Petite question de pur curiosité à mes lecteurs fidèles (Hé oui, je vous vois dans les stats venir tout les lundi ou mardi voir si le nouveau chapitre est là ^^).
Dites moi en commentaire, si vo
us suivez:
1) Juste "Vers l'avenir".

2) "Vers l'avenir" mais j'ai été lire Au-delà les étoiles et les autres fanfics liées.

3) Depuis "Au-delà des étoiles".

4) Autre

N'hésitez pas non plus si vous avez des commentaires, critiques ou remarques.
Sur ce, bonne lecture!


Le temps était quelque chose d'élastique, Rorkalym ne le savait que trop bien. Des jours entiers pouvaient passer en un instant, et des secondes prendre une éternité. Les six longues minutes qu'il passa seul à veiller une Ilinka inconsciente étaient de la deuxième catégorie.

Il l'avait assommée, faute de meilleure idée pour la mettre en sécurité. Impossible d'atteindre la toile de l'Esprit lorsqu'on est inconscient.

Au bout de six minutes (et vingt-sept secondes), elle avait repris conscience, bien que groggy. Treize minutes plus tard, Selk'ym revenait de son cours d'art martiaux pour les gamins du village, garant le vieux bus dans l'allée.

Il avait décompté vingt-sept secondes dans sa tête, temps qu'il estimait correct pour que son père atteigne le porche sans pour autant entrer dans la maison, puis avait hurlé à pleins poumons le nom de ce dernier, priant pour qu'il l'entende.

Il beuglait pour la troisième fois lorsque le fracas de la porte s'ouvrant brutalement lui apprit qu'il avait été entendu.

« Je suis dans la chambre de Zen ! » hurla-t-il donc.

Son père débarqua, visiblement paniqué et sur ses gardes. D'un regard, il scanna la pièce à la recherche de toute trace de menace puis, rassuré sur ce point, il vint s'accroupir à ses côtés au chevet d'Ilinka – que Rorkalym avait maladroitement allongée sur le lit.

« Que s'est-il passé ? » demanda-t-il, prenant le pouls de son amie.

Il lui résuma brièvement la situation, ne cachant pas la maladresse de sa réaction face à la catastrophe télépathique à laquelle il avait assisté.

Selk'ym termina son examen d'Ilinka, puis se retourna vers lui, posant une main solennelle sur son épaule.

« Tu as très bien agi, fils. Je suis fier de toi. »

L'éloge le rasséréna un peu.

« Que fait-on maintenant, père ? »

L'hybride réfléchit un instant.

« Que se passe-t-il dans l'Esprit ? Peux-tu aller voir ? » demanda-t-il, avant de se tourner vers Ilinka qui s'agitait. « Toi, jeune femelle, tu ne fais rien du tout. Tu as une commotion, ce n'est pas le moment de te faire une rupture d'anévrisme » lui ordonna-t-il sèchement, la forçant à rester couchée d'une main douce mais inflexible sur le torse.

Elle obéit mollement. Fermant les yeux, Rorkalym se concentra sur la toile de l'Esprit, sondant prudemment les alentours de sa conscience avant d'abaisser ses barrières.

Visiblement, le cataclysme était passé.

Il y avait la lueur tremblotante et inquiète d'Ilinka et le vague grésillement indistinct qu'était son père dans la Toile, à peine une ombre télépathique dans l'obscurité calme. Il s'aventura un peu plus loin dans le néant. Il n'y avait plus trace de Markus, ni de ce qu'il soupçonnait être la version destructrice de l'esprit de Rosanna. Il espérait que c'était parce que Milena avait retrouvé le traqueur et l'avait assommé avec le blaster, les coupant de l'Esprit – et pas parce que les parents de son amie s'étaient sacrifiés pour ne pas faire du mal à cette dernière.

Il se mit en quête de Zen'kan. En vain. Il se surprit à prier qui voudrait bien l'entendre que l'absence de son ami soit également causée par son inconscience et pas par autre chose.

