Hellooo !

Réponse à WhiteAir : Ah mais tu sais que ça me frustre aussi énormément de devoir attendre pour vous poster la suite à chaque fois... Sachant que j'ai toujours des chapitres d'avance, mais je fais le choix de la régularité pour ne pas ressentir trop de pression à l'écriture, comme finalement je peux écrire 3 chapitres en un week-end comme ne pas écrire pendant un mois entier parfois. Ahaha j'espère que je ne te cause pas trop de larmes quand même ! Et toi, tes commentaires me font à chaque fois immensément plaisir franchement, je me sens comme sur un petit nuage après les avoir lus ! Donc merci !

Annonce générale : Je voulais juste vous prévenir que mon rythme de publication pourrait potentiellement devenir un peu plus irrégulier, même si je vais m'efforcer de garder le rythme d'un chapitre toutes les semaines. Etant étudiante, j'ai en ce moment beaucoup de travail, et la situation des cours en distanciel n'allège pas le moins du monde tout ça ! Je souhaitais donc vous prévenir, bien que je vais faire mon possible pour pouvoir poster normalement.

Voilà, en attendant, j'espère que vous allez tous bien, je vous envoie une nouvelle fois mon courage face à la situation que nous vivons, et je vous dis à très bientôt !

Bonne lecture !


24. Incandescence

Après ma brutale remise en question des sentiments d'Embry, du fait de l'imprégnation, j'ai demandé un peu de temps au quileute. Du temps pour réfléchir, pour me poser des questions, chercher des réponses.

Néanmoins, je savais qu'il faudrait bien que nous nous confrontions l'un à l'autre à un moment donné. Je savais dès le départ que je ne résoudrais pas ce conflit moral de moi-même.

Non. Sans Embry, je n'y arriverais pas.

Je lui ai donc demandé de passer chez moi après quelques jours de réflexion. Quand il a sonné à la porte, j'ai presque ressenti un pincement au cœur. Comme si l'utilisation de la porte, entrée plus formelle que la fenêtre, son entrée habituelle, démontrait l'atténuation du lien qui nous unissait.

Après quelques banalités, nous sommes vite entrés dans le vif du sujet. Je me suis expliquée auprès de lui. Je lui ai admis mes doutes, je lui ai confié mes inquiétudes. Je lui ai tout dit.

Une fois que j'en ai terminé, Embry parait blessé. Comme si je remettais tout en question d'une atroce façon. Il m'assure qu'il m'aime. J'ai envie de lui dire que ce n'est pas le problème, alors je me répète, j'insiste :

— Mais s'il n'y avait pas l'imprégnation, peut-être que tu ne m'aurais jamais aimé.

— Mais il y a l'imprégnation. Je suis un loup, la magie des quileutes coule dans mes veines et, de ce fait, j'ai la capacité de m'imprégner. Et je me suis imprégné de toi, Aina.

— Et ça ne te gêne pas toi, l'imprégnation ? Tu n'aurais pas voulu avoir le choix ?

— J'ai choisi. C'est toi que j'aime, Aina. N'est-ce pas suffisant ?

Je ne réponds pas. Je n'ai aucun nouvel argument à lui opposer. Toujours cette même question du libre-arbitre. Que puis-je ajouter de plus ?

Embry soupire.

— L'imprégnation, c'est moi. Elle fait partie de moi à part entière. C'est moi qui t'ai choisie. C'est moi qui t'aime. Personne ne m'y a forcé, Aina. S'il te plait, j'ai besoin que tu y croies. Je ne supporte pas d'imaginer que tu puisses douter de la sincérité de mon amour.

— Mais je ne doute pas de ta sincérité, riposté-je. Ce n'est pas de toi que je doute. Je crois juste que tu n'as pas le choix.

— Et même si je n'ai pas le choix ? On s'en fiche non ?

— Pas moi. Moi, je ne m'en fiche pas. Je ne peux pas imaginer te retirer ton libre-arbitre.

— Au diable mon libre arbitre ! Prends tout ce que j'ai, tout ce que je suis, je m'en fiche pas mal. Moi, Embry, je t'aime. Je veux seulement que tu croies en ça. Pas d'imprégnation, pas de magie quileute. Moi, je t'aime.

