Note : Il y aura une quatrième partie sur l'Arc Hinata, sinon le chapitre va être trop volumineux et je n'ai finalement pas envie qu'il le soit. 15k mots pour 4 mois c'est peu, j'en ai conscience et je m'en excuse. Je n'ai vraiment pas eu le temps d'écrire ces derniers temps, mais maintenant je l'ai, donc la suite et la fin de l'Arc ne devrait pas tarder.
Bonne lecture.
Taille chapitre : 15500 mots.
D'opale et d'obsidienne
Partie 3
« 10 octobre 1020,
Après tout ce temps, toutes ces années, il y a toujours cette question qui m'empêche de tirer un trait, de t'oublier. La seule qui peut me faire rester.
Dis-moi, es-tu en v- »
Le soleil rayonnait, les oiseaux chantaient, l'atmosphère était tempérée. Voilà ce à quoi pouvait se résumer la traversée de la péninsule si on quittait à temps le pays des Crocs. Voilà comment Razan, un penseur du début de l'ère Sengoku, l'avait résumé dans son autobiographie.
Si vous craignez la chaleur, partez des Griffes et des Crocs avant l'arrivée du printemps, sans quoi le sirocco des déserts du Vent aura raison de votre peau.
Plus jamais elle ne lirait un de ses livres. Jamais.
Cela faisait plus de deux mois qu'ils avaient quitté le Mont. Plus de deux mois à marcher vers le nord, plus de deux mois à éviter les fronts de la Terre, du Feu, et du Vent. Plus deux mois avant le printemps.
Avant… le printemps.
Les montagnes enneigées des Griffes et escarpées des Crocs passées, ils avaient bravé le vent glacial des plaines herbeuses des Oiseaux avant de gouter à l'interminable bruine froide de la Pluie. Et comme un malheur n'arrivait pas sans l'autre, le climat tempéré des forêts luxuriantes des Herbes et des lacs scintillants des Cascades à l'équinoxe vernal fut tout bonnement balayé par une tempête venue de l'océan Teiryuu.
Les torrents de pluies infernales et les bourrasques qui arrachaient les arbres les avaient ainsi accompagnés durant plus de dix jours, multipliant de par ce fait la traversée de Kusa et Taki par deux. Et, bien entendu, la tempête Ryu avait duré l'exact temps qui leur avait fallu pour atteindre la nation mineure la plus au nord de la péninsule. Tetsu no Kuni, le pays des Samouraïs.
Là encore, elle en oubliait la couleur du soleil.
Au pays du Fer, caché derrière un épais manteau de nuages, l'astre ne pointait le bout de son nez qu'une dizaine de minutes par jour, voire jamais si le brouillard de la Mer Nord était de sortie.
Les Griffes, les Crocs, les Oiseaux, la Pluie, les Herbes, les Cascades, et maintenant le Fer.
L'ennuyant, le terne, le brumeux Fer…
Dissimulée sous sa capuche, elle releva son attention sur le ciel grisâtre au moment même où un éclair fissura les cieux. Rapportant son attention sur la terre ferme et sur l'imperméable à sa gauche, elle observa finalement celui aux reflets dorés à sa droite lorsqu'un son s'extirpa d'en dessous la capuche.
- C'est bon j'en ai une.
Un raclement de gorge et une grande inspiration plus tard, le timbre adolescent se répandit dans la forêt de bambou ruisselante.
- C'est un serpent qui en croise un autre. Aïe ! S'écrit-il. Vous pourriez faire gaffe vous venez de me marcher sur le pied ! Mais les serpents n'ont pas de pieds ! Répond l'autre. Et il s'en va en haussant les épaules.
Le silence… était quelque chose qu'elle avait appris à apprécier au fil des années enfermées. Et, étant donné que depuis qu'elle les avait rencontrés, celui-ci se faisait rare, elle le chérissait plus que jamais. Pour autant, l'accalmie qui suivit la blague l'obligea à essayer d'y mettre un terme, de par un rire ou une remarque, mais rien ne s'extirpa de ses lèvres entrouvertes, et ce même lorsque le regard azur se déposa sur elle.
- Elle était si mauvaise que ça ?
Elle ne put que lui adresser un air désolé.
- Disons qu'elle était un peu…
- Nulle. Très nulle. C'était la blague la plus nulle que je n'ai jamais entendue.
Les yeux ronds, elle dévisagea le sourire bien ancré de maitre Jiraiya à sa gauche.
Round mille trois cent vingt, continuez.
Et la voix de Naruto ne mit pas longtemps à se faire entendre.
- Ah ouais !? Vas-y on t'écoute monsieur j'me-la-raconte !
Le provoqué s'arrêta subitement et elle dut faire un pas de côté ne pas lui rentrer dedans.
S'immobilisant à son tour, elle observa le poing levé à mi-hauteur de l'ancien Sannin ainsi que ses iris noir encre braqués vers l'horizon.
- L'amour, c'est comme une partie de cartes, si tu n'as pas un bon partenaire il vaut mieux avoir une bonne main.
Elle… devait l'avouer, au début les blagues de maître Jiraiya l'avaient mise mal à l'aise, mais aujourd'hui et après des milliers, cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Elle n'y faisait tout simplement plus cas.
- Et tu oses dire que la mienne est nulle… SÉRIEUSEMENT ?!
Sans prêter la moindre attention à son élève le plus bruyant, le quinquagénaire reprit sa marche, et elle n'eut d'autre réflexe que de lui emboiter le pas en se replongeant une énième fois dans ses pensées.
- Les jeunes de nos jours, plus aucun sens de l'humour.
Cinq mois.
- Ne remets pas la faute sur nous sale pervers !
Aussi étrange que cela puisse paraître, ils étaient restés cinq mois au Mont. Et, fait encore plus surprenant, ce fut à l'initiative de maitre Jiraiya.
- Vous êtes une génération de coincés, à votre âge je faisais déjà les quatre cents coups.
Elle ne savait toujours pas pourquoi il avait changé d'avis, mais elle ne s'en était pas formalisée. Quatre mois supplémentaires à lire tous les ouvrages possibles de la bibliothèque du Grand Gama.
- Tu es fier d'avoir était un pervers à quinze ans ?! Tu comprends au moins que c'est toi le problème ?!
Qu'aurait-elle pu rêver de plus ?
- De la fierté ? Je n'en suis pas fier, j'en suis honoré. C'est un don de Kami. Il m'a offert des yeux pour observer, et j'observe mieux que quiconque.
Elle avait tellement appris de choses qu'elle était certaine d'en avoir oublié la moitié, si ce n'était plus. Que ce soit sur les guerres ancestrales, de samurais, de clans ou de villages, les relations qu'avait entretenues le Mont avec le pays du Feu au fil des siècles et même les hommes et les femmes qui étaient parvenus à trouver l'entrée de la montagne.
- Ah bon ? Pourtant il me semble que c'est l'homme qui a inventé les jumelles et les bassins de sources chaudes, pas sûr que ça fasse parti du plan de ton dieu.
Enfin, en réalité elle n'avait retrouvé les mémoires et les notes que d'une seule femme, pour une vingtaine d'hommes, dont maitre Jiraiya et le quatrième Hokage.
- C'est là qu'est la subtilité. C'est l'homme qui a inventé tout ça. Mais tu es encore trop jeune et trop naïf pour le comprendre.
Une certaine Yasaonna ayant vécu huit siècles auparavant. Ses mémoires racontaient les conflits qui ravageaient la péninsule à cette époque, du moins si elle avait bien tout compris, étant donné qu'une grande partie du texte était écrit dans une langue qu'elle ne connaissait pas.
- Ouais c'est ça, en attendant tu devrais te consacrer davantage à l'écriture qu'à l'observation, vu l'argent que tu me prends tu ne dois pas vendre beaucoup de livres sale escrocs.
Hormis les guerres, Yasaonna parlait surtout de son arrière-grand-père ainsi que des deux siècles qui les séparaient. Que, en seulement deux cents ans, les hommes étaient parvenus à oublier ce que celui-ci leur avait légué. Et ceci ne pouvait qu'être vrai, était donné qu'elle n'en avait jamais entendu parler avant sa lecture.
Le Ninshū.
- Eh bien, tu n'as qu'à demander à quelqu'un qui m'a récemment lu et tu comprendras que je fais fureur, aussi bien auprès de la gent masculine que féminine, n'est-ce pas, Hinata ?
Surprise d'entendre son nom, elle releva ses pupilles dilatées et observa le visage des deux hommes qui partageaient sa vie, en particulier celui à sa droite. Si elle avait l'habitude d'observer une expression amusée chez maître Jiraiya, cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas vu la mine choquée de Naruto.
N'ayant volontairement rien écouté à leur conversation, elle s'arrêta sur le sentier et fit ce qu'elle savait faire de mieux : admirer les iris azur sans rien dire.
Les paupières grandes ouvertes et arrêté à son tour, il se recula brusquement, effrayé. Ni comprenant rien à rien, elle fit un mouvement dans sa direction, et il se recula davantage, ce qui lui releva un sourcil étonné.
Peut-être bien qu'elle aurait dû écouter leur conversation.
- Depuis quand es-tu devenue une perverse ?
Oui, elle aurait définitivement dû.
Une centaine d'images lui traversèrent l'esprit et, soudainement rouge pivoine, le regard écarquillé à son tour, elle observa du coin de l'œil l'ancien Sannin, encore plus amusé et à l'écoute, avant de finalement rapporter son air embarrassé sur son indiscret interlocuteur.
- Mais enfin de quoi est-ce que tu parles ?
Elle eut nul doute que, malgré son murmure, maitre Jiraiya l'ait entendu.
- Tu as vraiment lu un de ses livres loufoques ?
Et en eut encore moins concernant le soupir soulagé qu'elle relâcha.
Il ne parlait pas de ce-à-quoi-elle-avait-cru-qu'il-parlait.
Afin de mettre un geste à son innocence, elle releva ses deux mains à hauteur de ses épaules.
- Ce n'est pas ce que tu crois, c'était un roman d'aventures. Les chroniques d'un ninja caractériel, il est très bien écrit tu devrais le lire.
Le regard azur et suspicieux se déplaça de sa personne à l'écrivain qui, de son côté, les observait d'un air encore plus soupçonneux.
- Depuis quand tu sais écrire autre chose que des insanités toi ?
La réponse ne se fit jamais entendre. Les bras croisés et le regard plissé, maitre Jiraiya les dévisageait, et l'énorme sourire fier qui déforma l'encre rouge la terrifia au plus haut point.
- Où, quand, comment ? Je veux tout savoir.
Dans un premier temps elle ne comprit pas la question. Puis, doucement, tout devint clair, contrairement à son teint qui lui devint carmin. Elle tourna son énième air embarrassé sur le quinquagénaire qui en moins d'une seconde extirpa un carnet et un stylo de son imperméable.
Tel un reporter faisant face à un scoop pouvant ébranler la terre entière, celui-ci écrivit quelques mots hésitants avant d'encore plus l'embarrasser.
- Vous vous êtes arrêtés aux préliminaires où vous êtes allez plus loin ? Était-ce ce matin dans la grotte où avant-hier quand je me suis absenté quelques heures ?
La pluie et la lumière alentour redoublèrent à une vitesse si folle qu'elle n'eut pas le temps de ressentir son cœur s'emballer. Ramenant son attention à sa droite, elle fut contrainte de plisser le regard.
Aveuglante et merveilleuse, l'orbe condensé de chakra tourbillonnait si rapidement qu'elle aspirait la pluie et la recrachait avec violence aux alentours, dont sur elle.
Tout comme elle l'avait fait pour se dédouaner quelques secondes plus tôt, le reporter à mi-temps leva ses mains, mais ce coup-ci au-dessus de sa chevelure blanche et avec frayeur.
- Je plaisante ! On se calme le coincé !
La lumière bleutée redoubla d'intensité et emporta avec l'embarra qui l'avait incombé.
