Note : Voici le chapitre onze, la partie cinq. Le chapitre n'est pas très volumineux, mais apporte certainement bien plus de réponses que le précédent. Plus j'écris et plus j'ai envie d'ajouter des choses dans cet Arc... et donc plus il est long. Moi qui pensais en finir avec la partie quatre, me voilà avec une sixième. J'espère sincèrement pouvoir caser tout ce que j'ai envie dans celle-ci et terminé l'histoire de Hinata. J'en doute, mais j'espère. Je vais certainement ne pas écrire tout ce que je souhaite pour que ce soit le cas, car je ne peux qu'imaginer que vous souhaitez connaitre le suite de l'intrigue principale.

Je ne sais toujours pas pourquoi, mais à l'upload sur le site des espaces se font supprimer et des mots fusionnent entre eux. Je m'excuse si cela est le cas, j'ai survolé le chapitre afin de m'assurer des remettre les espaces, mais il se peut que j'en aie manqué. Comme toujours, je vous souhaite une agréable lecture. Merci de me lire et j'espère que ce chapitre vous plaira.

Guest : Your right but as I said in a previous chapter I can't answer here, sorry. Not everyone wants to know. If you really want to know, I can only advice you to create an account and send me a private message, and then I'll tell you everything you wanna know.


Taille chapitre : 12000 mots.


D'opale et d'obsidienne

Partie 5


Elle avait cru que les quatre cents samouraïs se seraient rendus au village le temps que l'oiseau revienne, ce ne fut nullement le cas. Ils s'étaient rendus au sommet du mont, autour de la masure, autour d'elle, et avaient installé un campement dans la clairière et une partie de la forêt de bétulacées.

Le champ de lilas n'existait plus, piétiné. Les feux de camp illuminaient la cime des arbres et les tentes se dressaient vers les étoiles. Son jardin avait lui aussi vu passer le Ban. Ce même jardin qu'elle avait agrandi et qui avait été récolté en moins de dix minutes. Ses tomates, ses courgettes, ses salades et ses patates avaient disparu, mangés par une cinquantaine d'hommes, et le peu qui restait de verdure avait été dégustée par la trentaine de chevaux.

Pour ce qui était du reste du Ban, les villageois de Shinjō les avaient nourris.

Cela faisait un jour que la colombe s'était envolée, et durant ce laps de temps, cligner des yeux étaient devenus un automatisme dont elle avait essayé de se passer. Dormir avait tout bonnement été banni de son vocabulaire.

Comment le pourrait-elle ?

Deux hommes, deux inconnus, partageaient ses trente mètres carrés. Quatre cents autres parsemaient l'hectare que représentait le sommet. La situation se voulait plus qu'inconfortable. Éveillée elle n'avait rien à craindre, cela elle le savait. C'était pourquoi et en connaissant son sommeil de plomb, elle ne s'était pas couchée.

Chose que n'avaient pas reproduite les deux samouraïs. À tour de rôle, ils étaient allés dormir à l'extérieur de son tout nouvel isoloir.

Les fenêtres de la masure avaient été recouvertes avec des draps et des serviettes. La porte restait toujours fermée, et lorsque le prince héritier ou le Kashira sortaient, ils prenaient soin que personne ne puisse jeter un œil à l'intérieur.

Le prince avait été le premier à partir dormir. Assise sur la chaise de la cuisine, elle avait alors arrêté de faire semblant de lire afin de discuter avec le Kashira. Étrangement, lorsqu'elle lui avait proposé de s'asseoir, l'homme avait refusé et était resté debout devant l'entrée.

Il ne lui avait posé aucune question et s'était contenté de répondre aux siennes des heures durant.

Doroppu.

Un tremblement de terre, un cataclysme que l'on ne voyait que dans les films, ne lisait que dans les livres. Une secousse qui avait été ressentie à plusieurs centaines de kilomètres du village. Un mur de poussière et de débris qui avait effleuré les nuages et qui avait tout emporté sur son passage.

La colère des dieux.

Voilà comment le samouraï lui avait décrit ce qui avait ravagé le champ de bataille aux frontières de la Terre et de la Pluie.

Sur les deux mille personnes à plus d'un kilomètre de l'épicentre, une seule avait survécu. Un ninja de la Feuille, une Kunoichi, une femme. La seule ayant échappé au châtiment divin. Et le plus fou dans cette histoire était qu'elle s'en était sortie indemne, sans la moindre égratignure.

Un véritable miracle.

Elle ne pouvait qu'imaginer le traumatisme avec lequel l'on vivait après cela. Les images qui tournaient en boucle et qui empêchaient de fermer l'œil, de faire son deuil. Les sueurs froides, les cauchemars, la peur, le doute, le chagrin. Tout se mélangeait pour ne faire qu'un. Pour ruiner une vie.

Valait-il réellement le coup de survivre à cela ?

La guerre, tout comme les précédentes, s'était terminée par un armistice, suivi d'un traité de paix. Elle ne doutait pas que, tout comme les précédents, ce traité-ci serait bafoué un jour ou l'autre. Que, comme à chaque fois, ceux qui n'avaient pas assisté aux massacres repartiraient en guerre.

Doroppu ne serait bientôt qu'un lointain souvenir.

Une semaine après que le traité de paix ait été signé, soit deux mois plus tôt, les obsèques de la princesse Hyūga - ses obsèques - avaient été tenues à Konoha. Elle qui pensait que tout le monde la haïssait avait été surprise d'apprendre que ses funérailles furent retransmises sur la plus grande chaîne de télévision de la péninsule, l'une des rares présentes dans tous les pays qui la composaient, et que l'audience avait battu tous les records.

Plus encore que la poignée de main entre le Hokage et le Tsuchikage aux Herbes.

Elle devait l'avouer, si cela était avéré, Konoha avait fait fort. Orchestrer son enlèvement pour déclarer la guerre puis sa mort pour passer pour les victimes de celle-ci... même dans ses rêves les plus fous elle n'aurait pas pu l'imaginer.

Pour la première fois, des caméras de télévision avaient été autorisées au sein de la Feuille et, d'après les dires du Kashira, le monde avait pleuré sa mort. Chose à laquelle, bien entendu, elle avait eu du mal à croire.

Combien ? Combien de personnes ayant imaginé, peaufiné, et mis en action son enlèvement s'étaient retrouvées devant les caméras et avaient feinté la tristesse ? Elle se le demandait vraiment.

Son père s'était-il retrouvé aux premiers rangs ?

Le Fer n'était pas connu pour sa technologie avancée, contrairement aux pays majeurs à qui la guerre avait grandement profité. Un millier de télévisions tout au plus se trouvait dans le pays composé de plus de dix millions d'habitants, et d'après le samouraï, le village de Shinjō n'en possédait pas, à son plus grand soulagement.

Ces hommes et ces femmes l'auraient reconnu à tous les coups si cela avait été le cas, et la nouvelle de sa réapparition ne se serait pas restreinte aux quatre murs en bois de la masure. Ce monde, devenant de plus en plus connecté à chaque jour qui passait, aurait d'ores et déjà été mis au courant.

L'héritière est vivante.

Au milieu de la nuit, alors que, les paupières lourdes et assise sur sa chaise en bois, elle avait piqué du nez vers la bougie sur la table, le prince était réapparu, et le Kashira s'en était allé.

Jamais encore elle n'avait vu quelqu'un aussi mal à l'aise. Pas même elle face aux premières blagues de sensei.

Droit, une main sur le manche de son katana, il n'avait zieuté dans sa direction qu'à de rares occasions, soit les quatre fois où elle avait tourné le regard vers la fenêtre de la cuisine.

Elle l'effrayait, cela était un fait. Elle avait pu le confirmer lorsqu'il avait manqué de lui trancher la gorge alors qu'elle s'était levée afin de remettre du chakra dans le sceau qui réchauffait la pièce.

Oui, même en plein été la température devenait un chiffre vers les quatre heures du matin. Il arrivait même parfois que celui-ci soit négatif s'il était accompagné du vent marin.

Elle n'aimait pas ce pays, cette région, ce mont. Pas du tout.

Le prince avait levé son katana, et en retour elle avait levé ses mains. Comprenant ce qu'elle s'apprêtait à faire après avoir ressenti le dernier souffle chaud du sceau, il l'avait alors toisé d'un air mauvais.

Ne pouvez-vous pas simplement vous habiller ? Fut la sèche question qu'il lui avait posée.

Toujours recouverte de sa simple nuisette, elle avait observé d'un air fatigué la tenue qu'elle portait, et l'envie de signaler qu'elle était chez elle lui avait traversé l'esprit. Puis elle s'était souvenue que ce n'était nullement le cas. En fait, elle était chez lui, sur les terres de son paternel, et vivait dans l'illégalité depuis plus de deux années.

Ne cherchant pas le conflit malgré le manque de courtoisie, elle s'était simplement tue et avait courbé l'échine afin d'excuser son accoutrement.

Sensei lui avait souvent fait remarquer que son comportement était un paradoxe à lui seul. Que, en dehors de lui et Naruto, elle se voulait d'une timidité sans précédent, mais, à contrario, elle ne possédait aucune pudeur, et ce même face à des inconnus.

Après mûre réflexion, elle en était venue à la conclusion que cela était lié à son emprisonnement. À l'inexistante intimité qu'on lui avait accordée durant neuf années. Contrairement à la plupart des femmes qu'elle avait pu rencontrer, voir dans des films, et imaginer dans les livres, elle ne ressentait absolument aucune gêne à ce qu'on lorgne sa peau.

On l'y avait habitué. Elle y était toujours habituée.

