Bonjour à tous !

Tout d'abord, je suis désolée pour l'irrégularité de ma publication ces derniers temps. J'écris peu en ce moment mais je reprends petit à petit. Cette histoire ne restera pas inachevée, c'est promis !

Merci pour les lecteurs/lectrices qui continuent à lire cette histoire malgré tout, et merci à WhiteAir pour sa dernière review :)

Aujourd'hui, je vous laisse avec un extrait de carnet. Le prochain chapitre sera un chapitre calme, mais le suivant contiendra beaucoup de révélations et j'ai hâte de vous le poster ! Si tout se passe bien, les prochaines publications se feront sans retard (au moins les deux prochaines) !

Bonne lecture à tous !


Carnet n°5

Le retour en France a été très difficile. Il m'a fallu à nouveau quitter les terres que j'ai longuement arpentées au cours de mes dernières années de vagabondage. J'ai beaucoup voyagé en Angleterre, en Irlande, en Ecosse, tout ça à l'aveuglette, ne sachant où me rendre, puisque le seul endroit où j'aurais voulu être, en compagnie de mes enfants, m'était interdit. Par contrainte mais également par choix, un choix mûrement réfléchi pour leur bien, du moins j'espère ne pas avoir fait une erreur. D'autre part, si ce retour est difficile, c'est parce que je suis éperdument seule. La dernière fois que j'avais posé pied en France, ce n'était pas le cas car j'étais en compagnie de James.

Ecrire le prénom de James m'est difficile. J'avais cessé de consigner mes pensées pendant longtemps, mais à l'époque, l'idée de consigner par écrit la perte de James m'était insupportable. J'aurais voulu que rien de tout ça n'arrive, mais je suis bien placée pour savoir qu'il n'y a jamais de retour en arrière.

J'ai toujours su que je ne pourrais pas garder mon ami pour toujours à mes côtés. Cela aurait d'ailleurs été égoïste de le monopoliser ainsi, même si lui le souhaitait de façon incompréhensible. L'avoir perdu est néanmoins une douleur à vif, une énième douleur parmi toutes les autres pertes que j'ai déjà subies auparavant.

Ne pas savoir s'il est mort ou en vie, c'est sûrement le plus dur. Tout ce que je sais, c'est qu'on l'a arraché à moi et que je n'ai rien pu faire. Je ne veux cependant plus y penser. Il n'y avait rien que je puisse faire avant, et il n'y a toujours rien que je puisse faire aujourd'hui.

Les années ont passé. Tant d'années. Plus que je ne peux en compter. Et ce retour en France, je ne sais pas ce qu'il m'apportera. Mais il me faut continuer à avancer, ne jamais rester trop longtemps au même endroit. Survivre, parce que je ne sais pas quoi faire d'autre, parce que je ne semble pas avoir le choix.

Il me faut oublier James une bonne fois pour toutes. Aujourd'hui, il se peut qu'il ne soit plus de ce monde. Car les années ont passé, comme je l'ai dit, et que si elles n'ont pas d'effet sur moi, elles en ont sur les autres. Peut-être que ces années ont fini par rattraper James et, mort ou vif à l'époque, il n'est peut-être plus de ce monde aujourd'hui. Comment le savoir ? Il me faut donc passer à autre chose. Comme toujours.

Demeurer seule, parce que c'est plus facile comme ça, moins douloureux. Cela a aussi moins de sens, la vie en solitaire, mais je ne vois pas quel autre choix j'ai.

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J'ai voyagé en Espagne. J'ai voyagé en Italie. Toujours seule, indépendamment du temps qui passe. Je crois que je ne supporte plus d'être seule, mais je me souviens pourquoi je suis seule et c'est tout ce qui importe. Enfin, presque.

Ma mémoire me fait de plus en plus défaut. Je remarque que des images s'effacent dans mon esprit. Je peux à peine me souvenir des îles Feroé, des visages de mes parents adoptifs. Tout devient flou. Je me demande si ça n'indique pas quelque chose. La fin de mon calvaire peut-être ? Est-ce que ma fin est arrivée ? Suis-je frappée par les ravages du temps sans que cela ne se voit physiquement ? Une part de moi l'espère.

