Note : Finalement je vais raccourcir les chapitres entre 10 et 15k afin d'essayer, et je dis essayer, de poster tous les mois. J'étais en vacance cette dernière semaine, mais j'ai tout de même réussi à finir ce chapitre-là, une partie cinq est à prévoir, peut-être une sixième. L'histoire rattrape la trame principale, donc la fin de l'Arc ne saurait tarder. Si de grosses fautes sont visibles, je m'en excuse. S'il vous plait, envoyez-moi un message privé afin de me le dire, surtout s'il s'agit d'une incohérence scénaristique.
Il se peut que j'aie à modifier quelques mots de temps à autre sur les chapitres, car toutes les parties sont étroitement liées, et faire de petites parties ne me permet pas d'y revenir sans que vous les ayez lues. Je peux me rendre compte d'une erreur et la modifier. Si cela arrive, je vous en informerais en fin du dernier chapitre en date.
Bonne lecture.
Kiaon : Étant donné que tu as fermé tes messages privés, je ne peux pas te répondre, alors je le fais ici exceptionnellement. ^^ Merci pour tes compliments, je suis très content d'apprendre que ce que j'écris te plait. Je n'ai pour l'instant que cette histoire en tête, et vu tout ce qu'il me reste à écrire j'en ai encore pour un bout de temps. Merci d'avoir pris de ton temps pour m'écrire une review, en espérant que la suite te plaira tout autant.
Taille chapitre : 13000 mots.
D'opale et d'obsidienne
Partie 4
Sa joie de vivre avait fané. La flore fleurissante et la chaleur apaisante du printemps ne l'avaient pas ramené. Les jours étaient passés et s'étaient ressemblé. Les mêmes habitudes, les mêmes rituels, la même solitude. Elle s'était levée, avait vérifié l'encre sur le papier, rayé le calendrier, avait lu, mangé, était allée se coucher. Des jours durant.
À trente-cinquième cauchemar éveillé, un livre, racontant l'arrivée et l'implantation du clan Nara au sein de Konoha, lui avait changé ce quotidien morose.
Sur plus d'une vingtaine de pages et au beau milieu de l'ouvrage était retranscrit la conversation qu'avait eu Tomaru Nara, auteur du livre et Chūnin de la Feuille, avec Masanobu Nara, septénaire qui s'occupait de l'entretien de la forêt Nara. Dans ses réponses quelque peu philosophiques, Masanobu expliquait les bases du jardinage.
Bien que la période passée, elle s'était mise, au début de juin, à planter la trentaine de patates qu'elle avait au préalable sorties du sceau et qui avait germées. Ce fut libérateur.
Elle s'était ensuite attelée à couper des petits bambous au bas de la montagne et avait fabriqué l'ossature de ce qui allait supporter ses plants de tomates. Et, continuant de suivre les instructions du Nara, elle avait utilisé les tiges d'orties en guise de ficelle et le sceau pour alimenter les graines.
Entre son quarante-et-unième livre et sa vérification journalière de l'encre sèche, elle avait continué son jardin et, lorsque son petit champ de patates et tomates au dos de la cabane fut terminé, son doux sourire avait ressuscité, avant qu'elle ne le fasse disparaitre lorsqu'elle s'en était rendu compte.
Ce fut donc grâce à de simples patates qu'elle avait lu L'Art du sceau, d'une certaine Miyako Uzumaki, afin de pallier son manque d'eau. Ou plutôt afin de ne pas avoir à faire deux allers-retours par jour jusqu'à la rivière.
Au fil de sa lecture et de son mal de crâne, elle avait fini par comprendre qu'à la manière dont s'adresser Miyako au lecteur, le livre avait été écrit pour les Uzumaki et uniquement eux. Elle s'était alors logiquement demandé comment maitre Jiraiya avait eu ce livre, et les annotations, anecdotes et autres conseils écrits à la main par l'autrice en personne, entre paragraphes et dessins, lui avaient apportés réponses.
Le livre avait été écrit en 982. Maitre Jiraiya avait alors vingt ans. Ce qui voulait dire qu'entre 82 et 86, date à laquelle Uzushio fut détruit et à laquelle la seconde Grande Guerre débuta, il s'était rendu sur l'île des Uzumaki et avait côtoyé suffisamment longtemps le clan pour obtenir leur confiance ainsi que leurs connaissances.
En lisant la phrase manuscrite à la dernière page du livre, cela avait été facile pour elle de deviner que la rencontre avec cette femme Uzumaki ne s'était pas arrêtée à une simple amitié. Ce fut bien plus que cela, et cette nouvelle l'avait réellement choquée.
Sensei avait fréquenté une femme sans la payer… inconcevable.
Où que tu puisses te rendre, j'espère que le chemin que tu emprunteras te ramènera auprès de moi. Ta bien-aimée, Miyako.
Elle avait mis plus d'une semaine à créer un sceau capable contenir un objet, soit, d'après le livre, l'une des bases du Fūinjutsu. Encore une semaine plus tard, ce même sceau pouvait renfermer du liquide.
Deux semaines pour réussir, mais elle avait réussi, à sa plus grande fierté. Son sceau n'était pas aussi sophistiqué que celui qu'ils lui avaient laissé. Imperméable et capable de contenir, conserver, et filtrer l'eau, mais elle avait réussi. Elle devait le refaire tous les deux jours car les intempéries effacées l'encre et abîmés le papier, certes, mais elle avait réussi.
Elle avait appris les bases du Fūinjutsu, seule, et en apprendre davantage sur le domaine lui avaient permis de s'occuper l'esprit durant le mois qui avait suivi.
Au bout de soixante jours vint s'ajouter à son train-train quotidien la paranoïa : à chaque bruit provenant du chemin de terre qui s'engouffrait dans la forêt et descendait la montagne, elle se précipitait dehors afin de voir s'il s'agissait d'eux, et ce même en pleine nuit.
Le vent. Toujours le vent.
Le troisième mois était rapidement arrivé. Le quatrième lui avait succédé. Hormis ses pensées, personne n'était venu la déranger.
À force de réflexions, de constatations, elle avait fini par reprendre l'entrainement. Le déclic avait eu lieu lors du troisième mois, alors qu'elle lui avait écrit un message qu'il ne lirait jamais. Un énième mot où elle lui expliquait à quel point sa présence lui manquait, à quel point elle l'aimait. Qu'elle espérait qu'ils reviennent malgré sa promesse qu'il n'avait pas respectée. Si c'était pour cela qu'il ne revenait pas, il fallait qu'elle lui dise à quel point elle s'en fichait, qu'elle lui pardonnait.
Ce ne sont que des mots.
Bien que durant l'été elle était parvenue à se persuader qu'ils allaient revenir, elle ne s'était pas reposée sur ce qu'elle souhaitait. Même si à ce moment-là elle n'aimait pas y penser, elle s'y était préparée.
S'ils ne revenaient pas… il fallait qu'elle soit capable de se défendre toute seule, et ce contre n'importe qui, n'importe quoi.
Se reposer sur ses acquis était la faute la plus grave d'un shinobi, la cause numéro un de leur mort, il s'agissait là de la première leçon que lui avait enseigné maitre Jiraiya. C'était pourquoi en plus de sa lecture et son jardinage, elle s'était entrainée tous les jours sans relâche. Matin, après-midi, soir.
Le cinquième mois était passé ainsi, dans la sueur et la régularité, et novembre avait fini par recouvrir de son manteau neigeux la clairière et la forêt. Le compte à rebours était arrivé à son terme. Le sixième mois venait de débuter, et ils n'étaient toujours pas rentrés.
Assise sur l'une des chaises de la cuisine, les coudes posés sur la table en bois, les mains jointes devant sa mine fermée, elle observa le sceau présent devant elle juste à côté de la bougie allumée. Accompagnée de la pluie qui martelait les carreaux, elle soupira longuement.
Hier était le jour où elle avait mangé sa dernière portion de riz. Il n'y en avait plus. Plus de nourriture, plus de gaz. Les animaux hibernaient et se faisaient de plus en plus rares et son jardin, bien qu'il lui avait fait économiser plus de deux semaines de ration, n'était plus qu'un tas d'herbes sèches. Autrement dit et même si l'espoir devenait comestible, elle allait bientôt mourir de faim.
Ils ne vont pas revenir.
Ces derniers jours, les entrainements n'avaient pas été au beau fixe. Elle aurait pu mettre l'excuse sur l'épaisse couche de neige, mais ce n'était pas le cas. La tête ailleurs, elle n'en avait juste pas eu envie. L'idée de s'allonger sur le lit pour ne plus se réveiller lui avait plusieurs fois traversé l'esprit, mais cela non plus elle n'en avait pas eu envie.
Le tonnerre fit trembler le bois et l'éclair qui s'en suivit illumina sa longue chevelure d'obsidienne.
Que lui restait-il désormais ? Elle n'avait plus rien. Les livres qu'elle avait lus, pour la plupart deux fois, l'agaçaient. Le livre de Fūinjutsu n'avait plus rien à lui apprendre et les arbres en avaient marre de recevoir ses coups. Tout ce qui lui restait était cet infime espoir. Cet espoir qui s'amenuisait chaque jour qui sombrait, à chaque nuit qui s'éclairait.
Ils ne vont… pas revenir.
Dans une pulsion qu'elle n'avait pas l'habitude de ressentir, elle attrapa de rage le sceau vide et le balança vers le salon. Le simple papier ne fit même pas deux mètres et vacilla lamentablement jusqu'à devant l'entrée de la masure. Face à son échec, sa colère se décupla momentanément et elle balança son pied sur la chaise devant elle, de l'autre côté de la table. Un bruit assourdissant se répandit dans la cabane tandis que la chaise racla le plancher et heurta violemment le fauteuil du salon. Elle croisa les bras sous sa poitrine et, inspirant profondément, expira doucement.
Son souffle éteignit la bougie et plongea la masure dans l'obscurité, ce qui entraina un second soupir sec et empli d'incrédulité. Dans le noir complet et parvenant, sans savoir comment, à garder son calme, elle craqua une allumette afin de rallumer la bougie.
Ils ne vont p…
Tous ses sens l'abandonnèrent et ses muscles se crispèrent. L'allumette en main, le souffle coupé, elle resta pétrifiée. Chacune de ses pensées débuta une explication à ce qu'elle voyait, à l'ombre devant elle, mais aucune d'entre elles ne parvint à atteindre ses muscles et la faire réagir. La flamme de l'allumette commença à lui brûler les doigts, mais elle ne bougea pas d'un millimètre.