Il était inquiet et ne désirait que continuer à fouiller le néant, mais il avait une mission. Il revint en lui.
« Il n'y a plus personne. »
Selk'ym ne dit rien, mais son regard était suffisamment éloquent.

Il haussa discrètement les épaules, espérant qu'Ilinka ne remarque pas leur manège.

« C'est fini ? Je sens personne. Ils vont tous rentrer à la maison ? » demanda-t-elle, tentant de se redresser pour les observer malgré la prise de l'ancien moine – qui la maintenait toujours en place.

« Ne t'inquiète pas. Je suis certain que tout va bien, maintenant. Ils sont certainement assez loin de la maison. Il leur faudra du temps pour rentrer. D'ici-là, repose-toi. On te réveillera quand ils arriveront » mentit Selk'ym, d'un ton si absolu que la tromperie y était indétectable.

« Promis ? »

« Promis. »

Alors qu'il faisait les gros yeux à son père pour son mensonge éhonté, Ilinka – qui visiblement souffrait d'une migraine plus forte qu'elle ne voulait l'avouer – se cacha le visage sous un pan de drap. Puis, lorsque Selk'ym eut relâché sa prise, elle se recroquevilla lamentablement dans le lit de Zen, comme une petite créature piteuse s'enfonçant dans son cocon.

Une fois à peu près certain qu'elle ne bougerait pas, son père se releva, ferma les volets et lui fit signe de le suivre dans le couloir, entrebâillant la porte derrière lui afin de pouvoir garder un œil sur son amie tout en la laissant tranquille.

D'un doigt sur les lèvres, il lui intima le silence, puis il montra sa tempe et tendit une main. Rory comprit le message et, prenant la main de son père, il entra en contact télépathique avec lui.

« Qu'est-ce que tu as vu exactement dans l'Esprit ? » exigea l'hybride, ne cherchant plus à dissimuler son inquiétude.

Il le lui montra.

Selk'ym se mordit la lèvre.
« Je vais essayer d'appeler Milena et Rosanna, voir si l'une des deux répond. Reste ici et surveille-la. »

Il opina.

Selk'ym sortit sur le palier, dégainant son portable, seulement pour revenir à peine une minute plus tard, hochant négativement la tête.

Rory lui tendit la main, afin qu'ils puissent discuter sans risquer de déranger Ilinka.

« Elles ne répondent pas ? »
« Non, j'ai attendu jusqu'à avoir le répondeur. »
« Merde. Que fait-on, père? »
« Moi, je ne peux rien faire à part surveiller la petite. Toi, par contre... Va te mettre au calme dans ta chambre ou ailleurs, et prends le temps de faire le vide dans ta tête. Même inconscient, un
wraith garde toujours une infime connexion avec l'Esprit. C'est comme chercher une épingle dans une botte de foin, mais ça vaut la peine d'essayer, tu ne crois pas ? »

Il opina. Bien sûr que ça valait la peine d'essayer.

« Alors vas-y, fils. Si tu en trouves ne serait-ce qu'un, essaie de le localiser. Et que tu y arrives ou pas, viens me le dire. Moi, je vais continuer d'essayer d'avoir quelqu'un au téléphone. »

Sans attendre, il descendit, s'installant en tailleur sur le parquet de sa chambre, tentant en vain de faire le vide dans ses pensées qui, rebelles, ne cessaient de tourner tels des oiseaux de mauvais augure. Il n'y arriverait pas ainsi.

Se redressant, il entama presque avec rage une salutation à l'univers. Pourquoi était-ce quand il en avait le plus besoin que la paix de l'âme lui échappait ?

Bientôt, le flot de ses cogitations s'apaisa, ralentissant pour se stabiliser, se synchronisant avec le flux constant des gestes automatiques qu'il faisait. Par acquit de conscience, parce qu'il préférait perdre une minute de plus à se calmer que d'en perdre dix du fait d'avoir été trop pressé, il fit encore quelques lents mouvements avant de se rasseoir.

