Disclaimer : L'univers des X-Men ne m'appartient pas, je ne gagne aucun argent à publier cette histoire. Laquelle m'appartient, par contre, c'est ma création, ainsi que le personnage de Sandra, et quelques autres sur le chemin. Je mélange allègrement comics (que je n'ai qu'à peine lus), films (depuis les premiers jusqu'aux derniers), le dessin animé « X-Men Evolution », et même la série animée qui l'a précédé, ne cherchez donc aucune fidélité à une référence particulière. Je prends l'univers global, les personnages, la perception que j'en ai en tous cas, et j'en fais un peu ce que je veux, ce qui est aussi le but des fanfictions. Bref, j'assume. Vous aimez, tant mieux. Vous n'aimez pas, tant pis pour vous, merci quand même d'avoir tenté l'aventure !

Attention, en fonction des chapitres, il peut y avoir des mentions de violences sur mineur, ou de la description de violences, pas forcément très prononcées, mais le rating n'est pas anodin. Vous voilà prévenus :)

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Un lit. Un vrai lit. Avec un matelas (dur), un oreiller (plat), un lit. La texture pelucheuse sous mes mains pourrait bien être une couverture (rêche). Enfin bref.

Mal à la tête. Mal au ventre parce que j'ai faim. Et je commence à en avoir assez de tout ça. Même si je ne saurais pas dire précisément à quoi correspond le « tout ça » en question. Si seulement les gens pouvaient cesser de se préoccuper de moi et me laisser tranquille dans mon coin.

Bon.

Je m'assieds, me masse un peu les tempes. Puis regarde autour de moi. Tout dans cette minuscule salle est blanc. Le lino, le plafond, la porte, les murs nus, à commencer par ceux, derrière moi et à ma gauche, qui forment le coin où se trouve le lit, blanc lui aussi, comme le matelas. Même la caméra de surveillance dans le coin en face.

Oppressant. La couleur blanche omniprésente, pas la caméra. Celle-là, j'aurais été presque surprise de ne pas l'y voir, au train où vont les choses.

Dix contre un que je vais recevoir de la visite sous peu. C'est toujours le même schéma.

À peine quelques minutes plus tard, la porte s'ouvre vers l'intérieur, et quatre personnes entrent. Deux malabars en costar-cravate-lunettes noirs encadrent un homme à la stature fine et aristocrate, contrastant avec les muscles de ses men-in-black, dont le troisième et dernier représentant vient se poster au pied de mon lit. Bien. Bon, au moins, ça, c'est fait.

Le bonhomme porte un costume trois pièces d'un marine sobre, d'une simplicité trop évidente et trop raffinée pour être bon marché. Ses chaussures ôtent tout doute à ce sujet par ailleurs. Le symbole du danger biologique en guise de boutons de manchettes, épingle à cravate très précisément centrée à l'effigie du célèbre caducée ailé de la médecine. Une chaîne de montre à gousset qui semble elle-même pendre gracieusement.

Des mains soigneusement manucurées, des ongles patiemment limés, et sans aucun doute une crème de soin hors de prix. Visage impeccablement entretenu, joues parfaitement rasées et embaumant délicatement l'air d'un après-rasage très probablement de luxe, chevelure brune relativement courte à la mèche savamment maîtrisée. Un élégant air assuré, et un soupçon de ce qui pourrait passer pour de l'affabilité si une certaine froideur dans ses yeux sombres et scrutateurs ne venait la transformer en condescendance. Le chef, donc. Ou, à tout le moins, le bras droit de celui qui a orchestré tout cela.

- Mademoiselle Kerran, permettez-moi de me présenter : Cyril Ménestiot, directeur du Centre de Recherches sur les Mutants, plus communément appelé le Crem, où nous nous trouvons actuellement. J'ose espérer que vous avez bien dormi.

Que répondre à une introduction aussi courtoise, purement informative, lisse et sans prise ? Chassant les dernières brumes de l'inconscience, je tente une réponse moins banale qu'un « oui » ou « non » trop plat.

