Hello !
WhiteAir : Aina n'a clairement pas été épargnée par l'existence... Elle ne mérite en effet que du bonheur après tout ça, mais je ne peux rien dire sur ce qui l'attend ahaha ! Il ne nous reste donc qu'à croiser les doigts... Ton enthousiasme fait en tout cas plaisir à lire et me motive beaucoup ;)
Lolibellule : Contente de te retrouver ;) Ooooh, ravie de t'avoir donné l'envie de faire ce marathon Twilight, c'est aussi quelque chose qu'il faut que je fasse, notamment parce que je viens de terminer ma lecture de Midnight Sun ! Et moi aussi j'aurais tellement rêvé d'une suite de l'univers, se focalisant notamment sur d'autres personnages que Edward et Bella... Bref, merci beaucoup pour ton enthousiasme, ça me fait vraiment plaisir, et c'est vrai qu'il y a de quoi être méfiant après toutes les mésaventures qu'Aina a déjà vécu ! On verra comment se passe la suite...
Bonne lecture à tous !
23. Libre arbitre
Pendant les jours qui suivent, je pense beaucoup à l'imprégnation, mais encore plus à Leah. En sachant le rôle que l'imprégnation a eu sur sa vie, j'ai l'impression de mieux comprendre la louve. Et à la fois, je devine que je ne serais jamais parfaitement en mesure de la comprendre, de la même façon qu'elle ne pourra jamais me comprendre. Il faut avoir vécu ces déchirures pour les comprendre. Sinon, la seule chose qu'on puisse faire, c'est de compatir et/ou d'essayer de chercher des façons d'aller de l'avant.
C'est plus ou moins ce que j'ai fais, alors même que je savais que Leah serait particulièrement en colère si elle savait que je cherchais des façons de l'aider. Elle me l'a suffisamment spécifiée : elle ne veut pas de mon amitié ni de mon oreille attentive. Mais, étant celle que je suis, je ne peux m'empêcher d'y penser.
C'est d'ailleurs par le plus grand des hasards que je croise sa route ce jour là. Je ne faisais que me promener le long de sentiers, à la réserve, de façon parfaitement innocente. Embry était au travail mais j'avais voulu m'aérer un peu l'esprit, et j'étais entièrement seule jusqu'à ce que Leah surgisse devant moi. Elle a semblé aussi surprise que moi.
— Oh, c'est toi, se contente-t-elle de dire, une fois l'étonnement passé.
— C'est moi, acquiescé-je. Promis, je ne te suivais pas. Seth ne m'a pas encore demandé de te filer.
Elle ne réagit pas à ma tentative d'humour. Au contraire, elle semble plutôt chercher une façon de me congédier. Je suis même surprise qu'elle cherche à y mettre les formes, elle qui ne se fait habituellement pas prier. Avant qu'elle ne se décide à me fuir, je choisis de la prendre de court. C'est que ça tombe très bien que je me retrouve face à elle, car après avoir tant réfléchi à la situation, j'ai des choses à dire !
— Embry m'a parlé de l'imprégnation, lui dis-je.
Leah plisse les yeux.
— Techniquement, tu lui en as parlé.
Ce nouveau rappel de la télépathie des loups me met un instant mal à l'aise, mais il serait temps que je m'y habitue.
— Mais il allait le faire, tu sais, répliqué-je.
Elle marmonne quelque chose d'incompréhensible mais n'insiste pas.
— Tu sais, je ne comprends pas pourquoi ça te tenait tant à cœur qu'il m'en parle. Qu'est-ce que ça change, au fond ?
La louve lève les yeux au ciel.
— Tu sais, ça ne me regarde pas vraiment. C'est tes affaires, pas les miennes.
— Vraiment ? Pourtant, c'est toi qui m'as parlé de l'imprégnation en premier lieu. De ce fait, ce sont un peu devenu tes affaires à toi aussi.
Je lui adresse un sourire taquin mais, une fois de plus, Leah n'est pas réceptive à mon ton amical.
— Je cherche seulement à comprendre les raisons qui t'ont fait m'en parler, ajouté-je. C'est tout. Je ne comprends pas. Et quand je ne comprends pas, je réfléchis beaucoup.
— Dans ce cas, réfléchis et fais-toi tes propres conclusions.
