Bonjour à tous !

Je vous l'annonce : ceci est le dernier chapitre de cette fanfiction, suivi juste après d'un épilogue ! Je vous retrouve à l'issue de ce dernier...

En attendant, bonne lecture !

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Lolibellule : Hello, contente de te retrouver ! Comme tu l'as compris, tu ne te trompais pas en sentant la fin pointer le bout de son nez... Eh oui, la fin de l'histoire d'Aina est arrivée (et j'en suis triste et contente à la fois) ! C'est marrant comme chacun a un sentiment différent sur l'immortalité. A mes yeux, je vois ça comme une plaie, à la fois pour Aina et Embry, car Aina de son côté n'en voulait plus, quant à Embry, ça l'aurait obligé à continuer à vivre dans un monde où tous ses proches ne seraient plus de ce monde, et même certainement à devoir quitter La Push pour ne pas alerter tout le monde sur son absence de vieillissement... Il aurait été avec Aina, certes, mais j'ai du mal à savoir s'il aurait vraiment pu être heureux... J'ai beaucoup de mal avec le concept d'éternité à vrai dire, sur le papier c'est effectivement beau un amour éternel, mais une vie si longue me parait... eh bien, trop longue ! C'est en tout cas un concept qui pose beaucoup de questions, comme tu le dis, et une question qu'on se pose tous un jour face à des oeuvres de fiction qui abordent ce phénomène d'immortalité ! En tout cas, d'ores et déjà, merci beaucoup à toi d'avoir lu cette fanfiction ! :)

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38. Humaine

Tout a changé. Du moins, c'est censé être le cas. Je ne parviens pourtant pas à me sentir différente. Je crois que je refuse toujours partiellement de croire à la réalité de la situation. Tout le monde est pourtant ravi pour moi, parce que j'ai obtenu ce que j'ai toujours souhaité, parce que j'ai tout pour être heureuse désormais.

C'est une sensation étrange que me dire que je ne suis plus tout à fait comme eux, plus vraiment exceptionnelle (si on ne tient pas compte de mon passé particulier et anormalement long). Aujourd'hui, je suis normale, oui. C'est ce que je m'efforce encore d'intégrer.

La vérité, c'est que j'ai peur que tout ça soit une erreur, un malentendu. C'est le problème majeur qui m'empêche d'être véritablement heureuse de ce qui m'arrive. J'ai peur de me réjouir pour finalement me retrouver immensément déçue. J'ai trop souffert pour supporter une déception de cette ampleur.

Alors, pour me protéger, je fais comme si rien n'avait changé. Ce qui est stupide, j'en ai conscience. C'est simplement plus fort que moi. Je voudrais une preuve ultime, celle devant laquelle il me serait impossible de prétendre que je suis toujours la même, que je suis toujours immortelle.

J'en veux beaucoup à mon inconnue à ce sujet. Parce qu'elle m'a quittée sans même me dire au revoir en personne, sans même m'expliquer qu'elle avait exaucé mon souhait. Je ne comprends pas son comportement, en réalité. Néanmoins, elle m'a fait un cadeau immense, pour peu que je veuille bien y croire, et je ne suis pas en position d'avoir la moindre exigence à son égard. Je dois tout simplement passer à autre chose, me concentrer sur ma vie et sur ses nouvelles perspectives.

Après avoir passé l'après-midi en compagnie d'Angela et de Ben, pour évoquer leurs préparatifs de mariage, je suis d'ailleurs conviée ce soir à une soirée chez les Cullen. Si j'en crois ce qu'a bien voulu me dire Edward, Alice a eu l'idée d'organiser une fête pour célébrer mon humanité. L'idée me paraît très étrange mais je ne suis pas sans me rappeler qu'Alice cherche perpétuellement des raisons pour exercer ses talents d'organisatrice d'événements.