Seulement ici le problème ne venait pas uniquement d'elle. Ce prince, ce Musashi, avait un réel problème avec le corps féminin, cela ne pouvait être autrement. Car lorsque, perdue dans ses pensées et arrivée devant l'armoire, elle avait commencé à retirer sa nuisette, l'étouffement dans son dos avait aussitôt attiré son attention et, à la suite de quelques marmonnements injurieux, elle avait été surprise de voir le samouraï complètement retourné vers la porte de la cabane.

Un problème tellement énorme que cela lui en faisait baisser sa garde.

À ce moment précis, elle aurait pu l'assommer sans la moindre difficulté, en étant sûre qu'il ne pouvait pas répliquer, pour autant, elle s'était simplement changée. Elle s'était habillée de chaussettes hautes en coton blanc ainsi que d'un pantalon épais de même couleur. De deux t-shirts noirs ainsi qu'un pull mauve.

Pourquoi avait-elle mis autant de vêtements ? La réponse était simple : elle avait vu arriver Hayato avant même qu'il ne dépasse le col de la montagne au-delà de Shinjō. Et elle n'avait aucun doute sur le message que transportait l'oiseau.

Le Kashira était entré dans la cabane cinq minutes plus tard, et avait confirmé sa pensée.

Le Daimyō souhaitait la rencontrer. Le plus rapidement possible. Chose peu étonnante. La curiosité, surtout morbide, était difficile à refouler. Ce n'était pas tous les jours que l'on pouvait voir le Byakugan. Le Byakugan de Hinata Hyūga de surcroit.

Elle n'avait rien dit, pas protesté.

Durant une grande partie de la nuit, pendant que le samouraï en chef avait répondu à ses questions, elle avait longuement hésité à bouger. La possibilité de s'en aller, de disparaitre, était toujours présente, et était d'ailleurs la meilleure solution envisageable, mais l'histoire de cette personne qui avait vécu à Konoha et qui, tout comme elle, avait été trahie, l'intriguait.

Comment cet homme - si elle se fiait au pronom qu'avait utilisé le Kashira - était-il au courant que les hauts dirigeants du village l'avaient trahie, vendue, elle aussi ? N'était-ce pas là une information dont ceux qui étaient au courant se voulaient exécuter ? Comme ce fut le cas pour les têtes pensantes de la faction modérée, les chefs des clans Nara, Yamanaka, et Akimichi ?

Du moins il s'agissait là de simples hypothèses de sensei.

Les disparitions des grands noms de la faction la plus influente de la Feuille qui s'étaient opposés à l'investiture de Danzō Shimura étaient étranges, mais rien ne prouvait que ce ne soit pas qu'une coïncidence.

La Kashira n'avait pas voulu lui en dire plus concernant cette personne. Parler au nom de quelqu'un d'autre n'était pas chose aisée, elle le savait, c'était pourquoi elle n'avait pas insisté. Peut-être était-ce un piège et le samouraï avait bluffé, peut-être était-ce la vérité, à vrai dire elle n'en savait rien, mais dans tous les cas elle s'était décidée : elle irait à Isanawa.

Malgré l'obscurité et par groupe, par Kumi, les samouraïs avaient plié leurs tentes, rangé leurs affaires, récupéré les chevaux à la lisière de la forêt et étaient retournés au bas de la montagne afin d'attendre les prochains ordres. Elle n'avait pas douté du fait que tout le Ban s'était demandé qui se trouvait dans la masure, qui était cette personne pour que les fenêtres aient été recouvertes afin qu'ils ne puissent pas la voir. Mais, suivant l'ordre du Kashira, absolument personne n'avait essayé de savoir.

Lorsque la clairière fut vide de monde, de fleurs, une calèche fermée aux rideaux opaques s'était présentée devant le porche et elle avait compris que son moment était arrivé. Son premier réflexe avait été de chercher à prendre des vêtements de rechange, mais le prince l'avait aussitôt arrêté dans son geste.

Des vêtements lui seraient donnés sur place. Jamais, ô grand jamais, il la laisserait se présenter face à son père avec son accoutrement de paysanne, cela serait un affront impardonnable.

Elle avait courbé l'échine, de nouveau, puis, fatiguée et après plus d'un jour sans dormir, avait pris le livre à la parure jaune et était montée dans la calèche, seule. Le regard en coin et écarquillé du samouraï - du cocher - sans casque et assis sur le siège extérieur avait été mémorable.

Les deux hommes avaient marché derrière jusqu'à rejoindre le Ban en contrebas, puis le Kashira était passé devant afin de se rendre à la tête du groupe.

Elle avait quitté sa masure pour un temps indéterminé, non sans oublier d'avoir laissé un petit papier dans le sceau qui réchauffait le bois. Un message que seule une personne pourrait trouver. Un mot qui indiquait où elle se rendait.

Si l'endroit semble abandonné, c'est que je ne suis pas revenue, ou que je n'ai pas pu. Je me trouve à Isanawa, viens me chercher. Je t'aime.

Assise à l'opposer du cocher à l'intérieur de la calèche et sous les secousses de celle-ci, le coude posé sur l'accoudoir et le menton dans la paume de sa main, elle admira les interminables forêts qui défilaient par la petite ouverture que laissait le rideau bordeaux.

Les échos des voix bourdonnantes des samouraïs qui entouraient la calèche recouvrirent son soupir las.

Cela faisait plus de douze heures que les sabots du cheval lui martelaient les tympans, six heures que ses lèvres étaient sèches, trois heures que son ventre gargouillait. Le soleil se couchait à l'horizon et le ban ne s'arrêterait sûrement pas. Seule une pause de dix minutes quelques heures plus tôt lui avait fait oublier le bruit des quatre fers contre les galets.

L'avaient-ils oublié ?

Perdue dans ses pensées et dans la pénombre de la cabine, elle sursauta lorsque le cliquetis de la poignée se fit entendre.

Elle reprit immédiatement une position droite sur le double siège en cuir et observa le casque gris qui s'engouffra à l'intérieur. La porte se referma, et le nouvel entrant, prenant soin de ne pas la toucher tant l'espace était restreint, s'assit face à elle, bol et verre en main.

Elle n'eut nul besoin d'entendre sa voix étouffée pour savoir qu'il s'agissait du prince. D'ailleurs il eut à peine le temps de s'exprimer qu'elle lui déroba le verre d'eau.

- C'est tout ce qu…

Elle but goulument, et ce jusqu'à relâcher un gémissement.

Encore un peu plus et les hallucinations se seraient manifestées. Cela s'était joué à peu. Elle ne souhaitait plus le voir, jamais.

Elle ramena le verre dans la main droite du prince héritier et s'empara aussitôt du bol empli de riz. Récupérant les baguettes plantées à l'intérieur des féculents, elle commença à manger sans prêter attention au casque gris.

- N'êtes-vous pas une princesse ?

La question quelque peu étonnée résonna dans la cabine et elle attendit plus de trente secondes, soit le temps de dévorer la moitié du bol, pour finalement prêter une once d'attention aux deux lumières rouges qui éclairaient la pénombre face à elle.

La voix hautaine continua alors.

- Vous êtes l'héritière du clan Hyūga et pourtant vous vous habillez comme une paysanne, vous vous comporter comme une paysanne, où sont vos manières ?

Elle ne se mettait jamais en colère. Enfin si, mais cela n'était pas véritablement de la colère, plus de la frustration. Elle était faite ainsi, rien ne parvenait à l'énerver suffisamment pour que la haine la submerge. Pour autant ce prince parvenait à la pousser dans ses retranchements.

Bol et baguettes levées à hauteur de son visage, elle fit doucement redescendre la céramique et les deux bois. Un doux et faux sourire se dessina sur son visage de porcelaine alors qu'elle avala.

- Désolée, Votre Altesse, ma tutrice n'a pas eu le temps de parfaire mon éducation. Elle est morte en essayant de me protéger. Elle n'a malheureusement pas pu m'accompagner dans ma cellule durant neuf années.

Le sarcasme n'était pas son fort, elle s'y exerçait qu'à de rares occasions, ce fut pourquoi elle fit disparaitre son sourire et se mordit les lèvres après s'être rendu compte de l'énormité qu'elle venait de dire.

Ne le remarque pas. Stupide. Ne le remarque pas. Abrutie. Ne le remarque pas. Atone.

- Neuf années… ? Cela fait quatre ans que vous vous êtes échappée ?

Le bol encerclé par ses deux mains sur ses jambes et sous les secousses de la calèche, elle garda le silence.

Elle qui ne parlait pas beaucoup, il fallait toujours qu'elle en dise trop.

- Comment ?

Silencieuse, elle se contenta de fixer le casque, et elle put deviner la frustration sur le visage du prince sans même utiliser ses yeux.

- Répondez.

Sec et commençant à s'impatienter, le timbre princier lui fit comprendre qu'il n'était pas coutumier à ce qu'on ne lui réponde pas. Elle ouvrit alors la bouche, mais la réponse resta bloquée à l'intérieur.

Voilà que cela recommençait, encore et encore. Elle n'arrivait tout simplement jamais à s'aventurer sur le sujet. Elle s'en était rendu compte devant le feu de camp ainsi que dans cet hôtel lorsque sensei lui avait demandé pour la première fois et, même durant les deux années passées à leurs côtés, elle n'en avait jamais parlé. Jamais. Elle n'y arrivait pas, quelque chose la bloquée, et elle ne savait pas quoi…

Qu'elle était la question déjà ?

- J'ai eu de la chance.

Le silence reprit place quelque instant, jusqu'à ce que le prince dépose le verre sur le cuir du siège où il était assis. Puis, après un léger soupir, il croisa les bras.

- Savez-vous mentir ? Cela ne semble pas être le cas.

