« Chier, on l'a perdu ! » siffla Zen, éclatant d'un coup de pied une souche pourrie.

« Ah... Pfff... On rentre, maintenant ? » parvint-elle à demander entre deux respirations hachées.

A contrecœur, les garçons opinèrent.

Tournant sur elle-même, Ilinka examina les alentours.

« On devrait aller par là. » nota-t-elle, estimant leur position par rapport aux principaux chemins de la réserve.

« Tu es sûre ? Ne devrait-t-on pas plutôt faire demi-tour ? » demanda Rory.

« Non, vous avez galopé comme des tarés sur au moins deux kilomètres. Si on part par là, on ira dans la direction générale de la maison. Le soleil se couche bientôt, on n'a pas de temps à perdre » insista-t-elle, appuyant son propos télépathiquement.

Avec réticence, ils acceptèrent de suivre son plan. Après tout, ce n'était pas de sa faute s'ils étaient perdus en pleine forêt loin de tout sentier balisé !

Couper à travers bois leur raccourcissait peut-être le chemin, mais la progression n'en était pas pour autant aisée. Ils serpentaient aussi vite que les ronces et les racines traîtresses le leur permettaient, Zen'kan ouvrant la marche, leur piétinant soigneusement une piste vaguement dégagée.

Ils avançaient ainsi depuis une bonne vingtaine de minutes, lorsque Zen se figea, à l'écoute.

« Rhaaa, on va pas repartir chasser cette bestiole ! C'est plus l'heure ! » grinça-t-elle, le poussant en avant alors que, de la main, il lui faisait signe de se taire.

« Avance ! » gronda-t-elle, prête à le dépasser.

Il la retint.

« C'est pas la créature. C'est autre chose... » souffla-t-il.

A son tour, elle tendit l'oreille.

« J'entends ri... »

La fin de sa phrase s'évanouit. Elle avait entendu. Une sorte de petit couinement pitoyable. Dans le silence de cette fin de journée, le son se répéta, quelque part un peu sur leur gauche.

Rorkalym, leur faisant signe de ne pas bouger, s'avança prudemment, ramassant un bâton au passage.

« On dirait un animal blessé. » nota-t-elle télépathiquement, alors que le geignement retentissait une troisième fois.

Rory, qui avait contourné un gros tremble, s'immobilisa, fixant quelque chose entre les racines.

« C'est pas un animal. » déclara-t-il, leur faisant signe de venir.

Elle s'élança, malgré la soudaine onde d'inquiétude de Zen'kan, qui se découvrait subitement des instincts chevaleresques.

« C'est pas un animal, en effet. » lâcha platement ce dernier, alors qu'il arrivait. « Mais c'est quoi ? »

Ignorant sa question, elle s'agenouilla, tout comme Rory.

« Hey... Salut toi. Qu'est-ce que tu fais ici tout seul ? Tu es perdu ? » susurra-t-elle, du même ton enjôleur qu'elle utilisait avec Pipeau lorsqu'il allait se coincer quelque part.

La créature, dont les écailles brun-vert la dissimulaient admirablement dans le sous-bois, les fixa, de deux yeux reptiliens qui ne cillaient pas.

« Tu crois qu'il te comprend ? » murmura Zen dans un coin de son esprit.

« Je crois pas. Je crois que... c'est un bébé. »

« Genre, un crocodile très moche ? »
« Tu as déjà vu un crocodile porter des couches ? » intervint Rory.

Ignorant ses amis, toujours à croupetons, elle fit un pas en avant.

« Hey... Tu me laisses approcher ? Mmmh ? J'te veux pas de mal... » babilla-t-elle, tendant prudemment une main. La créature retroussa les lèvres, découvrant une rangées de minuscules dents jaunâtres et pointues.

« Lili, fais gaffe, il pourrait te mordre ! » la prévint Zen, posant une main pressante sur son épaule.

Elle l'ignora.

La créature se mit à siffler.

« Lili. Arrête. Laisse-le tranquille. Tu vois bien qu'il veut pas que tu le touches. On devrait s'en aller. » insista-t-il.

