Disclaimer : Tout ce que vous reconnaissez de l'univers … stop … appartient à Disney … stop … Rien ne m'appartient … stop … Mon seul salaire sont vos reviews … stop … Les corrections sont de chris87 … stop … Ce disclaimer s'autodétruira dans 5 secondes … stop … 5 … stop … 4 … stop … 3 … stop … 2 … stop … 1 … stop … Bonne lecture ! (Vous avez vraiment cru que j'allais détruire un disclaimer pareil ? mdrr)
Chapitre quatrième
POV Shane
Je crois que je suis en plein cauchemar… Mitchie a un passif amoureux très lourd et je comprends mieux sa réticence à me présenter à sa famille. Elle n'en a probablement pas conscience naturellement mais elle a sûrement peur que l'histoire se répète. Sauf que je la chasserais du royaume pour vivre heureux avec une de ses sœurs… Comme si ça m'était possible. Elles sont toutes jolies à leur manière bien sûr mais chez Mitchie, il y a une chaleur et une bonté que je ne retrouve dans aucun regard de sa famille. Pour ne pas la mettre de mauvaise humeur, j'accepte qu'on continue notre visite de sa ville. C'est fou le nombre de métier qu'elle a exercé pour ne pas rester trop longtemps dans sa famille. A priori, elle n'y allait que pour se laver et y dormir… Un peu comme chez la famille de son amie Madeline à bien y penser. Je souris à cette idée alors qu'elle me raconte qu'elle a été maîtresse nageuse à la piscine malgré son aversion pour ce lieu. Serveuse, maître nageur, barmaid, vendeuse, monitrice de colo, professeur de musique, mascotte, taxi au besoin pour la maison de retraite, elle me raconte même qu'elle a une fois ou deux aidé les paysagistes de la ville à planter les fleurs au bord des routes.
« - Tu sais, je dis quand elle me propose qu'on fasse un peu de shopping, tu devrais apprendre à te détendre.
« - Comment ça ?
« - Plus je t'écoute me faire la liste des métiers que tu as exercé et plus je me rends compte que tu ne sais pas te reposer.
« - Dit l'homme qui m'offre un monde à conquérir, pouffe-t-elle avant de venir me voler un baiser. J'ai conscience de te donner l'impression d'avoir beaucoup travaillé, mais je ne vivais à cette cadence qu'un mois par an, ne l'oublie pas.
« - Et l'année que tu as passé à Saint-Thaumasie alors ?
« - Je n'avais pas le choix, c'était différent, je tenais à gagner mon visa définitif seule. Maintenant que je l'ai, tu noteras que j'essaie simplement d'être occupée quand tu l'es. Le reste du temps, je suis tout à toi. Sinon comment expliques-tu le nombre d'heure que j'ai passé chez toi ? Ou dans la clairière ?
« - C'est vrai mais je me demande si tu sauras rester des heures entières assise à un bureau pour gérer des dossiers.
« - Tu y arrives bien, pourquoi n'en serais-je pas capable ?
Je ris à sa déduction et je me penche pour l'embrasser en admettant qu'elle vient de marquer un point et de taille. Et puis mère a trouvé le moyen de concilier son travail de reine et son besoin d'exercice, Mitchie y parviendra. J'en suis persuadé. Je la suis quand elle me montre une boutique qui fabrique des objets déco avec du bois. Uniquement du bois. Je ris quand elle admet y avoir travaillé quelques jours et salue le propriétaire qui lui demande si elle vient chercher du travail. Elle sourit et assure qu'elle est en vacances dans le coin puis on commence à fouiller les rayons sans vraiment rien trouver. On ressort en saluant l'homme en caisse puis on entre dans une boutique dédiée à la cuisine. Il ne lui faut que quelques minutes pour dénicher un livre de cuisine qu'elle offrira à Eriq le père de Madeline, ainsi que des trucs qui me le précise-t-elle, seront parfaits pour Théa, sa patronne. On passe en caisse et on sort de la boutique quand elle se tend soudainement. Une seule explication, un membre de sa famille… Encore ! Une jeune femme, plus âgée que ma fiancée, c'est évident, s'approche le regard victorieux et Mitchie lâche ma main. Ce geste ne me plaît pas et je reprends ses doigts avec douceur. Qu'importe qui est cette femme, je ne te lâche pas mon amour. Voilà ce que veut dire mes doigts entre les siens.
« - Ça alors ! Michelle Sanchez est de retour, raille une voix désagréable à mon oreille. Oh mais dis donc, il est mignon celui-là, ajoute-t-elle à mon intention. Comment tu t'appelles ?
« - Shane, je réponds simplement avant de fixer ma fiancée qui grommelle dans sa barbe.
« - C'est la cousine de Suzie, Meggie.
« - Enchanté Shane, me sourit-elle. Tu n'es pas d'ici. Ton accent a un côté britannique, je me trompe ?
« - Non, je mens. Je vis à Londres habituellement.
« - Ah c'est donc là-bas que tu t'es exilée, lance-t-elle à Mitchie avant de me regarder. Si tu veux Shane, je peux te faire visiter la ville ? Je serai ravie de jouer les guides touristiques, déclare-t-elle en glissant son bras sous le mien.