Inlassablement ses paupières se plissèrent et ses sourcils se froncèrent. Elle le dévisagea alors et une question rhétorique se présenta à ses pensées : pour qui se prenait-il ?

- Je vais vous poser des questions, contentez-vous de répondre par oui ou par non.

Un prince, certainement.

Elle voulut s'y opposer, le remercier pour l'eau, le riz, et répondre qu'elle était fatiguée et qu'elle souhaitait être seule, mais commençant immédiatement, il ne lui en laissa pas l'occasion.

- Vos yeux, sont-ils les vôtres ?

Ne sachant pas quoi répondre à cela tant la demande se voulait stupide, elle acquiesça avec hésitation.

- Oui ou non, pas de mouvement de tête, l'intonation est importante.

Sans qu'elle ne sache comment, elle parvint à retenir son soupir.

- Oui, ce sont mes yeux.

Qu'essayait-il de savoir, si elle se les était greffés ? Invraisemblable. Ou bien essayait-il de connaitre son intonation quand elle disait la vérité ?

Plus probable.

- Avez-vous seize ans ?

- Oui.

- Vous ferez dix-sept le vingt-sept décembre ?

Ses paupières s'écarquillèrent doucement.

- Oui.

C'était donc bel et bien le cas. Tout le monde la connaissait à ce point. Jusqu'à même ce qu'un prince d'un pays voisin sache sa date de naissance.

Était-elle la personne, ou du moins la morte, la plus connue de ce monde ?

- Avez-vous été enlevé à vos quatre ans à Konoha ?

- Oui.

- Êtes-vous vierge ?

Elle marqua un temps d'arrêt avant de répondre. La question se voulait sortie de nulle part, et elle était certaine que tout ce questionnement n'avait eu que pour unique but d'arriver à celle-ci.

Pourquoi voulait-il savoir cela ? Était-ce pour savoir si Kumo possédait le Byakugan ? Non, ce n'était pas cela, le fer s'en moquait royalement. Mais alors pourquoi ?

- Oui.

Il soupira. Longuement.

Contrairement à ce qu'elle avait pu penser, sa réponse l'avait énervé, elle pouvait aisément le ressentir. Pour autant elle n'avait pas menti.

- Lorsque la cour vous posera cette question, répondez non, soyez la plus convaincante possible. Prétextez une rencontre avec un jeune homme ou que sais-je, mais ne répondez pas que vous l'êtes.

Ses sourcils se froncèrent pour la seconde fois.

- Pourquoi devrais-je mentir ?

Et pour la seconde fois, il soupira.

- Ne vous êtes-vous jamais regardé dans un miroir ? Si vous ne mentez pas, la cour, mon père, se feront des idées.

Jamais regarder dans un … ? Feront des idées… ?

Sa température corporelle augmenta drastiquement et atteignit ses joues. Ce ne fut pas de la gêne, mais de la colère. Énormément de colère.

La voilà qu'elle recommençait à contredire ce qu'elle venait tout juste de penser. Elle avait parfaitement compris ce qu'avait dit le prince, et la colère ne s'était pas fait attendre. Cet homme la mettait dans tous ses états.

Peut-être devait-elle préciser la raison de sa présence dans cette calèche, cela ne semblait pas être clair.

D'une mine impassible, elle toisa le casque malgré la pénombre.

- Je ne me rends pas à Isanawa pour me marier, encore moins me faire trousser. Je ne m'y rends que pour rencontrer cet homme, rien de plus. Je ne suis là que parce que je le souhaite, à la moindre intention suspecte je disparais, vous n'arriverez pas à m'en empêcher, vous comprenez bien cela ? Je ne suis pas votre prisonnière, je ne vous appartiens pas, votre cour, votre père, cette région, ce pays, cette péninsule n'a aucun contrôle sur moi.

Bien que ses mots furent directs, que son respect envers le Daimyō ne fut pas au rendez-vous, et que son expression fut emplie de mépris, sa voix quant à elle fut des plus calmes. Non pas que même énervée elle arrivait à se contrôler, cela elle était certaine de ne pas en être capable, mais parce que hausser le ton serait synonyme de silence autour de la calèche. Chose qu'elle ne souhaitait pas.

- Vous voyez, là, vous êtes convaincante.

Les deux mains fermement accrochées au bol de riz, elle se demanda comment celui-ci n'avait pas encore explosé sous la pression de ses phalanges.

- Bien, je vais vous laisser finir votre repas, tâchez de dormir vous avez mauvaise mine.

Sous les cliquetis de son armure, le trentenaire s'en alla sans un mot de plus. La porte se referma et elle se retrouva de nouveau seule. Du moins, maintenant la frustration l'accompagnait.

Qu'est-ce qui ne tournait pas rond avec ce monde ? Ne pouvaient-ils pas la laisser tranquille ? Laisser son corps tranquille ? Elle allait rencontrer cet homme, écoutait ce qu'il avait à dire, puis retournerait à la cabane. Et si cela n'était pas possible, alors elle disparaitrait tout bonnement.

Yuki no Kuni, le pays des Neiges, semblait être une destination adéquate. On lui accordait d'ores et déjà son nom, et elle adorerait voir l'avancement technologique que proposait le pays. Celui dont elle avait entendu parler avant de devenir un ermite du Fer.

Depuis que la Feuille les avait aidés financièrement durant la Grande Guerre, soit un an avant qu'elle ne s'évade, le pays avait fait des bonds technologiques encore plus vertigineux qu'il en avait l'habitude.

La dernière invention de la nation, après l'armure de chakra qu'avait utilisé Konoha durant la guerre, était le train à grande vitesse qui, d'ailleurs et d'après les conversations qu'elle avait entendues autour de la calèche, en voyait un se faire construire au nord de Hi.

Bientôt, Natoma et Hachinohe, la capitale du Feu, seraient reliées. Un trajet qui à pied durait normalement plus de quatre jours allait pouvoir se faire en moins de deux heures.

Surréaliste.

Si le voyage jusqu'à l'île des Neiges n'était pas possible, alors les Terres Sauvages et leurs tribus au-delà de la Mer du Nord seraient sa destination. Celles-ci n'étaient pas connues pour être accueillantes et étaient dépourvues de la moindre technologie, mais au moins personne n'irait là-bas pour la chercher.

Personne n'irait là-bas pour la chercher, hein…

Le reste du voyage fut plus rapide qu'elle ne l'aurait pensé, et pour cause : elle s'était endormie tout du long. Après avoir terminé le riz, elle avait lutté pour ne pas sombrer, mais les deux jours sans fermer l'œil avaient eu raison d'elle.

Assise à même le siège en cuir, la tête posée sur le rideau de la fenêtre sous les incessantes secousses de la calèche, elle avait fini par s'asseoir machinalement sur le bois entre les deux sièges après le millième coup de front contre la vitre. Alors et finalement, le bras droit posé sur le cuir et la joue sur son coude, elle s'était endormie, ou presque évanouie, durant plus de cinq heures… ? Dix… ? Vingt… ?

Peut-être un jour à ouvrir les yeux toutes les dix minutes, à se faire réveiller par les rires, les paroles, les secousses, les craquements, le vent, le silence, ses rêves, ses cauchemars, ses pensées. La poignée. La lumière du jour. Le flot de paroles. La chamade dans ses tympans. La peur, l'incompréhension, le sursaut. La réalisation.

Pour un nombre tellement incalculable de fois qu'elle avait arrêté de compter, elle se cogna l'arrière du crâne contre le bois de la cabine et grimaça en plaçant la paume de sa main devant ses rétines. La langue pâteuse, les lèvres desséchées, elle essaya tant bien que mal de voir au travers des rayons du soleil et observa le visage du Kashira dépourvu de son casque.

Le bras tendu vers elle, il tenait un tissu noir dans la paume de sa main.

- Couvrez votre visage, je vous prie.

D'un geste engourdi et sous une horrible douleur au niveau de ses reins, elle se releva et attrapa le textile. Elle déplaça alors la serviette au-dessus de sa tête et, récupérant le livre à la parure jaune, descendit sans se faire attendre de la calèche.

Le bourdonnement d'un village en pleine effervescence l'atteignit aussitôt. Les discussions, les rires, les bruits de pas, tout lui parvint.

Était-elle arrivée ? Déjà ? Elle les avait pourtant très bien entendus dire que le voyage durait deux jours.

La chaleur du soleil atteignit ses vêtements de paysan, et la surprise de poser pied sur autre chose que de la terre desséchée ou détrempée lui fit oublier la moindre de ses questions.

Des pavés. Le sol était littéralement de recouvert de pierres grises et rectangulaires. Qu'importe où elle se trouvait, il ne faisait aucun doute qu'elle avait définitivement quitté la campagne.

- Par ici.

Les mains levées au-dessus de son visage afin de maintenir le tissu, elle emboita le pas du Kashira, et l'air humide, mais néanmoins chaud l'enlaça. Un petit sourire à la fois surpris et satisfait s'esquissa sur son visage dissimulé.

Elle se trouvait bien à Isanawa.

Cela faisait plus de deux ans qu'elle n'avait pas ressenti la véritable chaleur de l'été, et cela la rendait heureuse à un point incommensurable.

Isanawa se trouvait au sud du village de Shinjō et était située entre trois monts, dont le plus grand, Norikura, qui culminait à plus de deux mille mètres, formait avec les monts Tsukuba et Tsugori, qui eux atteignaient les mille cinq cents, une véritable cuvette géante où la capitale de la région s'était établie depuis plus de quatre cents ans.

