Bonjour bonjour,
Un peu d'irrégularité en ce moment dans mes chapitres, je ne poste pas aussi souvent que d'habitude, mais c'est que je suis plutôt prise ces derniers jours et que je n'ai malheureusement pas autant de temps que je le souhaiterais !
En tout cas, encore merci à ceux qui me lisent, et merci également à Guest pour sa review qui m'a fait très plaisir !
Je vous laisse donc à ce nouveau chapitre et vous dis d'ores et déjà à dans deux semaines (car je ne serais pas en mesure de poster dimanche prochain) !
Bonne lecture et à très bientôt !
10. Confidences
Après une matinée passée sous le signe de la précipitation, Angela et moi nous retrouvons avec plaisir pour la pause déjeuner. Nous n'avons pas eu une minute pour discuter avant tant le service était en ébullition.
Ainsi, cette pause est enfin l'occasion pour nous de discuter. Angela me raconte ses petites anecdotes du matin et je lui raconte les miennes. Mon amie me trouve étrangement silencieuse. Il est vrai que je suis un peu dans la lune ces derniers jours. Ce sont mes souvenirs qui me travaillent l'esprit.
Pour donner le change, je lui parle du cinéma avec les garçons. Je lui dis que ça m'a fait du bien de m'aérer un peu l'esprit. Je lui avoue que la compagnie des quileutes me fait du bien. Elle admet qu'elle apprécie aussi leur compagnie, qu'ils sont tous très solaires. Elle n'en dit pas plus mais je vois bien qu'elle a envie de dire quelque chose, et je crois deviner quoi, mais elle n'ose pas évoquer ce sujet avec moi.
Je sais qu'Angela a assisté à cet instant entre Embry et moi, l'autre jour, quand le quileute m'a tenu la main pendant un instant. Si c'était plutôt innocent, je sais bien ce qu'elle a du penser. Bien que j'aimerais beaucoup la détromper à ce sujet, je dois pourtant bien admettre qu'il se passe quelque chose d'étrange entre moi et Embry, d'autant plus depuis le cinéma. Peut-être puis-je en parler à mon amie ? Angela est après tout digne de confiance .
– Je peux te parler de quelque chose ? lui demandé-je.
– Bien sûr.
– J'aimerais te parler d'Embry.
Angela paraît étonnée mais elle ne pipe pas mot, se contentant d'acquiescer en attendant que je poursuive.
– J'aurais aimé avoir ton avis, en fait. Nous sommes amis mais je me demande s'il n'y a pas autre chose. Ce n'est pas mon genre de me faire de fausses idées mais j'avoue être un peu perdue.
– Que ressens-tu ? m'interroge mon amie.
– C'est mon ami, éludé-je. Ce qui m'interroge surtout, c'est ce qu'il se passe de son côté.
– Je crois qu'il t'aime beaucoup. On peut le voir dans sa façon de te regarder. Tu sais, quand tu ne peux pas le voir, il te regarde beaucoup. Je ne sais pas si je suis censé te dire ça mais c'est ce que j'ai remarqué sur la plage, puis chez Jacob.
Je suis surprise par ce qu'elle m'apprend. Je ne l'avais pas remarqué.
– Pourquoi ? soufflé-je.
Cela fait rire Angela.
– Non, ce n'est pas ce que je voulais dire, me corrigé-je en riant à mon tour. Pas pourquoi il fait ça, parce que je m'en doute bien. Je ne comprends simplement pas pourquoi moi.
– Des raisons, il n'en manque pas, réplique Angela. Tu es une fille géniale. Et puis, tu sais, la plupart du temps, ce genre de choses ne s'explique pas.
– Je suis bien d'accord là-dessus, ça ne s'explique pas.
Je ne réagis pas au compliment d'Angela parce que je ne peux pas dire ce que je voudrais dire. La vérité, c'est que personne ici ne me connait vraiment. Celle qu'ils voient tous, ce n'est que la version la plus récente de moi. Mais il y en a tellement plus, des versions de moi, certaines dont j'ai moi-même tout oublié.
Je ne suis pas que cette jeune femme souriante qu'ils voient tous, la seule qu'ils sont en capacité de déceler. Je ne les blâme pas car c'est moi qui ne leur permets pas de connaître les autres aspects de ma personne, mais c'est notamment pour ça que je n'aime pas ce qu'Embry ressent pour moi. A-t-il vraiment conscience de celle que je suis ?