Je veux me dégager mais Mitchie a été plus rapide et à en croire la grimace de Meggie, elle n'y est pas allée de main morte ! Elle se tient le poignet comme s'il avait été tordu.
« - Tu devrais te faire soigner ma pauvre fille !
« - Ne t'approche pas de Shane !
« - Et pourquoi pas ? Tu sais très bien que je suis plus âgée que toi et que j'ai naturellement la priorité, dit-elle avec satisfaction.
« - Peut-être dans cette ville et cette famille mais dans la réalité pauvre tâche, tu n'as aucun droit sur personne et si tu reposes la main sur mon petit ami, tu pourras débattre de la question avec Connie ! Ne me cherche pas Meggie, je ne suis plus la petite fille facile à manipuler que tu as connu !
« - Que tu crois mais c'est à Shane de choisir, pas à toi petite dinde ! Shane, ajoute-t-elle avec une voix toute douce. Avec qui veux-tu visiter la ville et plus si on se plaît ?
« - Continuons la visite mon amour, je dis en fixant ma fiancée qui sourit.
« - Ok, allez viens je t'emmène boire le meilleur chocolat de la ville, sourit-elle avec triomphe.
Je m'éloigne en fusillant la cousine Meggie du regard et quand on est assez loin, je note que ma fiancée perd sons sourire. Elle ne dit rien durant deux boutiques, se contentant de regarder plusieurs choses sans lien et je finis par avoir besoin de réponses.
« - Ta famille est vraiment étrange. Qui a décidé cette règle de priorité au juste ? Steve ?
« - Suzie en me volant Nate. Et Steve a confirmé que ça se faisait en applaudissant sa putain de fille.
« - Je n'aime pas entendre ce genre de langage dans ta bouche, j'admets en regardant un vase étrange.
« - Dis-moi comment appeler une femme qui couche avec un mec contre des cadeaux, me demande-t-elle en se plaçant face à moi.
« - Fille ou femme de mauvaise vie ? Fleur de macadam ? Marchande d'amour, je suggère en lui rendant son regard.
« - Femme de mauvaise vie me plaît bien. Ça fait poétique et la présence du mot « mauvaise » me plaît beaucoup, sourit-elle satisfaite. Donc Steve a admis que c'était la règle en acceptant que Suzie sa fille de mauvaise vie, vienne chercher son nouveau mec dans ma vie… Shane ? Maintenant que tu commences à connaître cette famille, dis-moi franchement… Pourquoi devrais-je adopter ce gamin ? Qui voudrait être liée à une famille pareille ?
« - Un enfant qui n'a plus de parents, je réponds sans réfléchir. Pense à tous les enfants de l'orphelinat. Chacun d'eux voudrait avoir la chance d'être adopté, d'avoir une vraie famille même si elle n'est pas parfaite.
« - Je sais mais moi je ne veux pas de ce lien, si j'acceptais de m'occuper de cet enfant, toutes les démarches entreprise cette année pour ne plus faire partie de cette famille ne serviront plus à rien. Il sera un Sanchez pour toujours… Et moi aussi. Je redeviendrais Michelle Sanchez. Cette femme tellement faible qu'elle laisse sa famille faire d'elle la poupée qu'ils veulent. Son petit ami ? Elle laisse ses sœurs le lui prendre sans se défendre. La plus âgée meurt, elle accepte d'élever ses enfants sans rechigner… Je ne veux pas. Je ne pourrais plus me regarder en face.
« - Prend le temps d'y réfléchir jusqu'à demain, d'accord ?
Elle me fixe sans rien dire pendant une minute puis hoche la tête mais je vois dans son regard que sa décision est déjà arrêtée. Elle va refuser de s'occuper de l'enfant de sa grande sœur… Je comprends ses raisons, mais cet enfant est innocent. Va-t-elle réussir à vivre sans jamais regretter sa décision ? Je veux lui poser la question mais je suis stoppé dans mon élan par une femme qui appelle ma fiancée. Décidément ! Elle s'arrête et regarde la nouvelle venue nous rejoindre. Grande, blonde et musclée, elle a une grosse doudoune qui lui donne l'air d'avoir une tête et des jambes trop petites pour la soutenir. A coté d'elle, un homme aux cheveux bouclés, les yeux marrons, un collier de barbe, habillé comme un mannequin… Dommage qu'il sente l'alcool à plein nez.
« - Leslie.
« - Mon Dieu ! Je ne pensais pas que tu reviendrais un jour.
« - Suzie va mourir, dit-elle simplement.
« - Je sais mais tu n'es même pas revenue pour ta propre mère !
« - On ne m'a pas laissé le choix cette fois-ci.
« - C'est ton nouveau petit ami ? Plutôt mignon, mais je préfère l'ancien, dit-elle en prenant le bras du bellâtre qui ne dit rien.
« - Le fameux Nate, je demande à ma fiancée qui hoche à peine la tête en les regardant avec dédain et dégoût.
« - Quoi ? Enfin, tu es partie, la loi qui interdit de toucher aux exs de ses copines ne s'appliquent pas quand la copine quitte le territoire américain.
