Enfin un chapitre avec Rorkalym qui fait plus qu'être un genre de PNJ. Il faut dire qu'avec ses manières calmes et discrètes, il tend à disparaitre un peu derrière les rire, les cris et les bêtises de ses deux cadets...


Pauvre Ilinka. Si Rorkalym avait pu faire plus que la serrer contre lui pendant qu'elle pleurait, moitié de tristesse, moitié de rage, il l'aurait fait. Mais il se trouvait bien démuni dans ce cas précis. Ilinka était sans conteste, du haut de ses neuf ans, la fille la plus courageuse qu'il connaisse. Et même si, tout comme lui, elle était wraith, elle n'en restait pas moins une gamine de même pas dix piges et même pas un mètre cinquante. Lui n'avait pas cherché à se faire d'amis humains, mais elle s'en était fait. Sans doute en dépit de tout bon sens, mais il ne pouvait la blâmer. Ils vivaient des vies humaines, sous des apparences humaines. Il était presque trop facile d'oublier ce qui se cachait derrière leurs hologrammes. Même lui, l'aîné, le plus posé et le plus réfléchi du trio, peinait parfois à s'en rappeler. Alors, comment le reprocher à la benjamine ?

A bien y réfléchir, c'était plutôt à Rosanna qu'il aurait eu des choses à dire. C'était elle qui avait conseillé à Ilinka de trouver un moyen de pression plus définitif que sa simple présence, afin de décourager les caïds de son école. C'était elle qui l'avait encouragée à suivre et à strictement noter toute action douteuse de la part des agresseurs. Ilinka s'était fait surprendre, et avait écopé d'une punition. Ce qui était injuste. Mais ça n'avait arrêté ni Ilinka, ni Rosanna. Sa mère était même allée jusqu'à lui offrir son vieux téléphone portable avec une carte prépayée pour l'exécution de son plan, au lieu d'arrêter les frais là.

Et donc, Ilinka avait dit à ses amis de systématiquement photographier et filmer les maltraitances dont ils étaient victimes, afin de documenter le harcèlement, avant de lui envoyer les fichiers afin qu'elle constitue des dossiers de preuves.
L'idée en soi n'était pas mauvaise. Briser l'impunité des caïds, en produisant trop de preuves pour que les autorités scolaires puissent appliquer leur habituelle politique de l'autruche, était sans aucun conteste une des stratégies qu'il aurait adoptées à la place d'Ilinka. Mais Ilinka était une gamine. Et aussi brillante fût-elle, Rosanna l'avait surestimée. Au lieu de réunir les preuves, puis de les remettre à un adulte compétent qui aurait pu porter le dossier devant le conseil scolaire, Ilinka avait Dieu sait comment récupéré les numéros de téléphone des parents de toutes les brutes de l'école, et après quelques semaines d'accumulation maniaque de preuves, elle avait envoyé à toutes les familles le dossier complet, avec toutes les vidéos et toutes les photos. Et comme les chiens ne font pas des chats, les plupart des petits cons n'avaient pas des saints pour parents. Tout plutôt que de voir leur précieuse progéniture punies pour ses actes. Plusieurs parents avaient déposé une plainte auprès de l'école, mais également de la police, pour violation du droit à l'image sur personne mineure et pédopornographie – certaines images provenant des vestiaires et des toilettes et montrant des enfants nus ou presque.

L'avocat dépêché en urgence par le brigadier Schmid s'était voulu rassurant. La plainte judiciaire n'irait pas loin. Aucune des vidéos n'avait été prise par une personne majeure, et Ilinka était de tout manière trop jeune pour être tenue responsable de ses actes. Mais cela n'importait guère. Elle avait été immédiatement et définitivement exclue de l'école, une annotation avait été mise dans son dossier scolaire – ce qui rendrait tout accès sans a priori négatif à un autre établissement compliqué – et, pire que tout aux yeux d'Ilinka, tous les photographes en herbe qui avaient pu être identifiés avaient été suspendu eux aussi, pour une durée encore indéterminée. Aucune des brutes, en revanche, n'avait eu à faire face à la moindre conséquence. De ce que Zen avait pu lui expliquer de quelques bribes de pensées furieuses, ils en profitaient même pour jouer les pauvres victimes et en tirer encore plus de privilèges et de passe-droits.