- N'y a-t-il vraiment que ça que vous ne sachiez pas ?

Il émet un petit rire.

- Vous ne pensez pas si bien dire.

- Vraiment ? Dans ce cas, venons-en au fait, je vous prie, ça nous rendra service à tous les deux.

Le léger sourire qu'il affichait s'efface lentement.

- Vous êtes une vraie femme d'affaires.

- Pas du tout. J'en ai juste assez d'être forcée de rester loin de chez moi.

- Vous appelez « chez vous » ce repaire de mutants ?

- J'appelle « chez moi » cet endroit où je peux trouver le repos parmi les miens.

- C'est bien ce que je disais.

- Dans ce cas, il est clair que nous ne pensons pas au même endroit.

- Nous ne le concevons pas de la même manière, c'est différent.

- Certes. Maintenant, au risque de me répéter, pouvons-nous en venir au fait, s'il vous plaît ?

- Mais certainement. Veuillez me suivre. Ne vous inquiétez pas, nous n'allons pas loin, ajoute-t-il avec un regard pour ma jambe estropiée.

Je me renfrogne, mais ne dis mot, et me lève pour le suivre. Dans mon agacement, je note presque avec indifférence que la douleur se tient tranquille. Une préoccupation de moins.

Le directeur du Crem sort, précédé et suivi par ses gorilles, je les suis, le dernier d'entre eux s'attachant à mes pas au passage. Ménestiot remonte sur une dizaine de mètres le couloir d'un blanc écru dans lequel nous nous trouvons, s'arrête devant une porte, frappe deux coups secs et entre. J'entre à mon tour. Pour me retrouver dans une salle plongée dans la pénombre, à peine éclairée par un halogène à la faible lueur, à droite et à gauche. Devant moi, un lit d'hôpital, avec la plaquette de soins pendant au bout, et toute une batterie de machines de part et d'autres du chevet. Peu sont absentes, pour ce que j'en sais. Toutes sont reliées à un homme sommeillant dans le lit. Sur l'invitation de Ménestiot, je m'en approche.

Je ne peux pas m'empêcher de trouver une ressemblance impressionnante entre ce gars et Théoden corrompu par Saroumane. À part les cheveux, que le roi du Riddermark avait longs.

Très sale affaire. Les soins indiqués sur la plaquette au bout de son lit indiquaient un cancer, très visiblement en phase terminale. Instinctivement, je lui donne une semaine, même pas.

Je lève les yeux, Ménestiot est en face de moi. Comme s'il n'attendait que cette occasion, il m'explique la situation :

- Max Bergman. Un de nos plus éminents chercheurs en matière de mutants. Cancer du poumon métastasé au cerveau. Les spécialistes ne lui donnent pas plus de dix jours. Sauvez-le.

Bon, ça, au moins, c'est dit. Sauf que dans l'état où je suis, la moindre interaction, avec qui que ce soit, même à peine malade, me serait dangereuse. Avec ce Bergman, elle me serait tout simplement fatale. Sans oublier que je commence à en avoir par-dessus la tête que l'on m'exploite, moi et mes pouvoirs, sans me demander mon avis. Et pourtant, je ne peux décemment pas laisser cet homme mourir sans rien faire, pas maintenant que je l'ai rencontré. Entre le ras-le-bol général et un risque de trop-plein de remords, mon cœur balance.

Partagée, je murmure à l'intention de Ménestiot :

- Il faudrait que je vous parle dans un endroit calme.

Il hoche brièvement la tête, et se dirige vers la sortie. Couloir. Porte. Bureau.

Avec quatre chaises et une table pour tout mobilier. Sobres, les salles de cette aile. Les gardes du corps sont entrés avec nous. À peu près neutre, je lâche en les englobant d'un coup d'œil :

- Dans un endroit calme.

