darkcorbeau : Merci beaucoup pour ta review ! Oui le début se construit en puzzle en effet, c'est d'ailleurs ce que notre héroïne va essayer de résoudre durant ce chapitre, mais il lui manque encore des pièces... En fait, la Bataille Finale a été reportée au début de la 7ème année. La chasse aux Horcruxes a bien eu lieu, mais elle a été plus rapide et un peu différente, mais je reviendrai là-dessus ;)
Sinon j'ai également changé la participation de Snape durant la Bataille. Ici, il n'y a pas eu de combat avec Nagini et Snape se trouvait au milieu de la bataille avec les autres. Voilà j'espère que j'ai répondu à tes questions, et que tu aimeras toujours la suite,sur ce bonne lecture ! :)

Un trait. Un geste. Un jour.

Elle abaissa la craie à moitié entamée et la reposa dans la fissure où elle l'avait trouvée. Si l'on en croyait les traits sur les murs, cela faisait 64 jours qu'Hermione était retenue à Azkaban. Elle se passa précautionneusement la main dans les cheveux et grimaça en sentant la bosse encore douloureuse à l'arrière de son crâne. Cette dernière datait de huit jours, lorsque Snape l'avait sauvée in extremis du baiser du Détraqueur. Elle grinça des dents à cette évocation, puis son regard se porta machinalement sur le mur qui lui faisait face. De fines flèches blanches, visiblement tracées à la craie, reliaient divers noms entre eux, et l'on pouvait lire au-dessus d'elles quelques abréviations telles que MdM (Membre du Magenmagot), OdP (Ordre du Phoenix), M (Mangemort), IND (pour Intentions-Non-Définies) et de petites croix, parfois entre parenthèses, présumant la mort de l'individu en question. Mais même avec ce tableau sous les yeux, elle ne parvenait toujours pas à comprendre quel agencement l'avait amenée jusqu'ici. Et surtout qui en était coupable, et qui tentait de la protéger -à compter qu'il y ait encore des sorciers souhaitant la sauver.

Cela faisait plus de deux mois qu'elle était là, seule, et pourtant il lui arrivait encore d'oublier. Elle se réveillait parfois en tendant la main pour attraper son livre de chevet, puis fronçait les sourcils devant la fraîcheur de son lit… Puis soudainement, elle se souvenait. Elle n'avait plus de livre, plus de lit. Elle n'irait pas en cours aujourd'hui, ni demain. Elle ne verrait pas Ron s'empiffrer au petit-déjeuner sous l'œil moqueur de son ami. Elle ne réprimanderait pas les garçons pour n'avoir toujours pas fini leurs révisions à deux semaines des examens. Elle ne rougirait pas des regards discrets de Dean en botanique. Elle n'irait pas réviser une heure à la Bibliothèque pour parfaire un savoir parfait. Elle ne serait pas témoin des regards gênés entre Harry et Ginny. Elle ne taquinerait pas le jeune homme à ce sujet. Elle ne se détendrait pas dans l'eau chaude de la salle de bain privilégiée des préfets, elle ne sentirait pas cette agréable odeur de vanille se répandre sur son corps… Non. Une fois qu'elle ouvrait les yeux, la réalité la frappait de plein fouet.

Elle se levait et se mettait à faire quatre fois le tour de sa cellule, dans un sens, puis dans l'autre. Elle avait vite pris cette habitude, la marche empêchant ses jambes de flageoler et lui permettant de faire plus aisément circuler le sang dans son corps. Cela faisait partie de sa routine quotidienne. Ensuite, elle s'asseyait et marquait un trait de plus sur son mur, signe qu'elle n'avait pas encore perdu la raison. Elle reposait la craie et fermait les yeux en croisant les jambes. Inspirant à plein poumon l'air frais de sa cellule, elle s'efforçait d'oublier le monde autour d'elle. Cette technique moldue consistait à se concentrer sur sa respiration afin de faire le vide dans son esprit. Sa mère l'avait inscrite au yoga depuis ses 11 ans, espérant que cet exercice aiderait la jeune adolescente à canaliser son stress, du à sa rentrée à l'école de Magie. Mais Hermione, à cet âge, ne comprenait pas l'intérêt d'un cours ayant pour but de vider son esprit, alors qu'elle s'efforçait de le remplir, dévorant de lourds ouvrages théoriques à longueur de journée. Pour plaire à sa mère, elle avait accepté de poursuivre ses séances hebdomadaires durant les vacances scolaires, mais considérant toujours que c'était une perte de temps, elle en profitait pour se répéter silencieusement les sortilèges appris au cours de l'année.