Assis face à elle de l'autre côté de la table, sur la chaise qu'elle venait tout juste de projeter, il l'observait.
- Bonsoir, petite louve.
La voix rauque la fit sursauter si abruptement qu'elle se mordit la langue et, l'instant d'après, tomba lourdement à la renverse sur le plancher. Son hoqueter de douleur n'eut le temps de lui faire vibrer les tympans qu'elle se redressa sur la moelleuse chaise, haletante et transpirante.
Le tonnerre gronda et l'éclair fissura les nuages ombrageux. Le regard grand ouvert, elle observa droit devant elle sous ses incessants soulèvements de poitrine. Elle fronça inévitablement ses sourcils et observa la fenêtre à sa gauche, puis la lumière du jour sur l'armoire à sa droite, avant de faire descendre l'opale de ses yeux sur le drap qui recouvrait ses jambes.
Un cauchemar. Tout cela n'était qu'un cauche…
Les sourcils toujours froncés, les pensées toujours submergées, elle retira le drap et quitta le lit afin de se diriger vers l'entrée. Habillée d'une simple nuisette, elle passa devant la bougie complètement consumée et ramassa le sceau devant la porte d'entrée.
Une sueur froide lui parcourut l'échine tandis qu'elle se retourna vers la table de la cuisine et qu'elle observa tout particulièrement l'une des quatre chaises. Non pas celle qu'elle avait poussée dans son rêve et qui était parfaitement agencée, mais celle avec laquelle elle était tombée. Celle dont le dossier épousait toujours le plancher.
Un sinistre craquement fit naitre en elle une immense terreur et la fit se reculer si brutalement que sa tête heurta le mur en bois dans un bruit sourd. Ses tympans sifflèrent aussitôt à ses oreilles et la panique lui fit observer autour d'elle, mais elle ne vit personne à des kilomètres à la ronde. Pour autant et pour la première fois, elle ne fit aucunement confiance à ses yeux.
- C'est… c'est toi ? Pourquoi tu te caches ? Montre-toi…
La pluie lui répondit en intensifiant sa cadence sur les trois vitres de la cabane. La voix grave qu'elle attendit ne se manifesta pas. Alors, la mâchoire contractée, elle se tira une énième fois les cheveux et abaissa son visage.
- Comment… peux-tu être… encore en vie ? Comment… tu m'as retrouvé ?
Elle devenait folle. La solitude l'avait atteint au point où elle voyait des fantômes.
Avec incertitude, elle se tourna vers la porte d'entrée et plaça la paume de sa main sur la poignée.
Cela faisait plusieurs semaines qu'elle y songeait, qu'elle se demandait s'il s'agissait d'une bonne idée. La réponse était simple : cela ne l'était pas. Mais la situation actuelle venait de la persuader du contraire.
Parmi toutes les questions qui la tourmentaient, il y en avait une à laquelle elle pouvait trouver réponse, et il fallait qu'elle le fasse maintenant, sans quoi elle allait réellement finir par perdre la tête.
Elle ouvrit la porte et, ne prenant pas la peine de la refermer, s'aventura sur le porche jusqu'à rencontrer la neige et la pluie glacée.
Elle traversa la clairière fanée ainsi que la forêt d'un pas éreinté et arpenta le chemin de terre qui descendait. Suivant l'épaisse couche de neige et les bambous sauvages durant plusieurs minutes, elle arriva finalement au pied de la montagne ainsi qu'aux abords de la rivière. Elle fit alors ce qu'elle n'avait jamais osé faire : elle la traversa d'un pas empli de chakra.
S'en suivit une marche frigorifiée qui dura plus d'une demi-heure. Trente minutes durant lesquelles elle ne fit que remettre en place sa chevelure d'obsidienne trempée ne cessant de tomber sur son visage abaissé. Mille huit cents secondes où la moitié de ses pensées, entrecoupées par ses tremblements, ne cessèrent d'essayer de la raisonner, de la persuader qu'il s'agissait d'une mauvaise idée, tandis que l'autre moitié défendait corps et âme sa traversée.
Si elle ne bougeait pas, elle allait de toute manière finir par mourir de faim. Et même si ce n'était pas le cas, si elle parvenait à empêcher la neige de tomber sur son jardin, d'augmenter la température de celui-ci, de chasser des animaux ayant fui le froid glacial, alors elle allait devoir faire un feu pour faire cuir la viande et bouillir l'eau.
Une fumée qui les alerterait de sa présence, quoi qui l'en soit. Valait-il mieux qu'ils lui rendent visite où que ce soit elle qui le fasse ?
Doucement et située juste devant l'entrée principale, elle releva son attention sur les habitations de Shinjō, le seul village des environs, là où se trouvait la réponse à son existentielle question.
De rouge et de noir, de tuile et de bois, elle passa sous l'arche au style ancien datant d'avant l'ère de la guerre des provinces et pénétra à l'intérieur du village. Les habitations en bois et en toiles défilèrent sous ses yeux et elle frissonna de tout son être tandis qu'un vent frais balaya l'immense rue principale, ne lui en claquant que plus les dents.
Malgré la pluie devenant de plus en plus assourdissante et la température juste au-dessus de zéro, une dizaine de villageois se trouvaient dans l'allée. Un en particulier, le plus proche de l'entrée, de son être gelé, était affairé à porter des caisses emplies de poissons devant ce qu'elle imaginait être son échoppe.
- Maudit automne, maudit temps, maudite région, il ne manquait plus que le vent.
D'une quarantaine d'années, habillé d'un kimono sombre et d'un amigasa en paille en guise de couvre-chef, l'homme ne l'entendit pas approcher. Mais nul doute que ce fut le cliquetis de ses dents qui attirèrent son attention.
- Huh ?
Caisse en main, il se retourna vers elle d'une mine curieuse et rougit par le froid. Il l'observa alors de haut en bas et elle le vit pâlir à vue d'œil.
Jamais encore elle n'avait vu quelqu'un devenir aussi livide, aussi rapidement.
Elle voulut s'incliner afin de le saluer, mais le bas de son échine frigorifié lui inculqua qu'en aucun cas elle ne pouvait faire ce mouvement. Alors elle ouvrit la bouche, mais la referma lorsque celle de l'homme reproduisit son geste.
- Y-Y-Y… Y-Yo-Yo-Yoyok… Yokai.
Son bégaiement refléta une certaine surprise, ainsi que de la peur. Beaucoup de peur. Une peur qu'il lui transmît à peine prononça-t-il le mot fantôme.
Avec crainte elle se retourna brusquement, croyant qu'il l'avait suivi jusqu'ici, mais ne rencontra que des visages à la fois curieux et terrifiés de villageois qui regardaient dans leur direction. Une nouvelle fois, ses sourcils d'obsidienne se froncèrent.
Il n'y avait aucun fantôme. À vrai dire il n'y avait personne à moins de vingt mètres de l'échoppe.
Elle rapporta avec frayeur son attention sur l'homme alors que la caisse qu'il portait se fracassa sur la fine couche de neige et que les poissons glissèrent sur la terre boueuse, n'attirant que plus l'attention du village plongé dans le silence.
- Y-YUKI ONNA !
Afin de rajouter un peu de dramaturges au hurlement qui la terrorisa, le tonnerre se mit à gronder derrière l'immense chaine de montagne enneigée à l'horizon, et il ne fallut pas plus que cela pour que l'homme se mette à courir à l'opposer complète de l'échoppe, le plus loin possible du village, le plus loin possible d'elle.
Trébuchant dans la boue en se prenant le pied dans l'une de ses caisses, le villageois se releva aussitôt et reprit sa fuite sous ses cris d'alertes qui, elle en était certaine, pouvaient réveiller les morts.
- YUKI ONNA ! YUKI ONNA ! YUKI ONNA !
Elle observa la course effrénée de l'homme qui s'éloigna à grandes foulées, sans comprendre.
Que pouvait bien signifier ce nom pour effrayer quelqu'un à ce point ? Et où pouvait bien se trouver ce Yokai ? Ce Yuki Onna ? Elle ne le voyait nulle part, pas même en dehors du village. Il n'y avait aucune bobine de chakra active ici. Que ce soit dans la rue ou aux fenêtres des habitations. Seulement la sienne.
Arrêtant d'observer les tenketsus de ses bras, elle observa la dizaine de visages qui lui faisaient face à une vingtaine de mètres.
Artisans pour la plupart, tous s'étaient arrêtés dans leurs tâches quotidiennes et matinales afin de la dévisager. Pâles, apeurés, tout comme l'avait été l'homme avant de hurler, elle fit l'erreur d'avancer dans leur direction et, telle une maladie, les cris se répandirent dans la rue, multipliant par dix ce à quoi elle venait tout juste d'assister. Les fenêtres claquèrent, les volets se fermèrent et les portes se verrouillèrent.
Les lèvres bleutées, entrouvertes, et soudainement seule dans la rue, elle cligna plusieurs fois des yeux sous la fumée condensée que dégagea son souffle incrédule.
Ces personnes, ce village tout entier, semblaient réellement avoir vu un fantôme… mais il n'y avait personne. Personne à part elle. Avaient-ils peur… d'elle ?
Elle reprit sa marche et s'arrêta au beau milieu de l'immense flaque d'eau sans que ses pieds ne la touchent, ce qui plongea définitivement le village dans un silence mortuaire.
Examinant les milliers d'âmes aux environs - dont une centaine d'entre elles observaient dans sa direction - elle s'avança finalement vers le bâtiment où se trouvait le plus grand nombre, soit une vingtaine, et s'arrêta juste devant la taverne qui portait un nom tout à fait adéquat.
Izakaya. Taverne.
Elle observa les mouvements de bras qui exigèrent le plus silencieusement possible d'aller bloquer l'entrée, mais d'ores et déjà située à moins d'un mètre de celle-ci, personne n'osa s'y aventurer. Elle ouvrit alors la porte coulissante qui refoula les gouttes de pluie accumulées, et rentra à l'intérieur du bâtiment de trois étages.
La chaleur ambiante la dorlota.
À sa droite, séparées par une cheminée qui crépitait, se trouvaient des tables parfaitement agencées. Malgré les verres de saké et les tasses de café, les chaises repoussées et renversées étaient désertes. À sa gauche se trouvait un bar, des tabourets, ainsi qu'un homme ivre et affalé sur le comptoir. Et au fond, juste à côté de l'escalier qui montait à l'étage, dans la réserve et cachées derrière une porte, dix-neuf personnes agglutinées se dissimulaient.
De quoi ? Elle n'en avait toujours pas la moindre idée. D'elle, peut-être.
