Disclaimer : L'univers des X-Men ne m'appartient pas, je ne gagne aucun argent à publier cette histoire. Laquelle m'appartient, par contre, c'est ma création, ainsi que le personnage de Sandra, et quelques autres sur le chemin. Je mélange allègrement comics (que je n'ai qu'à peine lus), films (depuis les premiers jusqu'aux derniers), le dessin animé « X-Men Evolution », et même la série animée qui l'a précédé, ne cherchez donc aucune fidélité à une référence particulière. Je prends l'univers global, les personnages, la perception que j'en ai en tous cas, et j'en fais un peu ce que je veux, ce qui est aussi le but des fanfictions. Bref, j'assume. Vous aimez, tant mieux. Vous n'aimez pas, tant pis pour vous, merci quand même d'avoir tenté l'aventure !

Attention, en fonction des chapitres, il peut y avoir des mentions de violences sur mineur, ou de la description de violences, pas forcément très prononcées, mais le rating n'est pas anodin. Vous voilà prévenus :)

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Introspection différente de la précédente. Je remonte le fleuve des formes humaines à une vitesse fulgurante, comme propulsée par l'expérience, qui m'épargne ce que j'ai vécu lors de son acquisition. Tendue vers le même but, j'y parviens rapidement.

Ma progression s'arrête net lorsque je la trouve. Je me tiens debout devant elle un instant. Nous nous regardons, sans rien dire. Puis je pose mes mains sur ses tempes, et pénètre son corps grâce à l'esprit.

Torrent de molécules. Chamboulement d'atomes combinés. Escortée de globules rouges, je parcours son être, à la recherche d'anomalies liées à sa blessure. Quelques éléments noirâtres attirent mon attention, mais semblent inoffensifs au premier abord. J'y reviendrai plus tard.

Je termine mon voyage sur les bords de sa plaie. D'ici, elle est effectivement beaucoup plus sombre qu'elle n'aurait dû l'être en temps normal, même pour Mystique, du moins d'après ce que je peux imaginer. Les composants de cette matière noire me renvoient directement à ces particules bizarres rencontrées en chemin. Avant d'essayer de les retrouver, je regarde d'encore plus près, car celles présentes ici ont l'air… vivantes ?!

Parce que cette inspection est mentale, ces... choses ne peuvent rien me faire, et j'en suis soulagée lorsque je constate ce qu'elles font. Elles dévorent globules blancs, anticorps, tout ce qui passe à leur portée et qui vise à réparer ce trou dans la chair. Pas étonnant que la plaie soit restée béante.

Je prends mon courage à deux mains, car ces bestioles semblent vraiment hargneuses, et franchis le pas qui sépare le statut d'observateur de celui d'intervenant. Je m'échine à les arracher à leur proie, me défendant avec bec et griffes. Elles ne peuvent toujours rien me faire, mais la tâche n'en est pas moins ardue. Elles s'accrochent à leur nourriture aussi férocement qu'une hyène à sa carcasse.

Petit à petit, au prix de longs efforts laborieux, je parviens à les isoler puis les regrouper, devenues à peu près dociles une fois matées. Un petit vent de satisfaction m'envahit devant la tâche accomplie, mais je ne me repose pas sur mes lauriers : il reste encore du travail à accomplir.

Je repars donc en quête, à travers vaisseaux, canaux et autres tissus de toutes sortes. Je collecte plusieurs bestioles sur mon chemin. Fort heureusement, elles n'ont pas fait autant de dégâts séparément que le reste du groupe. Mon inspection presque terminée, je remonte vers le cerveau. Je manque d'être frappée par le découragement lorsque je vois un tas étalé sur le centre de la conscience, un autre près de celui de la régénération, exceptionnellement développé chez la métamorphe.

Cependant, je ne me laisse pas abattre et me rue sur le premier tas en pensant férocement « RESISTANCE ! RESISTANCE ! RESISTANCE ! » pour me donner du courage, avec succès puisque je leur colle la raclée de leur vie. Forte de cette petite victoire, je pars à l'assaut du dernier tas, qui ne fait pas long feu. Je contemple un instant le résultat de mon travail : des petits boules noires, bruissantes, agglutinées passivement tel un troupeau de moutons.

Mais mon labeur ne s'arrête pas là. Encore faut-il les extraire. Je ferme les yeux, me concentre, et reviens dans la matérialisation psychique de mon corps dans l'esprit de Mystique, devant elle. Lorsque j'écarte lentement mes mains de ses tempes, des filets noirs suivent le mouvement, comme accrochés au bout de mes doigts. Je les rassemble en une boule aussi grosse qu'une balle de tennis lévitant entre mes paumes. Je me concentre un peu plus fort, afin de réintégrer mon véritable corps. Je me sens partir en arrière, yeux mi-clos.

