Disclaimer : L'univers des X-Men ne m'appartient pas, je ne gagne aucun argent à publier cette histoire. Laquelle m'appartient, par contre, c'est ma création, ainsi que le personnage de Sandra, et quelques autres sur le chemin. Je mélange allègrement comics (que je n'ai qu'à peine lus), films (depuis les premiers jusqu'aux derniers), le dessin animé « X-Men Evolution », et même la série animée qui l'a précédé, ne cherchez donc aucune fidélité à une référence particulière. Je prends l'univers global, les personnages, la perception que j'en ai en tous cas, et j'en fais un peu ce que je veux, ce qui est aussi le but des fanfictions. Bref, j'assume. Vous aimez, tant mieux. Vous n'aimez pas, tant pis pour vous, merci quand même d'avoir tenté l'aventure !
Attention, en fonction des chapitres, il peut y avoir des mentions de violences sur mineur, ou de la description de violences, pas forcément très prononcées, mais le rating n'est pas anodin. Vous voilà prévenus :)
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- Entre Logan.
Le susnommé ferme la porte derrière lui, fait quelques pas dans le bureau en attendant que le professeur lève les yeux de son livre. Pas que Xavier le dédaigne, mais il aime bien finir sa page dans ce genre de cas. Wolverine le sait, et profite du silence présent pour chercher une bonne amorce au sujet qu'il voudrait aborder.
- Non, aucune évolution depuis ton départ, mon ami, déclare paisiblement le chauve en refermant son livre.
L'autre soupire. Plus par dépit en apprenant cette nouvelle que parce que Charles l'a devancé, une fois de plus. Ça, il y est habitué, depuis le temps. Il avait eu tout le temps qu'il voulait pour boucler sa mission, il espérait qu'à son retour elle soit sortie du coma. En…
- … espérant qu'elle en sorte un jour, complètent en cœur les deux hommes.
Le nouvel arrivant l'avait vu venir, cette fois-ci.
- Ouais, je sais. Mais il n'y a vraiment rien qu'on puisse faire ? Je veux dire, vu tout ce qu'elle en a bavé, déjà rien que sous nos yeux, je me demande si elle aurait voulu qu'on la sauve, si c'est pour se retrouver à l'état de légume.
- Elle pourrait se réveiller à tout moment, Logan, et justement à cause de ce qu'elle a enduré, nous ne pouvons pas lui refuser l'opportunité de revenir.
- Comment ça ?
Xavier marque une pause. Quelque part, il aurait aimé ne pas dévoiler ce détail.
Son côté un peu sur-protecteur, sans doute.
- Tu sais qu'en plus d'avoir puisé dans la mémoire des directeurs de ce lieu immonde, j'ai aussi soustrait des souvenirs à sa geôlière avant que tu ne la détruises.
- Ouais, et bien ?
- Elle voulait mourir, Logan. Elle avait lâché prise, allant même jusqu'à la provoquer pour la mettre en colère et accélérer le processus.
- Elle lui a résisté, pourtant, non ? On l'a vue.
- Et c'est précisément pour cela que nous nous devons de lui laisser la possibilité de revenir. Elle avait abandonné, mais son instinct de survie était encore très vivace. Nous serions cruels, connaissant cette hésitation, de lui refuser le choix de revenir, ou de partir.
- Et vous croyez sincèrement qu'elle voudra nous revoir, après tout ça ?
- Je te l'avoue, je l'ignore. J'espère seulement qu'elle saura trouver la force pour surmonter cette nouvelle épreuve.
- Oh vous inquiétez pas, elle l'a, la force. Faut juste qu'elle le veuille, et ça, c'est pas gagné.
Xavier ne fait qu'acquiescer d'un hochement de tête, troublé.
