Bonjour tout le monde !

Tout d'abord, milles excuses pour la longue absence qui a été la mienne !

Etant étudiante, j'ai eu une fin de semestre chargée et surtout stressante, et j'ai ressenti le besoin de m'éloigner de l'écriture un moment. Je ne suis pas tout à fait remise dedans au moment où j'écris ces mots, mais je vais avoir plus de temps disponible pour m'y remettre sérieusement ! J'ai encore quelques chapitres d'avance qui vont me permettre de reprendre un rythme de publication normal d'un chapitre par semaine, et j'espère pouvoir reprendre l'écriture de la suite tout en vous proposant des chapitres de qualités.

J'espère vous retrouver au rendez-vous malgré la longue attente. Je reviens dès le week-end prochain avec un nouveau chapitre sur le présent de Aina et dans lequel sera présent ce cher Embry !

Et avant de vous laisser à l'extrait de carnet du jour, quelques réponses aux dernières reviews :

Noour : Je te remercie pour ta review, effectivement, Aina a trouvé sa place et ça fait plaisir à voir ! On en apprendra enfin plus sur cette femme dans de prochains chapitres !

Ivana : Merci pour ton commentaire... Je suppose ? Je ne suis pas fermée à la critique, bien loin de là, mais si tu pouvais développer un peu ça m'aiderait à m'améliorer !

Et maintenant, je vous souhaite une bonne lecture et vous dis à bientôt (pour les survivants qui sont encore présents) !


Carnet n°4 : Partie 3

En retrouvant les lieux que j'avais quittés si précipitamment auparavant, le village où j'avais partagé mes derniers instants avec mes enfants, tout un flot de souvenirs m'a frappé. Des souvenirs pourtant flous, parce que tout s'était passé si vite à l'époque. Encore aujourd'hui, j'ai du mal à réaliser que tout cela s'est bien produit.

Pour mon retour en ces terres hostiles, j'ai caché mes cheveux sous un foulard coloré. Ils sont ceux qui me rendent d'autant plus reconnaissables. Depuis la dernière fois, il a du s'écouler environ une quinzaine d'années. Si certains m'ont peut-être déjà oubliée, je dois pourtant m'efforcer de demeurer prudente.

Avec tout ce temps qui a passé, j'estime que Søren sera maintenant âgé d'un peu plus de 30 ans, tandis qu'Ellen devrait être très proche aussi de cette nouvelle dizaine. Mes enfants que j'ai eu l'opportunité de voir doucement atteindre l'adolescence, puis toucher du doigt l'âge adulte en ce qui concerne Søren. Mes enfants que je continuerais à jamais à considérer comme des enfants, mais qui sont pourtant devenus grands, et je n'étais pas là pour y assister. Cela continue de me briser le cœur, mais en arpentant les terres que mes enfants ont peut-être continué à arpenter après mon départ, je me sens un peu plus proche d'eux que je ne l'ai été depuis longtemps.

Je ne sais pas encore si je vais les retrouver. Je ne sais plus depuis tant de temps de quoi est faite leur existence et où elle se déroule. Je me suis toujours dit qu'ils avaient du rester ici, parce que c'est là qu'ils avaient l'air de sentir chez eux à l'époque. Mais qu'en sais-je ? Voilà tant de temps que je n'ai plus eu de leurs nouvelles. Et s'ils avaient migrés vers d'autres terres ? Et si un drame était survenu ?

Il m'aurait été impossible de le savoir. Mais j'ai espoir que mon instinct de mère soit le bon : mes enfants sont là, tous proches, et j'aurai bientôt l'occasion de les revoir. Je veux y croire.

Et pourtant, cette perspective m'effraie de plus en plus. Resurgir dans leurs vies après tant de temps, n'est-ce pas égoïste ? Je ne sais même pas ce que je pourrais leur dire. Et s'ils prenaient peur en me voyant apparaître au coin d'une rue, telle un fantôme ? Ne serai-ce pas plus altruiste de ma part de les laisser poursuivre leur vie dans l'ignorance de mon sort ? Que préféreraient-ils ? Comment seulement le deviner ?