A mon retour de chez Angela, je m'autorise un instant de repos en m'allongeant sur mon lit. Je suis fortement tentée de m'excuser auprès d'Alice et de ne pas me rendre à sa soirée, mais ce serait terriblement impoli de ma part, d'autant plus en sachant qu'elle l'organise pour moi, et je ne peux pas me résoudre à la décevoir. De toute façon, je suis persuadée qu'elle serait capable de venir me chercher elle-même par la peau du cou. Il est d'ailleurs probable qu'elle ait eu vent dans une vision de mon intention de lui faire faux bond. Non, je vais vraiment devoir me résoudre à aller à cette soirée, notamment pour éviter que la soirée de l'humanité se transforme en une soirée funérailles.

— Tu n'es pas prête ? me demande Embry.

Ne l'ayant pas entendu arriver chez moi, je sursaute en le découvrant soudain si près. Un peu pour me faire plaindre, je soupire et m'avoue complètement épuisée.

— Tu veux annuler ? s'enquit Embry.

— N'évoque pas cette possibilité, m'amusé-je. Alice me tuerait.

Avec résignation, je me décide à m'activer et commence à me préparer. Se faisant, je m'oblige à faire un peu d'auto-persuasion mentale afin de me motiver. Je sais en effet que la soirée a toutes les chances d'être agréable. Je serais bien entourée, qu'est-ce qui pourrait donc mal tourner ? Je fais preuve de mauvaise foi et j'en ai conscience.

Quand je suis finalement prête, Embry propose de prendre le volant. Je le lui laisse volontiers, sachant que ça lui fait plaisir de conduire.

Sur le chemin jusqu'à la demeure des Cullen, je laisse mes pensées se dérouler toutes seules, autour d'un million de sujets sans rapport les uns avec les autres. Au final, c'est néanmoins le sujet de mon humanité qui finit toujours par revenir au centre du tableau.

Mon humanité en quoi j'ai toujours autant de peine à croire. Et pourtant, ce serait être dans le déni que prétendre que ce n'est pas réel. Et je suis dans le déni, clairement. La fine plaie sur mon avant-bras semble pourtant une preuve irréfutable, mais mon déni est manifestement particulièrement coriace.

Embry respecte mon silence jusqu'à la fin du trajet, quand il se gare devant la maison des Cullen. Lorsque je lève les yeux vers celle-ci, je m'émerveille une fois de plus de sa beauté. En soupirant, je descends ensuite de la voiture et me précipite de faire le tour de la voiture pour attraper la main d'Embry, m'y accrochant comme à une bouée.

— Tout va bien se passer, plaisante-t-il. C'est une fête.

— Je sais, dis-je.

Je ne m'en accroche pas moins à la main du quileute, comme une manière de me maintenir les pieds sur terre, de m'ancrer dans la réalité de mon choix, d'empêcher mes peurs de m'avaler toute crue.

Avant que nous ayons pu sonner, Edward vient nous accueillir et nous fait rentrer. Nous échangeons un regard dans lequel j'ai presque l'impression qu'il s'excuse pour la fête d'Alice, conscient mieux que personne que je n'ai pas forcément la tête à la fête.

Dans la grande pièce de vie des Cullen, nous retrouvons la famille au complet (je constate avec plaisir que Carlisle et Esmé ont fait le déplacement) de même que certains quileutes. Je note l'absence de Leah mais n'en suis pas particulièrement étonnée, bien que j'en sois un peu triste.

Alors que je commence à saluer tout le monde, je me fais alpaguer par Emmett qui a manifestement des choses à me dire.

— Où est donc le gilet pare-balle que Rose et moi t'avons offert à ton anniversaire ? fait-il semblant de s'outrer. Il semblerait qu'il ne soit plus si superflu que ça désormais…

Je fais semblant de rire.

— Ici, ce n'est pas le risque de me faire tirer dessus qui est le plus prégnant, répliqué-je. La densité d'êtres surnaturels à Forks favorise plutôt une attaque de vampire ou de je ne sais quoi d'autre !

— Aucun risque n'est à minimiser, insiste Emmett. Pour ton prochain anniversaire, préfères-tu que je t'achète une arme pour te défendre ou bien une crème anti-rides ? Quelle est ta priorité entre ta fragilité de mortelle et ton vieillissement ?