De par sa position géographique, la ville était connue pour retenir la chaleur et repousser le froid et, bien que les températures passaient parfois sous le seuil du zéro, cela en faisait logiquement et avec plus de trois cent mille habitants la ville la plus peuplée du pays du fer. Elle devait avouer que sa réputation la précédait. Il faisait chaud, très chaud. C'était la première fois qu'elle ressentait une chaleur dépassant certainement les trente degrés, et elle n'avait pas les mots pour expliquer à quel point cela l'avait manqué.

Le simple fait de marcher la faisait transpirer. Une sensation incroyable.

Elle eut le temps de seulement faire quatre mouvements de jambe que les fers du cheval claquèrent sur le chemin de pierre et que la calèche s'en alla. Un pas de plus et le cliquetis des amures à sa droite et à sa gauche saluèrent l'homme qui marchait devant elle.

- Deisuke-sama.

- Deisuke-sama.

Les sons alentour se firent moins présents, plus attentifs. Les chuchotements en firent tout autant.

« Qui est-elle ? Pourquoi se cache-t-elle ? »

« N'est-ce pas Deisuke-sama ? »

Heureusement qu'elle avait pensé à prendre une paire de chaussures, sans quoi les pavés lui auraient certainement brûlé les pieds, et ce même au travers de ses chaussettes.

« Est-ce une prétendante à Mitsunari-sama ? »

« Tu as vu comment elle est habillée ? »

Après les pavés vint le gravier, puis des roches parfaitement taillées à ras du sol et formant un chemin qu'elle s'efforça d'emprunter. L'ombre d'une arche passait, les chuchotements de l'allée devinrent silence. Quatre roches et l'effervescence de la ville ne se fit plus entendre. À huit, tous les sons extérieurs se firent recouvrir par le ruissellement de l'eau.

À la douzième roche tiède, les chaussures renforcées du Kashira s'arrêtèrent devant elle, et elle reproduisit exactement le même geste sur la onzième.

- Vous pouvez vous découvrir.

Peu surprise par la demande, elle retira le tissu opaque et la lumière du jour ne se fit pas attendre pour l'éblouir.

Aveuglée, déboussolée, elle inspira le parfum du cerisier et cligna plusieurs fois des yeux afin de discerner le visage qui la surplombait. D'examiner les iris marrons du samouraï. La structure qui se trouvait juste derrière attira inévitablement son attention et elle éleva sa vision sur la maison.

Enfin, pouvait-elle réellement appeler cela une maison ? Sa masure faisait pâle figure. Un centième, tout ou plus.

Face à elle se trouvait un plancher fait d'un bois marron clair ouvert sur l'extérieur, sur eux. Au centre du plancher, une poutre s'extirpait et s'élevait à plus de quatre mètres afin de supportait le toit qui recouvrait les cinquante mètres carrés du grand couloir. À droite et à gauche, deux murs en bois et en toiles fermaient le tout et donnaient, de l'autre côté du plancher, sur une immense cour intérieure qui elle-même donnait sur le reste de la demeure.

Au beau milieu de la cour, un immense cerisier aux pétales rosés filtrait la lumière du soleil et embaumait de son effluve l'atmosphère.

Prise de vertige par la grandeur des bois, des tuiles et des toiles, elle tourna sur elle-même afin d'examiner les alentours, et son regard ne put que s'éparpiller.

À une vingtaine de mètres et au bout du chemin de roches qu'elle venait d'arpenter se trouvait une immense arche en tuiles noires et aux deux piliers rouges. De part et d'autre de celle-ci, un mur de plus de trois mètres de haut qui partait au nord et à l'est sur plus d'une quarantaine de mètres et qui entourait un jardin resplendissant qu'elle n'avait vu que dans les films d'époque.

Une petite rivière ruisselait le long de la paroi est et passait sous un petit pont où des bambous, des pierres, ainsi que des fleurs, servaient de décoration. De petits érables des Cascades, des pins à cinq feuilles ainsi que des buis se trouvaient un peu partout dans le jardin. Accompagné par plusieurs arbres qui s'élevaient bien au-delà des murs, dont des chênes et des hêtres, tout ceci dessinait un espace si harmonieux, sous le doux son de l'eau qui s'écoulait, que la première chose à laquelle elle pensa fut de s'allonger sur le petit pont et de lire jusqu'à s'endormir.

- Votre chambre a été préparée, elle se trouve dans la partie ouest, à gauche après la troisième porte.

Elle rapporta son air indiscret sur le Kashira et fit aussitôt disparaitre son sourire. Une main levée vers la maison et sous son entière attention, il poursuivit.

- Ici est la résidence du troisième prince héritier, Mitsunari-sama, mais il ne s'y rend que rarement. Tout comme les six fils du seigneur, il vit au château aux côtés de Sa Majesté. Vous devriez donc être tranquille.

Elle s'inclina légèrement afin de le remercier pour ces informations.

- La nuit va bientôt tomber, la cour se rassemblera demain matin, je viendrai à ce moment-là vous chercher. Si vous avez faim, la cuisine se trouve dans la partie nord, premier couloir, à droite.

Une nouvelle fois, elle courba l'échine.

Droite, gauche, un, deux, trois, couloir, partie… cette maison semblait être un véritable labyrinthe. Elle ne pouvait que s'imaginer à quoi ressembler le château du Daimyō.

Le Kashira fit redescendre sa main et reproduisit son geste, ce qui la surprit plus qu'elle n'aurait souhaité le montrer.

Hormis le ton toujours courtois, c'était la première fois qu'il lui montrait physiquement du respect.

- Afin préserver l'intimité des habitants de cette ville, je vous demande de ne pas utiliser vos yeux en ces lieux. N'y voyait là aucune tentative de vous tromper, seulement du savoir-vivre.

Face à la demande, elle se contenta de faire réapparaitre son sourire.

- Ce n'était pas dans mes intentions, vous n'avez pas à vous en inquiéter.

Il l'observa d'une mine soulagée avant de la gratifier du même rictus.

- Merci. Avant que je m'en aille, avez-vous des questions ?

Elle acquiesça.

Des questions, elle en avait des centaines. Où se trouvait le ban, les douches, les toilettes, le prince, mais surtout :

- Où est cet homme qui vivait à Konoha, je voudrais le voir.

Par-dessus le manche de son katana, le Kashira déplaça ses mains dans son dos et fit disparaitre son sourire.

- Je comptais m'en allais le prévenir de votre présence.

Instantanément, elle se recula dans les graviers afin de laisser le champ libre vers la sortie du jardin.

- Dans ce cas, mes questions peuvent attendre.

Elle s'inclina et il fit de même avant de s'en aller. L'armure disparue dans l'ombre de l'arche, elle se retrouva seule et se retourna alors vers la maison. Non sans hésitation, elle retira ses jikatabis noires et se retrouva en chaussette sur le plancher qui, aussi étrange que cela puisse paraitre, ne craqua pas sous son poids.

Du bois qui ne faisait pas de bruit lorsque l'on marchait dessus… était-elle en train de rêver ? Avait-elle trop maigri ?

D'une expression curieuse elle s'avança jusqu'au centre du couloir jusqu'à atteindre la poutre et, dans un premier temps attirait par l'idée de savoir ce qui se trouvait dans les deux grandes pièces à sa droite et à sa gauche, elle secoua finalement son visage et se dirigea vers la cour intérieure.

Le son de l'eau atténué, toujours sur le plancher et protégée des rayons du soleil par le toit, elle contourna le cerisier aux mille et un pétales éparpillés sur les graviers avant de rejoindre la partie ouest. Elle arpenta un couloir plus étroit et plus court, passa une, deux, puis trois portes coulissantes en toile et tourna à gauche afin de faire face à une quatrième. D'un mouvement lent, elle l'ouvrit, et encore une fois aucun grincement ou quelconque bruit ne se fit entendre.

Cette maison allait peut-être accomplir l'exploit de lui faire réapprécier le bois.

Grand était un bien faible mot pour décrire la chambre, en fait celle-ci était certainement plus grande que sa cabane.

À droite se trouvaient deux fauteuils ainsi qu'une petite table ronde séparés par une armoire emplie de livre. À gauche, une table rectangulaire et plus proche du sol ainsi que deux chaises en bois sans pieds où deux coussins épousaient les sièges. Dans le coin droit de la pièce un tatami en paille de riz ainsi qu'une shikibuton et un kakebuton.

Le mince matelas en coton ainsi que la couette portaient tous deux un emblème bien distinct : un rond noir entrecoupé par deux bandes blanches qui s'arrêtaient juste avant l'extrémité du cercle.

Elle eut nul doute qu'il s'agissait là du Kamon de la famille qui gouvernait la ville, la région, et fut surprise de ne le voir pour la première fois que maintenant. Peut-être était-ce dû au fait que le Shogun se voulait le véritable chef des armées du pays et que, par conséquent, les Daimyōs des différentes régions n'affichaient pas l'emblème de leur famille, de leur clan, à chaque coin de rue ainsi que sur chaque armure et bannière.

Où peut-être simplement que cette façon de faire des ninjas n'était pas inscrite dans les mœurs des samouraïs. Après tout, bien que des centaines de clans, des milliers de familles formaient l'armée du pays, tous se rangeaient bel et bien sous le joug de Tetsu, contrairement au reste de la péninsule, où les clans se battaient souvent et d'abord pour leur propre intérêt avant celui de leur village, de leur pays.

Peut-être était-ce les deux.

Intriguée, elle s'approcha de la théière et du verre déposé sur la table basse. Les effleurant de ses phalanges, elle se rendit à l'évidence que le thé avait été préparé dix minutes plus tôt, tout au plus. À la suite de cette conclusion, sa première pensée fut logiquement d'insuffler du chakra dans ses yeux afin de savoir si elle était réellement seule, mais se souvenant de ce qu'elle venait tout juste de dire au Kashira, elle n'en fit rien.