« - Je n'ai rien dit mais finalement je suis contente que Suzie l'ai séduite… Quand je vois ce qu'il devient, je me sens chanceuse de ne pas finir avec une épave qui pu la weed. Bonne chance ma petite, je crois que tu vas en avoir besoin… Pense à cacher ton fric, assène-t-elle moqueuse. Et si on continuait demain ? Il y a trop de monde de sortie aujourd'hui, dit-elle en me fixant.
« - Je suis d'accord. Allons dîner, il va être l'heure.
Ce n'est pas totalement exact mais je me doute qu'elle doit être de plus en plus tendue à retrouver tout son passé. On salue rapidement le couple d'amoureux face à nous et j'éloigne ma fiancée en prenant sa main. On ne parle pas tant qu'on n'a pas trouvé où dîner et quand on est assis dans un restaurant ou miracle, elle n'a pas travaillé, je la regarde avec douceur.
« - Comment te sens-tu ?
« - Libérée… Quand je vois ce qu'ils deviennent tous, soupire-t-elle. Mon ancienne meilleure amie sort avec mon ex qui, n'ayons pas peur des mots est une véritable déchet, Suzie va mourir, Meggie n'a rien de stable dans la vie, Steve s'est remarié avec ma maîtresse, Morgan se force à être dans une relation hétéro alors qu'elle aime les femmes et Jeanne va passer le reste de sa vie à travailler avec son papa… C'est encore mieux que ce que j'espérais pour cette famille de déglingués… Quand je suis partie chez Madeline, je leur ai souhaité d'être malheureux pour le restant de leurs jours. Je voulais qu'ils souffrent de savoir qu'à cause de leur égoïsme, je serais malheureuse toute ma vie mais au final, je m'en sors mieux qu'eux. Je ne roule pas forcément sur l'or mais le peu que j'ai, je l'ai obtenue seule. J'ai un toit sur le tête, un travail sympa et créatif, une famille adoptive sur qui je peux compter et un fiancé adorable. La seule chose qui manque ce sont deux chiens pour m'accompagner partout, pouffe-t-elle.
« - Tu ne regrettes rien ?
« - Non. Ni d'être partie, ni d'être revenue une dernière fois pour voir ce qu'ils deviennent. C'est méchant et tu auras sans doute une mauvaise image de moi suite à cet aveu, mais je suis contente de savoir qu'aucun d'eux ne sera jamais vraiment heureux. Après ce qu'ils m'ont fait subir, je trouve que le karma bosse bien. Bonsoir, dit-elle au serveur qui vient de nous rejoindre. Je vais prendre votre menu noël.
« - Bien mademoiselle. Et pour monsieur ?
« - Même chose, ça m'a l'air bien.
Il acquiesce et s'éloigne alors que je lui demande ce qu'elle veut faire demain. Elle soupire longuement et m'annonce, qu'elle va aller dire adieu à Suzie, lui annoncer qu'elle refuse de s'occuper de son fils et qu'avec mon accord, elle rentrera chez elle.
« - Vas-tu m'en vouloir si je contacte les services sociaux pour ce petit Baptiste ?
« - Si tu juges nécessaire de faire un signalement, je ne t'en empêcherais pas et je ne t'en voudrais pas. Tout ce que je te demande c'est de ne pas me forcer à m'occuper de ce morveux !
« - Promis, je dis en cachant ma déception.
Je comprends sa réaction mais ça me désole de savoir que cet enfant innocent va grandir au milieu de gens si perturbés. Je ne peux rien faire hélas pour lui, enfin rien de plus que signaler que l'enfant sera en danger s'il reste vivre dans cet environnement. Notre dîner arrive et je change de conversation. Puisqu'elle a décidé de partir demain, autant en profiter pour visiter une ville incognito. A force de discussion, on se décide pour New York, j'ai envie de visiter la Grosse Pomme avant mon couronnement. Ça me laisse dix ans au bas mot mais quand aurais-je de nouveau l'occasion de vivre comme un citoyen lambda ? Mitchie insiste pour régler l'addition et pendant ce temps, je réserve une chambre d'hôtel et un vol pour qu'on soit à New York demain soir. On ne fera probablement pas grand-chose hormis voyager mais c'est toujours ça de gagner… Et c'est idiot mais je me dis que loin de nos familles, on pourra peut-être enfin faire davantage que s'embrasser entre deux rendez-vous.
Quand on rentre chez les Sanchez, il est vingt-deux heures et je note que personne ne nous a attendu. Bon ok nous non plus n'avons pas attendu d'être rentré pour dîner mais bon. Je ne pouvais prévenir personne, je n'ai aucun numéro. Mitchie déclare qu'elle va se laver et je la suis même si je monte dans notre chambre pour réfléchir à tout ça. Seulement avant même que je ne puisse m'asseoir pour faire le tri, on frappe doucement à la porte et j'observe Sandra passer la tête dans l'entrebaillement.
« - Je peux entrer quelques instants ?
« - Si c'est pour voir Michelle, ce n'est pas nécessaire, elle se lave.