Ils ne bougent que sur l'ordre donné du chef par leur patron. Lequel, silencieux, s'est assis. Pour ma part, je reste debout, le cerveau trop en ébullition pour supporter l'inactivité. Je prends quelques secondes pour raffermir mes pensées, et déclare tout net :

- Je ne peux pas faire ce que vous me demandez.

- Oh, vraiment ?

Trop indifférent pour ne pas être intrigué.

- Je ne suis pas médecin, je ne suis pas tenue de soigner tous les malades qui croisent ma route. Et quand bien même, je ne me donne pas vingt-quatre heures avant de tomber d'inanition et de fatigue. Si Flyer a bien fait son boulot, vous savez que je sors d'une affaire du même genre, pendant laquelle je n'ai pas eu de vrai repos. Soigner ne serait-ce qu'une égratignure serait dangereux pour moi, alors une maladie de cette ampleur !

- Autre chose ? interroge-t-il avec détachement alors que je reprends mon souffle.

Je marque une pause. Je dois trouver les bons mots, la bonne intonation pour dire ce que je pense tout en usant d'une diplomatie prudente.

- Qu'est-ce qui se passerait si je refusais ?

- Et pourquoi refuseriez-vous ?

- Eh bien, vous ne me semblez pas être un grand défenseur du genre mutant. Si vous voulez que je guérisse le professeur Bergman alors qu'il est sur le point de mourir, c'est qu'il doit jouer un rôle important au sein de vos équipes. Ce n'est donc pas quelqu'un qui veut du bien à mes semblables. Sans compter cette servitude imposée qui devient de plus en plus frustrante.

- Si vous ne comptez pas nous aider, que ferez-vous donc ?

- Vous ne m'avez pas laissé le temps d'y réfléchir. Dans tous les cas, vous n'avez pas le droit de me retenir ici contre ma volonté.

- Pas le droit ?

Il ricane, secoue la tête de droite à gauche en me regardant comme si je venais de sortir la meilleure blague qu'il ait jamais entendue. Il se lève, va frapper deux coups secs à la porte, dit à un des gorilles « Donne-moi ton flingue ». Un mot aussi argotique est surprenant dans la bouche d'une personne aussi raffinée que lui, mais bon, pourquoi pas après tout. J'avoue ne pas y prêter trop d'attention. J'ai peur qu'il ne soit pour moi, ce truc-là.

Il examine brièvement le pistolet, l'arme, puis ordonne à son homme de main d'aller chercher un certain professeur Warvan. Il reste près de la porte, laisse s'écouler en silence les quelques minutes que prennent la commission, attente que je mets à profit pour aller m'asseoir, sans pour autant quitter le canon des yeux, anxieuse et circonspecte.

Enfin, ledit professeur arrive. Blouse blanche, stylos dans la pochette poitrinaire, lunettes rondes sur un visage blafard, cheveux noirs parsemés de blanc. Ménestiot mentionne « Notre nouveau sujet d'étude » en me désignant du menton. Les traits de Warvan s'éclairent, il fait quelques pas vers moi, une inquiétante lueur d'intérêt brillant derrière le verre de ses lunettes. Pendant ce temps, son directeur ajoute à mon intention :

- Le professeur Warvan est le plus proche collaborateur du professeur Bergman, à la demande expresse de celui-ci. Il a suivi de très près tous ses travaux, a participé activement à leur progrès, et dirige son propre service au sein du centre de recherches. Un homme qui nous a beaucoup apporté.

Le sus-mentionné se détourne, baisse la tête en un remerciement révérencieux, puis se retourne vers moi. Son air presque gourmand me met mal à l'aise.

- Un homme au vaste savoir, continue Ménestiot. Il y a cependant une chose que le professeur Warvan ne sait pas. Son contrat vient d'être rompu.

Lequel se tourne de nouveau vers son supérieur, intrigué, perplexe, espérant faire face à une blague. Mais je ne pense pas que le chef du Crem soit homme à faire ce genre de plaisanterie.

Et pour preuve.

Le temps d'un battement de cil, Ménestiot le met en joue, et tire.

Calmement. Froidement. Sans la moindre hésitation.