Dans un silence uniquement dérangé par la braise, la pluie extérieure, les ronflements alcooliques de l'homme, et les gouttes d'eau qui s'écoulaient de sa nuisette trempée, elle se dirigea vers le comptoir. Sous les regards indiscrets et apeurés dans l'embrasure de la porte de la réserve, elle s'arrêta devant les tabourets et se surprit à observer la barbe naissante de l'homme.
Bien qu'elle venait tout juste d'avoir un échange avec un villageois, enfin, si on pouvait appeler cela ainsi, elle se rendit compte que cela faisait plus de six mois qu'elle n'avait pas discuté avec quelqu'un.
Par où devait-elle commencer ? Devait-elle se présenter ? Le saluer ? Les deux en même temps ? Ou peut-être devait-elle tout simplement commencer par le réveiller ?
La partie droite de son corps réchauffé par la cheminée, elle avança doucement sa main tiède en direction des cheveux châtains. Plusieurs hoqueter effrayés se firent entendre dans la réserve. Des bruits saccadés et lâches que des phalanges tout aussi froussardes vinrent recouvrir.
Elle n'eut le temps d'atteindre le hanten noir qui recouvrait les épaules de l'homme que celui-ci sursauta avant de se redresser sur son tabouret. Les paupières fermées, il tangua quelque peu, avant de se stabiliser et plisser les yeux.
D'un geste lent, imprécis, lourd, il attrapa la petite tasse blanche sur le comptoir et, piquant du nez à l'intérieur, observa longuement la céramique sans rien dire, comme si ses réflexions s'étaient soudainement arrêtées.
Avant de finalement s'exprimer.
- Oi… Hanshiro… tu ne vois pas… que mon verre est… vide… ? Hanshiro ? Han… shiro ?!
Il frappa la tasse sur le comptoir. Personne ne bougea le petit doigt dans la réserve. Pas même le dénommé Hanshiro dont elle entendit le rythme cardiaque accélérer.
La tachycardie était proche.
- Que-ce… qu'est-ce que c'est… que ce service… Hanshiro ?! C'est comme ça… que tu traites… ton client le plus fidèle… de beau matin ?! Hanshiro ?!
À la suite de ses vociférations, l'homme tourna la tête à sa droite, vers les tables et la cheminée, complètement déboussolé. D'un mouvement maladroit, il remit ses courts cheveux en bataille en place avant de laisser retomber son bras sur le comptoir.
- Très bien… continuez votre cache-cache… moi je m… m'en vais… je… ne compte pas sur… toi… sur moi… pour paver… parer… piailler… ?
Semblant réfléchir à ce qu'il voulait dire, l'homme marqua un temps d'arrêt et observa droite devant lui, immobile. Puis haussa finalement des épaules avant de descendre du tabouret en manquant, bien entendu, de tomber.
Son regard vert de chrome se déposa finalement sur elle, à moins d'un mètre, ce qui l'arrêta dans son geste. Jusqu'alors silencieuses, les respirations de la réserve se stoppèrent tout bonnement tandis que, le regard plissé, l'homme approcha un peu plus son visage du sien.
- Oi madame… vous ne voyez… pas que vous êtes… sur mon… chemin… ?
Alors qu'il essaya tant bien que mal de lui parler, ou plutôt de l'empoisonner avec son haleine, ses pupilles dilatées descendirent une fraction de seconde sur sa nuisette et… elle le perdit totalement.
Le regard grand ouvert, cette fois-ci il resta bloquer bien plus longtemps. En fait elle crut qu'il ne reviendrait jamais à lui, et ce jusqu'à ce qu'il se mette à saigner du nez. Se le pinçant aussitôt, il manqua de s'étouffer avec sa propre salive avant de se remettre à la dévisager, puis à regarder son corps, puis la dévisager, puis…
Face au ton condescendant qu'il avait pris afin de s'adresser à elle, elle ne prit pas la peine de se présenter, ni même de le saluer. Elle en vint directement au fait, à ce qui l'importait, ce pour quoi elle était venue jusqu'ici.
- Quel jour sommes-nous ?
L'information mit plus d'une seconde à monter au cerveau de son interlocuteur, et celle-ci ne fut pas complète. En fait elle était persuadée que la seule information qu'il avait reçue était qu'elle venait de lui parler. Ce qu'elle avait dit ? Il ne semblait pas en avoir la moindre idée. Même maintenir le contact avec ses pupilles opalines lui paraissait difficile.
- Hein… ?
Elle souffla doucement.
Décidément, elle n'aimait pas du tout les personnes ivres, mais ayant pris l'habitude d'y faire face et d'en prendre soin grâce à maitre Jiraiya, elle parvint à rester sereine.
Encore une connaissance que sensei lui avait enseigné, bien que celle-ci se voulait involontaire.
- Pouvez-vous me dire quel jour nous sommes, s'il vous plait ?
D'après le calendrier qu'elle remplissait journalièrement, aujourd'hui était le 13 novembre, mais rien n'était moins sûr. En revanche ce qui l'était, c'était que la première neige avait eu lieu deux jours auparavant. L'hiver était proche, il arrivait, décembre était donc à portée de mains.
Une main que leva l'homme en direction du mur derrière le comptoir sans pour autant arrêter de fixer son corps.
Curieuse, elle observa les étagères où un grand nombre de bouteilles en céramique se trouvaient, avant de déposer son attention sur le calendrier mural entre un petit miroir et une photo incolore.
Son impassibilité se transforma en rictus amusé, et ce même rictus devint un rire silencieux qui ne fit que lui secouer les épaules.
Elle était folle. Elle était folle et cela la faisait rire.
Cela la faisait… rire.
La gaité devint peine et ses dents blanches disparurent derrière ses lèvres afin de laisser place au chagrin. Les larmes la gagnèrent et s'écoulèrent librement, mais suivant le sillage de ses mèches obsidiennes trempées et collées à ses joues, elles passèrent inaperçues.
Elle inspira bruyamment, et la terreur dans la réserve atteignit son paroxysme. Une main posée sur son visage, elle expira alors avec saccade avant de se tourner vers la sortie de la taverne.
- Oi… mademoiselle vous… allez bien ?
Elle sentit la main de l'homme approcher dans son dos, mais, avant même que celui-ci ne puisse atteindre son épaule, une voix aigüe s'éleva dans la réserve. La première âme courageuse … qui se fit étouffer par les lâches présentes avec elle.
- NE LA TOUCHE PAS ABRUTI C'EST UN PIÈ… !
L'homme, bien qu'ivre, se recula brusquement, et elle continua sa marche vers l'extérieure. La porte coulissante resta ouverte dans son dos et le froid l'accueillit à nouveau. Le regard abaissé, elle ne remarqua pas que la pluie s'en était allée, remplacée par de fines pellicules blanches qui commencèrent à s'agglutiner sur sa chevelure.
Trois jours. Il lui manquait trois jours. Aujourd'hui n'était pas le 13, mais le 16.
Elle s'arrêta au beau milieu de la rue et releva son attention sur les cieux. Son long soupir recouvrit sa vision d'une épaisse fumée blanche.
Pourquoi ? Pourquoi le sort s'acharnait-il sur elle ? Qu'avait-elle bien pu faire dans sa précédente vie pour que celui-ci la persécute à ce point ?
Ce matin-là, elle était retournée sur sa montagne avec encore plus de questions que lorsqu'elle en était descendue. En revanche, elle était parvenue à ses fins, elle avait trouvé réponse à sa question existentielle.
Oui, elle avait bel et bien perdue connaissance trois jours durant. Oui, durant ces trois jours, ils leur étaient arrivés quelque chose de dramatique. Oui, elle en était certaine, elle en était la cause.
Ce jour-là, elle n'avait pas bu, pas mangé. Elle s'était allongée dans le lit et avait contemplé le vide au-dessus d'elle.
Elle n'était pas suicidaire. Elle souhaitait vivre, mais elle devait avouer que survivre sans connaitre la raison d'une perte était difficile à surmonter. Et survivre en sachant que la raison pour laquelle on ne la connaissait pas venait de nous, l'était encore plus.
Elle était restée allonger dans le lit plusieurs heures, à réfléchir à sa vie, sa raison d'exister, et ce qu'avait dit le Nara septuagénaire, Masanobu, dans le livre qui lui avait changé son quotidien, lui était revenu en mémoire.
Peut-être bien que ce fut cette simple réflexion qui lui avait redonné espoir. Espoir de les voir revenir maintenant, demain, dans un futur lointain. Elle ne savait pas, mais une chose était certaine. À la seconde où elle y avait pensé, elle s'était relevée.
Tu sais Tomaru-san, je ne suis pas du genre à croire au destin, mais parfois je me demande d'où elle vient. Cette pensée, cette pulsion qui te change la vie. Celle qui te parait dans un premier temps dérisoire et à qui tu ne prêtes aucune attention. Puis ce fameux temps passe, et tu te souviens, tu te remémores où tout a commencé, et tu finis par te dire que c'était là, c'était ici. C'était cette personne, cette envie, cet échange… cette pensée qui m'a changé la vie.
Le lendemain même, elle avait pu manger à sa faim. Non pas grâce à son jardin, ni même à la chasse d'ailleurs, mais grâce à son erreur. Du moins ce qu'elle avait cru en être une : le village de Shinjō.
Sur son chemin retour, elle s'était arrêtée au milieu de la rivière et avait observé son reflet dans l'eau en mouvement. Outre sa nudité quasi apparente, la seule chose qu'elle avait pu en dire était qu'elle faisait peur. Effectivement, les cernes, les lèvres bleues et ses yeux opale n'avaient pas dû aider. On aurait dit un fantôme sorti tout droit d'une légende horrifique.
Le sommet Henpei n'en abritait finalement pas qu'un seul.
Bien qu'elle s'en était voulu toute l'après-midi ainsi qu'une grande partie de la soirée, cette colère envers elle-même s'en était très vite allée lorsqu'elle avait scruté le village depuis son lit.
Des offrandes. Énormément d'offrandes expiatoires.
La totalité des villageois ayant pu l'apercevoir ainsi qu'une autre partie les croyant sur parole avait participé à l'oblat afin d'apaiser sa future folie meurtrière.
Elle était retournée au village en plein milieu de la nuit afin de récupérer le riz et les lentilles qu'ils avaient amenés et avait délaissé le reste. Que ce soit les encens ou le chien attaché à l'arche de l'entrée principale.
Elle ne savait pas si le pauvre animal avait été mis là pour les prévenir de sa potentielle apparition ou pour lui offrir en sacrifice, mais celui-ci ne l'avait pas entendu approcher et avait continué de dormir paisiblement.