– Et toi, alors ? Tu l'aimes bien ? me demande doucement Angela.
– Je l'aime bien mais c'est plus compliqué que cela. Tu sais que je ne suis pas prête pour une relation. Malheureusement, cela n'a toujours pas changé.
– Je comprends. Mais tu sais, je pense qu'Embry respectera ça. Laisse-lui une chance, d'accord ? Laisse-lui juste le temps de te montrer qui il est. Si vous ne devez être qu'amis, alors c'est ce que vous serez, voilà tout.
J'acquiesce. Quand Angela le dit, tout semble si simple. J'espère seulement qu'elle a raison. Je ne veux pas blesser Embry. Quand bien même il provoque quelques réactions incohérentes en moi, notamment quand je me retrouve à son contact, cela ne veut pas dire que je suis prête à céder à ces sentiments encore flous que je ressens.
– Tu as raison, Angela. Merci.
– Je t'en prie. Tu sais que tu peux tout me dire. Entre collègues, on se soutient, non ?
Je hoche la tête. J'ai déjà une confiance aveugle en Angela, depuis le premier jour. Quand nous avons terminé de manger, nous retournons dans le service en priant pour que les choses se soient un peu calmées. Le soir, nous n'en ressortons pas moins vannées. Nous ne discutons pas très longtemps sur le parking comme nous le faisons habituellement, pressées comme nous le sommes de rentrer chez nous.
Ce soir là, après un rapide dîner, je me sens très lasse. Ce n'est pas tant que je manque de sommeil, c'est surtout que je me sens très mélancolique. Peut-être est-ce le manque de soleil qui me déprime, ou peut-être est-ce l'ensemble des tracas qui agite sans arrêt mes pensées. En tout cas, je suis moins en forme que je ne l'ai été.
Quand quelqu'un frappe à ma porte, je jette un coup d'œil vers l'horloge avec curiosité, surprise que quelqu'un me rende visite à cette heure tardive. Je découvre avec surprise Seth sur le pas de ma porte.
– Seth ? m'étonné-je.
– Je ne te dérange pas, j'espère ! s'exclame-t-il en souriant. Nous dinions chez Charlie avec ma mère et ma sœur. Je me suis dis que je pouvais te rendre visite, comme il y avait de la lumière. J'ai demandé à Leah de me déposer. Je rentrerais sous ma forme de loup, c'est bien plus cool qu'en voiture de toute façon.
– Tu ne me déranges pas, Seth, le rassuré-je. Vas-y, entre.
La proximité de Seth porte déjà ses fruits parce que le sourire me vient plus naturellement. Les loups m'ont caché un autre de leurs superpouvoirs, je ne l'explique pas autrement. A moins que ce soit un talent qui soit surtout propre à Seth.
– C'est sympa chez toi, commente Seth en découvrant la pièce de vie.
– Tu rigoles ? répliqué-je en éclatant de rire. C'est affreux.
Seth s'esclaffe à son tour.
– Bon, ce n'est pas de toute jeunesse, c'est vrai, admet-il. Mais c'est chez toi.
– Je ne m'y sens pas chez moi, pourtant, remarqué-je.
– Pourquoi ça ?
– C'est un meublé, il n'y a pas grand-chose qui m'appartienne ici. J'ai loué cette maison sans vraiment m'attendre à y rester longtemps, à l'époque. Maintenant, je regrette un peu ma précipitation.
– Pourquoi tu ne cherches pas autre chose ?
Je hausse les épaules. Puis-je être tout à fait honnête avec Seth ? Je pense que oui.
– Tu sais, je ne reste jamais longtemps nulle part et je n'aime pas trop m'installer. Tu imagines combien c'est dur de s'en aller ensuite ? Je me contente donc d'endroits comme celui-ci, généralement.
– Tu penses déjà à repartir ? me demande Seth d'un air triste.
– Non ! m'empressé-je de répliquer. Non, c'est tout le contraire. Je n'ai pas envie de partir d'ici. Pas le moins du monde. Pourtant, il le faudra bien un jour, non ? Je ne peux pas rester ici éternellement. Pas avant une bonne dizaine d'années, je te l'accorde, mais quand même. Je suis dans la même situation que les Cullen, je ne peux pas choisir de recommencer à vieillir, je resterais comme je le suis pour toujours. Je suis pourtant déjà attachée à cet endroit. Pas tant à l'endroit qu'aux gens, en vérité. À vous, les loups, aux Cullen, mais aussi à Angela. L'idée de partir d'ici me déchire le cœur mais comment ne pas y penser ?