Elle était tellement fascinée par cette technique que tout lui semblait dérisoire lorsqu'elle l'admirait. À chaque fois qu'ils l'utilisaient à l'entrainement, elle ne pouvait s'empêcher de la fixer, quitte à en devenir aveugle.
Le Byakugan lui permettait de voir au travers de n'importe quel atome, cela elle avait fini par le comprendre, pour autant elle ne parvenait pas à voir ce qui se trouvait au centre de cette sphère d'énergie pure. Nul doute qu'il s'agisse de chakra, mais c'était tout de même insensé qu'un tel jutsu puisse exister. Lorsqu'elle l'observait, elle avait littéralement l'impression de voir une étoile miniaturisée.
Uzumaki Namikaze Minato était un véritable génie, cela aussi elle l'avait compris avant même de lire ses écrits.
- Contente-toi de tes histoires au lieu de te mêler de celle des autres sale obsédé ! Et arrête de sourire comme ça bordel !
L'astre miniaturisé tira sa révérence et l'obscurité reprit place, à son grand désarroi.
- Sourire comment ?
- Comme ça !
Elle observa le sourire fier de maître Jiraiya qui, le faisant disparaître, hocha la tête dans un soupir blasé.
- Si on ne peut même plus sourire.
Une nouvelle fois les guettas rouge claquèrent sur le sol terreux et, une nouvelle fois, elle leur emboîta le pas. Le silence refit surface durant quelques secondes, avant que la voix rauque du reporter au chômage ne le brise.
- Il y a un village à deux kilomètres au nord, tu arrives à le voir ?
Comprenant qu'il s'adressait à elle, elle releva son visage et jeta un coup d'œil au nord, au-delà de la luxuriante et humide forêt de bambou.
- Oui je le vois.
Des milliers d'âmes pour cinq, peut-être six cents bâtisses. Des rizières, des bougies et des feux comme seules sources de lumière, aucune bobine de chakra active.
Aucun doute, ils étaient bien au pays du Fer.
- Bien, très bien... maintenant tu peux me dire le nom du bordel le plus pro…
Si, quelques secondes plus tôt, le rasengan avait eu un diamètre de vingt centimètres, cette fois-ci celui qui passa dans son champ de vision et qui fit virevolter sa chevelure d'obsidienne mesura plus de deux mètres.
Fermant avec forces ses yeux tant l'orbe l'aveugla, elle fit un bond arrière tout en suivant la source de lumière au travers de ses paupières. Le tonnerre gronda au moment même où l'orbe rencontra le sol terreux qui implosa à l'exact endroit où s'était trouvé maître Jiraiya.
Se réceptionnant, elle rouvrit son regard et observa les nombreuses explosions qui se succédèrent à cinq, dix, puis vingt mètres, et se protégea le visage face aux débris qui sifflèrent à ses oreilles.
Pour la première fois, elle rigola sous l'écho du rire du maitre et les insultes de l'élève.
Ils étaient uniques en leur genre, et c'était pourquoi elle les aimait tant.
[…]
« 9 février 1019,
La guerre est terminée depuis plus d'un an. Où es-tu, qu'as-tu fais tout ce temps ?
Es-tu au moins au courant ? »
Les montagnes Mittsuokami du pays du Fer, plus communément appelées les Trois loups, étaient d'une monstruosité… envoûtante. En forme de gueule aux crocs acérés, la chaine de montagnes possédait des reliefs tellement surréalistes qu'elle se demandait comment la gravité ne l'avait pas encore désagrégée.
Si les cascades Honryuu de Taki l'avaient émerveillées de par leur puissance et leur bruit, recouvrant même cela de la tempête, les trois montagnes de Tetsu la laissaient sans voix de par leur magnificence. À chaque fois qu'elle s'arrêtait un instant pour les observer, elle avait cette boule au ventre qui s'installait. Ce sentiment d'infériorité qui la parcourait et qui l'empêchait de détacher son regard.
Malheureusement pour son estomac, la fierté de la nation des samouraïs était visible quasiment partout dans le pays, et c'était d'ailleurs l'une des raisons qui avaient poussé les habitants à y vouer un culte.
Où que vous soyez, Mittsuokami veille sur vous.
Voilà vingt jours qu'ils se trouvaient au Fer. Vingt jours à voyager de village en village, vingt jours à éviter de rencontrer de nouveaux visages. Vingt jours à contempler le paysage.
Ils avaient suivi le fleuve Fuyubara durant les dix premiers jours, et avaient contourné Miasao, la capitale du pays, la semaine qui avait suivi. Les trois derniers jours s'étaient résumés par la traverser des montagnes et des terres sauvages jusqu'à atteindre Shinjō, l'un des rares villages à l'est, à seulement quelques kilomètres des frontières d'Oto, la nation du Son.
Tout laissait à penser qu'un voyage comme celui-ci, malgré le mauvais temps, ne pouvait qu'être idyllique, mais ce n'était pas réellement le cas, surtout depuis qu'ils étaient arrivés au Fer.
Si elle ne s'était pas fait remarquer l'été dernier, à l'aller, lorsqu'il se rendait au Mont, c'était uniquement parce qu'ils ne s'étaient arrêtés qu'à deux reprises dans ce pays et étaient passés de frontière en frontière en un rien de temps. Mais sans qu'elle ne sache pourquoi, pour le voyage retour maitre Jiraiya avait décidé de prendre son temps, d'admirer et de découvrir tout ce qu'il n'avait pas pu expérimenter au cours de ses cinquante années. Et là était le problème : elle attirait beaucoup trop la curiosité.
Une adolescente qui se promène avec des lunettes de soleil sous un ciel sans nuages n'attire pas l'attention.
En revanche, une femme qui se pavane avec des verres opaques sous la pluie, cela magnétise le moindre regard.
Elle ne parlait même pas des marchands qu'ils avaient croisés sur leur chemin. Ceux-ci avaient passé plus de temps à la dévisager qu'à écouter les paroles de maitre Jiraiya sur les fruits et autres légumes qu'il désirait acheter.
Elle aurait tout donné pour posséder une réserve de chakra aussi grande que la leur afin de pouvoir tenir une métamorphose durant plusieurs heures, mais si un jour elle parvenait à réaliser un Henge d'une durée plus longue que quinze minutes sans s'évanouir de fatigue, il s'agirait d'un exploit.
Pour résumé, ils dormaient à même les grottes et la terre détrempée depuis leur départ, et un matelas ainsi qu'une pièce climatisée commençaient à réellement lui manquer. Mais ses caprices, encore une fois et tout comme ses autres dérisoires soucis, elle le gardait pour elle, et elle était réellement devenue experte en la matière.
Enfin, du moins c'était ce qu'il lui avait laissait penser.
Quittant des yeux les trois gargantuesques gueules de loups à l'horizon, elle jeta un rapide coup d'œil au village en contrebas de sa position surélevée, avant de se retourner vers le centre de la montagne sur laquelle elle se tenait et d'emprunter le chemin de terre.
D'un plat déconcertant, le sommet Henpei, qu'ils avaient découvert seulement deux jours plus tôt, était recouvert d'une forêt de bétulacées qui dissimulait en son centre une clairière aussi colorée que magnifique.
Au plus elle s'enfonçait à l'intérieur, au plus les odeurs la frappaient en plein cœur.
S'ils étaient arrivés au pays du Fer en début de printemps et que la neige avait persisté sur les sentiers durant plus d'une semaine, un mois plus tard et même à plus de cinq cents mètres, celle-ci avait complètement disparu et laissait les lilas fleurirent de rouge et violet.
Durant les trois derniers mois, ils n'avaient goûté qu'à la pluie et la neige, mais en ce début d'avril, le temps était au beau fixe. Il faisait soleil. Froid certes, mais la lumière était de sortie, et rien ne pouvait lui faire plus plaisir.
Les coups de marteau au centre de la clairière lui relevèrent son air songeur et, accompagnée d'un léger sourire, elle contempla alors les fondations de la masure en bois ainsi que les cordages qui maintenaient le premier des quatre murs porteurs. Se concentrant sur les rondins de bois, elle admira la silhouette bleutée qui frappa le sol de son marteau et qui, se relevant, se dirigea vers la seule fenêtre qui donnait sur le sentier, qui donnait sur elle.
De bleu, la chevelure passa au doré.
Les lèvres refermées sur une demi-douzaine de clous, il l'appela d'un signe de la main, ce qui n'étira que plus le sourire qu'elle lui adressait. Les doigts timidement emmêlaient dans son dos, elle inspira alors les harmonieux effluves de la clairière avant de s'avancer vers la masure de moitié construite.
Cela faisait deux jours qu'il s'était mis en tête de lui construire une cabane. Une envie qu'il n'avait pas hésité à entreprendre lorsque maitre Jiraiya leur avait dit qu'il allait rester dans les environs au minimum un mois. Et, d'après ce qu'elle avait entendu un quart d'heure plus tôt, il restait encore quatre jours avant qu'elle ne puisse dormir dans un lit douillet.
La seule chose qu'elle pouvait espérer était que le soleil resterait aussi longtemps.
[…]
« 27 décembre 1018,
Cette présence dans les bois, était-ce ton cadeau ou celui de mon imagination ? Je ne sais plus quoi penser, quoi croire. Qui croire. Tu n'es nulle part et partout à la fois. Je suis perdue.
Tu m'as perdue. »
- Et celle-ci ?
Allongée à même le plancher de la cabane à toit ouvert, la tête posée sur un ventre des plus confortables, elle déplaça sa vision en dessous de la main pointait vers l'amas d'étoiles.
La réponse lui vint tout naturellement.
- Yamata.
L'obscurité ainsi que le silence, entrecoupé par les hululements des strigidés par cette nuit de demi-lune, ajoutèrent une touche de mystique au nom millénaire.
- Yamata ? Je ne vois ses têtes nulle part… encore moins ses queues.
Du ventre, elle se déplaça jusqu'à l'épaule et se saisit de la main incertaine. Avec douceur, elle entama alors de lents mouvements rectilignes en direction de l'infiniment grand.
- Les huit queues, le corps, les pattes… et les huit têtes.
Son geste terminé, elle fit redescendre leur main et ramena son regard sur l'azur. Habituée, elle ne fut nullement surprise du fait qu'il l'observait d'ores et déjà.
Avait-il écouté son explication ? Peut-être, peut-être pas. Avait-il observé la constellation ? Absolument pas. Encore et toujours, il n'avait pas cessé de la fixer elle et, encore et toujours, elle rougissait de plus belle.
Un jour elle s'y ferait, cela elle en était persuadée, bien qu'elle espérait pouvoir encore apprécier cette sensation quelques années. Celle qui la faisait frissonner à chaque fois qu'il la contemplait. À chaque fois qu'elle l'admirait.
La tête toujours posée sur son épaule, elle le sentit bouger, mais ne s'en formalisa pas, et lorsqu'il lui entoura tendrement le cou de son avant-bras, elle jeta un rapide coup d'œil à la pénombre et aux quatre murs en bois.
Une curiosité qui ne lui échappa pas.
- Je termine le toit demain matin et dans la journée j'irai acheter le matelas.
De sa seule main libre, elle désigna le papier rectangulaire accroché sur le mur juste à côté de l'entrée, et écarta ses doigts afin d'apprécier le souffle chaud que le sceau dégageait.
- Tu n'es pas obligé de te dépêcher, tant qu'il est là je pourrais passer mes nuits à observer les étoiles.
Le long soupir qu'il extériorisa lui réchauffa le visage et lui étira un énième sourire amusé.
Pour une fois que c'était elle qui le taquinait, elle avait le droit d'en profiter.
- Tu ne fais qu'en parler depuis que je l'ai posé, je vais finir par être jaloux.
Elle se remit à observer le papier et hocha simplement la tête à l'entente d'une telle vérité.
Il était vrai qu'elle ne faisait qu'en parler, mais elle le faisait avec raison : s'il y avait une chose qu'elle détestait plus que l'ennui et les plats pimentés, c'était bien le froid. C'était donc tout à fait normal que ce simple bout de papier en apparence parvienne à la combler de joie.
