Bonjour !

Je vous souhaite à tous et toutes une très jolie année 2021 ! Je vous l'accorde, elle commence de façon particulière, mais tâchons de garder espoir !

WhiteAir : Merci beaucoup pour ta review. C'est vrai que c'était un joli chapitre, bien plus positif que celui d'avant ! Et celui d'aujourd'hui est dans le même ordre, autant commencer l'année sur une note positive après tout ! Et c'est vrai que Leah n'a pas véritablement gâché quoi que ce soit pour le coup, tant mieux d'ailleurs ! Encore merci de prendre le temps chaque semaine de me laisser un commentaire :)

Bonne lecture !


22. Imprégnation

Alors qu'Embry s'est de nouveau invité par ma fenêtre, le soir suivant, signe que c'est définitivement en train de devenir une sale habitude, je repense à ma conversation avec Leah. L'imprégnation. Serait-ce le bon moment pour évoquer le sujet avec Embry ?

— Embry ? m'enquis-je.

— Oui ? répond-t-il, la tête dans l'oreiller.

Je m'amuse de son épuisement.

— Si tu es aussi épuisé, pourquoi diable t'es tu donné la peine de venir jusqu'ici ? N'aurais-tu pas été mieux chez toi ? Pas que je me plaigne, bien au contraire, tu sais comme je suis contente de t'avoir ici, les draps sont d'ailleurs bien plus chauds quand ta peau les réchauffe, mais…

— Je ne serais pas mieux chez moi parce que tu n'y serais pas, réplique-t-il.

Un sourire étire mes lèvres.

— Et même si tu te trouvais à plusieurs centaines de kilomètres d'ici, ça en vaudrait toujours la peine, insiste-t-il.

— Là, tu me flattes.

— Ce n'est que la plus sincère vérité, Aina. Tout le temps que je peux passer à tes côtés, je le prends.

— Aurais-tu peur que je m'enfuis ?

— Bien sûr que non. Tu sais ce qu'on dit, « profiter de chaque jour comme si c'était le dernier ». Ben c'est ce que je fais. Et si c'était mon dernier jour, je voudrais le passer avec toi.

Je ris. Si Embry semble parfaitement sincère, je ne peux m'empêcher de trouver qu'il en fait beaucoup trop. L'amour est toujours si rose en début de relation, mais tout ça ne dure jamais.

« Et voilà que tu remets ça avec ton éternel pessimisme… » me seriné-je intérieurement.

Étouffant un soupir, j'entreprends de reprendre le fil de la conversation initiale.

— Embry, je peux te poser une question ?

Il acquiesce, se couchant sur le flanc en soutenant sa tête d'une main. Il me regarde, dans l'attente de ma question. Soudain, je ne suis plus si sûre de vouloir poser la question. Et si Embry le prenait mal ? Après tout, je ne sais absolument pas de quoi je suis sur le point de lui parler. Aussi loin que je le sache, je ne vais peut-être pas du tout aimer la réponse. Inspirant un bon coup, je prends néanmoins mon courage à deux mains.

— Qu'est ce que l'imprégnation ? demandé-je.

Une expression étrange passe sur son visage. Il parait abasourdi, pris de court.

— Comment connais-tu ce mot ? s'étonne-t-il.

N'ayant pas envie de dénoncer Leah, j'élude.

— Est ce vraiment important ? répliqué-je.

— Sûrement pas, non, admet-il.

Pourtant, je vois bien qu'il est très embêté, comme si on avait contrecarré ses plans. Finalement, il soupire, se redresse, et s'empare d'une de mes mains. Curieuse de savoir de quoi l'imprégnation retourne, vu le sérieux avec lequel Embry a pris ma question, j'attends qu'il m'explique.

— L'imprégnation, c'est un truc de loup. C'est le nom qu'on a donné au phénomène : un lien qui s'instaure entre un loup quileute et une autre personne. Un lien indéfectible, inébranlable. Un lien très puissant.

Je penche la tête, pas certaine de bien comprendre.

— Un lien ? répété-je. De quelle nature ?