Sans se redresser, elle se retourna, grondant un avertissement. Zen retira précipitamment sa main.

« On s'en va pas. Il est perdu et il a peur, c'est normal qu'il veuille mordre. » grinça-t-elle, d'une pensée acerbe. « Tu aurais voulu que Milena s'en aille parce que tu lui montrais les dents, hein ? »

Son ami tressaillit et se détourna, son esprit sombre et grondant de honte et de colère.

Elle lui avait fait de la peine, et en était désolée, mais la priorité était de récupérer le petit et de l'emmener en sécurité. La nuit n'allait pas tarder à tomber, et quelque chose rôdait dans les bois.

« Rory, passe-moi ta veste. »

Son ami s'exécuta et, enroulant le tissu autour de son avant-bras, elle s'avança.

« Tout doux... tout doux, mon petit. Je vais pas te faire de mal... On veut t'aider... On veut t'aider... Tu me laisse approcher, hein ? Oui... c'est bien... Tout doux... Allez,viens... viens... » chantonna-t-elle, tentant d'attraper la créature sans que cette dernière ne parvienne à la mordre.

Avec un peu de chance, en la touchant, elle pourrait entrer en contact télépathique avec et lui faire comprendre qu'elle ne lui voulait aucun mal.

D'un geste pataud, mais étonnamment puissant pour sa taille, le petit repoussa sa main, à une puis deux reprises. Enfin, le feintant un peu, elle parvint à l'attraper par la nuque, lui arrachant quelques piaillements furieux.

Il ne lui fallut qu'un instant pour trouver son esprit et le noyer sous une onde apaisante. La créature se calma, cessant de se débattre.

Prudemment, elle avança l'autre main, caressant doucement sa tête écailleuse.

« Tu vois... Je ne te veux aucun mal... »

Une fois certaine qu'il était détendu, elle s'approcha enfin, et osa tenter de le soulever. L'enfant siffla un peu et se débattit, mais dès qu'elle l'eut calé contre elle, il redevint calme.

« Oufff... » s'autorisa-t-elle à souffler. « On peut rentrer, maintenant. »

« On devrait peut-être prévenir les parents. » nota Rorkalym.
« Et que papa pète un plomb avant qu'on ait pu expliquer quoi que ce soit ? Non, personne dit rien avant qu'on soit rentrés ! »

Zen opina avec véhémence, tandis que Rory acquiesçait avec réticence.

Ils allaient se remettre en marche, mais d'une pensée, elle arrêta Zen'kan.

« Désolé pour ce que je t'ai dit tout à l'heure. C'était pas gentil. »

« Mais c'est vrai. T'en fais pas. Je t'en veux pas. » Elle sonda doucement son esprit. Il était sincère.

Elle opina, reconnaissante et ils se mirent en route.

.

« Et vous ne vous êtes pas dit que cette créature a sans doute un lien avec celle dont Ilinka a vu les traces cet après-midi ?! » tempêta Rosanna, levant les bras au ciel.

Ils se regardèrent en coin. Non, dans le feu de l'action, ils n'y avaient pas pensé.

« Bon sang ! Mais réfléchissez un peu ! Vous êtes des wraiths ! Vous voyez ça (elle tendit un bras rageur vers le petit que Selk'ym tentait de convaincre de boire de l'eau), et aucun de vous ne se dit « Oh, on a trouvé un bébé alien, et si on prévenait nos parents » ?! Et d'ailleurs, qu'est-ce que vous faisiez dehors ?! On vous avait strictement interdit de quitter la maison ! »

Elle se tut enfin, le souffle court, l'air furieux.

Ils échangèrent encore un regard piteux. Voyant que personne n'allait répondre, l'artiste se tourna vers Rorkalym.

« J'attends une réponse. »

Rory soupira, se racla un peu la gorge, puis lâcha, atone :

« On voulait essayer de trouver la créature avant Markus. On s'est dit qu'elle devait sûrement aller boire dans un endroit isolé, alors on a cherché les endroits correspondants sur une carte. »

Rosanna se pinça l'arête du nez.