- Tu aurais raison de l'être… je crois que je vais me marier avec.
Il resserra davantage son emprise sur son cou et elle dut, à la suite d'un gloussement, se résoudre à arrêter d'observer le sceau.
- Je savais que c'était une mauvaise idée… je n'aurais jamais dû le créer.
Souriante, la joue droite posée sur la veste grise dont il était habillé, elle écouta mélodieusement les battements de son cœur tout en admirant ses pupilles dilatées. Une mélodie et un échange de regard qui lui firent progressivement perdre le sourire.
Le temps d'une inspiration, la berceuse s'emballa à son tympan, et son propre rythme cardiaque ne m'y guère plus longtemps à lui jouer une chanson. Extatique, elle releva la tête et déposa sa seule main libre sur la veste grise qui l'habillait avant de doucement se rapprocher de ses lèvres tentatrices. Si lentement qu'une dizaine de pulsations cardiaques eurent le temps de résonner dans sa paume.
Le souffle coupé et les paupières fermées, elle déposa tendrement ses lèvres sur les siennes, et il lui rendit son baiser avec encore plus de douceur.
S'emparant du bas de son échine, il la fit basculer sur le plancher de la masure et le dos légèrement courbé, le bois craqua sous leur poids.
Malgré la pression qu'il exerçait dessus, elle ne put retenir son sourire de ressusciter.
[…]
« 2 juin 1017,
Ce matin deux hommes m'ont réveillé. Tu pourrais croire au début d'une blague de sensei, mais ce n'est pas le cas.
La conversation, si je peux appeler cela ainsi, a été... surprenante ? »
Somnolente, elle fit glisser ses phalanges le long de l'oreiller et effleura la douceur et la fraîcheur du drap. Intriguée par le manque de chaleur, elle alors ouvrit un œil. Les rayons solaires ne furent guère cléments avec sa rétine. Elle déplaça aussitôt la paume de sa main en direction de la fenêtre et se redressa doucement.
La vision de la silhouette bleutée en dehors de la masure lui apaisa les traits en un instant.
D'un geste machinal, elle fit remonter la bretelle de sa nuisette et s'étira de tout son être. Un bâillement lui échappa, et la question qu'elle se posait désormais à chaque réveil germa dans son esprit à moitié endormi.
Combien de temps avait-il fermé les yeux ?
Elle était morte de fatigue, et à la vue du soleil au travers de la fenêtre, elle n'avait dormi que deux, peut-être trois heures, c'était donc tout à fait légitime qu'elle le soit. En revanche ce qui l'était moins, c'était l'énergie qu'elle percevait à une trentaine de mètres au beau milieu de la clairière. Si elle se fiait à la manière dont circuler son chakra, il se trouvait plus qu'en pleine forme.
Déposant son regard entouré de cernes sur le plafond à demi éclairé de la masure, le souvenir burlesque d'une phrase qu'il lui avait dite aux Herbes lui vola un sourire matinal.
Finalement, si l'on met de côté les percussions et les dangers de mort à chaque instant, avoir un démon scellé en soi, si cela permet d'être en pleine forme après avoir fermé les yeux une demi-heure… ce n'est pas si mal.
L'anthropologie du clan des Remous était le modeste titre d'un ouvrage datant de plus d'un demi-siècle qu'elle avait eu l'honneur de lire au Mont. N'étant qu'un regroupement de feuilles ficelées entre elles, elle avait d'abord pensé que l'auteur était un crapaud, mais les pronoms et les noms utilisés au fil de la lecture lui avaient donné tort.
Hana Senju avait voué sa vie à l'étude du chakra, aussi bien sur les animaux que sur le corps humain, et ce livre en était un long résumé.
Les cent premières pages racontaient la manière dont, tel un virus, le chakra s'était transmis au fil des générations à la quasi-totalité des êtres vivants de la planète – à l'exception de quelques erratiques - et que, malgré cela, seulement une infime partie d'entre eux parvenait à le ressentir. Les deux cents suivantes, à sa surprise lors de sa lecture, étaient entièrement consacrées au démon renard et au clan Uzumaki, alors considéré à cette époque comme l'un des plus influents et puissants de la péninsule.
De ces deux pages qui faisaient presque la moitié de l'œuvre, un nom était ressorti plus que les autres.
Mito Senju Uzumaki, épouse de Hashirama Uzumaki Senju, le premier Hokage.
Si le nom de la femme la plus célèbre de l'ère shinobi avait été écrit dans ce livre, ce n'était pas sans raison. Mito Uzumaki remplissait toutes les cases. Elle avait été à la fois membre du clan des Remous et hôte de Kyūbi no Yōko, le démon renard a neuf queues, soit la première Jinchūriki de mémoire d'homme.
Hana avait analysé le chakra du démon durant presque une année entière, juste avant que la seconde Grande Guerre n'éclate, et en était venue à une seule conclusion : si aucune atteinte physique n'était à déplorer, le Jinchūriki de Kyūbi ne pouvait mourir que de vieillesse.
L'hôte ne pouvait pas tomber malade, être empoisonné, ou même se saouler. Enfin, ce n'était pas vraiment exact. Il le pouvait, mais l'effet ne durait que quelques minutes avant que le chakra du démon filtre et nettoie absolument tout, aussi bien les organes, le sang, et le chakra.
Au cours de ses recherches, Hana avait compris une chose, et ce bien avant tout le monde : le chakra de la bête et celui de l'hôte étaient si liés, fusionnés, que si jamais le démon était extrait, il emporterait avec lui la quasi-totalité des réserves de son hôte, et celui-ci mourrait sur le coup.
Il s'agissait là d'informations qu'avait pu confirmer Konoha chez les villages voisins au fil des années qui avaient suivies. Car, bien que Mito fut la première Jinchūriki, aucune extraction ne fut envisagée durant plus de trente ans, et ce même après trois accouchements. Contrairement aux hôtes de Suna, Iwa, Kumo et Kiri, la princesse Uzumaki se portait bien. Très bien même. Tellement bien que Hana pensait que le corps des Uzumaki avait été façonné dans cet unique but.
Les années passèrent, la guerre perdura et, vieillissante et fatiguée, l'ancienne dirigeante de la Feuille demanda à ce qu'on lui retire le démon avant qu'il ne soit trop tard, avant qu'elle ne meure prématurément. Elle avait assez vécu et était prête à rejoindre son mari. Une demande que le troisième Hokage accepta.
Contrairement à ce qu'avait laissé penser Konoha aux pays voisins afin de laisser Uzushio loin de tout conflit, Mito ne fut pas tué par l'extraction de Kyūbi. Une première dans l'histoire shinobi. Les réserves surréalistes des Uzumaki laissaient suffisamment de chakra pour permettre la survie. Une information dont seuls les hauts dirigeants de la Feuille furent au courant.
Malgré cela, étant très âgée et n'ayant pas eu besoin de combattre la moindre maladie durant plus de trente ans, et par conséquent de créer d'anticorps, Mito succomba le mois qui suivit des suites de la séparation avec le chakra du démon renard. Tombant gravement malade, son transport à l'hôpital de la Feuille ne fit qu'empirer son cas.
Mito Senju Uzumaki mourut le 6 janvier 982, seize ans jour pour jour après son mari.
L'anthropologie du clan des remous ne fut jamais publié. Non pas car le document comportait des informations compromettantes – bien qu'elle était certaine que jamais celui-ci n'aurait pu voir le jour – mais parce que Hana fut tuée au mois de février en l'an 974 durant la seconde Grande Guerre, soit la dernière date écrite dans le livre, et ne put jamais le terminer. Ce qu'elle avait lu n'était qu'un brouillon jamais paru.
Les informations qu'elle connaissait datant d'après la mort de l'écrivaine provenaient de maître Jiraiya en personne, qui, d'ailleurs, était celui qui avait ramené le livre inachevé au Mont afin de l'étudier, et ce pour une raison que Naruto lui avait déjà dite : la pauvre âme en qui fut scellé Kyūbi après Mito ne fut nul autre que Kushina Namikaze Uzumaki, sa mère.
Le fait que Mito-sama soit morte avant le début de la troisième Grande Guerre est… une bonne chose… enfin je pense.
Ayant pu échanger durant plusieurs heures avec Mito à la suite de ses faits d'armes durant la seconde Grande Guerre, les mêmes qui lui avaient valus son ancien titre de Sannin, maitre Jiraiya avait terminé ses explications par un monologue qui lui avait fait comprendre une partie de la personnalité de l'admirable Senju.
Lorsque Hashirama-sama est mort sur le champ de bataille durant la première Grande Guerre, elle fut inconsolable. Ce fut peut-être la seule fois où les villageois avaient craint qu'elle ne perde le contrôle du renard. J'étais jeune à cette époque, mais je me souviens encore des rumeurs qui s'étaient répandues dans le village. L'héritière Uzumaki a attenté à sa vie, mais le démon l'a ressuscité. Même aujourd'hui je ne peux dire si cette rumeur était avérée, mais je peux affirmer qu'elle se serait réalisée si Mito avait été en vie lors de la destruction d'Uzushio par Kumo.
Dans un grincement, la porte en bois de la masure se referma dans son dos. Prenant une légère inspiration, elle souffla doucement sur la tasse brûlante dans le creux de ses mains avant de boire une gorgée et déposa le thé sur la rambarde du porche en bois. Accompagnée d'un air apaisé, elle admira alors la chevelure dorée à une vingtaine de mètres au milieu de la clairière.
Assis en tailleur, son regard azur était porté sur le morceau de papier qu'il tenait entre ses doigts.
Finalement et en y réfléchissant bien, peut-être était-ce une bonne chose qu'il n'ait pas eu à vivre à Konoha. Peut-être aurait-il eu une vie moins heureuse. Une vie emplie de solitude, emplie de rumeurs, de cauchemars.
Était-ce une bonne chose… pour elle aussi ?
Pieds nus, elle descendit les trois marches de bois en silence et s'aventura sur le sentier de terre.
Après cette fameuse nuit où il lui avait expliqué les circonstances de son enlèvement par Kumo dix ans plus tôt, elle avait tellement été bouleversée par ce qu'il lui avait raconté qu'elle était restée enfermée dans ses pensées durant plusieurs semaines. Quarante jours où elle ne lui avait accordé aucune attention. Quarante nuits où elle ne l'avait pas remarqué : il ne dormait jamais. Il se contentait de s'asseoir, les bras croisés, et fermait les yeux, une heure, parfois deux, avant de se lever en pleine forme. Cette nuit encore elle s'était endormie dans ses bras, et elle n'avait pas besoin de parier sur le fait qu'il n'avait pas fermé l'œil.
Un vent périodique et frais lui fit virevolter ses cheveux obsidienne et, seulement habillée de sa nuisette blanche, elle frissonna de tout son être en s'avançant vers le centre de la clairière.
Sous la fausse surprise du concerné, elle s'assit à même le sol entre les herbes sauvages et les lilas violets et glissa ses avant-bras autour du simple t-shirt noir dont il était habillé.
L'incroyable source de chaleur mit fin à ses tremblements, et le timbre qu'il lui adressa lui releva son attention.
- Tu es déjà réveillée ?
Observant par-dessus l'épaule noire la forêt qui encerclait la clairière, qui les encerclait, elle s'approcha un peu plus du col roulé afin d'inspirer l'odeur de jasmin.
- Oui, j'avais froid, le sceau est tombé à court de chakra, mais ça va mieux maintenant.
Il tourna aussitôt son visage vers elle, et elle expira doucement dans le creux de sa nuque, ce qui n'eut d'autre effet que de lui voler un sourire en coin.
- Pardon je n'ai pas pensé à le vérifier, je ne voulais pas faire de bruit alors je suis venu ici quand le soleil s'est levé.
- Ce n'est pas grave.