— Il n'a pas de nature spécifique. Il est simplement… eh bien, comme je l'ai dis, inébranlable.

— Je ne comprends pas. Est-ce que tu parles d'un genre de coup de foudre ?

Embry secoue la tête en grimaçant, comme frustré de ne pas parvenir à mettre de mots sur un concept pourtant évident.

— Ce n'est pas ce que tu penses, rétorque-t-il. L'imprégnation, ça bouleverse jusqu'à notre centre de gravité. Tout tourne autour de la personne qui fait l'objet de l'imprégnation. Mais il n'y aucune obligation : il y a ce lien, il existe, mais on en fait ce qu'on veut. C'est simplement une connexion éternelle entre deux individus qu'on ne peut pas réellement expliquer. Un truc de loup. De l'ordre de la magie qui coule dans nos veines.

— Je suis le genre de personnes qui pense que tout a toujours une raison d'être. L'imprégnation, elle doit bien avoir un rôle, non ?

Embry hausse les épaules.

— Personne ne le sait vraiment. Ça existe juste. C'est un autre truc de loup. Pourquoi nous nous transformons en loups ? Pourquoi tu es ce que tu es ? Autant de questions auxquelles on n'a pas de réponses, parce que ça nous dépasse.

Consciente qu'obtenir une réponse à cette question est effectivement vain, je l'abandonne pour une autre.

— Pourquoi hésitais-tu tant à me parler de ce phénomène ?

— Tu n'as pas une petite idée sur la question ?

Je réfléchis un instant. Si Embry a tant d'hésitation, c'est que l'imprégnation doit le toucher de tout près. Si elle le touche de tout près, et que c'est un sujet qu'il a eu de la peine à aborder avec moi, alors…

— Ce phénomène d'imprégnation, il existe entre toi et moi ? supposé-je.

Embry acquiesce.

— Je me suis imprégné de toi, admet-il en me dévisageant avec ce que j'identifie comme de l'appréhension.

— D'accord, et qu'est-ce que ça implique exactement ? demandé-je, peu sûre de comprendre encore le phénomène.

— Pas grand-chose, à part que je serais toujours là pour toi, Aina. Toujours.

Ce toujours résonne étrangement en moi. Toujours ? Vraiment ? Parce que toujours, quand on n'est immortel, ça peut durer très longtemps. Je me demande si Embry en a conscience.

— J'ai toujours du mal à comprendre, avoué-je.

— C'est parce que c'est différent de ton côté. C'est moi qui me suis imprégné de toi, pas l'inverse. Comme je te l'ai dis, c'est un phénomène propre aux loups quileutes. Tu sais, c'est extrêmement difficile de t'expliquer ce qu'on peut ressentir quand on est imprégné de quelqu'un d'autre. Cependant, je peux te dire que l'éloignement prolongé est très douloureux, voire intolérable. Mais si c'est ce que tu voulais, si un jour tu m'annonçais que tu ne voulais plus de moi, plus me voir ni entendre parler de moi, alors je m'exécuterais, et je te laisserais t'éloigner. J'espère juste que tu ne me demanderas jamais une telle chose…

L'idée semble serrer le cœur d'Embry et je sens mon propre cœur se ratatiner dans ma poitrine. Est-ce ça, le lien d'imprégnation dont Embry parle ?

— J'ignore ce que tu ressens Embry, c'est vrai, dis-je en enveloppant de ma main libre les mains d'Embry sur la mienne, et j'ai du mal à comprendre le phénomène que tu me décris, mais je la perçois aussi, cette connexion entre nous deux. Pourtant, si je suis parfaitement honnête, j'aimerais mieux ne pas la ressentir. Ce n'était pas dans mes plans de... je veux dire, rien de tout ça n'était dans mes plans. Et pourtant, me voilà aujourd'hui, avec toi, et... je t'aime beaucoup Embry, et j'aurais beau essayé de me mentir à moi même, ça ne changera pas.