Impossible, encore une fois. Je vais donc devoir prendre une décision et en assumer les conséquences. Dans tous les cas, je veux au moins savoir si mes enfants vont bien, s'ils sont heureux. Au moins ça.

xxx

Après maintes réflexions, m'est venue la certitude que ne pas me manifester auprès de Søren et Ellen, s'ils vivent toujours dans la région, serait la meilleure chose que je puisse faire pour eux. C'était une décision déchirante, la pire que je puisse faire en tant que mère : me refuser l'opportunité de prendre mes enfants dans mes bras après un temps infini passé loin d'eux. Pourtant, cette décision a été remise en cause par les circonstances. Je suppose que j'en suis heureuse, dans le fond, au moins par égoïsme.

James et moi arpentions les rues du village, nous fondant dans la masse. Je m'efforçais de garder les yeux baissés pour n'attirer l'attention de personne, tout en jetant quelques coups d'œil par ci par là. Tout ça, c'était jusqu'à ce que je croise le regard de mon portrait craché dans la foule.

Les mêmes cheveux blonds vénitiens que les miens et un visage pâle parsemés de quelques tâches de rousseurs un peu plus éparses. La surprise qui est alors apparue dans les yeux de la fille était un miroir à la mienne.

Ellen. L'évidence m'est tout de suite apparue. C'était ma fille qui se trouvait là, à quelques mètres de moi.

Ma propre réaction m'a surprise. J'ai pris peur. Une peur violente qui a compressé ma poitrine, libérant une décharge d'énergie insensée me poussant à fuir. Sur le moment, je n'ai pas été en mesure de combattre cet instinct absolument stupide me poussant à m'éloigner de ma fille que j'étais précisément venue voir. Oui mais je n'avais pas prévu qu'elle me voit, et c'est cela qui m'a fait paniquer.

J'ai donc entraîné James à ma suite et nous avons rebroussé chemin pour nous éloigner du village. Mon compagnon n'a pas cherché à comprendre pourquoi j'agissais ainsi, se contentant de me suivre. Je n'ai pas osé regarder derrière moi pour voir si Ellen me poursuivait, mais mon instinct me disait qu'elle le faisait.

C'est une fois que nous avons eu quitté la foule que j'ai entraîné James à l'arrière d'une maisonnette manifestement abandonnée. J'ai serré sa main avec force, le cœur battant à l'idée de voir apparaître Ellen au coin de la maison. Pourtant, les secondes passèrent et elle n'apparaissait toujours pas. J'en ai déduit qu'elle ne m'avait pas poursuivie. Le soulagement et la déception m'ont envahie, contradictoires, jusqu'à ce qu'Ellen fasse finalement son apparition.

Je suis restée bouche bée. Elle aussi. Et puis ma petite fille s'est précipitée vers moi, s'est jetée dans mes bras, et plus rien d'autre n'a alors existé à mes yeux.

Il m'est impossible de décrire tout ce que j'ai pu ressentir en cet instant, mais tout peut se résumer en un amour inconditionnel.

Puis, quand le moment fut passé, j'ai pu contempler ma fille à loisir, ma fille qui avait grandit jusqu'à sembler plus âgée que moi. Quelle sensation étrange c'était là.

Avant qu'Ellen ne me demande quoi que ce soit, je lui ai demandé de me parler de sa vie, comme un désir alarmant de tout savoir sans attendre. Elle m'a apprit qu'elle s'était mariée avec le fils de la famille chez qui nous avions auparavant travaillé toutes les deux, qu'ils avaient aujourd'hui trois enfants, qu'une nounou s'occupait d'eux à l'instant même où nous parlions. Puis, sans que je le lui demande, elle m'a appris que Søren était lui aussi marié et papa de deux petites filles.

La nouvelle ne m'a pas surprise mais j'ai été ébahie d'apprendre tous ces changements dans la vie de mes enfants, la façon dont ils avaient évolué, là où ma vie semblait s'être interrompue à l'instant même où je les avais quittés. Oh, j'avais vécu des choses, c'était certain. Mais dans la façon dont j'apparaissais aujourd'hui à ma fille, j'étais toujours la même.