Curieuse, elle fit descendre son regard opalin sur le papier qu'il maintenait entre ses doigts et, le reconnaissant, elle ne put retenir sa question.
- C'est le sceau de ton père ?
Comme si elle venait de lui rappeler une mauvaise nouvelle, son rictus se volatilisa et il rapporta son air impassible sur l'encre noire.
- Oui, je pensais avoir trouvé une solution, mais ça ne fonctionne pas.
Quelque peu perdue, elle examina à son tour le bout de papier.
- Tu as pourtant réussi l'autre jour.
Et il hocha doucement la tête, pensif.
- J'arrive à le percevoir, j'arrive à passer d'un sceau à l'autre, j'arrive à le reproduire, mais je n'arrive pas à le modifier.
Elle observa les pictogrammes inscrits à l'encre indélébile sur le papier rectangulaire sans, encore une fois, comprendre où il voulait en venir.
Ce sceau était celui qui avait façonné la légende de Minato Namikaze. Le Hiraishin, l'éclair jaune de Konoha. Un phénomène qu'elle avait pu observer de ses propres yeux lorsque deux semaines plus tôt il avait disparu dans un flash pour réapparaître de l'autre côté du terrain d'entraînement. Elle se souvenait encore de regard grand ouvert de Maitre Jiraiya. Livide, celui-ci semblait avoir vu un fantôme.
- Tu te souviens que j'ai perdu connaissance après l'avoir utilisé pour la première fois ?
Maintenant le silence, elle ne répondit pas à la question rhétorique et se contenta d'incliner sa tête sur le côté, lui inculquant ainsi de continuer.
Il était vrai qu'elle avait mis ce détail de côté, mais elle l'avait aussi mis la faute sur le fait qu'il avait essayé deux jours durant. Avait-elle fait fausse route ?
- C'est parce que ce sceau est un ancien exemplaire qu'utilisait mon père. C'est le seul que possède sensei. Il ne peut transporter que sur une courte distance avec un poids limité. Mais ce n'est pas cela le problème, je chercherai comment modifier cette partie plus tard, ça ne semble pas compliqué. Ce qui l'est en revanche c'est cette partie-là.
Rapprochant le sceau vers son épaule où elle avait la tête posée, il tapota de son index la partie supérieure droite du papier, là où se trouvait un cercle concentrique, relié à plusieurs pictogrammes, qui eux-mêmes regroupaient l'ensemble.
- C'est à cause d'elle que je me suis évanoui. En fait, j'ai bien failli mourir. Ces cercles gèrent le chakra qui entre et qui sort entre chaque sceau, et mon père les a dessinés pour lui. Uniquement lui. Lorsque je me suis transféré, le sceau n'a laissé passer qu'une infime partie de mon chakra, ce qui m'a presque tué.
Le regard soudainement écarquillé, elle libéra son étreinte et releva la tête afin de le dévisager.
Elle… ne savait rien de tout cela. Il ne lui avait rien dit. Cela faisait deux semaines qu'il s'était évanoui, et durant tout ce temps elle n'avait cessé de le sermonner sur sa manière de s'entrainer. Il avait failli mourir, et tout ce qu'elle avait fait avait été de le lui reprocher…
Comment pouvait-elle empêcher son ventre de se nouer ?
- Il semblerait que je possède beaucoup plus de chakra que mon père… et temps que je ne parviendrai pas à modifier cette partie, je ne pourrais pas utiliser sa technique.
Soupirant simplement, il gratta de son index l'encre du sceau, comme si le secret se trouvait juste en dessous, avant de feinter une mine déçue.
- C'est dommage… Nidaime Kiiroi Senkō, ça sonnait bien tu ne trouves pas ?
La culpabilité ne l'accabla que plus, et elle l'enlaça de nouveau afin de la chasser. La joue gauche posée entre ses deux omoplates, elle balaya d'un revers de main la larme qui s'écoula sur sa joue.
- Qu'est-ce qu'il y… tu pleures ?
La tête tournée vers elle, il l'observa, surpris, alors qu'elle bougea son visage de gauche à droite contre son dos.
- Pourquoi… ne m'as-tu rien dit ? Je pensais que… et en plus je t'ai…
Face à son manque de vocabulaire, bloqué derrière sa gorge serrée, il lui offrit un sourire navré.
- Je ne voulais pas t'inquiéter.
Et elle ne l'étreignit que plus sous la légère brise fraîche.
Encore et toujours, il agissait de manière inconsidérée afin de la protéger. Encore et toujours, on lui cachait la vérité.
Inspirant profondément, elle renifla sa peine.
- Ne le refais plus, ne me cache plus ce genre de chose. J'ai le droit de m'inquiéter pour toi, ne me prive pas de cela. Dans quel état penses-tu que je me retrouverai si jamais tu…
Elle secoua son visage et chassa ses horribles pensées, et le timbre calme qu'il lui adressa l'empêcha de continuer.
- Je sais.
Doucement, elle releva son visage engourdi et se rendit compte qu'il ne l'observait plus. Le dos aussi droit que lui permettait sa présence accrochée, il contemplait la forêt de bétulacées.
- Parfois j'oublie que tu n'es pas faite de porcelaine, excuse-moi, c'est juste que…
Il inspira profondément avant de soupirer.
- Je n'aime pas te voir triste, alors ne le soit pas s'il te plait.
Passant d'une position en tailleur à une en seiza, elle entoura cette fois-ci son cou de ses avant-bras et accola sa joue à la sienne. Le regard posé sur le champ de fleur, elle observa les lilas virevoltaient à une vingtaine de mètres, et lorsque le vent les atteignit et que ce fut au tour de sa chevelure d'obsidienne, elle arbora une mine joyeuse.
- Dans ce cas je ne le serai plus, mais tu dois me promettre quelque chose.
- Tout ce que tu souhaites.
- Ne me cache plus la vérité, même si elle me blesse.
- Je te le promets.
[…]
« 28 avril 1016,
Cela fait un an. Après ce que tu as fait pour moi je ne mérite pas grand-chose de ta part, ça je le sais, mais savoir ce qu'il vous est arrivé, c'est tout ce que je demande.
Peux-tu me répondre ? »
- Au minimum deux mois.
Un silence palpable s'installa dans la masure. Les paupières grandes ouvertes, tout ce qu'elle put faire fut de dévisager l'ancien Sannin assis sur la chaise de l'autre côté de la table.
Était-il… sérieux ?
- Deux mois ? Tu plaisantes j'espère ? Je refuse. Je ne viens pas. Je me moque de contrôler ce démon, il ne m'est pas utile et je m'en sors très bien sans.
Muette, elle écoutait la conversation depuis plusieurs minutes sans oser dire quoi que ce soit… avait-elle seulement son mot à dire ?
Parti depuis plusieurs semaines, maitre Jiraiya était revenu du Son en fin de soirée et, le moindre qu'elle puisse en dire, était que la nouvelle qu'il portait se voulait surprenante : ils partaient. Ils partaient pour la Foudre et allaient devoir la laisser seule ici au minimum deux mois.
Il était clair que de tous les pays auxquelles elle pouvait se rendre sans danger, Kaminari était le dernier de la liste, précédé de Hi. Les hauts placés de Kumo la savaient en vie, la rechercher activement, elle ne pouvait donc tout simplement pas si rendre, cela serait du suicide, purement et simplement.
Maitre Jiraiya avait raison, s'ils devaient se rendre dans le pays elle ne pouvait pas les suivre, en aucun cas.
- Elle ne craint rien, personne ne s'aventurera jusqu'ici, si Tetsu est l'endroit le plus sûr de la péninsule ce n'est pas pour rien, alors arrête de faire ton effronté et fais-toi à l'idée, on part demain.
Les phalanges agrippées au pantalon blanc qui l'habillait, elle abaissa son visage en silence, apeurée à l'idée de se retrouver seule.
Une idée dont elle allait devoir se faire une raison, et vite.
Les bras croisés, l'air impassible de l'ancien Sannin ne broncha pas lorsque la chaise où était assis son élève tomba à la renverse, contrairement à elle, qui sursauta de tout son être.
- N'as-tu donc aucun cœur ? N'es-tu donc pas son maitre ? Pourquoi perds-tu ton temps à l'entrainer, pourquoi perd-elle son temps à t'écouter et à t'appeler ainsi si c'est pour se faire traiter de la sorte ? Comment peux-tu la laisser derrière toi comme si elle n'était rien d'autre qu'une étrangère ?!
Le ton monta d'un cran sur les derniers mots, et elle sut que si elle n'intervenait pas à cet instant, il allait finir par prononcer certains qu'il regretterait. Elle se tourna alors vers lui et, de ses mains moites, s'empara de la sienne, ce qui attira inévitable son attention azur et énervée.
- Deux mois ce n'est rien, je n'aurai même pas le temps de m'ennuyer que vous serez revenus.
Esquissant un sourire, elle poursuivit malgré l'expression pantoise qu'il lui adressa.
- Ce n'est pas la peine de t'énerver pour si peu, n'as-tu pas entendu ? C'est important que tu y ailles, je vous attendrai.
Avec douceur et de son autre main, il attrapa ses poignets l'un après l'autre afin de lui faire lâcher prise.
- Si peu ?
Puis, les sourcils froncés la dévisagea. Pour autant, son timbre fut des plus calmes.
- Même s'il les chances sont infimes, elles ne sont pas nulles. S'il t'arrivait quelque chose, je ne le saurai pas avant de revenir, avant qu'il soit trop tard… le réalises-tu ? Penses-tu sincèrement que je parviendrais à m'entrainer si je m'inquiète pour toi à chaque instant ?
Face à ses lèvres silencieuses et entrouvertes, il brisa la complicité de leur regard et se dirigea d'un pas lourd vers l'entrée, non sans oublier d'adresser un air dédaigneux à l'ancien Sannin. La porte en bois claqua sur son encadrement, et elle sursauta pour la seconde fois.
Elle n'avait pas su quoi répondre sans avoir à mentir, et ce parce qu'il avait tout simplement dit la vérité : les chances n'étaient pas nulles. Si quelque chose lui arrivait, elle allait devoir la gérer seule. Soit une situation dans laquelle elle ne s'était jamais retrouvée.
Elle se mentait à elle-même, et cela il l'avait parfaitement compris. Car bien qu'elle était dorénavant certaine de parvenir à se défendre toute seule - le simple fait de rivaliser en Taijutsu avec maitre Jiraiya en était la preuve – l'inconnu la terrifiait.
Deux mois, s'était long, très long, beaucoup de choses pouvaient arriver, et ce des deux côtés.
Se levant à son tour de sa chaise, elle observa la pénombre extérieure au travers du mur de la cuisine, tandis qu'il descendit les marches en bois et se mit à arpenter le chemin de terre.
Elle avait rarement pu observer son chakra aussi en colère.
- Laisse-le, il finira par se calmer et revenir.
Elle dut cligner plusieurs fois des yeux afin de chasser l'idée de le rejoindre et, arrêtant de scruter le mur en bois, elle rapporta son attention sur maitre Jiraiya. Les yeux clos, celui-ci se pinça l'arête de son nez avant de soupirer.
- Désolé d'avoir à t'infliger cela.
Même si, les yeux fermés, il ne l'observait pas, elle courba l'échine avec respect.
- Ce n'est pas grave sensei, je p…
- Si, ça l'est.
Coupée dans sa courbure, elle se redressa, étonnée.
- Te laisser seule ici est inconsidéré. Je réfléchis à une autre solution depuis que j'ai quitté le Son, mais il n'y en a pas. T'amener avec nous serait encore plus dangereux, et te laisser au Gel durant deux mois n'est pas envisageable. La seule solution est que tu restes ici et que tu te fasses discrète.
Elle acquiesça simplement.
Elle ne saurait expliquer pourquoi, peut-être était-ce de par les récits qu'elle avait pu lire sur lui durant des années, ou par le temps passé avec - peut-être les deux - mais une confiance aveugle envers l'ancien Sannin l'animait.