Après les sept lièvres qu'elle avait tués et en sachant qu'ils la pensaient malveillante, elle n'avait ressenti aucune incommodité au fait qu'ils la croient capable de tuer et manger un chien innocent. Après tout, elle-même ne savait pas jusqu'où la faim pouvait la mener. Heureusement pour ce pauvre animal, elle savait se contenter d'eau et de féculent.
Ce fut donc sans surprise qu'elle observa le lendemain soir un mouvement de foule encore plus important, qui apporta cette fois-ci bien plus de nourriture en constatant la disparition de ce qu'il avait apporté la veille.
En une seule nuit, elle avait récupéré plus de nourriture qui lui en fallait pour un mois. Ainsi que le mois suivant, et le mois d'encore après. Elle avait rempli les sceaux en trois nuits et, lorsqu'elle se retrouva une nouvelle fois sans rien à manger six mois plus tard, elle avait refait une apparition dans une ruelle à l'aube.
Les sceaux furent de nouveau bien portant.
« 28 avril 1016,
Cela fait un an. Après ce que tu as fait pour moi je ne mérite pas grand-chose de ta part, ça je le sais, mais savoir ce qu'il vous est arrivé, c'est tout ce que je demande.
Peux-tu me répondre ? »
[…]
- J'ai prévenu Shima que tu allais te retrouver seule ici. Je t'aurais volontiers proposé de retourner au Mont pendant deux mois, mais l'invocation inversée n'est pas possible si tu ne signes pas de ton sang le contrat, et je ne veux pas t'imposer cela. Alors, sache juste que si par malheur il nous arrivait quelque chose, Shima viendra te chercher.
De la colère. Du chagrin. Des larmes. Un mouvement horizontal de sa vision.
- Elle n'est pas venue sensei, elle n'est pas venue. Pourquoi ? Pourquoi n'est-elle pas venue me chercher ?
Un sourire.
- Eh bien pour tout te dire il se p…
Les trois coups sur la porte de la masure la firent sursauter. Ouvrant les yeux, elle se redressa sur le lit et observa droit devant elle, haletante et encore bouleversée par ses réminiscences. Trois autres coups résonnèrent, et ce qu'elle venait tout juste de rêver se volatilisa instantanément.
Si son cœur palpitait à ce point et sifflait à ses oreilles, ce n'était pas à cause de la présence des douze hommes sur son porche et sur la terre desséchée par un été des plus chauds, c'était parce qu'elle avait cru, avant de s'ouvrir aux auras extérieures, que c'était eux.
Que c'était lui.
La porte vibra pour la troisième fois, et son regard s'écarquilla. Avec précipitation, elle s'extirpa du lit au moment même où la poignée s'actionna. À peine eut-elle le temps de se dissimuler derrière le flanc de l'armoire que la porte s'ouvrit dans un grincement.
Les pas lourds s'aventurèrent sur le plancher et s'arrêtèrent entre la cuisine et le salon. La porte se referma, et le cliquetis caractéristique d'une armure se fit entendre. Elle n'eut nul besoin d'utiliser ses yeux pour connaitre son affiliation. Leur affiliation.
Des samouraïs.
- Comment peut-on choisir de vivre dans un endroit pareil ?
Le timbre étouffé par le masque que portait le second arrivé lui donna l'impression qu'elle ne se trouvait pas dans la même pièce, mais il n'en était rien. Deux samouraïs se trouvaient bel et bien dans sa cabane, et elle ignorait complètement la raison.
Avec aisance elle s'ouvrit un peu plus aux altérations extérieures et elle ressentit la présence des quatre restés devant le porche ainsi que des quatre au-
Toujours dissimulée derrière l'armoire, sa respiration se coupa net et la moindre de ses réflexions lui échappa tandis que le casque gris passa juste devant la fenêtre de la chambre.
- Le choix nous est souvent imposé.
Par chance, le samouraï qui prospectait son jardin ne se tourna pas vers sa cachette.
- Il y a un jardin ici.
Elle ferma aussi fortement que possible ses paupières avant de les rouvrir.
Était-elle… en train de rêver ? Un rêve lucide peut-être ?
Elle imagina une colombe se poser sur la fenêtre, et face à son échec, elle tenta de simplement se réveiller par la pensée, en vain. Le bois craqua sous le poids de l'armure de l'homme qui se stoppa devant la table de la cuisine, ce qui la fit sursauter.
Elle ne rêvait pas. C'était la réalité. Sa réalité.
Avec crainte et afin de contrôler sa respiration, elle contracta sa mâchoire.
Elle était piégée, elle ne pourrait bientôt plus se cacher et s'enfuir se voulait être la dernière solution. Car, et elle le savait, elle n'avait nulle part où aller. Cet endroit était sa maison, mais surtout son unique have de paix. En dehors de ce lieu, elle n'avait rien. Elle était une cible.
À cet instant la seule chose qui pouvait la sauver était une métamorphose, mais, ne sachant pas pourquoi ils étaient ici, si jamais ils restaient plus d'une demi-heure, alors elle se retrouverait à court de chakra et la situation deviendrait cocasse.
De plus, une métamorphose lui imposait de relâcher du chakra de manière constante et bien que les samouraïs n'étaient pas réputés pour leur connaissance approfondie dans le Ninjutsu, mais le Kenjutsu, elle doutait du fait que certains d'entre eux puissent repérer les signes d'un henge. En sachant qu'elle n'était pas du tout douée dans le domaine, le risque était bien trop grand.
Comprenant que la situation lui échappait à mesure qu'elle réfléchissait, elle fit la seule chose dont elle était capable à cet instant : elle se couvrit d'injures.
Stupide, abrutie, paresseuse…
Comment n'avait-elle pas pu les entendre arriver ? Comment ne les avait-elle pas vus arriver ? Elle faisait honte à tout ce que sensei lui avait enseigné. Elle méritait de se retrouver dans une situation pareille. Elle s'était reposée sur ses lauriers, ces mêmes lauriers avaient poussé, et la chute se voulait brutale.
- Celui ou celle qui vit ici est originaire du Feu.
Atone, endormie, incon…
Son dos se rigidifia contre le bois de l'armoire.
Dans un réflexe qu'elle ne maitrisa pas, les veines qui entouraient ses cernes se gonflèrent et ses yeux s'écarquillèrent plus qu'il ne l'était déjà.
Une blague. C'était une blague. Kami se moquait d'elle. Cela ne pouvait être autrement.
Elle était rapide, très rapide. En tout cas bien plus qu'un samouraï, et ce même dans de simples mouvements au corps à corps. Cela elle en était persuadée. Mais aussi ironique que cela puisse l'être, elle ne l'était pas assez pour échapper à leur regard.
Quand bien même parviendrait-elle à ne pas se faire voir des deux hommes dans la masure, des six autres à côté des fenêtres et des quatre derniers à la lisière de la forêt, elle ne pourrait pas échapper aux trente-sept qui entouraient la clairière, mais surtout aux plus de quatre cents restants qui prospectaient la forêt qui avoisinait la montagne.
Il y avait littéralement dix fois plus de samouraïs que d'animaux sauvages à des kilomètres à la ronde.
Les lèvres entrouvertes, elle ne parvint pas à reprendre son souffle.
Depuis le début de la Grande Guerre, bien que le Fer ne s'était pas engagé dans celle-ci, le Shogun du pays avait mobilisé ses Ashigarus aux frontières de ses voisins, à savoir le Son, les Cascades, et le Feu. Personne ne connaissait le nombre exact de ses paysans à armure légère, même les historiens de la seconde Grande Guerre ne s'y mouillaient pas. Pour autant sensei les avait estimés à plus de quatre cents milles, soit plus que tous les pays majeurs réunis. Ce chiffre pourrait sembler énorme, mais il n'était finalement pas grand-chose.
D'après ce quel avait lu dans les chroniques d'un ninja caractériel, qui se déroulait en grande partie au pays du Fer, un seul Genin d'une nation élémentaire était capable de mettre hors d'état de nuire plus d'une centaine d'Ashigarus à lui seul. Mille pour un Genin du pays de l'Eau. Elle ne pouvait donc qu'imaginer le massacre que pourrait faire un Chunin à ces soldats à peine expérimenter.
Un Jōnin… elle préférait ne pas y penser.
Il était clair que si ces Ashigarus étaient la seule force militaire de la nation de Fer, cela ferait des siècles que le pays aurait disparu de la carte. Donc, à cela, à ces soldats de première ligne, s'ajoutaient les samouraïs.
D'après le bingo-book du pays des Cacades, deux samouraïs expérimentés pouvaient rivaliser avec un Chūnin, parfois même un Jōnin. Il n'était d'ailleurs pas rare d'entendre le récit du Shogun, l'actuel général et chef du pays, afin d'appuyer ce fait. Celui qui, lors de sa jeunesse, de la seconde Grande Guerre, avait affronté le Kage de la pluie, Hanzō de la salamandre, et avait survécu.
Un samouraï avait rivalisé avec un shinobi de la grandeur de Sanshōuo no Hanzō, de la puissance d'un Kage. Une nouvelle qui avait fait du bruit et avait ancré dans chaque esprit une pensée bien précise : laisser la nation du Fer encore plus tranquille qu'elle ne l'était déjà.
Cinquante mille.
Tetsu possédait plus de cinquante samouraïs, sans compter les Monbanshūs, Jōbans, et les Rusushūms, qui, en tant que gardes de châteaux, n'étaient pas comptés dans les forces militaires. Seuls les Yumigumis, Teppōgumis, Yarigumis, Kachigumis et autres rangs militaires étaient considérés comme tel et formaient des Bans. Des groupes d'élite qui parvenaient à rivaliser avec les ninjas. À anéantir des unités entières de shinobis.
En sachant tout cela et en toute logique, elle se le demandait vraiment. Que diable pouvait bien faire un Ban au complet dans sa cabane perdue au milieu d'une montagne ?
- Est-ce les livres qui vous font dire cela ? Cette personne pourrait simplement être fascinée par ce village et être originaire du Son, ou même de la Terre, vous ne pensez pas ?
À la suite de la question, elle arrêta de se focaliser sur le jardin extérieur afin de se concentrer sur ce qui se passait dans son dos. Sur la conversation entre un samouraï et celui qu'elle pensait être le Kashira, celui à la tête du Ban, celui avec les cornes sur son casque.
- Cela se pourrait, oui, mais ces pommes me disent le contraire.
Face au mur, son visage de porcelaine pivota machinalement.
Ces… pommes ?
- Ces… pommes ?
