur mineur, ou de la description de violences, pas forcément très prononcées, mais le rating n'est pas anodin. Vous voilà prévenus :)

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Retour vaseux à la conscience. Il n'y a pas eu grand délai depuis mon dernier « réveil ». Sauf que les sensations ne sont pas du tout les mêmes. Et pour cause, les raisons de ces inconsciences sont différentes. Autre chose : la lumière entre à flots dans ma cellule, agressive malgré mes paupières closes, à tel point que je lève mon bras jusqu'à mes yeux. Je ne sais pas trop comment, d'ailleurs, car je me sens vidée, lessivée, apathique.

Ce geste, plus instinctif qu'autre chose, a cependant créé une réaction. Un bruissement de vêtements m'indique que quelqu'un s'est levé, et un bruit de pas que ce quelqu'un s'approche de ma couche. Une question me révèle l'identité de ce quelqu'un.

- Comment vous sentez-vous ?

Magnéto. Je ne sais pas pourquoi, je l'aurais parié. Il garde un œil sur moi vingt-quatre heures sur vingt-quatre ou quoi ?

- Y'a combien de temps que je suis là ? réussis-je à marmonner.

- Une quinzaine d'heures. Que s'est-il passé ?

Je marque une pause, le temps de rassembler mon courage pour me lancer dans une explication qui promet d'être un peu laborieuse.

- En gros, j'ai été confrontée à toutes les personnes dont Mystique a pris la forme depuis l'apparition de son pouvoir. Je dis les personnes, mais en fait je parle des toutes les souffrances par lesquelles elles sont passées. Je vous expliquerai si vous voulez, mais plus tard.

- Nul besoin. Charles l'a fait, m'interrompt-il en passant.

- Charles ? reprends-je, ne voyant pas de qui il parle, avant de comprendre. Ah ! Professeur Xavier. Bref. Cependant, il ne s'agissait pas de vraies personnes, mais de leur souvenir, ça aurait été donc moins terrible s'il n'y en avait pas eu une foule indescriptible. J'ai voulu résister à ce qu'ils m'infligeaient, mais apparemment, ça n'a pas fonctionné. Je me suis mal débrouillée, ou je n'ai pas suffisamment renforcé mes défenses, toujours est-il que le mal s'est infiltré à mon insu par des failles que je n'avais pas vues. Heureusement, j'ai trouvé Mystique avant de défaillir, ce qui me rendra la tâche plus aisée la prochaine fois que j'explorerais son esprit. Attendez une minute, percuté-je enfin, vous avez parlé au professeur Xavier ? Quand donc ?

- Je suis allé le voir dans la matinée pour qu'il m'en dise un peu plus sur vous.

- Et il n'a pas protesté contre votre façon de procéder ?

- Si, bien sûr, mais c'est rapidement passé au second plan lorsque je lui ai dit que vous n'aviez pas fait de difficultés lorsqu'il s'était agi de sauver Mystique.

- Le seul fait que je n'aie pas résisté lui a suffit ? fais-je, surprise et un peu dubitative.

J'avoue que je me serais attendue à ce qu'il soit fortement en désaccord avec le kidnapping d'une de ses élèves.

- Je lui ai donné ma parole d'honneur que vous retournerez saine et sauve au manoir.

- Ah.

Cette onomatopée neutre clôt cette partie de la discussion. Je ne sais toujours pas quelle a été la réaction du professeur quant au principe de l'enlèvement, mais s'il accorde une telle confiance à Magnéto, je ne vais pas remettre son jugement en cause.

Le silence retombe, reposant. Je ne tarde pas à le rompre, une question me taraude.

- Comment va-t-elle ?

- Très légère amélioration. Selon Mastermind, elle semble plus réceptive à ses introductions dans son esprit, sans toutefois parvenir à quoi que ce soit. Ce qui reste tout de même un bon signe.

Il a envie d'y croire. Je n'ai aucune raison de l'encourager, ni même d'être pessimiste, puisque je n'ai aucune réelle idée de ce qu'il en est du mal de la métamorphe.

Mon jugement vaguement émoussé par la fatigue, je me permets de demander :

- Elle représente quoi pour vous, au juste, Mystique ?

Il laisse passer un ange vite fait avant répondre sur un ton trop contrôlé qui laisse transparaître l'outrage que je lui ai fait.

- C'est une question déplacée que celle-ci, savez-vous ?