S'il disait que la seule solution était celle-ci, alors la seule solution était celle-ci.
- Pensez-vous qu'ils accepteront ? En pleine guerre, le risque n'est-il pas trop grand ?
Sa question posée, elle attrapa le dossier de la chaise à même le sol et, la relevant sans un bruit, reprit place sur la sienne.
- Je possède déjà un accord tacite avec le Raikage.
À sa plus grande surprise et rapportant son attention sur les iris noir encre, elle ne ressentit rien, pas même de la colère alors que le mot résonna dans la cuisine.
Raikage.
Bien que cette qualification pouvait représenter courage, valeur et autres florilèges pour des millions d'hommes et de femmes, pour elle il ne désignait rien d'autre que neuf années de sa vie envolée. Pour autant, elle ne ressentait rien lorsqu'elle y songeait. Une vie passée dont seules quelques bribes lui revenaient de temps à autre dans ses cauchemars.
De mauvais rêves dont il l'extirpait avec douceur.
Machinalement, elle tourna une nouvelle fois la tête vers la fenêtre, inquiète de ne plus l'apercevoir, de ne pas savoir ce qu'il faisait. Après plus d'un an et demi passé à leurs côtés, à ses côtés, elle pouvait l'affirmer : il avait tenu la promesse qu'il lui avait faite lors cette fameuse nuit aux Sources Chaudes.
Elle avait oublié.
La princesse enfermée dans sa tour plongée dans les nuages n'était plus. La pièce blanche n'était plus. Les gardes intangibles n'étaient plus, les gilets blancs n'étaient plus, les docteurs atones, les infirmières rigides, les blouses blanches, les robes blanches, les osculations incessantes, les prises de sang, les tests oculaires, les repas insipides, les douches froides, les vêtements unicolores, les barreaux, la solitude, les discussions, les questions, les livres, le masque o…
- Ne t'en fais pas pour nous, tout se passera bien.
Elle rapporta brutalement sa vision sur la voix rauque en inspirant profondément, et les souvenirs de sa vie d'antan s'effacèrent aussi vite qu'apparu son sourire resplendissant.
Oui, oublié.
[…]
« Bonjour toi. Oui j'ai très bien dormi.
Ici le jour se lève. Le ciel est gris et morne, la pluie ne devrait pas tarder. Comment le temps se porte-t-il là où tu te trouves ? fait-il soleil ? »
À sept heures trente le soleil se levait, à sept heures quarante-quatre ses rayons se faufilaient par la fenêtre de la chambre et atteignaient les draps du lit. Puis, à sept heures cinquante-deux, après avoir fait disparaitre la gelée matinale et dissipé la buée sur les carreaux, l'astre réchauffait l'oreiller ainsi que ses yeux.
Ce matin-là, rien de tout cela n'arriva.
Les jambes engourdies, le dos ankylosé, les paupières lourdes et à moitié consciente, elle ouvrit un œil et observa le ciel bleu sans nuages au travers de la fenêtre. La lumière était belle et bien présente autour d'elle, mais pas à l'endroit habituel.
- Hm… ?
La tête posée à même ses bras repliés sur la table, elle se redressa dans une grimace sur la chaise en bois qui craqua sous son poids. Elle se frotta maladroitement les paupières et, l'attention tournée vers la forêt extérieure, remit en place sa chevelure obsidienne en bataille. Son premier réflexe fut de jeter un coup d'œil au lit dans la chambre, avant de finalement se figer dans son geste qui maltraitait sa coiffure.
Doucement, elle ramena ses iris opale droit devant elle, à l'exact endroit qu'avait occupé maitre Jiraiya avant de s'en aller quelques heures plus tôt.
L'air surpris, elle croisa alors le regard azur semblant l'admirer depuis un long moment. Le menton posé sur ses deux bras croisés sur la table, il l'observait.
Elle arbora aussitôt un petit sourire, mais face à l'air impassible qui lui renvoyait, elle se prit à son petit jeu et déposa tout comme lui ses avant-bras sur le bois. La seconde qui suivit, elle imita sa posture et l'observa dans le blanc des yeux, à moins d'un mètre l'un de l'autre.
La situation aurait pu se vouloir mignonne, voire attendrissante, mais il n'en était rien. Il s'agissait simplement là de la dernière fois qu'elle pouvait l'admirer avant l'été, la dernière fois qu'il pouvait la contempler avant de partir s'entrainer. Tout ce qu'elle souhaitait été d'apprécier ses traits, et elle pouvait aisément affirmer que c'était aussi ce qui se tramait dans ses pensées.
Maitre Jiraiya avait dit qu'ils partiraient en fin de matinée, et à la simple vue de la lumière extérieure, celle-ci semblait presque achevée. Il ne restait qu'une petite heure, peut-être moins, avant qu'ils ne partent.
Avant qu'elle ne se retrouve seule.
- Quand es-tu rentré ? Je ne t'ai pas entendu.
Sa question fut accompagnée par les lointains chants des oiseaux, et ce fut par un murmure qu'il lui répondit.
- Trois heures… peut-être plus.
Rehaussant ses sourcils alors qu'elle ne s'attendit pas à cette réponse, elle observa les rayons solaires qui s'engouffraient par la fenêtre de la chambre, puis chuchota à son tour :
- Quelle… heure est-il au juste ?
- Un peu plus de treize heures.
Une mine étonnée se répandit sur son visage de porcelaine et mit fin à ses récents chuchotis.
- Sensei m'a dit que vous partirez en fin de matinée, il a changé d'avis ?
Dans un soupir il éteignit ses espoirs venant tout juste de naitre et jeta un rapide coup d'œil à l'extérieur de la bâtisse.
- Il m'attend.
La silhouette bleutée à une cinquantaine de mètres, perchée sur une branche et en train d'écrire, lui parvint sans même qu'elle n'ait à tourner la tête.
- Oh.
Doucement, elle se redressa sur la chaise.
- Oh…
Et réalisa que le moment était déjà venu. Pas dans une heure, pas dans dix minutes, maintenant.
Elle l'observa tandis qu'il se redressa à son tour, et resta tout à fait muette lorsqu'il plongea sa main à l'intérieur de sa veste grise afin d'en extraire plusieurs papiers rectangulaires.
- Tu as de quoi te nourrir pendant six mois là-dedans. On ne partira pas aussi longtemps, je m'en assurerais, mais au moins tu n'auras pas à te priver et tu n'auras pas à te montrer au village.
Elle regarda les sceaux posés sur la table, encore sous le choc de la nouvelle.
Pourquoi s'était-elle endormie… ? Elle aurait pu profiter de leurs derniers instants avant un long moment... elle s'en voulait réellement.
Dans un excès de courage et afin de retenir ses larmes, elle parvint néanmoins à sourire tendrement.
- D'accord, merci.
Comme si son remerciement l'incommoder, comme s'il sonnait faux, il serra les dents et désigna de nouveau la fenêtre de la cuisine.
- Ce n'est pas moi qui faut remercier c'est…. lui.
Elle le dévisagea sans le vouloir.
Il avait prononcé sa phrase avant tant de rancœur que cela venait de la surprendre. Mais le sachant aucunement rancunier, elle passa outre. Quelque chose d'autre venait tout juste d'accaparer sa curiosité.
- Sensei m'a acheté pour six mois de nourriture… ? Où a-t-il trouvé l'argent ? Il y a trois semaines encore il réclamait le tien.
Pour seule réponse, il haussa des épaules.
- Je n'en sais rien, tout ce que j'espère est qu'il n'ait pas trop attiré l'attention des villageois en achetant la moitié du marché.
- La… moitié du marché ?
Attrapant un sceau au hasard sur la table, il le mit en évidence.
- Là-dedans il y a des meubles, dans celui-ci des vêtements, là se trouve les soins de premiers secours ainsi que des ustensiles de cuisine, là tu as des livres, là-dedans…
Il continua ainsi durant plus d'une minute, et tout ce qu'elle put faire fut de rester immobile, la bouche entrouverte, stupéfaite.
Maitre Jiraiya avait littéralement acheté la moitié du marché d'un village de plusieurs milliers d'habitants. Encore une fois et au risque de se répéter, elle se le demandait : où avait-il trouvé cet argent ?
Il était clair que même si elle multipliait par cent, non par mille, les revenus que lui envoyait Shima-sama tous les mois - à sa grande gêne, mais passant par le biais de Naruto, son avis ne semblait pas être désiré - jamais elle n'aurait pu acheter tout cela.
Leur mentait-il afin de mieux les extorquer chaque jour qui passaient ?
Elle secoua son visage ainsi que son sourire choqué afin de chasser son jugement hâtif. Elle n'en savait rien et n'avait pas le droit d'avoir de telles pensées.
Observant le soudain calme dans les pupilles face à elle, elle sut qu'il n'en était pas encore arrivé à cette conclusion, sans quoi l'affrontement qui en aurait découlé l'aurait forcément réveillé.
À mesure qu'elle y songeait, à mesure le paisible voyage jusqu'aux Nuages devenait de plus en plus difficile à imaginer sans que la situation dégénère. Il suffisait que maitre Jiraiya lui demande d'arrêter une énième fois sa crise d'adolescence et la boucle serait bouclée.
Elle ouvrit ses lèvres afin de s'exprimer, de lui demander de discuter calmement sur le trajet, mais s'arrêta finalement lorsqu'elle le vit plonger une seconde fois sa main à l'intérieur de sa veste grise.
Plus épais et d'une couleur différente, elle inclina légèrement la tête afin de mieux observer les deux petits livres jaunes qu'il déposa sur la table en bois.
- J'ai passé la nuit dessus, ils sont rudimentaires, mais je pense qu'ils feront l'affaire.
Elle attrapa l'un des deux livres qu'il lui tendit et une question des plus joyeuses en découla tout naturellement.
- Tu t'es mis à écrire ? À lire ?
Elle se surprit à l'entendre glousser. Quittant des yeux le petit ouvrage sans première de couverture et pas plus gros que ses mains, elle rapporta son regard sur l'azur.
- Non, tu sais bien que je n'aime pas ça.
Oui, il était vrai qu'il n'aimait pas lire, encore moins écrire, mais elle n'avait pas pu s'empêcher d'espérer. Il s'agissait là d'un problème qu'elle essayait de résoudre depuis plus d'un an, en vain. Même le chantage n'y faisait rien.
Elle n'arrivait toujours pas à croire qu'il avait préféré ne pas essayer - simplement essayer - de lire le livre qu'elle lui avait proposé, et ce même si elle lui avait en contrepartie proposé de lui payer ses vingt bols de ramens.
Une cause perdue d'avance.
- J'ai utilisé les bases du sceau de mon père pour les concevoir.
Ouvrant la première de couverture jaune et sans motif, elle se retrouva face à des pages blanches, et n'en fut que plus perdue.
Rien. Il n'y avait rien. Toutes les pages étaient vides d'histoire.
- Je suis censée comprendre quelque chose ?
Elle quitta une nouvelle fois des yeux l'ouvrage afin d'examiner l'expression qu'il lui adressait : un simple sourire.
Il y avait-il un message caché, subliminal ? En quoi ce livre avait-il pu prendre toute une nuit pour être conçu ? Il était basique, un bloc note tout au plus.
Sans se faire attendre, il attrapa l'un des sceaux présents sur la table et, semblant se concentrer quelques instants sur ce que contenait le bout de papier, un éphémère nuage de fumée s'en dégagea. Le stylo n'eut pas le temps de toucher le bois qu'il l'attrapa au vol.
- Tiens, écris quelque chose à l'intérieur, n'importe quoi.
Perdue, mais néanmoins curieuse, elle récupéra le stylo et ouvrit le livre. Face aux pages vierges, elle ne sut dans un premier temps pas quoi écrire puis, d'un air à fois amusé et gêné, écrivit deux mots. Deux simples mots qui la firent rougir.
- Qu'est-ce que tu as écrit ?
En un instant elle referma le livre et le plaqua avec force contre sa poitrine.