Cette fois, il n'eut presque aucune peine à décrocher son esprit du flot nettement ralenti de ses pensées, laissant les idées morbides qui le hantaient ondoyer comme autant de nuages d'orage sur son horizon sans chercher à avoir de prise sur eux.

Calmé, il laissa sa conscience s'ouvrir et se répandre dans l'Esprit, comme une rivière dans une plaine, tentant de retrouver ces mouvements invisibles dans l'obscurité, qu'il avait perçus quelques mois plus tôt.

Bientôt, sur les bords de ses perceptions, aux limites de sa conscience, il lui sembla sentir ces présences. Sans se focaliser dessus, ce qui les feraient immanquablement disparaître, il les étudia, cherchant le moindre signe de la présence d'un esprit inconscient.

Au bout d'un temps indéfinissablement long, il lui sembla apercevoir l'idée d'un éclat. L'embryon d'une lueur vivante dans tout ce néant obscur.
Toujours attentif à ne pas se concentrer dessus, il s'approcha, s'enfonçant plus profondément dans l'Esprit, de moins en moins sensible à son corps et au monde qui l'entourait, jusqu'à ce que ce qui ressemblait à une minuscule étincelle ne se transforme en un misérable crépitement de bougie qui se meurt. Un tout petit rien dans l'immensité vite, mais néanmoins quelque chose de suffisant pour qu'il puisse faire plus que le deviner.

Son père n'avait pas menti, c'était comme chercher une aiguille dans une botte de foin.

Là, devant lui, perdu et seul dans le néant de l'Esprit, l'éclat faiblard de la conscience de coutume mordante et enthousiaste de son ami gisait, inerte.

Doucement, comme s'il tentait de ramasser une sculpture de sable sans la briser, il entoura la lueur qui était Zen'kan, matelassant ses tentacules de pensée des sentiments les plus doux et les plus tendres qu'il pouvait concevoir afin de ne pas le blesser.

Prudemment, il étudia cette âme inconsciente qu'il tenait. C'était comme si Zen'kan dormait d'un sommeil profond. Mais il y avait plus que ça. Il était comme vidé de sa substance. Inconsistant. Presque translucide.

Selk'ym lui avait dit d'essayer de le localiser. Il ne connaissait qu'un moyen de le faire. Avec la prudence d'un chat qui se faufile entre des bibelots délicats, il s'insinua dans l'esprit de son ami.

Il connaissait Zen'kan et ses paysages intérieurs. Paysages qui semblaient pour l'heure avoir été ravagés pas un tsunami dévastateur. Il s'autorisa à explorer un peu au-delà de ce qu'il se serait permis d'habitude. Il ne savait pas exactement ce qui était arrivé à son ami, mais au moins, son corps était indemne. Une maigre consolation, mais une consolation néanmoins.

Il tenta de percevoir ce qui l'entourait. Quelques vagues sensations qui lui évoquèrent la forêt. Rien de suffisamment net pour lui permettre de localiser Zen.

Ce n'était pas grave. Maintenant, il l'avait trouvé dans l'Esprit, et il ne le lâcherait pas. Gardant une partie de sa conscience dans l'âme de son ami, il revient à lui et, se redressant, il se dépêcha d'aller annoncer la nouvelle à son père. Sans doute que Selk'ym pourrait lui dire quoi faire pour l'aider.

.

D'un geste furieux, Rosanna lança de toutes ses forces le cadavre de son téléphone contre un arbre. L'appareil explosa en plusieurs morceaux. Elle en ressentit une pointe de soulagement. La saleté s'était cassée quelques minutes plus tôt, alors qu'elle prenait un tournant un peu trop sec et que le pan de sa veste contenant ledit téléphone venait heurter un tronc même pas si épais.

