Les natifs vinrent à l'aube, présence silencieuse et quasi-invisible sur le fond obscur de la jungle.
Cela n'avait pas empêché Markus de les repérer.
Les chasseurs s'étaient montré craintivement respectueux. En particulier face aux Unas. La femme avec qui Ilinka avait déjà eu un contact télépathique était revenue lui parler, un peu en vain.
Malgré la barrière de la langue, Tch'ana et Morgal n'avaient pas eu de peine à comprendre la signification des quatre singes morts que les humains déposèrent religieusement devant eux, murmurant d'incompréhensibles paroles.
En échange, ils leur avaient offert de partager le déjeuner à base de tapir grillé et des fruits ramenés par Selk'ym et Rory.
S'ensuivit un étrange échange de courbettes et hochements de tête, qu'Ilinka interpréta comme une valse de « Non, nous ne pouvons pas accepter ! » et autres « J'insiste, vous êtes nos hôtes ».
Lorsque enfin tout le monde consentit à s'asseoir autour du feu fraîchement ravivé, dans une mise en scène certaine, sur un geste de Rosanna, Markus vint déposer la carcasse du tueur d'hommes devant eux.
Les chasseurs bondirent aussitôt sur leurs pieds, examinant la bête sous toutes les coutures, demandant à grands mouvements qui avait porté l'évident coup fatal. Lorsque, d'un geste humble accompagné d'un demi-sourire, Milena se signala, le plus âgé des chasseurs lui offrit solennellement le long collier de graines taillées qu'il portait.
« Je crois que tu es un membre honoraire de la tribu, maintenant. » nota Rosanna en riant.
Milena rougit, baragouina et tenta de refuser. En vain.
Une fois encore, les chasseurs s'inclinèrent bien bas devant eux, la femme venant la voir pour lui transmettre toute leur reconnaissance et l'assurance de leur éternelle amitié.
Morgal en profita pour s'approcher aussi, réclamant d'une main autoritaire un contact télépathique.
Humain, gentil. Comme nous. Ami. Mérite respect. Ce n'étaient pas des mots. Plus des concepts. Des notions. Ilinka traduisit de son mieux à la femme.
« Morgal vous aime bien. Elle pense que vous vous ressemblez beaucoup, votre peuple et le sien. Et que vous méritez son respect et son amitié. »
« Oh ! Un esprit nous estime ?! Oh. Ce serait un immense immense honneur pour mon peuple d'être vos... amis ?! »
Reconnaissance, réciprocité, joie. Elle espéra que Morgal comprendrait.
La Unas comprit. Et avec une grande claque amicale dans le dos, qui fit tomber la femme à genoux, elle lui offrit une de ses peaux en cadeau.
Ilinka jeta un regard inquiet à sa mère. La fourrure était grise, avec un sous-poil rosâtre, comme il n'en existait aucune sur Terre. N'était-ce pas dangereux ?
Insensiblement, Rosanna hocha négativement la tête. Opinant, elle se concentra alors sur sa tâche d'interprète.
Aussitôt le présent reçu, la femme se fit un devoir d'offrir en échange un bracelet de fibres végétales.
Tch'ana renchérit avec un ornement en os, auquel un des hommes répondit par un collier, orné d'une unique défense de cochon sauvage.
Il y eut encore quelques échanges de cadeau, puis enfin tout le monde s'assit, et Ilinka put souffler un peu et profiter d'un déjeuner plus qu'exotique.
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« Pfff, c'est trop nul. Ça aurait été trop métal d'avoir une vraie griffe de jaguar... »
La plainte de Zen résonna dans l'Esprit pour la troisième fois de la journée.
Ilinka se retint de soupirer trop fort.
« Les jaguars sont une espèce menacée. Le commerce de morceaux de jaguar est illégal. »
« Mais c'est pas du commerce !»
« Peu importe » grinça-t-elle. « C'est illégal. Maintenant, si tu permets, je suis en plein test d'anglais. »
L'esprit de son ami scintilla d'intérêt.
« Tu as besoin d'un coup de main ? »
« Non. Juste que tu me laisses me concentrer. »
Un peu vexé, Zen'kan se replia dans son propre esprit.