Contrairement à l'aller, je suis percutée par les fantômes. Violemment. Comme s'ils voulaient m'empêcher de partir, me punir de cette intrusion. Mais ça n'empêche pas la vitesse d'augmenter. Accroissant encore la brutalité des impacts. Je serre les dents.

Évidemment. Ça aurait été trop facile autrement. Faut que je tienne.

Je suis parvenue jusque-là, je peux bien tenir un peu plus.

Je suis déjà passée par là, j'ai tenu, je peux bien tenir un peu plus.

Mystique est pratiquement sauvée, ne reste que cette étape, je peux bien tenir un peu plus.

Magnéto m'a mentionné ses facultés de régénération impressionnantes, elle pourra se passer de moi pour résorber cette plaie devenue bénigne pour elle, je peux bien tenir un peu plus.

Et puis, mince, quoi. J'ai vu pire, pour reprendre ce que disait Magnéto tout à l'heure, je peux bien tenir un peu plus.

Et j'arrive à tenir.

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Je réintègre mon corps physique, et chancelle sous l'absence de nouveaux chocs, sous le brusque retour à la réalité, et sous la faiblesse qui me saisit à cause de toutes les formes empruntées et empreintes dans l'esprit de celle qui ne sera très bientôt plus ma patiente. Je reprends pourtant rapidement pied, et extirpe lentement la boule de bestioles noires de la plaie. Matière pas vraiment liquide, pas vraiment solide, mais certainement pas gazeuse.

Sur le point de lâcher prise, je souffle :

- Un récipient ! Vite !

Focalisée sur mon effort à garder intacte la masse sombre, je ne fais qu'entendre un son d'ondes à consonances métalliques. Une sorte de boîte de conserve se présente aussitôt après. J'y fais entrer l'ensemble des bestioles, et maintiens la tension, pour conseiller :

- Fermez la boîte. Hermétiquement.

Nouveau bruissement, et Magnéto obtempère. Un coup d'œil pour m'assurer que les captives ne pourront pas s'échapper, et mes jambes refusent de porter mon poids davantage. Je reste allongée par terre un moment, à bout de souffle, percluse de courbatures, exténuée.

Lorsque je me sens un peu mieux, respiration à peu près normale, je me redresse et m'assieds. Quelques secondes plus tard, Magnéto s'approche, et me tend une main silencieuse. Je l'accepte sans rechigner, mais vacille une fois debout. Il m'aide à me stabiliser, se rapprochant de moi dans le mouvement.

Je suis sans aucun doute victime de mon état de fatigue actuel, mais ce simple rapprochement déclenche un torrent d'émotions auquel je ne m'attendais pas. Ce simple rapprochement, ce geste élémentaire de gentillesse, ce n'est qu'un réflexe, et pourtant, ce petit geste de rien du tout, même pas significatif, si incongru dans ma situation de captive, c'est quand même, mine de rien, un geste de protection, un geste d'attention. Un, même basique, que je n'ai jamais connu. Les quelques accolades entre élèves de Xavier ne comptent pas, parce que fraternelles. Sans compter que leur soutien physique est rare, d'un accord tacite, voulant m'épargner la sensation d'être une assistée, d'être faible. Alors ça fait ça ? Se sentir... protégée... soutenue avec désintérêt, juste parce que c'est… normal ?

En me reprenant pied, je secoue la tête. Je me monte le chou. Pas que je croie Magnéto incapable de ce genre de truc, mais c'est déjà difficile de garder la tête froide, autant ne pas en rajouter. Tout n'est pas encore terminé.

Je le remercie d'un hochement de tête encore un peu troublé, je dois bien l'avouer, me tourne vers Mystique pour l'ausculter et me rendre compte du résultat des opérations, mouvement pendant lequel j'aperçois la boîte posée aux pieds de la métamorphe.

La plaie a un aspect moins inquiétant sans cette étrange matière noire. Et preuve que le maître du métal disait vrai, Mystique semble déjà en meilleure forme, moins faible. J'ai réussi. J'ai enlevé le bâton de la roue de sa vie. Ne reste plus au temps qu'à faire son œuvre.

