Quelques réponses aux reviews :

Loli : Wow, tellement contente que tu sois sortie de l'ombre pour me laisser un petit message, ça fait toujours plaisir ! Je suis ravie de t'accueillir dans mon imagination et tout autant d'être parvenue à te passionner ainsi, en commençant à poster cette histoire au début je ne pensais vraiment pas avoir de retours si positifs ! Merci beaucoup à toi d'avoir pris le temps de me laisser un petit mot, et j'espère que ce que j'ai prévu pour la suite te plaira tout autant !

WhiteAir : Eh oui, notre cher Embry tarde quand même beaucoup à lui en parler, reste à voir comment Aina réagira !

Je vous souhaite à tous une bonne lecture !


Carnet n°3 : Partie 2

En m'imaginant une vie de vagabonde, je n'avais pas tort, car c'est bien ce que je suis devenue. J'ai cessé de m'installer, me contentant de voguer de villages en villages, ne me laissant aucun temps pour me lier à qui que ce soit, ni pour attirer l'attention.

Une idée fixe s'est implantée dans mon esprit : la peur que quelqu'un me cherche quelque part, quelqu'un qui me voudrait du mal, quelqu'un qui a pu assister à ma miraculeuse ressuscitation, quelqu'un qui se serait mis en quête de me retrouver pour me faire subir le sort qu'on réserve aux sorcières. Un sort terrible qui me fait frissonner d'effroi.

Parfois, je me demande : est-ce que je suis ? Une sorcière ? Après tout, personne ne peut vraiment savoir de quoi est capable une sorcière, à moins d'en être une soi même. Mais à part mon absence de vieillissement, je n'ai aucun des traits qu'on prête habituellement aux sorcières. Alors, est-ce ce que je suis ou suis-je encore tout autre chose ?

J'ai conscience d'être ridicule quand je m'imagine être recherchée. Personne ne serait suffisamment obstiné pour entamer une telle traque. Ça n'en vaudrait pas le coup. Pourtant, cette peur continue de me tenailler. En un sens, je pense que c'est ma propre peur que je projette : j'ai peur de ce que je suis, moi aussi. Ce n'est même pas tant ce que je suis que ce qui m'attend, en réalité. Car oui, qu'adviendra-t-il de moi si la situation perdure ?

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J'ai rencontré des gens. J'en suis la première surprise. Je ne l'avais pas prémédité, j'avais même tout fait pour l'éviter.

C'est cette vieille femme aux longs cheveux gris qui a commencé la première à me fixer avec insistance. Son regard m'a immédiatement dérangé. Je ne vois que très rarement d'un bon œil les œillades insistantes, d'autant plus depuis que j'ai cette peur en moi qui ne me laisse jamais en paix.

Pourtant, elle a continué à me fixer, impunément. J'avais beau me détourner, je sentais son regard sur moi, comme brûlant. Au bout d'un très long moment, j'ai fini par me décider à m'éloigner. Je n'étais définitivement pas rassurée. C'est alors que j'ai perçu son propre mouvement : elle s'apprêtait à me suivre. Là, j'ai pris particulièrement peur.

Comme je devinais que m'enfuir en courant aurait été mal perçu, je me suis tournée vers elle et ai attendu qu'elle me rejoigne. Je savais qu'il était inutile de faire comme si je ne l'avais pas vue.

Elle m'a donc rejointe, d'abord sans dire un mot, et puis elle m'a sourie. « Vous serez parfaite » m'a-t-elle dit. « Parfaite pour quoi ? » ai-je répliqué. « Pour intégrer notre troupe » m'a-t-elle répondue, comme si c'était évident.

Je ne savais pas de quel type de troupe elle parlait, mais je lui ai immédiatement dit que je n'étais pas intéressée. Elle n'a rien voulu entendre. Elle m'a demandé de la suivre, m'a dit que ce ne serait pas long, et je ne sais pas ce qui m'a poussée à la suivre, mais je l'ai fait.

Elle m'a alors conduite jusqu'à sa troupe et j'ai découvert qu'il s'agissait d'une troupe itinérante, des gens du spectacle. La vieille dame m'a expliquée que je serais parfaite pour les rejoindre, que je jouerais très bien un rôle de diseuse de bonne aventure avec mes jolis cheveux blonds vénitiens, même s'ils auraient gagnés à être d'un roux plus vif.

