Je vous retrouve donc déjà avec la suite !

Lolibellule : Merci pour ta mignonne review, je ne peux pas rêver meilleurs encouragement que ça, alors merci beaucoup à toi ! J'espère que je continuerais à t'inspirer et que la suite de l'histoire te plaira tout autant !

Bonne lecture à tous !


20. Agression

Je suis dans un état d'hébétude. Je sens le mur de pierre contre lequel mon dos est écrasé. Je sens mes jambes flageoler sous mon poids, retenues uniquement par la barre de fer contre mon ventre. Je sens la douleur dans mon cou. Pourtant, je suis également ailleurs, comme flottant quelque part au-dessus de mon corps.

C'est le choc que je ressens en tombant au sol qui me fait reprendre toute conscience de la réalité. Le vampire qui m'a attaquée se trouve à quelques mètres de moi. Mes yeux remontent lentement de ses chaussures jusqu'à ses canines, encore découvertes et menaçantes, puis jusqu'à ses pupilles, rougeoyantes et furibondes, rivées sur moi. Au moment où nos regards se croisent, la créature siffle, dans une posture de défense.

Je ne parviens même plus à être terrifiée par la violence de sa réaction. Je suis bien trop sonnée et la situation me dépasse plus que jamais. Suis-je morte ? Suis-je en train d'halluciner ?

Sous ma vision floue, la créature disparaît alors de la ruelle. Si mouvement il y a eu, il a été bien trop rapide pour mes faibles sens d'humaine, car je suis désormais seule.

Par réflexe, mes mains se portent à mon cou. Je m'attends à les ramener tâchées de sang frais, mais rien de tout ça. Au toucher, mon cou me semble presque immaculé. En ramenant mes doigts sous mes yeux, je n'y découvre que des quantités infimes de sang, comme si je n'avais fait que m'écorcher un peu. Alors quoi ? Ne devrais-je pas avoir été vidée mon sang maintenant ? Dans le cas contraire, vais-je me transformer en vampire ?

Je reste de longues minutes affalée contre le mur, l'esprit totalement embrumé. La réalité finit néanmoins par me ranimer et je trouve la force de me relever. Je dois me rendre à l'évidence : je suis bien vivante. La seule question qui demeure est de savoir comment cela est seulement possible.

Edward avait-il raison ? Mon sang serait-il toxique pour les vampires ? Sinon, pourquoi ce vampire aurait subitement cessé de s'en nourrir ? Edward m'a bien dit que c'était frénétique : une fois leurs canines plantées, il faut aux vampires une résolution très forte pour parvenir à s'arrêter. Or, ce vampire paraissait bien décidé à me vider de mon sang. Il a même paru très en colère en me relâchant.

Ces interrogations passées, je me demande si je suis en sécurité. Le vampire va-t-il revenir me trouver ? Me tuer pour avoir osé l'empêcher de mettre ses plans à exécution ? Après tout, un vampire peut tuer de bien des façons, pas uniquement en vidant un humain de son sang. Ou bien, est-il déjà passé à une autre victime et m'a-t-il oubliée ?

Des suites de toutes ces questions sans réponses, mon instinct de survie finit par reprendre le dessus, se réveillant d'un très long sommeil. Voilà bien longtemps qu'il n'avait plus fonctionné. Voilà bien longtemps que je n'avais plus été terrifiée de la sorte. Pourtant, ce soir, j'ai redécouvert le danger. Et même si je suis encore en vie, je sens toujours la présence d'une menace tout autour de moi.

Je ne veux pas mourir.

Cette constatation me frappe tandis que je me mets à courir, comme si mon corps avait été plus rapide que moi pour le réaliser.

Pourtant, au cours de ma longue vie, j'ai souvent souhaité mourir. Je me suis souvent dit que ça aurait été plus simple que ma vie touche à sa fin, parce que j'en avais marre de cette vie insensée.

Mais maintenant, tout semble différent. Maintenant, je ne suis plus seule. Maintenant, il y a des gens que j'aime et qui m'aiment en retour. Et ça, ça change tout. Absolument tout.

Je continue donc à courir comme une dératée, perdant peu à peu mon souffle, ne m'arrêtant pas pour autant, même en croisant quelques humains vagabondant encore dans les rues à cette heure tardive, m'observant les dépasser en furie avec étonnement. Je ne m'arrête qu'en parvenant finalement à l'hôtel, me demandent où diable j'ai trouvé les forces et les ressources pour parvenir jusqu'ici sans me perdre et sans cracher mes poumons.

