Ilinka n'était pas là. C'était étrange de fêter un de leurs anniversaires sans elle. Mais ça avait aussi des avantages. Rory était techniquement majeur. Et Milena aimait faire des exceptions de temps en temps. Ils avaient eu le droit de boire une bière ensemble, perchés dans les branches du grand chêne, puis, comme elle ne serait pas là avant au moins deux heures, et qu'il n'était pas question que Rory souffle ses bougies sans elle, ils avaient improvisé une séance film d'horreur. Selk'ym avait décliné, mais pas Milena, qui avait fièrement dégainé une mystérieuse vieille cassette enregistrée ayant nécessité un bon quart d'heure de branchement du lecteur exhumé du grenier.

« Elle date d'Atlantis. Je l'ai trouvée dans la chambre d'un marine mort dans d'étranges circonstances... » avait-elle expliqué avec un sourire inquiétant.

Une image un peu artefactée par l'enregistrement magnétique apparut bientôt, leur offrant toute une gamme de logos et titres en japonais.

« M'man, t'es sérieuse ? » grommela-t-il, à moitié incrédule quant au niveau d'ironie de la situation.

« Quoi, mon chéri ? » demanda innocemment cette dernière.

« T'as gardé une vieille copie pirate pourrave de Ring juste pour pouvoir nous la jouer « cassette mystérieuse » ?! »

Milena fit une grimace souriante. « Peut-être un peu... mais elle a vraiment appartenu à un marine mort dans d'étranges circonstances. »

Markus pouffa.

« Le sergent Jacob Thomason n'est pas mort dans d'étranges circonstances. Il est tombé d'un balcon du trente-deuxième étage de la tour principale après une soirée trop alcoolisée. C'était un accident stupide. »

La militaire se renfrogna.

« Pas besoin de salir sa mémoire ! »

Son oncle opina de la tête, avec un vague grognement d'excuse.

Ils se recentrèrent sur le film.

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L'occasion était trop belle. L'opportunité trop brillante.

D'un doigt sur la main, l'autre sur la tempe, Rosanna fit signe à sa fille de ne pas faire de bruit et de ne pas se signaler télépathiquement à ses amis.

« On leur fait une blague ? »
Un regard aussi suspicieux que boudeur accueillit sa proposition. Elle décida de continuer.

« Ils regardent Ring. Si je me souviens bien du film, dans genre trois minutes, y a une scène avec Sadako. Ils sont à fond dedans... Imagine ce que ça ferait s'ils se retrouvaient soudain avec un spectre aux longs cheveux derrière eux... » proposa-t-elle, aussi enjouée qu'humainement possible.

Ilinka la détailla de longs instants, les yeux plissés.

« Tu veux que je fasse quoi, exactement ? »
« Tiens, mets ma chemise » commença-t-elle, lui tendant l'habit blanc. « Maintenant, détache tes cheveux. Voilà. Mets-les un peu devant... Comme ça, c'est parfait ! » poursuivit-elle en les lui ébouriffant un peu.

Ilinka semblait toujours à moitié convaincue.

« Et maintenant, on entre en silence, et au bon moment, quand Sadako sort de son écran, toi tu te glisse entre eux. »

L'adolescente jeta un œil au travers de la fenêtre du salon, visiblement indécise.

« OK. Je suis censée faire un bruit en particulier ? »
« Un genre de râle, ce serait parfait » indiqua-t-elle, tâchant de l'imiter tout bas et se retenant de piaffer de joie d'avoir réussi à dérider sa fille.

Ilinka acquiesça et se tourna vers la porte. Rosanna jeta à coup d'œil à la rue déserte.

« Oh, et enlève ton collier. »

« T'es sérieuse ?»

« Oui. Tu as mon autorisation. »

Avec un grincement mauvais, Ilinka s'exécuta et le lui lança, avant d'ouvrir la porte sans un bruit.

Plus discrète qu'une ombre, Rosanna suivit.

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Rory se tenait confortablement vautré à côté de lui. Il ne pouvait pas dire qu'il soit aussi décontracté et, trop fier pour se recroqueviller, il se tenait bien droit, un peu raide, les mains solidement cramponnées au cuir éculé.