Il ne partageait pas souvent les élans agressifs du fils de Milena, mais pour une fois, lui aussi avait envie de mordre jusqu'à l'os les raclures à l'origine de tout ça. Mais comme c'était un geste autant hors de sa portée qu'inutile, il se contentait de serrer Ilinka dans ses bras, le T-shirt déjà bien humide de larmes, tâchant de faire de son esprit une étendue aussi accueillante et paisible que possible pour lui offrir un espace serein et rassurant au sein duquel épancher le trop-plein de colère, de frustration et d'incompréhension qui l'emplissait.

Vaguement, aux limites de sa psyché, il sentait l'esprit de Markus, presque indiscernable derrière ses hautes barrières télépathiques et, plus petit, rendu presque indistinct par la distance, celui de Zen'kan, brûlant de cette rage presque animale qui l'emplissait depuis la seconde où, par l'esprit d'Ilinka, il avait découvert ce répugnant retournement de situation.

A ce moment-là, Zen'kan était en cours. De ce que Selk'ym lui avait dit en venant le chercher à l'école deux heures en avance, il avait quasiment démoli sa table dans une crise de rage aveugle, et totalement incompréhensible pour ses camarades et sa prof, puis s'était enfui, courant dans la campagne comme un dératé.

C'était cet incident et l'appel télépathique désespéré d'Ilinka à Markus qui avait sonné le branle-bas de combat. Selk'ym était venu le chercher par précaution, et il lui en était infiniment reconnaissant. Il préférait être là pour veiller sur ses amis plutôt qu'en cours de sciences.

Surtout que pour l'heure, il n'y avait que lui et Selk'ym pour prendre soin d'Ilinka. Milena était à l'école, en train d'essayer de plaider la cause de Zen, Rosanna était au commissariat avec l'avocat dépêché par la Confédération, et Markus était dehors, quelque part dans la réserve, occupé à canaliser d'une manière ou d'une autre sa rage et celle de Zen – qu'il avait traqué et retrouvé en moins d'une heure.

« Je suis quelqu'un de méchant ? »

Heureusement, Ilinka avait autant pensé que prononcé sa question, sinon, enfouie dans son T-shirt comme elle l'était, il ne l'aurait pas comprise.

Il la serra très fort contre lui.

« Non. Pas du tout. »

« Alors pourquoi ? La police ? Moi ? Pas eux ? »

Parce que les adultes sont des connards ? Parce que le monde est injuste ? Parce que la Terre est un enfer capitaliste pourri et rongé de pollution ? Peut-être. Sans doute. Sûrement. Mais ce n'étaient pas les bonnes réponses. Celles qu'elle avait besoin d'entendre du haut de ses neufs ans.

« Je ne sais pas. »

Les poings crispés sur le bord de l'ourlet de son T-shirt, Ilinka tenta en vain d'étouffer un gros sanglot morveux. Il pourrait définitivement mettre son haut au sale. Mais pour l'heure, c'était de mouchoirs dont il avait besoin.

« Je veux pas aller en prison ! »

« Tu n'iras pas en prison. »
« Mais si la police m'emmène ? »
Il sentait la peur dans son esprit, le tremblement de sa voix, clairement audible.

« Tes parents ne le permettront pas. Milena et Père non plus. Et s'ils n'y arrivent pas, alors Zen et moi, on te protégera. »
« Comment ? Si papa et maman, et Milena et Sel'kym y arrivent pas, comment vous pourriez? »
Il n'en avait aucune idée, mais ça ne l'empêcherait pas d'essayer de toutes ses forces si nécessaire.
A nouveau, il la serra très fort, comme s'il craignait qu'elle ne disparaisse sur-le-champ.

« On ne te laissera pas partir. Promis. »

« Promis ? »
« Promis. »

Les grands yeux remplis de larmes, de peur et d'espoir de son amie le vrillèrent sur place.
La lèvre toute tremblante, elle parvint à lui offrir un maigre sourire, aussitôt suivi d'un misérable reniflement humide qui fit notoirement remonter un filet de morve lui coulant du nez.