Je baisse les yeux face au désespoir d'Embry. J'aimerais pouvoir faire ce qu'il me dit, cesser de réfléchir à outrance, cesser de rejeter ses innombrables preuves d'amour. Oui mais je suis moi, et ce n'est pas aussi facile que je le voudrais.

Face à ma réaction, Embry englobe avec lassitude son visage de ses larmes paumes. Il ne sait plus comment agir avec moi et je ne peux pas l'en blâmer. Néanmoins, je sais bien qu'il ne m'en tient pas rigueur. Il devrait, parce que je suis insupportable, mais il ne le fera pas.

Peut-être que c'est ça, le fond du problème. Peut-être que je voudrais qu'il se mette en colère contre moi, qu'il me prouve qu'il ne m'est pas totalement asservi. Qu'il me prouve qu'il est humain et qu'en tant que tel, il ne peut pas me vouer un amour total et parfait. Qu'en tant qu'humain, il ne peut aimer qu'imparfaitement, parce qu'aucun amour ne peut être parfait, dans le fond. Et finalement, peut-être que je ne veux pas d'un amour sans condition. Peut-être que je veux mériter son amour, et ce n'est pas la sensation que j'ai pour le moment.

— Tu sais que je t'aime aussi, finis-je par souffler, me sentant si coupable d'infliger ça au quileute.

Avec espoir, Embry ôte ses mains de son visage et rive son regard sur moi. Il comprend bien vite que rien n'a changé, que je suis toujours campée sur mes positions, mais s'il est déçu, il ne le montre pas.

— Je t'aime, Embry. Ce n'est vraiment pas le problème, tu le sais bien. Écoute, rien n'est jamais simple avec moi. Je crois que tu mérites mieux. Et avant que tu ne me dises que je me trompe : non, c'est la réalité. Tu mérites une vie plus simple que celle que j'ai à t'offrir.

— Tu ne cesses de répéter que je suis aveuglée par l'imprégnation, que je n'ai plus le moindre libre-arbitre, mais n'es-tu pas celle qui s'obstine à contrecarrer mes désirs ? Parce que je ne désire pas une vie plus simple, Aina. Je te désire toi, et si ça implique une vie compliquée, alors je m'en fiche. Je ne veux pas d'une vie plus simple avec une autre femme. J'aimerais beaucoup que tu intègres ça, s'il te plait. Je ne suis pas destiné à une vie simple. Je te rappelle que je me transforme en loups immense…

— Mais tu pourrais faire le choix de recommencer à vieillir, de redevenir normal, autant que faire se peut. Avec moi, tu n'auras pas cette possibilité.

— C'est ma décision, non ?

— Bien sûr.

Ma réponse ne semble pas le satisfaire. Il éclate d'un rire jaune.

— Tu acquiesces mais tu ne penses qu'à une seule chose : « Oui, Embry. Mais tu n'es pas en mesure de prendre de décisions. Tu es aveuglé, tu n'es guère mieux qu'un enfant incapable de prendre la moindre décision raisonné. Tu n'as aucun libre-arbitre. » Et tu veux savoir ce que j'en pense ? Eh bien ça me met hors de moi, Aina. Parce que je m'obstine à te prouver combien tu as tort, mais tu ne m'entends pas. Tu ne m'écoutes pas.

Je reste silencieuse. Les mains d'Embry se sont mises à trembler.

— Et quand bien même je n'ai pas le moindre libre-arbitre, comme tu ne parviens pas à t'empêcher de le penser, alors quoi ? On s'en fiche. Quand je suis avec toi, je suis heureux. Tellement heureux. Pour peu que tu veuilles bien me laisser t'aimer. Ne peux-tu pas faire ça ? Me laisser t'aimer ? Comme avant ? Au diable tout le reste !

J'essaie d'attraper l'une des mains d'Embry, pour l'aider à s'apaiser, mais il se recule.

— Ne t'approche pas plus de moi, Aina. Je ne veux pas te blesser. Je ne suis pas certain de parvenir à me contrôler.

— Je te mets en colère.