Rory, qui avait assisté silencieusement à l'échange, tendit un tentacule de pensée vers son ami.
« On a toujours les photos... » nota-t-il pour le consoler.
« C'est pas pareil. »
« Je sais. Mais Ilinka a raison, c'est... »
« Je sais que c'est illégal, c'est bon, chuis pas stupide ! »
Par l'Esprit, Rory sentit son ami rugir de frustration.
Presque aussitôt, un avertissement mental de Markus refroidit les ardeurs du jeune guerrier.
« Hum...désolé » s'excusa Rorkalym.
« Mmmh. Pas de ta faute.» gronda Zen, l'agacement visible dans son âme.
« Hé. Cet après-midi, Ilinka a cours d'arts visuels... et elle a pas encore percuté que c'est Rosanna qui le donne. Ça te tente d'assister à ça ? » offrit Rory, certain de la réponse.
« Carrément ! »
« Je te tiens au courant. »
« OK. A plus. »
« A plus. »
Sans vraiment accorder plus d'attention qu'il en offrait déjà à son cours de biologie élémentaire, Rory se replongea avec plaisir dans le roman de science-fiction qu'il était en train de lire.
« Rorkalym ! Vous le dites si je vous dérange ! »
Il n'allait pas s'excuser pour quelque chose qu'il ne regrettait pas. Mais il marqua sa page, et offrit un demi-sourire au professeur.
« Bon. Dites-moi, c'est quoi ça ? » grinça l'homme en désignant une image sur le projecteur.
« Une cellule, Monsieur. Végétale, à en juger par la présence de chlorophylle. Une algue unicellulaire, probablement. »
« Bien, mais ça, c'est quoi ? » insista le professeur en pointant une zone précise de l'image.
« Un flagelle, monsieur. »
« Et ça sert à ? » grinça le prof, visiblement agacé qu'il ait réponse à ses questions.
« Au déplacement de la cellule dans son milieu. »
« Mais c'est que vous êtes renseigné ! Vous pouvez donc me donner d'autres exemples d'organismes à flagelle ? » ironisa-t-il, l'air de plus en plus contrarié.
« Bien sûr. Le plus connu est sans doute le spermatozoïde. (Quelques rires retentirent dans la salle. Quelle maturité...) Dans le domaine bactériologique, il y a entre autres la salmonelle, ainsi que les Helicobacter qui ont des flagelles. Mais je ne suis pas bactériologue. » répondit-il simplement.
Le prof semblait presque fumer. Lorsque, après un dernier regard noir, il se remit à son cours, Rory jugea qu'il pouvait sans risque retourner à sa lecture.
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Rejetée en arrière sur sa chaise du réfectoire, Ilinka lâcha un râle fatigué.
Rory sourit.
« Dure matinée ?»
« M'en parle pas ! »
« Mais au moins, cet après-midi, tu es tranquille, non ? »
« Ouais. Une heure de géographie et deux heures d'arts visuels. »
« Mmmh. »
Elle se redressa, fixant son ami avec attention. Il lui avait semblé capter quelque chose dans son esprit. Une pointe de malice. Quelque chose comme ça.
Lorsqu'elle le sonda, rien. Juste une sympathie bienveillante envers ses malheurs.
Elle avait dû rêver.
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Mais quelle bande de sacs ! C'était ça que Rory lui avait caché à midi ?!
Assise sur le bureau professoral de la salle d'arts visuels, sa mère se présentait, l'air de rien.
Ilinka eut envie de se frapper. Elle aurait dû y penser ! Mme Fernandez les avaient prévenu qu'elle allait partir en congé maternité. Et bien sûr, sa mère s'était bien gardée de lui dire que c'était au gymnase de Montriond qu'elle ferait son remplacement ! Sans doute juste pour le plaisir de cet instant... Le plaisir de la voir s'étonner, voire peut-être se ridiculiser. Qu'à cela ne tienne. Elle ne lui ferait pas cette joie !
Lorsque son voisin de table eut terminé sa présentation, sa mère l'invita d'un geste à l'imiter.