Déposant son livre sur la table, une goutte de sueur perla le long de son dos et une désagréable sensation la força à retirer son pull ainsi que l'un de ses deux t-shirts. Les pliant convenablement, elle les déposa à côté du livre et, assoiffée, s'assit avant de se servir le thé. Son geste terminé, elle apporta le verre en céramique à ses lèvres et huma la douce et chaude odeur de miel.

Elle était assoiffée, complètement déshydratée, et ce thé tombé à point nommé.

Une réflexion dans un premier temps absurde, qui éclaira l'étrange comportement du prince durant le voyage lui traversa l'esprit.

Un seul verre d'eau pour plus de vingt heures de trajet. Largement de quoi la déshydrater.

L'hypothèse s'imposa rapidement comme une possibilité et, doucement, lui fit redescendre le thé afin d'observer la fumée qui s'en dégageait.

Et si…

Elle secoua vigoureusement son visage et rapporta la céramique à ses lèvres.

Non.

Alors qu'elle allait boire une gorgée, le plancher craqua. Ce fut bref et ce ne fut pas celui de la chambre ni celui du couloir qui amenait à celle-ci. Le son émana de l'entrée de la résidence. Comme si quelqu'un venait tout juste de se réceptionner sur le plancher du grand couloir principal.

Était-ce lui ? Était-ce cet homme de Konoha ?

Bien rapidement, elle redéposa le verre sur la table et se leva afin de rejoindre la chaleur extérieure. Elle rebroussa chemin et, arrivée à quelques mètres du cerisier, tourna son regard à sa droite, vers la poutre au centre du plancher, vers les iris noirs.

Essoufflé, il l'observait d'un œil écarquillé, et elle fit de même.

Cela ne faisait que quelques minutes que le Kashira était parti… cet homme, avait-il accouru jusqu'ici lorsqu'il avait appris qu'elle s'y trouvait ?

- Les rumeurs étaient donc vraies.

Les cheveux noirs attachés en queue de cheval ainsi que deux cicatrices sur le côté droit de son visage, l'homme était rasé de près. Un peu plus petit que le prince, dans les un mètre soixante-quinze et certainement d'une quarantaine d'années, il était habillé d'un kimono en soie noire qu'une ceinture de mêmes matière et même couleur venait compléter.

Des sandales beiges aux pieds, il possédait une caractéristique peu commune : son bras gauche n'était plus là. Disparu. Et une canne en bois l'aidait à se maintenir debout, ce qui créait un étrange paradoxe.

Elle ne savait pas d'où il était parti pour arriver jusqu'ici, mais les mouvements de son buste à bout de souffle lui inculquer clairement le fait que ce n'était pas à proximité. Ce qui voulait dire que, lorsque c'était nécessaire, il pouvait se déplacer à vive allure, mais avait besoin d'une canne pour marcher le reste du temps.

Étrange.

À sa grande surprise, il s'inclina avec respect.

- C'est un honneur de vous rencontrer, princesse.

Elle ouvrit la bouche et trois mots lui brûlèrent les lèvres, mais il se redressa et elle la referma aussitôt.

Les rumeurs étaient donc vraies…

Dans la cabane, le Kashira avait dit que c'était lui-même qui avait émis l'idée qu'une Hyūga puisse être à l'origine de l'histoire de Yuki Onna, mais maintenant elle se demandait s'il ne s'agissait pas plutôt de cet homme. Il semblait la connaitre, semblait être proche du Kashira, du Daimyō, et semblait connaitre les Hyūga. Peut-être même plus qu'elle-même.

Les yeux noirs, les cheveux noirs, habillé de noir… était-il…

Pour la seconde fois, ses pensées se fermèrent à la possibilité.

Impossible. Jamais un Uchiha n'aurait pu être accepté dans le pays. Pas après le siècle de guerre que le clan avait attisé et dominé avec le Fer avant la fondation des villages cachés. Les Uchiha étaient la famille la plus détestée, enviée, jalousée de toute la péninsule ninja, bien plus que les Hyūga, c'était un fait. Et le Fer les haïssait tout particulièrement.

Mais… s'il n'était pas un Uchiha…

Elle rouvrit la bouche, et cette fois-ci sa question ne resta pas en suspens.

- Qui êtes-vous ?

Son souffle maitrisé, l'homme fit un pas dans sa direction et sa canne claqua sur le plancher.

- Excusez mon impolitesse, princesse, mais puis-je m'assurer de votre authenticité avant de me présenter ?

Elle le dévisagea.

Son… authenticité ? Comment pouvait-il s'assurer qu'elle était réellement… elle ? Ne suffisait-il pas qu'il l'observe juste ? Enfin, elle voulait dire, hormis le Genjutsu et le henge, existaient-ils réellement des techniques capables de tromper la réalité ?

- Acceptez-vous que je m'approche encore un peu ?

Les sourcils froncés, elle acquiesça néanmoins.

Elle était vraiment curieuse à l'idée de savoir ce qu'il s'apprêtait à faire pour l'authentifier.

S'approchant comme il venait tout juste de lui demander, il s'arrêta à un peu plus de trois mètres d'elle, aux abords de la marche qui descendait et faisait le tour de la cour intérieure rectangulaire, aux abords de l'ombre de son corps qui interceptait la lumière du soleil.

Il s'abaissa, et l'expression qu'elle arborait jusqu'alors passa de troublée à surprise. Elle perdit aussitôt le contact de son regard bordeaux et, déposant la canne sur le plancher à côté de l'un des poteaux en bois qui faisait eux aussi le tour de la cour, il effleura de ses phalanges sa silhouette sombre et difforme.

Elle aurait pu jurer que le temps d'une fraction de seconde, elle avait perdu le contrôle de son corps.

Elle n'hésita pas un seul instant.

- Êtes-vous… un Nara ?

Il n'en faisait plus aucun doute désormais. Il faisait partie de ce clan, ceux dans les caractéristiques physiques étaient souvent confondus avec les Uchiha au sein même de Konoha.

Récupérant sa canne, l'homme se releva et lui adressa un doux sourire. Un rictus qui lui confirma qu'ils étaient tous deux parvenus à confirmer l'identité de chacun.

- Cela fait longtemps que je n'ai pas entendu ce nom.

Il inclina son visage pour la seconde fois.

- Je m'excuse encore une fois de mon comportement, j'espère que vous pouvez le comprendre. Je me nomme Shikaku, et au risque de me répéter, c'est un honneur pour moi de vous rencontrer, princesse.

Nara… Nara… Nara… Shikaku Nara.

Ce prénom, elle l'avait déjà lu quelque part… ce n'était pas en rapport avec son jardin, pas en rapport avec ce livre qu'elle avait lu dans la cabane, c'était bien avant, mais elle n'arrivait pas à s'en s…

Son regard s'écarquilla de stupeur.

- C'est vous ? C'est vous qui avez écrit ce rapport sur mon enlèvement ?

Le sourire face à elle se dissipa en un instant. Une seconde passa, puis deux, avant que le rictus refasse son apparition.

- Auriez-vous un endroit où je puisse m'asseoir ? Ma jambe me fait extrêmement mal et j'ai comme l'impression que nous avons beaucoup à nous dire.

Voulant immédiatement connaitre la réponse, elle n'hésita pas une seule seconde et se recula d'un pas afin de désigner le couloir de sa main. Ce qui suivit l'étonna.

La remerciant, il passa devant elle et tourna aussitôt vers sa chambre sans même qu'elle n'ait à le lui dire. Mais elle vint rapidement à la conclusion qu'il avait entendu d'où elle était sortie.

Elle ferma la porte coulissante et se déplaça de l'autre côté de la table, à l'opposé de là où elle s'était assise la première fois et, d'un autre signe de la main, elle l'incita à s'asseoir. Ce qu'il fit d'un air soulagé.

À son tour, ses fesses épousèrent le coussin.

- Vous pouvez boire le thé, je ne l'ai pas touché.

Face à ses mots, il lui offrit un énième sourire.

- Vous n'avez pas à vous inquiéter, ils ne sont pas du genre à empoisonner leurs ennemis. Cela serait lâche, et pour eux la lâcheté est bien plus grave que la mort.

Et elle en profita pour se rassurer.

- Me considèrent-ils comme leur ennemi ?

Il but une gorgée avant de redéposer le verre là où il l'avait trouvé.

- Je ne vois aucune chaîne à vos poignets, et votre chambre est bien plus luxueuse que celle qu'ils m'ont accordée à mon arrivée.

Ce n'était pas une réponse directe à sa question, mais elle avait compris où il voulait en venir.

Alors qu'elle s'apprêtait à lui reposer la question qui la tourmentait, il la devança.

- Cela serait-il indiscret de vous demander comment vous connaissez le grand Sannin Jiraiya ?

À l'entente du nom, un millier d'images lui traversa l'esprit et, feintant l'incompréhension tant la demande se voulait précise et bouleversante, elle releva un sourcil.

- Pardon ?

- Ce rapport dont vous avez fait allusion, je ne l'ai envoyé qu'à lui. Si vous êtes au courant de son existence, c'est que d'une manière ou d'une autre vous l'avez rencontré, je me trompe ?

Comprenant que cela ne servait à rien de mentir, elle se résigna à l'idée de faire semblant.

Cet homme était dans le même bateau qu'elle, non ? Elle pouvait lui faire confiance.

- Oui, je connais sen...

Elle ferma brutalement les paupières et soupira.

Le faisait-elle exprès ? Pourquoi ne pouvait-elle pas réfléchir avant de choisir ses mots ?