Ce n'est pas une question mais une affirmation. Je vois bien que je le mets en colère. Il serait inutile qu'Embry le nie.

— Ton refus de me croire me met en colère, rectifie-t-il néanmoins.

— Autrement dit, c'est moi qui te mets en colère, insisté-je. Mais c'est bien, Embry. Tu as toutes les raisons du monde d'être en colère. C'est une émotion saine qu'il faut bien souvent extérioriser à défaut d'exploser.

— Crois-moi, j'en ai bien conscience. Je t'ai déjà raconté combien la rage était démultipliée chez nous, les loups quileutes. Seulement, je ne pensais pas que je me mettrais dans un tel état en ta présence un jour.

Je tente de m'approcher à nouveau mais Embry recule encore de plusieurs pas pour se mettre hors de ma portée.

— Arrête ! s'énerve-t-il. Tu veux que je te fasse du mal ? Tu sais que je ne me le pardonnerais jamais. Tu sais comme Sam s'en voudra éternellement pour Emily. Ne m'impose pas ça à moi aussi.

— Je ne suis pas Emily. Je suis solide. Et je te fais confiance. Je sais que tu te contrôles mieux que tu ne le penses.

— Ha ! s'esclaffe-t-il faussement. Comme tu te trompes, Aina.

— Mais si, insisté-je.

— Je trouve ton comportement bien versatile, remarque-t-il avec une pointe d'exaspération dans la voix.

Je ris. Aussi étonnant que ça puisse paraître, j'aime l'agacement qui pointe dans sa voix. J'aime pouvoir lui inspirer autre chose que de l'amour, de l'affection, du désir, de l'admiration. Quelque chose de plus négatif, mais de plus humain en même temps. Parce que je ne suis pas parfaite, je ne l'ai jamais été, et je ne souhaite pas qu'Embry ait une image idéale de moi. Je ne veux pas que nous soyons fusionnels au point de ne jamais pouvoir nous agacer l'un et de l'autre, comme des humains normaux le feraient.

En s'agaçant de mon comportement, Embry est peut-être en train de m'apporter la preuve que j'avais besoin, celle qu'il m'aime bel et bien, mais qu'il n'est pas non plus prêt à accepter mes accès d'humeurs irraisonnés. C'est cette imperfection que je veux, parce qu'après avoir vécu plusieurs siècles, je ne désire pas la perfection. La perfection me révulse même.

— Je suis contente que tu t'en rendes compte : tu vois que je peux être très agaçante, noté-je.

— Je ne suis pas aveugle, réplique-t-il. Personne n'est parfait. Tu ne fais pas exception. Mais je t'aime pour celle que tu es, avec tes imperfections. N'est-ce pas ça, l'amour ?

— Si, c'est la définition que j'en ai aussi. Et même quand on aime quelqu'un, il peut aussi nous mettre hors de nous parfois.

— Je rêve où c'est précisément ce que tu voulais : que je me mette en colère ?

Cette idée parait faire enfler un peu plus sa rage, bien que je constate qu'il combatte ce nouvel accès d'humeur en serrant les dents.

— Non, ce n'était pas volontaire, réfuté-je. Néanmoins, je suis contente que tu le sois, en colère, si tu veux tout savoir. Je crois qu'on en avait besoin tous les deux.

— Tu es contente ? relève-t-il. Alors que tu sais comme la colère peut avoir de dramatiques conséquences pour nous ? Es-tu à ce point insouciante ? Te préoccupes-tu donc si peu de ta vie ?

Cette fois, je lui jette un regard noir.

— Si je me préoccupe peu de ma vie ? Je suis immortelle, Embry. Immortelle. Voilà bien longtemps que ma vie a cessé d'avoir de la valeur à mes yeux, si tu veux tout savoir. Elle aurait du cesser il y a bien des décennies. Sauf qu'elle ne cesse toujours pas, et je te défie de vivre le nombre d'années que j'ai vécues et de continuer à accorder le moindre sens à ta vie.

J'ai été sèche, plus sèche que je ne le voulais. Cependant, Embry a touché la corde sensible. Il semble en prendre conscience et ses tremblements cessent légèrement tandis que son regard se radoucit.