Elle releva un sourcil étonné, et les cliquetis du plastron de l'homme à la tête de la petite armée lui annoncèrent son mouvement de bras en direction du fruit.
- On n'en trouve pas au Fer à cette période de l'année, il y fait bien trop froid. Cette espèce, on en trouve uniquement dans les régions chaudes, surtout dans les nations au sud, et particulièrement aux Haricots Rouges. Elles sont importées jusqu'à Miasao où les immigrées de Hi se les arrachent.
Elle passa aussitôt d'un air surpris à renfrogné.
Cet homme venait tout bonnement de trouver où elle était née grâce à de la chance.
Ce n'était qu'une coïncidence, rien de plus. Elle n'avait pas la moindre idée d'où venaient ces pommes, elle en avait juste pris une fois et, aimant le goût, avait tout pris la fois d'après. Les villageois de Shinjō, face à la disparition soudaine du fruit, avaient simplement compris qu'elle les préférait aux autres et en avaient amené en grande quantité il y a de cela quatre mois. C'était tout. Le goût lui avait seulement rappelé celui de son enf…
Oh.
- Elles sont présentes au pays du Fer seulement durant le printemps, et je ne connais qu'un seul moyen de conserver un fruit aussi longtemps. Le Fūinjutsu. La personne qui vit ici est un shinobi.
Cela commençait à faire beaucoup, beaucoup d'information pour de simples pommes. Elle n'en mangerait plus. Jamais.
- Daisuke-sama, pourquoi un ninja originaire du Feu serait-il venu ici ? Dans cette région ? Vous savez mieux que quiconque comment se comportent les habitants de Hi à la capitale, ils ne supportent pas le froid. Chaque hiver ils disparaissent pour ne réapparaitre qu'en début de printemps. Et puis, pourquoi venir se terrer dans un endroit pareil ? Si cette personne voulait se cacher, rester à Hi aurait été plus judicieux. Les forêts qui bordent nos frontières sont tellement denses qu'elles se confondent avec les jungles du Démon. Cela ne fait pas sens.
Elle ignorait qui était cet homme, ce samouraï, mais une chose était certaine, elle espérait qu'il parvienne à convaincre ce Daisuke qui commençait à sérieusement l'inquiéter. Elle était à deux doigts de se demander s'il allait trouver qui elle était en observant l'araignée dans le coin du salon.
- Je n'en ai pas la moindre idée.
Silencieusement, elle expira sa crainte.
La paume de sa main droite sur le pommeau de son katana, la silhouette bleutée du Kashira rebroussa chemin et s'arrêta devant la porte d'entrée, ou plus précisément devant le sceau accroché au mur. Elle s'attendit à une énième remarque, une énième information sortie de son casque, mais il continua finalement son chemin après quelques secondes d'immobilisation.
- Savez-vous pourquoi nous sommes ici à deux jours de marche, et non pas à Isanawa aux côtés de seigneur Teitarō, votre père ?
Elle… arrêta tout bonnement de respirer.
Isanawa ? La capitale de la région ? Ce Teitarō en était le Daimyō de ces terres ? Et.. celui au centre de sa masure était… son fils ? Dans sa cabane se trouvait le prince de l'une des cinq régions du pays du Fer qui obéissaient à Miasao, là où se trouvait le Shogun, le général du pays ?
Elle était vraiment en train de rêver, ce n'était pas possible.
Où et quand allait arriver cette colombe ?
- Non, je ne sais pas.
Ayant terminé de contempler les livres sur les étagères, le Kashira s'arrêta devant le fauteuil et le chevet.
- Il y a trois jours de cela, un vieil homme est venu demander de l'aide à la capitale. Votre père, dans son habituelle bonté, l'a reçu afin de savoir de quoi il en retournait.
Elle se crispa une seconde fois derrière le mobilier alors que les doigts gantés du samouraï se déposèrent sur le livre déposé sur le chevet.
- Il avait marché durant plus de trois jours et même lorsqu'un membre de la cour lui a proposé de se reposer avant de discuter, il a poliment refusé.
Un petit livre déformé et à la parure jaune.
- L'amour, la haine, la peur. Voilà les trois sentiments qui prédominent. Les seuls qui auraient pu donner assez de force à un homme de quatre-vingts ans pour marcher trois jours durant.
Le livre s'ouvrit et elle fit un léger mouvement de jambe avant de parvenir à retenir son réflexe.
- Cet homme était terrorisé. Terrorisé par ce qu'il avait vu.
- Qu'a-t-il vu ?
Elle ne savait pas ce qu'avait bien pu voir ce vieil homme et, à vrai dire, elle s'en moquait royalement. Tout ce que ses pensées parvenaient à lui transmettre était de ne surtout pas se jeter sur le chevet du salon.
Malgré son Byakugan, elle ne put pas voir quelle page était en train de lire le Kashira.
Peut-être était-ce les toutes premières, celles où elle lui demandait quand il allait rentrer, peut-être les suivantes où elle lui disait à quel point il lui manquait, où les dernières où la seconde année était d'ores et déjà passée.
Elle ne savait pas, en revanche ce qu'elle savait c'était que cet homme s'immisçait dans son intimité, et cela la dérangeait. Fortement.
- Yuki Onna.
Mais cette colère s'en alla en un rien de temps.
- Yuki Onna ? Comme Yuki Onna dans les contes pour enfants ?
C'était donc cela. La raison de leur présence était la raison qui lui avait permis de survivre jusqu'ici. Yuki Onna. Le nom qu'on lui portait. Celui qu'elle utilisait depuis une année afin de manger.
Un Ban s'était déplacé pour un conte à dormir debout. Plusieurs Kumis s'étaient déplacés pour une histoire de fantôme. Cinq cents hommes étaient venus jusqu'ici pour du riz et des pommes…
Cette histoire ne tenait pas, il y avait forcément quelque chose d'autre.
- Vous êtes… venu vous-même… jusqu'ici… avec autant d'hommes… afin de confirmer une légende pour enfants ?
Décidément, elle allait finir par se demander si elle pensait à voix haute.
À la suite d'un bruit d'ouverture mécanique, le prince retira son masque ainsi que son casque et, les plaçant sous son bras droit, lui permit d'écouter pour la première fois son véritable timbre sous le silence du Kashira.
- Est-ce père qui nous a envoyés ici ? A-t-il perdu l'esprit à croire un vieil homme sur parole ? Yuki Onna ? Et puis quoi encore ? Kyūbi a ressuscité dans la région ?
Prise d'une soudaine curiosité, elle piqua du nez en dehors de l'embrassure de l'armoire et observa les traits de l'homme.
Un peu plus grand que son homologue toujours dissimulé derrière son casque à corne et son masque, il portait l'uniforme traditionnel des samouraïs, à savoir une armure grise et complète, un katana, ainsi que le casque et le masque qu'il venait de retirer. Ses cheveux, parfaitement attachés en chignon, étaient noir de jais et son visage carré était quant à lui recouvert de microscopiques cicatrices, dont une importante sur sa joue gauche, celle qui lui faisait face. Un pansement blanc et rectangulaire était collé à son nez. Un nez qui semblait avoir pris l'habitude de se faire casser. Ses sourcils noirs et arqués laissaient quant à eux voir une énième cicatrice sur son arcade.
Les iris noirs, les joues creusées et la mâchoire ciselée recouverte d'une barbe de plusieurs jours, il ne semblait pas avoir plus de trente ans. Vingt-cinq, peut-être plus. Ce qu'elle avait sous les yeux n'était en rien un prince. Il s'agissait d'une caricature de samouraï dépeint dans les livres.
Un prince… n'était-il pas supposé vivre une vie calme et le plus loin possible de tout conflit ? Celui-ci se trouvait loin de tout cela.
Les deux tenketsus de son épaule se voulaient plus rapprochés que la normale et lui inculquaient clairement le fait que cette même épaule avait été disloquée plusieurs fois. Le peu de chakra qui se répandait sur la partie inférieure de son mollet droit lui indiquait une blessure importante qui datait de plusieurs années, et l'important afflux dans ses avant-bras et ses poignets lui faisait comprendre que ceux-ci n'étaient en rien inexpérimentés. Qu'ils avaient l'habitude de faire circuler du chakra.
Était-il un prince ou guerrier ? Elle ne comprenait pas.
- Je vous l'accorde Votre Altesse, vu comme cela, venir avec autant d'hommes serait en effet vraiment inapproprié. Mais un détail dans cette histoire a fait que j'ai personnellement demandé à votre père de venir avec mon Ban ainsi que celui de Masato-san. En avez-vous entendu parler dans les rangs ?
D'un simple mouvement rigide de la chevelure noir de jais, elle comprit.
- Cessez de tourner autour du pot et dites-moi de quoi il s'agit.
Elle comprit, malgré le respect entre les deux hommes, qui obéissait finalement à qui si la situation le demandait.
Elle n'eut pas besoin de voir l'expression de Daisuke pour savoir qu'il se voulait d'un calme absolu et qu'il respectait profondément le prince. Il suffisait qu'elle observe sa bobine de chakra pour s'en rendre compte.
- Vous qui lisez beaucoup, vous devez connaitre la légende de Yuki Onna, cet esprit qui n'apparait qu'à l'aube d'une tempête de neige et qui emporte avec elle les voyageurs égarés.
Rapprochant le pommeau de son katana vers son centre de gravité, le prince déposa ses deux mains dessus afin de s'y appuyer, puis acquiesça simplement et attendit la suite.
- Dans le conte, il s'agit d'une jeune femme magnifique aux cheveux longs et noirs, au regard perçant et sombre. Sa peau est lisse et d'une blancheur inhumaine, pour autant ses traits sont si beaux et raffinés que ses victimes n'y prêtent guère attention et se laissent charmer. C'est à peu de chose près ce qu'a raconté le vieil homme. Mais malgré leurs offrandes, l'esprit continuait de se manifester tous les mois. Pour autant personne ne disparait. Yuki Onna se contentait de récupérer la nourriture que le village offrait afin de l'apaiser.
La parure jaune se referma.
- L'histoire se dirigeait vers une simple arnaque montée de toute pièce, et ce fut d'ailleurs ce que votre frère Hideharu-sama a affirmé, mais le vieil homme était formel, il s'agissait bel et bien de Yuki Onna, cela ne pouvait qu'être elle, et pour cela il donna ce fameux détail. Celui qui a attiré ma curiosité. Celui qui a plongé la cour dans le silence et qui m'a fait me déplacer jusqu'ici.
Elle se repositionna derrière l'armoire, plus à l'écoute que jamais.
- Cet esprit, cette jeune femme que le village de Shinjō craint, a les yeux blancs.
