Les grandes vacances étaient passées trop vite, comme toujours. A trois reprises, Rosanna les avaient emmené en Jumper au Tibet, pour une visite avec Dampa en guise de guide. Les deux premières fois, ce n'étaient qu'elle et Zen. La troisième fois, Rorkalym avait pu les accompagner. Selk'ym y avait consenti à reculons, bien forcé de constater que les deux première fois s'étaient bien passé, et qu'ils n'étaient jamais seuls en compagnie de l'ancien marine, Rosanna et Milena les accompagnant à chaque fois.
Lors de cette visite dans les montagnes entourant Lhassa à la recherches des rarissimes panthères des neiges, alors qu'Ilinka s'efforçait – avec Rosanna et Zen – de trouver une piste à remonter, Dampa était resté en arrière, parlant tout bas avec Rory revenu depuis à peine deux semaines de sa retraite.
Ils parlaient bouddhisme et perception. Elle n'avait pas tout compris. Apparemment quelqu'un avait dit à son ami qu'il était un « preta » quoique cela signifie et Dampa n'était pas d'accord. Il pensait plutôt qu'il était un « asura ». Elle ne savait pas non plus ce que cela signifiait, mais apparemment la différence était quelque part au niveau de l'intelligence, mais aussi de l'âme. D'après Dampa, les asura étaient davantage proches de l'ascension que les preta, qui n'étaient que des bêtes affamées, et donc, le premier correspondrait mieux à Rory. Ce qui était vrai. Rory était le plus calme et le plus raisonné des trois. L'idiot affamé, c'était plutôt Zen.
Et ce jour-là, c'était ce dernier qui avait trouvé une piste. Ils l'avaient suivie dans la neige d'été des sommets et avaient fini par découvrir, au bas d'une pente, une famille de panthères composée de la mère et de ses deux petits jouant joyeusement dans la poudreuse.
Dampa avait emmené un appareil reflex usé, et elle avait pu mitrailler les animaux, parvenant à faire deux ou trois belles photos sur plus d'une centaine de prise.
Cette chasse là resterait longtemps gravée dans sa mémoire, comme un moment heureux.
Et avant qu'elle n'ait eu le temps de le réaliser, les vacances étaient terminées et elle entrait en secondaire.
Son niveau scolaire devenait un peu trop élevé pour qu'elle continue à faire cour à la maison. Alors ses parents lui avaient donné le choix : soit rester dans l'école privée qui l'avait accueillie deux jours par semaine le semestre précédent, soit retourner dans le système publique dans un établissement secondaire proche de la maison, mais dans une juridiction scolaire différente des précédents établissements qu'elle avait fréquentés afin que son passif ne l'y suive pas. Avec en bonus, la promesse de l'école privée que si les choses n'allaient pas, elle y serait toujours la bienvenue en cours d'année.
Un peu par défi, beaucoup pour prouver à tout le monde – elle en premier – qu'elle était capable de s'intégrer, elle avait choisi de retourner dans le publique.
Zen, lui, allait continuer à fréquenter l'école privée. A temps partiel. Ses notes n'étaient pas suffisantes pour qu'il passe en secondaire comme elle.
Pour la première fois de sa vie, ce ne seraient plus ses parents qui la conduiraient à l'école, mais le bus, tout comme Rory.
Elle s'était d'ailleurs réjoui de ces trajets qu'elle pourrait faire avec son ami, avant de réaliser qu'il avait fini son école obligatoire, et ne prendrait donc plus ce bus.
Rory avait beaucoup discuté avec son père. Une fois ou deux, ils s'étaient même fâché et il était venu dormir chez elle. Selk'ym voulait que Rory continue ses études, peu lui importait en quoi. Lui voulait prendre du temps pour réfléchir.
Finalement, son ami s'était vu accorder une année sabbatique, à la seule et unique condition qu'il trouve des choses constructives à faire pendant ce temps.
Et Rory en avaient trouvé, des choses constructives à faire pendant ce temps. Beaucoup de choses. Selk'ym avait posé son véto sur la plupart, car elles impliquaient qu'il parte à l'autre bout du monde ou s'expose trop selon lui, mais il lui en était resté assez pour qu'il soit au moins occupé pendant huit mois.