— Où que me mènent mes réflexions, je doute pouvoir parvenir à penser comme toi. Il semblerait que nous soyons très différentes.
— Crois-moi, tu ne veux pas savoir ce que je pense. Personne ne le veut vraiment. Ceux qui doivent le supporter n'en sont pas très ravis.
— Moi, je le veux.
Elle lève une nouvelle fois les yeux au ciel.
— Je comprends mieux pourquoi tu t'entends si bien avec les buveurs de sang. Toi aussi, dans ton genre, tu es une sangsue.
J'éclate de rire, la prenant au dépourvue. Elle s'était sûrement attendue à me vexer. Il m'en faut pourtant bien plus.
— Écoute, Leah, je suis simplement curieuse de savoir pourquoi tu as insisté pour qu'Embry me parle de l'imprégnation. C'est tout.
— Pourquoi j'ai fait ça ? Parce que j'ai estimé que tu étais en droit de savoir dans quoi tu t'engageais.
— Je ne vois pas bien ce que cela change : avec ou sans imprégnation, c'est du pareil au même.
— Tu trouves ? Bah, tant mieux pour toi alors.
Je lui adresse un regard en biais, interrogateur, auquel elle ne fait pas mine de vouloir répondre.
— Leah, crache le morceau. Je vois bien que tu veux dire quelque chose. Dis-le.
— Non, crache-t-elle presque avant de poursuivre d'un air dédaigneux. Si j'avais le malheur de partager mon avis sur la question, alors ils seraient tous très en colère contre moi. Et très franchement, même si je me fiche pas mal de leur animosité, je n'en ai pas envie pour autant.
— Chacun a le droit d'avoir sa propre opinion. Je ne vois pas en quoi ça peut être si dramatique. Je suis une grande fille. Je sais penser par moi-même.
— Eh bien, je suis contente pour toi. Dans ce cas, comme tu es une grande fille, pense par toi-même.
Et sur ces mots, Leah m'abandonne au milieu du sentier, s'étant déjà éloignée à grand pas le temps que je me retourne.
Cette confrontation avec la quileute me laisse frustrée. Je ne suis toujours pas parvenue à obtenir quoi que ce soit d'elle. J'ai presque eu le droit à plus d'animosité que les autres fois. Je ne dois vraiment pas m'y prendre de la bonne façon.
En soupirant, je me remets en route et poursuis mon chemin jusqu'à un joli spot où je m'installe confortablement sur une souche d'arbre. Là, je me remets à réfléchir.
Au travers de ses propos, je crois comprendre que, pour Leah, l'imprégnation devrait changer les choses pour moi. Mais dans quel sens ? C'est là toute la question que je me pose.
Je m'essaie à un exercice : voir l'imprégnation au travers des yeux de Leah. Pour Leah, l'imprégnation est ce qui lui a arraché l'homme qu'elle aimait. A cause de l'imprégnation, tout l'amour que Sam devait éprouver à son encontre s'est comme évaporé, redirigé vers Emily. D'une seconde à l'autre, sans prévenir, Sam est passé à autre chose.
Comment ne pas détester le phénomène alors ? Néanmoins, je ne pense pas qu'il y ait que ça. Je ne crois pas que Leah ne soit animée que par la rancœur de son remplacement. Ce n'est pas ainsi que je la vois. Non, il y a sûrement autre chose.
L'imprégnation a lié Sam à Emily de façon inébranlable, pour reprendre le mot d'Embry. Encore une fois, tout ça a du être si soudain. En l'espace d'une seconde, tout a été balayé et les cartes ont été redistribuées. Mais cet amour que Sam avait pour Leah, il devait pourtant être bien réel avant ça. Tous les deux étaient fiancés et j'imagine qu'ils étaient fous amoureux. Pourtant, l'imprégnation a tout détruit sur son passage. N'est-ce pas un peu brutal ?
Et là, je crois que je commence à toucher du doigt la problématique que Leah a voulu soulever sans pour autant s'y résoudre. Je sens que j'y suis presque, sans pour autant parvenir à la verbaliser.
Je souffle bruyamment, agitant furieusement mes doigts sur mes genoux. Qu'est-ce que je suis en train de louper ?