Avoir désintégré l'appareil avait peut-être soulagé sa frustration, mais n'avait en rien réglé son problème. Par acquit de conscience, elle fouilla encore les poches de Markus. Non, il n'avait pas pris le sien, bien entendu. A quoi bon avoir un téléphone sur soi quand on est télépathe ? Et pourtant, Dieu sait qu'en cet instant, ç'aurait été utile. Elle aurait pu prévenir Milena. Et joindre Ilinka pour lui dire de ne plus s'inquiéter.

Mais elle ne le pouvait pas. Elle se remit à faire les cent pas.

Sans Markus pour lui servir de pont télépathique, elle n'était qu'une humaine coincée toute seule dans sa tête. Et plus les ans passaient, plus elle comprenait pourquoi la plupart des wraiths devenaient fous lorsqu'ils étaient confronté au vide de l'Esprit.

Ça faisait des années qu'elle n'avait plus été seule ainsi dans sa tête. Des années que Markus était toujours là, tout près de son esprit, de l'autre côté du Lien.

C'était effrayant. Inconfortable.

Elle revint près du wraith inconscient, prenant à nouveau son pouls. Toujours stable. Il vivrait. Ce n'était qu'une question de minutes avant qu'il ne se réveille. Le temps que son corps répare les dégâts qu'elle avait volontairement causés dans son cerveau.

Elle n'en était pas fière. Mais malheureusement, elle connaissait ses limites, et rattraper Markus à la course en était clairement une. Elle avait essayé de le raisonner par le Lien. De le calmer. Mais n'y était pas parvenue. La part la plus sombre de Markus avait pris le dessus et l'avait transformé en un monstre assoiffé de sang. Elle avait déjà rencontré ce monstre, et savait ce qu'il était capable de faire.

Zen'kan étant quelque part, dans les bois, physiquement hors de portée de Markus, il avait tenté de l'annihiler dans l'Esprit.

Face à l'urgence, elle n'avait pas trouvé d'autre moyen de le neutraliser à distance.

C'était une des premières choses qu'il lui avait enseigné, dans cette autre vie sur Atlantis, lorsqu'ils avaient découvert le Lien.
Protéger son esprit, et le défendre contre les intrusions télépathique. Elle avait alors failli le tuer, incapable de contrôler la puissance tranchante de son âme. Depuis, elle avait été entraînée par Delleb afin de devenir une arme télépathique capable d'abattre une reine.

Elle était devenue plus dangereuse, mais aussi plus capable.

Elle était presque certaine de lui avoir causé plusieurs hémorragies cérébrales, mais de n'avoir presque pas abîmé sa mémoire ou son âme.

Le problème, c'est que pour faire ça, elle avait largement ventilé l'explosion de sa propre conscience dans l'Esprit. Et qu'elle ignorait totalement s'il y avait eu des victimes collatérales.

Markus neutralisé, elle ne pouvait pas aller le vérifier.

Tout ce qu'elle avait pu faire, ç'avait été de remonter la trace de bulldozer laissée par le wraith dans le sous-bois, et s'assurer qu'il n'était pas en danger de mort.

Elle aurait pu tenter de régénérer ses blessures, mais soigner Ilinka et Rory l'avait déjà passablement vidée, et Zen'kan était peut-être blessé. Elle préférait garder ses pouvoirs pour le jeune wraith qui ne régénérait pas encore, que pour son aîné qui y parviendrait parfaitement tout seul.

Un grondement sourd lui apprit que le wraith en question se réveillait.

S'approchant, elle posa une main rassurante sur son épaule, insinuant son esprit dans le sien, alors qu'il émergeait des profondeurs de l'inconscience.

.