Elle ne pensa rien, ne dit rien, ne fit rien. Immobile, elle ne put qu'analyser ce qu'elle venait d'entendre.
Cet homme n'avait finalement pas eu besoin d'une quelconque araignée. Les livres, le sceau et les pommes avaient d'ores et déjà suffi à confirmer ce qu'il pensait.
- En quoi être aveugle fait-il d'une jeune femme un fantôme ? Ça n'a pas de s…
Le prince s'arrêta dans sa tirade et, après quelques secondes de silence arriva la même conclusion qu'elle, encore.
Inévitablement, le katana princier s'extirpa légèrement de son fourreau.
- Vous ne pensez quand même pas à ce clan ?
Le silence reprit, avant que le Kashira ne se décide à y mettre un terme.
- Il n'existe qu'une seule lignée qui possède ces caractéristiques physiques. Une seule famille qui vient du Feu. Un seul clan à l'origine de la quatrième Grande Guerre.
La lame sortit de moitié, et le livre à la parure jaune lui sortit quant à lui entièrement de l'esprit.
La question de savoir les conséquences de ses prochains actes n'existait plus. La possibilité de revenir ici n'était plus.
- Pourquoi avoir amené si peu d'homme si vous pensiez qu'une Hyūga se trouvait sur les terres de mon père ?! Deux Bans ne seront pas suffisants, à quoi pensiez-vous Daisuke ?!
Avec parcimonie afin de ne pas se faire ressentir, elle insuffla une faible quantité de chakra dans ses jambes ainsi que dans sa main droite. Les vibrations de la vocifération du prince estompées, les gardes alertés et alertes, elle observa une énième fois le mur qui lui faisait face.
Le bois ne lui résisterait pas, et les sept hommes sur son chemin vers la falaise à l'opposer de celui qui descendait la montagne non plus. Ils allaient la voir et elle ne pourrait pas revenir ici, jamais. Elle ne pourrait pas récupérer ses affaires et ne pourrait pas leur laisser un message.
- Rien n'était moins sûr, Votre Altesse. Je ne pouvais pas me permettre de prendre plus d'hommes. Une jeune femme aveugle qui traine dans les rues d'un village du pays du Fer n'est pas commode. Une Hyūga l'est encore moins.
Les larmes aux yeux, elle replia son annulaire et son auriculaire et arma sa main.
Tout était terminé.
- Rengainez donc votre arme Musashi-sama, vous allez l'effrayer.
L'afflux de sang autour de ses iris se résorba, le chakra qu'elle venait tout juste d'insuffler dans sa main se dissipa, le tremblement grandissant de ses jambes se retira, laissant le champ libre à un infime malaise. Une sensation désagréable qui remonta le long de ses vertèbres et qui lui électrifia la nuque. L'étouffante chaleur se fit rapidement ressentir et elle fit alors redescendre sa main le long du mobilier.
Le katana retourna dans son fourreau couronné d'or et l'attention du Kashira se tourna vers l'armoire, vers elle, avant que celle du prince Musashi ne suive le mouvement oculaire.
Parlait-il… l'avait-il… oui.
Cela ne faisait aucun doute. Il la savait ici, il le savait depuis le début. Mais alors, pourquoi avoir fait tout ce cinéma ? Pourquoi lui avoir révélé l'identité du prince, elle aurait pu s'en servir contre eux… était-ce un test ?
- Vous pouvez sortir, nous ne vous ferrons aucun mal.
À sa plus grande surprise et à la suite de la demande, le dilemme ne fut pas difficile à surmonter. À vrai dire elle n'était pas parvenue à en ressortir la moindre pensée. Sa main s'était relevée d'elle-même et, hésitant malgré tout à percuter le mur en bois, s'était accrochée au rebord de l'armoire. Cela n'avait été qu'après s'être exposée qu'elle avait réalisé son geste. Celui qui ne lui permettait plus de faire machine arrière.
Si dans un premier temps le regard du prince la toisa, il passa rapidement par plusieurs émotions. Allant de surpris à intimider, avant de tout bonnement s'écarquiller. Elle ressentit une légère concentration de chakra dans sa main gantée posée sur le pommeau de son katana, pour autant, il ne l'extirpa pas.
Contrairement aux bruits rocambolesques qu'avait fait leur entrée dans la masure trois minutes plus tôt, son avancée à elle sur le plancher fut seulement entrecoupée par de légers craquements, et ce jusqu'à ce qu'elle s'arrête de ses pieds nus devant le sommier du lit. À trois mètres du prince et quatre du Kashira, elle hésita à courber l'échine, mais le silence de plomb lui fit comprendre que ses yeux et son indiscrétion s'étaient d'ores et déjà occupés de faire les présentations.
Les mains jointes devant son bassin, elle surmonta alors le seul regard qu'elle pouvait distinguer, soit celui de Musashi, qui l'observait d'ores et déjà de la tête aux pieds.
Elle n'eut pas le temps d'essayer de deviner ce à quoi il pouvait penser qu'il retira sa main de son arme et se dirigea d'un pas lourd vers le fauteuil du salon. Passant devant le samouraï haut gradé et silencieux, il récupéra la couverture qu'elle avait utilisée la veille lors de sa lecture nocturne et lui lança presque à la figure.
Dans une stoïcité quasi parfaite, elle mouva son bras gauche sur la trajectoire du tissu afin de le réceptionner, donnant littéralement l'impression d'un geste robotisé. Faisant doucement descendre le textile, elle se remit à dévisager le prince.
Sans qu'il n'ait à lui expliquer le pourquoi, elle recouvrit son corps ainsi que sa simple nuisette blanche à l'aide de la couverture beige. Il ne reprit pas sa place. Restant aux côtés de l'homme à la tête du Ban, il resta à plusieurs mètres de sa position d'origine, à deux mètres supplémentaires d'elle.
Était-ce là un moyen de la rassurer en laissant plus de distance entre eux, ou un moyen de le rassurer en laissant plus de distance entre eux, elle ne connaissait pas la réponse. En revanche, elle savait que le dénommé Daisuke ne se la posait nullement.
La peur que pouvait procurer le Byakugan ne semblait pas faire partie de son vocabulaire.
- Yuki Onna, je présume ?
Longuement, elle essaya de percer le moindre regard au travers du masque qui recouvrait la totalité du visage du Kashira, mais n'observa que les deux faibles lumières rouges de la célèbre vision nocturne des samouraïs.
Qui pouvez bien être le plus effrayé dans la masure ? Elle ? Eux ? L'araignée ?
Elle ne répondit pas au sarcasme derrière le masque. Sourire était bel et bien la dernière chose dont elle avait envie à cet instant.
- Je vois.
Suite à son silence, le plus âgé de la pièce déposa une main sur son plastron.
- Daisuke Yoshida, Kumigashira du septième Ban des forces armées du clan Imagawa.
Avant de la déplacer en direction du prince.
- Et voici le premier fils du seigneur Teitarō Imagawa, le prince héritier Musashi Imagawa.
Les présentations terminées, elle ramena son regard sur les iris noirs n'ayant pas cessé de la dévisager.
Il n'était pas seulement prince, il était prince héritier. Il était celui qui remplacerait son père lorsque celui-ci mourait. Il était le seul et unique prétendant et il deviendrait seigneur de ces terres dans un futur proche ou lointain.
Tout ceci était surréaliste.
- Que fait une Hyūga au pays du Fer ?
La question fut posée, et elle n'eut le temps de s'apercevoir des mouvements de lèvres de l'héritier qu'il continua sur sa lancée.
- La guerre que vous avez déclenchée vient tout juste de se terminer et vous cherchez déjà à la ralimenter ? Est-ce donc là la face cachée de ce que prône l'Hokage ? Ce qui s'est passé à Doroppu nous vous a pas suffi, provoquer la colère des dieux ne vous a pas suffi ?
Les questions étaient limpides et calmes, et tout la laissait supposer que ses iris opale étaient la seule et unique raison pour laquelle le ton princier n'était pas monté d'un cran.
L'hypothèse se fit rapidement oublier lorsqu'elle se rendit compte de ce que venait d'entendre. Ses réflexions lui firent rater un battement de cœur. Deux. Les sourcils froncés, elle ouvrit la bouche, et ses deux interlocuteurs furent pendus à celles-ci.
- La guerre est terminée ?
Son timbre mielleux se répandit dans la masure et atteignit l'expression du prince qui souleva deux sourcils étonnés.
La nouvelle était telle que la situation dans laquelle elle se trouvait était passée au second plan. Elle ne pouvait y croire.
La guerre était terminée.
Les rôles inversés et face au silence, elle n'attendit pas la réponse à sa question rhétorique et passa directement à la suivante.
- Que s'est-il passé à Doroppu ?
Elle ne connaissait pas cet endroit, mais l'étymologie du mot lui faisait clairement comprendre qu'il s'agissait d'un village de la Pluie.
Bien que le pays soit à l'opposer de la Foudre, cela pourrait-il avoir un quelconque lien avec ce qui leur était arrivé ?
Hébétée, elle fit un pas en avant, et Musashi redéposa sa main sur le manche de son katana, ce qui la fit aussitôt rebrousser chemin. Elle soupira doucement face au manque de discernement dont elle faisait preuve, sous l'air impassible du prince héritier… ainsi que le possible du Kashira.
Elle préférait ne pas savoir l'expression du samouraï. Activer son Byakugan à cet instant afin de voir sous le masque serait synonyme d'éviter la lame du prince la seconde qui suivrait, du moins si l'envie lui prenait. Car se défendre était la dernière chose dont elle avait envie, ce qui d'ailleurs l'effrayait suffisamment pour l'avoir persuadé de s'enfuir quelques secondes plus tôt.
Elle y songeait constamment ces derniers temps, et ces deux hommes l'effrayaient à cause de cela. Non pas car elle en avait peur, mais parce qu'il pourrait exaucer ses pensées les plus sombres. La solitude, le chagrin, le deuil… était difficile à supporter. De plus en plus difficile.
Si le coup était précis et bien porté, la tentation de ne pas l'éviter serait grande. Bien trop grande.
- Qui s'est-il passé à Doroppu… ? Vivez-vous dans une grotte ? Depuis combien de temps vous terrez-vous ici au juste ?
Elle soupira une seconde fois, mais cette fois-ci plus discrètement.
Cette conversation allait être sans fin. Une question allait en amener une autre, puis une autre, ainsi qu'une autre, jusqu'à ce qu'ils en viennent aux mains. Si elle souhaitait réponse, elle devait d'abord faire un pas vers eux, enfin, métaphoriquement.
