Disclaimer : L'univers des X-Men ne m'appartient pas, je ne gagne aucun argent à publier cette histoire. Laquelle m'appartient, par contre, c'est ma création, ainsi que le personnage de Sandra, et quelques autres sur le chemin. Je mélange allègrement comics (que je n'ai qu'à peine lus), films (depuis les premiers jusqu'aux derniers), le dessin animé « X-Men Evolution », et même la série animée qui l'a précédé, ne cherchez donc aucune fidélité à une référence particulière. Je prends l'univers global, les personnages, la perception que j'en ai en tous cas, et j'en fais un peu ce que je veux, ce qui est aussi le but des fanfictions. Bref, j'assume. Vous aimez, tant mieux. Vous n'aimez pas, tant pis pour vous, merci quand même d'avoir tenté l'aventure !

Attention, en fonction des chapitres, il peut y avoir des mentions de violences sur mineur, ou de la description de violences, pas forcément très prononcées, mais le rating n'est pas anodin. Vous voilà prévenus :)

88888888

Assis dans sa chaise roulante, penché sur son grand bureau, il écrit, les sourcils froncés par la préoccupation. Le calme règne dans la pièce. Dans toute la maisonnée, même. Il y plane une atmosphère morose, peu propice aux éclats. Les élèves travaillent dans les espaces communs ou dans leur chambre, seuls ou en groupe, studieusement. Que peuvent-ils faire d'autre, en attendant.

Il lève brièvement la tête, comme surpris par un bruit inexistant, puis reprend sa tâche. Bientôt se font entendre des pas pesants, rapprochés, se rapprochant. La personne ne prend pas la peine de frapper et entre directement, avec le soupçon de brusquerie qui lui est propre.

- Vous avez des nouvelles, Charles ? demande-t-il sans préambule.

- Bonjour à toi aussi, mon ami, réplique tranquillement Xavier. J'espère que tu as fait bon voyage.

Logan grogne, mais suit néanmoins le mouvement.

- Non. Les locaux étaient vides, les gens n'ont rien vu, rien entendu. Chou blanc. Et vous ? Magnéto vous a contacté ?

- Il l'a fait, oui. Mais rien de neuf de son côté non plus. L'espion et Sandra semblent s'être volatilisés.

- Et j'imagine qu'aucun de vos contacts n'a pu vous renseigner ?

- Hélas, non, pas pour le moment. Mais deux d'entre eux ne m'ont pas encore répondu, alors, il reste un espoir.

- Et le Cérébro ?

- Toujours en réparation. Hank fait de son mieux, mais la surcharge de l'autre jour a fait plus de dégâts que prévu, et les réparations prennent un temps qui ne peut être réduit, malgré tous nos pouvoirs.

- Même avec un coup de main de Vif-Argent ?

Cette dernière remarque laisse Xavier un instant coi, surpris par la simplicité de cette solution, surpris que personne d'autre n'y ait songé. Il échange un regard de gratitude et de connivence amusée avec Logan, qui n'a rien perdu de son fil de pensée, et porte la main à sa tempe, cherchant le destinataire du message mental déjà formé dans son esprit.

88888888

Deux ou trois jours passèrent comme ça, pour autant que je puisse en juger, sans que rien ne se passe vraiment. Et le temps a rapidement pris ses aises, s'élargissant, s'allongeant sans gêne aucune, agaçant, interminable, ennuyeux. Je n'ai pas été à strictement parler consignée dans mes quartiers, mais, à part une visite régulière à Raven, qui prenait désormais un autre des médicaments expérimentés au Crem, sans grands résultats jusqu'à maintenant, eh bien, en-dehors de ça, que puis-je bien faire ? Je n'ai ma place nulle part ailleurs.

Une blouse blanche avait eu la bonté de me fournir un bloc note et un stylo, me permettant de découvrir ainsi les joies du cancre. Gribouiller, dessiner, écrire, origamis divers et variés, boules de papier pour jongler, tout ce à quoi j'ai pu penser y est passé, et le bloc note avec. Quand je laissais entendre à Magnéto que tout l'intérêt de ma personne résidait dans mon pouvoir…

Cette pensée m'interrompt dans ma séance de jonglage. Que les jours passés dans le QG du maître du métal me semblent loin. Je ne suis même pas capable de définir le temps qui s'est écoulé depuis, avec tout ce qui m'est arrivé. Mais ça doit bien faire au moins... tout ça ! Suffisamment en tous cas pour mes camarades de Xavier se mettent à ma recherche ! Non ?