Elle avait perdu l'habitude de parler, discuter, avec une autre personne que ses propres pensées. Il fallait vraiment qu'elle se reprenne.

- Je connais le grand Sannin Jiraiya.

Elle rouvrit les yeux et tomba nez à nez avec l'air impassible du Nara.

- Il est votre maitre ?

Ne pouvant réparer l'erreur qu'elle venait de commettre, elle acquiesça. D'un geste lent, l'homme assis face à elle but une seconde gorgée.

- C'est pour le moins surprenant.

À la suite d'une pensée qui infusa une énorme quantité de dopamine dans son corps, elle déposa ses phalanges sur le rebord de la table et observa les iris noirs, emplie d'espoir.

- À quand remonte la dernière fois que vous l'avez vu ?

Mais à l'expression qui lui adressa, elle comprit que ses espérances étaient vaines.

- Cela remonte à plus de seize ans maintenant. La dernière fois que je l'ai vu, ou plutôt interpellé, il venait tout juste de s'attaquer à un bunker souterrain. L'acte qui lui a valu son titre de déserteur, mais j'imagine que vous connaissez l'histoire.

Il but une troisième fois, et l'attente fut interminable.

Oui, elle la connaissait.

- Pour être honnête, il est devenu un véritable fantôme. J'ai même douté durant plusieurs années qu'il n'ait jamais reçu mon rapport vous concernant.

Il marqua un temps d'arrêt et elle ne sut pas si ce fut à cause de l'expression qu'elle extériorisait, mais elle aurait pu parier qu'à cet instant précis il avait lu dans ses pensées… ou alors… les fonctions cognitives qu'il possédait se voulaient beaucoup trop rapides pour qu'elle puisse comprendre comment il en était arrivé à cette conclusion aussi rapidement.

- Vous ne savez pas où il se trouve n'est-ce pas ? Cela explique pourquoi vous êtes restée plus de deux ans au sommet de cette montagne. Pourquoi vous avez eu de tels actes envers ce village. Vous attendez son retour ?

Aussi hypocrite que cela puisse paraitre, ce ne fut pas une chevelure blanche qui s'imposa à ses pensées, mais une dorée, et elle eut beaucoup de mal à se retenir d'afficher sa peine.

À la suite d'un sourire en coin, elle soupira discrètement.

- Il devait revenir au bout de deux mois. Cela fait deux ans maintenant.

Était-elle à ce point en manque d'affection pour que le simple fait de discuter avec un inconnu lui offre tant de satisfaction ?

- Savez-vous où il se rendait exactement ?

Elle douta du fait que cela était une bonne idée de révéler d'avantages informations, mais sans qu'elle ne sache pourquoi, elle ne parvint pas à s'en empêcher.

- À Kumo.

Le Nara sembla longuement réfléchir, avant de finalement boire une troisième gorgée.

- Cela aurait-il un rapport avec l'enfant du quatrième du nom ?

Malgré toutes ses tentatives pour ne rien laisser transparaitre, elle ne put se retenir de couper son souffle... et ce fut suffisant pour la trahir.

- Lui aussi vous le connaissez, n'est-ce pas ?

Elle ne pouvait pas le nier. Elle ne pouvait plus. Mais…

- Comment ?

Comment savait-il tout cela ? Il s'agissait du secret le mieux gardé de la Feuille. Encore plus que le sien. Les personnes le sachant vivant pouvaient se compter sur les doigts d'une seule main.

- J'étais l'un des premiers sur les lieux quand Kyūbi a été vaincu, et j'ai vu les corps sans vie du Yondaime et de sa femme. J'ai vu les trous béants dans leurs abdomens ainsi que l'absence d'un troisième corps.

Elle se souvenait maintenant, elle se souvenait du jour où sensei lui avait dit qui était cet homme, ce Nara qui avait écrit le rapport la concernant. Le chef des Jōnins. L'homme le plus influent derrière l'Hokage, si ce n'était son égal.

L'air grave et reprenant son souffle, elle comprit qu'il s'apprêtait à lui révéler une information de la plus haute importance. Et celle-ci n'en fut pas des moindres.

- Quelques jours plus tard, la nuit précédant la décision de lui retirer son titre de Sannin, je lui ai révélé l'emplacement du bunker où été caché l'enfant.

Elle l'observa, bouchée-bée.

C'était bien plus qu'une information, c'était… une trahison.

- Est-ce pour cela que vous vous cachez ici ?

Le Kashira lui avait dit que cet homme avait été trahi par Konoha, mais en réalité et malgré le fait que son geste se voulait juste, il était celui qui avait trahi le premier.

Il lui sourit simplement.

- Pas uniquement. Si je devais énumérer le moindre d'actes qui m'ont amené jusqu'ici, il me faudrait la journée, mais disons que le rapport vous concernant en est l'apothéose.

Les fourmilles lui caressèrent l'échine.

Le sujet était de retour, celui qu'elle avait presque oublié tant cet homme la fascinait.

- Tout ce que vous avez écrit dans ce rapport, est-ce la vérité ? Mon père m'a-t-il…

Elle ne parvint pas à finir sa phrase. Cela était bien trop dur à mettre des mots sur la vérité. Du moins ce qu'elle pensait être la vérité.

- Oui.

Aucune émotion, aucun air désolé, simplement et seulement la vérité.

La question que n'importe quelle personne censée poserait se présenta inexorablement à ses pensées.

- Pourquoi ?

Bien que son père ne lui ait jamais montré, les souvenirs qu'elle avait chéris durant ses premières années de captivité et qui s'étaient effacés lui avaient laissé un sentiment, un seul, et celui-ci allait à l'encontre du rapport que le Nara avait écrit.

Son père l'aimait. L'avait aimé.

Alors et en toute logique, elle se le demandait depuis presque quatre ans maintenant : pourquoi ? Pourquoi son père avait-il fait cela ?

Semblant une nouvelle fois longuement réfléchir, le quadragénaire l'observa sans ciller, avant de finalement exprimer une question qu'elle n'attendit pas.

- Dîtes-moi princesse, avez-vous déjà entendu parler de Shisui Uchiha ?

Shisui Uchi…

Elle n'eut pas le temps de réfléchir un seul instant à la question. Le bois de l'entrée craqua pour la seconde fois, mais cette fois-ci à cause du poids.

Les sourcils froncés, elle parvint à retenir le réflexe d'utiliser ses yeux et, abaissant son visage face au Nara, se releva aussitôt.

- Je suis désolée, je reviens tout de suite.

Le Kashira ne l'avait pas prévenu d'une autre visite.

Sans qu'elle ne sache pourquoi, l'homme qu'elle surplombait désormais lui offrit pour la première fois une mine désolée, mais bien trop concentrée sur les deux étranges présences à une trentaine de mètres, elle ne s'en formalisa pas.

À peine ouvrit-elle la porte coulissante qu'elle sut que l'une des deux personnes était le Kashira, et à peine pénétra-t-elle dans la cour intérieure que la question à laquelle elle pensait se volatilisa.

Qui était Shisui Uchiha ?

Terminant sa marche aux abords de celle qui amenait sur le gravier du cerisier, son air songeur s'en alla, sa respiration s'arrêta, son regard s'assécha, et son échine se glaça. Ses muscles se crispèrent, ses poils se hérissèrent, ses pensées se stoppèrent… et les mots se rejouèrent.

- Les rumeurs étaient donc vraies.

À cinq mètres de sa stoïcité, juste devant le pilier porteur en bois du couloir principal, le Kashira leva son bras vers l'homme à ses côtés. Un homme dans la quarantaine, les cheveux noirs, une… canne… un seul… bras… ?

- Voici l'homme qui souhaitait vous rencontrer.

Shikaku Nara s'inclina.

- C'est un honneur de vous rencontrer, princesse.

Elle inspira fortement. Très fortement. Tellement fortement que l'ancien chef des Jōnins s'en releva, étonné. Puis le regard qui lui adresse s'écarquilla.

Les veines autour de ses yeux d'opales se gonflèrent, et plus de cent soixante mille personnes se présentèrent. La lame du Kashira s'extirpa de quelques centimètres de son fourreau et, malgré sa soudaine omniscience oculaire, elle eut besoin de plus d'une seconde pour se rendre compte de la situation.

Il n'était plus dans la chambre, la lame du Kashira n'était pas pour elle, et la déglutition dans son dos entraina un bond qu'elle ne maitrisa en rien.

Se jetant sous le cerisier, les graviers qui accueillirent sa réception résonnèrent dans la cour intérieure et, le bas des chaussettes déchirées, elle se releva afin d'observer la silhouette bleutée à une vingtaine de centimètres de l'endroit qu'elle venait tout juste de quitter.

Elle ne l'avait pas senti. Il s'était déplacé dans son dos et elle ne l'avait pas senti. Il avait levé son bras dans son dos afin de boire et elle ne l'avait pas senti. S'il l'avait voulu… il aurait pu… elle serait…

Thé en main, la silhouette qu'elle voyait possédait deux bras, était plus grande, et avait un afflux tel dans ses yeux qu'elle ne parvenait pas à en détacher les siens.

Qui était…

- Comment osez-vous porter ce bandeau en ces lieux ?

La voix du Kashira résonna dans la cour intérieure.

Ce… bandeau ?

Elle désactiva son Byakugan. Les rayons solaires l'éblouirent au travers du feuillage rosé, et l'homme face à elle reprit l'apparence du Nara, ce qui ne l'embrouilla que plus.

Comment faisait-il ? Comment parvenait-il à lui faire voir cette apparence s'il ne s'agissait pas d'un henge ? Le Kashira semblait parvenir à voir sa véritable apparence… s'agissait-il d'une illusion ? Mais dans ce cas pourquoi était la seule plongée dedans ?