Cependant, aujourd'hui, elle bénissait sa mère d'avoir autant insisté. Elle avait recommencé le yoga douze jours après son arrivée, lorsqu'elle avait accepté l'idée que les seules personnes susceptibles de la sauver étaient précisément celles qui l'avaient envoyée en prison. En proie à une folie naissante, elle s'était laissée tomber sur le sol, les yeux trempés, les lèvres tremblantes.

"Je vais devenir folle…. Je dois partir… Je deviens folle…"

C'est alors qu'IL avait fait sa première apparition. Allongée par terre, elle avait sentit le sol se réchauffer sous son corps, sa gorge sèche avait cessé de la brûler, et toute fatigue semblait s'être évaporée de sa tête. A la place, elle percevait deux yeux noirs, fixes. Ils n'étaient pas vraiment devant elle, d'ailleurs ils n'étaient pas délimités autour d'un visage, pourtant elle savait pertinemment à qui ils appartenaient. Elle pouvait presque visualiser le sorcier devant elle. Elle pouvait sentir son odeur, et la chaleur émanant de son corps, comme si ses bras se refermaient autour d'elle. Rien de précis, qu'un amas de sensations auxquelles son esprit rajoutaient les images correspondantes. Le tout engendré par ces deux points noirs.

"Professeur..." avait-elle soufflé. Il lui semblait que son estomac abritait une boule de plomb. C'était la première fois qu'elle revoyait un visage humain, qu'elle sentait la chaleur d'un corps contre le sien. A cet instant elle n'était plus dans sa cellule, elle ne touchait plus le sol. Rien d'autre n'existait que ce regard intense et toutes les émotions qu'il avait suscitées.

Puis une image était remontée à la surface. Ces mêmes yeux, mais qui ne la regardaient pas. Ces yeux, rattachés à leur corps d'origine. Ce corps qui brandissait une baguette. Une baguette en direction de…

"NON ! avait-elle crié. Allez-vous en ! Partez !"

Puis les yeux s'étaient éteints. Les sensations également. Elle s'était à nouveau retrouvée dans sa cellule, froide et humide, seule. Tentant de remettre ses idées en place, elle s'était négligemment laissée tomber sur son lit de pierre, et avait roulé sur la droite avant de sentir un objet dans sa poche. Avec prudence, sa main avait tâté le tissu avant d'en extraire une fine tige de bois de bouleau. Sa baguette. Snape lui avait rendu sa baguette.

A partir de ce jour, elle avait décidé de survivre, laissant intentionnellement sa soif de vengeance la guider. Elle avait fait le tour de sa cellule en réfléchissant aux évènements qui l'avaient conduite à Azkaban, puis avait eu l'idée d'élaborer un tableau. Devant le manque évident d'informations, elle s'était impatientée et avait pesté pendant plus d'une heure. Elle avait alors eu l'idée de se calmer à l'aide du yoga. Il lui avait fallu plus d'une semaine avant que les séances soient efficaces, mais elle parvenait dorénavant à vider son esprit et à retrouver cette sensation de bien-être qui l'avait envahie lorsque les yeux noirs lui étaient apparus.

Au fil des jours, elle s'était installée dans une routine qui lui permettait de ne pas perdre pied. Elle se réveillait, se levait, faisait quatre fois le tour de sa cellule dans un sens, puis dans l'autre, marquait un trait, effectuait sa séance de yoga, étayait son tableau pendant parfois plusieurs heures, mangeait la moitié de l'assiette qui apparaissait en fin de journée, avant de retourner se coucher, sa baguette serrée contre elle.

Sa routine sembla lui réussir jusqu'au 27ème jour. Après sa marche quotidienne, elle marqua le mur, puis garda la craie en main tout en fixant son tableau d'un air incertain.

"Lucius Malefoy. Premier cercle de Mangemorts. Envoyé à Azkaban. Échappé le 14 mai." La jeune fille pinça les lèvres. Il était toujours plus facile pour elle de réfléchir à voix haute. Et si elle n'en avait pas eu l'occasion à la Bibliothèque ou dans la Salle Commune, au moins ici personne ne venait l'embêter. Et puis ça lui faisait entendre une voix humaine, ça la préservait de la folie, même si ce n'était que la sienne… Elle se mordit la lèvre, il ne fallait pas qu'elle pense à ça. Sa solitude, sa captivité… Si elle laissait ses pensées suivre ce chemin, elle allait à coup sur devenir folle. Elle reporta toute son attention sur le concerné.