Je fais une grimace à Emmett, bien exaspérée maintenant, d'autant plus alors que Paul et Jared s'esclaffent dans mon dos. Rosalie vient fort heureusement à mon secours en rabrouant son compagnon.

— Cesse donc ces mauvaises blagues qui ne font rire que toi et ces deux idiots là-bas, intervient-elle.

Les deux idiots en question manifestent immédiatement leur vexation. C'est le moment que choisis Alice pour intervenir à son tour, afin que cette fête ne se termine pas en guerre entre les vampires et les loups.

— Maintenant que notre humaine préférée est arrivée, il est temps de porter un toast en son honneur ! s'enthousiasme-t-elle.

Associant les paroles à l'action, Alice se met à distribuer des flutes de champagne à tous les invités qui ne sont pas des vampires, se déplaçant avec une grâce envoutante. Lorsqu'elle met l'une de ces flutes entre mes mains, je la regarde étrangement. Au regard de ma nouvelle condition, je me fais la réflexion que je suis maintenant en capacité de découvrir l'état d'enivrement.

— N'en fais pas une addiction, me prévient ironiquement Edward.

Tous les regards se tournant vers moi, je souris d'un air gêné.

— Je ne faisais que constater, rétorqué-je en fusillant Edward du regard.

— Et je ne fais qu'un peu de prévention, répond-t-il sur le même ton, un sourire au coin des lèvres.

Son service terminé, Alice vient sautiller devant moi, un immense sourire sur les lèvres.

— Et maintenant, le discours ! s'exclame-t-elle.

— Oh non ! répliqué-je immédiatement sans pouvoir me retenir.

Me sentant un peu coupable, je m'empresse de me justifier auprès d'Alice.

— S'il te plait, pas de discours, mon cerveau est à peine en état de fonctionnement !

— Oh mais si, tu n'y couperas pas ! insiste Alice sans se départir de sa bonne humeur.

Derrière moi, tout le monde manifeste son assentiment et je croise le regard plein de satisfaction d'Emmett. Celui-ci se met à s'esclaffer avec la grâce d'un ours lorsque je fronce les sourcils dans sa direction. Je cherche le soutien d'Embry et constate qu'il est parti s'aligner auprès de ses compagnons de meute, m'abandonnant totalement à mon sort.

— C'est ce que j'appelle un acte de trahison… murmuré-je en sachant que tous m'entendent.

Embry a la décence de m'adresser un regard désolé mais je comprends que je ne couperais pas au fichu discours qu'exige Alice.

— Vous aurez votre discours mais vous ne pouvez pas exiger de moi qu'il soit de qualité et il sera donc très succinct, dis-je d'un ton ronchon.

Parmi les invités, je croise le regard de Seth qui m'adresse deux pouces encourageants. A la vision de Seth, je lâche contre toute attente les armes et souris. Lui et sa fichue joie de vivre à toutes épreuves…

— J'ignore ce qu'il est de coutume de dire dans une situation comme celle-ci, commencé-je. Passer de l'immortalité à la mortalité, je ne pense pas que ce soit fréquent. D'ailleurs, si vous voulez tout savoir, c'est très déstabilisant. J'ai du mal à penser que je suis à peu près normale désormais, d'autant plus quand je suis entourée de vous tous qui êtes tout sauf normaux…

— Comment ça on n'est pas normaux ! s'offusque Paul.

— Tu vois très bien ce que je veux dire… répliqué-je en levant les yeux vers le plafond. Néanmoins, je suis très contente de tous vous avoir autour de moi pour pouvoir appréhender cette nouvelle réalité qui est la mienne. Je profite d'ailleurs de ce moment pour vous remercier de m'avoir tous accueillie comme vous l'avez fait. Je ne m'attendais pas à tout ça en arrivant à Forks. Mais j'ai vraiment trouvé une famille ici, et pour ça, merci. Merci d'être dans ma vie.

Soudain gênée face à cet étalage de sentiments dont je viens de faire preuve, gêne que je constate également chez certains des quileutes qui me font face, je cherche désespérément quelque chose sur lequel enchainer pour changer de sujet.