C'était pitoyable, et dégoûtant.
« Il te faut un mouchoir. » statua-t-il.

Ilinka opina, fouilla dans ses poches en vain, puis chercha un paquet du regard. Il n'y en avait aucun dans sa chambre, il en était certain.

« Il n'y en a pas ici. Ils sont dans la salle de bain. Je vais aller t'en chercher. »

« Non ! Pars pas ! »

« Faut bien que je me lève, pour aller te chercher des mouchoirs. »

« Je veux pas que tu me lâches ! » supplia-t-elle, s'agrippant à lui avec une force surprenante pour sa carrure, pleurant de plus belle.

Il la serra à nouveau contre lui, alors qu'elle s'étouffait presque sous la force de ses sanglots hystériques.

Elle tremblait comme une feuille. Il réfléchit un instant. Ilinka n'était pas bien grande, et certainement pas grosse, mais elle était plus massive que ne le serait une humaine de même gabarit. Cependant, elle ne devait pas faire beaucoup plus de trente kilos. Il n'avait pas encore commencé à développer une force surhumaine, mais, il était presque sûr d'arriver à la porter sur les quelques mètres qui les séparaient de la salle de bain.

« D'accord... D'accord... Je ne te lâche pas. »
Elle sembla se calmer un peu.

« J'ai une idée. Tu vas grimper sur mon dos. Je vais te porter. Qu'est-ce que tu en dis ? »
« Tu peux ? »
« Je crois. »

Elle opina, s'essuya le nez d'un revers de main et, un peu comme un koala tournant autour de sa branche, entreprit de le contourner sans jamais le lâcher.

« Accroche-toi bien ! »
Une fois certain qu'elle était fermement agrippée, il se pencha en avant, poussant fort sur ses jambes. Pendant une seconde, il crut ne pas être capable de se relever, puis il décolla, partant en avant, emporté par l'inertie, se rattrapant maladroitement au mur. Une fois sur ses jambes et certain qu'il tiendrait le coup, gardant prudemment une main sur la paroi, il se mit en route.

« Ça va ? »

Un reniflement d'acquiescement lui répondit.

Les mouchoirs se trouvaient à leur place dans le placard de la salle de bain. Il lui en tendit un paquet et, par précaution, en prit un supplémentaire, puis alors qu'il allait sortir, Ilinka toujours vissée sur son dos, il se ravisa.
« Tu devrais peut-être te laver le visage avec de l'eau fraîche. Ça te ferait du bien. »

Après un instant de silence, Ilinka se laissa tomber par terre.
« Tu t'en vas pas, hein ? »
« Je ne bouge pas. » opina-t-il, attrapant une serviette propre, prêt à la lui tendre quand elle aurait fini.

Éclaboussant de l'eau un peu partout, elle se rinça à grands gestes, avant de s'essuyer, les mèches autour du visage dégouttant un peu sur le carrelage.

« Ça va un peu mieux ? »

Un vague haussement d'épaules et un reniflement lui répondit.

Il lui tendit un mouchoir.

« Mouche-toi. »

Elle obéit, à grand bruit.

« Je crois que maintenant, Père recommanderait un thé. Tu veux un thé ? »

Elle opina doucement.

« Allons-y .» approuva-t-il, accrochant le linge humide à un crochet.

En temps normal, il aurait essuyé la mini-inondation, mais sans doute que Selk'ym lui pardonnerait d'avoir fait exception aujourd'hui. Un bras autour des épaules d'Ilinka, il se mit en route.

A la cuisine, il trouva une théière fraîchement infusée fumant doucement sur la table, avec à côté une assiette de biscuits et de fruits secs et, en ombre discrète et paisible dans le salon, sur un coussin de méditation, la silhouette de son père.

Pilotant Ilinka sur le banc, il s'assit tout contre elle, cuisse contre cuisse, puis remplit les deux tasses et approcha d'elle l'assiette de friandises.

Avec un énième reniflement piteux, elle attrapa un biscuit et se mit à le ronger avec l'air d'un petit mulot pitoyable.