Alors qu'en une mise en abîme abominable, la vidéo maudite apparaissait en une image détériorée à l'écran, il repoussa nerveusement une mèche de cheveux qui le chatouillait.

Du puits, le spectre de Sadako apparut, et il tenta d'une main de plus en plus incertaine de se débarrasser de cette mèche importune.

Elle s'approcha en claudiquant, et il souffla pour tenter de chasser ces maudits cheveux qui refusaient de le laisser en paix.

La terriblement longue mèche se colla à ses cils, et il dût se frotter le visage de la main pour les récupérer. Les longs brins noirs glissèrent, interminables, entre ses doigts, et un frisson glacé le parcourut.

Soudain, le temps d'un battement de cœur, il prit conscience de la présence juste à côté de lui, beaucoup trop près, et son instinct lui hurla de ne surtout pas bouger, mais aussi de prendre la fuite, et surtout de faire face à cette présence. Instinctivement, il tourna la tête, se retrouvant brusquement face à un spectre pâle au sourire trop dentu, dont les longues mèches noires avaient coulé partout sur ses épaules, celles de Rory, et sur le canapé entre eux.

Avec un glapissement de terreur, il bondit en arrière, faisant sursauter Rory qui, après un instant de perplexité, se releva en jurant, se positionnant instinctivement en posture de défense.

Milena sursauta avec un petit hoquet, et le temps sembla se suspendre alors que le spectre, à moitié perché sur le canapé, se mettait à rire d'une voix inhumaine.

Puis son cerveau se remit à fonctionner correctement, et la honte prit le dessus sur la peur.

« Ilinka ! Mais ça va pas, la tête ?! » siffla-t-il, venant se ravachir à sa place, tout en repoussant d'un geste vindicatif son amie.

Cette dernière tituba en arrière en ricanant, tâchant de remettre ses cheveux derrière ses oreilles.

« C'est malin, tiens » lâcha Rory en venant aussi se rasseoir. « Je suppose que ça t'amuse beaucoup de nous faire flipper comme ça ? » demanda-t-il, lui faisant signe de les rejoindre.

Avec un hochement du chef ravi, elle obtempéra.

« Fallait voir vos têtes ! Impayable ! »

« T'en fais une belle de tête, Sadako ! »

« Hé ! »

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Au final, elle n'avait pas loupé tant que ça de l'anniversaire de Rory. Et, elle devait bien le reconnaître, les quatre heures de colle avaient passablement aidé à aplanir les choses entre Tania et elle.

Et c'était tant mieux. Parce que ses parents l'avaient laissé participer à la course d'école à Europa Park, et comme tout le monde avait déjà choisi ses camarades de chambrée dans le bus, elles s'étaient retrouvées désignées volontaires pour partager la dernière chambre. Ce qui aurait été absolument insupportable si elles n'étaient parvenues à un genre de trêve. Trêve qui consistait principalement à s'ignorer royalement – ce qui lui convenait très bien. Ce n'était pas comme si elle était seule, et même si Rory et Zen n'étaient pas physiquement présents, ils avaient partagé avec elle les moindres détails de sa journée. Du goût de son bretzel jambon de midi aux sensations folles des grands huit. Elle avait même accepté de grimper dans le Blue Fire malgré sa peur des loopings, après que Rory lui ait fait un peu de chantage, arguant qu'elle le lui devait bien après s'être fait coller pour son anniversaire.

Le soir venu, lessivée par le long voyage en bus suivi d'une journée entière d'exploration du parc, elle lisait tranquillement un roman, installée dans son lit, attendant que Tania ait fini à son tour de se préparer pour éteindre les lumières.

Les occupants de la chambre voisine, un groupe de quatre garçons, avaient de toute évidence décidé de faire la fête et au bruit, Ilinka subodorait que la moitié de la classe s'y trouvait, riant et hurlant sur fond de musique électro.

C'était agaçant, mais elle était trop fatiguée pour avoir l'énergie d'aller réclamer un peu de calme, et ne doutait de toute manière pas de pouvoir s'endormir sans trop de peine.