"Bien. Si mes souvenirs sont bons, tu as un petit faible pour l'Imperium." souffla-t-elle avec dédain, comme si elle s'adressait à lui à travers le mur.

En effet, Malefoy Senior avait développé lors de la Grande Bataille une stratégie digne du mage noir lui-même. Au lieu de se mêler dans la foule comme ses comparses, ce dernier s'était dissimulé grâce à un charme de désillusion. Privé de baguette par son maître, il tentait de retourner les combattants les uns contre les autres à travers des Impero informulés. Mais lorsque Neville avait tenté de stupéfixier Luna, Ginny, se battant à ses côtés, avait eu la présence d'esprit de lancer un Finite Incantatem, qui avait laissé le Mangemort exposé devant tous. Il avait alors immédiatement transplané, et les élèves étaient retournés à la bataille, trop occupés pour le poursuivre.

Hermione poursuivit sa réflexion.

"Si le meurtre de Harry a été prémédité par les Mangemorts rescapés, alors vous aviez tout intérêt à ce que je me trouve au mauvais endroit au mauvais moment… Aurais-tu encore de l'influence sur ton ancien elfe ?"

Elle fronça les sourcils, et commença à réciter d'une voix monocorde.

"Les elfes de maison servent la même famille depuis leur naissance. Ils sont considérés comme la propriété du patriarche, ou à défaut du fils aîné. Un lien unit l'elfe à son maître. Ce lien l'empêche de désobéir, au détriment de punition corporelles que ce dernier s'inflige volontairement.
L'affranchissement elfique passe par le don d'un vêtement de la part de son maître. Cependant, les elfes ayant servi de nombreuses années la même famille peuvent voir leur lien affaibli sans pour autant disparaître complètement. Une certaine forme d'autorité peut persister, si l'elfe considère encore son ancien maître comme sa famille, ou si le maître en question maîtrise les bases de l'Impero."

Elle s'arrêta un instant, le temps d'assimiler ses dires. Heureusement qu'elle avait passer des heures à la Bibliothèque en troisième année, afin de créer la Société d'Aide à la Libération des Elfes. Elle était à ce jour incollable sur le sujet.

"Donc, reprit-elle, si tu as réussi à exercer une certaine forme de pouvoir sur Dobby, il a très bien m'induire en erreur sur tes ordres..."

Elle griffonna quelques mots avant de basculer sur la gauche de son tableau. Elle aimait les puzzles, cela ne lui faisait pas peur. Elle savait décortiquer chaque élément et le remettre à sa place.

"Dobby a alors pu répéter au professeur McGonnagal que je me dirigeais vers la Forêt Interdite à cette heure-là, oui… " La jeune femme sentit son cœur se serrait dans sa poitrine. Ça y est ! Elle était sur le point de trouver, de tout comprendre. Elle le sentait, elle était tout près du résultat. Dans quelques instants elle allait enfin avoir la réponse à ses questions. Ses jambes étaient douloureuses à force de rester immobiles, mais elle n'en avait cure. Une seule chose importait, comprendre. L'excitation la fit parler de plus en plus rapidement.

"Et alors elle ne pensait qu'il n'y avait que moi dehors et… Lorsqu'elle a appris pour Harry elle a cru à la version du professeur Snape parce que Dobby lui a dit que c'était moi !" A présent elle sautait presque sur place.

Puis une image lui revint en mémoire. Une flacon. Vert. Sur la table. On le lui tend mais elle n'en veut pas. Alors on lui pince l'arrête du nez, et le liquide coule malgré elle dans sa bouche. Aucune sensation olfactive, c'est comme boire de l'eau.

"Miss Granger." Elle lève les yeux et découvre le visage crispé de sa directrice de maison, mais cette dernière refuse de croiser son regard. Elle poursuit.
"Avez-vous tué Monsieur Potter la nuit dernière ?" Hermione sent ses lèvres bouger sans leur en avoir donné l'ordre. Elle le son sortir de sa bouche. "Non." Elle veut crier, hurler que c'est le professeur Snape. Qu'il l'a tué de sang-froid, et qu'elle a tout fait pour l'empêcher, qu'il ne faut surtout pas qu'il s'échappe, pas avant qu'elle… Pas avant qu'elle se venge. Mais ses lèvres restent obstinément closes. Une voix s'élève à ses côtés.

"Elle résiste au Véritasérum. Il va falloir organiser un procès avec témoins." Cette voix. Sa voix. Nouveau combat intérieur entre l'esprit et le corps de la sorcière. Elle veut tourner la tête, mais cette dernière reste immobile, comme si une force la maintenait tel quel.