- R-Rien qui te regarde.
La prenant au mot, il n'insista pas plus, à son soulagement. Mais sans qu'elle ne sache pourquoi il ouvrit le livre qu'il avait gardé et qui, parfaitement similaire au sien, le fit légèrement rire avant qu'il ne parvienne à reprendre son sérieux.
- Si ça ne me regarde pas, de qui dois-je être jaloux exactement ?
Encore une fois, elle ne comprit pas, puis il tourna le livre ouvert qu'il maintenait entre ses doigts vers elle, et son incompréhension décupla ses rougeurs.
Sur la première page se trouvaient deux mots écrits à l'encre. Deux… simples mots.
Décollant la parure jaune de son t-shirt blanc, elle rouvrit immédiatement son livre, et ne put que constater que ses écrits avaient disparu.
- Qu'est-ce que…
Elle releva son visage afin de vérifier l'écriture de l'autre côté de la table, puis le refit descendre sur ses pages blanches, puis de l'autre côté de la table, puis sur ses pages blanches, puis… après plus d'une dizaine de mouvements, elle comprit finalement.
Ses rougeurs disparurent et des larmes de joie la gagnèrent. Refermant avec délicatesse l'objet le plus précieux qu'elle possédait, elle le ramena à l'encontre de son cœur et, la vision trouble, observa son écriture présente sur le livre de l'autre côté de la table.
« Je t'aime. »
- Je… pourrais t'écrire n'importe quand et tu… pourras le lire instantanément ?
Souriant, il ne lui répondit pas. Au lieu de cela il récupéra dans un second nuage de fumée un autre stylo et écrivit à son tour quelques mots. Comprenant la machination, elle ouvrit son livre alors qu'il acheva son geste. Une seconde plus tard, deux mots apparurent devant ses yeux ébahis. Deux… simples mots qui la firent instantanément bouder et le dévisager, mais le grand sourire amusé par la blague qu'il lui renvoya lui ôta toute déception.
Elle l'avait suffisamment entendu le lui dire pour en rire elle aussi.
« Je sais. »
- Il y a deux choses à savoir.
Elle hocha la tête, mais ne dit rien, bien trop obnubilée par l'encre et excitée à l'idée d'en apprendre davantage sur ce livre venant tout simplement de faire disparaitre sa future solitude.
Il leva son index afin d'entamer ses instructions, et elle se concentra complètement sur sa main.
- La première est que le sceau fait disparaitre l'encre au bout de trois jours. Donc si tu écris dans les soixante-douze heures qui suivent un de tes messages, change de page, sinon ce sera illisible de mon côté. Je n'ai pas eu le temps de faire mieux.
Une nouvelle fois, elle hocha la tête.
Elle allait devoir en tourner des pages. Tout ce qu'elle espérait était qu'il y en ait assez pour trois jours.
- La seconde est plus simple. Lorsque que tu envoies un message, insuffle de ton chakra dans le livre. Cela n'a rien à voir avec son bon fonctionnement, il s'agit juste d'un avertissement. Comme ça je ressentirais que tu m'as écrit. Sinon je vais mettre des heures à te répondre et connaissant ton impatience je n'ai pas envie de me faire engueuler.
Cette fois-ci elle resta de marbre, et sa mine enjouée se volatilisa. Les sourcils soudainement froncés, elle le dévisagea alors.
- Je ne suis pas impatiente.
Tout comme elle, il hocha la tête.
- Oh que si tu l'es.
- Non pas du tout, je suis même extrêmement patiente.
- J'ai pourtant en souvenir énormément de fois où tu te plains.
Le livre toujours accolé à sa poitrine, elle joignit ses deux bras afin de les croiser.
- Très bien, donne-m'en un seul.
Et, réfléchissant, il s'attrapa le menton de la main.
- Le restaurant à Ōno où on a dû attendre plusieurs heures pour se faire servir, comment s'appelle-t-il déjà... ?
- Les sushis du Nord.
- Ah oui voilà. Si je me sou…
Elle leva la sienne au-dessus de la table et la secoua en signe de contestation, sachant exactement ce qu'il allait lui reprocher, ce qui l'arrêta dans sa tirade.
- Il n'y a aucun rapport avec de l'impatience. Nous étions dans un restaurant de sushi et tu as commandé des ramens, j'étais simplement consternée.
- Quand bien même, tu m'as demandé d'accélérer et j'en ai eu mal au ventre.
Face à la fausse expression traumatisée qu'il affichait, elle ne put se retenir de pouffer.
- Cela faisait plus de deux heures que l'on était assis, une heure que j'avais fini et il s'agissait de ton vingt-troisième bol, ton mal de ventre n'avait aucun rapport avec ma demande.
- M'accuserais-tu de mentir ?
- Oui, absolument, tu mens ouvertement.
Cette fois-ci ce fut un air faussement outré qu'il extériorisa, et il posa à son tour ses mains contre sa poitrine.
- Moi ? Menteur ? Je suis la personne la plus honnête que cette péninsule ait vu naitre, comment oses-tu ? Rends-moi ce livre tu ne le mérites pas.
À la suite d'une moue amusée, elle resserra son étreinte sur la parure jaune et se recula sur le dossier de la chaise alors que, avec sourire, il tendit sa main vers elle.
- Non s'il te plait il est à moi je le garde.
Rabattant finalement son bras tandis qu'elle le supplia du regard, il déposa son coude sur la table en bois afin de se maintenir la tête de ses doigts. Son sourire ne devint rapidement qu'un rictus à la commissure de ses lèvres, et il l'observa à la fois attendri et peiné.
Elle fit à son tour disparaitre toute forme d'hilarité.
- Avec qui vais-je bien pouvoir essayer d'avoir le dernier mot… hein ?
Elle arbora rapidement une mine renfrognée et, toujours accrochée à son livre, rapprocha son buste de la table afin de le toiser.
- Ne parle pas comme cela. Tu ne pars que deux mois, peut-être un petit peut plus, pourquoi parles-tu comme si tu n'allais jamais revenir ? Ça m'effraie.
Il décolla sa main de sa joue et ouvrit la bouche. Bien qu'elle aurait pu parier que cela n'avait pas été son but et qu'il souhaitait s'excuser, il préféra garder le silence et réfléchir à ses prochaines paroles.
Des paroles qui la rassurèrent immédiatement.
- Je reviendrai dans deux mois, je te le promets.
Elle lui sourit aussitôt.
- Je n'en doute pas.
Il faisait rarement de promesses, mais lorsqu'il en prononçait une, alors elle pouvait être certaine qu'il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour la réaliser. Il s'agissait là de son crédo. Son nindô.
- Pour répondre à ta question, sensei est très bon pour ce qu'il s'agit d'avoir le dernier mot, je pense qu'il est d'ailleurs bien meilleur que je ne le suis. Et ça, tu le sais.
Croisant les bras et serrant les dents, il détourna son visage à l'entente de sa phrase.
- Ouais, on verra bien. Si je lui demande combien de temps il reste avant de repartir ce sera déjà le bout du monde.
Attristée par ses mots, sachant exactement les pensées de maitre Jiraiya en ayant longuement discuté avec lui une partie de la nuit jusqu'à leur au revoir, elle n'insista néanmoins pas. Si elle avait bien appris quelque chose à force de les côtoyer, s'était bien de ne pas se mettre entre ces deux-là lorsqu'ils s'embrouillaient. Que ce soit pour la cuisson d'un lapin ou pour une situation aussi sérieuse que celle-ci.
Aussi têtue l'un que l'autre, tout ce qu'elle pourrait entreprendre pour les réconcilier serait vain. Le temps était la seule chose dont ils avaient besoin, car aussi étrange que cela puisse paraitre, ils finissaient toujours par se reparler comme si de rien n'était sans même que l'un d'entre eux ne s'excuse.
Des hommes.
- Je continuerai d'argumenter avec toi par l'écrit dans ce cas.
Il pouffa et elle ne sut pas la manière dont elle le dévisagea, mais à la façon dont il réajusta sa position et desserra le col de sa veste, elle sut que son regard ne devait en rien être courtois.
Pour autant, il n'en démordit pas.
- Bien tenté, mais ne compte pas sur moi. Ce sera des réponses concises et je n'écrirai pas plus de cinq mots, je n'ai pas envie de me retrouver avec une tendinite.
En cet instant la seule chose que ses pensées parvenaient à lui transmettre était que, contrairement à lui qui avait feinté quelques instants plus tôt, elle se sentit réellement offusquée.
Il pouvait passer des heures, non des jours, sur ses rouleaux à confectionner des sceaux, pinceaux ou stylo plume en main, mais ne pouvait pas lui accorder dix minutes pour lui répondre convenablement ? Vraiment ?
Elle continua de le dévisager, et le silence pesant de seulement quelques secondes sembla être suffisant pour le faire complètement changer d'avis. Détournant son regard il marmonna quelques mots.
- Très bien… je ferai un effort.
Et elle rouvrit aussitôt son expression à la gaieté.
- Merci.
Elle n'eut pas besoin d'activer son Byakugan pour s'apercevoir que maitre Jiraiya venait de descendre de son perchoir, le bruit de sa réception sur le sol terreux venait tout juste de lui indiquait ce fait, et le changement d'expression de l'autre côté de la table lui fit comprendre que lui aussi l'avait parfaitement entendu.
Son cœur palpita si fort contre sa cage thoracique qu'elle crut entendre son dernier, et tout ce à quoi elle avait pensé durant la nuit se présenta en un bloc à ses pensées.
- Je… c'est… si tu te sens fatigué ne tente pas le diable et repose-toi. Mange équilibré et ne saute aucun repas. Si sensei te dit quelque chose qui ne te plait pas, prends sur toi et ne réplique pas. Je t'écrirai tous les jours sans faute afin que tu ne t'inquiètes pas, d'accord ?
Immobile, il l'observa sans un mot durant plusieurs secondes, avant de lui offrir son plus beau sourire.
- Essaye de ne pas trop t'ennuyer, d'accord ?
Elle arbora l'exacte même expression.
Pour la première fois depuis qu'elle s'était réveillée, elle quitta sa position assise et se leva devant la table tandis qu'il fit de même. Tels deux aimants dont les séparations se voulaient des plus hardis, elle se dirigea aussitôt dans ses bras, et il l'enlaça. Le visage enfoncé dans sa veste grise, elle renifla sa peine.
L'odeur de jasmin l'enivra une dernière fois.
- Si tu pleures, je ne pars pas.
Le timbre sans équivoque qu'il lui adressa l'obligea à fermer aussi fortement que possible ses paupières afin de retenir ses larmes. Remuant sa tête de gauche à droite, elle essaya tant bien que mal de ne pas retranscrire le chagrin qui l'incombait dans sa voix.
- J-Je ne pleure pas. Je suis juste… juste…
Son inspiration fastidieuse entre ses deux derniers mots fut l'élément déclencheur. Les larmes coulèrent à flots sur son visage.
Elle entendit la culpabilité dans le soupir qu'il manifesta et n'eut pas le temps de percevoir ses mouvements de bras qu'il arrêta de l'enlacer afin de relever son visage de ses deux mains. Sanglotant, elle ne parvint à surmonter son air attristé qu'une demi-seconde avant d'essayer de détourner son visage, en vain.
Il plaqua ses lèvres contre les siennes et ses paupières se fermèrent d'elles-mêmes. Ses pensées chaotiques et bouleversées s'estompèrent net, et elle lui rendit son baiser avec fougue. Arrêtant à sa tour de l'enlacer et se mettant sur la pointe des pieds, elle emmêla ses mains à sa chevelure dorée. Le dos légèrement courbé et complètement plaqué contre lui, elle se laissa alors aller à son idylle.
Le temps battit la chamade et défila sans vouloir s'arrêter et, tous deux à bout de souffle, il essaya de se reculer, mais elle parvint à retenir quelques secondes supplémentaires ses lèvres qui s'esquissèrent dans un doux sourire.