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Elle est à son chevet depuis un moment, pensive. Pas qu'elles aient été... soient de grandes amies. Mais comme tous les élèves de l'institut, elle se fait du souci pour elle. Elle était... est une bonne camarade, agréable à vivre, serviable et pleine d'un humour si particulier. Mais le professeur leur a raconté, à tous, ce par quoi elle était passé, tout ce qu'elle avait subi. Il avait estimé, au vu de leur attachement à elle, qu'ils méritaient de savoir. Ils devaient aussi comprendre pourquoi elle avait besoin de calme, surtout dans son état. Pas qu'elle ait été maltraitée par Magnéto, mais tous savaient à quel point ses guérisons, à haut niveau, lui coûtaient beaucoup d'énergie. Plus qu'aucun n'aurait peut-être supporté de perdre. Et savoir qu'elle n'avait pas eu vraiment le choix, qu'elle n'avait quasiment eu aucun contrôle sur ses faits et gestes tout au long de ces semaines... Des semaines qui leur avaient paru des années, à eux. Qu'est-ce que ça devait être pour elle…
Et si elle est à son chevet, c'est parce qu'elle se sent responsable, quelque part. Stupidement responsable. Parce qu'elle est plus âgée, elle se considère le devoir de veiller sur les autres élèves. Quoique, à bien y réfléchir, sa camarade n'est pas beaucoup plus jeune qu'elle.
Ce serait peut-être même le contraire. Elle ne s'est jamais vraiment posé la question. Ici, on veille les uns sur les autres, c'est tout. Et elle n'a pas fait vraiment attention à elle. C'est stupide, elle le sait, mais elle ne peut pas s'en empêcher.
Le coulissement des portes lui fait lever la tête. Le nombre des visites autorisées est assez restreint. Mais elle n'est pas surprise de voir la petite Ticia la rejoindre. Elle vient tout juste de rentrer de l'école, et passe la majorité de son temps libre dans cette chambre. Son occupante avait beaucoup d'importance pour elle. Son absence l'avait laissée inconsolable. Absence durant laquelle elle avait fêté son dixième anniversaire.
Sans sa grande sœur adoptive. Le cœur n'avait pas été à la fête, ce jour-là, malgré toutes les tentatives.
Ticia va rejoindre l'autre visiteuse, s'assied à ses côtés, et attend, le regard fixé sur le visage reposant sur l'oreiller blanc.
- Tu crois qu'elle va s'en sortir, Jean ?
- Je ne sais pas, ma puce. Personne ne sait. C'est à elle de décider.
- Mais comment peut-elle décider si elle est tout le temps dans le coma ?
- Ah, mais tu sais, l'esprit est capable de beaucoup de choses. Le professeur Xavier et moi-même en sommes la preuve vivante.
- Et pourtant, vous ne savez pas ce qu'elle va faire.
- Non, parce que souvent, c'est trop compliqué de savoir ce que peut ou ne peut pas faire l'esprit. Ou ce qu'il veut et ne veut pas.
Le silence retombe un moment.
- Moi, je dis qu'elle reviendra, affirme Ticia avec une vigueur toute enfantine et pourtant décidée.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Je ne sais pas. Mais je ne la vois pas franchir le pas, pas encore. Elle n'est pas encore prête, je pense.
- Moi non plus, mais, tu sais, elle a vécu des choses plutôt horribles, pendant son absence. Ça l'a peut-être changée.
- Non. Sandra n'aurait jamais baissé les bras. Elle est forte. Moi je dis qu'elle reviendra.
Jean n'ose pas la contredire, partagée entre espoir fou et résignation rationnelle.
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- Les couloirs sont vides. Les salles de détente délaissées. Les bibliothèques désertées. Les élèves sont tous dans leurs chambres, à faire leurs devoirs. Ils sont… tristes ?
- Ça t'étonne ?
- Je pensais qu'ils le seraient un peu, mais à ce point…
- Xavier leur a dit tout ce qui t'était arrivé.
- Je ne sais pas où il est allé chercher l'exactitude de ses informations mais, quelque part, ça me rassure. Je n'aurais pas à tout décrire quand je reviendrais.
- Si tu reviens.
- Oui, j'avoue, je ne sais pas encore quoi décider. Je pensais avoir touché le fond avec mon père. J'ai trouvé du pétrole au Crem. Et puis, je serais gênée de me retrouver de nouveau avec mes camardes. Ils auraient tous des élans de sympathie, de compassion. Pas de pitié, ils savent que ce serait malvenu. Mais bon.
- Ils ne te veulent que du bien. Ils veulent juste que tu ailles mieux. Ils veulent que tu saches qu'ils sont là pour t'aider si tu en as besoin.