- Je sais. Mais suivant votre réponse, je pourrais trouver une motivation supplémentaire à faire ce que vous me demandez.

Il laisse repasser l'ange, tranquillement cette fois, avant de déclarer, de façon fort neutre, peut-être un peu injonctive sur les bords :

- Contentez-vous de la soigner.

Là, pour le coup, je me sens honteuse.

- Désolée. Vous avez raison.

L'ange trépasse, me laissant supposer qu'il accepte mes excuses. Un autre point m'intrigue et me turlupine.

- Je vous ai dit ce qui s'est passé sur le plan « mental », mais quand je suis tombée dans les pommes, qu'est-ce qui s'est passé ? Je crois me souvenir avoir eu l'impression que ma chute était amortie…

- En effet. Lorsque vous avez commencé à tomber, j'ai pris le contrôle de votre canne et vous ai évité de vous étaler par terre.

- Gentil de votre part, fais-je remarquer.

Le reste est facile à deviner. Il m'a ramené ici, puisqu'il n'y avait rien d'autre à faire.

Nouveau silence. Long. Ou pas. Je ne sais pas. Je ne sais plus très bien. Je commence à somnoler. Enfin, Magnéto lâche à mi-voix :

- Je vais vous laisser vous reposer.

Je réponds d'une onomatopée pour signifier « Entendu ». Je n'ai pas le temps de l'entendre sortir que je m'endors d'un sommeil de plomb.

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Long repos sans songe et vaguement restaurateur. Suffisamment en tous cas pour pouvoir me lever lorsque j'en sors, et, après quelques minutes d'indécision, aller m'asseoir près de ma fenêtre géante pour contempler le jour qui se lève. L'aube sur un océan est un spectacle vraiment magnifique.

Enfin, je me relève péniblement. À peine debout, une légère faiblesse me rappelle que je n'ai rien avalé depuis... un moment. Cahin-caha, je récupère la canne faite par Magnéto, à côté de ma couche, et me dirige automatiquement vers la sortie avant de me rappeler que je suis censée être prisonnière.

Je jette un coup d'œil agacé aux barreaux qui m'empêchent d'aller me balader dans ce « QG », comme si c'était de leur faute. Pour m'apercevoir que les deux du milieu ont été retirés, laissant nettement la place pour passer. Incrédule, je m'en approche, et regarde dans le couloir. Pas de garde pour me surveiller. Personne.

Faille dans la sécurité ou volonté du maître des lieux ? Rien ne penchant en faveur de l'une ou de l'autre des propositions, je me lance à l'exploration de l'endroit, craignant en permanence une quelconque intervention, mais rien. Je croise quelques mutants, qui ne me portent aucune attention. Fort heureusement, ils sont tous de niveau moyen et, à ce que je peux déduire de leur apparence, leurs talents sont très variés.

Après plusieurs allers, retours et détours dans de longs corridors désespérément nus, percés uniquement de portes (métalliques, bien entendu), je trouve enfin la cantine qui, apparemment, sert aussi de salle à vivre. Seul problème : elle est bourrée de monde.

Et parmi tous ces êtres, au milieu de cette ambiance composite, il y a quelque chose qui cloche. Un intrus. Un mutant de la Confrérie, mais dont l'aura génétique n'est pas nette. Comme des modifications dues à des expérimentations biologiques. Par des humains ? Jamais entendu parler, mais ce n'est pas improbable, après tout, ni même impossible. Dans un réflexe intrigué, je le cherche du regard, mais le nombre de personnes me rattrape brutalement avant même que je ne débute vraiment.

Commençant à paniquer, je recule de quelques pas, ne pouvant détacher mon regard de cette foule bruyante au possible. Contre toute attente, je suis arrêtée par ce que je serais tentée d'appeler une montagne. Ce qui m'est confirmé lorsque je me retourne. Le fauve anthropomorphe se tient derrière de moi, et me toise de toute sa hauteur. Et ce n'est pas peu dire, puisqu'il fait à tout le moins deux têtes de plus que moi, si ce n'est plus.

D'un geste de sa tête abondamment chevelue, il m'enjoint de le suivre. J'obtempère prestement, en gardant quand même une distance de sécurité. Il pourrait me renverser d'une pichenette !

Cependant, nous arrivons rapidement à la destination inévitable : la salle où repose Mystique. Le fauve s'efface pour me laisser passer avant de s'en aller. J'entre doucement, partagée entre une expectative incertaine et l'envie de prendre mes jambes à mon cou (ou à peu près... ).

