Chapitre 7
« Une sang-de-bourbe… Il en a des idées le maître. Une impure, traîtresse, sous le toit d'un meurtrier. Si ce n'est pas malheureux. Me voilà bien entouré...Mon pauvre maître… Le grand Harry Potter… Mort à cause de cette saleté ! »
Cela faisait presque un quart d'heure qu'au sein du manoir Snape, une petite créature tempêtait. Voilà une semaine qu'il devait s'occuper de la patiente endormie.
« Et va lui donner telle potion, et trempe-lui le front, et va voir si elle n'a pas trop chaud… Remarque elle est moins agaçante lorsqu'elle dort… Si elle pouvait ne plus se réveiller ça serait… AIE ! »
Au milieu de ses fulminations, l'elfe n'avait pas remarqué la théière se dandiner sur le feu, jusqu'à ce qu'elle lui envoie un jet d'eau brûlante. D'ordinaire grognon mais calme, le petit elfe s'excita, tout rouge, contre la théière qui lui tournait l'anse.
« Quoi ? On voit que tu n'as jamais eu à faire à elle ! Tu verras bien quand elle commencera à parler, tu prieras le maître de te laisser retourner dans ton placard ! »
Il voulut continuer sa brimade mais la voix de son maître retentit. Un rapide coup d'œil à l'horloge jaunie lui apprit qu'il était en retard de dix minutes sur le programme quotidien. Réprimant un gros mot, il transplana dans la salle de bain où l'attendait son maître, les sourcils froncés, une fiole à la main. L'elfe s'inclina profondément, tout en débitant une litanie d'excuses sur son retard.
Snape, fidèle à lui-même, haussa les épaules et lui tendit la fiole.
« La douleur est plus intense aujourd'hui. Concentre-toi sur les épaules et le bas du dos. »
Sans plus attendre, le petit être attrapa la fiole et récupéra dans sa paume une substance liquoreuse couleur vaseline. Doucement, il appliqua la mixture sur les longues cicatrices. Lorsqu'il parvint à la plus grosse, celle qui barrait son épaule gauche jusqu'à sa hanche opposé, il la suivit délicatement, mais sourit en sentant son maître se crisper sous ses doigts. Bien fait.
Mais sa victoire fut de courte durée. Pour détourner son attention de la douleur, son maître prit la parole.
« Après notre séance, tu iras changer les draps de Miss Granger. Assure-toi qu'elle n'ait pas trop chaud. Maintenant que sa fièvre est tombée, elle ne devrait pas tarder à se réveiller. »
Tout en finissant son massage, l'elfe grogna.
« Encore une longue journée pour Kreaturr… »
Noir. Calme. Paix.
Une petite éclaircie. Comme la sortie d'une grotte. Je souhaite y aller, mais dès que je m'approche de la lumière ma tête me fait souffrir, la paix s'en va. Alors je reste dans le noir.
Encore une éclaircie. Plus vive cette fois. Elle m'appelle. Je dois y aller. Mais mon esprit me maintient dans l'obscurité. Je n'y parviens pas. Alors une silhouette se dessine dans la lumière. Je ne la reconnais pas. Pourtant j'ai confiance. J'attrape la main qu'elle me tend, et doucement, elle me tire vers la lumière. Mais d'un coup elle me lâche. Ma tête se contracte, c'est une douleur inqualifiable. Je sens mon corps comme emporté dans un tourbillon. Il faut que je sorte. Mais comment ? Comment sort-on de cet endroit déjà ? La lumière m'aveugle, mon corps se compresse, le néant menace mon esprit. Il faut faire vite.
Puis je me souviens. Il faut ouvrir les yeux.
Hermione se réveilla en panique, la respiration haletante. Les sens en alerte, elle réfléchit à toute vitesse.