« Et comment vous l'avez trouvé, lui ? »

Ilinka, ne pouvant laisser son ami subir tout seul le courroux parental, intervint :

« On allait rentrer, mais on a entendu un bruit. On a d'abord cru que c'était un animal blessé, mais... »

« C'était ce bébé. » termina sa mère pour elle, l'air très las.

Elle opina en silence, piteuse.

Rosanna soupira.

« Pourquoi faut-il toujours que des aliens viennent se perdre près de chez moi ? »

Milena, qui venait de rentrer, les bottes crottées, largua bruyamment son équipement militaire sur la table.
« Je signale, à toutes fins utiles, que je suis la seule personne totalement humaine à habiter ici. » nota-t-elle, s'approchant du petit que Selk'ym avait renoncé à faire boire, trop fasciné par tout ce remue-ménage qu'il était. « Salut petit monstre ! Parait que t'as des belles quenottes ? (Le bébé siffla en découvrant ses crocs jaunâtres) Ah, oui, t'as de belles quenottes ! » babilla l'ancienne militaire, esquivant sans même y penser la tentative de morsure pour lui tapoter la joue.

« Maman, fais gaffe, ses dents sont pointues ! »
« Tes dents aussi sont pointues, mon chéri. » répliqua-t-elle, venant lui plaquer un affectueux baiser sur le front.

Zen recula en feulant, vexé.

D'un geste vif, elle le retint par le bras.

« Et soit content que je ne t'en colle pas une pour m'avoir désobéi ! » gronda-t-elle.

Le jeune wraith sembla se dégonfler.

« Pardon, maman. »

« Mmmh. Le plus urgent maintenant, c'est de trouver d'où vient ce bébé. »

Rosanna, qui avait visiblement à peu près vidé son venin, approuva.

« Vous trois, vous restez ici avec Selk'ym et vous faites tout ce qu'il dit. Milena et moi, on va aider Markus a essayer de retrouver le plus grand – qui doit sûrement le chercher. »

« Comment tu sais que l'autre créature est de la même espèce ? » ne put-elle s'empêcher de demander.

« La forme de son pied. Maintenant, vous restez ici, vous obéissez à Selk'ym, ou gare à vos fesses. »

Ils opinèrent. Quelque chose dans le ton de Rosanna ne souffrait aucune discussion.

Les deux femmes partirent bientôt, passant récupérer l'équipement de Rosanna avant d'aller quadriller la forêt.

Le silence s'étira sur une longue minute puis, gracieux et paisible, l'ancien moine se redressa.

« Bon. Ilinka, ta mère m'a dit qu'elle avait gardé certains de tes anciens langes en tissu, dans la grande armoire de son atelier, avec l'idée d'en faire un jour des torchons à peinture. Tu vois où c'est ? »

Elle opina.

« Prend Zen'kan avec toi, et va les chercher. Si tu as une peluche ou quelques jouets qui pourraient lui convenir, prends-les aussi. Revenez aussi vite que possible. »

« Et moi, père, je fais quoi ? »

« Toi, tu vas m'aider à donner un bain à cette larve, elle est couverte de boue. »

Résigné, il obtempéra. Ce n'était pas le moment de discuter.

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Le bain s'était avéré mission impossible. Le petit avait paniqué, et s'était débattu comme s'il luttait pour sa vie dès qu'ils l'avaient approché de l'eau.

Selk'ym avait rapidement renoncé, mais n'avait pas pour autant échappé a quelques vilaines griffures sur les avant-bras. Après avoir calmé l'enfant, ils avaient néanmoins réussi à le débarbouiller avec un gant humide et, une fois l'espèce de lange souillé en peau mal tannée remplacé par un ensemble de flanelle propre, à défaut d'avoir l'air humain, le petit avait l'air nettement moins animal.

Ilinka, qui avait eu l'audace d'aller renifler son haleine, avait affirmé y avoir senti une odeur de viande crue, et ils avaient tenté de lui donner une longue bande de viande séchée – que le petit s'était empressé de mâchouiller avec force tandis qu'ils la lui tenaient pour qu'il ne s'étrangle pas avec.