Comme si personne n'allait réaliser qu'elles étaient de la même famille !
Faisant grincer son tabouret, elle se redressa.
« Je m'appelle Ilinka Lanthian-Gady. Mon artiste préférée est Beatrix Potter, mais j'aime beaucoup d'artistes différents appartenant à différents courants. Je les ai découverts grâce à ma mère, qui est artiste peintre. Même si elle n'a pas beaucoup de succès et doit faire des remplacements scolaires pour gagner un peu d'argent... »
Satisfaite de sa tirade, elle se rassit, un sourire aux lèvres.
Toute la classe, qui avait très bien saisi qu'un étrange duel venait de s'engager, se tourna avec intérêt vers sa mère, qui dissimula instantanément sa surprise derrière un sourire aimable. Cette dernière quitta le bureau, venant se promener entre les tables.
« Il est malheureusement vrai que seule une minorité d'artistes accède à une véritable reconnaissance par son art seul. Le monde artistique est un monde dur, et souvent injuste. Les réputations se font et se défont, souvent non pas en fonction du talent, mais de la chance, et des rencontres. Il suffit de croiser la bonne personne au bon moment pour que vos œuvres soient exposées dans les plus grandes galeries. Mais... (elle fit un demi-tour dramatique) n'allez pas croire qu'il suffit d'être chanceux. L'art est fait de passion. De dévouement. De sacrifices. Certains choisissent de ne pas tout sacrifier sur l'autel de la gloire. Il n'y a rien de mal, ni de honteux, à renoncer à poursuivre une hypothétique consécration artistique pour – par exemple – fonder une famille... Croyez moi sur parole, jeunes gens, élever un enfant et en faire un adulte aussi accompli que possible est infiniment plus dur que de peindre un chef-d'œuvre. C'est aussi infiniment plus gratifiant... »
Sa tirade finie, Rosanna vint se rasseoir sur le bureau professoral, parcourant la classe des yeux, comme en quête d'éventuelles questions. D'un seul bloc, toute la classe se retourna vers Ilinka. Comme si ce n'était pas déjà assez humiliant comme ça, elle perçut toute l'attention de Rory et de Zen posée sur elle, ainsi que celle de son père, à qui l'inattention de son ami avait mis la puce à l'oreille.
Elle sentit ses joues s'enflammer et, se tassant un peu, elle fit mine d'avoir repéré un défaut sur sa gomme.
Après une ou deux infinies secondes de silence, sa mère proposa au suivant de se présenter, et bientôt, le cours reprenait presque comme si de rien n'était, la laissant mortifiée, dans son coin.
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A la fin de la journée, Rory la rejoignit, l'air très satisfait.
« Alors ce cours ? » demanda-t-il, peinant à dissimuler son amusement.
« Je te merde ! »
« Certes. Vous avez fait quoi ? Elle vous a aussi fait peindre une œuvre d'après un artiste que vous n'aimez pas ? »
Sa colère, retenue jusque-là, explosa.
« Tu le savais ! »
Rory eut un sourire d'excuse.
« C'est vrai. Mais ce n'est pas comme si c'était un secret... »
« Tu savais que je savais pas ! »
Il opina encore.
« Et t'as rien dit ! »
« Allons, c'est pas comme si c'était une méchante blague. »
« Je me suis tapé la honte devant toute la classe ! » grinça-t-elle, se forçant à ne pas parler trop fort pour ne pas attirer l'attention.
« C'était très amusant, en tout cas... »
Un instant, elle eut la pulsion de le forcer à se ridiculiser. Là, tout de suite, devant la moitié de l'école. Voir s'il trouvait toujours ça amusant...
Puis l'envie passa. En partie. Elle avait toujours très envie qu'il ressente la même humiliation qu'elle, mais elle ne se sentait pas la force d'assumer les conséquences qu'une prise de contrôle aurait.
A défaut, elle décida de l'ignorer. De lever ses barrières mentales et, pour les quelques minutes qui restaient avant le rendez-vous à la voiture, d'aller, sans doute un peu puérilement, s'enfermer dans les toilettes des filles, où il ne pourrait pas la suivre.