- Je sais, mais leur attention, aussi gentille et bienveillante soit-elle, je ne sais pas si je pourrais m'y faire.
- Et si tu leur faisais confiance ?
- Je leur fais confiance ! Mais ma résistance, ils la verraient comme une force, alors que pour moi, c'est une faiblesse !
- Une faiblesse ?
- Oui, une faiblesse. J'aurais pu... j'aurais dû... Je ne sais pas quoi, mais quelque chose !
- Tu es très pudique, je vois. Tu devrais leur faire confiance, ils le méritent, ils en sont dignes, tu le sais.
- Je sais, mais il n'y a pas qu'eux. Je ne veux pas non plus porter ce fardeau supplémentaire. Déjà que j'ai eu du mal à me défaire du précédent, celui-là est à peine plus léger !
- Pourquoi ?
- Mais... parce que j'ai fait des choix qui ont causé la mort de tas de gens ! Warvan, Flyer, Raven... Flyer qui a été placé en détention à cause de moi, il me faisait confiance, et je n'ai pas pu le sauver !
- Exactement. Tu n'as pas pu le sauver. C'était au-dessus de tes capacités. Pareil pour Raven. Quant à ce scientifique, pouvais-tu prévoir ce que Ménestiot allait faire ?
- Ménestiot ! Je l'ai sauvé, lui ! Comme j'ai sauvé Bergman ! J'aurais dû les laisser aller pourrir en enfer, ces deux-là, ça aurait mieux valu.
- Je t'interdis de dire ça ! Tu n'avais pas le choix ! Si tu les avais laissé mourir, les autres s'en seraient rendu compte, et tu ne serais pas vivante à l'heure qu'il est !
- Ouais, enfin, vivante, c'est vite dit.
- Ça ne dépend que de toi. Et tu n'as pas répondu à ma question : pouvais-tu prévoir que Ménestiot allait tuer Warvan ?
- … Non.
- Dans ce cas, tu n'en es pas responsable. C'était le choix de Ménestiot, pas le tien. C'est également Ménestiot qui t'a imposé de soigner Bergman. Aurais-tu refusé qu'il ne t'aurait pas épargnée.
- Ouais, j'ai un peu pensé à mes fesses, sur ce coup-là.
- Quoi de plus normal ? Mais surtout, par la suite, tu n'as pensé qu'à la protection de tes camarades. Tu pensais que si tu refusais d'obéir, l'école serait mise à feu et à sang. Ton altruisme était beau, sincère, rare, et j'en suis fière.
- Oui, enfin, vois où ça m'a menée…
- À un des plus grands choix dans la vie d'un être humain.
- Oui, enfin, être humain…
- Arrête de pinailler tout le temps ! Nous n'en avons plus beaucoup. Tu n'en as plus beaucoup. Tu ne tiendras plus très longtemps dans cet état. Il va te falloir choisir.
- Encore ?
- Oui, encore. Pour la dernière fois, si tu le souhaites vraiment.
- Si je fais ça, ils vont m'en vouloir.
- Non. Ils seront très tristes, oui, mais ils ne t'en voudront pas. Ils comprendront.
- … Je pensais en avoir fini avec les emmerdes dans la vie, moi, après mon père. Surtout après mon entrée à Xavier. Mais après, il m'est tombé ça sur le coin du nez, et ça tenait bien le menton à mon passé. Je n'ai pas envie de revenir pour qu'autre chose finisse par me retomber sur le nez, et ainsi de suite jusqu'à la fin de mes jours qui est actuellement très proche.
- Tu t'es relevée la première fois, enfant, alors que d'autres, même plus âgés, auraient abandonné. C'est la seule preuve dont tu as besoin pour savoir que tu te relèveras toujours, quoi qu'il arrive.
- Oui, enfin, là, je suis au bord de ne pas me relever, tu remarqueras.
- Nous savons toutes les deux que tu as déjà pris ta décision.
- … Je voudrais juste rester encore un peu, un tout petit peu. C'est si agréable, ici.
- Je sais, mais tu n'appartiens déjà plus à ces lieux. Il faut que tu y ailles.
- … J'ai toujours su que tu étais là, quelque part, tu sais ? Enfin, su... je l'espérais tellement que je m'en suis convaincue.