Pourtant, en m'arrêtant enfin, je me trouve soudain obligée de m'asseoir à même le trottoir tandis que je sens mes entrailles me brûler. Une brutale envie de dégobiller me frappe. Le phénomène finit par passer mais me laisse choquée. Je me suis bien rarement retrouvée dans de tels états et je ne me souviens même pas de la dernière fois – si dernière fois il y a eu.

Quand je me suis reprise, je pénètre dans l'hôtel en ne prenant même pas le temps de répondre au salut de l'agent d'accueil, et je me précipite jusqu'à ma chambre, prenant soin de m'y enfermer. Je sais bien que ça n'arrêterait pas le vampire s'il décidait de me traquer jusqu'ici, mais ça me rassure. Je me laisse ensuite retomber sur le lit, le temps de me remettre de mes émotions.

Après quelques minutes de silence pendant lesquelles je me calme progressivement, la sonnerie du téléphone me fait violemment sursauter. Du regard, je cherche le combiné avant de le découvrir sur une applique murale. J'hésite un instant à laisser sonner dans le vide, mais la curiosité finit par me décider. Tremblante, je décroche.

— Allo ?

— Aina ? C'est toi ? s'enquiert une voix aux accents veloutés que je reconnais bien.

La voix semble inquiète mais, ce qui me dépasse le plus, c'est comment cette personne a pu me contacter ici, alors même que je n'avais prévenue personne de ma présence à Seattle, encore moins dans cet hôtel précis.

— Edward ? soufflé-je. Comment…

— Alice, m'explique-t-il aussitôt. Elle t'a vue. Elle a vu ce qui t'es arrivé puis elle t'a vue entrer dans cet hôtel. Le reste a été un jeu d'enfant.

— Mais… insisté-je avant qu'il m'interrompe à nouveau.

— Aina, tu vas bien ?

— Je vais bien, Edward, dis-je avec lenteur. Ça me parait impossible, mais je vais bien. Comment ça se fait ?

— Tu es bien plus puissante que tu ne le pensais, voilà ce qu'il se passe. Mais c'est une bonne chose, Aina. Tu vas bien. Tu es en vie.

— Va-t-il se lancer à ma rechercher ? Alice voit-elle ça ? m'enquis-je.

— Il avait soif de sang, réplique Edward. Tu as contrecarré ses plans mais, quand il a compris que ton sang était anormal, qu'il ne pouvait pas s'en abreuver, il est parti chercher une autre victime. Il n'avait pas le temps de s'attarder. Peut-être pensera-t-il à nouveau à toi plus tard, s'interrogeant, mais il ne se lancera pas à ta recherche. Tu n'es pas sa priorité. Tu rentreras demain et tout ira bien. Voilà ce qu'Alice a vu.

Les paroles d'Edward me mettent du baume au cœur. Ainsi, tout va bien aller. Parce que je fais confiance à Alice et Edward, et si Alice m'a vue rentrer saine et sauve, alors c'est ce qui arrivera. Je sens la tension quitter mes épaules. D'une main, je viens à nouveau caresser mon cou. Il ne subsiste aucune trace de l'attaque, mais elle reste néanmoins bien gravée dans mon esprit.

— Aina ? reprend Edward. Embry est là.

— Quoi ? m'étonné-je. Vous avez prévenu Embry ?

— Non, s'empresse de me détromper Edward. Il… Eh bien, il te cherchait mais, ne te trouvant pas, il a fini par venir jusqu'à nous. Il était très inquiet, Aina.

Une vague de culpabilité me traverse. Voilà que j'ai causé du souci à Embry, ce qui était vraiment la dernière chose que je souhaitais. Aujourd'hui, j'ai vraiment pris les pires décisions possibles.

— Tu peux me le passer ? m'enquis-je.

Je n'obtiens aucune réponse de la part d'Edward mais, soudain, c'est la voix d'Embry qui sort du combiné.

— Aina ? appelle la voix affolée de Embry. Je t'en prie, dis-moi que tu vas bien.

— Je vais bien, Embry. Je suis désolée de n'avoir prévenu personne de ma virée à Seattle. Je ne me doutais pas que… eh bien, que quelque chose du genre se passerait.

— Tu n'y es pour rien, réplique Embry. J'aurais du être là pour te protéger.

— Comment aurais-tu pu l'être ? Je ne t'ai même pas prévenu que j'étais là-bas. C'est entièrement ma faute. Heureusement, tout va bien. Je suis solide, tu te rappelles ? Apparemment plus encore que je ne le pensais. Tu te rends compte, j'ai fait fuir un vampire !