« - Ça la concerne mais je sais qu'elle refuse de me voir, avoue-t-elle. Je ne sais pas si… Quand Connie est partie l'an dernier, ses sœurs et son père ont… Ils lui en ont tellement voulu qu'elle ne soit pas venue, qu'ils ont décidé de vider sa chambre et de jeter toutes ses affaires. Je n'ai pas pu sauver grand-chose mais il paraît qu'elle adorait la photographie. J'ai pu sauver son appareil et quelques autres trucs qu'elle voudra peut-être récupérer, dit-elle en me tendant une petite boite en carton.
« - Vous vivez ici ?
« - Connie était au courant pour notre liaison, je pense qu'elle a su pour chaque écart de son mari mais elle a choisi de fermer les yeux et… Quand elle est entrée à l'hôpital pour la dernière fois, Steve m'a proposé de venir vivre ici. J'ai refusé par respect pour elle mais je passais mes journées ici. C'est comme ça que j'ai assisté au saccage de la chambre. Elles ont essayé de tout casser et je n'ai au final pas pu sauvé grand-chose.
« - Sandra… Vous aimez Michelle, n'est-ce pas ? Enfin, plus que ses sœurs l'aiment.
« - Je ne connais pas toute l'histoire mais de ce que j'en sais, Michelle a souffert en vivant ici et…
Je soupire quand elle n'ajoute rien et je décide de lui raconter dans les grandes lignes le drame qui s'est joué sous ce toit. A plusieurs reprises, elle écarquille les yeux comme choquée par l'attitude de l'un ou de l'autre et quand je clos mon histoire, elle soupire longuement.
« - J'ignorais tout ça… Je comprends qu'elle en veuille à tout le monde. A sa place, qui pourrait pardonner une telle trahison au sein de sa famille ? Et pour répondre à ta question, j'ai toujours eu de l'affection pour cette jeune femme qui avait décidé d'affronter sa famille et de quitter la ville pour ses études. Steve criait partout que sa fille Michelle irait loin, qu'elle changerait le monde, qu'il était bien plus fier d'elle que des autres qui se contentaient de lui obéir, dit-elle soudainement. C'est ce qui m'a fait aimer cette jeune fille qui n'avait pas peur de quitter toute sa vie pour aller étudier à l'Ivy league. C'est aussi ce qui m'impressionne tant chez elle. Son courage qui semble être à toute épreuve.
Elle veut ajouter autre chose mais la chambre s'ouvre sur Mitchie qui perd son sourire dès qu'elle voit Sandra. Pourtant elle n'est pas aussi glaciale qu'avec le reste de sa famille. Elle se contente d'un simple « Sandra » avant de prendre sa valise pour commencer à la faire.
« - Vous repartez bientôt ?
« - Demain, j'admets. Nous irons voir Suzie une dernière fois avant notre départ.
« - Très bien. Passez une bonne nuit alors. A demain matin.
Elle s'en va sur ces mots et dès que la porte est fermée, je vois ma fiancée poser sa valise au sol avant de s'asseoir sur le lit
« - Que voulait-elle, demande-t-elle l'air de s'en moquer.
« - Me donner ça. Ça t'appartient, je précise en posant la boite en carton devant elle. Je vais me laver. A tout de suite.
Elle hoche la tête en observant la boite et je quitte le chambre en me demandant si elle va ou non l'ouvrir. Je l'ai volontairement laissé seule au cas-où elle voudrait savoir ce qu'il y a. Je sais que j'ai bien fait à la seconde où je reviens dans la chambre. La boite est ouverte et ma fiancée a un appareil photo devant son visage. Elle fait mine de prendre une photo puis sourit en reposant l'appareil sur le drap. Elle sort un tas de photo et les regarde en les jetant en deux tas bien distinct.
« - Tu les tries ?
« - Oui ça poubelle, dit-elle en jetant une photo d'elle et sa famille, ça aussi… Non celle-là je garde, ce sont mes grands-parents. Oh et ça, c'est ma chambre à Princeton, dit-elle en me tendant une photo que j'observe attentivement. Ça c'est Madeline et moi à la fin de notre première année d'université… Mon dieu on s'habillait n'importe comment pourvu qu'on soit à la dernière mode, pouffe-t-elle.
J'observe la photo en souriant. Elles ont exactement la même jupe, et probablement le dernier top à la mode. Elles font toutes les deux une grimace en fixant l'objectif et je pose la photo dans le tas qu'elle garde avant de prendre celle qu'elle jette. C'est la photo d'une femme qui lui ressemble étrangement.
« - C'est ta mère, je demande surpris par cette ressemblance.
« - Quoi ? Ouais, la femme a qui je dois la vie, il paraît.
« - Tu lui ressembles de manière troublante.
« - Il paraît oui, dit-elle en regardant la photo à peine une seconde… Elle disait souvent qu'elle voulait voir ses filles faire ce qu'elle n'avait jamais pu faire elle-même. Suivre leurs rêves où qu'il les mène, ajoute-t-elle d'une voix douce. Je me demande ce qu'elle penserait si elle voyait ce que vivent ses trois filles préférées.
« - Je suis certain qu'elle doit être davantage fière de toi qui n'a pas hésité à tout plaquer pour vivre la grande aventure et le grand amour, je dis taquin.
« - Possible ! Ou alors elle me maudit parce que j'ai quitté le nid sans jamais me retourner.