- Je vis ici, dans cette cabane, depuis plus de deux ans.
- Deux ans.
L'incrédulité spontanée du prince fit écrouler la moindre de ses convictions.
Peut-être bien que cela avait été une mauvaise idée.
- Cela fait deux ans que vous vivez sur les terres de mon père, deux ans que vous terrorisez le village de Shinjō, deux ans que vous espionnez le pays du Fer ?
Une nouvelle fois la lame s'extirpa du fourreau, mais cette fois-ci de moitié. Elle voulut préciser que cela ne faisait qu'un an et demi qu'elle terrorisait le village, mais préféra garder cela pour elle. Alors et sans réfléchir, elle fit un geste qui mit un terme à l'austérité du prince. Elle s'agenouilla abruptement sur les planches de la masure et abaissa son visage, ce qui ne manqua pas d'étonner celui-ci.
L'honneur des Hyūga n'était pas à refaire. Un geste comme celui-ci venant de l'un d'entre eux n'était pas à prendre à la légère. Même si c'était pour faire semblant, jamais un Hyūga ne pliait le genou, et ce même pour une mission des plus importantes.
Elle venait tout bonnement de bafouer le nom qu'elle portait. Ce même nom qu'elle avait renié.
- Croyez-moi, Votre Altesse, je ne veux aucun mal à ce pays. Je ne suis pas affiliée à Konoha, je ne suis pas affiliée au clan Hyūga, je…
- Pas affiliée à Konoha ? Au clan Hyūga ? Et puis quoi encore ?! Comment osez-vous mentir de la sorte ?!
Le ton calme n'était plus. La lame rangée dans son fourreau n'était plus. La crainte que procurait l'opale de ses yeux maintenant abaissés et fermés n'était plus.
Bien qu'elle ne venait pas de dire ce qu'elle pensait être la vérité, sa vérité, il était vrai que même elle avait du mal à y croire. Elle n'était donc pas étonnée par la réaction que venait de susciter son supposé mensonge.
Malgré la lame pointée dans sa direction, Elle ne bougea pas d'un millimètre.
Se faire transpercer par ce katana serait la meilleure chose qui puisse lui arriver, mais là encore elle savait que cela n'arrivait jamais. Ce n'était qu'un moyen de l'effrayer, de la faire parler. Si elle ne les attaquait pas, jamais il ne lèverait le petit doigt sur elle. Le Bushido les empêcherait de mettre un terme à sa lâcheté. Elle allait simplement retourner entre quatre murs pour l'escroquerie qu'elle avait montée.
Une pensée parmi tant d'autres lui fit comprendre que ce n'était pas la seule fin possible. Et cela la terrorisa à son tour.
Par peur de représailles, Tetsu serait capable d'avertir Konoha de sa capture. Elle se ferait tuer avant même que la nouvelle puisse quitter sa cellule.
Mourir de la main d'un inconnu dans l'anonymat était acceptable. Mourir des ordres des hauts dirigeants de la Feuille qui avait ruiné sa vie ne l'était en aucun cas. On l'avait sacrifié, abandonné, deux fois. La solitude et la routine l'avaient presque achevé. Elle ne souhaitait plus subir cela.
Pourquoi avait-il fallu qu'elle choisisse ce pont ? Tout ce chemin parcourut pour au final souhaiter la même chose… cela avait-il été profitable ?
S'ils ne pouvaient l'attaquer tant qu'elle ne le faisait pas, il suffisait de demander, n'est-ce pas ? Cela leur Bushido l'autorisait. Un simple coup suffirait.
- Allez-y.
Le long silence qui suivit en dit long sur la demande qu'elle venait d'exprimer. Abattue, à genoux, ses bras las ne parvinrent même plus à retenir la couverture qui glissa sur ses épaules.
- Qu'avez-vous dit ?
Elle releva son regard asséché sur l'air étonné du prince et, la mâchoire serrée afin de ne pas ravaler ses mots, son courage, toisa finalement les deux lumières rouges du Kashira. Celui qui semblait la connaitre sans jamais l'avoir rencontré.
Il avait suffi qu'elle s'agenouille pour que la moindre molécule de chakra se dissipe du katana du prince héritier.
Il ne le ferait jamais. Il n'en était pas capable.
La main tremblante, elle agrippa sa nuisette au niveau de son cœur et serra le tissu de toutes ses forces.
- Je vous en prie, mettez-y fin.
Elle n'avait plus sa place ici. Elle ne l'avait jamais eu. Elle n'en voulait plus.
Sous les cliquetis de son armure et son arme, le Kashira se présenta d'un pas rigide à moins d'un mètre d'elle. La main gauche sur son fourreau, il extirpa quelque peu sa lame de son pouce.
- Est-ce vraiment ce que vous souhaitez ?
Elle retint son souffle un court instant, avant de rabaisser son visage dans un sourire en coin. Remettant son dos droit, elle déplaça sa chevelure sur le côté gauche de son visage et libéra ainsi sa nuque. Puis ferma les yeux avant d'acquiescer.
- À quoi jouez-vous Dai…
Le bruit sec d'un mouvement de bras arriva jusqu'à ses tympans, mais elle n'y prêta guère attention. Elle entendit l'homme retirer son masque, mais encore une fois cela ne l'intéressa pas. Le visage baissé, la vision plongée dans l'obscurité, elle se laissa aller et vida ses pensées.
- Donnez-moi votre nom, sans quoi je me refuse à vous retirer la vie. Comme le veulent les mœurs, je me dois de me souvenir de vous jusqu'à mon dernier souffle. Ainsi tant que je serai en vie, ce monde ne vous oubliera pas.
Dans d'autres circonstances, elle aurait certainement pouffé face à ce qu'elle venait d'entendre, mais dans cette situation-là, elle n'en avait ni la force ni l'envie.
Un millénaire ne serait pas suffisant pour qu'on l'oublie.
Pouvait-elle se permettre de tomber dans un piège aussi simple ? Tellement trivial qu'elle se demandait même si cela en était un.
Il ne la tuerait pas, il cherchait simplement à confirmer ses pensées, et cela pour une raison simple : il ne pouvait pas savoir si elle avait menti. Si elle était réellement affiliée à Konoha et qu'il accédait à sa demande, la guerre serait déclarée. Un paradoxe en soit.
Pourquoi voudrait-elle mourir si elle était en mission ?
Elle rouvrit les yeux et releva son attention sur les iris chocolat qui la surplombaient. Il n'y avait qu'une seule solution si elle souhaitait qu'il s'exécute, qu'il l'exécute : se plier à sa demande.
Coiffé à l'identique du prince, quelques cheveux gris remontaient le long de sa chevelure brune ainsi que de son bouc. Les traits fins, les pommettes légèrement brûlées par le froid d'automne donnaient encore plus de profondeur à ses joues creusées.
Aussi étrange que cela puisse paraitre, aucune cicatrice n'était visible sur le visage du samouraï. Et seulement deux possibilités ressortaient de cela. Soit il n'avait jamais combattu, soit personne ne l'avait jamais atteint.
Aussi invraisemblable l'une que l'autre, tout comme l'était le choix qu'elle venait de prendre.
- Hinata.
Le katana du prince dans le coin gauche de son champ de vision redescendit lentement, et elle continua de surmonter le regard du Kashira même lorsque le murmure de l'héritier résonna.
- Impossible.
Elle savait exactement ce qu'elle venait de faire, elle venait de se condamner, et ce pour deux raisons. La première était simple : elle avait donné son nom. Soit exactement ce que lui avait demandé le quarantenaire. La seconde était tout aussi simple : parce qu'elle avait donné son nom.
Quelque temps après qu'il l'ait sauvé aux abords de cette rivière, il lui avait expliqué pourquoi elle ne pouvait jamais donner son prénom : tout le monde savait qui elle était.
Tout le monde.
Les Grandes Nations du Sud par-delà les forêts de Hi, les Grandes Nations du Nord par-delà les montagnes de Tsuchi, les Grandes Nations de l'Ouest par-delà les déserts du Vent, les Grandes îles de l'Est par-delà l'océan Teiryuu. Tout le monde.
Même les empires du Démon et des Marécages avaient entendu parler d'elle. Six mois de marche pour l'un, une année pour l'autre. Des distances dérisoires pour les marchands ambulants.
Tout comme l'avait été la décision du premier Hokage à offrir les démons à queues, la mort du second Hokage lors de la tentative de coup d'État de Kumogakure, et la destruction de Uzushio no Satō par la Foudre, la raison principale qui avait entrainé la guerre avait fait le tour du monde. Encore et toujours, Kaze et Hi embrasaient la péninsule, encore et toujours, Konoha déclarait la guerre. Son nom avait traversé la péninsule, les empires, les cultures, les mers, les terres, les frontières.
Hinata Hyūga, l'héritière à l'origine de la quatrième Grande Guerre.
- Musashi-sama, faites venir Hayato.
- Vous n'allez quand même pas la croi… !
- C'est un ordre, Votre Altesse.
La nuque toujours dégagée, elle tourna la tête et observa la grimace du prince héritier qui, malgré tout, rengaina son katana, déposa son casque sur le chevet, et se dirigea vers l'entrée. Elle cligna plusieurs fois des yeux, ne comprenant pas ce qui était en train de se passer, avant de rabattre son visage sur le Kashira venant tout juste de ranger sa lame. La porte s'ouvrit, et elle dévisagea le samouraï à la tête du Ban tandis que le prince s'éloigna sur le porche.
L'honneur des samouraïs était-il surfait ? Avait-elle vu juste ?
- J'ai respecté votre demande, je vous ai donné mon nom, n'allez-vous pas respecter la mienne ?
Impassible, l'homme ne lui répondit pas. Puis il ouvrit la bouche, mais garda là aussi le silence. Il la referma, réfléchit quelques secondes, puis la rouvrir.
- Comprenez-vous ce que vous venez de dire ?
Elle fronça ses sourcils.
Une chose qu'elle comprenait était qu'il la croyait. En revanche ce qu'elle ne comprenait pas c'était pourquoi ce qu'elle venait de dire l'avait fait changer d'avis. Ces hommes, cette péninsule, ne la détestait-il pas ? Le simple fait de savoir qui elle était, n'aurait-il pas dû le convaincre de l'achever encore plus rapidement ?
- Oui. Alors qu'attendez-vous ? Mes excuses ? Vous n'en aurez pas. Votre honneur n'a-t-il donc aucun poids ? La vie est aussi légère qu'une plume, l'honneur plus lourd qu'une montagne. N'est-ce pas là la devise de votre pays ? Est-ce une façade ?