Tania n'était visiblement pas aussi crevée qu'elle, et à peine eut-elle fini de se brosser les dents, qu'elle partait tambouriner furieusement à la porte voisine.

S'ensuivit une discussion qui devint un échange d'insultes de plus en plus agressives, ce qui ne tarda pas à attirer un professeur. Tournant sa page, elle continua tant bien que mal sa lecture.

Pas question de se retrouver encore punie à cause de sa voisine de table !

Bien vite, le professeur renvoya les fêtards à leurs chambres respectives, engueula copieusement les quatre garçons, notifia le manque de diplomatie de Tania et lui conseilla d'aller dormir sans délai.

L'adolescente revint donc, claquant la porte avant de se laisser tomber sur son lit, furibonde.

Une question se mit à brûler les lèvres d'Ilinka. Mais la poser alimenterait la colère de sa voisine, et provoquerait peut-être une nouvelle dispute. Et pourtant, après cinq bonnes minutes à se retenir tellement fort que sa langue lui démangeait, Ilinka n'y tint plus.

« Pourquoi t'es aussi raciste ? » finit-elle par demander en un souffle.

« Hein ? » lâcha Tania, qui n'avait pas écouté, scrollant furieusement sur son téléphone.

« Pourquoi es-tu aussi raciste ? » répéta-t-elle, un peu plus formelle que nécessaire – comme si cela pouvait faire une différence.

« Je suis pas raciste ! » répliqua Tania.

« Si, tu l'es. Quand tu me traites de sale petite Blanche, ou quand tu as dit à Romain qu'il était un sale porc d'esclavagiste. C'est du racisme. »

Tania eut un rire glauque.

« T'es conne. Y a que les Blancs qui peuvent être racistes. Les Noirs peuvent pas. Parce que c'est nous qui avons été réduits en esclavage et humiliés pendant des siècles. »

Rendue muette de consternation, elle chercha quoi répondre à ces arguments tellement absurdes qu'ils en devenaient indémontables.

Prenant son silence pour une invitation à poursuivre, Tania se rassit sur son lit, abandonnant son téléphone sur les draps.

« Tu vois, les babtous comme toi, vous vivez dans le confort et la richesse, parce que depuis toujours vous exploitez les autres peuples. Tous les autres. Noirs, Bruns, Asiatiques, tous. Mais surtout les Noirs. »

Elle eut envie de dire qu'elle n'était pas riche, mais là n'était pas le sujet.

« L'esclavage n'existe plus. » nota-t-elle plutôt, marquant la page avant de poser son livre sur la table de nuit.

« Officiellement seulement. Tu crois que les Sénégalaises qui se prostituent à Sévelin, elles le font par plaisir ? Et tu crois que les gosses dans les mines de cuivre, c'est pas des esclaves sacrifiés pour que tu puisses avoir ton joli smartphone ? » répliqua Tania d'un ton docte.

« Toi aussi t'as un téléphone.» contrecarra-t-elle.

« Oui. Mais c'est pas pareil. Comme je suis Noire, en ayant un téléphone, je participe à la juste redistribution des richesses. »

Ilinka haussa un sourcil. Il y avait tant de failles dans ce raisonnement ! Déjà, les richesses étaient surtout et avant tout réparties sur terre par zones géographiques. Il y avait sans doute des variations locales selon l'ethnie, mais à l'échelle globale, c'était la richesse absurde des pays « civilisés » qui provoquait l'exploitation de ceux du tiers-monde, et ce quelle que soit la couleur de peau de ses habitants.

« Tiens, tu habites dans quoi? » demanda Tania qui avait poursuivi son raisonnement de son côté.

« Heu... une ferme. »

« Et tes parents en sont propriétaires ? »
« Oui, je crois. »

« Ben tu vois, cette richesse repose sur l'exploitation de gens comme moi. Tes parents n'auraient certainement jamais eu les moyens de s'acheter cette ferme, si leurs ancêtres avaient pas accumulé des richesses sur le dos de mes ancêtres. Je parie que s'ils en ont hérité, tes grands-parents y ont fait travailler comme des chiens des Latinos. Même que c'est ce que font tes parents, en fait. »

Ravalant un grondement mauvais, Ilinka inspira à fond pour rester calme. Elle tenait à répondre de manière civile à cette attaque.