Et trois jours après qu'elle ait fait sa rentrée (tout comme Zen), Rory était parti en Suisse allemande avec pour tout bagage un sac à dos, pour aller – en échange du gîte et du couvert – aider un apiculteur bio à s'occuper de son rucher pendant trois semaines (1).
Tard le soir, allongée dans son lit, elle tendait son esprit à l'extrême vers celui de son ami, et ce dernier lui montrait les souvenirs de sa journée, mélange de doigts poissés de miel, de mouvements précautionneux pour ne pas effrayer les abeilles, et de visites touristiques sur les sites intéressants de la région. En échange, elle lui montrait sa journée d'école, bien inintéressante en comparaison. Et pourtant, Rory y portait toujours attention, l'interrogeant avec une sincère curiosité.
Elle avait suivi ses conseils à la lettre. Ne pas essayer absolument de se faire des amis, mais se montrer suffisamment avenante pour entretenir des relations amicales avec ses camarades. Force était de constater, au bout de quinze jours, que ça marchait plutôt bien. Elle était restée vague au possible sur son passé scolaire et sa vie privée, et personne n'avait vraiment cherché à en savoir plus. Elle était fiable pour les travaux de groupe, et ne balançait pas les menues incartades au règlement. Pour les autres enfants, c'était le plus important.
On lui avait bien posé quelques questions à propos de sa voix, rendue vibrantes par son double ensemble de cordes vocales, mais sur les conseils de sa mère, elle avait éludé la question en prenant un air peiné, murmurant qu'elle avait ça depuis toute petite. Rapidement, deux ou trois filles plus assurées qu'elle avaient écarté les garçons trop curieux, et en peu de temps, tout le monde était passé à autre chose. Il en avait été de même pour l'annulaire atrophié d'Antony, et la mèche mystérieusement bouclée au milieu de la chevelure parfaitement lisses de Marie.
Ainsi, c'était facile d'aller à l'école. De se mêler au autres. De disparaître dans la masse.
Elle s'impliquait volontiers en cours tout en veillant à ne pas trop participer, afin de ne pas se faire étiqueter « intello ». Pareil aux récréations. Elle se mêlait aux autres si on l'y invitait, mais ne forçait pas son inclusion.
Le temps que Rory revienne de son séjour suisse-allemand – seulement pour mieux repartir en Valais, cette fois chez un horticulteur cultivant les fameux abricots qui faisait la fierté de la région –, elle avait trouvé sa place dans sa nouvelle classe, et Zen s'était débrouillé pour se mettre à dos toute la sienne, qui pourtant le tolérait tout à fait l'année précédente.
Elle comprenait que c'était humiliant pour lui de rester à la ferme, à suivre les enseignements de leurs parents, alors qu'elle partait à l'école et que Rory voyageait seul. Elle ne se rendait que trop bien compte à quel point cela le ramenait des années en arrière, alors que, bien que plus âgé qu'elle, il restait assis sur la barrière, la regardant partir à l'école. Mais que pouvait-elle y faire ?
Il était toujours son ami et elle veillait à chaque jour passer du temps avec lui, même si, à présent, elle ne lui racontait plus ses journées, et ne lui parlait pas non plus de celles de Rory, qu'il n'était pas encore capable d'atteindre télépathiquement – contrairement à elle.
Car si autrefois, ça avait égayé ses journées, à présent, il ne le percevait plus que comme un rappel cuisant de ses échecs.
Et les jours passant, elle s'épanouissait dans une scolarité enfin normale comme elle en avait tant rêvé, et Zen'kan s'enfonçait dans une rumination agressive, qui força Milena à ne plus l'emmener à l'école, de crainte qu'il n'agresse un de ses camarades. Crainte d'autant plus justifiée que, du haut de ses presque quatorze ans, il commençait à manifester les prémices de la puissance inhumaine des wraiths, et qu'un coup à la force non contrôlée risquait d'être réellement dévastateur.