Selk'ym lui avait dit de garder l'esprit de Zen'kan contre lui. Il n'était pas redescendu dans sa chambre, mais s'était installé dans le salon de Milena et, assis à même le sol, les yeux fermés, il s'y appliquait. C'était à la fois simple et terriblement compliqué. C'était presque comme tenir de la neige. S'il restait trop fermement accroché à l'âme de Zen, celle-ci commençait à se dérober, devenant comme inconsistante autour lui. Et pourtant, il était là, au milieu des paysages mémoriels de son ami, désertés par l'âme et les émotions de ce dernier. Rory se demanda si c'était à ça que ressemblait la mort. Un espace rempli de souvenirs et de silence, sans la lumière d'une conscience pour le faire vivre.
Les minutes s'étaient écoulées puis, délicatement, son père avait touché son épaule pour attirer son attention. Attentif à ne pas lâcher Zen, il avait ouvert un œil.

« J'ai eu Milena... Elle cherche Zen'kan. Elle ne l'a pas encore trouvé. Tiens bon » lui murmura-t-il.

Il opina et referma les paupières.

Soudain, lui arrachant une petite exclamation effrayée, une conscience claire et douce retira doucement l'esprit de son ami de son étreinte.

« C'est bon, Rorkalym, Zen'kan est en sécurité. Tu peux le lâcher. »

Les paroles résonnèrent dans son âme, assorties d'une profonde sensation d'apaisement.

« Rosanna ?! »
La lueur scintilla un acquiescement.

« Il est inconscient. Je n'arrive pas à le sentir. Il faut l'aider ! » paniqua-t-il, soulagé d'avoir enfin des renforts.

Délicatement, Rosanna le força à rétracter les derniers filaments de pensées qui le reliaient à son ami. La faible lueur de Zen'kan était indiscernable devant l'éclat trop brillant qu'était l'artiste.

Il tenta de se protéger de cette lumière presque douloureuse.

Puis soudain, les implications de la présence de la femme dans l'Esprit le frappèrent.

« Markus ! Il va s'en prendre à Zen ! »
« Plus maintenant. Je te le garantis. »

C'était une promesse, autant qu'un avertissement. Un avertissement qui ne lui était pas destiné.

Scrutant l'Esprit, il finit par discerner l'ombre dorée de Markus, dissimulée derrière l'éclat de Rosanna.

Son aîné était à nouveau conscient. Mais il n'était plus la boule de rage destructrice qui avait poursuivi son ami. Rory se détendit un peu.

« J'ai essayé de le localiser, mais je sais pas où il est. Je sais juste qu'il est quelque part dans la forêt. » s'excusa-t-il.

« Tu as fait tout ce que tu pouvais. Tu as bien fait » le rassura Rossanna, avant de se figer, la lueur qui la composait scintillant un instant d'un tranchant inquiet.

« Tu es ici, mais pas Ilinka. Que s'est-il passé ? » demanda-t-elle.

«Elle va bien. Père veille sur elle. Elle dort, dans la pièce juste à côté. »
« Elle dort ?! » intervint Markus, une onde méfiante le parcourant.

Rory frémit.

« Oui. »
« Comment peut-elle dormir ? » ajouta-t-il, presque agressif.

« Je... je l'ai... assommée... J'ai paniqué... elle s'est jetée entre toi et Zen... Je ne savais pas quoi faire... si elle n'était pas consciente... J'ai paniqué, je suis désolé ! » éructa-t-il sur la Toile.

« Tu as quoi ?! » rugit Markus, dans une vague de colère.

« Suffit ! »

L'ordre résonna, haut, clair, indiscutable, les figeant tous les deux instantanément.

Son instinct de fuite se mua en une panique incrédule. Il était incapable de bouger. De penser, même. Une part de lui voulait toujours fuir, se protéger de la colère de son aîné, mais la plus grande part ne voulait rien d'autre qu'obéir, aveuglément, absolument et éternellement, à cette autorité souveraine.

Doucement, la pression titanesque de l'ordre diminua.

« Ça suffit ! Il a fait ce qu'il a pu. Sans lui, Ilinka serait sans doute dans le même état que Zen'kan, voire pire... » siffla Rosanna, concentrant ses pensées vers le traqueur.