Je m'efforce de me replonger dans la tête de Leah. Je suis elle, je vois mon fiancé m'abandonner pour ma cousine, apparemment fou amoureux d'elle. Comment est-ce seulement possible ? Nous allions nous fiancer, nous avions tout un tas de projets de vie et, d'un instant à l'autre, voilà qu'il en aime une autre et qu'il jette toute notre histoire dans les flammes ? Insensé !
Alors, je réalise enfin ce que Leah a du penser. Que la situation était irréelle, que ce n'était pas naturel. Oui, Sam n'était sûrement pas le premier à tomber amoureux d'une autre, certes. Mais que tout l'amour qu'il avait pu avoir pour Leah se soit envolé de la sorte, en un quart de seconde…
Alors, je me demande à nouveau : pourquoi Emily et pas Leah ? Pourquoi moi et pas une autre ? Pourquoi ?
Peut-être est-ce le destin, ce qui ne répond pas à ma question mais reste une hypothèse. Il n'empêche, Sam devait sincèrement aimer Leah, mais le destin en aurait décidé autrement et lui aurait plutôt choisi Emily ? D'ailleurs, il lui aurait même imposé Emily au détriment de Leah. De la même façon que le destin m'aurait imposée à Embry.
Et si Embry avait eu une Leah, lui aussi ? Et si je l'avais remplacée impunément, lui brisant le cœur par la même occasion ? Alors quoi ?
Alors, je prends enfin la mesure de ce que je n'ai fait que toucher du doigt jusque là. Voilà en quoi l'imprégnation peut changer les choses.
J'aime Embry, c'est un fait. Embry m'aime également. Cependant, Embry s'est imprégné de moi alors que je n'ai fais que tomber amoureuse de lui. D'une certaine façon, j'ai eu le choix. Mais si mon raisonnement est le bon, alors Embry ne l'a pas eu. Et, j'en suis persuadée, c'est ça que Leah avait en tête. C'est ça qu'elle a refusé de me dire. C'est le partage de cette idée qui lui aurait attiré l'animosité des autres, parce qu'elle aurait fait germer cette idée dans mon esprit et m'aurait tout fait remettre en question.
Et, effectivement, cela change toute ma perception de la situation. Dès lors qu'Embry m'a rencontrée, il a été confronté au destin : ce destin qui m'a imposée à lui, l'a presque poussé à m'aimer, l'a lié à moi pour toujours sans qu'il n'ait son mot à dire.
Où est le libre arbitre dans cette histoire ? L'ai-je seulement eu, ce libre arbitre ? Et si moi aussi je n'étais guidée que par les effets du lien d'imprégnation ? Comment seulement le savoir ?
Les pensées fusent dans mon esprit, avec une vitesse et une violence qui me font presque tourner la tête. Et alors, j'ai peur, parce que cette prise de conscience que je viens d'avoir, elle change des choses. Elle me fait voir les choses différemment et j'ai l'impression que quelque chose s'est brisé dans l'équilibre parfait qui me maintenait jusqu'alors. Tout n'était donc que factice dans cette perfection ? N'aurais-je pas du m'en douter ?
J'ignore combien de temps je reste assise le long de ce sentier, assaillie par tout un tas de pensées agressives qui me plongent dans une drôle de langueur. Quand Embry surgit et s'installe à mes côtés, je pense un instant à une hallucination avant de réaliser qu'il est vraiment là quand son épaule frôle la mienne.
— Eh, ça va ? me demande-t-il en constatant qu'il n'arrive pas à accrocher mon regard perdu dans les vagues.
Il me faut quelques secondes pour revenir à moi. Je dévisage son expression inquiète et m'empresse de sourire pour le rassurer. Je n'aime pas quand Embry s'inquiète pour moi. Et je crois bien que j'aime encore moins ça maintenant que je ne suis plus très sûre de savoir si c'est vraiment lui qui s'inquiète pour moi, ou bien si c'est seulement l'imprégnation qui parle au travers de lui. Alors, mon sourire disparait, se transformant en une grimace.
— Aina ? s'enquit Embry. Tout va bien ?
— Est-ce que tu m'aimes, Embry ? demandé-je brusquement.
L'inquiétude d'Embry ne semble que s'accroître. Il ne comprend pas bien où je veux en venir. J'imagine comme je dois paraître déphasée en cet instant.
— Si je t'aime ? s'étonne-t-il. Je pensais que tu l'avais compris. Bien sûr que oui. Bien sûr que je t'aime, Aina. Plus que tout au monde, si tu veux tout savoir.