Magnéto fait les cent pas dans la pièce. Sa fureur irradie à dix lieues à la ronde, le rendant encore plus impressionnant qu'en temps normal, et répondant à ma question de tout à l'heure : c'était une faille dans la sécurité.

À peine ai-je fait trois pas qu'il se tourne vers moi. Ce que je perçois de son expression faciale me fait bénir cette habitude de ne pas regarder les gens dans les yeux, sinon je crois bien que ça été suffisant pour me faire au moins vaciller, compte tenu de ma fatigue physique, de mon côté chétif, et de l'étendue de cette colère.

- Où étiez-vous ?

Ses efforts pour ne pas crier portent leurs fruits, si ce n'est que cet effort se ressent dans sa voix.

- Je cherchais…

- Je vous interdis de vous promener dans les couloirs sans m'en avoir prévenu, vous m'entendez ?! Il est indispensable que je sache où vous êtes à chaque instant de la journée ! Je peux avoir besoin de vos services à n'importe quel moment !

Mes... services ? Et puis quoi encore ?!

- Je ne faisais que chercher de quoi me restaurer ! réussis-je à placer. Et ma cage était ouverte, j'allais pas attendre de tomber d'inanition pour votre bon plaisir non plus !

Il a beau être imposant, en colère et l'instigateur de ma capture, mais je ne vais pas me laisser faire comme ça !

- Et de toutes manières, où voulez-vous que j'aille avec ma patte folle ? continué-je, lancée. Je peux à peine parcourir cinquante mètres sans une canne, c'est pas avec ça que je pourrais me faire la malle si l'envie m'en prenait !

- Ça reste à prouver ! clame-t-il.

De... Pardon ? S'il y a bien une chose à laquelle je ne m'attendais pas, c'est bien celle-ci.

- Qu'est-ce que vous entendez par là ? demandé-je, incertaine de la réaction à tenir.

- J'entends par là, Mademoiselle, que vous ne m'ôterez pas de l'esprit la possibilité que vous simulez votre blessure et que vous nous bernez tous depuis le début, persifle-t-il.

Alors là c'est le pompon ! Dans un premier temps outrée, je me sens bouillir jusqu'à l'explosion, littéralement. Une fureur sans nom s'empare de moi, une rage telle que je n'en avais encore jamais vraiment connue. Je découvre, car c'est bien la première fois que ça arrive, que je ne supporte pas qu'on remette en cause mon handicap, et par là tout ce que j'ai enduré par le passé et ce que j'endure encore à cause de ça.

Je ne sais pas si Xavier lui a tout expliqué ou pas, ça m'étonnerait qu'il ait tout dit, d'ailleurs, mais pour l'instant je n'en ai absolument rien à faire. J'ai trop mal au quotidien, sur tellement de plans, pour laisser passer l'injustice de cet affront. Je ressens alors l'envie, le besoin de lui faire payer ça, de le faire souffrir autant que je souffre, de lui faire regretter ses mots.

Je plante alors mon regard dans le sien où s'efface, en une fraction de seconde, la colère pour laisser place à de la surprise. Il n'avait pas prévu ma rébellion. Il va voir ce qu'il va voir.

Je pénètre son corps par le biais de l'esprit, le visite sans douceur.

Plutôt bien constitué, le vieux, et bien conservé.

Je vais jusqu'à son genou droit.

Je rassemble tous mes souvenirs, toutes mes sensations liées à cet instant et à tous les autres où la souffrance ne m'a pas laissée en paix.

Je les concentre, jusqu'à atteindre la note ultime.

Je les relâche en deux impacts consécutifs, qui résonnent aussi fort à mon oreille que ce jour, au cours de ma dix-septième année.

La perplexité de Magnéto est rompue par ces deux chocs.

Il tente de se protéger contre mon intrusion mentale, mais ma colère balaye ses défenses avant qu'elles ne soient vraiment élaborées.

Il laisse s'échapper un cri de douleur mêlé de rage.

Chancelle.

Il essaye de reprendre le contrôle de son corps, mais je le devance et, maîtrisant ses muscles, empêche sa chute.

Je le fais remettre droit sur ses jambes.

Je lui fais faire un pas, faisant porter tout son poids sur son articulation maintenant blessée.

Son visage se crispe, sa gorge laisse échapper un long et difficile gémissement ressemblant fort à un grondement.

Il lutte de nouveau pour reprendre le dessus de la situation, sans succès.