Elle n'était pas assise depuis deux minutes sur la lunette rabattue que son téléphone recevait un message.
« Ilinka, tu ne vas pas me faire la tête quand même ? »
Remettant l'engin en veille, elle l'ignora, tout comme Zen qui grattait aux murailles de son esprit.
Un second message arriva.
« Lili, steuplait, te fâche pas. C'est pas méchant... Promis. »
Un troisième message arriva. Avec une certaine reconnaissance, elle constata qu'il ne s'agissait pas de ses parents, mais de nouveau de Zen, qui lui avait envoyé un smiley à l'air suppliant.
Trop énervée pour seulement leur parler directement, sans même mentionner un contact télépathique, elle se mit à furieusement écrire, grondant à chaque faute de frappe et pestant contre l'auto-correct.
« Moi, je ne me moque pas de vous quand vous vous ridiculisez ! è-é » envoya-t-elle, appuyant rageusement sur le bouton.
Presque aussitôt, Zen lui renvoya le même smiley suivi de quelques autres du même acabit, tandis que Rory se mettait à longuement écrire une réponse qu'elle ne doutait pas parfaitement pensée et tout autant construite. Assise sur ses WC, les genoux remontés contre la poitrine, elle attendit avec colère qu'il ait finit pour pouvoir envoyer une réponse bien sentie aux deux.
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Appuyé contre une souche fraîchement coupée, Zen fixait son écran. Comme d'habitude, Rory mettait trois plombes à écrire son message. Heureusement que Markus était trop occupé à superviser l'abattage d'un très vieux chêne pour s'occuper de lui...
La réaction d'Ilinka sur le moment avait été hilarante, mais maintenant, elle leur en voulait. Et comme elle s'était claquemurée derrière ses défenses mentales, et qu'il était à des kilomètres d'elle, il en était réduit à utiliser cette sous-communication qu'étaient les messages écrits... Comment lui faire comprendre qu'il était désolé ? Qu'il n'avait pas pensé à mal ? Qu'il ne la trouvait pas du tout ridicule et l'aimait toujours autant ? Avec vingt-six caractères et quelques centaines de smileys ?
Maigre consolation – et quelle consolation ! – : Rory, qui était infiniment plus doué avec les mots que lui, pouvait lui parler. Il étouffa promptement la jalousie qui commençait à poindre. C'était pas le moment ! Rory était l'homme de la situation, contrairement à lui...
Une vague acide d'un amusement amer le traversa, en provenance de son ami.
« Crois bien que si j'étais en mesure de lui parler, je ne serais pas en train de me casser la tête sur un message. » nota-t-il, vertement.
La jalousie disparut comme par magie, remplacée par de l'inquiétude.
« Calme-toi, Lancelot. Elle s'est juste enfermée dans les toilettes des filles. »
Ce fut à son tour de se sentir ridicule. Le message à rallonge de Rory partit, faisant vibrer son téléphone. Il le parcourut en diagonale. Comme prévu, son ami avait exprimé avec délicatesse et talent tout ce qu'il avait maladroitement tenté de faire passer avec ses pauvres smileys.
Pendant trente secondes, il ne se passa rien, puis Ilinka se mit à écrire. Puis plus rien. Puis à nouveau, elle écrivait. Puis plus rien encore. Puis deux secondes d'écriture, silence, et réécriture.
Il laissa échapper un grondement de frustration. Le bruit attira l'attention de son oncle qui, d'un geste autoritaire et d'une poussée mentale, le remit au travail.
Avec un sifflement exaspéré, il renfila son casque, fixa une dernière fois les trois petits points signifiant qu'elle écrivait toujours, remit son téléphone dans sa poche et, renfilant ses gants, repartit tailler les ronces qui bloquaient l'accès au prochain arbre à abattre.
Le sursaut excité de Rory lui fit bientôt lâcher sa machette, mais le temps qu'il se débarrasse de ses gants pleins d'épines, ne restait que la notification d'un message reçu, dont les premiers mots disaient « je vous déteste... » – message aussi vite supprimé qu'envoyé.
Paniqué, il tendit son esprit vers son ami.