Je peux presque voir ce que mes paroles provoquent dans le cœur du quileute au travers de ses prunelles, au fond desquelles brûle un feu d'émotions. L'intensité que j'y perçois m'effraie mais, à la fois, l'attraction se fait plus forte encore. Embry a peut-être raison quand il parle de connexion indéfectible, et en l'instant, il me semble impossible de défaire le lien invisible qui nous unit tous les deux. De ce fait, il est certainement inutile de le combattre.

Pourtant, je ne peux m'empêcher de laisser des pensées plus sombres pénétrer mon esprit. Embry sait-il seulement dans quoi il s'engage ? S'il s'en fiche certainement, du fait de l'imprégnation, il est loin de me connaitre vraiment et je ne peux pas l'en blâmer. Je ne suis pas du genre livre ouvert. Pourtant, quoi qu'il soit sur le point de se passer entre lui et moi, cela devra se faire dans la sincérité et il va éventuellement falloir que je me dévoile toute entière au quileute, un jour ou l'autre. Suis-je prête pour ça ? Pas encore, mais je compte bien y aller doucement.

— Les autres loups, sont-ils imprégnés, eux aussi ? m'enquis-je doucement.

— Pas tous, mais la plupart, oui, acquiesce-t-il.

— Sam et Emily ? demandé-je.

Il hoche la tête.

— Paul et Rachel, Jared et Kim, énumère-t-il.

— C'est tout ?

— Quil aussi. Et Jacob.

— Mais, Embry, pourquoi moi ? Pourquoi Emily ? Pourquoi Rachel ? Pourquoi Kim ? Pourquoi elles et moi, et pourquoi pas d'autres ?

— Pourquoi quiconque, Aina ? rétorque Embry. Ça arrive juste, est-on obligé de l'expliquer ? Je pense que ce genre de choses ne nécessite pas d'être compris mais vécu. Il y a ce lien qui me relie à toi et il restera à jamais inébranlable. N'est-ce pas suffisant ?

A jamais. Encore une fois, la notion d'infinité résonne en moi, difficilement appréhendable. Cet infini, partie intégrante de ma vie, m'a toujours effarée. Ce vide immense qui constitue la suite de ma vie. Un vide que j'ai toujours visualisé dans la solitude la plus complète. Pourtant, dans ces images hypothétiques de mon futur, Embry se fait peu à peu une place, et ça m'effraie. Car alors, j'imagine le perdre, et je ne suis pas certaine de pouvoir le supporter. Combien de temps me faudrait-il pourtant pour l'oublier ? Dix, trente, cinquante ans ? Un siècle ? Ma mémoire est si imprévisible.

Désireuse de perdre de vue cette éventualité, je décide de poser les autres questions qui continuent de me tracasser.

— Tu n'as pas vraiment répondu à ma question, tout à l'heure, remarqué-je.

— Laquelle ?

— Pourquoi cette hésitation à me parler de l'imprégnation ?

Il hausse les épaules.

— Je ne savais pas comment évoquer le phénomène. Je ne voulais pas que ça change quoi que ce soit entre nous.

— Pourquoi cela aurait-il changé quoi que ce soit ?

Une nouvelle fois, il hausse les épaules. Je réfléchis un instant à la question avant de décider de cesser : c'est une réflexion pour un autre jour.

— Les autres, ils savent ? m'enquis-je.

Embry acquiesce.

— Impossible de leur cacher quoi que ce soit, tu te rappelles ? D'autant moins quelque chose comme l'imprégnation. Ils savent depuis le jour où nous sommes entrés tous les deux dans la cuisine d'Emily.

— C'est ce jour là que c'est arrivé ?

— La première fois où nos yeux se sont croisés, précise-t-il.

Un frisson me traverse. Des bribes de ce moment me reviennent en mémoire, et tout semble subitement faire sens.

— En tout cas, c'était peu subtil de la part des gars, cette façon de nous pousser l'un vers l'autre.

— Les gars ne sont pas connus pour leur subtilité, admet Embry en s'esclaffant.