J'ai trouvé l'ironie de la situation très glaçante. Dans cette troupe, mes cheveux étaient bien vus, plus encore, ils étaient les bienvenus. D'où je venais, ils conduisaient les autres à m'associer à une sorcière. Or, si j'ai été chassée de chez moi en premier lieu, c'est justement parce qu'on m'avait suspectée de sorcellerie.

Pourtant, la vieille femme n'en démordait pas et elle a fini par en appeler à d'autres membres de la troupe pour me convaincre. Et finalement, je me suis laissée faire. Qu'avais-je à perdre ?

Celle qui a achevé de me convaincre, c'est Laoghaire. Elle est très jeune. On a l'air d'avoir le même âge, même si ce n'est pas tout à fait vrai. Quand nous nous sommes rencontrées, j'ai tout de suite senti une connexion entre nous deux. Elle m'a immédiatement été très amicale. Alors, très vite, je n'ai plus pu dire non et j'ai accepté de rejoindre cette troupe étrangement composée.

La vieille dame, que tout le monde appelle apparemment « la vieille », ce qui ne la dérange pas le moins du monde, m'a fait faire quelques essais pour voir si je serais une diseuse de bonne aventure crédible.

Elle m'a demandé de ne pas réfléchir, de dire ce qui me passait par la tête, d'avoir l'air convaincue de ce que je disais. Alors, je me suis efforcée de suivre ses conseils.

Après quelques tentatives, la vieille m'a adressé un grand sourire édenté. J'étais parfaite, d'après elle. Elle a dit que j'avais un don pour cerner les gens, que j'étais très observatrice, qu'elle l'avait senti tout de suite, qu'elle avait elle-même un don pour détecter les personnes talentueuses. Je ne l'ai pas détrompée. Si la vieille le disait, alors je n'allais pas dire le contraire. Ce n'était pas une femme que j'avais envie de contrarier.

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Nous ne nous sommes pas attardés dans ce village qui n'était pour la troupe qu'un village de passage. Au moment du départ, je n'étais donc plus une vagabonde. Plus vraiment.

J'étais une vagabonde aux côtés d'autres vagabonds. Des gens du voyage qui ne s'attardaient nulle part, avançant de village en village sans y développer la moindre attache.

Quand les caravanes se sont mises en marche, je me suis dis que, peut-être, cette vie me conviendrait bien. Peut-être y trouverais-je une certaine paix, au moins pendant un temps.

Et puis, j'ai désormais Laoghaire, ma nouvelle amie. Peut-être que tout ira bien pendant un temps. C'est en tout cas ce que j'ose espérer.

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A force de si désespérément vouloir m'isoler des autres, j'avais oublié comme il était bon d'appartenir à une communauté, de partager leur vie, ne serait-ce que d'avoir des gens à qui parler. Je redécouvre ces joies simples de la vie avec plaisir. J'en viens presque à oublier pourquoi j'ai décidé de vivre une vie de vagabonde, en premier lieu…

Je vois d'un mauvais œil cette facilité que j'ai à oublier. Parce que je ne devrais pas oublier. Parce que le danger existe toujours et que la situation que j'ai déjà connue pourrait se produire à nouveau.

Pourtant, c'est appréciable d'oublier pendant un temps. Oui, très appréciable.

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Avec la troupe, les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Il existe une certaine routine à la vie sur la route, néanmoins, à force d'être en mouvement, j'en oublie que j'ai un jour eu une vie bien installée.

J'apprécie cette vie sans domicile fixe. J'apprécie cette absence d'attaches extérieures. Je continue à penser à mes enfants de temps à autres, mais ça fait trop mal alors je m'efforce de ne pas le faire.

Ne pas savoir s'ils vont bien est certainement le pire. Je songe à leur envoyer une nouvelle lettre prochainement, mais je ne sais même pas quoi leur dire. Qu'ils me manquent ? Comment pourraient-ils en douter ? Quant à leur parler de la vie que je mène actuellement… Cela les intéresse-t-il seulement ? A quoi bon les rattacher à leur passé ? Ne devrais-je pas les laisser vivre leur vie le plus normalement possible ? N'est-elle pas plus simple et plus heureuse sans moi ?


Pour le prochain chapitre, nous serons de retour dans le présent, et j'annonce déjà beaucoup d'introspection de la part d'Aina qui va en profiter pour s'éloigner de Forks et de La Push le temps d'un chapitre !

A très bientôt !