Warvan retombe pendant d'infinies millisecondes, presque à mes pieds, un air de surprise figée sur son visage, un trou sanguinolent au beau milieu du front.

Je reste plusieurs secondes là, bouche bée, mon esprit refusant de comprendre ce qui vient de se passer, figé d'horreur. Je ne peux même pas crier, ni bouger, ni penser, ni rien, juste garder mon regard fixé sur ce cadavre tout frais, plein encore du souvenir de la vie, et le sang qui s'écoule en une flaque macabre. La panique totale.

- Nom de Dieu mais qu'est-ce qui s'est passé ?

C'est moi qui aurais dû dire ça. Mais non. C'est Ménestiot, un sourire à peine dissimulé aux lèvres.

- Quoi, un chercheur essentiel dans son équipe est là, et puis pouf, plus rien, il n'est plus là, et c'est tout ? Quelle situation absurde, n'est-ce pas ?

Je reprends peu à peu mes esprits, et lève les yeux vers lui. Vers ce monstre. Qui s'approche paisiblement, sans prêter attention au corps définitivement inanimé, l'arme toujours au poing.

- Vous vous demandez pourquoi je viens d'abattre cet homme. Cet homme qui avait sans doute une femme, des enfants, des amis, des collègues qui dépendaient de lui, peut-être même un chien à sortir le dimanche. Dites-vous bien, mademoiselle Kerran, que cette petite démonstration purement gratuite n'avait qu'un seul et unique but. Vous montrer que je peux le faire. Que j'ai tous les droits. Que rien ne m'interdit de supprimer qui que ce soit, pour quelque raison que ce soit. Que je n'ai rien à justifier à qui que ce soit. Tout ici est le fruit de ma seule volonté. Je suis l'unique seigneur et maître de ces lieux. Quiconque fait mine de se mettre en travers de mon chemin en sera aussitôt empêché. Alors je me permets de vous conseiller ceci, mademoiselle Kerran : faites votre choix, et faites-le bien.

Je parviens à fermer la bouche et déglutir. Et balbutier, dans un éclair de lucidité :

- Si la vie ou la mort de vos employés vous importe si peu, pourquoi Bergman est-il toujours vivant ? Surtout avec ses soins qui demandent temps et argent.

Il s'arrête, le temps d'un sourire négligent.

- Parce qu'il travaillait, seul, sur un projet confidentiel dont le professeur Warvan ignorait l'existence, et qu'il n'a pas consigné le résultat de ses recherches dans son journal habituel. Résultats que nous ne parvenons pas à retrouver et qui sont d'une importance capitale.

Ça se tient. Mais ma pensée ne va pas plus loin, trop profondément bouleversée. Ménestiot déclare encore :

- J'ose espérer que cela vous a convaincue de nous aider à ne pas perdre ces précieuses informations ?

Je hoche la tête, péniblement. Je n'arrive pas à fermer les yeux, repassant sans cesse en boucle cette scène, sans pouvoir rien faire d'autre, sans pouvoir bouger, sans pouvoir réagir à ce qui se passe autour de moi.

Après, je ne sais plus trop. Je me souviens d'avoir vu des gorilles entrer pour enlever le cadavre, sans un mot. Avoir été amenée dans une autre salle, le corps devenu machine, où j'ai mangé sans appétit jusqu'à satiété. Avoir été douchée, shampouinée, récurée de la tête aux pieds par deux infirmières. Avoir été ramenée dans ma chambre, couchée. On me présente un verre d'eau et des comprimés. Sur le point de les prendre, un instinct de méfiance m'arrête.

- Qu'est-ce que c'est ?

La question peut sembler bête, mais je n'ai pas besoin de davantage de preuves pour savoir qu'ici, ils sont capables de tout... Je manque de louper le regard de concertation entre mes deux gardes-malade.

- Ça va vous aider à retrouver vos forces plus rapidement.