« T'as eu le temps de le lire ? »
« Non, pas vraiment. »
« Il disait quoi ? »
« Mais je sais pas, je n'ai pas eu le temps de tout lire ! »
« Qu'est-ce que tu as lu ?! »
« Mais rien ! »
« Bordel, Rory ! »
« Oh, lâche-moi ! Elle l'a supprimé, ça veut dire que c'est pas si important. »
« Ça disait « Je vous déteste... » ! »
« Elle l'a supprimé. Arrête de paniquer. »
Il sentit que même si Rory faisait de son mieux pour paraître détaché, il était aussi sincèrement inquiet
Il fixa son écran. Les trois petits points dansaient à nouveau. Ilinka écrivait encore.
Un sifflement mauvais le fit sursauter. Cachant maladroitement son téléphone dans son dos, il se retourna.
Le dominant de toute sa hauteur, son oncle le détaillait, les yeux étrécis.
« Tu n'as pas du travail, larve ? » grinça-t-il.
Jonglant maladroitement avec ses gants, il s'empressa d'acquiescer.
« J'ai presque fini. Désolé... »
Markus le fixa encore de longs instants, puis avec un ultime grondement d'avertissement, se détourna.
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Ilinka s'était retranchée derrière ses barrières mentales. Quelque chose clochait. Instinctivement, n'osant pas tenter de forcer les défenses de sa fille, Markus fit part de son inquiétude à sa lumineuse humaine, par le Lien.
Avec un sourire mental, Rosanna le rassura.
« Elle est furieuse à cause du cours d'arts visuels. Ne t'inquiète pas, ça lui passera. »
Il fit une dernière fois le tour des barrières mentales de sa fille. Tant de fureur. Trop inquiet pour être réellement capable de se concentrer sur sa tâche, il signala d'un geste à ses collègues qu'il leur cédait les commandes. S'éloignant afin de ne pas rester dans la zone de danger, il se mit en quête d'une solution. Il devait bien y avoir quelque chose qu'il puisse faire pour prendre soin d'elle. Même contre son gré.
« Laisse-la tranquille ! » s'insurgea Rosanna, qui avait suivi ses pensées.
« Mais elle va mal ! »
« Elle est juste vexée. Ça lui passera. »
Ce fut à son tour de s'outrer.
« Ça ne te pose pas plus de problèmes que ça, que notre fille se sente mal ?! »
« En général, si. Mais là, elle n'a fait que récolter ce qu'elle a semé. Elle a tenté de me ridiculiser devant ses camarades... »
D'une pensée, son humaine lui rappela l'incident qu'il avait observé par son truchement un peu plus tôt.
Il ne put retenir un petit grondement de compassion. Ilinka n'avait vraiment pas choisi son adversaire judicieusement...
Au moins, sa douce humaine avait-elle été bienveillante envers leur fille, et ne l'avait-elle pas insultée publiquement, au risque de la mettre au ban de la classe.
Cela ne l'empêcherait toutefois pas d'être inquiet.
« Et si tu t'occupais plutôt de ton apprenti ? » suggéra sa compagne.
Cherchant son neveu des yeux, il ne tarda pas à le trouver, appuyé contre une souche, le nez rivé à son téléphone. D'un geste sec et d'une poussée mentale, il le remit au travail, avant de retourner à ses propres tâches.
Il ne put néanmoins s'empêcher de tendre son esprit vers celui de sa fille, dans le cas, sans doute improbable, où elle aurait subitement ouvert une brèche dans ses défenses.
Tout ce qu'il trouva, c'est le léger agacement de son humaine face à son comportement.
Vexé, il ravala sa colère, cherchant dans ses alentours directs une distraction convenable, qu'il trouva sous la forme de Zen'kan – lequel, son travail à nouveau oublié, avait une fois encore le nez rivé à son téléphone.
S'approchant en silence, il savoura pleinement le sursaut et le relent de peur du jeune mâle, qui se savait pris sur le fait.
Les velléités de rébellion de ce dernier momentanément matées, il reprit son travail, gardant avec reconnaissance un œil sur son protégé qui, aussi inquiet que lui, le forçait à se concentrer pour le maintenir à l'ouvrage.