Un mois plus tard, alors que Rory revenait passer quelques jours avec eux avant de repartir, cette fois pour un stage spiritualité et poterie en montagne, Zen'kan avait comme pété un plomb alors que leur ami partageait ses souvenirs avec eux, et dans la dispute qui s'en était suivie, il avait fêlé une côte à Rory, avant de la mordre si profondément au bras qu'on voyait l'os au fond, alors qu'elle tentait de s'interposer.
Zen s'étaient ensuite enfui en sautant par la fenêtre, tandis que Milena – attirée par le raffut et ayant assisté à la fin de l'esclandre, se précipitant vers elle avec un des pulls de son fils pour lui faire un bandage compressif improvisé, le temps que Rosanna (que son cri mental de douleur avait alertée via Markus) n'arrive.
Elle avait essayé de rappeler Zen'kan télépathiquement, mais il était aveuglé par la rage et elle n'arrivait pas à passer ses défenses.
« Milena, attrape ! » avait hurlé sa mère en déboulant dans la pièce, lançant à l'ancienne militaire un blaster wraith. « Je m'occupe d'eux. Retrouve Zen. Markus est parti à ses trousses. »
Milena avait acquiescé, cédant sa place et sa poigne sur le pansement improvisé à sa mère avant de partir en courant comme si sa vie en dépendait.
Pourquoi avait-elle pris l'arme ? Pour Zen ?
« Maman. Zen était juste fâché ! Il est pas dangereux ! Faut pas lui tirer dessus ! » tenta-t-elle de supplier, alors que sa mère soulevait précautionneusement le pull imbibé de sang avant de grimacer à la vue de la plaie.
« C'est pas pour Zen, ma chérie. Maintenant reste tranquille, je vais te soigner. »
Si ce n'était pas pour son ami, pour qui était-ce ? Est ce qu'il y avait un animal dangereux dans les bois ? Si c'était le cas, pourquoi ne les en avaient jamais averti ?
Ses interrogations furent coupées net par la sensation très désagréable de nouvelles fibres musculaires s'entretissant, tandis qu'une peau toute neuve poussait sous la lueur dorée émanant des mains de sa mère.
En quelques secondes, ce fut terminé et, se grattant frénétiquement le bras, elle tenta d'en faire partir l'affreuse démangeaison, tandis que Rosanna se tournait vers Rory qui, malgré la douleur qui l'empêchait de respirer, se souciait davantage d'elle et de Zen que de lui-même.
Une fois certaine qu'ils allaient tous les deux bien, sa mère s'était tournée vers son ami et lui avait ordonné de veiller sur elle, quitte à devoir l'enfermer dans la salle de bain si elle tentait de partir à la rechercher de Zen'kan, puis elle était partie. Et une longue attente avait commencé.
Après dix minutes d'un silence lourd, à fixer la forêt par la fenêtre de la chambre de Zen tout en se grattant toujours sporadiquement le bras, elle s'était tournée vers son ami demeuré là.
« On devrait aller chercher Zen. »
« Ilinka, tu as entendu ta mère. On reste ici. »
« Mais maman a donné un blaster à Milena. Il doit y avoir quelque chose de dangereux dans la forêt. Zen pourrait être en danger ! »
« Mais non. Je suis sûr que c'était juste une précaution. » bafouilla-t-il.
« Une précaution pour quoi ? Milena tirerait jamais sur Zen ! »
Rorkalym fit une drôle de tête.
« Au cas où il a enlevé son collier et qu'un promeneur le verrait, je suppose. » mentit-il, presque bien.
A présent, elle en était sûre : il savait quelque chose qu'elle ne savait pas.
Venant se planter devant lui, le nez levé pour le regarder dans les yeux malgré leur tête et demie de différence, elle le fixa, vrillant son esprit contre les barrières mentales qu'il avait dressées pour l'empêcher d'accéder au sien.
« Qu'est-ce que tu me caches ? Pourquoi tu me mens ? Qu'est-ce que personne ne veut me dire ?! » hurla-t-elle, autant physiquement que télépathiquement.