« Mes parents n'ont aucun ouvrier agricole, de quelque origine que ce soit. Et ils ont acheté cette ferme avec leur propre argent ! »

Tania haussa les épaules.

« Dont ils ont hérité. Si c'est pas eux, ce sont leurs parents, ou plus loin encore que y a eu de l'exploitation... »

« Ils n'ont hérité de rien du tout ! Rien du tout ! » siffla-t-elle, la voix tremblante.

« Tssss, débile. Si c'est pas du fric, c'est autre chose. Des objets. Ou alors, ils ont pu faire toutes les études qu'ils ont voulu. Devenir tout ce qu'ils voulaient. Ça, c'est un privilège. Naître et grandir dans ton propre pays. Avoir la bonne culture pour être toujours celui qu'on embauche en premier. Pour pouvoir profiter parfaitement du système. Ça, c'est des putains de privilèges de Blancs ! »

« Mon père ne vient pas de Suisse, alors ferme-la. Tu ne sais pas de quoi tu parles ! » lâcha-t-elle, avant de réaliser ce qu'elle venait de dire. Elle n'avait pas à proprement trahi le Secret, mais presque. Subrepticement, elle vérifia que son pendentif était bien à sa place autour de son cou.

Tania la fixa un instant.

« Bah, il est blanc, non ? Alors on s'en fout, il est privilégié. Peu importe de quel pays il vient, il a bénéficié de l'esclavage et de la traite humaine. »

Ilinka aurait voulu répliquer. Dire quelque chose. En vain. Officiellement, oui : Markus était un géant blond aux yeux gris. Et même si elle était raisonnablement certaine qu'en tant que traqueur, il n'avait jamais eu d'esclave personnel, elle en savait assez sur les wraiths pour savoir qu'en tant que race, ils devaient largement leur hégémonie sur Pégase à l'exploitation humaine – sous toutes ses formes.

Enfin, expliquer à la jeune femme que son père avait abandonné tous les maigres privilèges qu'il aurait pu avoir en tant que paria de son propre peuple par amour pour sa mère, c'était trahir purement et simplement le Secret, car il faudrait forcément donner plus de détails.

Se sentant un devoir de représentation de par son apparence humaine, elle se sentit toutefois obligée de tenter de ramener un peu de bon sens dans les croyances fallacieuses de sa voisine.

« Tu as sans doute en partie raison. Après tout, c'est vrai que l'Europe a accumulé énormément de richesses pendant la période coloniale, et que l'Amérique s'est construite sur les dos des esclaves noirs. Mais tout ça, c'était il y a très, très longtemps. Oui, les pays développés sont plus riches que ceux du tiers-monde à cause de ça, et c'est injuste. Mais toi, tu vis ici. Tu profites de toute cette prospérité, tout comme moi ou Romain. Donc tu participes à cette injustice également, peu importe ta couleur de peau. Peut-être que mes ancêtres ont exploité les tiens, mais aujourd'hui, toi et moi, on a accès aux mêmes choses. Donc entre toi et moi, il n'y a plus d'injustice. Nous sommes à égalité. Et personnellement je n'ai jamais rien fait pour mériter tes insultes. Ni Romain d'ailleurs. »

Tania eut un rire étrange. Presque triste.

« Ta gueule. C'est pas toi qui habite dans un vieux deux-pièces avec cinq autres personnes ! Et tes parents sont pas arrivés en Suisse avec littéralement juste leurs habits sur le dos et une petite valise ! On a pas accès aux mêmes choses ! Toi, t'as pas dû bosser pendant des semaines pour pouvoir te payer ce voyage parce que tes parents pouvaient pas te le payer. Ta mère, elle fait pas semblant de pas avoir faim pour être sûre que ses quatre enfants, ils vont pas se coucher le ventre vide ! Ferme-la ! »

Ses parents étaient arrivés en Suisse avec littéralement leurs habits sur le dos et un sac. Mais pour le reste, elle avait raison. Ilinka baissa le nez.