« - Je préfère penser qu'elle est fière de toi… S'il te plaît, gardons cette photo, pour que nos enfants voient à quelle point leur grand-mère était belle.
« - D'accord, soupire-t-elle en prenant la photo pour la jeter avec celles qu'elle garde… Mon dieu c'est Croquette le chat… Sale bête !
Je fixe la photo amusé. J'ai entendu parler de Croquette, un chat errant qui se baladait sur le campus de Princeton. Mitchie allait le nourrir tout en se plaignant du fait qu'il puait. Pourtant, tous les jours, elle lui apportait des croquettes, de l'eau fraîche et parfois de la pâtée. Jusqu'au jour où il n'est plus venu quand elle l'appelait. Elle l'a retrouvé une semaine plus tard, cachée dans un buisson avec cinq bébés qui le tétaient.
« - Tu sais, elle est peut-être encore sur ce campus, avec de nouveaux bébés.
« - Impossible ! Madeline et moi avons passé une nuit complète à attraper cette maudite bestiole pour la faire stériliser afin qu'elle puisse continuer sa vie de chat solitaire sans que les mâles lui tombent dessus.
Je ris parce que ça ressemble à ma fiancée qui s'est occupée l'an dernier d'un faon sauvage qui venait de perdre sa maman. Machinalement je prends le paquet qu'elle jette et je note que ce sont principalement des photos de sa famille. Je souris en la voyant poser avec le fameux Nate. Je ne m'attarde pas sur lui naturellement mais sur la jeune femme magnifique à ses côtés. Un chapeau de noël sur la tête, un manteau épais, elle sourit le regard brillant et les joues rouge alors qu'il pose un baiser sur sa joue. Je fais rapidement le tour de ce gros paquet de j'observe l'autre nettement moins épais. J'observe la première photo qu'elle a décidé de garder et je fais connaissance avec ses grands-parents je suppose puisque ce sont deux personnes âgées sur le cliché pris en noir et blanc.
« - C'est un choix artistique ?
« - Non un principe. Mamie détestait se voir en couleur sur les photos. Selon elle, on est nettement plus beau en noir et blanc qu'avec un tas de couleurs qui vous agressent les pupilles. Celle-là a été prise le jour où je leur ai annoncé que j'intégrais Princeton, ajoute-t-elle en me montrant une autre photo d'eux. Et celle-ci c'est le jour de mon arrivée sur le campus.
Une à une, elle me parle des clichés que j'observe et quand elle a terminé de tout trier, elle prend le paquet contenant des photos de sa famille et quitte la chambre. Curieux, je la suis et arrive au salon juste à temps pour la voir jeter les photos sur la table.
« - Je n'aurais aucune besoin de me rappeler de vous, je vous laisse ces photos, gardez-les, brûlez-les, faites-en des confettis, peu m'importe. Merci Sandra d'avoir gardé ça au cas-où j'aurais voulu les récupérer, ajoute-t-elle moins froidement.
Elle se tourne, sursaute en me voyant et secoue la tête avant de remonter dans sa chambre alors que Steve prend les photos pour regarder les clichés. Je veux rester et leur demander pourquoi personne n'a jamais songé à dire à Mitchie les mots « Je suis désolée. Je comprends ta colère » mais je n'ose pas. Même si ma fiancée clame haut et fort qu'elle se moque de leur existence, je sais qu'entendre ces mots lui ferait un bien fou. Ça lui permettrait peut-être de partir sur de bonnes bases.
« - Shane, tu devrais les garder pour elle.
« - Vous savez Sandra, je pense que tant que personne de sa famille ne se sera excusé pour le mal qu'ils ont fait, Mitchie ne voudra de souvenirs de cette famille. Voir ces photos ne ferait que raviver la douleur de la trahison ressenti plus jeune.
« - Pourquoi devrait-on s'excuser, s'étonne Steve complètement perdu. On n'a rien fait de mal !
« - Vous avez laissé votre fille aînée coucher avec le petit ami de sa sœur. Vous avez caché la vérité à Mitchie durant des mois, quand elle l'a découvert, de la pire façon soit dit en passant, vous n'avez fait qu'admettre être au courant et cautionner les actes de Suzie. Vous avez trahi sa confiance et l'idée qu'elle avait de la famille en quelques minutes. Rien que vous ça, vous devriez au moins présenter vos excuses. Vous et vos trois filles. Sandra ne faisant pas encore partie de la famille, elle n'a pas à se prêter à cet exercice.
« - C'est ridicule ! Je ne vais pas présenter mes excuses à une de mes filles ! Ni obliger les autres à s'excuser auprès de leurs sœurs.
« - Ce serait idiot, il faudrait que vos excuses viennent de vous pour valoir quelque chose mais… Nous partons demain et je doute que vous revoyez Mitchie un jour… Bonne nuit, j'ajoute d'une voix neutre.
Je n'ai pas voulu leur faire la leçon, ni jouer les princes moralisateurs mais je sais que même si elle les repousse, les entendre dire qu'ils sont désolés de la peine qu'elle a eu, lui ferait du bien. Ça ne la fera pas revenir mais peut-être qu'elle voudra donner et prendre de leurs nouvelles dans quelques temps. Quand j'arrive dans la chambre, Mitchie est en train de tout ranger dans sa valise signe qu'elle est décidée à partir demain.
