Avec un peu d'avance, voilà le nouveau chapitre (j'avais vraiment envie de le poster) !

WhiteAir : Comme toujours un grand merci pour tes reviews ! En ce qui concerne Laoghaire, on apprendra un peu plus à la connaître lors du prochain extrait de carnet ! C'est sûrement un peu risqué, oui, de se rapprocher d'autres gens, mais on verra bien ce que ça donne, seul l'avenir nous le dira... (même si en l'occurrence, par rapport à la chronologie du chapitre d'aujourd'hui, tout ça s'est passé il y a bien longtemps !)

Bonne lecture à tous !


19. Seattle

Sans vraiment prévenir personne, à part Angela, je décide de prendre quelques jours de congés. C'est un besoin qui a surgi en moi qui m'a poussé à le faire, et je n'ai pas pu l'ignorer bien longtemps : celui de m'éloigner de Forks, l'espace d'un jour ou deux. J'ai effectivement ressenti le besoin de prendre un peu de distance et de me ressourcer ailleurs, pour réfléchir à toutes ces folies qui ont bouleversées ma vie depuis que j'ai emménagé dans l'Etat de Washington. Tout s'est passé si vite.

Mon choix s'est vite arrêté sur Seattle, parce que j'ai besoin de me retrouver dans une grande ville, là où les rues fourmillent de vie, loin de l'ambiance de Forks. J'ai désespérément besoin de pouvoir me fondre dans la masse, au moins pendant quelques heures, parce que j'ai toujours apprécié pouvoir me balader incognito, quelque part où un individu esseulé devient vite invisible.

Ce n'est pas que je n'aime pas Forks, parce que je suis tombée amoureuse de cet endroit de bien des façons, mais Quebec me manque également par bien des aspects. Il est difficile de tirer un trait sur les vieilles habitudes, et je suis familière depuis maintenant de nombreuses années des endroits sur-peuplés. Quel meilleur endroit pour passer inaperçu ?

C'est d'ailleurs pourquoi ma décision de déménager à Forks a réellement été une folie de ma part depuis le départ. Encore aujourd'hui, en y repensant, je me demande ce qu'il m'a pris. Mais cette offre d'emploi pour un poste d'infirmière, elle m'est apparue comme un coup de pouce du destin sur le moment. Je ne savais pas vraiment ce que je découvrirais là-bas, bien sûr, mais une partie de moi savait que c'était la chose à faire, tout en restant très sceptique. Néanmoins, Dieu sait que je n'ai pas regretté cette décision depuis !

Pourtant, l'envie de m'éloigner de la bourgade pendant quelques jours reste bien présente en moi et c'est donc de bonne heure que je m'en vais ce matin. Personne n'est au courant de mon départ vers Seattle, pas même Angela qui sait juste que j'ai réclamé quelques jours de congés. J'ai juste expliqué à mon amie que j'avais besoin de me ressourcer un peu, de prendre du temps pour moi.

Pendant que j'observe Forks s'éloigner dans mes rétroviseurs, je suis un instant inquiète. Et si Embry décidait de me rendre visite et trouvait la maison vide de ma présence ? S'inquiètera-t-il ? Je me rassure néanmoins en me disant que ce n'est que l'histoire de deux journées.

Ce n'est d'ailleurs pas comme si nous nous voyions tous les jours, lui et moi. Nous y allons en douceur tous les deux, et ce rythme me convient. Que je sache, j'ai le droit à ma part de secrets de temps en temps ! Et puis, Embry et les autres savent bien que je ne risque pas grand chose. Je suis loin de n'être qu'une fragile humaine ! D'ailleurs, je me rappelle avoir un jour dit à Embry que j'étais quelqu'un de très indépendante et qu'il n'était pas dans mes habitudes de prévenir quiconque de mes allées et venues. Il va falloir qu'ils s'y habituent, lui et les autres !

Au fur et à mesure de la distance que je mets entre moi et Forks, je me sens respirer à nouveau, plus sereinement. Je me rends d'autant plus compte de ce besoin intrinsèque que j'avais de prendre du recul sur tout ce qui est arrivé depuis mon déménagement. La route en solitaire me fait déjà du bien, et je sens que la découverte de Seattle m'en fera tout autant. J'ai déjà hâte de me fondre dans la masse des rues piétonnes !

La route jusqu'à Seattle est longue, à peine un peu moins de quatre heures, mais faire de longs trajets ne m'a jamais fait peur. La route est un peu ma vie après tout, moi qui l'aie passé pour une bonne partie à voyager de villes en villes, de pays en pays, de continents en continents.

