Chapitre 6

Le Sauveur

Cela faisait presque une semaine que l'apparition de Snape tourmentait la jeune fille. Sur le moment, les paroles de son professeur lui étaient apparues comme une promesse de secours. Elle s'attendait à le voir débouler d'un instant à l'autre dans sa cellule, l'emportant avec lui dans un de ses magistraux tourbillonnements de cape dont lui seul avait le secret... Et c'est sur cette sortie imaginaire qu'elle planifiait sa vengeance.

Mais plus le temps passait, plus la sorcière doutait de l'arrivée de son professeur. La raison ayant repris ses droits sur la surprise, Hermione cherchait l'élément qui pourrait bien pousser son professeur à la vouloir hors de prison. Elle jeta un rapide coup d'œil à son tableau. Elle ne l'avait pas touché depuis plusieurs jours, mais une chose restait d'actualité : Snape était son ennemi n°1.

C'était lui qui avait tué Harry. Lui qui l'avait accusée du meurtre. Lui qui l'avait déclarée "résistante au Véritasérum". Lui qui avait fourni un faux témoignage devant le Magenmagot, l'inculpant du meurtre de son meilleur ami, lui procurant ainsi un aller simple pour Azkaban… C'était lui qui avait tout orchestré.

Alors pourquoi la faire sortir de l'endroit où il l'avait intentionnellement placé ? Pour la tuer ? Non, ça n'avait pas de sens. Si son but avait été la mort de la jeune femme, il l'aurait tout simplement laissée aux Détraqueurs. Au lieu de ça, il l'avait sauvée, et à de nombreuses reprises. Mais pour quoi faire ? Elle avait beau retourner la question dans tous les sens, elle ne parvenait à aucune réponse satisfaisante. La mort, non. La torture ? Azkaban est le meilleur endroit pour cela. Il aspire littéralement la joie de vivre. Alors voulait-il lui soutirer des informations ? Mais sur quoi ? Harry était mort… Quel pouvait être le but d'un Mangemort après la mort du Sauveur ?

Les jours continuèrent de s'écouler sans aucune trace du sombre homme. Hermione ressassait les dernières paroles de son professeur. Les auraient-elles mal interprétées ? Il avait dit qu'il ne les laisserait plus lui faire de mal. Une référence aux Détraqueurs, elle en était sûre. Et en effet, elle n'avait pas été dérangée par ses gardiens depuis leur dernière entrevue. Pourtant elle s'était imaginée que… Que quoi ? Qu'il viendrait la sauver ? Qu'elle sortirait un jour de cet enfer ? Hermione serra les dents. Son souffle se fit plus saccadé. Sans qu'elle puisse les en empêcher, ses pensées prirent le chemin qu'elle s'évertuait à garder éloigné.

"Personne ne va venir te sauver. Tu es seule."

"Non… Non… "

La jeune femme tremblait, elle sentit des larmes pointer. Des larmes de folie.

"Tu vas crever ici."

"Arrête..."

Elle se tenait à présent la tête à deux mains, essayant de faire taire la voix nargueuse qui résonnait en elle en pressant son front de toutes ses forces, en vain.

"Seule."

"NON !"

Dans une ultime tentative de rejet, Hermione se jeta contre le mur et s'effondra sur place, inconsciente.

Clap. Clap. Clap.

Un bruit doux. Familier. Et pourtant impossible à reconnaître.

Le cerveau tout embué, Hermione écoutait ce clapotement sans pour autant en reconnaître l'origine. Mais c'était un bruit régulier, apaisant. Avisant qu'aucun son ne parvenait habituellement jusqu'à sa cellule, la sorcière se décida à ouvrir les yeux, ignorant la protestation de ses paupières qui semblaient vouloir rester obstinément closes.

Noir.

Privée de lumière, elle tenta de se repérer à l'odeur mais son sens olfactif ne lui fut malheureusement d'aucun secours. En effet, la pièce ne dégageait pas d'odeur particulière, si ce n'est celle de draps propres qu'on retrouvait notamment à l'Infirmerie. Elle remua faibement dans son lit avant de… Attendez. Lit ? L'obscurité était toujours présente, mais la jeune fille tâta devant elle ses jambes et fut surprise d'y reconnaître la douceur d'une couverture ou d'un plaid. Elle releva la tête et distingua quelque chose dans la pénombre. Une espèce de rectangle luisant. Après quelques papillonnements, sa vue se précisa. Elle crut voir d'abord voir un miroir, ou plutôt…

"Une fenêtre, Miss Granger."

Oh merlin. Cette voix. L'interpellée se raidit instantanément.

"J'ai jugé préférable que cette pièce ne soit pas plongée dans l'obscurité. Mais sachez que vos yeux mettront du temps à se réhabituer à la lueur du jour. Vous êtes restée enfermée trop longtemps dans cette cellule sombre, et vos rétines ne sont plus habituées à la lumière vive."