Après un long silence, elle reposa la moitié de la pâtisserie.

« Tu crois que papa et maman vont encore m'aimer après ça ? » demanda-t-elle, le nez baissé.

C'était quoi cette question ?!
Il jeta un regard paniqué à Selk'ym qui, depuis son coin de salon, ne pouvait pas ne pas avoir entendu. Ce dernier se contenta de lui rendre son regard d'un air parfaitement serein.

Foutu moine !

« Pourquoi ils ne t'aimeraient plus ? » biaisa-t-il.

« Parce que j'ai fait une très très grosse bêtise ? »

Attrapant à son tour un biscuit, il entreprit de le mâcher soigneusement, se donnant le temps de formuler sa réponse.
« Tu ne voulais pas mal faire. Au contraire. Je crois... je crois que tes parents ont surtout très peur pour toi. Je ne crois pas qu'ils t'en veuillent. »

« Et Zen ? Et Milena ? »
« Heu... C'est possible que Milena soit fâchée... parce que Zen a encore cassé des trucs... mais ce n'est pas de ta faute, et tu connais Milena... Elle s'énerve vite, mais elle n'est pas rancunière. Et Zen ? Il t'adore. C'est un idiot qui oublierait sa tête si elle était pas attachée sur ses épaules, mais je suis sûr qu'il pourrait inventer le fil à couper le beurre si tu le lui demandais. »

« Et toi ? Et ton papa ? »
Il jeta un nouveau regard à son père, toujours aussi marmoréen.

« Est-ce qu'il a l'air de t'en vouloir ? » demanda-t-il avec un geste évocateur du menton.

Ilinka hocha timidement la tête de gauche à droite.

« Et toi ? »
« A ton avis ? Bien sûr que je tiens à toi, patate ! » répliqua-t-il, d'un ton faussement outré, l'attirant contre lui pour un câlin d'ours qui la fit presque rire.

Il la relâcha un peu, mais pas tout à fait. « Moi, je n'ai pas de grand frère qui passe une fois par an pour se vanter de toutes les façons absurdes qu'il a trouvées pour se mettre dans les emmer... ennuis. (Un coup d'œil à Selk'ym lui apprit qu'il avait bien fait de se corriger.) Mais j'ai deux cadets de cœur, qui se débrouillent déjà très bien dans le genre. »

« Tu m'en veux pas ? »
« Non. Je suis fâché. Mais contre le système et contre tous les gens qui, d'une manière ou d'une autre, sont responsables de cette injustice. Tu comprends ? »
Elle opina timidement puis, avec une résolution nouvelle, se moucha et attrapa sa tasse de thé pour la sucrer abondamment.

Il ne put retenir un soupir de soulagement. Il s'en était sorti !
.

Milena était rentrée la première, et elle avait à peine eu le temps de monter se faire un de ses sempiternels cafés que Markus revenait, un Zen épuisé, couvert d'égratignures et les cheveux pleins d'aiguilles de pin en remorque. Le garde-chasse n'était pas resté longtemps, et le temps de rassurer Ilinka et de lui faire un gros câlin, il se mettait en route pour le commissariat où se trouvait toujours Rosanna. Peu avant l'heure du souper, Milena avait reçu un coup de fil et elle était venue leur annoncer que Ilinka resterait là pour la nuit et que, si Selk'ym était d'accord, ils pouvaient dormir tous les trois ensemble. Ce à quoi son père avait consenti facilement.

Zen'kan, avec un cri strident d'enthousiasme, était monté préparer les lits pendant qu'ils aidaient à débarrasser la table et, le temps qu'ils montent aussi, ce dernier avait transformé le sol de sa chambre en un nid de duvets et d'oreillers arrangés avec soin sur les deux matelas posés côte à côte à même le sol.

« Tadaaaa ! »
Avec un petit rire qui lui arracha un sourire et alluma des éclats de bonheur dans l'esprit de Zen'kan, Ilinka se laissa tomber dans la pile de coussins.

« Trop confortable ! » s'exclama-t-elle, se roulant avec plaisir dans la literie.

« Oui, ben avant de trop vous installer, allez vous laver, et vous changer.» intervint Milena, passant la tête par la porte.