L'âme qui était Markus crépita de honte.

« Excuse-moi, ma douce humaine. »
« Ce n'est pas à moi que tu dois des excuses, mais aux garçons – et ça attendra. Il faut que je m'occupe de Zen'kan » conclut-elle, détournant son esprit de lui. « Rorkalym, tu connais Zen mieux que quiconque. Peux-tu m'aider ? »
Il acquiesça. En un instant, il se retrouva projeté au cœur de l'esprit sombre de son ami, la lumière qui était Rosanna à côté de lui.

« Quelque part, sans doute cachée, il y a la racine de l'âme de Zen'kan. C'est ça qu'on doit trouver. »

« A quoi ça ressemble ? » demanda-t-il, perplexe, fixant l'étendue vide.

L'esprit de Rosanna s'ouvrit et se révulsa comme un kaléidoscope de pensées et de sensations, jusqu'à exposer une flamme d'émotions pures qui, telle une lueur dorée magnifique, fleurissait dans un écrin d'obscurité striée de lueurs dansantes bleutées, qui évoquèrent à Rory des reflets sur une paroi de grotte sous-marine. Les vrilles de cet étrange brasier semblaient s'enrouler autour d'un tunnel dont le gigantesque n'égalait que l'imperceptibilité. Un passage au travers duquel il perçut, comme en un écho dissonant, l'âme de son aîné – l'âme de Markus.

La vision ne dura qu'un instant, avant que Rosanna ne referme les pans de son âme.

« L'éclat de son âme est sans doute diminué. Comme une plante dont on aurait arraché toutes les feuilles. Mais elle est forcément là, sinon, il serait mort. Il faut qu'on la trouve. »

Il opina et se mit en quête de quelque chose, n'importe quoi de similaire. Sans plus de succès que Rosanna.

« Bon, c'est une bonne nouvelle en un sens, mais de toute évidence, l'esprit de Zen est plus complexe qu'on aurait pu le croire » nota l'artiste. « Rory, qu'est-ce qui lui est le plus cher ? »
Il prit quelques instants pour réfléchir.

« Milena, Ilinka et moi, je suppose. »
« OK. Alors, c'est ça qu'on cherche. Cherche les souvenirs, les émotions, tout ce qui peut vous être lié, d'accord ? »
C'était si simple que ça ? Vraiment ? Si c'était le cas, c'en était d'autant plus risible qu'il connaissait parfaitement cet endroit.
C'était un lieu mental, qui était à la fois dans l'esprit de Zen, dans le sien et dans celui d'Ilinka. Un espace juste à eux. Un endroit composé de la jonction de leurs âmes. Une construction mentale faite d'instant vécus ensembles. De sentiments partagés. De rêves communs.

Comme tout le reste des paysages psychiques de Zen'kan, leur cachette était là, juste plus substantielle que le reste de son esprit, car nourrie également par son subconscient à lui et celui d'Ilinka.

Prudemment afin de ne rien abîmer, il se mit à regarder derrière les arches et les murs de pensées et d'émotions. Il faillit passer à côté. Il cherchait un brasier lumineux, une flammèche au moins. Il ne s'attendait pas à une simple étincelle de souffrance.

« Rosanna ! Je l'ai trouvé ! »
Il n'avait pas même pensé ces mots qu'elle était là.

« Tu l'as trouvé » approuva-t-elle en découvrant le minuscule éclat.

« Et maintenant ? »
« Maintenant, on le ramène. »
« Comment ? »
« En lui rappelant qui il est, et combien il est important. »
« Zen est important ? » demanda-t-il, perplexe.

« Il n'est pas important pour toi ? » répliqua-t-elle, dans un étrange scintillement.
« Si. Bien sûr que si. »

« Alors, il est important. »

Il acquiesça. Bien sûr que Zen était important. C'était son meilleur ami. Son frère de cœur. Son tiers.