Chapitre 2

A peine avait-elle crié son nom qu'il la vit se jeter sur lui. Surpris, il recula de quelques pas sous le choc, puis lui rendit son étreinte en riant.

"Doucement ! Je suis encore un peu fragile...

-Oh pardon... Mais pourquoi ne m'as-tu pas averti de ton retour ce matin ? Je te croyais encore à Sainte-Mangouste." En effet, la jeune fille n'avait cessé de s'inquiéter pour son ami depuis son transfert à l'hôpital quelques semaines plus tôt, lorsqu'il s'était évanoui à la suite d'une trop grande douleur à sa cicatrice. Le médicomage avait été très clair. Aucune visite autorisée pour M. Potter. Il devait faire face à ses démons seul. Sur le moment, Hermione avait souhaité l'étouffer avec sa moustache. Comment étaient-ils censés le laisser seul dans un tel état ? Et pourquoi sa cicatrice continuait-elle à le faire souffrir alors que Voldemort n'était plus ? Tous les jours, à l'heure du courrier, elle avait espéré apercevoir dans la masse de volatiles une petite boule de plumes blanches, mais Hedwige ne s'était pas montrée. Et lorsqu'elle avait interrogé le professeur McGonnagal, celle-ci lui avait répondu qu'il ne serait probablement pas de retour avant Pâques.

Harry reprit la parole.

"M. Rabosky m'a autorisé à sortir pour la journée, sous l'insistance de Dumbledore, et avec la promesse que je sois de retour dans mon lit avant 18 heure. C'est gérénalement à partir de cette heure que..."

Il détourna les yeux, rougissant. Mais Hermione n'avait pas besoin d'en savoir plus. Elle savait que, pour Harry plus que pour nimporte qui, les souvenirs de cette journée étaient particulièrement éprouvants.

"Harry, lui dit-elle en le prenant par les épaules, elle attendit qu'il lève à nouveau la tête et poursuivit en le regadant droit dans les yeux. Tu es l'âme de cette école, tu es le cœur de cette fête. Regardre autour de toi !

Il pomena son regard dans la salle, sur les tables illuminées, sur les élèves qui s'asseyaient en riant. Tout le monde avait l'air heureux.

"C'est grâce à toi, lui souffla-t-elle. Ils rient grâce à toi. C'est toi qui nous a appris à ne plus avoir peur. Je me souviens comme j'étais terrorisée i peine quelques mois, avant la bataille finale. C'est toi qui m'a donné confiance, tu nous as appris à surmonter nos peurs. Nous te devons la victoire, nous en avons tous conscience."

Une larme perla sur la joue du jeune homme, mais il la laissa couler, il s'en moquait. Il était à la fois heureux et profondément triste. Il savait qu'il allait devoir bientôt quitter son amie, mais il ne devait rien lui dire. C'était infernal de la voir aussi heureuse, aussi insouciante. Il savait que ce soir, ce beau visage serait déformé par une rage ponctuée de sanglots. Mais il ne pouvait rien dire, ni à elle ni à personne. Lorsqu'il avait enfin pu intégrer l'ordre du Phœnix l'année dernière, Dumbledore lui avait expliqué comment les choses se dérouleraient, qui devrait se sacrifier pour que la paix règne à nouveau dans le monde sorcier. Tout le monde dans cette salle pensait que ce temps était arrivé, qu'avec Voldemort s'était éteint toute la noirceur du monde. Mais Harry savait que les sacrifices n'étaient pas fini, il savait pourquoi sa cicatrice le brûlait sans cesse. Et bien qu'il en eut terriblement envie, il ne pouvait en parler à ses amis. Alors, son regard se posa machinalement sur la seule personne de la pièce qui savait, comme lui, ce qui arriverait ce soir. Il croisa un regard sombre, imperturbable. Il ferma les yeux, profitant de la chaleur que la main d'Hermione émanait sur son épaule, en essayant d'oublier que ce soir, il serait tué par Severus Snape.

"Chers Professeurs, chers élèves, bienvenue à la Célébration de la Journée d'Or." Minerva McGonnagal se tenait au mileu de la table des professeurs, son haut chapeau blanc pointant vers le ciel. Sa voix raisonnait dans toute la pièce grâce à un Sonorus antérieur.

"Comme vous le savez, aujourd'hui est un grand jour, nous célébrons la fin des "Jours de ténèbre". Il y a trois mois à peine, Vous-Savez-Qui semait la terreur parmi nous. Ce jour-là, il a décidé d'attaquer l'école avec ses fidèles, et beaucoup ont perdu la vie."