Pour une fois, Seth est très silencieux. Je ne m'étais pas attendue à être si honnête avec lui mais ma tirade est sortie toute seule. Il faut croire que j'avais terriblement besoin d'exprimer tout cela à voix haute.
– Tu n'as plus à être seule maintenant que tu nous as nous, me dit-il enfin.
– Bien sûr, mais je devrais quand même m'en aller de Forks un jour. Peut-être suivrais-je les Cullen ? S'ils veulent bien de moi, je pourrais faire ça.
– Et nous ?
L'expression de Seth me brise le cœur. Comment peut-il sembler si abattu à l'idée de me voir m'en aller ? Nous nous connaissons encore si peu. Bien sûr, moi non plus je ne veux pas les quitter, et je ne devrais même pas encore y songer, mais je sais déjà que ce sera un moment douloureux et je ne peux penser qu'à ça depuis que j'ai commencé à m'attacher à tous ces gens.
– Nous n'avons pas à vieillir si nous le choisissons, ajoute Seth.
– Un jour vous aurez certainement envie de vous poser, de vivre, de vous construire une vie de famille. Regarde, c'est ce que Sam fait. Vous n'êtes pas condamnés comme les Cullen et moi. Vous avez le choix.
– Et on peut faire le choix de rester tel que nous le sommes.
– Dans ce cas, vous devrez déménager, vous aussi. Quand on ne vieillit pas, il est impossible de s'attarder trop longtemps.
Seth se tait. Il ne semble pas aimer cette idée. Pourtant, il doit bien admettre que c'est la réalité, que c'est ce qui arriverait s'il prenait la décision de ne plus vieillir.
– Je suis désolée, Seth. Je ne veux pas te plomber le moral. Je crois bien que c'est la première fois que je te vois sans ton sourire, je n'aime pas vraiment en être la cause. C'est juste que c'est la façon dont je suis obligée de voir la vie depuis longtemps. C'est triste, je te le concède, mais c'est comme ça.
– Je suis certain que la vie a plus à t'offrir que ça, déclare finalement Seth.
– J'envie ton optimisme.
Il hausse les épaules et ouvre la bouche, comme s'il allait ajouter autre chose, mais il se tait finalement et se remet à sourire.
– Tu me racontes ta journée ? me propose-t-il alors. Tu as toujours de si bonnes anecdotes à raconter.
Je me questionne un instant sur le moment où j'ai parlé de mon travail à Seth avant de me souvenir que c'est surtout à Embry que j'en ai parlé, sur la plage, mais puisque les loups ont de si bonnes oreilles, tout le monde a certainement pu profiter de la discussion. Je raconte donc à Seth ma journée, encouragée par son visage souriant. Quand j'arrive à court de choses à raconter, j'ai envie d'aborder un autre sujet qui hante mes pensées.
– Vous êtes télépathes entre loups, dis-je. Je me demandais donc si… si tu étais au courant de ce dont on a parlé, Embry et moi, quand on s'est absentés pendant la séance de cinéma.
Seth secoue la tête.
– Embry n'a pas lâché l'information en ma présence ni en celles des autres, ne t'inquiète pas, répond-t-il. Tu sais, on ne cherche pas non plus à le savoir. On sait bien que notre sale manie de tout entendre est déjà très intrusive.
– Vous finirez par l'apprendre, répliqué-je alors. Je n'ai aucune raison de le cacher. C'est juste que ce sont des choses que je n'ai jamais révélées à personnes avant, mais c'est parce que je n'avais jamais rencontré d'autres personnes comme moi à qui les raconter.
Je marque une pause.
– Vu mon âge réel, tu te doutes bien que j'ai eu une longue vie avant. Au tout début de cette vie, quand j'avais véritablement une vingtaine d'années, je me suis mariée. J'ai eu deux enfants au cours de ce mariage.
Je guette la réaction de Seth. Il semble étonné, mais pas plus de la nouvelle en elle-même que de la confidence que je suis en train de lui faire.
– Ces enfants, étaient-ils comme toi ? me demande-t-il d'un air hésitant.
– Non, ils étaient simplement humains. Ils pouvaient tomber malade et se blesser, à ma différence. Quoi qu'il se passe d'anormal avec moi, ce n'est manifestement pas héréditaire.
Je ne leur aurais de toute façon pas souhaité la même vie que moi, pour rien au monde.