Je me détourne, heureuse qu'elle s'en sorte, satisfaite du succès de mon labeur, et vidée. Toute l'énergie que j'avais pu puiser en Magnéto s'est évanouie. Je me sens cependant suffisamment forte pour retourner dans ma cellule sans trop de problème. Mais avant de partir, je désigne la boîte de la tête et déclare :

- C'est sans doute ça qui a causé sa blessure, et non pas une balle comme vous le pensiez. Je n'ai pas la moindre idée de ce que ça peut être, mais ça empêchait la plaie de guérir, en dévorant tout ce qui aurait pu la soigner. Une partie était localisée sur le cerveau, de telle manière qu'elle ne pouvait ni sortir de cette espèce de sommeil comateux ni sentir la douleur qui aurait dû la réveiller. Mais tout devrait bien se passer, maintenant. Elle devrait se rétablir rapidement.

Je ne lui laisse pas le temps de répondre et commence à lever le camp. Mais à peine ai-je fais un pas vers la sortie qu'un froissement furtif de vêtements se fait entendre dans cette direction. Un regard à Magnéto me permet de savoir que je n'ai pas halluciné et que je ne suis pas non plus paranoïaque : quelqu'un nous espionnait.

Sans plus attendre, le vieux mutant tend brusquement le bras gauche. Un hurlement de surprise effrayée s'ensuit, avant qu'un homme ne soit traîné dans la pièce, tracté par son poignet droit, autour duquel brille une épaisse gourmette argentée.

N'étant pas concernée par ce problème presque domestique, je me pose en observatrice, intriguée par cet indiscret. Brun, taille moyenne, faciès faux et effronté tout ce qu'il y a de plus banal, yeux noirs qui furètent un peu partout et qui pour le moment ne reflètent que de la stupeur. En bonne santé physique. Une sensation de déjà-vu. Mais je ne saurais pas dire où.

Magnéto avait soulevé le bonhomme dans les airs, rendant toute fuite impossible. Il l'observe pendant quelques secondes avant de déclarer, presque avec amusement :

- Voilà une erreur qui pourrait bien te coûter cher, mon garçon.

Lequel se reprend rapidement et regarde le vieux mutant droit dans les yeux, presque neutre, avec un soupçon de défi. Ça y est, je me souviens. C'est l'intrus que je n'ai pas pu chercher tout à l'heure, dans la cantine. La lumière s'est tout juste faite dans mon esprit qu'il réplique :

- Une erreur... ou pas.

À peine a-t-il prononcé ces mots qu'il se transforme soudainement en une volée d'insectes volants, véritable nuage noir et rond d'environ soixante centimètres de diamètre. Des mouches. Comme par hasard. Échappant ainsi à l'emprise de Magnéto, il profite de l'effet de surprise pour le charger.

Avant que je me rende compte de ce qui se passe, il se fait enfermer dans une cage au maillage aussi fin que celui d'une moustiquaire, à une distance infime de Magnéto, qui n'a pas bougé d'un millimètre. Si je n'avais pas senti ma canne s'échapper de ma main, j'aurais pu croire à un tour de magie.

Un regard vers le maître du métal me permet de constater que si ses lèvres forment un léger sourire triomphateur, ses yeux sont froids et sévères.

- Bien essayé, mais il faudrait que tu sois bien meilleur que ça pour pouvoir rivaliser avec moi. Pour qui travailles-tu ? déclare-t-il posément.

- Pour personne. Je suis très curieux, c'est mon plus grand défaut, répond l'espion d'une voix bourdonnante.

- Allons, allons, ne me prends pas pour un imbécile. Les mouchards comme toi ont plus à gagner à travailler pour d'autres.

- Peut-être. Mais je fais cavalier seul, persifle l'autre.

Magnéto laisse s'écouler quatre secondes avant de reprendre, toujours sur le même ton posé, contrôlé, mesuré.

- Bien, je crois que nous sommes partis sur de mauvaises bases. Comment t'appelles-tu ?

Un regard suspicieux après, l'espion lâche enfin :

- Flyer.

- Très bien, Flyer. Je te donne quinze secondes pour réviser ta position et me donner le nom de ceux qui t'ont engagé. Passé ce délai, je t'écraserai dans ta cage comme un vulgaire insecte. As-tu quelque chose à dire ?

Ledit Flyer s'enferme dans un silence buté pour toute réponse tandis que je compte pour moi-même les instants qui s'écoulent. Cinq... dix... quinze, et il n'a pas articulé un son.

- Tu l'auras voulu, fait simplement Magnéto.

Et la prison sphérique commence à s'aplatir, inexorablement, créant l'agitation dans le vol des mouches, qui viennent à manquer de place, peu à peu. Des sortes d'implosions agitent leur masse bruissante à plusieurs reprises. Il cherche sans doute à retrouver sa forme humaine, mais l'exiguïté de l'endroit l'en empêche, en plus de la résistance que le vieux mutant doit imprimer à la cage.