- Ne sortez pas votre arme, Deisuke-san, cela est inutile. Cet affrontement serait vain.

Elle rapporta son regard écarquillé sur celui qu'elle pensait être le véritable Nara, avant de le porter sur le Kashira alors que celui-ci n'en démordit pas.

- Auriez-vous oublié le traité signé par toutes les nations de la péninsule ?

Elle ne sut pas vraiment si elle avait pensé tout haut, mais les iris noirs de l'imposteur se tournèrent vers elle et, un clignement de paupière plus tard, le Genjutsu prit fin. La chevelure perdit en contraste et devint aussi noire que le charbon, tout comme les yeux, d'ailleurs.

- Votre présence en ces lieux à elle seule pourrait entrainer un conflit entre le Fer et le Feu.

Les sourcils perdirent en volume et devinrent fins et raffinés, les rides disparurent à leur tour et la peau perdit une quinzaine d'années afin de devenir aussi lisse que la sienne. Le kimono noir se fit remplacer par une tenue plus sobre, mais tout aussi sombre : un simple pantalon et t-shirt.

- Est-ce là ce que vous recherchez ?

Puis, finalement, le bandeau tant attendu fit son apparition, et son monde s'écroula.

Konoha.

Ils l'avaient retrouvé.

Le ninja de la Feuille ouvrit la bouche, et elle se rendit à l'évidence que son timbre de voix aussi avait changé, devenant moins rauque, plus… posé.

- Si ma présence entraine un conflit, Deisuke-san, qu'en est-il de celle de l'héritière Hinata Hyūga ? Mon pays est prêt à subir les conséquences de mes actes, l'êtes-vous ?

Continuant de surmonter les pupilles éreintées de l'inconnu à moins de cinq mètres d'elle, elle ne détourna pas le regard lorsque la voix du Kashira s'éleva.

- Répondez à ma question.

Et l'inconnu reproduit l'exact même geste. Il la fixa, sans ciller.

- Tadaaki Okuda.

Surprise par la réponse, elle ne fit néanmoins rien transparaitre.

Elle ne savait pas qui était cette personne dont le nom venait d'être dévoilé, mais une chose était certaine, ce ninja de Konoha savait ce qu'elle s'apprêtait à faire si jamais il tournait le regard.

Il ne surveillait pas le Kashira, il ne surveillait pas le Nara, il la surveillait elle. Il surveillait ses phalanges qui frémissaient à l'idée d'atteindre sa jugulaire.

D'un simple coup d'œil elle put apercevoir la surprise sur le visage du samouraï, et elle comprit que lui, en revanche, connaissait ce fameux Tadaaki.

- Cet homme fait partie de la cour de votre seigneur, je me trompe ?

Le silence de nouveau comme seule réponse, le ninja de la feuille poursuivit.

- Il vend des informations à Konoha.

Instantanément, les gants du samouraï se crispèrent sur le manche de son katana.

- Pourquoi révéler cette information ?

Mais les pupilles noir encre ne se détournèrent pas.

Pourquoi ne pouvait-il pas les détourner ?

- Si cet homme apprend l'existence de l'héritière, Danzō l'apprendra. Pour votre village, pour votre pays, vous ne souhaitez pas que cela arrive.

Elle relâcha quelque peu la pression sur ses hanches, sur ses phalanges, ses envies.

Cet homme… était-il réellement venu ici pour… aider ? Cela ne faisait pas sens. Plus elle y réfléchissait, plus elle se demandait si la véritable information qu'il était venu chercher était déjà en sa possession. Une information qu'elle lui avait offerte.

Kyūbi.

- Depuis quand ne réponds-tu plus à ses ordres, Shisui ?

La voix du Shikaku s'éleva, et le silence qui s'en suivit lui permit de se rendre compte que la respiration du Kashira venait tout bonnement de s'arrêter.

Un très long silence dont elle profita pour continuer de dévisager l'homme à quelques mètres d'elle.

Shi…sui ? Shisui… Uchiha ?

Elle comprenait maintenant. Le Genjutsu dont elle avait été victime venait de là. De ses yeux. Elle avait été plongée dedans à la seconde où elle avait croisé son regard. Mais, qui était-il pour que le Nara le craigne au point de dire qu'un affrontement était perdu d'avance ? Qui était-il pour que le samouraï ait frémi de terreur à l'entente de son prénom ?

Un samouraï, n'était-il pas formé pour de pas ressentir la peur, un Kashira de surcroit ?

- Ne bougez pas, n'écoutez pas, oubliez ce que vous voyez.

Encore une fois et à la suite de ses paroles, il ne répondit pas à la question venant de lui être posée et se contenta de continuer à la fixer sans ciller. Elle essaya de bouger un doigt, écouter les oiseaux chanter au-delà de la demeure et, se rendant à l'évidence qu'elle y parvenait, observa inévitablement le Kashira et le Nara.

Son regard d'opale s'écarquilla.

Les deux hommes ne bougeaient plus. Ils n'écoutaient plus. Ils ne voyaient plus. Ils étaient debout, livides et aussi rigides que des pantins.

- Une ombre plane au-dessus de vous, princesse.

Sous le soulèvement de sa cage thoracique en manque d'oxygène, elle rapporta son regard sur l'Uchiha, complètement paralysée de terreur.

Un tel niveau de Genjutsu, ce n'était pas normal. Il n'était pas normal, était-il… humain ? D'un simple ordre, pouvait-il lui ordonner de le suivre ? Était-ce la fin ?

- Le Dōjutsu de mon clan, ce n'est pas la première fois que vous le voyez, je peux l'affirmer. Vous en êtes victime depuis bien longtemps, et ce même actuellement.

Ses sourcils d'obsidienne se froncèrent inlassablement.

De quoi parlait-il ?

- Pour l'instant je ne peux vous aider je le crains. Je reviendrai vous voir lorsque mes yeux se seront reposés. Après ce que j'ai fait, ce serait le minimum que je puisse vous offrir.

Elle ne comprenait rien, absolument rien, seulement qu'il allait revenir pour… la défaire d'un Genjutsu ? Cet homme, cet Uchiha, était-il complètement fou ?

- D'ici là, Hyūga Hinata, tâchez de rester en vie.

Elle l'observa se tourner vers les deux hommes immobiles et, pour la seconde fois, elle ne bougea pas. Étrangement, l'envie de se ruer sur sa gorge afin de l'empêcher de parler l'avait abandonnée.

N'était-ce pas vain ?

- Oubliez ma présence en ce lieu, vous ne m'avez jamais vu. Tadaaki Okuda est un traitre et ne doit pas apprendre l'existence de l'héritière, vous en êtes convaincu.

Il fit un pas sur le côté, prêt à s'en aller, et elle se crispa sur le gravier.

Était-ce aussi simple que cela ? Il donnait un ordre et la personne oubliait, s'exécutait ? Allait-il réellement partir en la laissant là ? Il n'obéissait donc vraiment pas au Shimura ? À Konoha ? Aux Uchiha ?

Comme s'il avait lui aussi oublié quelque chose, il rapporta au dernier moment son regard sur le Kashira qui, toujours immobile, une main sur le manche de son katana, ne se rendait absolument pas compte de la situation.

- Qu'importe ce qu'elle demande, vous vous y plierez.

Étonnée par ce qu'elle venait d'entendre, elle oublia tout bonnement sa surprise lorsqu'il se retourna vers le couloir de la partie est. Dos à elle, il s'arrêta une dernière fois.

- Désolé de vous avoir trompé. Désolé de vous avoir manipulé.

Doucement et du coin de l'œil, il l'observa en tournant légèrement la tête vers elle, et elle le vit pour la première fois. Cet œil qui lui glaça le sang. Cette couleur unique qui l'emplit à la fois de peur et d'émerveillement.

Le Sharingan.

- Je vais le retrouver.

Instinctivement elle voulut détourner son regard, mais elle se souvint que cela était trop tard. Qu'elle se trouvait déjà sous son emprise.

Une vague de quiétude se répandit en elle, et elle fut convaincue que cela ne venait pas d'elle.

Cela ne sert à rien d'avoir peur.

Pouvait-il aussi influencer le fonctionnement de ses émotions, ses hormones, à sa guise ?

Il n'y a rien à craindre.

Marquant un temps d'arrêt, plus calme qu'elle ne l'avait jamais été, elle observa longuement les trois tomoes.

Il n'est pas un danger.

Durant une seconde, elle aurait pu jurer que ceux-ci s'étaient mis à tourner.

- Avez-vous un message à lui transmettre ?

Cela ne lui prit qu'une inspiration pour comprendre de qui il parlait. Il ne s'agissait pas de sensei.

Elle ouvrit ses lèvres et, étriquée par une centaine de sensations, de mots, elle en resta muette.

Il ne semblait pas lui vouloir du mal, il semblait même vouloir son aide… pourquoi ? Pourquoi ressentait-elle une telle confiance en cet homme, elle ne le connaissait pas.

Finalement et après une longue lutte intérieure, elle s'exprima. Elle répondit à Shisui Uchiha.

- Dîtes lui que je l'attends toujours. Que… je l'attendrai toujours.

Et celui-ci se volatilisa.

Le temps s'écoula et tout se mélangea. La chaleur étouffante, la légère brise tiède, les pétales roses sur sa chevelure d'obsidienne, la goutte de sueur sur son front, la voix du Kashira.

Un léger sifflement recouvrit les balbutiements des branches au-dessus de sa tête avant d'étouffer les sons alentour. Fermant les paupières, elle resta immobile si longtemps qu'elle perdit le fil de la réalité.

Que venait-il de se passer ?