Son genou veut se dérober.

Je lui fais avancer son autre jambe pour soulager le poids.

Il respire laborieusement.

Je lui fais faire un autre pas.

Il crie malgré lui.

Un troisième.

Un quatrième.

Je lui fais faire un demi-cercle ainsi, autour de la table inoccupée, insensibilisée par la colère à cette torture que je crée.

Je lui fais finir son cercle en pesant moins sur l'articulation, à peu près à la mesure de ce que je vis lorsque je marche avec une canne.

Lorsque le petit tour est fini, Magnéto tremble de tous ses membres, le visage ravagé par la souffrance et la rage. Vu sa puissance, il n'a pas dû rencontrer beaucoup d'obstacles de ce genre par le passé, obstacles qu'il aura écrasé avant qu'ils ne soient vraiment dangereux. Si ses tentatives de résistance dénotent son expérience dans les intrusions mentales, il n'a cependant pas pensé à faire appel au magnétisme pour me balayer et ainsi interrompre toute interaction. Je ne l'aurais, de toutes façons, pas laissé faire.

Nous restons un moment comme ça, les yeux dans les yeux. Puis je lui rends le contrôle de son corps.

Il s'affaisse avec un cri partagé entre la douleur et le soulagement. Appuyé contre le pavé de métal, le souffle court, il cherche à récupérer, pour l'instant vidé de ses forces.

Il n'aura pas d'autres séquelles que son souvenir, mais je dois l'avouer, je suis presque… soulagée... que quelqu'un, n'importe qui, sache vraiment, véritablement, dans sa chair, ce par quoi je passe chaque jour.

Je le laisse comme ça un moment, la fureur finissant de refluer en moi. Je me contente de le regarder se remettre peu à peu, à moitié allongé, à moitié à genoux, dans la lumière du jour maintenant levé. Lorsque je me sens de nouveau calme, je n'ai pas honte de ce que je viens de faire. J'ai peut-être agi sous le coup d'une forte émotion, mais je ne le regrette pas. Je peux supporter beaucoup de choses, mais pas de me laisser calomnier ainsi, même par un des mutants les plus puissants qui soient.

Lorsque Magnéto a recouvré ses esprits, je m'avance vers lui et m'arrête à ses côtés. Il tourne légèrement la tête vers moi, dans l'expectative. Après une seconde d'attente, je lui tends ma main gauche. En guise de réponse à cette forme d'invitation, il agite son poignet.

Avant que je puisse réaliser ce qui se passe, je me retrouve plaquée au mur, les pieds à quelques centimètres du sol, uniquement retenue par ma canne qui fait pression sur ma gorge, écrasant efficacement à la fois trachée et artères. La situation, hautement dangereuse et inconfortable, ne m'empêche pas de noter que la pression est suffisamment peu élevée pour que je ne tourne pas de l'œil. Du moins, pas dans l'immédiat.

Magnéto prend le temps de se relever, s'épousseter, faire disparaître les plis de sa tenue, puis s'approche lentement. L'expression de son visage me fait clairement comprendre que je suis allée peut-être un tout petit peu trop loin. Mais il fallait qu'il sache la nature de ce qu'il remettait en cause…

Il vient se planter devant moi, si près que j'ai du mal à ne pas le regarder dans les yeux. S'il contient sa colère, elle irradie par chacun de ses pores, et transparaît dans sa voix.

- Vous auriez dû vous douter que vous ne pourriez pas m'attaquer impunément. N'essayez pas de profiter de votre statut, au demeurant éphémère, de prisonnière dont on a besoin, ou il vous en coûtera plus que vous ne pouvez l'imaginer.

- Vous avez donné votre parole d'honneur à Charles Xavier que je serais saine et sauve à mon retour, parviens-je à articuler en médiocre défense.

- Cela n'inclut pas la répression d'une rébellion. Votre réaction était immodérée, et vous ne pouviez pas vous attendre à ce que je me laisse humilier ainsi.

La pression s'accroît légèrement, le danger s'accentue. Et il n'a pas tout à fait tort.

- Je vous présente mes excuses, monsieur, mais il fallait que vous compreniez…

L'emprise augmente davantage, je ne vais... pas tenir... très longtemps... comme ça…

- Vos piètres excuses ne m'importent guère ! gronde-t-il.