Réponse laconique, que je n'ai pas le courage d'approfondir. Après tout, ils ont encore besoin de moi. Ce constat m'agace brièvement et me mine un peu. Puis j'avale les médicaments sans plus penser à rien et plonge dans un sommeil profond, sans rêve ni cauchemar. Noir.

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Je me réveille, l'esprit vide, la bouche pâteuse, les membres lourds. Je suis cependant forcée de reconnaître que, malgré mon abattement, je vais bien, physiquement parlant. Comme quoi, les pilules ont été efficaces, peu importe leur composition. Je me redresse et m'assieds, laborieusement. Une petite table a été ajoutée à mon chevet, portant un plateau chargé d'un petit-déjeuner solide. Je me force à manger un peu, sans entrain.

Quand j'ai fini, je reste assise un moment, le regard dans le vague, mes pensées défilant et s'effaçant aussitôt de ma mémoire. Le temps passe, inutile.

Trois coups frappés à la porte me font lever la tête. J'articule un « Entrez » sans conviction. Un man-in-black, Ménestiot, et un homme en blouse blanche et stéthoscope. Ce dernier m'ausculte, vérifie réaction des pupilles, tension, réflexes, cœur. Peu de mots sont prononcés. Enfin, il se redresse, hoche sèchement du chef vers le directeur, et sort.

La porte fermée, Ménestiot vient se poster devant moi et me demande :

- Vous êtes-vous bien reposée ?

Je hausse les épaules.

- Remise de la petite scène d'hier ?

Je lève les yeux vers lui, sourcils haussés. Il en a d'autres comme celle-là ?

Il saisit mon désabusement et a le bon goût de ne pas insister. Il se contente d'ajouter :

- Venez.

Et moi de me lever et de le suivre jusqu'à la chambre de Bergman. Nous nous plaçons, comme hier, chacun d'un côté du lit. Je reste plusieurs secondes comme ça, les yeux fixés sur le patient mais le regard dans le vide.

Physiquement, je vais bien. Je suis propre, j'ai pu dormir, restaurer une bonne partie de mes forces, et même si techniquement il m'aurait fallu plusieurs jours pour être au mieux de ma forme, je pourrai assumer cette guérison. Non sans difficultés, mais je le pourrai.

Mon corps le peut en tous cas. Hier encore, avec la promesse d'un repos préalable, je l'aurais fait sans trop broncher. Mais cette exécution parfaitement inutile, accomplie avec un sang-froid absolu, m'a abattue. La mort ne m'est pas inconnue, mais celle-ci…

Violente, imprévue, imprévisible, implacable, incompréhensible... Quels que soient les adjectifs, aucun n'effacera cette horrible vision. La vie de cet homme gaspillée, arrachée de son être, s'échappant comme à regret... Je l'ai brutalement ressentie dans chacune de mes fibres, et elles ne l'oublieront pas de sitôt.

Enfin quoi, un homme bien portant, n'ayant rien fait de mal, se voit ainsi tuer sans raison par son supérieur presque souriant, alors qu'un autre, déjà presque mort, doit être tiré des griffes de la Grande Faucheuse déjà presque refermées sur lui ! Je refuse de comprendre, parce que comprendre, c'est accepter, et que je suis trop ébranlée pour accepter cette infamie.

Infamie qui pourra se retourner contre moi si je reste plus longtemps plantée là.

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Pas grand-chose à dire. Ruines d'une bonne constitution. Une vie de scientifique remplie d'expérimentations, les nombreuses périodes d'embauche et de chômage alternées, ne faisant qu'activer son ardeur pour ses recherches à un niveau personnel.

Engagement par Ménestiot, il y a longtemps. D'autres expérimentations, sur des mutants, sur l'origine de nos pouvoirs, tentatives de manipulations de génétiques, plus ou moins abouties, donnant pour beaucoup des résultats plus horribles les uns que les autres.

Nausée.