Ainsi, quand la fin du trajet approche, je suis presque surprise d'être déjà arrivée. C'est que mes pensées m'ont bien tenue occupée pendant tout ce temps.

J'ai beaucoup réfléchi à la situation. Pas vraiment au présent, mais surtout au futur à vrai dire. J'ai pensé à ce que je ne peux m'empêcher de penser à chaque nouvelle étape de ma vie : à ce qui arrivera une fois que trop de temps aura passé pour que je passe encore pour une jeune femme d'une vingtaine d'années. Parce que quoi que quiconque de mes amis surnaturels en dise, ce temps finira par arriver.

Je suis pourtant consciente que beaucoup de choses peuvent se passer entre temps, pouvant venir contrecarrer le moindre plan que je mettrais en place. Je ne peux néanmoins pas m'empêcher d'être prévoyante et d'imaginer toutes les situations possibles et imaginables. Je suppose que c'est la maniaque du contrôle que je suis qui en a besoin.

En débouchant sur les rues de Seattle, j'accueille avec plaisir la circulation abondante. Si tous les autres conducteurs semblent agacés de la densité du trafic, j'apprécie moi cette sensation de n'être qu'une âme de plus parmi un foisonnement d'individus.

Je scrute les panneaux, à la recherche d'un endroit où me garer, et ne tarde pas à trouver un parking souterrain où je m'engouffre. Je constate d'ailleurs la proximité d'un hôtel où je décide de me rendre dès maintenant afin de réserver une chambre pour la nuit. Je ne voudrais pas me retrouver à devoir dormir dans ma voiture cette nuit par manque de prévoyance, même si j'imagine que Seattle compte bien d'autres hôtels, d'autant qu'on est loin de se trouver en période de fort flux touristique.

Une fois la réservation effectuée, je monte mon sac dans la chambre qu'on m'a attribuée. Je découvre une pièce assez modeste et peu décorée, affreusement banale. Elle me fait presque penser à ma maison à Forks, ce qui n'est pas vraiment pour me plaire, moi qui voulais justement oublier Forks pendant un moment. Je ne m'attarde néanmoins pas dans la pièce et je me rue dès que possible dans les rues piétonnes.

Après avoir marché au hasard pendant plusieurs minutes, me contentant de suivre les gens, je repère un centre commercial et me dis que c'est l'endroit parfait pour moi. Pas tant pour faire du shopping, mais surtout pour me fondre dans la masse et devenir invisible.

Je flâne un long moment dans les boutiques du centre, fouillant un peu distraitement parmi les étalages de vêtements. Mes pensées sont pourtant loin de Seattle, tournées vers les Cullen et les quileutes. Je m'efforce de prendre du recul.

Est-ce vraiment une bonne idée d'envisager de rester à leurs côtés ? Je ne parviens pas à voir ce qui pourrait mal tourner, c'est même l'opportunité rêvée pour moi qui suis restée seule pendant si longtemps, précisément parce que je n'avais encore jamais rencontré d'autres immortels. Mais je ne peux m'empêcher de me demander : et si j'étais aveuglée ?

Je me vois mal tous les quitter, les appréciant vraiment beaucoup, mais le lien que j'ai tissé avec eux ne cesse de m'effrayer. Le pire dans tout ça, c'est ma relation avec Embry. Je ne l'avais pas préméditée. C'était même précisément le type de relation que je ne voulais pas débuter avec quiconque. Je n'ai pourtant pas pu ignorer les sentiments qui se sont progressivement développés en moi. J'ai bien essayé de me mentir à moi-même, mais je n'ai jamais été très douée pour ça.

Comment pourrais-je seulement envisager de fuir alors qu'Embry se trouve dans la balance ? Non, je suis coincée pour de bon, j'en ai peur. Je suppose qu'il ne me reste plus qu'à prier pour que tout se passe bien, parce qu'il est hors de question que mon cœur prenne un autre coup. J'ai bien peur qu'il ne soit pas en capacité de s'en remettre, cette fois. J'ai déjà perdu trop d'êtres aimés.

Quand les boutiques de vêtements m'ont lassée, je m'oriente vers un café. Je m'installe en terrasse et commande une boisson chaude. J'observe les gens – les amis en train de rire à gorges déployés, les jeunes gens en plein rendez-vous amoureux, les mères en compagnie de leurs filles, les gens qui sont seuls et textotent tout en buvant une tasse de café. Si je me suis toujours sentie à ma place dans ce genre de rassemblement éclectique, je me sens aujourd'hui bizarrement déplacée en ce lieu.

Je soupire bruyamment, attirant le coup d'œil d'un homme barbu en train de lire son journal, à la table d'à côté. Il se désintéresse néanmoins rapidement de mon cas et retourne à sa lecture. J'avale une autre gorgée de café en poursuivant mes réflexions.