« Je ne savais pas. Je suis désolée. »

« Ta gueule, pétasse. Je veux pas de ta pitié. »

Ilinka hocha la tête. Que dire ? A la place de Tania, elle non plus ne voudrait pas être vue comme une chose pitoyable et faible.

Le silence retomba. Silence qu'Ilinka se sentit obligée de meubler.

« J'ai un ami, sa mère a eu des problèmes d'argent, il y a quelques années. Elle ne trouvait pas de travail. On a dû les aider. Je me souviens de sa honte. Ça doit vraiment être dur de pas avoir le choix et d'être obligé d'accepter la charité d'autrui. Mais je sais que mes parents ne l'ont pas vu comme ça. Elle les a énormément aidés quand eux, ils étaient dans une merde noire. Alors, pour eux, il s'agissait juste de lui rendre la pareille... » marmonna-t-elle, sans vraiment attendre de réponse de la part de Tania – qui s'était mise à tripoter sa couverture d'un air absent.

Pourtant, celle-ci finit par lui répondre.

« Ça, c'est une chose. Tes parents avaient une dette. Mais recevoir l'aide d'inconnus, qui ne te doivent rien, c'est humiliant. Devoir sourire et dire « Merci beaucoup » alors qu'ils te regardent avec leurs sales petits yeux larmoyants, et qu'ensuite, ils vont se vanter partout de comment ils aident ces « pauvres familles de migrants sans-le-sou », ça me dégoûte ! Salauds ! »

« Tu trouves vraiment que c'est si humiliant de recevoir de l'aide ? » demanda-t-elle doucement, sincèrement curieuse.

« Ce qui est humiliant, c'est l'aide des Blancs. Parce qu'ils ont tout. Ce qu'ils te donnent, ces connards, c'est juste les miettes dont ils se foutent. Et après, ils vont partout à la télé et ailleurs dire combien ils se sacrifient pour aider les pauvres petits Noirs pas capables de se débrouiller tout seuls. Les pauvres petits Africains sans éducation et avec une culture tellement barbare. Comme si on était tous des débiles en pagne qui dorment dans des cases en caca ! »

Ilinka prit le temps de réfléchir.

« Je crois vraiment que la plupart des gens font sincèrement ce genre de chose, car ils veulent aider et faire le bien. Après je ne doute pas qu'il y ait des, hum... des connards égocentriques qui le font juste pour l'ego. Et peut-être aussi que l'aide offerte est pas forcément celle dont les gens auraient le plus besoin, mais c'est offert honnêtement. »

« T'as déjà fait du bénévolat ? »
« J'ai participé aux journées de nettoyage de la réserve naturelle où travaille mon père. »

« Non, je veux dire avec des migrants, genre ! »
« Alors non. »
« Ben tu viendras me faire la leçon le jour où tu sauras comment ça se passe, petite Blanche ! » asséna Tania, battant son oreiller avant de s'installer, un air très satisfait aux lèvres.

Voyant que la discussion était de toute évidence terminée, Ilinka s'installa aussi, puis éteignit la lumière.

« Bonne nuit, Tania. »
« Je ne souhaite pas la bonne nuit aux sales Blancs. »

Avec un soupir, elle se tourna de l'autre côté. Elle était déjà à moitié endormie lorsqu'elle crut entendre un « Bonne nuit » murmuré si bas qu'il aurait tout aussi bien pu s'agir d'un rêve.


Je tiens à faire une note de bas de page, vu le sujet un brin délicat.

Aucun des arguments présentés ici par Tania ou Ilinka n'est totalement juste ou totalement faux. Les deux sont emprunts des biais et approximations que deux adolescentes de quinze ans aux parcours différents peuvent avoir intériorisés et tout les deux révèlent des vérités sincères et honnêtes.

Donc, s'il vous plaît, ne venez pas hurler au racisme. Ce n'en est pas. (Mais je veux bel et bien parler de racisme et autres discriminations) Et si Tania peut pour l'instant relever du cliché de la « femme noire agressive et criarde », je vous promets, on n'en est qu'à l'aube du développement de ce personnage pour qui j'ai une grande tendresse, et beaucoup d'idées.