— Trinquez ! lance alors joyeusement Alice, volant sans le savoir à mon secours.

S'en suit une joyeuse cacophonie de verres qui tintent et de conversations se débutant. Un peu trop rapidement, encore peu habituée à devoir faire attention aux effets de l'alcool, je termine ma flute. Presque immédiatement, Alice surgit pour me la remplir à nouveau, geste qu'elle répète dès que j'ai finis la seconde.

— Essayerais-tu de me rendre ivre ? m'enquis-je auprès d'elle.

— Je fais ce qu'il faut pour que tu te détendes, c'est différent ! se défend-t-elle.

Je ne trouve même pas la force de protester. Elle a parfaitement raison : j'ai vraiment besoin de me détendre, besoin d'oublier toutes ces interrogations qui me polluent sans arrêt l'esprit. J'ai besoin de lâcher prise.

Quand Emmett monte le son de la musique, Seth surgit pour m'inviter à danser et je me laisse entraîner par son énergie contagieuse. Les Cullen ne tardent pas à nous rejoindre, mais les quileutes semblent bien plus frileux à l'idée de danser. Seth et moi finissons néanmoins par leur faire relâcher leur garde et même Paul finit par se déchaîner sur la piste de danse.

Tous les doutes et les réticences que j'éprouvais à l'idée de cette soirée se trouvent ainsi envolés. Alice a eu raison d'organiser cette fête. J'en avais vraiment besoin. J'avais en quelques sortes besoin de me souvenir ce que c'était que vivre. Ce soir, je m'en rappelle enfin.

Alors que, un peu sonnée par la fatigue cumulée à l'alcool, je me blottis dans les bras d'Embry avec plaisir, oubliant presque la musique et la présence de tous les autres autour de nous, une discussion entre Jared et Paul réveille mes angoisses. Tous les deux parlent de leurs projets d'avenir avec leurs imprégnées, incluant par là le mariage et les enfants.

Une vague de panique me submerge quand je prends conscience que c'est peut être tout ce à quoi Embry aspire aussi. Et pourtant… pourtant, puis-je le lui offrir ? Notamment avec ma mortalité retrouvée ? Après avoir déjà connu tout ça, après avoir souffert de la perte de ces êtres chers qui représentaient ma famille, serais-je prête à en fonder une nouvelle, encore au-delà de juste Embry et moi ? Je n'avais même pas pris le temps d'y réfléchir, bien loin de telles préoccupations.

Embry semble percevoir mon soudain malaise sans en comprendre l'origine. Je lui dis que je lui expliquerais plus tard parce que maintenant n'est pas le moment. La perspective de cette discussion m'inquiète néanmoins beaucoup… M'empêchant d'y penser plus que de raison, Seth choisit ce moment pour nous rejoindre.

— Au fait, Aina, j'avais presque oublié. Leah m'a donné ce message pour toi. Je crois que c'est pour s'excuser de son absence.

— Tu crois ? relevé-je avec ironie. Avoue-moi la vérité, Seth, tu l'as lu ce message, pas vrai ?

Le jeune quileute parait soudain gêné, avouant par là sa culpabilité.

— Ce n'est rien, Seth, le rassuré-je. Je te taquine seulement.

— Et puis, pour ma défense, Leah n'a pas dit que je ne devais pas le lire... ajoute-t-il pour se justifier.

Il me tend le papier plié en deux qui ne contient que quelques phrases écrites rapidement par Leah. Celle-ci s'y excuse de ne pas être venue, expliquant qu'elle ne se sent toujours pas suffisamment à l'aise en présence des Cullen pour ça, ce que je peux parfaitement comprendre. Je suis cependant touchée qu'elle ait pris la peine de s'en justifier auprès de moi.

Tandis que Seth commence à discuter avec Embry, je laisse à nouveau mes pensées vagabonder, jusqu'à ce qu'un mur se dresse dans mon esprit. C'est brutal, inattendu, et cela me laisse pantoise. Ce mur, prenant toute la place dans mon esprit, m'impose une seule et unique pensée, ou plutôt une injonction, celle que je dois sortir immédiatement.