Sur son ordre, la canne s'enroule autour de mon cou, me détache du mur, et me transporte au-dehors, à plusieurs dizaines de mètres au-dessus de la mer. Je me cramponne de toute la minable force de mes mains à cette sorte de collier, afin de ne pas finir pendue.

Quelques instants passent ainsi, pendant lesquels je lutte pour ne pas me laisser envahir par la peur. Sans grand succès. Mon cœur bat bien trop vite, de la sueur perle sur mon front et glisse désagréablement le long de ma colonne vertébrale, j'ai chaud et j'ai froid à la fois, je tremble en-dedans moi, et tout mon être n'est tendu que vers un seul espoir : que je sois suffisamment indispensable à Magnéto pour qu'il ne me fasse pas m'écraser lamentablement aux pieds de ses murs.

Lequel s'approche de l'ouverture, me laisse mariner encore un peu, avant de lancer, sur un ton qui ne présage rien de bon :

- Voyez ce qui arrive lorsque l'on tente de me mater !

À peine a-t-il fini de parler que l'étau autour de ma gorge s'écarte, me faisant lâcher prise en même temps.

Ça y est, je vais mourir.

Je bascule la tête la première, comme pour mieux admirer le spectacle de ma fin.

Longue chute. Je cède définitivement à la panique et hurle à plein poumons. Comme si ça pouvait encore me sauver. J'agite aussi les bras, désespérément. Comme si ça pouvait me faire voler et me permettre d'échapper à cette mort certaine. Longue chute, et pourtant le temps pour atteindre la surface de la mer est incroyablement infime.

Longue chute que je vais pitoyablement achever dans les profondeurs entourant cette île.

En fin de compte non.

Alors que l'impact semblait tristement inévitable, je ferme les yeux et protège ma tête de mes bras, dans l'espoir misérable d'atténuer le choc. Mais je sens quelque chose de froid s'enrouler autour de ma cheville gauche et stopper ma descente plus ou moins sèchement.

Rapidement, l'immobilité. Je suis juste balancée par une légère brise. J'ouvre alors les yeux, le cœur battant la chamade. Pour constater qu'il me suffit de tendre la main pour toucher l'eau. Fiou ! C'était vraiment moins une !

Un bruit de vêtement qui claque au vent me fait relever la tête. Magnéto descend tranquillement vers moi, la mine satisfaite, flottant dans les airs. Il s'arrête à quelques centimètres de l'eau, puis s'accroupit pour être un peu plus à ma hauteur, un rien condescendant.

- Vous avez vraiment cru que j'allais le faire.

- Vous en êtes bien capable, arrivé-je à répondre de façon à peu près neutre.

- Nous sommes d'accord là-dessus, acquiesce-t-il. Vous avez de la chance que Mystique ait encore besoin de vos soins, et que j'aie donné ma parole à Charles. Sans quoi, je n'aurais pas donné cher de votre peau.

« Moi non plus », ne puis-je m'empêcher de penser. Un instant plus tard, nous remontons, moi toujours la tête en bas, sans que plus un mot ne soit échangé.

Lorsque nous sommes de retour dans la salle, je suis déposée sur le sol sans trop de douceur, avant que ma canne ne retrouve sa fonction première et retombe bruyamment sur le sol. Je prends le temps de laisser mon souffle et mon rythme cardiaque revenir à la normale, sachant que mon oreille interne ne le supporterait pas bien si je me relevais aussitôt.

Enfin, je me mets debout, tant bien que mal. Magnéto est au centre de la pièce et m'observe, immobile, à la fois amusé et méprisant. Folle que j'ai été de m'en prendre ainsi à lui ! Je ne fais pas le poids, loin de là, et si c'est soulageant de savoir que quelqu'un a une idée de mon calvaire quotidien, cela ne m'avance à rien. Rendue un peu amère et découragée par cette constatation, je finis par demander, comme si rien ne s'était passé :

- Vous aviez besoin de moi ?

- En effet, répond-il presque sur le même ton. Mastermind a détecté un changement chez Mystique, sans qu'il puisse dire en quoi il consiste.

- Ok. Je prends le relais.

Sans plus attendre, je me dirige vers l'autre table. Les premiers pas m'étonnent.