Rorkalym grinça sous la pression de ses vrilles mentales, mais résista.
« Pourquoi Milena a pris le blaster ? Est-ce que Zen est en danger ? REPONDS-MOI ! »
« D'accord... d'accord... Arrête et je te dis tout. S'il te plaît, Ilinka, arrête ! » gémit-il, alors qu'un filet de sang vert coulait de son nez. Réalisant ce qu'elle avait faillis faire, elle relâcha immédiatement la pression sur son esprit.
« Pardon ! Rory, pardon ! Pardon ! Pardon ! Je voulais pas ! Je suis désolée ! Est-ce que ça va ? Qu'est-ce que je peux faire ? Oh mon dieu ! Je suis désolée ! Je suis tellement désolée ! » paniqua-t-elle, errant dans la chambre bordélique de Zen'kan à la recherche d'un paquet de mouchoirs ou autre chose d'utile.
Après avoir essuyé d'un revers de main le sang, Rorkalym l'attrapa au vol, la serrant fort contre lui.
« Ilinka, tout va bien. Calme-toi. Tout. Va. Bien ! » ronronna-t-il, appuyant son esprit contre le sien.
Elle tenta de résister, de crainte d'encore lui faire mal, puis, trop rongée d'inquiétudes et d'émotions, elle céda, le laissant entrer dans son esprit, onde de calme paisible dans la tempête de son âme.
« Tout va bien. Calme-toi, Lili. Calme-toi et respire à fond. » l'encouragea-t-il, inspirant lentement pour lui montrer l'exemple. Avec un peu de peine, elle s'exécuta, découvrant qu'une boule d'angoisse la suffoquait presque.
Lorsqu'elle se fut un peu calmé, Rory la pilota doucement jusqu'au lit de Zen et l'y fit asseoir, avant de s'installer à côté d'elle.
« Ça va ? »
« Non, et toi ? » répondit-elle piteusement.
« Moi, ça va, mais je suis inquiet pour Zen. »
« Pourquoi Milena a pris le blaster ? Tu as promis de me dire. »
Il eut un rire cynique.
« Techniquement j'ai rien promis, mais t'en fais pas, je vais te dire. »
Elle ravala le grincement mauvais qu'elle allait pousser.
« Mais avant, je veux que tu me promettes une chose. »
« Quoi ? »
« Que tu vas rester ici avec moi, à attendre sagement que les adultes règlent le problème. D'accord ? »
Elle n'avait pas envie de promettre, mais elle voulait surtout savoir.
« D'accord. Je te le promets. »
« Bien. Tu as raison, Milena n'aurait jamais pris le blaster pour tirer sur Zen. Et ce n'est probablement pas pour tirer sur un promeneur non plus. »
« Alors, c'est pour tirer sur qui ? »
« Tu n'en as pas une petite idée ? »
Elle hocha négativement la tête.
« Qui serait littéralement prêt à tuer s'il t'arrivait quelque chose ? »
Elle écarquilla les yeux, alors que la réalisation la frappait de plein fouet.
« Papa ! Je dois l'arrêter ! » s'écria-t-elle en s'élançant.
D'une poigne de fer, Rory l'arrêta.
« Lili, tu as promis. »
« Mais faut qu'on sauve Zen ! Il va le tuer ! »
« On ne bouge pas d'ici. »
« Mais... mais... » tenta-t-elle d'argumenter tout en se tortillant en vain entre les griffes de son ami.
C'était comme essayer de se défaire un étau. Elle capitula et se laissa grincheusement retomber à côté de lui sur le lit.
Ce n'était pas parce qu'elle ne pouvait pas quitter la pièce qu'elle était impuissante. Si elle pouvait toucher l'esprit de Rory depuis l'autre côté du pays, elle pouvait trouver son père – à seulement quelques kilomètres de distance.
Elle n'eut aucune peine à le localiser dans l'Esprit. Une boule de pure rage et de violence sans limite, comme elle n'en avait jamais perçues. Elle frémit, son instinct lui hurlant de se tenir aussi loin que possible de l'âme furieuse.