Il acquiesce, se forçant à rire faiblement avec moi. Je ne le sens pas très amusé, mais je ne le suis pas vraiment non plus.

— Embry ? Pourquoi tu me cherchais ?

— Je… Je savais que quelque chose n'allait pas. Je l'ai senti. J'ai paniqué alors je suis venu chez toi. Et puis, quand j'ai constaté que tu n'étais pas là, ni nulle part ailleurs dans le coin, j'ai eu vraiment peur qu'il te soit arrivé quelque chose. Je me suis dis que les Cullen pourraient m'aider. Tu sais, avec le don d'Alice, tout ça…

Je tique un moment sur les paroles d'Embry. Il savait que quelque chose n'allait pas ? Comment diable ?

— Comment… commencé-je avant d'être à nouveau interrompue par le quileute.

— Veux-tu que je vienne à Seattle ? me demande Embry. Si tu me le demandes, je pars tout de suite.

— Quoi ? m'étonné-je. Non, Embry. Ne t'inquiètes pas, je vais très bien et Alice elle-même a dit que je ne risquais plus rien. Je rentrerais demain matin, comme prévu. Tout ira bien.

Je suis gênée par la proposition d'Embry. Ainsi, il serait prêt à une telle folie pour moi ? Au son de sa voix, je sens son inquiétude. Il a presque l'air de se sentir coupable parce que je suis toute seule là-bas, alors même que cela relève de ma responsabilité à moi seule. J'ai décidé de venir ici sans prévenir personne. Je suis la seule fautive.

Quant à ce vampire que j'ai croisé, c'est un manque de chance total. J'ai du me trouver au mauvais endroit au mauvais moment. En tout cas, j'ai maintenant on ne peut plus hâte de rentrer à Forks. Épuisée comme je le suis, il est cependant plus raisonnable que je passe la nuit ici.

— Je ne serais vraiment serein que quand tu seras de retour ici, commente Embry.

— Moi aussi, lui avoué-je. Tu sais quoi ? Je fais la promesse solennelle que j'agirais différemment à compter de maintenant. Plus d'actes impulsifs sans prévenir personne. C'est de sales habitudes dont il faut que je me débarrasse. Tu sais, ça fait si longtemps que je suis seule, je n'ai donc plus pour habitude d'agir comme si quelqu'un se préoccupait de ce qui m'arrivait. Et tu sais, ma ridicule aversion pour les téléphones portables ? Je vais passer outre et je vais m'en procurer un dès que possible ! Plus question que vous soyez sans moyen de me joindre quand je fais ce genre de choses stupides. Je suis si désolée de vous avoir tous inquiétés.

— Ce n'est pas grave, Aina, m'arrête Embry. Ne t'en veut pas. Tu ne pouvais pas savoir. Je suis juste soulagé que tu n'ais rien. S'il t'était arrivé quoi que ce soit de grave, je ne suis pas sûr que…

Il s'interrompt, comme à court de mots, et je ne sais pas quoi répondre.

— Je serais là demain, à ton arrivée, reprend-t-il.

— Tu n'es pas obligé, Embry. Ça va aller.

— J'y tiens, rétorque-t-il. Je serais là.

— D'accord, soufflé-je.

Malgré tout, savoir qu'il sera là me rassure. Je sais d'ores et déjà qu'il me prendra dans ses bras et que je me sentirais tout de suite mieux. Aussi bien qu'Edward peut lire les pensées et Alice voir des visions du futur, le don d'Embry est de m'apaiser par son contact.

J'échange encore quelques paroles avec Embry, puis je lui demande de remercier Alice pour moi, pour le réconfort que ses visions m'ont apportées. Je sais bien que je ne vais pas dormir sur mes deux oreilles pour autant, mais je me sais en sécurité et c'est le principal.

Je raccroche ensuite à regret, me retrouvant à nouveau seule avec moi-même dans cette grande ville qui me semble soudainement pleine de dangers. Je déteste me sentir si faible, si exposée.

En toute une existence, je n'avais jamais croisé le moindre vampire. Il a fallu que je débarque à Forks pour que le monde surnaturel auquel les Cullen et les quileutes appartiennent me frappe de plein fouet ? Cela me donne l'impression que je ne suis pas au bout de mes surprises. D'autres dangers sont-ils à craindre ? Je ne suis plus sûre de rien maintenant.