Hermione avait à peine écouté. Trop de questions se bousculaient dans son esprit. Ou était-elle ? A l'école ? Comment était-elle arrivée ici ? Et comment diable Snape l'avait-il sorti d' Azkaban ? Car bien qu'épuisée, la jeune femme avait tout de même reconnu la voix de son professeur.

Elle tenta de se redresser, mais une vive douleur dans son dos l'en dissuada, petit rappel de nombreuses nuits passées sur un lit de pierre. D'une voix rauque et peu assurée, elle osa demander.

"Êtes-vous réel ?"

Aucune réponse.

La lumière que laissait filtrer la fenêtre était très faible, mais Hermione commençait déjà à distinguer les contours de son lit. Il fallait qu'elle se lève. Si Snape, l'homme de ses pires cauchemars était vraiment dans la pièce, elle devrait être prête à l'affronter. Elle avait toujours son plan de revanche en tête, mais avant elle voulait savoir pourquoi… Elle voulait comprendre pourquoi tous l'avaient trahie.

Ses gestes étaient lents et difficiles, et elle dut s'y prendre à plusieurs fois avant de pouvoir s'extirper du lit. Une fois sur le rebord, elle tenta de prendre appui sur ses jambes, mais ces dernières se mirent à trembler violemment. Elle allait tomber lorsque son regard croisa deux onyx qui flamboyaient dans l'obscurité, tels les yeux d'un félin qui a repéré sa proie. Ses jambes cessèrent immédiatement de flageoler et elle sentit une chaleur familière monter en elle. Toujours accrochée à ce regard, la jeune fille laissa glisser sa main droite le long de sa cuisse afin de récupérer discrètement sa baguette. Pourtant, au contact de sa main contre sa peau, la sorcière immobilisa son geste.

Elle était nue.

Instinctivement, elle voulut baisse les yeux, mais il lui fut impossible de décrocher son regard de son hôte. Cependant la honte naissante de la jeune femme fut rapidement chassée par l'inquiétude lorsqu'elle réalisa qu'elle n'avait pas sa baguette. Déglutissant pour se donner du courage, c'est d'une voix légèrement tremblante qu'elle demanda à l'homme.

"Où est ma baguette ?"

Jugeant inutile de répondre à cette question, comme à la précédente, le professeur tenta de rassurer la jeune femme.

"Vous devez vous reposer Miss. Je sais à quel point vous vous sentez perdue et frustrée, mais vous n'aurez pas les idées claires avant d'avoir récupéré le sommeil dont vous avez besoin."

Hermione fixait toujours les deux points noirs, elle ne tremblait plus du tout à présent. Elle était sûre que Snape n'était pas dans la pièce. Elle s'était accoutumée à cette sensation lors de ses visites au cours des derniers mois. Les deux yeux apparaissant dans son esprit, puis se matérialisant devant elle, autour du corps de leur possesseur, qui par la seule force de son regard suffisait à lui rendre toute sa force physique. C'est donc d'une voix plus assurée qu'elle renouvela sa question.

"Encore une fois votre confusion est tout à fait justifiée. Mais de ce fait, vous comprendrez que votre baguette restera en lieu sur jusqu'à ce je puis être sur que vous ayez pleinement compris la situation délicate dans laquelle nous nous trouvons. Maintenant allez vous reposer."

Hermione n'en revenait pas. L'homme, le monstre qui avait tué son meilleur ami devant ses yeux, qui l'avait envoyée en prison pendant plus de deux mois, cet homme lui demandait tout simplement d'aller se coucher. La sorcière bouillonnait de rage. Elle voulait se jeter sur l'homme, lui cracher toute sa haine au visage, l'agoniser d'injures, le rouer de coups jusqu'à ce qu'il supplie qu'elle l'achève… Et là, enfin, le coup de grâce, lui rire au nez avant de…

"Miss Granger." La voix ténébreuse ramena Hermione à la réalité.

"Ne me forcez pas à intervenir. Allez vous coucher. Nous parlerons demain."

Elle réfléchit un instant. Elle n'était clairement pas en position de force. Si elle voulait se venger, elle allait devoir gagner la confiance de son professeur. Mais rien que l'idée de devoir encore croiser ces yeux maudits la dégoûtait. Pourtant, elle n'avait pas le choix.

Résignée, elle s'approcha du lit et se glissa sous les couvertures sans un mot. Elle ferma les yeux et reconnut le bruit qui l'avait réveillée plus tôt, qu'elle reconnut à présent comme de la pluie. Elle se concentra sur le clapotement, lorsqu'un son un peu plus franc se fit entendre, comme si un coup de vent avait fermé la fenêtre. Hermione ouvrit les yeux.

Ou comme si quelqu'un refermait la porte de la chambre.

Il était là.

Inquiète de ce qui l'attendait, Hermione finit néanmoins par s'endormir, bercée par le clapotis des gouttelettes d'eau s'écrasant sur l'unique fenêtre de sa nouvelle prison.