— Je suis désolé, Aina. C'est juste que, t'entendre dénigrer ainsi ta vie, ça m'est insoutenable. Je ne remets pas en cause ton ressenti. Je ne peux que l'imaginer, pas le comprendre, je le sais bien. Mais ma vie n'a aucun sens sans la tienne, comment veux-tu que j'envisage un seul instant ce que tu me dis ?

— Je ne te le demande pas. Néanmoins, si je peux donner le moindre sens à ma vie aujourd'hui, je te le devrais à toi, Embry. Cependant, là n'est pas la question. Je suis désolée de me réjouir de ta colère, Embry, mais c'est la première fois que je la vois diriger à mon encontre, et oui, ça me réjouit. Tu sais pourquoi ? Parce que pour la première fois, j'ai l'impression de me sentir vivante. J'en ai marre que tout le monde m'apprécie, que tout le monde cherche à éviter de blesser mes sentiments. C'est peut-être ridicule, à la limite du masochisme, mais j'ai besoin de ressentir d'autres choses. Et ta colère, elle me vivifie en ce sens. Et puis, que je puisse t'inspirer de la colère, ça rend ton amour plus vrai à mes yeux.

— Il n'empêche que c'est très risqué que je me mettre en colère, Aina, insiste Embry.

— Je le sais. Je suis désolée. J'ai dépassé les bornes.

Je laisse quelques secondes supplémentaires à Embry puis, voyant que ses tremblements ne se voient pratiquement plus, je m'approche doucement de lui. Après un premier geste de recul, il se fige et me laisse approcher. Tout doucement, je me glisse entre ses bras et il les replie délicatement autour de moi. Il ne se fait toujours pas confiance et reste sur ses gardes. Pourtant, bientôt, il ne demeure plus aucune trace des tremblements. Lui comme moi nous détendons alors et nous abandonnons dans notre étreinte.

Je serre Embry avec force contre moi, ce qu'il me rend bien. Bien plus qu'à l'ordinaire, lui qui s'efforce toujours de ne pas me briser, me considérant comme une petite chose fragile. Sauf que cette fois, je crois qu'il a revu son évaluation à la hausse : peut-être ne suis-je pas aussi fragile qu'il le pensait. Peut-être suis-je plus que la gentille et douce Aina. Peut-être suis-je plus que ça, en effet.

— Et maintenant ? demande finalement Embry après un moment.

— Alors je t'aime. Je t'aime et tu m'aimes. Et je crois que ça me suffit.

— C'est vrai ? Qu'est-ce qui a changé ?

— Ce qui a changé, c'est que tu t'es mis en colère. Tu t'es mis en colère parce que je me suis montrée hautement agaçante. Et j'ai cru que tu allais encore chercher à défendre mon comportement, à m'idéaliser, parce que je pensais que c'était ce que l'imprégnation te pousserait à faire, mais tu ne l'as pas fait. Tu m'as démontré que j'avais tort. Voilà ce qui a changé.

— Je ne suis pas certain de tout comprendre, mais ça me va.

Je souris contre son torse. Je sens une douce chaleur monter en moi, gonflant progressivement, jusqu'à devenir incandescente. Je m'inquiète un instant du phénomène avant de comprendre de quoi il s'agit : un désir brut et incontrôlable. Une émotion que je ne me rappelle pas avoir jamais ressenti. Ou une émotion que j'avais jusqu'alors oublié.

Alors je m'accroche au cou d'Embry sans prévenir et me jette avec fougue sur ses lèvres, le prenant au dépourvu. En prenant conscience de mon humeur, il accroche d'une paume l'arrière de ma tête et saisit de l'autre le bas de mon dos, me collant un peu plus contre son corps.

A nous deux, ainsi emboités l'un contre l'autre, j'ai l'impression que nous ne formons plus qu'une énorme flamme incandescente, prête à enflammer quiconque l'approcherait. Nous nous laissons rapidement emporter par cette passion, prêts à assouvir nos désirs par tous les moyens possibles et imaginables. Nous en oublions tout le reste. Tout sauf nos corps enflammés ne faisant un instant plus qu'un, dissipant les frontières de nos corps.