— Et si je n'avais pas été plus réceptive que ça, que se serait-il passé ? Je veux dire, tu sais comme j'étais réticente à l'idée de m'attacher à vous tous de façon générale…

— Tu sais, ce que nous avons tous les deux, c'est arrivé, et j'en suis très heureux. Mais si nous n'avions été qu'amis, j'en aurais été heureux aussi. Tout ce que je veux, tout ce dont j'ai besoin, c'est de t'avoir dans ma vie. Rien de plus, rien de moins.

Je ne sais que répondre à ça. Suis-je seulement digne d'Embry et de l'affection qu'il me porte ? Cette affection apparemment totalement désintéressée ? Innocente, presque.

Je repense à Leah. Qu'avait-elle en tête en me parlant d'imprégnation ? Elle m'a dit qu'elle n'approuvait pas le temps qu'Embry mettait pour évoquer le sujet. Pourquoi diable cela l'irritait-elle à ce point ? Devrais-je lui en toucher un mot à l'occasion ?

Et puis, je repense à cette histoire qu'Embry m'a racontée, au sujet d'elle et Sam, et la façon dont Sam l'avait ensuite abandonnée pour Emily. Et je réalise l'élément qui me manquait pour comprendre ce revirement total de Sam : l'imprégnation.

— Oh ! fais-je alors. Sam et Emily. Sam s'est imprégné. C'est pour ça qu'il a rompu avec Leah ?

— C'est partie de là, oui. Ça et le bouleversement qu'il a subi en mutant au tout départ. Mais quand Sam a rencontré Emily… Il n'avait plus aucune place pour Leah dans son cœur, ou du moins, pas à la place qu'elle aurait souhaité. Il continuera toujours à l'aimer, tu sais, simplement plus de la même façon.

Je réalise le ressentiment que Leah doit éprouver à l'égard de l'imprégnation. Le phénomène lui a fait perdre son fiancé, l'homme qu'elle aimait… Pourtant, je ne parviens toujours pas à comprendre en quoi elle pouvait bien en vouloir à Embry. Quel est le rapport ? Il me faudra vraiment éclaircir ce mystère.

— J'ai beaucoup de peine pour elle, lui confié-je.

— Elle n'aimerait pas beaucoup que tu en ais.

— J'en ai conscience. Pourtant, j'en ai. Elle a tout perdu.

Embry reste silencieux. Que peut-il bien ajouter ? Voilà bien longtemps que tous ont de la peine pour Leah. Pourtant, avoir de la peine ne résoudra jamais les dégâts irrémédiables qui ont brisé sa vie passée. Elle ne sera plus jamais la même, ça me parait évident, même pour moi qui ne l'ai pas connue avant tout ça.

— Je connais ce regard, remarque Embry. Tu es en train de chercher comment l'aider, une fois de plus.

— C'est vrai, avoué-je. Mais je ne suis pas sûre que ce soit possible.

— Il n'y a rien de plus difficile que d'essayer d'aider quelqu'un qui ne veut pas être aidé.

— Tu as sûrement raison.

— Mais si quelqu'un peut le faire, alors je sais que ce sera toi.

— Tu m'accordes beaucoup trop de confiance.

— Probablement que cette confiance est méritée.

— Tu parles, Leah n'accepte même pas de me parler.

— Tu trouveras une façon, j'en suis certain.

— Si tu le dis, concédé-je en soupirant.

Soudain éreintée, je me rallonge et me blottis contre Embry. Si j'aimerais réfléchir à toute cette conversation que nous avons eu, j'ai conscience que ce n'est pas une bonne idée. D'abord, il serait préférable que je bénéficie d'une bonne nuit de sommeil avant d'aller travailler le lendemain, et commencer à réfléchir serait le meilleur moyen de passer une nuit d'insomnie. Et ensuite, tout est certainement encore trop frais pour que je puisse réfléchir convenablement. Non, ce soir, je ferais mieux de me contenter de dormir.

J'inhale longuement, respirant avec plaisir la douce odeur de la peau d'Embry, et puis je m'efforce de relâcher tous mes muscles. Quand enfin le sommeil vient frapper à ma porte, c'est le visage de Leah qui hante mes songes.