Puis, finalement et à contrecœur, elle le libéra et, bien que le chagrin fut toujours là, les larmes s'en étaient allées.
Tout comme lui.
[…]
« Je t'aime.
Je sais. »
Le plus difficile n'était pas de vivre seule. Le plus difficile était de se réveiller et de se souvenir qu'elle l'était. De parvenir à surmonter la solitude une fois éveillée.
Avait-elle sursauté au moindre craquement durant son sommeil ? Oui, et elle avait arrêté de compter. Avait-elle combattu sa propre volonté afin de ne pas lui écrire ? Définitivement. Avait-elle réussi à s'endormir seulement après avoir placé un kunai sous son oreiller ?
Allongée sur le ventre, habillée de sa nuisette et recouverte jusqu'au bas l'échine par le drap blanc, elle ouvrit abruptement ses paupières entourées de cernes. Le cœur affolé, elle précipita par réflexe sa main sous la taie d'oreiller.
Le sinistre craquement de la toiture s'estompa sous l'apaisement du vent, et la quiétude reprit place.
Un œil fermé face à la faible lumière extérieure, elle soupira longuement et relâcha le manche de l'arme blanche entre ses doigts. Les agaçantes pulsations à l'encontre de ses tempes lui rappelèrent qu'elle n'était pas du genre à prendre des décisions hâtives, mais que pour une fois elle ferait une exception : elle haïssait le bois.
Étirant doucement le moindre de ses muscles, elle plaça le dos de sa main sur sa bouche lorsqu'un bâillement lui échappa.
Sa première nuit seule… et elle n'avait presque pas dormi.
Avec effort, elle parvint à s'asseoir sur le matelas. Le regard plissé et les bras relâchés, elle observa alors devant elle sans grande conviction, vide d'énergie. Les secondes défilèrent, puis une minute toute entière, et aucun son n'osa se répandre dans la masure, même le vent avait changé de direction.
Elle relâcha un souffle sec par le nez. Un curieux mélange d'hilarité et d'irritabilité.
Maintenant qu'elle était réveillée, tout semblait parfaitement silencieux, trop silencieux. À croire que cette cabane essayait de la terrifier.
Son attention se déposa sur la table de la cuisine de moitié visible depuis le lit de la chambre. Elle y observa les divers fruits ainsi que le panier en corde beige qui, aux côtés des dix sceaux en papier, avait vu la moitié de ce qu'il contenait disparaitre en début de soirée.
Bien trop occupée à déballer les sceaux jusqu'à la nuit tombée, elle n'avait trouvé aucun courage à descendre la montagne afin de récupérer l'eau de la rivière. Afin de se préparer une alimentation équilibrée. Les pommes et les oranges avaient donc en grande partie constituées son repas de la veille.
À quelques centimètres des sceaux se trouvait un réchaud ainsi qu'une petite bonbonne de gaz. Au nombre d'une par mois si elle faisait attention, maitre Jiraiya lui en avait donc logiquement acheté six. Elle n'arrivait toujours pas à croire qu'il lui avait même laissé une petite note afin de lui expliquer comment cela fonctionnait.
Elle ne méritait pas son sensei.
Juste en dessous, sur les deux chaises côté salon avant l'entrée, se trouvait une pile de livres qu'elle avait triés sur le tas ainsi qu'un calendrier. Une marmite et d'autres ustensiles de cuisine se trouvaient sur l'autre. Au pied de celles-ci gisaient des draps ainsi qu'une paire de bougies.
Observant longuement la cire blanche, ce qu'elle recherchait hier avant que la nuit ne tombe lui revint soudainement en mémoire : des allumettes. Elle ne les avait pas trouvées, et il fallait qu'elle les trouve avant ce soir, sans quoi, dans le noir quasi complet, elle serait une nouvelle fois forcée d'aller se coucher alors même qu'elle n'était aucunement fatiguée.
En plein milieu du salon à gauche juste à côté du chauffage improvisé, une immense armoire s'érigeait. Grande ouverte, elle y observa les vêtements pliés à l'intérieur. Là encore maitre Jiraiya avait fait fort. Fait de bois massif et mesurant plus de deux mètres, le meuble était tellement imposant qu'il touchait presque les poutres porteuses de la masure.
Elle se demandait encore où elle allait bien pouvoir le mettre, et même comment elle allait le déplacer une fois rempli. Mais là n'était pas le plus gros problème. Le mobilier était grand, certes, mais pas assez pour qu'elle puisse mettre les draps à l'intérieur tant il lui avait acheté de vêtement.
Habituée à la lumière extérieure, elle arrêta de plisser son regard et examina les vestes en fourrure à l'intérieur.
Bien que Tetsu était connu pour son froid, celui-ci n'était pas près de revenir. Le printemps venant tout juste de débuter, il lui restait encore cinq voir six mois de répit. Sa question se voulait donc toute simple : pourquoi lui avait-il acheté tout cela s'il n'était parti que pour deux m…
Le regard écarquillé, ses pensées s'arrêtèrent net. Elle cligna plusieurs fois des yeux afin de s'assurer de ne pas rêver, puis, comprenant que ce n'était pas le cas, elle releva le drap tacheté à ses pieds.
De la terre ?
Ses pieds étaient littéralement recouverts de terre. C'était… étrange. Elle n'avait aucun souvenir d'être sortie. Aucun. Avec la peur qui l'avait submergé, en aucun cas elle n'aurait osé s'aventurer dehors…
Depuis était-elle somnambule ?
Une sueur froide lui parcourut le bas du dos et, retirant le drap, elle quitta le lit aussi vite qu'elle le put. Après quelques foulées en passant devant l'armoire, elle s'arrêta devant le tapis enroulé au sol ainsi qu'un fauteuil et un chevet au milieu du salon. Elle ne perdit pas de temps et récupéra le livre à la parure jaune sur le petit meuble afin de l'ouvrir.
Elle tourna une page, puis une seconde, et observa les derniers mots qu'il lui avait envoyés. Ceux où elle lui avait dit qu'elle allait dormir et qu'il lui… avait souhaité… bonne… nuit… ?
Qu'est-ce que… ?
« Bonne nuit.
Nous venons de nous arrêter dans un petit village à la frontière du Son et du Feu, pourquoi ?
Tomioka, à l'est de Nemuro. Tu ne devais pas aller te coucher il a de cela trois heures petite menteuse ?
Très bien, bonne nuit. »
Pourquoi lui avait-il écrit cela ? Était-ce elle… qui lui avait demandé où il se trouvait ?
À genoux devant le chevet, elle récupéra le stylo plume déposé dessus et l'accola au papier, prête à en savoir plus. Le doute s'immisça en elle et lui releva aussitôt le stylo sous la disparition du petit point d'encre.
Devait-elle l'inquiéter pour si peu ?
Ce n'était rien, du simple somnambulisme. Elle était juste inquiète et lui avait demandé inconsciemment pour se rassurer.
Si elle lui en parlait, il serait capable de revenir sur ses pas, elle le connaissait suffisamment pour savoir cela. Et elle ne voulait pas être celle qui avait encore plus semé la discorde entre lui et maitre Jiraiya.
« Bonjour toi, tu as bien dormi ? »
Les mots apparurent sous ses yeux, et elle se rendit alors compte qu'elle insufflait de son chakra dans le livre depuis qu'elle le maintenait. À peine lut-elle la question que tous ses doutes s'en allèrent.
Cela ne servait à rien de l'inquiéter.
« Bonjour toi. Oui j'ai très bien dormi.
Ici le jour se lève. Le ciel est gris et morne, la pluie ne devrait pas tarder. Comment le temps se porte-t-il là où tu te trouves ? fait-il soleil ? »
[…]
La solitude des six premiers jours ne fut pas des plus faciles à surmonter. Pour autant elle ne les avait presque pas vu passer.
Les trois premiers s'étaient écoulés de la manière suivante : elle s'était levée, lui avait écrit, avait fait du rangement, lui avait écrit, avait mangé des fruits, lui avait écrit, et s'était couchée.
Ce ne fut qu'à partir du quatrième jour qu'elle avait ressenti une fatigue liée à son alimentation, allons jusqu'aux vertiges. Elle s'était alors armée de courage et était descendue de la montagne jusqu'à la rivière. Elle avait fait sa lessive, lui avait écrit, avait récupéré de l'eau, lui avait écrit, et était retournée à la masure… afin de lui écrire.
Le riz cuit au réchaud fut le meilleur qu'elle avait goûté de toute sa vie. Elle ne s'en était d'ailleurs pas privée de le lui écrire.
Le cinquième jour fut celui où elle fit un acte impardonnable.
Aux alentours de midi elle s'était tenue sur le porche et avait attendu. Attendu. Attendu encore. Jusqu'à ce que, à une heure passée, un lièvre tente ses réflexes et traverse la clairière à vive allure.
Il n'avait jamais l'autre côté de la forêt.
Son kunai avait fendu l'air et s'était logé dans sa nuque, le tuant sur le coup. Le cri de l'animal traduisant la surprise et la souffrance de sa lame lui avait aussitôt fait perdre son sourire satisfait, et le silence mortuaire de sa marche jusqu'au milieu de la clairière fut encore plus difficile à supporter.
Elle avait beau s'être excusée à de nombreuses reprises devant le cadavre de sa victime, rien n'y avait fait. La culpabilité l'avait emporté. Elle était un monstre.
Un monstre affamé.
Cela, elle ne lui avait pas écrit.
Voir maitre Jiraiya dépecer un animal et le vider de son sang était une chose. Le faire en était une autre. Elle avait jeté les vêtements qu'elle portait ce jour-là. Pour autant, elle était parvenue à le cuisiner. Enfin, presque.
Le lièvre cuit au feu de bois ne fut pas réellement bon, mais les protéines quant à elle furent les bienvenues dans son corps qui en manquait cruellement.
Le sixième jour fut le plus calme et, bien qu'il s'agisse de la veille, le moins mémorable.
Il avait plu toute la journée, et elle avait déplacé le petit fauteuil devant la chaleur du sceau et avait lu encore plus longtemps. Tellement longtemps qu'elle avait débordé sur le septième.
De ce qu'elle avait pu apercevoir en rangeant les livres sur les étagères du salon, c'était que les ouvrages provenaient du Feu, à quelques exceptions.
Certaines parures se voulaient vieillottes, abîmées par le temps, et dataient pour la plupart de pendant la seconde Grande Guerre, ce qui lui avait fait comprendre que tous ces livres, soit plus d'une centaine, appartenaient à maitre Jiraiya. Il ne les avait pas achetés au marché.
Sa collection personnelle.
Ce fut donc avec encore plus de curiosité qu'elle s'était mise à lire les grands noms de la Feuille. Senju, Uchiha, Sarutobi, Aburame, Akimichi… Tous. Tous, sauf les Hyūga.
Elle n'était pas dupe. Maitre Jiraiya avait délibérément enlevé les livres qui portaient le nom de son c… le même nom que le sien. Mais elle ne lui en voulait pas. Avoir à affronter sa curiosité morbide n'était pas quelque chose à laquelle elle aimait s'adonner. Ce fut donc une bonne chose qu'elle n'eut pas la possibilité de lire quoi ce soit sur le sujet.
Du moins elle l'espérait.
Elle ouvrit les yeux. Allongée sur le lit, parfaitement intangible sur le dos, elle scruta les poutres du plafond de son regard livide.
Oui, c'était bien les mots : lit vide. Elle se sentait vide. D'énergie, d'envie, d'eau. Asséchée.
De sa langue pâteuse, elle humidifia ses lèvres gercées et faillit s'étouffer avec la poussière sur son palais. Elle toussa fortement, si fortement que la quinte de toux lui procurât une douleur au dos qu'elle n'avait encore jamais expérimenté.
Le septième jour. Le jour où le cauchemar débuta.
Elle inspira et son corps se tétanisa sous la douleur de son geste inconsidéré. Le temps d'une seconde, elle crut mourir, puis la vie revint lentement en elle sous forme de picotement. Ses pieds, ses mains, ses jambes, ses bras, sa gorge, puis finalement son corps tout entier.