Rapidement vient le moment où Flyer se retrouve tellement à l'étroit qu'il en est réduit au vol stationnaire, s'il a encore la place de bouger ses multiples ailes. Une hésitation apeurée sourde, avant de laisser le champ libre à la panique qui le fait crier :

- Arrêtez ! Arrêtez, je vais tout vous dire !

La progression s'arrête, puis se rétracte, et la prison retrouve sa forme initiale. Mais l'espion n'attend pas pour négocier, presque suppliant.

- Non, par contre, s'il vous plaît, libérez-moi. Je déteste être enfermé, ça m'angoisse.

- Tu as bien assez de place pour voleter à ton aise, rétorque Magnéto.

- Non, allez, soyez chic, quoi. Libérez-moi ou je ne parlerai pas !

La ruse est grossière. Un chantage pareil, Flyer va forcément se parjurer. À ma grande surprise, mon kidnappeur cède, en quelques sortes. La moustiquaire s'agrandit, forme un pavé assez grand pour qu'un homme puisse s'y tenir debout sans peine. L'espion reprend son apparence humaine, mais n'est pas encore satisfait. Cependant, le temps de parler ne lui est pas laissé.

- Tu ne m'auras pas deux fois. Contente-toi de ça, ou je t'enverrai pourrir dans un recoin oublié !

Même si je l'ai appris par moi-même, le ton employé par Magnéto laisse très clairement entendre qu'il ne plaisante pas. Pourtant, aussi clair soit le message, Flyer semble y être hermétique. Après un temps de réflexion, il croise les bras et se mure dans un silence obstiné. Voyant cela, le maître du métal laisse passer quelques secondes, avant de lâcher tranquillement, avec un soupçon d'indifférence :

- À ta guise. Je finirai bien par le savoir, d'une manière ou d'une autre.

À peine a-t-il fini de parler que la cage retrouve son inertie, tombe et rebondit avec fracas sur le sol de pierre. Je sursaute, car je ne m'y attendais pas, et m'aperçois par la même occasion de la présence de l'homme-fauve qui m'a escortée jusqu'ici tout à l'heure. Je me demande vaguement comment cela se fait qu'il soit là, sa présence étant peut-être trop opportune pour être fortuite, mais en même temps je n'en ai pas grand-chose à faire puisque cela ne me concerne pas.

Il en profite pour annoncer qu'il s'est permis de « corriger » l'erreur commise par un de ses camarades, celui qui était censé me surveiller dans mes déplacements dans le QG et qui a failli à son devoir, apparemment à la suggestion de Flyer. Lequel tente ou bien de se justifier ou bien de nier, mais Magnéto ne le lui laisse pas le temps d'articuler le moindre mot intelligible, félicite son subalterne par un « bien » avant de lui intimer d'emmener la cage. Lequel obtempère et nous laisse seuls tous les deux. Enfin, tous les trois, avec Mystique, toujours endormie.

Le silence retombe dans la pièce. Magnéto, visiblement en pleine réflexion, n'a pas l'air de vouloir le rompre dans l'immédiat. Je voudrais regagner ma cellule pour me reposer, mais ma mission étant terminée, je ne sais pas ce qu'il va vouloir faire de moi dans un futur proche, me laissant indécise sur ce que je dois faire. Et avec les tous récents événements, je viens juste de réaliser que je n'ai plus de troisième jambe, pour parachever le tout.

En désespoir de cause, je me tourne vers la table inoccupée, ne serait-ce que pour avoir un appui quelconque. À peine ai-je le temps de faire un pas que Magnéto, que mon mouvement a dû sortir de sa réflexion, m'interrompt dans mon élan.

- Je vous suggère d'aller restaurer vos forces, je vais organiser votre rapatriement.

Ce disant, il prélève de la table assez de métal pour me confectionner une autre canne. J'en prends possession avec un hochement de tête, à la fois pour l'en remercier et pour acquiescer à ses paroles. Je me dirige donc vers la sortie, mais là encore, je suis interrompue.

Cette fois-ci par (successivement) un rugissement, un vacarme métallique, un bruit de cavalcade se rapprochant de plus en plus, puis Flyer, sous sa forme humaine, qui, sans s'occuper de Magnéto qui n'a ni le temps ni d'anticiper ni de réagir, se rue sur moi, me saisit à bras-le-corps et m'emmène vers la fenêtre par laquelle je suis déjà passée.

Avant d'arriver au seuil, il me lâche, me décoche sur la tempe un crochet du droit fracassant qui me précipite dans le vide, où il me suit sous sa forme d'essaim, et dans l'inconscience, où évidemment il ne me suit pas.

Je commence à en avoir marre de tous ces évanouissements.