Et pourtant un homme de valeur. N'avait pas de famille, mais le sens de la dignité, de l'honneur, prêt à aider ses semblables, mais un peu hautain, prêt à écraser les plus faibles pour arriver à ses fins si cela devait se montrer nécessaire. Un esprit brillant, strictement logique, froid, purement scientifique, considérablement dégradé par la maladie. Ce qui ne l'a pas empêché de perpétuer ses expériences abominables jusqu'à l'épuisement, continuant à noter les résultats dans son carnet rouge jusqu'à ce que sa main ne puisse plus tenir un crayon.

Et moi, j'ai le pouvoir de faire en sorte qu'il poursuive son œuvre abjecte, ou pas.

Si je le laisse faire, nous serons nombreux à en pâtir. Et Warvan sera mort pour rien.

Mais si je ne fais rien, c'est moi qui en pâtirai.

Je ne m'attarde pas plus longtemps à hésiter. Je ne veux pas consumer ainsi inutilement une énergie dont je vais avoir grandement besoin. Je le débarrasse d'abord des métastases au cerveau, travail moins ardu et pourtant très pénible, un peu de la même façon qu'avec Mystique, mais avec beaucoup moins d'enthousiasme.

Les dégâts sont relativement importants. Trop. Je m'emploie à régénérer les neurones détruits ou abîmés, pour que les séquelles intellectuelles soient réduites au minimum.

Cette première partie achevée, je marque une pause. C'était dur, et pourtant le plus rude est à venir.

Direction le poumon droit. Même procédure, en bien plus difficile. La tumeur, coriace, me donne du fil à retordre. Beaucoup. Longtemps. Lorsque je parviens enfin à en avoir raison, je suis exténuée, presque à bout. Et pourtant le travail n'est pas fini. La moitié de l'organe est polluée, inutilisable. Je m'attelle à la tâche, laborieusement, me motivant pour ne pas lâcher, revoyant encore et encore le visage de Warvan, dans les moindres détails.

Les trois-quarts de la restauration sont effectués lorsque j'atteins l'extrême limite de dépense d'énergie que je peux m'autoriser sans me mettre définitivement en danger. Je commence doucement à quitter les lieux, l'esprit tranquille, persuadée que ce sera suffisant pour que Bergman se remette sur pieds sans problème.

Mais à peine ai-je tourné le dos à ma mission que des liens m'enserrent étroitement, m'emprisonnent avec hargne, s'enroulent autour de mes bras, de mes jambes, de mon buste. Instinctivement, je me débats, et rue dans les brancards autant que je le peux. Ces liens me tirent en arrière, brutalement, me malmenant pour que je reprenne une tâche au-dessus de mes forces.

J'ai beau me démener comme une enragée pour me libérer, je sais que je ne pourrais pas tenir longtemps. Dans mon état de faiblesse actuel, je suis vulnérable et impuissante face à cette impulsion nouvelle qui s'élève et qui veut m'abattre.

Dans la peur panique face à tant de violence bestiale, je remarque en retard que ces liens me vampirisent, puisant sans vergogne dans mes maigres réserves de quoi finir le travail. Une terreur plus incontrôlable, plus grande encore que cette sauvagerie s'empare de moi, et je bataille, plus fort encore qu'auparavant, plus désespérément. Un désespoir empreint de folie. Mais c'est comme dans l'appartement, lorsque père cherchait à me noyer. Plus on se débat, moins on y arrive, plus on suffoque.

Mon agitation extrême semble ravir le forcené qui me vole la sève de ma vie. Un ravissement sadique, qui ne le pousse qu'à aspirer davantage mon énergie, avec davantage de détermination et de virulence.

À travers l'affolement, je tente de me raisonner, de persuader mes muscles de ne plus lutter, de se relâcher pour faciliter la transaction, moins souffrir. Rien n'y fait. Mon instinct de survie, sans doute émoussé, ne veut rien entendre, livrant d'autant plus facilement ma vie aux mains de la barbarie. Trois siècles ou quelques millisecondes plus tard, je finis par retomber, flasque, à contempler les dernières miettes de ma conscience s'envoler, tellement vidée que je ne comprends plus que je suis en train de mourir.