Ma rencontre avec tous ces êtres surnaturels a définitivement bouleversé ma vie. Sans eux à mes côtés, je ne me sens plus à ma place nulle part. Je crois bien que je dénote aujourd'hui précisément parce qu'ils ne sont pas là. Cette constatation m'agace un peu car je ne suis pas habituée à calquer ma vie sur celle d'autres gens, en tout cas plus depuis très longtemps, parce que je me le suis un jour interdit.

J'ai soudain peur de voir le contrôle que j'ai sur ma vie m'échapper, ce que je ne désire pas un seul instant. Voilà le danger qui existe quand on s'attache à des gens, qu'on apprend à les aimer, chaque jour un peu plus, et je me suis laissée avoir comme une bleue, alors même que je connaissais les risques !

— Idiote… murmuré-je pour moi même.

Je termine la dernière gorgée de café qu'il me reste et décide de m'en aller d'ici. J'ai besoin de marcher. Je m'engouffre donc à nouveau dans les rues, avançant à l'aveugle, sans suivre la moindre direction. Je ne m'arrête qu'à l'heure de manger quand mon estomac réclame son dû.

Une nouvelle fois, je m'installe donc à une table, seule, et attends ma commande. Ça a longtemps été la vie que j'ai menée, la solitude, pourtant, aujourd'hui, je me rends compte qu'elle m'est devenue insupportable. Quel intérêt ai-je à manger toute seule dans cet endroit ? Sans Angela à qui raconter mon week-end ? Sans Paul pour me voler ma nourriture ? Sans Seth pour égayer ma journée ? Sans Embry pour réchauffer mon cœur ?

Agacée par toute cette négativité dont je fais preuve à l'encontre du mode de vie qui a pourtant longtemps été le mien auparavant, j'essaie de me divertir pendant toute l'après-midi. Je vais faire un tour au musée mais je finis par m'enfuir quand je découvre un peintre du nom de mon défunt fils. Je m'oriente ensuite vers le cinéma et me décide pour une comédie d'apparence inoffensive. Cependant, si le film me permet d'occuper deux heures de mon après-midi, il ne me fait absolument pas rire et je n'en sors que plus dépitée encore. Quand je constate que même la visite d'une librairie ne me débarrasse pas de mes idées noires, je devine bien vite que rien ne le fera.

Définitivement, si j'avais prévu de me ressourcer en venant ici, c'est un échec complet ! Je suis dans un très mauvais état d'esprit et rien ne semble vouloir m'en sortir. Je déteste être comme ça. Je déteste être si faible.

Le soir venu, en entrant dans un restaurant proposant des spécialités françaises, je ne fais même pas l'effort de sourire à la serveuse qui doit me trouver bien malpolie. Je mange sans réel appétit, déprimée par la journée que je viens de passer.

Où est donc passé ma bonne humeur ? L'aurais-je perdue en m'éloignant de Forks ? Se pourrait-il que cet endroit et, surtout, les personnes qui s'y trouvent, soient les seuls qui pourraient me permettre de la retrouver ? Suis-je à ce point devenue dépendante d'eux ?

Au risque de me répéter, je n'aime pas ça. Je n'aime pas du tout ça.

Devrais-je les fuir tant qu'il en est encore temps ? En suis-je seulement capable ? Non, bien sûr que non. Je suis incapable de les abandonner, incapable de briser le cœur de Seth ou d'Embry. J'ai fais une promesse aux deux quileutes, et je ne pourrais plus me regarder dans une glace si je les abandonnais sans même un au revoir, d'autant plus en faisant preuve d'une telle lâcheté. Il n'est plus question d'abandonner quiconque, c'est un fait : je suis incapable de l'envisager sérieusement. Je suppose que je vais devoir m'y faire, à être dépendante de toutes ces personnes.

— Finie la vie de vagabonde sans attaches, Aina ! me chuchoté-je à moi-même.

Après avoir mange sans réelle joie, je continue à marcher sans but précis tandis que la nuit est tombée. Pendant toute le durée de ce vagabondage nocturne, je ne me rends pas compte du temps qui passe, jusqu'à ce que je remarque que je croise de moins en moins de gens dans les rues.

A cet instant, je me dis qu'il serait peut-être temps de rejoindre mon hôtel. Je rebrousse donc chemin en fourrant mes mains dans mes poches. L'air s'est rafraichi et, en cet instant, je me fais la réflexion que les mains d'Embry seraient bien pratiques pour réchauffer les miennes. Un sourire remplace mon expression apathique.