- Et tu avais raison. Je suis et je serai toujours là. Quelque part, ta conscience veille.
- … Je ferais mieux d'y aller, non ?
- Oui. Prends bien soin de toi. Sois forte, ma Sandra. Je t'aime très fort.
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Après de longs mois de coma végétatif, elle s'était réveillée, à la grande joie de tous. Elle avait eu droit à un peu plus de visites, mais très surveillées. Elle était encore trop faible pour tenir de longues conversations, et avait tendance à en faire un peu trop, voulant satisfaire tout le monde, reconnaissante de leur discrétion dans leur affection. Le calme qui lui était imposé lui convenait. Elle ne se sentait pas très bavarde, ou communicative de quelque manière que ce soit. Ils le comprenaient. Elle l'avait dit.
Doucement mais sûrement, la rééducation physique avait porté ses fruits. Elle pouvait maintenant errer comme auparavant dans le manoir. On lui avait proposé une chaise roulante, pour qu'elle puisse se reposer davantage, mais cela avait déclenché une crise de colère qui aurait pu se montrer très violente sans l'intervention du professeur.
Hormis cela, la vie avait repris tranquillement son cours à l'école Xavier.
Aujourd'hui, elle découvre un nouveau paysage proche de la maison. Une falaise à pic sur la mer. Cela lui rappelle des souvenirs peu agréables, mais ce ne sont pas les pires. Et le coin est vraiment magnifique, surtout avec ce soleil couchant, parant le ciel clair de couleurs chaudes que chassera bientôt la nuit. Perchée au bord du vide fascinant, hypnotisant, elle sent la pression du vent sur son corps, la résistance de ses muscles pour rester debout, garder son équilibre, l'air marin qui fouette ses cheveux, aère ses poumons.
- Encore à traîner toute seule dans la nature ?
Elle se retourne à peine, juste pour voir venir Wolverine, lui indiquer qu'elle l'a bien entendu.
- J'avais besoin de sortir un peu. Les couloirs de l'école me sont devenus trop familiers.
- Ouais, ça peut devenir rapidement étouffant quand on est pas d'humeur.
Ils se taisent, laissent planer le silence un moment, savourant l'instant présent.
- Ça n'a pas été trop dur de revenir ?
La question la fait tressaillir. Elle aurait voulu ne pas en parler. Mais le lien entre eux permet ce genre de confidence.
- Si. J'ai hésité jusqu'à la dernière minute.
- Pourquoi t'es pas restée, alors ?
- Parce que je me suis dit que j'allais louper une merveilleuse occasion de me faire dorloter et de vous pourrir la vie en même temps, le tout légitimement. Je ne pouvais pas passer à côté de ça ! Plaisante-t-elle.
- J'en étais sûr, une emmerdeuse de première ! réplique-t-il. Nan, mais, sérieusement ?
- … Je me suis souvenue de quelques mots, un vieux conseil qui était trop douloureux pour que je veuille y penser. Un conseil précieux, pourtant.
- La preuve, tu es de retour parmi nous. Je peux te demander ce que c'était ?
Elle marque une pause, notant qu'il lui a délicatement laissé toute latitude pour ne pas lui répondre.
- Ma mère qui me disait d'être forte.
- Elle a tôt su ce dont tu aurais besoin, hein ?
- Très tôt, oui.
Le silence revient, et dure, paisible, flottant avec les mouettes au gré des courants d'air.
- On ferait mieux de rentrer, la nuit ne va pas tarder à tomber, et tu n'es plus aussi véloce qu'avant.
- C'est ça, fichez-vous de moi ! J'ai fait d'énormes progrès cette semaine !
C'est en riant qu'ils tournent les talons.
Après deux pas, elle se retourne à moitié, impassible, fixe le bord de la falaise, le bord de la plage de galets qu'elle aperçoit en bas, la mer qui va et vient, courtisane tentatrice.
Elle reprend sa route, marchant jusqu'à se retrouver définitivement sur le chemin de terre ferme, vers l'école, vers ses amis.
Une silhouette de vent et d'écume semblait lui faire un geste de la main.
Un geste d'appel. Un geste d'au revoir.
FIN.