Tant d'espoir dans cette réflexion pourtant incertaine, cela me déprime. Je n'ai aucune raison de douter de l'inquiétude de mes amis. Mais avec l'isolation, l'exploitation, la soumission omniprésentes de ces dernières semaines... Je ne sais plus. L'absence d'humanité dans ces lieux a recouvert mes repères d'un voile lourd et sombre. Rien ne me protège plus du désespoir et de l'abandon que la pensée, éternelle, qu'il faut que je tienne.

Je ne peux pas baisser les bras maintenant, pas après tout ce que j'ai vu, ce serait trop bête, trop... lâche. Mais qu'est-ce que ça me rapporte, de continuer ? Où est-ce que je trouve mon compte dans tout ça ? Quoi, je devrais me soumettre, obéir, et les remercier de bien vouloir me laisser en vie ? N'est-ce pas ça, être lâche ? Refuser de se battre par confort personnel ? Ou au contraire, est-ce courageux de ne rien faire que guetter une opportunité de... de quoi en fait ? M'échapper ? J'ignore tout des bâtiments du Crem, de leur taille jusqu'à leur localisation géographique ! Fuir serait agir inconsidérément, ce serait courir à un suicide certain. Mais à quoi bon faire des plans sur la comète ? Avec ma patte folle, tout cela tient de la folie.

Est-ce lâche que de se résigner pour continuer à voir le jour se lever ?

Je me laisse tomber, abattue, dans mon fauteuil roulant, et me décide après quelques instants à aller voir Raven. N'importe quoi pour penser à autre chose. N'importe quoi pour ne pas me laisser aspirer par ce trou noir.

Lorsque j'arrive à la caserne des mercenaires, une chance malheureuse me détourne de ce triste Ouroboros. Une foule agitée est attroupée dans le couloir, rassemblée autour de quelque chose que les gens me cachent. Indécise quant à la conduite à tenir, puisqu'ils me bloquent quasiment le passage, je n'ai guère le temps de pousser ma réflexion très loin : le mutant qui m'avait renseignée pour Flyer m'interpelle en s'approchant.

- Toi ! Tu tombes à pic ! Tu es la personne qu'il nous faut.

- Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Flyer vient de réintégrer nos quartiers. Mais il est dans un très sale état.

Instant de panique, mais je garde mon calme.

- En très sale état, comment ?

- Plusieurs blessures, par balle, je dirais, près des centres vitaux. Il semble avoir déjà perdu pas mal de sang, et ça n'a pas l'air de vouloir s'arranger.

- Merde. Comment c'est arrivé ?

- Je sais pas, et c'est pas le problème pour le moment. Viens, dépêche-toi ! Tu es la seule à pouvoir le sauver !

Autre instant de panique. Je ne garde pas tout à fait mon calme.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?!

- C'est pas le moment ! Si tu te bouges pas là, tout de suite, maintenant, il meurt !

Je n'ose rien répliquer devant son ton impérieux, et lui indique ma coopération d'un signe de tête. Il se détourne et fend la foule, qui s'écarte à son passage. Je me coule dans son sillage sous le regard curieux de mes congénères. Ils font cercle autour de Flyer, affalé par terre contre le mur. Souffle court, yeux brillants, traits tordus. Habits rougis par ses blessures. Je quitte mon siège, m'assieds près de lui en essayant de ne pas prendre garde à la large flaque de sang dans laquelle il gît. Je prends sa main dans une des miennes, et pose l'autre sur sa tempe. Juste avant que je ne commence, je croise son regard. Désespéré, furieux, résigné. Cela me donne juste le temps d'entendre un murmure de la foule.

- Atlante, c'est qui cette fille ?

Un temps de silence est marqué, et la voix de mon informateur répond :

- La dernière chance.

88888888

Pas de souvenirs, contrairement à ce que j'attendais. Un souvenir. Un seul. Comme si son propriétaire se concentrait dessus pour être sûr que je le voie.

Quelques minutes plus tôt. Interrogatoire de Flyer sous la supervision de Bergman. Pour vérifier s'il peut rejoindre les autres mercenaires. Il s'agite. Demande pour Raven. Ils s'obstinent à ne pas lui répondre. Il s'énerve. Se débat. Les gorilles le maîtrisent. Le frappent. Il utilise son pouvoir pour s'échapper. Se métamorphose devant le deuxième directeur du Crem. Le frappe. Plusieurs fois. Les gorilles tentent de le maîtriser. Il s'échappe une nouvelle fois, grâce à son pouvoir, fuit en passant sous la porte. Mais un des gorilles a eu l'idée de dégainer son arme et le mitraille. Pas qu'il soit convaincu de l'efficacité de son geste, mais c'est autorisé par la procédure, et il n'y perd rien.