Il y eut quelques messesbasses, et des têtes s'inclinèrent, certains par respect, d'autres par deuil. Le professeur Snape cligna des yeux, il revit des images par flash, Malefoy démembrant une élève de seconde année, son visage déformé par un sourire sadique, Bellatrix jetant un Mobilicorpus sur une petite rousse, avant qu'Harry ne vienne à son secours, McNair entraînant une jeune fille à la chevelure de lionne contre un mur... Il ouvrit les yeux d'un coup sec. Il tremblait, mais personne ne semblait l'avoir remarqué. Il se retourna vers Minerva, qui remettait à présent de gigantesques bouquets aux élèves dont les noms s'affichaient au fur et à mesure sur un parchemin tenu par Rusard. Ce dernier les appelait un par un, en énonçant d'une voix monotone leurs exploits.

"Neville Londubat, pour avoir vaincu Nagini, le serpent de Voldemort, au nom de Poudlard et de toutes les écoles de Magie, de la Congrégation des Médicomages, de l'AIECM (Assemblée Internationale des Etres et Créatures Magiques) et du Ministère de la Magie, représentant officiel de toute la communauté magique, nous vous remercions.

Luna Lovegood, pour avoir résisté à l'Imperium et retourné contre ses adversaires, au nom de Poudlard et de toutes les écoles de Magie, de la Congrégation des Médicomages, de l'AIECM (Assemblée Internationale des Etres et Créatures Magiques) et du Ministère de la Magie, représentant officiel de toute la communauté magique, nous vous remercions.

George Weasley, pour avoir continué à se battre, tandis que son frère s'écroulait à ses côtés, au nom de Poudlard et de toutes les écoles de Magie, de la Congrégation des Médicomages, de l'AIECM (Assemblée Internationale des Etres et Créatures Magiques) et du Ministère de la Magie, représentant officiel de toute la communauté magique, nous vous remercions.

Hermione Granger, pour avoir vaincu deux fidèles de Voldemort sans avoir recours aux Sortilèges Impardonnables, au nom de Poudlard et de toutes les écoles de Magie, au nom de...

Snape n'entendit pas la suite. Les images reprirent là où elles s'étaient arrêtées. Il était au milieu de la bataille, des éclairs lumineux fusaient partout autour de lui. Il n'avait toujours pas attaqué les Mangemorts, de peur que le maître des ténèbres ressente dans son esprit une trop grande trahison. Il se contentait donc de balancer des Protego le plus discrètement possible à tous les élèves qu'il pressentait en danger. Le meurtre de Dumbledore l'avait certes crédibilisé aux yeux de son maître, cependant il préférait éviter tout risque. Il n'avait pas encore eu besoin d'attaquer ou de se défendre, puisque qu'aucun des deux camps ne le prenaient pour cible. Pourtant, lorsqu'il vit McNair entraîner cette jeune fillle contre un mur, un élan de haine l'envahit. Il savait de quoi il était capable, il l'avait vu à l'œuvre durant leurs missions, un tortionnaire-né. Il jeta alors son premier Avada Kedavra.

Il fut brutalement sorti de ses souvenirs par un éclat d'applaudissement bien plus sonore que les autres. Il leva la tête vers l'estrade et y aperçut un jeune homme aux cheveux en bataille et aux lunettes rondes faire un signe de la main.

"Bien sur, pensa-t-il, il n'y a que Potter pour susciter un tel enthousiasme". Il sentit ses ongles s'enfoncer dans sa paume. Le jeune homme était acclamé en héros, il en était un d'ailleurs. Mais ce soir ce ne serait plus le cas, car ce soir il ne serait plus. Snape était en colère, non pas contre Potter, mais contre Dumbledore, qui lui faisait encore une fois jouer le rôle macabre de l'histoire. Pendant que le jeune Gryffondor recevait toute la gloire, lui devrait encore passer pour un assassin et un traître. Il le savait, il y était habitué, il s'était résigné. Il y avait longtemps que l'avis des autres ne comptait plus pour lui, il s'était formé une carapace, que personne ne pouvait percer. C'était grâce à cette carapace qu'il avait réussi à tenir son poste d'agent double durant vingts ans. Ça, et son pouvoir d'occlumencie. Il avait fait tout cela pour Lily, pour s'acquitter de sa dette, et ce soir, sa tâche prendrait fin, et il pourrait enfin vivre en paix avec lui-même. Lorsque McGonnagal délivra enfin élèves et professeurs, non sans leur rappeler la proche venue des BUSE et des ASPIC, Snape attendit que la marée de jeunes sorciers se soit écoulée, et, sans un regard pour ses collègues, se dirigea lentement vers les escaliers menant au cachot.