Après son repas, visiblement satisfait et rassuré, il s'était brusquement effondré en avant, ce qui leur avait fait très peur, avant de s'endormir, étalé de tout son long sur le tapis de chanvre du salon de Selk'ym.

« Au fait, à votre avis, c'est un garçon ou une fille ? » demanda Rory

« C'est un lézard. » nota Zen en haussant les épaules. « Pis pourquoi tu demandes ça ? T'as pas vu ce qu'il a entre les jambes en le changeant ? »

« Ben justement... » nota l'aîné.

« Peut-être que chez son espèce, y a pas de mâle ou de femelle. » intervint Ilinka. « De toute manière, quelle importance ? C'est un bébé. »

Ils opinèrent tous à la sagesse de cette déclaration.

« Bon, puisque cette larve-là dort, si les autres en profitaient pour aller manger ? » suggéra placidement Selk'ym, arrachant une double exclamation outrée à Ilinka et à Zen'kan.

Rorkalym, plus prosaïque, partit simplement voir ce qu'ils pouvaient bien assembler facilement à partir du contenu du frigo et des placards.

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Au grand dam de Zen'kan, après leur repas, l'hybride avait décidé de rentabiliser le temps passé à les surveiller en leur faisant classe. Et bien qu'ils se soient installés au salon afin de pouvoir garder un œil sur l'enfant – qui dormait toujours, étalé sur le tapis, une petite couverture délicatement posée sur lui –, ils se retrouvaient à s'escrimer (surtout Zen) sur une dictée arithmétique en wraith plutôt pointue.

Ils venaient de retourner leur feuille lorsque le choc sourd du battant de la porte d'entrée s'écrasant contre le mur les fit sursauter.

« Rosanna ? Milena ? » s'enquit Selk'ym, partant en crabe vers la desserte sur laquelle il avait posé son blaster, leur faisant signe de reculer rapidement vers le fond de l'appartement.

Ils obéirent en silence.
Un grondement sourd résonna dans le couloir obscur.

« Markus ? »

Une silhouette massive, touchant presque le plafond, apparut, son poids faisant grincer les lattes du plancher. Un rauquement grave retentit.

Ce n'était pas Markus.

D'un geste vif, l'hybride se jeta sur l'arme et la lança à son fils avant de hurler :

« Ta chambre, barricadez-vous ! ».

Le monstre bondit en avant, ses pupilles étrécies fixées sur Ilinka – et le petit qu'elle avait ramassé instinctivement pour le mettre hors de danger.

Selk'ym s'interposa, jetant tout son poids dans le flanc de la créature, le déséquilibrant assez pour qu'ils roulent tous deux au sol, renversant meubles et bibelots, et leur donnant tout juste le temps de courir et de claquer la porte derrière eux.

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Il n'y avait pas grand-chose à pousser contre la porte pour la barricader. Alors les garçons avaient jeté le matelas contre et s'étaient appuyés dessus de tout leur poids.

A peine étouffés par la literie, des grondements, rauquements et cris se mêlaient à la cacophonie d'une destruction chaotique.

Le choc sourd d'un corps contre la porte les fit sursauter, puis, Selk'ym, la voix raide d'essoufflement, parvint à beugler, d'un ton étonnamment calme :

« Prévenez les autres que notre invitée est en train de ravager mon salon et que j'arrive pour l'instant à la tenir en respect, mais qu'elle ne va pas tarder à se servir de mon sabre comme d'un cure-dent, et donc que j'apprécierais qu'ils se dépêchent de venir m'aider. »

« Elle ?! » demanda Zen'kan, perplexe, alors que d'une même pensée, Rory et Ilinka lançaient leurs esprits à la recherche de celui de Markus et, au travers lui, de Rosanna.

« Papa, maman ! Faut que vous reveniez vite, la créature est là ! »

« Quoi ? Non ?! On est en train de la talonner ! » furent les premières pensées de son père.

« Y en a deux ?! » Celle de sa mère. « Ilinka ! » Leur seconde en une unisson parfaite.

Ilinka verdit, mal à l'aise.