« - Merci, dit-elle sans se retourner pour me faire face. J'ai entendu ce que tu as dit. Enfin le début, quand tu as souligné que je ne voudrais pas de souvenirs d'eux tant qu'ils n'auront pas dit qu'ils étaient désolé… Je ne suis pas restée bien sur, je n'ai même pas entendu la fin de la phrase de Steve, dit-elle d'une voix lointaine, mais… Merci d'avoir eu cette pensée… Tu es le premier à le suggérer sous ce toit.
Curieux, je m'approche et la prend dans mes bras pour noter qu'elle se retient de pleurer. Je ferme les yeux une seconde puis je la serre contre moi en lui suggérant de pleurer si elle en a besoin. Nous sommes seuls, je ne la jugerais pas.
…
Je ferme ma valise et appelle mon chauffeur qu'il vienne nous chercher pour nous emmener à l'aéroport. Je suis ma fiancée dans l'escalier. Nous avons pris notre petit-déjeuner avec tout le monde mais personne ne lui a adressé la parole hormis Sandra et ce constat me blesse probablement plus qu'elle. Pourtant, je n'ai rien dit, j'ai fait comme elle, je me suis contenté d'avaler mon petit-déjeuner en écoutant la conversation de tout le monde. Au moment où elle tend la main pour ouvrir la porte, Sandra nous rejoint et je sourcille presque.
« - Michelle ?
« - Quoi ?
Je note qu'elle est moins froide avec elle qu'à notre arrivée mais je ne dis rien, ne voulant pas la voir se refermer une nouvelle fois. Je crois qu'elle a espéré des excuses en revenant et qu'elle est blessée que personne n'ai fait cette démarche.
« - Je voulais te dire combien j'étais désolée. Pour ce que ta fait ta sœur aînée bien sûr mais aussi pour avoir accepté les avances de ton père le sachant marié à l'époque.
« - Ne vous excusez pas pour ça. Si vous lui aviez dit non, il aurait simplement été voir une autre nana et… Merci. Vous n'avez pas à être désolée, vous n'étiez pas au courant donc inutile de repenser à tout ça.
« - Est-ce que… Voudras-tu qu'on te prévienne quand Suzie partira ?
« - Non. Ni elle, ni les autres. Je ne compte pas assez pour eux pour avoir droit à un peu de respect alors je ne veux pas de leurs nouvelles. Je leur ai laissé une chance de renouer le contact, aucune n'a tenté de me tendre la main.
« - J'ai essayé, se défend Jeanne en arrivant du salon. Quand tu es arrivée, je t'ai pris dans mes bras ! Shane peut le confirmer !
« - Encore une fois tu ne comprends rien Jeanne ! Tu ne vois pas plus loin que le bout du nez de ton père, réplique Mitchie en la regardant avec condescendance. Je me contrefous des câlins et des cadeaux ce que j'ai follement espéré en revenant voir Suzie avant qu'elle ne meurt, c'était de voir des regrets dans vos yeux ou d'en entendre dans vos voix. Entendre simplement un « je suis désolée de t'avoir caché que notre garce de sœur avait séduit ton mec » aurait suffit mais vous n'avez pas assez d'empathie pour comprendre la démarche alors arrêtons tout ici. On ne fait plus partie de la même famille. Inutile d'écrire à Madeline, je vais la prévenir qu'elle doit jeter toutes les lettres qui viendrait d'ici. Vous n'êtes plus rien pour moi ! Allons voir Suzie que je lui annonce que je refuse de m'occuper de son rejeton et quittons les US, ajoute-t-elle en me fixant.
« - Comment ça, demande Sandra inquiète.
« - C'est la seule raison pour laquelle cette fille de mauvaise vie m'a demandé de revenir. Pour que j'accepte de m'occuper de son rejeton à sa mort. Elle non plus n'a pas souhaité me revoir pour s'excuser du mal qu'elle a fait, elle voulait simplement que sa petite sœur lui rende service en comptant sur le fait que je me sentirais triste de sa mort soudaine mais ça ne me fait absolument rien alors…
Elle quitte la maison sur ces mots et je soupire. Je demande à Sandra de veiller sur le petit Baptiste et je me tourne vers ma copine qui est face à notre chauffeur. Elle discute avec lui et quand je l'entends rire de bon cœur, je ne peux m'empêcher de sourire à sa joie de vivre.
« - J'avais oublié combien j'aimais entendre son rire, soupire Jeanne d'une voix triste.
« - Tu devrais lui dire le temps qu'il en est encore temps, je déclare en quittant la maison.
Je rejoins ma future épouse sans qu'on essaie de la retenir et bientôt on quitte la rue. Je souffre de avoir qu'à cause d'une fierté mal placée, une famille se déchire de manière définitive. Notre premier arrêt est l'hôpital et je suis Mitchie à travers les étages. Elle frappe et entre dans la chambre pour noter qu'il y a Morgan. Je songe qu'elle va ressortir mais elle jette à peine un regard à son autre sœur aînée.