La chance dessert Flyer, et lorsqu'il se matérialise dans la caserne, il sait qu'il a gravement été touché, qu'il en a plus pour longtemps.

Tout ça pour des menteurs, des ennemis. Merde ! Tout ça pour ça ?!

Je n'ai pas le temps d'en voir davantage. Un soudain et brusque tourbillon m'entraîne vers je ne sais où, aspirant tout sur son passage, toute lumière, tout souvenir, toute pensée. Je ne sais pas ce que c'est, mais la terreur primitive qui m'envahit me dit que ça ne peut pas être bon. Le temps que je réagisse, je suis déjà proche du centre. Ce n'est pas bon du tout. Je tente de résister, de nager à contre-courant, de faire marche arrière, mais mes efforts sont vains face à ça.

Subitement, pendant un instant, dans un flash blanc aveuglant, tout semble suspendu, flottant en gravité zéro, irréel. Puis tout est englouti, d'un seul coup, moi compris, avant d'être rejeté au loin dans la violence effarante d'une explosion au silence absolu. Je ne peux que lâcher totalement prise et succombe à la panique totale, essayant pourtant de me protéger, sans trop savoir ce que je fais, ni comment, ni si ça marchera.

Espoir et détresse dans cette folie. Parce que je viens de comprendre.

Comment pourrais-je faire le poids face à la Mort.

88888888

Elle est brutalement rejetée en arrière, à bout d'un souffle gémissant, tremblante, des larmes roulant malgré elle sur son visage défait, aux prises d'une fragilité fébrile, au bord de la crise de nerfs, les yeux fixés sur le corps désormais sans vie d'Ian Flyer. Un silence pesant écrase l'assemblée en deuil, immobile, jusqu'à l'irruption, par le sas qu'elle avait emprunté, de l'écho des chaussures de sécurité avec à leur tête, elle le sent sans le voir, Cyril Ménestiot.

La foule s'écarte à son passage, notant son air fermé de mauvais augure. Son « Ça suffit maintenant, retournez tous dans votre bloc immédiatement jusqu'à nouvel ordre » claque et résonne dans le couloir. Un instinct de révolte gronde parmi les mutants, mais l'habitude et son autorité les plient au mutisme. Sauf une.

Dans un état de transe sauvage, elle se tourne vers Ménestiot, calmement, toujours au sol, puis se ramasse sur elle-même, et, dans un hurlement venu du fond des âges, bondit sur lui avec toute la férocité dont elle est capable, les jetant tous les deux à terre, commence à le lapider de ses poings, de ses griffes, de ses pieds, tout ce qui vient à son esprit blessé, en furie. Le directeur tente de se défendre comme il peut, mais il a tout de même pris quelques sérieux coups avant que son escorte n'intervienne.

Les gorilles s'emparent d'elle par où ils peuvent, mais elle a le diable au corps, et parvient presque à leur échapper. Ménestiot, en se relevant, ayant aperçu du mouvement du coin de l'œil, se met instinctivement en position de défense, prêt à porter un coup si nécessaire. Cependant, en réalisant qui s'apprête à foncer sur lui, voulant continuer à le déchiqueter, il a un instant de recul. Malgré tout ce que l'on peut trouver à dire sur lui, on ne peut pas dire qu'il n'est pas un homme de parole. Et la frapper de nouveau serait un manquement à sa parole. La légitime défense l'absoudrait-elle ?

Il n'eut pas à réfléchir plus loin, ses gardes du corps étant parvenus à retenir la tigresse avant qu'elle n'ait vraiment réussi à se libérer de leur emprise. Il se redresse, furieux et détendu, et s'avance, un pas après l'autre, calmement, vers la mutante, qui a cessé de se débattre, ayant compris que l'étau dans lequel elle était enferrée était bien trop solide pour elle, mais le regard meurtrier. Il la dévisage de longues secondes durant, prenant le temps de laisser son imagination explorer l'infini des sanctions à sa disposition.

Enfin, sa colère retient un sourire inquiétant. Dans un murmure dangereux, il ordonne :

- Assommez-moi ça.

Ce qui vaut à la mutante un énième black-out brutal.