Un bourdonnement lui effleura les tympans et elle dut se contraindre à de nouveau se laissait aveugler par les rayons solaires. Debout face à elle, à moins d'un mètre devant la marche de la cour intérieure, le Nara l'observait d'un air inquiet.

Elle ne l'avait pas entendu se déplacer.

Elle observa à sa gauche afin se rendre compte qu'elle n'avait pas non plus entendu le Kashira s'en allait.

Était-il déjà parti dans les quartiers de ce Tadaaki Okuda ?

- Vous allez bien princesse ?

- Hinata.

D'un timbre sec elle ferma un court instant ses paupières et déposa la paume de sa main droite sur son front.

Si elle se fiait à la colère qui venait tout juste de repointer le bout de son nez, le Genjutsu était terminé. Elle avait repris le contrôle de ses émotions. Une sensation… peu agréable.

- Désolée. Appelez-moi Hinata, s'il vous plait.

Ce Sharingan était une vraie addiction. Pourquoi devait-elle à nouveau ressentir ce vide, ce manque ?

Elle rouvrit les yeux afin d'accueillir le sourire de Shikaku.

- Avec plaisir, Hinata.

S'appuyant sur sa canne, l'ancien chef des Jōnins fit doucement disparaitre sa mine courtoise.

- Quelque chose ne va pas ? Vous êtes toute pâle.

Et elle parvint à retenir un rire frustré.

Toute pâle… elle. Plus blanche que la neige… ironique.

- Si je vous disais qu'il y a trente secondes un homme se tenait là où vous vous tenez, mais que vous n'en possédez plus aucun souvenir, me croiriez-vous ?

Debout, stoïque, il l'observa sans rien dire. Semblant réfléchir à ce qu'elle venait de dire, il descendit finalement la marche qui les séparait afin de s'asseoir sur le plancher.

- Veuillez m'excuser, ma-

- Jambe vous fait mal. Je sais.

Il mouva légèrement son visage sur le côté, étonné.

- J'ai bien l'impression que les présentations ont déjà été faites.

Puis, aussi impressionnant que cela puisse paraitre, il en vint à une conclusion qui la fit douter du fait qu'il ait oublié.

- Shisui Uchiha était ici ?

Le vent tiède fit danser les pétales rosés autour d'elle. Sous une étrange sensation qui lui parcourut les jambes et qui lui fit peu à peu perdre la force de celles-ci, elle se recula et s'appuya contre le tronc du cerisier avant de se laisser glisser sur le gravier.

Assise à même le sol, elle observa alors le Nara de la même expression qu'il arborait depuis qu'il avait prononcé le nom de l'Uchiha : impassible.

- Qui est-il ? Pourquoi a-t-il un lien avec mon enlèvement ?

La question se voulait précise. Très précise. Pour autant et de moitié ensoleillé, le quadragénaire ne fit rien transparaitre, elle fut cependant certaine qu'à cet instant il était surpris.

- C'est lui qui vous a parlé de cela ?

Voulant connaitre la réponse à sa question, elle répondit aussi vite que lui permit son inspiration.

- Il n'a pas eu le temps de m'expliquer pourquoi, vous êtes arrivés à ce moment-là.

Au plus grand bonheur de son impatience, l'homme ne chercha pas à en savoir plus.

- Shisui Uchiha est… dangereux. Bien plus que n'a pu l'être n'importe quel shinobi de l'histoire. Il est celui qui fait fuir et pâlir les Kages. Les ninjas de la péninsule toute entière sont formés à une possible rencontre avec lui, et la formation se veut des plus simples.

Doucement, le Nara soupira, ne semblant pas croire à ce qu'il s'apprêtait à dire.

- Si jamais ils croisent le chemin de Shisui Uchiha, un retour dans leur village leur est interdit. Ils se doivent de disparaitre. Soit par la mort, soit par l'exil. Mais jamais ils ne doivent revenir.

Le frisson qui la parcourut la fit encore plus pâlir.

Qu'elles étaient ces idioties ?

- Vous le savez certainement, mais le Sharingan est connu pour plonger sa victime dans un Genjutsu. Et c'est pourquoi les Uchiha sont craints au travers de toute la péninsule, pourquoi on ne regarde jamais un membre de ce clan dans les yeux.

Marquant un temps d'arrêt afin d'inspirer, il reprit aussitôt.

- Avec Shisui, cela atteint un tout autre niveau. Il ne se contente pas d'immiscer sa victime dans un Genjutsu, il s'immisce aussi dans ses pensées, dans ses convictions, son humeur. En un simple regard, il est connu pour retourner une personne contre son propre village, et celle-ci ne s'en rend absolument pas compte. Elle croit qu'elle a toujours été ainsi. Elle en est persuadée.

Si dans un premier temps elle avait pensé cette formation à l'encontre de l'Uchiha stupide, elle en comprenait maintenant ses fondements. Cet homme était capable de faire croire n'importe quoi à n'importe qu…

Son regard d'opale s'écarquilla une énième fois. Son souffle se coupa et les larmes atteignirent ses pupilles.

- Vous… vous voulez dire… mon père a… il…

- Oui. Hiashi, votre père, a été la seconde victime de Shisui. La première ayant été le Raikage quelques mois avant votre enlèvement. Voilà le lien que vous cherchez.

Elle reprit une bouffée d'oxygène, bouleversée. Un sourire, rapide, bref, éphémère, s'esquissa sous ses joues de porcelaines. Puis la tristesse l'emporta sur tout le reste et sa vision bifurqua de droite à gauche, ne sachant pas quoi faire de cette information.

Tout était… son père ne l'avait pas… mais il était quand même…

- Il y a de cela onze ans, peu de temps après votre enlèvement, j'ai écrit un rapport destiné au grand Sannin Jiraiya, le seul que je pensais capable de m'aider, mais à cette époque, je ne connaissais pas encore toute cette histoire, seulement une partie. Je ne connaissais pas Shisui Uchiha. À vrai dire, peu de personnes ne connaissaient ses capacités à ce moment-là. Danzō Shimura s'était bien gardé de le crier sur tous les toits.

Le Nara ferma les yeux, essayant ainsi de se remémorer cette fameuse histoire, et elle essaya tant bien que mal de se concentrer sur ce qu'il racontait.

- Lors de l'attaque de Kyūbi, Shisui n'avait que huit ans, et il a tout perdu cette nuit-là. Son père, sa mère, sa petite sœur. Son père est mort par les mains de la bête, sa mère quant à elle, il l'a retrouvée pendue le lendemain au milieu du salon. D'après la police qui a enquêté des mois après le drame, d'après sa propre famille, un suicide. Sa petite sœur pour ce qui est d'elle, alors âgé de cinq ans lors des faits, a disparu.

Elle sut la fin avant même qu'il ne la prononce.

- Ce n'est qu'une supposition faite il y a de cela douze ans, mais je pense que Danzô détient, ou du moins détenait, sa petite sœur. C'est pourquoi il n'a eu d'autres choix que de se plier à ses ordres à cette époque. Pourquoi il a fait tout cela. Pourquoi vous vous êtes retrouvée là-bas. Et c'est aussi pourquoi je suis étonné d'être encore en vie si vous me dîtes qu'il se trouvait ici. Encore plus étonné que vous le soyez. Savez-vous ce qu'il voulait ?

Elle abaissa son visage, complètement submergée par le nombre d'informations.

Elle n'arrivait tout simplement pas à se concentrer. Elle venait d'apprendre que son père ne l'avait pas vraiment sacrifié, du moins pas de son gré, et cela la chamboulait…

Cela changeait-il ce qu'il s'était passé ?

- Il souhaitait…

La bouche entrouverte, elle observa le Nara, pendu à celle-ci.

Devait-elle lui dire ? Avec ce qui venait de se passer, elle était certaine qu'il s'agissait bien de Shikaku devant elle, mais pouvait-elle se permettre de lui faire confiance ?

Relâchant la pression dans ses poumons, elle se décida finalement à le faire.

- Il souhaitait Naruto.

Si toute cette histoire était vraie, alors l'Uchiha était peut-être encore sous les ordres du Shimura… mais… pourquoi l'avait-il laissé en vie ? Elle ne comprenait pas.

- Qui est Naruto ?

Elle ne put s'empêcher de dévisager l'homme assis face à elle.

- Vous… ne le connaissez pas ?

Elle eut besoin d'un signe négatif de la tête de la part de Shikaku ainsi que quelques secondes de réflexion pour comprendre le malentendu.

Il ne faisait aucun doute que, d'une manière ou d'une autre, l'Uchiha avait rendu visite à quadragénaire avant de venir la voir, et il ne faisait aucun doute que s'il avait joué son rôle à la perfection s'était uniquement car il avait eu les informations de la bouche de Shikaku en personne. Et par conséquent, l'ancien chef des Jōnins était bel et bien la personne qui, à l'époque, avait révélé la position du bunker à Jiraiya. Il se devait donc de le connaitre.

Mais elle avait aussi eu une autre information, une information qui expliquait pourquoi le Nara ne semblait pas connaitre Naruto, du moins pensait ne pas le connaitre : après l'évènement du bunker, l'ancien Sannin avait complètement disparu et n'avait pas donné signe de vie. Il s'agissait là de ses propres mots, enfin, techniquement.

Shikaku Nara ne savait simplement pas comment il s'appelait.

- Il est le fils du quatrième du nom, Naruto.

Le regard face à elle, malgré l'information, en resta imperturbable.

- Je crois que nous avons beaucoup à nous dire, Hinata.


Infos chapitre suivant : D'opale et d'obsidienne, partie 6. (Correction, 22/07/2022, 14500 mots.) Je vais poster le chapitre dans les jours qui suivent.