Peut-être ai-je finalement tort de me complaindre dans la perte de mon indépendance. Cela ne vaut-il pas le coup de transiger à ces anciennes règles que je me suis longtemps imposée ? Ne sont-elles pas obsolètes ? Plus aucune de ces règles n'a d'importance avec des individus comme les Cullen et les quileutes dans ma vie. Les Cullen sont figés dans le temps, éternels. Pour les quileutes, c'est différent, c'est vrai. Pourtant, j'ai envie de croire que je ne les perdrais pas avant très longtemps. Embry ne m'a-t-il pas promis qu'il ne m'abandonnerait jamais ?

Je sais que je devrais arrêter de me torturer l'esprit avec tout ce qui est de l'ordre du futur, de l'avenir, pour me focaliser sur maintenant, le présent. Je ne peux pourtant pas m'en empêcher parce que ça veut dire perdre le contrôle, et cette idée me rend malade.

Un frisson me traverse alors que je me mets à nouveau à ruminer mes sombres pensées. Quand la pluie se joint à la fraicheur de la soirée, je ne peux m'empêcher de jurer. Décidément, c'est une très mauvaise journée ! Dire que j'avais initialement prévu de m'aérer l'esprit, je me suis bien fourvoyée... Au moins, cela m'aura permis de réaliser de nombreuses choses.

Alors que je relève la capuche de mon ciré sur ma tête, un nouveau frisson me traverse. Pourtant, cette fois, je ne suis pas certaine qu'il s'agisse du froid. Je jette quelques coups d'œil méfiants autour de moi.

Sous la lueur des réverbères, je constate que je suis seule dans cette rue. La situation réunit tous les éléments nécessaires pour effrayer un humain, mais, heureusement, je ne suis pas une simple humaine. J'ai rencontré des vampires et des indiens se transformant en immenses loups, qu'est-ce qui pourrait bien m'effrayer après ça ? Et pourtant…

J'ai rencontré des gentils. Qu'en serait-il si je rencontrais des méchants ? Je ne veux pas vraiment y penser.

Brusquement, alors que j'allais traverser un passage piéton, mon souffle se coupe. Quelque chose vient de me frapper de plein fouet, comme une barre de fer me compressant l'estomac. Quand je rouvre les yeux, je me trouve dans une ruelle sombre, bien loin de la lueur rassurante des réverbères. Comment diable suis-je arrivée ici ?

Guère impressionnable d'habitude, je suis subitement effrayée. Ma terreur s'intensifie quand je rencontre deux yeux rouges brillants me dévisageant avec intensité, puis quand je réalise que la barre de fer qui me comprime contre un mur de pierre est un bras.

L'individu est doté d'une force inimaginable et je devine d'ores et déjà qu'il pourrait me briser en deux s'il le décidait. Ce détail m'aide déjà à deviner à qui j'ai affaire, mais les yeux rouges achèvent de confirmer ma théorie.

Je suis face à un vampire, oui, mais pas un vampire comme les Cullen. Pas un vampire végétarien. Pas un gentil.

Je suis face à un vampire assoiffé de sang humain, un méchant qui a prévu de faire de moi son en-cas. Et je suis seule, désespérément seule, loin de mes amis, les seuls qui auraient eu le pouvoir de me sauver en cet instant.

Alors, les regrets m'envahissent. Pourquoi a-t-il fallu que je m'aventure seule à Seattle ? Pourquoi n'ai-je prévenu personne ? Pourquoi ai-je été aussi stupide ?

En constatant la terreur qui m'a envahie, le vampire affiche un terrifiant sourire, offrant à mon regard des canines pointues, prêtes à se planter dans ma carotide.

Immédiatement, je perds ma capacité à formuler le moindre regret. Il est trop tard pour les regrets.

J'ai envie de crier, de me débattre, mais cela ne sert à rien et je le sais. Si je me suis toujours sentie invincible, soudain, je n'en suis plus aussi certaine.

Face à un vampire, ne suis-je pas qu'une faible humaine, moi aussi ? Se pourrait-il que ma fin soit venue ? Après tout ce temps ? Suis-je sur le point d'être libérée de mon fardeau ? Que penseront mes amis en ne me voyant jamais revenir ? Alice verra-t-elle ce qui m'est arrivé ? Je l'espère. Au moins, mes amis ne resteront pas dans l'ignorance de mon sort.

Tandis que la créature démoniaque relève mon menton d'une main autoritaire et glacée, je la vois de façon un peu floue précipiter ses canines dans mon cou. Je sens ma peau se percer de deux douloureux trous et je me sens défaillir.

C'est donc la fin, pensé-je tandis que mes yeux se remplissent de larmes inutiles.