« - Je suis venue t'annoncer que je refuse de m'occuper de ton gamin. T'as deux autres sœurs qui ont désespérément besoin de briller à ton regard arrange-toi avec elles ou fais-le adopter, donner-le à manger à des loups peu importe ! Je n'ai aucune envie d'élever le gamin que tu as fait avec le type avec qui je sortais. Mais ne t'en fais pas, j'ai bon cœur, j'ai écris une lettre à Nate pour l'avertir qu'il était papa. J'espère vraiment qu'il viendra réclamer la garde de votre fils. Tu pensais que ton gamin serait malheureux en grandissant dans ta famille toxique ? Imagine la vie de merde qu'il aura en grandissant avec un junkie qui le vendra pour se payer sa dose, dit-elle avec une cruauté qui me laisse sans voix. Adieu Suzie et surtout torture-toi bien en te demandant si je bluffe ou non ! Bye !
Elle ressort de la chambre sans rien ajouter et je la suis des yeux en me demandant si je suis vraiment prêt à épouser une femme aussi cruelle. Qu'elle refuse de prendre Baptiste, je peux le comprendre mais qu'elle veuille torturer les derniers jours d'une femme sur le point de mourir, c'est horrible !
« - Rassure-toi, elle n'a pas écrit cette lettre et je veillerais à demander aux services de l'enfance qu'ils gardent un œil sur Baptiste, je dis mal à l'aise. Au revoir.
« - Merci Shane et dis à Michelle que je comprends sa réaction. Je comprends toutes ces réactions.
Je hoche la tête mal à l'aise et je quitte la chambre en les saluant. Je retrouve ma fiancée dans la voiture qui me fixe apeurée. Je demande au chauffeur qu'on rejoigne l'aéroport et je souffle lentement pour garder mon calme avant de la fixer.
« - Pourquoi as-tu dit ça ? Nous savons tous les deux que tu n'as pas écrit cette lettre et qu'elle n'avait pas besoin de ce genre de torture. A ce propos je l'ai averti que c'était des mensonges !
Elle hoche la tête et regarde dehors sans rien répondre alors que j'ai besoin de comprendre pourquoi elle a fait ça ! Elle n'est pas cruelle ! Je peux comprendre et pardonner ses mensonges toute cette année, la froideur qu'elle a témoigné à sa famille et même son refus de s'occuper de l'enfant de sa sœur et son ex, mais cette femme cruelle, je ne la connais pas et je ne veux pas la connaître.
« - Je ne veux plus jamais avoir de leurs nouvelles. Je devais frapper fort et faire mal pour que plus jamais je n'ai de leurs nouvelles ! Qu'ils s'imaginent que je sois devenue tellement cruelle et aigrie qu'ils ne soient plus jamais tentés de m'écrire pour m'annoncer la mort prochaine de l'un ou de l'autre. Je ne veux plus jamais revivre un week-end comme ça… Je veux rentrer à Saint-Thaumasie et retourner travailler à la Fabrique !
« - Et New-York ?
« - Quel homme saint d'esprit voudrait passer du temps avec moi alors qu'il a vu la pire version de moi-même ?
« - Justement, on a besoin de parler de ce voyage alors autant le faire dans une ville neutre. Nous rentrerons après !
« - Très bien, si c'est ce que tu veux, faisons ça, dit-elle simplement.
Je m'aperçois qu'elle ne m'a plus regardé depuis qu'on a quitté l'hôpital et je me demande ce que me cache cette distance.
Le vol jusqu'à New-York est une torture. Nous sommes en première classe et si nous sommes assis l'un à côté de l'autre, à aucun moment elle ne me regarde ou ne me parle. Je n'ai aucun geste tendre pour elle. Je n'y arrive pas pas après ce qu'elle a dit à sa sœur aîné. Même si c'était pour se protéger, elle n'avait pas besoin d'aller si loin. Le fait d'avouer à Sandra que Suzie ne veut pas qu'ils élèvent son fils était suffisant. Je regarde ma fiancée mais elle a le regard fixe, perdu dans le dossier du siège devant elle. Elle ne pense pas, elle est tendue à l'extrême comme si elle attendait le verdict de son procès et je me demande ce qu'elle imagine. Peut-être est-elle en train de se dire que je vais rompre nos fiançailles à présent que j'ai rencontré Michelle Sanchez et je ne peux pas la rassurer parce que j'y ai pensé. J'y pense encore pour être honnête, je ne suis pas certain de vouloir d'une épouse aussi cruelle. Pourtant elle m'a prévenue à plusieurs reprises que la Michelle restée au USA était glaciale et n'aurait aucune limite face à sa famille. Je ne devrais pas la repousser alors que je me rappelle qu'elle me l'a dit plusieurs fois. Même dans l'avion qui nous a amené ici. Même dans la voiture à l'aller… Pourtant je n'arrive pas à accepter sa cruauté face à Suzie. L'avion se pose et on récupère nos valises avant de rejoindre, une nouvelle voiture qui nous amène à l'hôtel où j'ai réservé une chambre au nom de Sanchez, afin que ma mère ne soit pas au courant de cette étape dans notre voyage. On est supposé rester avec la famille de Mitchie jusqu'à noël après tout.