Soudainement, Hermione ouvrit les yeux, puis regarda son tableau. Ça ne collait pas. Le professeur McGonnagal n'avait pas évoqué le Véritasérum au procès, parce qu'elle saivait pertinament que son élève ne pouvait y résister.
"McGonnagal ne s'est pas faite avoir par Dobby. Dobby ne s'est pas fait avoir par Lucius." Sa voix n'était plus qu'un murmure.

"C'est moi qui me suit fait avoir… Par tout le monde…"

Elle tremblait, sa barrière mentale menaçait de s'effondrer d'un instant à l'autre.
"C'EST MOI !" cria-t-elle. Dans un accès de colère, elle balança hargneusement la craie contre son lit, avant de s'effondrer en larmes. Elle sentait le sol froid sous ses cuisses mais elle s'en moquait. Elle voulait juste se recroqueviller sur elle-même jusqu'à disparaître, jusqu'à s'enfoncer dans les méandres de sa cellule, sous terre, là où aucune vérité ne pourrait la rattraper.
Secouée de sanglots, c'est à peine si elle entendit la porte de sa cellule s'ouvrir. Cependant, la subite baisse de température ne passa pas inaperçue. Elle releva des yeux gonflés et distingua à travers ses larmes une forme noire qui flottait à quelques mètres d'elle. Avant qu'elle ne put réagir, un flot d'images la bouleversa.

Mondigus Fletcher et Sturgis Podmore la tenaient tous deux par un bras, l'entraînant loin de Poudlard. Persuadée qu'ils étaient sous Imperium, elle se débattait, criait, hurlait à s'en brûler la gorge. Mais personne ne venait.

"Vous êtes accusée du meurtre de Monsieur Potter, ce Mercredi 21 mars à 20h42. Selon nos témoins, vous avez fait appel à un Sortilège Impardonnable. Plaidez-vous coupable ou non-coupable ?" Percy Weasley la fixait d'un air hautain, attendant sa réponse. Elle se tenait devant le Magenmagot. Elle se tournait vers l'Assemblée, sentant qu'elle commençait à manquer d'air, mais ni Madame Pomfresh, ni le professeur McGonnagal, ni même Dobby ne lui adressaient un regard.

Un claquement sourd, le marteau du juge qui s'abat.

Des arbres. Deux silhouettes. Des yeux verts brillants.

"Hermione ! Arrête, je t'en supplie...

-Je ne t'abandonnerai pas Harry, jamais ! Je te le jure !

-Hermione non ! Je…"

-SPERO PATRONUM !

Une voix retentit. La voix d'un homme. Sa voix. Son odeur. Son corps.

Ses yeux.

Elle se réveilla dans son lit de pierre, les bras en croix, sa baguette posée sur son ventre. Dans les jours qui suivirent, elle ne la quitta plus une seule fois, se maudissant de rajouter encore une dette à celui qu'elle souhaitait ardemment voir mourir. Elle déjoua donc les quatre autres tentatives inhospitalières de ses gardiens, jusqu'au 56ème jour, où, prête à abandonner, elle avait à nouveau été sauvée par son professeur.

Huit jours plus tard, elle tentait toujours de chasser de son esprit ses deux yeux énigmatiques, mais plus elle les repoussait, plus ils semblaient s'encrer dans son esprit. Dans une ultime tentative de rejet, elle frappa le mur de sa tête. Malgré le choc, elle s'apprêtait à recommencer avec plus d'aplomb, lorsqu'elle entendit une voix, sa voix.

"Tout ira bien, ce sera bientôt fini."

Elle ferma violemment les yeux et se plaqua les mains sur les oreilles, essayant vainement de le faire taire.

"Arrête. Je suis dans ta tête.

-NON ! Partez ! Laissez-moi !" Elle cria en convulsant sur son lit de pierre, elle se sentait comme possédée par une force démoniaque et cherchait inlassablement à s'en débarrasser.

"Je ne les laisserai plus te faire de mal."

Elle ouvrit les yeux. Que voulait-il dire ? Comptait-il affronter les Détraqueurs, forcer Azkaban ? Impossible... Venir la sauver ?

Elle arrêta instantanément tout mouvement de défense. Elle sentit ses yeux se plisser et sa peau se détendre sur son front. Elle réfléchit. Snape va venir ici. Ses lèvres se tordirent en un rictus victorieux. Sa vengeance arrivait.

"Je vous attends, Professeur" murmura-t-elle, sa baguette pressée contre son cœur.

Mouahaha prends garde Snape, Dark Hermione se réveille...