« Azkaban, Infirmerie, fenêtre, Snape… » Trop occupée à remettre de l'ordre dans ses esprits, la jeune fille ne remarqua ni la petite créature à son chevet, ni l'air décapité qu'elle eût à ses premières paroles. Ce n'est que lorsque l'elfe grogna quelque chose à propos d'une maudite pipelette qu'elle réalisa une présence dans sa chambre. Toujours sur la défensive, elle bondit en arrière, ce qui lui arracha un petit cri lorsqu'elle sentit son dos craquer. Pourrait-elle un jour bouger sans avoir la sensation de se briser les os ? Mais l'heure n'était pas à la plainte. Toujours paniquée, elle fixa l'objet de sa surprise d'un air suspicieux. Deux yeux globuleux, surplombés de sourcils broussailleux, des oreilles tombantes, des lèvres presque inexistantes tordues en un rictus mauvais.
« Kreaturr…. Murmura-t-elle. C'est toi ? » Elle n'en revenait pas. La première fois qu'elle avait rencontré Kreaturr, il était encore au service des Black , et vénérait sa maîtresse décédée avec une telle ardeur qu'elle s'était longtemps demandé s'il n'avait pas été ensorcelé.
« Mais que fais-tu ici ? C'est extrêmement dangereux ! Va-t-en vite avant qu'il te voit ! Ou non, attend, c'est l'Ordre qui t'envoie, c'est ça ? Tu as un message pour moi ? »
L'elfe se prit la tête entre les mains et se mis à marmonner tout en tournant dans le pièce.
« Et voilà qu'elle s'est remis à parler. Oh pauvre Kreaturr… Je préférais encore quand elle dormait, et en plus elle pose des questions, la journée va être longue… » Il fut cependant contraint d'abréger sa promenade lorsque Hermione réitéra sa question plus fort.
« Ce n'est pas à Kreaturr de gérer la Sang-de-Bourbe. Kreaturr va voir le maître et le maître choisira quoi faire avec elle. »
La jeune sorcière se sentit toute déboussolée. Voir Kreaturr ici était irréel, et l'entendre parler de maître… Mais son ancien propriétaire était Harry, non ? Alors à sa mort il aurait du revenir à quelqu'un de sa famille, sauf que….
Mais la sorcière n'eut pas le loisir de réfléchir plus longtemps, un claquement de porte lui fit comprendre qu'elle était à nouveau seule dans sa chambre. Sans perdre de temps, elle sortit du lit et se précipita à la fenêtre. Elle tâta la poignée, la fit basculer doucement vers la droite et entendit le verrou sauter. Un sourire narquois naquît sur son visage. « Il imagine pouvoir me garder prisonnière et ne pense même pas à verrouiller magiquement ses issues. Amateur. » pensa-t-elle. Au moment où elle ouvrit la fenêtre afin d'évaluer sa hauteur, une rafale de vent vint lui glacer les os, et c'est à ce moment-là qu'elle prit conscience de sa nudité. Notant au passage que c'était la seconde fois qu'elle l'oubliait, elle jeta un rapide coup d'œil dans sa chambre à la recherche de quoi se vêtir. Son regard se posa sur un fauteuil en velours gris, sur lequel étaient rigoureusement pliés un jean noir, un t-shirt blanc, des baskets rouge type moldus et des sous-vêtements noirs. Avisant qu'il n'y avait qu'une seule personne pour lui avoir fait parvenir ces affaires, elle hésita un instant, puis se résigna et s'habilla le plus rapidement possible. Les vêtements étaient un peu amples mais les chaussures à la bonne pointure, pour ce qu'elle avait en tête c'était le plus important. Des bruits de pas se firent entendre dans le couloir. Sans hésitation, elle retourna ouvrir la fenêtre, s'y pencha et déglutit. A vue d'œil elle était à bien dix mètres du sol. Elle ne pourrait probablement pas survivre à une telle chute, et certainement pas fuir. Elle regarda à gauche et aperçut un cèdre gigantesque. Doucement, elle prit appui sur le rebord de la fenêtre et se pencha jusqu'à toucher une branche. « Bien, si je saute assez loin je devrais pouvoir réussir à me réceptionner sans trop de dégâts. » pensa-t-elle. Elle se hissa sur le pied et se releva doucement sur le rebord de la fenêtre. Tout en se faisant violence pour ne pas regarder en bas, elle déglutit doucement et fléchit les genoux.