« - Bon, je dis quand on est enfin seul dans la suite, si on reparlait de la scène que tu as joué à… Mitchie, je l'appelle en la voyant se tendre. Mon amour, j'ajoute plus doucement en m'approchant pour me mettre face à elle.
Seulement je ne peux rien dire face au spectacle de ses larmes dévalant ses joues. Elle ne pleure pas parce qu'on est en froid, j'ignore d'où viennent ces larmes mais je ne peux rester de glace à elles Doucement, je la prends contre moi et la berce tandis qu'elle pleure à chaudes larmes. Est-ce que ce sont toutes les larmes qu'elle a retenu suites attaques de ses sœurs ? Ou son chagrin vient d'ailleurs ? Ces deux jours n'ont pas été de tout repos, après tout. Elle a appris la décès de sa mère, celui de sa sœur bientôt, elle a découvert que Suzie a été jusqu'à faire un enfant à son ex, qu'elle n'a manqué à personne.
« - Elle va mourir Shane, souffle-t-elle d'une larme pleine de chagrin. Suzie… Elle va mourir ! Comme maman ! Sans que je ne puisse leur dire au revoir !
« - Mitchie, tu aurais pu…
« - Non ! Je ne devais pas leur faire savoir que sa mort prochaine m'atteignait. Ils auraient profité de cette faiblesse pour me faire culpabiliser. Ils auraient exploité mon chagrin pour m'obliger à revenir vivre avec eux. Je devais être une garce glaciale et sans cœur. Je n'avais pas le choix. Je sais que tu as détesté celle que j'étais avec eux et je te demande pardon Shane. Je ne suis pas cette femme-là, je suis celle que tu as rencontré à la Fabrique ! Je ne peux pas te le prouver naturellement mais je te promets que la Michelle que tu as vu ces dernières quarante-huit heures n'est pas la vraie Michelle Sanchez.
Je ne sais pas quoi répondre à ce mea culpa, à ses excuses et à ses larmes alors je me contente de la bercer songeant qu'à défaut de mots, le fait que je reste contre elle, que je la console tandis qu'elle pleure le départ de sa sœur lui fera comprendre que je suis là pour elle. Qu'elle compte toujours autant pour moi.
On reste ainsi une heure sans qu'elle ne cesse de pleurer, sans que je cesse de la consoler et en la berçant. Ma main caresse son dos avec douceur, la laissant extérioriser son chagrin et quand elle se calme enfin, j'essaie de croiser son regard sans y parvenir. Je finis par l'appeler doucement et elle lève la tête vers moi. Ses yeux sont gonflés et rouges de ses larmes, sa peau est blanche pourtant je lis dans son regard, une émotion que je ne lui ai jamais vu. Celle de la peur. Elle a peur que je la quitte.
« - Est-ce que ça va mieux ?
« - Pour le moment, renifle-t-elle. Que voulais-tu me dire ? Avant que je ne craque. Tu avais commencé à parler.
« - Oublions ça d'accord ? Très bien, je soupire en la voyant refuser ma suggestion, je voulais te demander de m'expliquer pourquoi tu avais été si loin, mais tu l'as expliqué avant de craquer. Laisse-moi simplement accepter l'idée que lorsqu'on la pousse dans ses retranchements, ma future épouse n'a aucune limite et attaque plus violemment et plus rapidement qu'une vipère.
« - Je suis désolée. C'est pour ça que je ne voulais pas revenir. Je ne voulais pas que tu découvres cet aspect de moi. Ma famille fait toujours ressortir le pire de ma personnalité. Surtout depuis cette affaire… Lors de ma dernière année de fac, alors que je commençais à accepter la relation de Suzie avec Nate, Steve m'a annoncé qu'ils allaient se marier et que Suzie avait poussé le vice jusqu'à me désigner comme demoiselle d'honneur principale afin que je sois obligée d'assister à tous les essayages, que je sois celle sur qui elle compterait pour la seconder. Elle faisait son possible pour me blesser. Elle m'a envoyé acheter des préservatifs pour eux, elle m'a demandé de l'aider à choisir les sous-vêtements qu'elle porterait pour lui plaire. Elle arguait sans arrêt que j'étais restée avec suffisamment longtemps pour connaître ses goûts puis elle riait en me rappelant que j'avais refusé de faire l'amour avec Nate et que c'était pour ça qu'il était venu la chercher.
« - Tu n'es pas la seule à être cruelle à ce que j'entends.
« - Non, j'ai été à bonne école. Heureusement le mariage a eu lieu sans moi enfin s'il a eu lieu ce dont je doute, mais cette année a été horrible. Madeline n'était plus sur le campus pour m'aider, Suzie m'envoyait des messages à pas d'heures pour me demander d'effectuer des tâches ou me demander son avis sur des trucs qui ne me regardaient pas. J'ai failli arrêter mes études et au dernier moment, j'ai changé de numéro et de téléphone et j'ai jeté le mien après avoir pris les numéros que je voulais garder. Je n'ai prévenu aucun membre de ma famille, je ne voulais plus rien savoir d'eux.
…
Et voilà encore un autre de bouclé… Je sais, je sais, Mitchie a été horrible, glaciale, cruelle et monstrueuse mais… Elle veut seulement se protéger alors peut-on vraiment lui en vouloir ?
Miss Tagada (L)