Mais elle ne pouvait pas laisser Zen se faire étriper par son père. Il fallait qu'elle l'arrête. De toutes ses forces, elle se jeta entre les milles pointes de colère hérissée, en vain. Impossible d'approcher sans finir déchiquetée. Elle n'était pas encore capable de tendre sa conscience à travers l'Esprit tout en maintenant hautes ses défenses. Impossible de lever un bouclier pour se protéger de la rage meurtrière.
Si elle ne pouvait atteindre son père, peut-être y parviendrait elle avec Zen. Elle le trouva facilement. Mais c'était presque pire. Markus était une boule de rage irradiante. Zen'kan était une implosion de sentiments destructeurs. Rage, colère, honte, tristesse. Une masse informe et dévastatrice, le ravageant autant que les alentours.
Une traction sur son esprit la ramena un peu dans son corps.
« Ilinka, viens, on ne peut rien faire. »
Rorkalym l'avait suivie dans la Toile, la surface lacustre paisible qu'il était de coutume parcourue d'ondes inquiètes.
« On peut pas les laisser ! Faut qu'on fasse quelque chose ! Qu'on s'interpose ! » hurla-t-elle, vaguement consciente de serrer la main de Rory à s'en faire mal aux doigts.
Rorkalym essaya de la bloquer dans l'Esprit comme il l'avait fait dans la chambre. Mais ici, elle était plus forte. Plus agile. Plus rapide. Elle lui échappa, se ruant entre les deux entités de rage plus sombres encore que le vide alentour.
Son père l'aimait plus que tout. Il ne lui ferait aucun mal. Jamais. Elle n'avait qu'à s'interposer. Il s'arrêterait forcément. Forcément.
D'une pensée, elle vint se placer entre eux, tentant de s'étendre autant que possible, afin de former la barrière la plus vaste possible en lui et Zen.
Son père n'avait pas dû la remarquer, trop aveuglé par sa rage. Ou alors il s'en fichait. Mais elle refusait d'accepter cette option. Il était sans aucun doute trop furieux pour la percevoir. C'était pour ça qu'il continuait tel un missile télépathique prêt à exploser, fonçant droit sur Zen. Obligatoirement.
Son instinct lui hurlait de s'écarter. De se réfugier derrière ses barrières mentales. Mais elle ne pouvait pas faire ça. Pas si elle voulait protéger Zen. Au contraire, elle écartela un peu plus son esprit, ignorant la souffrance des filaments de pensées et de mémoire étirés au-delà de leurs limites, se dissolvant dans le néant. Elle pouvait bien sacrifier quelques souvenirs pour Zen. Il le méritait.
« Papa, arrête. »
A peine un murmure dans l'Esprit. Elle ne pouvait faire mieux. Pas en restant si dispersée. Maintenant, il était trop tard. Soit son père parvenait à se contrôler, soit elle mourrait en l'empêchant de faire du mal à son ami.
L'instant sembla s'allonger en une éternité. Puis, du cœur de la boule de rage qui était Markus, une lueur éblouissante apparut. C'était comme voir une supernova exploser au cœur d'un trou noir, alors que les piques de rage étaient avalés et brisés par un terrifiant raz-de-marée d'images et de pensées toutes plus tranchantes les unes que les autres. La conflagration commença à enfler plus vite qu'elle n'était capable de penser, menaçant de l'absorber aussi, lorsque la douleur cuisante d'un coup violent sur la tête la tira abruptement en « arrière », retournant presque sa conscience sur elle-même alors qu'elle était sauvagement ramenée à son corps. Elle eut le temps de sentir la brûlure des lames d'âme tranchantes sur les limites de sa conscience, et de voir Rory qui, armant un second coup, murmurait un « Désolé » avant d'abattre le tranchant de sa main sur sa tempe, avant qu'elle ne sombre dans l'inconscience.
(1) Rory part faire du wwoofisme. Ce terme vient de WWOOF (World-Wide Opportunities on Organic Farms ) en gros, des agriculteurs en échange de quelques heures de travail offrent le gîte et le couvert à des volontaires qui en profitent pour voyager dans le monde entier pour pas cher.