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Chaque fois, mes pas semblent me ramener en France. J'ai l'impression de me sentir plus proche de James, lui que j'ai de plus en plus l'impression d'avoir abandonné, alors même que je n'y étais pour rien. Mais je ne veux pas repenser à tout ça, je ne le peux pas.

Que ce soit en France ou ailleurs, je ne trouve pas à ma vie le moindre sens. Mais en France, j'ai un sentiment de familiarité avec les lieux qui m'apaise un peu. Ce n'est pas grand-chose, mais c'est tout ce que j'ai trouvé pour me sentir un peu mieux.

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Le conflit gronde. Quelque chose dans l'air, quelque chose dans les attitudes… La peur flotte et m'atteint progressivement. On dit qu'une guerre se met en marche, c'est du moins ce que j'entends, moi qui me tient éloignée de toutes ces histoires. Mais bientôt, je sens que je ne pourrais plus me tenir éloignée. Si la guerre éclate vraiment, alors je ne pourrais plus fermer les yeux.

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La guerre est là. Une partie de moi n'a pas peur, parce que je suis celle que je suis et que, si je me souviens bien, j'ai un jour survécu à une balle dans la poitrine. Mais était-ce réelle ? Car tout ça est flou dans mon esprit, comme un rêve lointain que je n'arrive pas à saisir au vol.

Mais si la guerre avait raison de moi ? Si j'y perdais la vie d'une façon ou d'une autre, ne serait-ce finalement pas ma délivrance ? Après avoir tout perdu, survivant pour survivre, alors la mort ne serait peut être pas si mal ? A supposer que je puisse mourir.

Ce sont des pensées sombres que j'ai là, mais tout le monde a des pensées sombres autour de moi. Les autres ne les expriment peut-être pas, mais je les vois dans leurs yeux. Nous nous préparons tous au pire tandis que les hommes français mènent le combat.

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Ne craignant pas le danger, j'ai décidé de m'engager dans cette guerre au service de l'armée. Comme nombre d'autres femmes, je me trouve donc tout près du front et j'y soigne les soldats blessés. Je ne crois pas avoir déjà été au contact de tant d'horreur dans ma vie auparavant. Ces affreuses blessures, ce sang à n'en plus pouvoir, ces morts…

Mais j'ai la sensation d'avoir trouvé ma place et mon utilité ici. J'aime pouvoir donner du sens à ma vie, elle qui n'en avait plus depuis maintenant des années.

Je ne sais pas combien de temps durera encore cette guerre, mais tant que je serais là, debout, ce qui peut durer pour toujours pour ce que j'en sais, je serais là.

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La guerre s'est terminée. Je continue néanmoins à soigner les blessés de guerre, les infirmes, les malades. Je veux être là où on a besoin de moi. J'ai conscience que je ne pourrais pas rester éternellement là où je suis, mais je retarderais ce moment autant que possible.

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Je suis retournée en Italie, sans m'y sentir la moindre accroche susceptible d'interrompre la valse infernale. Aujourd'hui de retour en France, je me suis à nouveau engagée en tant qu'infirmière dans un hôpital en manque de moyens et de mains.

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Après avoir connu une première guerre en France, je ne m'attendais pas à en vivre une seconde. Néanmoins, je compte me montrer aussi utile que j'ai pu l'être pendant la première. C'est tout ce qui me tient à cœur désormais, d'aider les autres.

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Pages arrachées

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Maintenant que tout est fini, il me faut partir. J'ai connu trop de souffrances et de morts pour demeurer sur ces terres. J'ai besoin de m'en aller. Je ne sais pas où, mais il le faut.

J'ai comme envie d'un vrai changement et me demande si la solution n'est pas de me diriger vers l'Amérique. Ces Terres m'attirent parce qu'elles me sont inconnues. Peut-être y trouverais-je quelque chose de suffisamment intéressant pour perdre cette indifférence qui est maintenant mienne. Comme une anesthésie de toutes émotions après en avoir trop ressenties.

Après des années à me consacrer à mes soins infirmiers, je parviens encore moins à me souvenir de mon passé. Tout est flou. Rien ne semble plus exister dans ma mémoire si ce n'est les atrocités de la guerre et les corps mutilés dont je me suis occupée. De la souffrance, trop de souffrance partout.

J'ai besoin d'un nouveau départ. J'ai besoin de tout laisser derrière moi, de tout oublier pour mieux aller de l'avant.