Pourtant, je ne suis toujours pas convaincue. Alors je continue à parler, sans me douter que je risque d'un instant à l'autre de lâcher des paroles regrettables.
— C'est que je ne parviens plus à en être aussi certaine, admets-je maladroitement.
Embry parait plus perdu que jamais. Le fait même que je remette en question son amour semble le laisser profondément abasourdi.
— J'ai beaucoup pensé à l'imprégnation, tu vois. Au concept, à son fonctionnement. J'en suis arrivée à cette conclusion : et s'il n'y avait pas l'imprégnation ? S'il n'y avait que toi et moi ? Si nous n'étions que de simples humains normaux, alors quoi ?
— Avec des si, on refait le monde, me fait-il remarquer. Mais nous ne sommes pas normaux, Aina. Ni toi, ni moi. Je ne comprends pas où tu veux en venir.
— Je crois que je ne le sais pas vraiment non plus, Embry.
Un silence s'installe. Embry parait vouloir parler sans vraiment savoir quoi dire. Je crois bien qu'il est bouleversé mais je ne parviens pas à trouver les mots pour le rassurer. Ces pensées que j'ai eues, je voudrais pouvoir les oublier.
Embry a parfaitement raison : ni lui ni moi ne sommes normaux. Je suis immortelle et il est un modificateur, un loup. Un garçon avec une magie inexplicable qui coule dans ses veines, une magie qui est peut-être responsable, ou pas, de l'amour qu'il ressent pour moi. Et si cette magie est responsable, alors je ne peux m'empêcher de me demander : par mon entrée dans sa vie, ai-je ôté tout libre arbitre à Embry ? L'ai-je privé de tomber amoureux d'une simple humaine ? Lui ai-je retiré la possibilité de retourner à une vie normale un jour, de construire une vie classique, de pouvoir se marier et avoir des enfants ? Ai-je vraiment eu cet atroce effet ? Ou bien Embry m'aurait-il aimé quoi qu'il advienne ?
Je sais bien ce qu'Embry aurait répondu à toutes ces questions si je les avais verbalisées à haute voix. Il m'aurait dit que je me posais trop de questions, que je cherchais trop à expliquer l'inexplicable. Qu'il m'aimait et que c'était tout ce qu'il y avait à savoir. Pourtant, je ne suis pas certaine de pouvoir revenir en arrière aussi facilement maintenant que ces possibilités m'ont effleurées l'esprit.
Parce que le libre arbitre, c'est toujours ce que j'ai chéri dans la vie. Bien souvent, je n'ai pas eu l'impression de l'avoir. Parce que c'est mon immortalité qui a guidé ma vie, qui m'a conduite à abandonner mes enfants, puis, plus tard, en effectuant quelques erreurs entretemps, à cesser de chérir quiconque. Et pourtant, j'ai fini par exercer cette liberté en adoptant une vie de vagabonde. Mais peut-être me suis-je finalement leurrée, peut-être que je n'ai jamais eu le moindre libre arbitre et que tout m'avait finalement destinée à me retrouver ici, aux côtés d'Embry ? Peut-être que le destin m'a eu sous sa coupe tout du long, alors que je me félicitais de l'avoir narguée si longtemps.
Alors, pourquoi moi et pourquoi Embry ?
Pourquoi ?
Cette même interrogation, je la lis dans les yeux d'Embry quand j'accepte finalement de les croiser. Sauf que lui ne se pose pas exactement la même question que moi. Non, Embry doit plutôt se demander pourquoi je fiche tout en l'air, pourquoi je me ferme soudain à lui alors qu'il m'a maintes fois prouvé son amour.
Oui mais Embry est imprégné, et Embry n'a peut-être plus le moindre libre arbitre en ce qui me concerne, comme s'il m'était asservi, et je déteste cette idée. Je déteste tellement cette idée que je ne parviens pas à me l'ôter de l'esprit, comme un refrain infernal et glaçant…
Alors, de rage et de frustration, les larmes se mettent à couler sur mes joues. Parce que ma tête me fait soudain mal, saturée comme elle l'est de pensées parasites. Je laisse Embry m'enlacer, dans une tentative de réconfort, parce que je n'ai tout simplement pas la force de le repousser.
Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais plus. Je suis juste immensément perdue.