– Si je suis sortie pendant la séance, c'est parce que l'un des personnages s'appelait Helen, et que ça m'a fait penser à mon Ellen. En temps normal, le sujet n'est pas si sensible, mais j'ai été amenée à y penser récemment et cela a donc été plus douloureux que prévu.
Seth acquiesce.
– J'en ai donc parlé à Embry après ça, continué-je. Tu sais, ce n'est pas que je veux vous cacher ma vie d'avant. C'est juste que c'est compliqué pour moi de vous en parler, pour plein de raisons différentes.
– Tu ne nous dois rien, Aina, m'interrompt Seth. Si tu veux nous en parler, ça devrait être uniquement parce que tu en as envie. Je pense qu'aucun de nous n'exigera jamais que tu nous en dises plus. C'est à toi de décider de ce que tu veux nous dire et quand.
– Merci, Seth. J'apprécie.
– Merci à toi, Aina.
– Pourquoi donc ? m'étonné-je.
– Parce que tu me parles comme à un égal, comme à un adulte. Tu sais, tout le monde me voit toujours comme un gamin parce que mon corps est figé dans ses quinze ans. C'est franchement lassant. Je sais que je suis puérile parfois, mais ça ne veut pas dire que je ne suis qu'un enfant comme certains semblent le penser. C'est un fardeau pour moi. Si j'avais pu muter à un autre âge, je l'aurais fais bien volontiers. Je n'ai pas eu le choix.
– Tu n'es pas un gamin, Seth, déclaré-je.
Je sais que j'ai pensé cela à un moment, mais c'était avant de découvrir Seth sous un autre jour. Il a parfaitement raison : s'il est devenu un loup trop tôt, cela ne l'a pas empêché de mûrir. Au fond, nous sommes tous les deux figés dans un âge qui n'est pas représentatif de notre personne.
– Au fond, on est tous des victimes de notre condition. Toi comme tous les autres. Montre leur qui tu es Seth. Ne les laisse pas te rabaisser sous prétexte que tu es plus jeune. Je suis certaine que tu as beaucoup plus à leur apprendre qu'ils ne le pensent. Tu es peut-être le meilleur d'entre eux tous.
– C'est vraiment ce que tu penses ? s'enquit Seth.
– Tu es génial ! m'exclamé-je. Tu sais donner le sourire à n'importe qui, c'est un don à part entière que tu as là. Sans toi dans la meute, je suis sûre que la vie des autres serait plus triste.
– Je les agace souvent, pourtant.
– Tu les agaces mais ils ne veulent pas s'avouer combien ils t'adorent, voilà tout. Si tu n'étais pas là, rien ne serait pareil.
Me surprenant, Seth m'attire dans ses bras. Un peu troublée, je n'ai pas le temps de réagir. Quelques secondes plus tard, quand il me relâche, un immense sourire éclaire son visage.
– Tu ne peux pas savoir comme ça me fait plaisir, Aina !
– Eh bien, je t'en prie, Seth. C'est vraiment ce que je pense.
– J'ai toujours su que tu serais ma plus grande alliée, tu sais.
– Ah oui ?
– Un instinct, s'explique-t-il. Je suis tellement content que tu sois entrée dans nos vies.
– Moi aussi je suis heureuse de vous avoir.
Seth passe un bras autour de mes épaules et me sert contre lui, toujours aussi souriant. Si ce geste aurait pu paraître étrange, il ne l'est pourtant pas. De la part de Seth, il n'est que purement amical. La chaleur de son bras m'est agréable mais ne me provoque pas la même sensation que le contact d'Embry. Ainsi, il m'est maintenant impossible de nier qu'il se passe vraiment quelque chose entre lui et moi. Quant à savoir ce que je compte faire à propos de ça, je n'en sais toujours rien.
– Ça va ? me demande Seth.
– Oui, ça va.
Si Seth détecte mon mensonge, il n'en dit rien. Tant pis pour la parfaite honnêteté, j'ai le droit de cacher la vérité de temps en temps, et tant pis si tous ces gens à l'ouïe extraordinaire le devinent !
– Aina ?
– Oui ?
– Tu veux faire un truc dingue ?
– Quoi comme truc dingue ? lui demandé-je, intriguée.
– Quelque chose qui va te remonter le moral à coup sûr. Tu vas voir, tu vas adorer !
Seth m'attrape la main et je le suis sans discuter. J'ignore ce qu'il prépare mais je lui fais confiance. Après tout, pour remonter le moral, Seth est le meilleur !