— Je dois aller chercher quelque chose dans la voiture, dis-je, les mots sortant d'eux même sans que j'aie eu besoin de les réfléchir.

Mes pas me portent ensuite vers la porte d'entrée sans avoir attendu la réaction d'Embry ou de Seth. Je suppose qu'ils ne doivent pas trouver inquiétant mon départ soudain car personne ne cherche à me suivre ou à me héler. Du moins, je n'entends rien qui aille dans ce sens. Et pourtant, même si j'ai manifestement perdu le contrôle, je me sens absolument sereine. Comme si tout était normal, comme si tout ça était prévu.

Alors que j'arrive auprès de ma voiture, je me fige, seule, jusqu'à ce que mon inconnue apparaisse devant moi, souriante.

— Vous… soufflé-je, capable à nouveau de penser et de me mouvoir par moi-même.

Pour toute réponse, mon inconnue continue à sourire d'un air attendri.

— Vous m'avez rendue mortelle à nouveau, dis-je sans plus de préambules.

— Comme tu le souhaitais, remarque-t-elle.

— Je ne m'attendais pas à ce que vous exécutiez ce souhait avec effet immédiat, avoué-je.

— En es-tu contrariée ?

— Vous pouvez lire en moi, rappelé-je. Avez-vous seulement besoin de poser la question ?

— Je ne ressens qu'un mélange flou d'émotions en toi. Tu ne t'es toi-même pas encore décidée sur ce que tu ressentais vis-à-vis de ta nouvelle humanité.

Je ne peux qu'acquiescer, même si j'espérais que mon inconnue puisse lire plus clairement en moi que je n'y arrive moi-même. Soudain, je me retourne, me demandant si quelqu'un va se demander ce que je fais et surgir.

— Je les tiens à l'écart pour le moment, m'avoue mon inconnue. Ils se souviendront que tu es sortie lorsque je m'en serais allée.

Je hoche la tête.

— Alors, Aina, que ressens-tu vraiment ? insiste-t-elle.

— Je n'en sais rien. Mon humanité change toutes les variables. Je ne sais plus du tout ce que je dois faire. Je veux vivre, ça c'est certain, mais vivre quoi exactement ? Faire comme si toutes mes expériences antérieures n'avaient pas existé ? Retrouver une vie d'humaine normale, toute neuve et prête à tout vivre ? Je ne suis pas certaine d'en être capable. Je ne suis pas certaine de pouvoir être ce qu'on attend de moi.

— Et qu'attend-t-on de toi ?

— J'ignore même jusqu'à ça, avoué-je.

— Alors peut-être devrais-tu le demander à ceux qui t'aiment.

— J'ai très peur de la réponse. Peur de décevoir, aussi.

Doucement, mon inconnue me tend une main et, avec précaution, je m'en saisis. Je découvre une peau douce comme du satin, chaude et rassurante également. C'est un contact qui m'apaise immédiatement, comme entrer dans un bain chaud et sentir ses muscles se détendre un à un. Je ne peux empêcher un sourire de naitre sur mes lèvres.

— Je sais ce qui t'inquiètes, Aina. Tu penses à ce jeune homme que tu aimes, et qui t'aime aussi. Tu as peur des désirs qu'il éprouve quant au futur et que tu ne partagerais peut-être pas. Sache que tout ce que je lis en lui, c'est le souhait de t'avoir à ses côtés, rien de plus. Quant au reste, il me semble que vous avez du temps pour y penser et décider en conséquence. J'ai bien conscience des difficultés qu'implique cette nouvelle vie pour toi, ma chère enfant. Tu ne sais pas si tu souhaites être à nouveau mère. Sache que rien ne t'y oblige. C'est un choix qui t'appartient entièrement et que tu feras en temps voulu. Je ne connais pas ton avenir, Aina, et je ne prétendrais donc pas que tout ira bien dans cette vie qui t'attend, ni que tout sera facile, car ce n'est pas ce qu'est la vie. Mais j'ai confiance en toi pour t'en sortir et trouver le bonheur dont tu as besoin, et que tu as déjà en partie trouvé. Tu es entourée de gens qui t'aiment sincèrement, sache-le. Et même si tu ne me verras plus à compter de ce jour, je ne serais jamais loin de toi. Et s'il se trouvait que tu avais un jour besoin de moi, alors je répondrais néanmoins à ton appel.