« On arrive dès que possible, mais on est loin. Tenez bon. »

Elle transmit les paroles, hurlant à travers la porte, pas certaine que Selk'ym – qui était reparti se battre – l'ait entendue.

« Il faut qu'on fasse quelque chose ! Il va se faire tuer à ce rythme-là ! » gémit-elle.

« Non. Il nous a dit de rester ici, on reste ici. » siffla Rorkalym, les traits tirés.

« C'est ton père ! Tu peux pas le laisser se faire dépiauter sans rien faire ! »
« Justement, c'est mon père : je lui obéis. » gronda-t-il, les traits insondables.

« Reste ici si tu veux ! Moi, je vais l'aider ! » s'emporta-t-elle, tentant de le faire bouger, en vain. « Zen, aide-moi ! On peut pas le laisser se faire tuer ! »

Son ami hocha la tête de gauche à droite, l'arrêtant d'une poigne ferme.

« Non. Rory a raison. C'est trop dangereux. On a assez fait de conneries pour la journée. »

Elle les fixa de longs instants, la respiration hachée, indécise. Puis elle pinça les lèvres et murmura dans un souffle :

« Vous avez raison. C'est trop dangereux. Je suis désolée. Vraiment désolée. Vous. Restez. Ici. Pas. Bouger. »

Elle recula d'un pas, puis d'un second, ramassant l'enfant sans que ni l'un, ni l'autre n'essaie de l'en empêcher, figés comme des statues de cire, seuls leurs yeux emplis d'incompréhension, de colère et de peur bougeant encore pour la suivre du regard alors qu'elle escaladait maladroitement la tablette de la fenêtre afin de sortir par derrière.

« Je suis désolée. » murmura-t-elle encore avant de disparaître dans l'obscurité, courant à demi-pliée le long du corps de ferme.

Pourvu que cet alien ait les mêmes instincts que ses propres parents ! Pourvu qu'il se calme si elle lui rendait son enfant !
De toute manière, pas le temps de réfléchir. Se redressant, elle entra par la porte défoncée d'un coup de pied dévastateur, et, levant le petit bien haut, avec l'incongrue impression d'être Rafiki présentant Simba au monde, elle hurla :

« Hé ! Ton bébé est ici ! ».

Une chaise se fracasse contre un mur, puis les deux belligérants semblèrent remarquer sa présence et, avec un rugissement terrifiant, le monstre se jeta dans sa direction. Avec un piaillement épouvanté, elle fit demi-tour, courant de toutes ses forces, l'enfant serré fort contre elle.

« Ilinka, lâche-le ! Lâche-le ! » hurla Selk'ym, qui s'était jeté à la poursuite du monstre.

Il lui fallut quelques trop longues secondes pour se décider à poser – aussi doucement que possible en courant à fond de train – le bébé dans l'herbe, et n'aurait-elle pas trébuché sur ses propres pieds dans la manœuvre, qu'une énorme main griffue se serait refermée sur sa tête.

Elle roula-boula dans l'herbe humide, le cœur au bord des lèvres, prête à se battre pour sa vie, seulement pour remarquer que plus personne ne la poursuivait.

Avec un soupir soulagé, elle se laissa retomber dans l'herbe. Elle avait deviné juste. Un parent est un parent.

Sa prochaine inspiration se bloqua dans sa poitrine. En parlant de parents...

Elle tendit frénétiquement son esprit vers celui de son père. Ce n'était pas le moment qu'il provoque une catastrophe en débarquant comme un ours enragé dans un jeu de quilles en porcelaine.
« Papa ! Panique pas ! Surtout panique pas ! Tout va bien ! Je vais bien ! Je suis en sécurité ! C'est fini ! OK ? »

Elle fut accueillie avec tant de soulagement que de surprise de sa réaction frénétique.

« Tu vas bien ? Tu es sûre ? »

Se redressant, elle contempla la créature qui, visiblement morte d'inquiétude pour sa progéniture, était en train d'examiner cette dernière.

« Oui. Certaine. »

« Tout le monde va bien. » ajouta-t-elle, voyant l'ancien moine qui se laissait mollement tomber contre le chambranle, visiblement épuisé.