Pour un peu, je marcherais sans avoir besoin de ma canne, ni même boiter, et ce, malgré ce qui vient de se passer ! Surprise, je m'arrête. Il n'y a même pas un quart d'heure, il m'en serait fallu de peu pour tomber d'inanition, et voilà que je me trouve dans une forme quasi-olympienne ! Qu'est-ce qui, dans l'intervalle, a pu se produire pour que…

Je ne finis pas ma question. Une réponse se dessine, frêle, fragile, incertaine. Je me tourne vers Magnéto, indécise. Il ne reste presque aucun signe de ce que je lui ai infligé tout à l'heure, si ce n'est une légère tendance à porter moins de poids sur la droite, et la méfiance qui s'est instillée dans son attitude. Je sais en être la cause, mais comment se fait-il que je me sente bien ?

- Que se passe-t-il ? m'interroge-t-il, intrigué.

- Je ne sais pas, fais-je, dubitative. J'ai l'impression que mes forces ont été régénérées, mais je ne vois pas trop comment ça a pu se produire, je n'ai rien fait pour !

Le silence revient, court, avant qu'il ne pose une question :

- Est-ce que vous pouvez ponctionner l'énergie d'autres personnes ?

- De quoi ? Mais non ! répliqué-je, effrayée et dégoûtée à l'idée de cette pensée.

Autre pause, plus courte encore.

- Et pourtant, je ne vois pas d'autre explication, déclare-t-il.

Je n'ai que le temps de lui jeter un coup d'œil perplexe avant qu'il ne continue.

- Lorsque vous m'avez « blessé » au genou, tout à l'heure, ça a été très fugace, d'autant plus que mon attention a été accaparée ailleurs, mais j'ai senti qu'un flot d'énergie s'enfuyait avec l'action de la douleur. Ça aurait été gaspillé si je n'avais pas eu l'impression qu'il était aspiré ailleurs, sans que je puisse savoir ni vers où ni par qui. Ce qui me laisse penser que c'est de votre fait.

Cette déduction me laisse brièvement sans voix.

- Je ne vois pas comment. Ce n'était pas mon but, je n'ai donc rien fait dans ce sens.

- Vous avez agi sous le coup de la colère, n'est-ce pas ? demande-t-il, avec assurance.

- De toute évidence, tenté-je, incertaine de ce qui se profile à l'horizon.

- Jusqu'à quel point contrôliez-vous vos actions ?

Rien qu'au ton, j'ai presque l'impression d'entendre le professeur Xavier. Cependant la question est intéressante, car je confesse avoir des doutes quant à la réponse. Hésitante, je me lance tout de même.

- Pour ce qui était de créer la douleur, je ne l'avais jamais fait, mais c'est venu tout seul. Et pour ce qui était de vous faire marcher... J'avoue que je n'en ai pas la moindre idée. Je n'ai pas réfléchi, je me suis juste laissée guider par mon instinct, je suppose.

- Votre instinct, ou votre pouvoir.

De nouveau, il me laisse juste le temps d'un regard avant de continuer. Il y a un léger sourire de triomphe sur ses lèvres et dans sa voix.

- En général, cela arrive aux enfants qui découvrent tout juste leur pouvoir, qui ne le maîtrisent pas, et qui sont donc guidés dans leurs actes par leur humeur. Lorsqu'ils agissent sous le coup de très fortes émotions, comme la peur ou la colère, ils parviennent alors à faire des choses extraordinaires qu'ils ne seront pas capables de reproduire avant des années car pas assez puissants, ou pas encore parvenus à ce stade de leur évolution.

Je hoche lentement la tête, un peu perturbée par cette explication. C'est très bizarre de penser qu'un jour, je serais à même de pomper l'énergie de quelqu'un. Ça me semble pas... naturel, et même répugnant. Peut-être utile en cas de coup dur, mais révoltant tout de même.

Je tâche cependant de chasser cette idée de mon esprit pour me focaliser sur Mystique. Je demande quand même à Magnéto, par acquit de conscience :

- Ça ira ?

- Oh oui, j'en ai vu d'autres.

Il se veut un peu rassurant, mais il y a quelque chose dans sa voix qui me dérange. Comme s'il contenait une certaine exaltation…

Sans chercher plus loin, je finis mon chemin jusqu'au chevet de la métamorphe, attentive à ce que son aura dégage. En effet, il y a quelque chose de différent. Je l'ausculte méticuleusement, et ne vois pour seul changement visible qu'un léger noircissement de sa plaie. Plutôt anormal, mais comme il s'agit d'une mutante, mes repères sont faussés.

Intriguée par ce détail, je reste le long de son flanc, me déplace juste assez pour pouvoir poser ma main gauche sur sa tempe, l'autre près de sa plaie.