« Maman, on peut prendre un bain ? »
« D'accord, mais m'inondez pas la salle de bain comme la dernière fois ! »
« Promis ! »
« Y a intérêt ! »

Repoussant dans les coussins Zen qui avait bondi sur ses pieds, il se mit en route. Il savait à quoi s'en tenir avec ses amis et les bains. Zen tendait à vider une bouteille entière de savon dans la baignoire, et soit cette dernière vomissait des bulles dans toute la pièce carrelée, soit ils prenaient un bain de bulles avec un vague fond d'eau. Quant à Ilinka, elle avait un très sérieux problème avec la température, au point qu'il la soupçonnerait presque d'être ignifugée.

Le temps qu'il ait mis le bain à couler, Zen déboulait, nu comme un ver et suivi d'Ilinka, portant leurs pyjamas soigneusement pliés et le grand t-shirt que Milena lui avait prêté en guise de chemise de nuit.
Manquant de se fendre le crâne sur le bord de la baignoire pas encore à moitié pleine, Zen'kan se mit à l'eau, pendant qu'Ilinka posait les habits sur la chaise prévue à cet effet.

Avec un soupir, il regarda son ami se mettre la tête sous le jet d'eau chaude.

« Zen... tes cheveux... »notifia-t-il, un peu en vain.

« Quoi ? Bah, pas grave. »

Retenant un soupir, il lança un regard entendu à Ilinka. Ils avaient tous déjà fait l'erreur de se mouiller les cheveux avant de les avoir démêlé. Le seul qui la faisait encore était l'idiot dans la baignoire.

Faisant un signe de la main à Ilinka, il l'invita à s'asseoir sur les WC afin qu'il puisse démêler sa chevelure. Elle ne se fit pas prier, et une fois qu'il eut soigneusement défait et peigné sa longue natte, ils échangèrent les places, tandis que Zen s'amusait à leur lancer des gouttes mousseuses.

Une fois cette tâche finie, posant le peigne à portée de baignoire, il se déshabilla et, poussant sans ménagement son cadet du pied, se glissa à une extrémité de la baignoire tandis qu'Ilinka faisait de même de l'autre.

« Bon, tourne-toi, crétin, que j'essaie de sauver cette catastrophe. » grommela-t-il, retirant sans grande douceur deux-trois brindilles ayant survécu à l'inspection préliminaire de Milena quelques heures auparavant.

Zen'kan obéit, s'occupant en une longue suite de manches de « feuille-caillou-ciseau-lézard-Spock » entrecoupée d'éclaboussures avec Ilinka.

Alors que l'eau refroidissait, Milena toqua à la porte.

« Ne traînez pas trop. La journée a été longue et il se fait tard. Rorkalym, Ilinka, s'il vous plaît, vérifiez bien que mon pou teigneux de fils se lave bien les cheveux. J'ai pas envie qu'il attrape de la vermine. »

« D'accord, Milena.» approuva-t-il, alors qu'Ilinka faisait les gros yeux à Zen qui avait commencé à geindre une protestation.

.

Couché sur le dos, fixant le plafond sombre piqueté d'étoiles luminescentes en plastique, il tentait d'ignorer d'un côté Zen'kan qui, tout de travers mais profondément endormi, tressautait et couinait vaguement au rythme d'un songe torturé dans lequel il était autant chasseur que proie des bourreaux d'Ilinka dans une parodie non-euclidienne de leur école, et de l'autre, la douleur sourde de son bras dans lequel le sang n'arrivait plus, mais qu'il n'osait pas bouger, Ilinka s'était endormie dessus, serrant sa main contre elle comme s'il s'agissait d'une peluche.

Ce n'était pas physiquement confortable, mais ça l'était profondément mentalement. C'était apaisant, cette proximité. Leur esprit si près du sien qu'il peinait presque à en distinguer les frontières, leur corps si près qu'il pouvait en sentir chaque soupir, chaque frisson.

La journée avait été rude. Les jours suivants le seraient aussi sûrement, mais malgré tout, en cet instant, viscéralement, il sentait que tout était à sa place, tout était comme il devait l'être.