Je m'efforce de trouver le sommeil mais je ne fais que m'assoupir par intermittences. Tôt le matin, je range mes affaires dans mon sac – que j'avais à peine défait – et descends à la réception pour rendre mes clés. Je rejoins ensuite le parking souterrain de la veille et retrouve l'habitacle rassurant de ma voiture.

Pressée de m'en aller d'ici, j'enclenche le contact et trouve la sortie du parking. Je me mets ensuite en route et je parviens à nouveau à respirer plus sereinement. Assez ironiquement, je remarque que m'éloigner de Forks m'avait fait le même effet. Maintenant, c'est l'idée de m'en rapprocher qui m'apaise.

Si je n'étais pas particulièrement pressée à l'aller, c'est différent pour le retour. J'appuie plusieurs fois avec un peu trop d'entrain sur l'accélérateur, ne parvenant que très difficilement à me raisonner.

Mais j'ai si hâte de retrouver Forks. J'ai si hâte de retrouver Embry.

Jamais trajet ne m'a paru si long, mais je finis par retrouver les routes familières qui mènent à la petite bourgade de Forks. Quand il se met à pleuvoir, à mon approche, je suis presque heureuse. Finalement, Embry avait raison. Il semblerait que la pluie ne soit pas si mal et que je commence même à l'apprécier.

Quand j'arrive chez moi, je découvre Embry sur le perron. Il se lève en reconnaissant ma voiture et en constatant que c'est bien moi qui suis de retour. Je me dépêche de sortir, laissant mon sac sur la banquette arrière, et je cours me réfugier dans les bras du quileute.

C'est quand il me serre dans ses bras que je réalise combien j'avais besoin de ça, combien j'ai eu peur la veille lorsque ce vampire m'a attaquée. Maintenant que j'ai retrouvé Embry, tout va enfin mieux.

La chaleur de son corps est réconfortante, la force avec laquelle il me sert contre lui est sécurisante. Si je n'ai jamais eu besoin de personne pour me protéger, m'efforçant de toujours me débrouiller seule, j'ai le sentiment qu'il m'a quand même toujours manqué quelqu'un sur qui me reposer de temps en temps.

Je pense que j'ai eu tort de croire que je pouvais demeurer seule pour toujours. Personne ne peut demeurer entièrement seul face aux épreuves sans éprouver le besoin d'avoir quelqu'un sur qui compter. Je pensais que j'étais différente mais j'avais tort. Je m'en rends maintenant compte.

— Embry ? soufflé-je, la tête dans sa nuque.

— Oui ?

— Je t'aime.

Les mots sont sortis tous seuls. Je ne les ais même pas prémédités. J'avais pensé dire quelque chose comme « je suis contente que tu sois là » ou bien « merci de m'avoir attendue ici », mais c'est ces trois mots là qui sont sortis de ma bouche. Je n'avais même pas conscience que j'éprouvais ce sentiment avant de prononcer les mots. Probablement que le sentiment était déjà présent en moi, et que ce qui m'est arrivé cette nuit a précipité son émergence, comme une urgence à exprimer avant qu'il ne soit trop tard. J'en suis simplement la première surprise.

L'amour. Est-ce donc ça ? Est-ce déjà ce que je ressens pour Embry ? La rapidité de la naissance de ce sentiment m'effraie, mais je suis bien obligée d'admettre que, oui, c'est ce que je ressens. J'aime Embry. Inutile de continuer à lutter contre moi-même. Il est temps que j'assume mes sentiments.

Le quileute me relâche soudain, choqué. Son visage se positionne face au mien, ses pupilles cherchent les miennes. Sa réaction m'effraie. Lui ai-je fait peur ? Vais-je beaucoup trop vite ? Pourtant, je suis vite soulagée en lisant dans ses yeux que mon sentiment est partagé. Non, Embry n'a pas pris peur. Il est heureux.

— Je t'aime aussi, Aina, me dit-il avant de m'embrasser fougueusement.

Juste comme ça, j'oublie tout le reste. J'oublie la frayeur que j'ai ressentie après l'attaque que j'ai subie. J'oublie ma peur à l'idée de perdre le contrôle sur ma vie. J'oublie mes inquiétudes à l'idée de m'attacher irrémédiablement.

De toute façon, il est déjà trop tard. Je n'ai donc plus qu'une solution : profiter de l'instant présent pendant qu'il dure. Tant pis pour le reste. Tant pis pour le futur incertain auquel je m'expose.

Tant pis.