Les larmes aux yeux, je me glisse dans les bras de mon inconnue qui ne l'est plus tout à fait. Ses bras autour de moi achèvent de me réconforter et de balayer mes angoisses. J'ai confiance en elle. Si elle estime que je suis capable de m'en sortir, alors je m'en sortirais sans doute.

— J'ai eu peur de ne jamais vous revoir, lui avoué-je, la tête enfouie dans le creux de son cou.

— Tu sais que je serais toujours là, même quand tu ne me verras pas, me rappelle-t-elle. Mais je ne pouvais pas te laisser commencer cette nouvelle vie sans te faire mes au revoir. Je suis désolée que tu aies cru que je t'avais abandonnée.

— Vous allez me manquer. J'ai beau ne plus me souvenir de tout ce que nous avons partagé, je sais que je vous ai aimé, et j'ai compris ce soir que je vous aimais toujours autant. Cet amour est toujours demeuré en moi, sans même que j'en ai conscience. L'amour est plus fort que les souvenirs, il semblerait.

— Je crois qu'il est temps, Aina. Il est temps que je m'en aille et que je te laisse à cette nouvelle vie qui s'offre à toi.

— Devez-vous vraiment partir ?

— Je le dois, oui.

A regrets, je desserre mon étreinte et me recule d'un pas pour contempler le visage étrange de mon inconnue. Je sais qu'elle a raison, qu'elle doit me quitter, mais en cet instant, j'aimerais sincèrement qu'il en soit autrement.

— J'aimerais également qu'il en soit autrement, m'avoue-t-elle. Mais tout ira bien, Aina. Nous nous reverrons un jour, d'une façon ou d'une autre. C'est une promesse.

— Alors je peux vous laisser partir en paix.

— Au revoir, Aina.

Mon inconnue s'approche et embrasse mon front. Mes yeux se ferment, laissant s'échapper quelques dernières larmes, et puis je les ouvre à nouveau et découvre que je suis seule, avec pour seul trace de mon inconnue la chaleur douce qu'a laissé son baiser sur mon front.

— Aina ? appelle alors la voix inquiète de Embry.

— Je suis là, dis-je.

Rassuré, Embry me rejoint et dépose un baiser sur ma joue.

— Tu es restée longtemps dehors, je commençais à m'inquiéter.

— Tout va bien, le rassuré-je. Je prenais l'air.

Pour une fois, j'ai du être convaincante dans mon mensonge car Embry ne semble pas se douter qu'il ait pu en être autrement. Cette ultime rencontre avec mon inconnue demeurera mon secret. Un secret que je chérirais.

— On rentre ? s'enquit le quileute.

J'acquiesce, ne voyant plus de raison de rester ici. Néanmoins, tandis qu'Embry glisse sa main dans la mienne et m'entraîne à sa suite vers la maison des Cullen, je jette un dernier regard en arrière et souris. Même si je ne la vois pas, je sais que mon inconnue est là, comme elle l'a toujours été. Je sais qu'elle veille sur moi, et qu'elle le fera toujours.

Avec elle, avec Embry, avec toute cette nouvelle famille que je me suis trouvée, je sais que je trouverais le bonheur. Comme mon inconnue me l'a elle-même dit. Car comment pourrait-il en être autrement ?

Forks. État de Washington. États-Unis. C'était un lieu dont je n'attendais initialement rien. J'y ai mis les pieds en m'attendant à n'y faire qu'un passage express. Pourtant, j'y ai trouvé le début de ma nouvelle vie, une vie nouvelle à bien des égards.

Aujourd'hui, symboliquement, cette nouvelle vie commence pour de bon à mes yeux. Aujourd'hui, je décide que je vais être heureuse. Aujourd'hui, je décide de recommencer à vivre. Et cette fois, je vais vraiment vivre.