Ellen m'a alors demandé ce que je comptais faire. Elle n'était pas dupe : elle savait pertinemment que rester ici, me réinstaller aux côtés de mes enfants, m'était impossible. C'était trop dangereux, pour moi comme pour eux. Je lui ai avoué que je ne savais pas, que j'étais venue uniquement pour m'assurer que tous les deux allaient bien, mais que j'ignorais encore ce que j'allais faire par la suite. Ellen m'a confié son regret de ne pas pouvoir m'avoir à ses côtés, mais voilà bien longtemps que ma fille a pris conscience des contraintes qui pèsent sur moi à cause de ma condition. Elle a donc toujours envisagé la situation avec maturité, se résignant à accepter ce qu'elle ne pouvait pas avoir, à savoir une vie normale avec sa mère à ses côtés.

Comme il était risqué pour nous d'apparaître ensemble en public, d'autant plus en ce lieu, nous avons toutes les deux convenues qu'il faudrait que nous nous revoyions ailleurs. Je lui ai appris que James et moi logions dans une auberge dans un village alentour. Je l'ai invitée à venir nous y retrouver avec Søren si elle le pouvait, pour que l'on puisse parler plus librement qu'ici. Elle a acquiescé, m'a observé gravement une dernière fois avant de me dire ceci « Ne t'en va pas avant que j'ai pu te dire au revoir. Je t'en prie, ne disparais pas avant que j'ai pu avoir cette opportunité. Tu me le promets ? »

Alors, j'ai promis. Et Ellen s'en est allée, de l'inquiétude dans le regard malgré ma promesse. Puis James et moi sommes repartis à notre tour, en silence, lui n'osant pas me demander comment je me sentais, et moi perdue dans un dédale d'émotions mêlées que je ressens encore au moment d'écrire ces mots.

J'ai hâte de pouvoir revoir mes deux enfants réunis. En espérant que cette rencontre puisse avoir lieu, car je n'ose pas trop espérer, de peur que tout s'écroule de façon inattendue.

xxx

Avoir revu mon Søren, devenu un homme et un père… Mes deux enfants tous deux devenus parents, tous deux menant leur propre vie sans plus avoir besoin de moi depuis si longtemps…

Une part égoïste de moi en est triste, parce qu'une mère voudrait toujours que ses enfants aient besoin d'elle, c'est pourtant un rêve bien naïf. Au contraire, je sais que je devrais être heureuse qu'ils aient ainsi réussi à s'en sortir seuls, sans moi. Mais cela fait pourtant si mal, je n'ai pas pu voir leurs enfants naitre, pas pu les tenir dans mes bras, ni pu assister aux mariages de mes enfants et aux différentes étapes de la vie qu'ils ont traversés. Et je n'assisterais pas à la suite non plus, car cela m'est impossible, quand bien même j'aimerais que tout soit différent.

Mes enfants ne m'en veulent pas. Ils le comprennent, et ce depuis toujours. Ils ont du murir avant l'heure et ont depuis longtemps accepté que leur mère ne pourrait pas faire partie de leur vie. Ils s'y sont résignés et je ne peux pas m'en offusquer, car c'est l'unique possibilité que nous avons, pour les protéger eux et pour me protéger moi également.

Mais les avoir revus… Je chérirais toujours ce souvenir. Cette opportunité de leur parler une dernière fois, de leur dire à quel point je les aime, à quel point je suis désolée de ne pas pouvoir être à leurs côtés… Elle était inespérée mais, grâce à James, j'ai pu le faire, et je lui en suis tellement reconnaissante.

Je ne sais que dire de plus. Je pleure déjà mes enfants. J'aurais voulu rester plus longtemps à leurs côtés, mais ce serait nous faire du mal inutilement. Ma vie n'est pas ici et il est inutile que je me leurre.

Mes enfants m'aiment, en dépit de tout, ils continuent à m'aimer et à penser à moi, le savoir m'aide à éprouver moins de regrets.

C'est injuste, mais c'est ainsi. C'est ainsi depuis toujours et, à priori, cela sera ainsi pour toujours.

Aussi triste que cela soit, je m'y suis résignée. Mes larmes n'y changeront rien.