« Et où iriez-vous Miss Granger ? »
Arrêt sur image. Souffle coupé. Il est là. C'est lui.
Hermione voulut sauter, mais elle resta sur le rebord de la fenêtre, pétrifiée. Un léger soupir lui parvînt aux oreilles. Elle tenta de se retourner sans perdre l'équilibre. Il était là. Comme à son habitude, c'est dans ses yeux qu'elle vînt accrocher son regard.
« Vous tenez à peine debout et vous cherchez déjà à vous enfuir. Je reconnais bien là le stupide esprit gryffondorien. » lâcha-t-il d'un ton dédaigneux. Allons descendez maintenant, avant de vous casser les quelques os que j'ai mis des semaines à ressouder. »
- Pourquoi ?
Hermione fixait toujours le sorcier dans les yeux. Derrière sa question s'en cachaient tant d'autres. Pourquoi l'avoir libérée, soignée, vêtue ? Elle ne supportait pas l'idée de lui devoir quelque chose, pas à lui.
« Descendez maintenant. » Impassible comme toujours.
Mais la jeune fille ne se laissa pas démonter. Cette fois, elle ne lui donnerait pas ce qu'il veut. Elle le fixa tout en se redressant.
Snape croisa les bras et attendit patiemment que la sorcière descende, comme un père qui s'apprête à réprimander son enfant. C'est seulement lorsqu'il la vit sourire qu'il comprit son intention. Avant même qu'il ait le temps d'ouvrir la bouche, Hermione avait quitté la fenêtre. Elle s'était laissée tomber en arrière sans sourciller. Dans un élan d'angoisse, Snape se jeta à la fenêtre en criant.
« Tu crois m'avoir, mais jamais je ne me plierai à ta volonté. Je préfère mille fois mourir que vivre sous ton toit. Et je ne suis pas dupe, si tu m'as gardée, c'est que tu as besoin de moi, tu pensais vraiment que j'allais te faire ce plaisir ? Allons, adieu professeur. » Hermione plissa les yeux, attendant le choc avec le sol qui, vu la hauteur, avait toutes les chances d'être mortel. Sa chute lui parut interminable, comme ralentie dans le temps, puis à un moment, elle fut figée dans le vide. « Je n'ai rien senti… Est-ce déjà le néant ? » Mais la vision qui s'offrit à elle lorsqu'elle ouvrit les yeux relevait plutôt de l'enfer.
Snape.
Debout. A la fenêtre, sa baguette tendue devant lui en une parfaite position, il sembla la considérer avec dédain quelques secondes, puis partit. Hermione tenta de bouger, sans succès. En jetant un œil autour d'elle, elle réalisa qu'elle était figée 5 centimètres au dessus du sol. Elle entendit des pas s'approcher d'elle et s'arrêter à son niveau.
« Faites moi descendre ! »
Hermione bouillonnait de rage. Elle était sa prisonnière. Elle n'était même pas autorisée à mourir. Mais que voulait-il bon sang ! Elle se démena du mieux qu'elle pu mais son corps était bloqué dans les airs. En levant les yeux, elle croisa le regard de son professeur qu'elle eu du mal à interpréter. Il avait l'air... fatigué. D'un mouvement, il rendit à son corps sa gravité et celui-ci s'écrasa sur le sol. Hermione le maudit intérieurement en sentant ses reins, mais elle eut plus de surprise que de douleur. Elle tenta tant bien que mal de se mettre debout mais une main aguerrie vint s'emparer de son poignet, exerçant une pression qui la dissuada de toute tentative de résistance. Elle fronça les sourcils et ouvrit la bouche pour s'indigner mais elle se retrouva nez-à-nez avec deux yeux flamboyants de colère. Le professeur était accroupi, son visage tout près du sien, et il la fixait intensément.