Elle n'aimait pas ce à quoi elle était en train de s'adonner, mais peut-être que la provocation lui permettrait d'arriver à ses fins. À sa fin.
D'un mouvement lent, calme, et à portée de main, le samouraï s'agenouilla devant elle et se mit à sa hauteur, ce qui la surprit plus qu'elle souhaitait le faire croire.
- Tout le monde en a parlé pendant des mois. Encore aujourd'hui tout le monde en parle. Vous n'en savez vraiment rien ?
Elle fit signe que non de la tête, et il l'observa longuement, ce qui la médusa. Cet homme semblait plus enclin à la croire sur parole concernant son identité plutôt que le fait qu'elle n'en sache rien.
En quoi cette nouvelle était si importante pour que tout le monde en parle ?
- Hinata Hyūga est morte.
Le vent frais s'engouffra dans la masure par la porte restée ouverte et, à ses sourcils froncés vint s'ajouter un frisson d'incompréhension.
Elle était en vie, là, sous ses yeux, que racontait-il au juste ?
- Il y a six mois, lors du traité de paix entre l'Alliance, l'Entente, et Kumo, Konoha a réclamé l'héritière du clan en guise d'accord. Kumo a annoncé la mort de l'enfant Hyūga. Vous êtes morte dans votre cellule à l'âge de six ans.
La bouche entrouverte, les pupilles dilatées, elle observa la chevelure brune, déboussolée.
Konoha… avait demandé sa libération ?
- Comment savez-vous tout cela ?
Elle ne disait pas qu'elle avait du mal à le croire, mais elle avait du mal à le croire. Il avait beau être haut placé dans sa capitale, sa région, son pays, le Fer n'était pas connu pour son réseau d'information. En fait il ne semblait pas en posséder. Tout comme elle, la nation vivait en autarcie au sein même de la péninsule.
Depuis quand Tetsu avait-il des d'informateurs ?
- Je possède une télévision.
Elle ne sut pas s'il s'agissait d'une blague afin de détendre l'atmosphère ou bien si le Kashira se voulait simplement sincère, mais le regard qu'il lui adressa en resta impassible.
- Comprenez-vous la portée de vos mots maintenant ?
Oui, elle comprenait maintenant. Elle comprenait parfaitement.
Le traité de paix était basé sur des mensonges. Kumo avait menti. Croire en sa mort était plus facile que de croire au fait qu'elle avait réussi à s'échapper. Cela permettait à la Foudre de ne pas perdre la face. Si la péninsule apprenait qu'elle était encore en vie, le traité serait rompu.
Il y a de cela deux années, elle avait bêtement cru rivaliser avec un volcan. Être à l'origine d'une guerre. Mais elle s'était grandement sous-estimée. Ce volcan n'était rien.
Sa disparition avait engendré la quatrième Grande Guerre. Sa réapparition pouvait déclencher la cinquième. Maintenant, elle se le demandait sincèrement : que devait-elle faire ? Cela n'était plus qu'une question de moi. Des vies innocentes étaient en jeu. Elle n'avait plus le droit de faire n'importe quel choix. Si elle demandait une nouvelle fois à cet homme de la tuer, qu'est-ce qui lui certifiait que le Fer ne rapporterait pas son corps à Konoha après sa mort ?
Certes, Tetsu n'était pas connu pour chercher le conflit, mais une cinquième guerre arriverait un jour ou l'autre, quoi qu'elle fasse, et d'après les échos de maitre Jiraiya sur le déroulement de la quatrième lorsqu'elle était encore actualité, Konoha et ses alliées dominaient. Elle ne savait pas comment la guerre s'était terminée, mais Konoha semblait toujours là. Le fait que Tetsu cherche à se ranger à leur côté, bien qu'elle ne pensait pas cela logique, était une possibilité qu'elle ne pouvait négliger.
Si elle avait su la situation, jamais elle n'aurait donné son nom. Jamais elle ne se serait montrée. Elle n'avait plus le droit de vie ou de mort sur son propre corps, qu'importe le courage qu'elle pouvait emmagasiner.
Ce Deisuke était fort, très fort. Jamais encore une personne était parvenue à la faire changer d'avis, changer sa façon de voir la vie, en si peu de temps. En une simple explication, cet homme venait de l'obliger à se défendre si sa vie était menacée. En quelques mots, il avait anéanti la moindre de ses pensées suicidaires.
Elle se devait de vivre, de rester morte.
Les rôles venaient une énième fois de s'inverser. Ce serait ses prochaines paroles à lui qui déciderait de son sort, de celui du prince qui venait de siffler aux abords de chemin de terre, des quatre samouraïs devant le porche, des six autres à l'arrière de la masure, des trente dans la forêt, des quatre cents au bas de la montagne.
Le regard du Kashira se plissa, et elle eut nul doute que ce fut à cause du sien. De cette petite étincelle qui venait de naitre derrière ses iris opalin.
D'un timbre bien plus sec que le mielleux qu'elle avait utilisé jusqu'alors, elle posa la seule question qui lui était importante à cet instant. Répéta le dernier mot qu'il avait utilisé afin de la raisonner.
- Et maintenant, que comptez-vous faire ?
Une main posée sur le pommeau de son katana, l'homme se releva sous les incessants cliquetis de son armure de cuir et de métal. Pour la seconde fois, il ne lui répondit pas, et la seconde qui suivit des pas se firent entendre sur le porche. Elle eut à peine le temps de voir le col blanc au travers de la fenêtre de la cuisine que le prince refit son apparition devant l'entrée.
Pour autant, ce ne fut pas les pupilles princières qu'elle croisa en premier, mais les petites noires de l'oiseau qui se tenait sur son poignet.
Voilà donc qui était Hayato, elle avait cru dans un premier temps à un autre samouraï, mais il n'en était rien. Un messager. Un pigeon voyageur. Une colombe.
Le sort se moquait d'elle.
- Ce n'est pas à moi de prendre une décision.
Elle reporta son regard sur le Kashira qui tourna la tête vers l'oiseau. Il tendit son bras et l'oiseau s'envola dans sa direction. À la suite de succins battements d'ailes, la colombe changea de poignet, et le samouraï ne perdit pas de temps pour récupérer le petit morceau de papier accroché à la patte de l'animal.
Silencieuse et toujours à genoux, elle observa les mouvements au-dessus d'elle sans rien dire.
Il déroula le papier et, injectant une faible quantité de chakra au bout de son index, commença à écrire de son doigt. En quelques secondes, le message fut terminé, et le papier enroulé fut redéposé dans le socle accroché à la patte du pigeon.
Elle savait ce qui allait suivre, mais ne parvenait pas à faire le moindre mouvement, à prendre la décision de les attaquer. L'oiseau allait s'envoler, et la personne qui le recevrait serait au courant de son existence.
L'oiseau se tourna vers la porte, déploya ses ailes, et s'envola. Elle ne bougea pas. Ces hommes ne méritaient pas cela. Même si le sort de la péninsule était en jeu, elle ne parvenait pas à se convaincre de leur faire du mal.
La colombe frôla le visage du prince, les poteaux en bois du porche, et débuta son ascension vers les cieux.
Elle n'obéissait à aucun code, aucun honneur. Pourtant elle n'arrivait pas à s'en prendre à ces hommes car ils ne lui avaient rien fait. Pourquoi, pourquoi était-elle si lâche ?
- Votre Altesse, fermé la porte, je vous prie.
Dans un grincement continu, le prince s'exécuta et referma la porte, les isolant de nouveau dans la cabane.
Elle quitta des yeux l'entrée et croisa le regard du Kashira qui s'accroupit à nouveau devant elle.
- Hayato sera de retour demain dans la soirée, le temps que la cour se rassemble et qu'une décision soit prise. En attendant, nous allons rester ici.
Ce n'était pas une demande. Son avis n'était pas désiré. Mais qu'importe, cela n'était pas important. Le papier l'était, et le regard qu'elle adressa au Kashira lui fit clairement comprendre ce qu'elle souhaitait savoir.
Il ne mit pas longtemps à s'exprimer.
- J'ai informé mon seigneur. Je lui ai demandé si je pouvais vous amener à la capitale.
Son humeur se froissa aussitôt.
- La capitale ? Pourquoi irais-je là-bas ?
Face à son ton inculquant clairement le fait qu'elle refusait, qu'elle ne bougerait pas d'ici ou si elle le faisait, ce serait sans eux, il lui offrit un léger sourire.
- Si la cour et le seigneur Teitarō acceptent ma demande, il y a une personne que je souhaiterais vous présenter.
- Une personne ?
Sa demande fut instantanée.
- Je ne peux pas vous donner son nom. Mais sachez que, tout comme vous, il a été trahi par votre village.
Elle se releva doucement, et ce fut cette fois-ci elle qui surplomba l'armure grise.
Avait-elle bien compris ce qu'il venait de lui dire ? Elle… elle ne rêvait pas n'est-ce pas ?
- Comment savez-vous que j'ai été trahie par Konoha ?
Le petit sourire du Kashira perdura.
« 2 juin 1017,
Ce matin deux hommes m'ont réveillé. Tu pourrais croire au début d'une blague de sensei, mais ce n'est pas le cas.
La conversation, si je peux appeler cela ainsi, a été... surprenante ? »
Infos chapitre suivant : D'opale et d'obsidienne, partie 5. (en cours d'écriture, 09/06/2022, 11000 mots.)
Un mois, le temps est écoulé, honte à moi. ^^ Ayant eu une semaine de vacances, je n'ai que très peu écrit, seulement trois mille mots en deux semaines, cependant j'arrive au bout de la partie cinq qui aura été plus difficile à écrire que je l'aurais cru. Pour vous raconter un peu ma vie, je pars à 6h de chez moi pour travailler et rentre à 19h. Je mets mon réveil à 3h pour écrire tous les jours (je suis trop fatigué le soir pour le faire correctement.), c'est pourquoi j'ai du mal à écrire en dehors de la semaine de travail. Lorsque je suis en congé ou en week-end, c'est compliqué. Mon cerveau, ce flemmard et procrastinateur, ne demande qu'à se reposer et faire des activités qui ne demande pas de réfléchir. Si je parvenais à écrire le week-end je pourrais poster littéralement toutes les deux semaines, mais je finirais certainement par me dégoûter de l'écriture, alors ce rythme d'un mois me semble correct.
Bref, tout cela pour dire que le chapitre arrive. Je ne pense pas cette semaine, mais la fin de semaine prochaine est probable.
Kaion : Si tu lis cela sache que tes messages privés sont toujours désactivés, je ne peux pas répondre à ta review. ^^