Dans une grimace, elle se redressa très doucement sur le matelas. Les vertiges la firent presque se rallonger, mais s'agrippant au drap, elle parvint à se maintenir droite.
Son premier réflexe fut de regarder ses pieds, et elle fut rassurée de n'observer que du blanc.
Cette fois-ci elle ne s'était pas aventurée dehors.
Retirant le tissu, elle déplaça ses deux jambes en dehors du lit et s'aida de celui-ci afin de se mettre debout. Les muscles de ses jambes lâchèrent sans prévenir, et elle se retrouva au sol en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.
Son hoqueter de douleur se répandit dans la cabane et elle s'accrocha à l'ossature en bois du lit pour se relever. Une main sur le bois à sa gauche et l'autre sur le lit, elle s'avança vers le salon et la cuisine. Le sommier dépassé, elle s'aida uniquement des planches du mur. Lorsqu'elle arriva au bout de celui-ci elle tituba, non sans mal, et les mains relevées devant elle, en direction de la table de la cuisine. Elle s'affala de tout son poids sur le mobilier et attrapa alors la seule chose que désirait la moindre de ses pensées : la carafe d'eau.
Allant à l'encontre de son propre instinct, elle but lentement sa première gorgée, ainsi que la suivante, et lorsque l'eau glacée arrêta de lui brûler la trachée, son avidité but sans se soucier de renverser. Un gémissement lui échappa tandis que, continuant de s'abreuver, l'eau ruissela sur sa peau jusqu'à atteindre le plancher.
Elle vida la carafe en quelques secondes et l'objet de tous ses désirs ne devint, en un clignement d'yeux, qu'un vulgaire déchet. Laissant tomber le plastique sur la table elle contourna les chaises sous les rebonds incessants de la carafe et se dirigea vers le comptoir de la cuisine. Elle y attrapa le papier rectangulaire déposé dessus et l'apporta aussitôt à sa bouche.
À peine insuffla telle de son chakra à l'intérieur du sceau que l'eau coula à flots dans sa gorge. Emplie de bonheur, elle ferma ses paupières et se laissa aller contre les meubles de la cuisine jusqu'à se retrouver une nouvelle fois assise à même le sol.
Elle resta ainsi, à boire sans s'arrêter, durant plus d'une vingtaine de secondes. Puis, doucement, la satiété pointa le bout de son nez et divisa ses gorgées, jusqu'à complètement les arrêter.
Les yeux fermés, elle laissa lourdement tomber son bras maintenant le papier à même le plancher, et inspira profondément.
Que venait-il… de se passer ?
Restant aussi immobile que lui permettait sa respiration erratique, elle fut néanmoins forcée d'ouvrir les paupières lorsque l'eau lui caressa la jambe droite. Comprenant d'où venait le problème en un simple coup d'œil, elle arrêta d'insuffler de son chakra dans le sceau et l'affut d'eau sur les planches de bois s'estompa. Elle continua d'observer la flaque où patauger sa main jusqu'à ce que l'incompréhension la gagne.
De la poussière. Une fine couche de poussière recouvrait le sol ainsi que les meubles.
Si elle ne passait pas le balai tous les jours, la poussière s'accumulait. C'était un fait. Mais à ce point et en une seule nuit, c'était un record.
Le sable du désert du vent l'avait suivi jusqu'ici ?
Prenant son courage à deux mains, mais surtout le bord du comptoir, elle se releva. Les jambes tremblotantes, elle déposa le sceau là où elle l'avait trouvé avant de se diriger vers le fauteuil bordeaux du salon. S'y asseyant maladroitement, elle ouvrit le tiroir du chevet juste à côté et extirpa un calendrier.
Six croix y étaient dessinées, dont celle de la veille, le 4 mai.
La situation devenait… de plus en plus étrange. Cela commençait réellement à lui faire peur. Tellement que cette fois-ci elle allait lui en parler. Elle ne pouvait pas lui cacher cela. Du somnambulisme n'était pas dangereux. En revanche se réveilla sans force et à deux doigts de mourir de déshydratation, cela l'était.
Elle remit le calendrier là où elle avait l'habitude de le laisser et récupéra la parure jaune. L'ouvrant sans attendre, elle… se figea tout bonnement.
Non…
Blanche. La page était blanche.
Ce n'était pas possible. Ils avaient écrit dessus il y a de cela deux jours et hier ils avaient atteint presque cinquante pages.
Non, Non, Non…
Trois jours, il fallait trois jours pour que l'encre disparaisse.
Elle tourna la deuxième page et le blanc lui fit face. La Troisième… quatrième… vingtième… trentième… quarantième…
Non, Non, Non, Non, Non !
Cinquantième.
Du blanc. Il n'y avait que du blanc. Tout avait disparu.
Tout.
Le regard sec, la respiration à l'arrêt, seul son cœur palpitait. Machinalement et dans un dernier espoir elle tourna la page et observa celle sur laquelle elle aurait dû écrire aujourd'hui.
Si elle ne parvenait pas à encore s'agripper au livre, elle aurait pu jurer que son cœur aussi venait de s'arrêter.
« Écris un message n'importe quoi
Hinata écris quelque chose
S'il te plaît dis-moi que tu vas bien »
La calligraphie était presque illisible et ne suivait pas les lignes, prouvant le fait qu'il avait écrit dans la précipitation. Cette simple information lui glaça le sang.
Tremblant comme une feuille, elle attrapa le stylo dans le tiroir alors que ses larmes chutèrent sur le papier.
« Je suis là
Je vais bien
Tout va bien. »
Elle insuffla une quantité telle de chakra dans le livre que la page se froissa. Et ce fut à ce moment précis, complètement éveillée par son rythme cardiaque battant la chamade, qu'elle remarqua.
Il n'y avait pas que cette page qui avait été mal menée. Elle n'était pas la seule à avoir envoyé une grande quantité de chakra à travers le livre. Celui-ci était complètement déformé. Même la parure avait un pli.
Comment n'avait-elle pas pu ressentir son chakra sortir du chevet ?
Emplie de crainte et de larmes, elle retourna sur la cinquante et unième page afin d'espérer lire une réponse, mais ce fut la sienne qui l'attendit.
Le livre ne se déforma que plus sous la pression de ses doigts.
Son encre était toujours là. Celle qui d'habitude commençait à disparaitre avant même qu'elle ne finisse sa phrase était toujours là.
- Pas ça… tout mais… pas ça…
Une minute plus tôt, elle aurait tout donné pour s'abreuver, mais elle le regrettait amèrement tant ses sanglots l'empêchaient de se concentrer.
S'essuyant les yeux d'un revers de la main, elle renifla avant de souffler de manière saccadée. Elle écrivit à nouveau, et ses mots restèrent ancrés au papier. Elle insuffla de son chakra dans le papier, le sceau en première page et même le livre, mais rien n'y fit.
Son encre ne partait pas.
La force de ses mains lui échappa et elle relâcha le livre et le stylo sur le tapis. La vision trouble, elle plaça ses mains tremblantes devant elle avant de s'attraper les cheveux et observer le sol sans parvenir à faire ressortir la moindre réponse.
Ses pensées n'étaient que chaos.
Que se passait-il ? Que s'était-il passé ? Pourquoi le sceau ne fonctionnait-il plus ? Lui était-il arrivé quelque chose ? Ils devaient rencontrer le Raikage aujourd'hui même, pourquoi ne lui avait-il envoyé que trois messages ? Et pourquoi cette inquiétude ? À combien de temps remontaient-ils ? Était-ce une heure plus tôt ? Deux heures ? Dix ? Combien de temps avait-elle dormi ? Pourquoi était-elle si courbaturée ? Fatiguée ? Était-elle en plein cauchemar ? …
Elle récupéra le livre et, le dos droit contre le dossier du fauteuil, le déposa sur ses jambes, força son sourire, resta de marbre quelques secondes, puis l'ouvrit. Elle le referma aussitôt et patienta cette fois-ci plus d'une minute. L'ouvrit, et le referma de nouveau.
Son rictus se volatilisa, mais ses mouvements s'enchainèrent et se ressemblèrent.
Affamée, assoiffée, elle ne quitta pas sa position et continua. Les minutes entre chaque ouverture devinrent des dizaines, puis une heure entière, avant qu'elle ne finisse par sursauter et se réveiller dans le noir complet, frigorifiée.
Se levant en manquant de tomber, elle entendit le livre rebondir sur le tapis de velours.
Elle s'était endormie ?
À tâtons, les pieds glacés, elle retourna vers la cuisine. Passant devant la fenêtre et le ciel nocturne, elle ouvrit l'un des tiroirs sous le comptoir. La flamme de l'allumette fit vaciller l'obscurité et, prenant soin de couper sa respiration afin de ne pas l'éteindre, elle embrasa la mèche de la bougie.
La pénombre se dissipa.
Elle rebroussa chemin et déposa la cire dans le socle présent sur le chevet avant de se tourner à sa droite. D'un simple pas en direction du mur, elle atteignit le sceau à côté de la porte d'entrée. Y insufflant de son chakra, celui-ci se mit à une nouvelle fois recracher de l'air chaud. Finalement, elle reprit sa place initiale sur le fauteuil et observa la parure jaune et déformée à ses pieds.
Le vent siffla à l'encontre du bois, et l'anxiété la domina. D'un mouvement hésitant, elle récupéra le livre et l'apporta au plus près de la bougie.
S'il vous plait. Je vous en prie. Par pitié.
Elle ouvrit la page désirée, et vit ce qui restait de son monde s'écrouler.
Les larmes rempruntèrent les traces sèches sur ses joues et teintèrent d'une absente couleur l'enfer sous ses yeux. Le livre lui échappa inévitablement et retourna dans un bruit sourd sur le tapis ivoire. Plaçant ses mains sur sa bouche et son sanglot, elle se laissa alors glisser le long de l'accoudoir.
Trois jours.
Les derniers messages qu'il lui avait envoyés dataient de plus de trois jours.
Seul ce qu'elle lui avait écrit était encore là. Il n'y avait plus rien. Plus aucune de ses demandes, plus aucune de ses peurs. Rien. Aucune encre, aucun espoir. L'objet de tous ses rêves était devenu en l'espace de quelques heures son pire cauchemar.
Ne parvenant plus à respirer elle se releva précipitamment et, accrochant ses deux mains à son bassin, parvint à réapprovisionner ses poumons à la suite d'une saccadée inspiration. Elle marcha droit devant jusqu'à ce que le mur du salon arrête son mouvement stressé et fit volteface afin de le réitérer. Encore, encore et encore.
Que pouvait-elle faire ? Que devait-elle faire ? Qu'allait-elle faire ?
Les questions rhétoriques s'agglutinèrent dans son esprit à mesure que les mètres se succédèrent. À mesure que les minutes défilèrent.
Elle ne pouvait pas quitter cet endroit. Elle ne pouvait pas les rejoindre. Elle ne pouvait rien faire…
Si elle parvenait à traverser le Son, les Sources Chaudes, et le Gel sans se faire repérer par le Feu qui occupait ces pays en raison de la guerre, cela serait un exploit. Puis il faudrait qu'elle traverse la moitié de la Foudre afin de se rendre à Kumo, soit du suicide pur et simple. De plus, dans ce scénario loufoque, il se pourrait qu'elle ne soit plus là alors qu'ils revenaient la récupérer. Un message les attendrait sur la table et leur dirait qu'elle est partie pour la Foudre à leur recherche. Ils iraient alors la chercher à leur tour et mourraient pour la sauver.
Si elle bougeait, elle les tuait.
Elle secoua son visage.
Elle extrapolait beaucoup trop. Il ne s'était rien passé. Rien. Absolument rien. L'encre allait disparaitre et il allait lui répondre, elle en était persuadée. Elle ne faisait que dans le drame, elle était stupide.
Oui, stupide.
