Note : Je m'excuse de ne pas avoir pu poster avant. J'ai eu le covid pendant deux semaines et je n'avais pas l'envie d'écrire, de par la fatigue, le mal de tête, de gorge, et le manque d'oxygène que je ressentais. De plus, je me suis blessé à la main et ne pouvais pas l'utiliser durant cinq jours, cela m'a aussi énormément retardé. M'enfin, après un mois et onze jour je poste la suite, qui est encore une scène continue, pour changer. Encore une fois, le fait d'écrire en improvisant à fait que je me retrouve avec une partie 7, qui sera la dernière. Je l'ai en tête, je sais les scènes et comment elles se terminent et rattrapent la trame principale. Donc ce sera bel et bien la dernière sinon je me tue moi-même. ^^

Sur ce j'espère que ce chapitre, bien qu'il ne me plait pas énormément et que j'aurais aimé l'améliorer, vous plaira. Bonne lecture. Désolé pour les fautes.


Taille chapitre : 15000 mots.


D'opale et d'obsidienne

Partie 6


Combien de cerveau avait bien pu manipuler Shisui Uchiha ? Une dizaine ? Une centaine ? Un millier ? À qui pouvait-elle se fier ?

Seule et assise au beau milieu de la source chaude, les jambes recroquevillées sur sa poitrine et une serviette trempée déposée sur sa chevelure d'obsidienne, elle submergea la moitié de son visage sous l'eau et la vapeur.

Shikaku n'avait pas su répondre à cette dernière question, du moins que vaguement. Là où Shisui lui avait explicitement confirmé que le Raikage avait été sa première victime, le Nara avait seulement supposé la même chose.

Tout ce qu'elle savait été que lors du sommet entre le Feu et la Foudre, qui avait eu pour objectif un pacte de non-agression entre les deux pays, Shisui avait utilisé son Sharingan sur le Raikage. Cela avait été subtil, et personne ne l'avait remarqué. Pas même les gardes du chef de Kumo.

Un Kage agissant bizarrement se remplace, un Kage incohérent se remplace. Un Kage agissant comme à son habitude et œuvrant de manière cohérente se maintient. Du moins, cela était un fait avérer jusqu'à l'intronisation du cinquième Hokage.

Quatre mois.

Son enlèvement avait été organisé quatre mois avant qu'il n'ait lieu. Ce qui voulait dire que, à cette époque, à ses quatre ans, pendant qu'elle faisait de la balançoire, qu'elle s'entrainait matin et soir, qu'elle lisait de vieux grimoires, des hommes et des femmes avait mis en place un plan qui allait lui ruiner la vie.

Organiser l'enlèvement d'un enfant de quatre ans… quel genre de cerveau malade fallait-il avoir pour en arriver là ? Certes, ils obéissaient aux ordres de leur hiérarchie, mais cela n'excusait pas tout. En fait, cela n'excusait rien du tout.

Elle avait demandé au Nara pourquoi elle. Pourquoi Danzō avait fait tout cela, et la réponse ne l'avait pas satisfaite du tout. Pourquoi elle ? Car elle était importante aux yeux des Hyūga, aux yeux de Konoha. Elle avait été choisie de par sa naissance. C'était tout. Il n'y avait aucune autre raison. Elle avait été enlevée, car elle était née, et il n'y avait rien qu'elle aurait pu changer.

Pourquoi Danzō avait-il fait tout cela ? Cela encore n'avait rien avoir avec elle. Un simple concours de circonstance. Encore une fois, elle était née dans la mauvaise famille, à la mauvaise époque.

Quatre ans avant son enlèvement, avant même sa naissance, au moment de l'investiture de Danzō, la faction la plus influente de la Feuille, dite la modérée, s'était opposée à l'intronisation de celui-ci et à la faction qu'il représentait, la nationaliste. Cette dernière ayant eu le soutien des Uchiha et des Hyūga en contrepartie de promesses faites par le Shimura, les tensions entre les deux plus influentes factions de la Feuille s'étaient arrêtées à de simples querelles politiques.

De l'histoire, seuls les Senju avaient osé tenir tête aux Uchiha, et ceux-ci n'étaient plus. Distillés au sein même du village, des villageois, avec la mort presque simultanée du Shodaime et du Nidaime, la hiérarchie du clan avait fini par disparaitre au fil des décennies. Pour couronner le tout, les Hyūga étaient de la partie, ce qui voulait dire que, à ce moment-là, se dresser face à l'Hokage aurait été synonyme de suicide, et rares étaient les personnes prêtent à mourir pour leurs idéaux.

Cependant le chiffre n'était pas nul.

Retirant la serviette sur sa tête, elle plongea son visage sous l'eau avant de le ressortir et de rabattre ses cheveux dans son dos.

Si son père avait dans un premier temps soutenu Danzō, de par les promesses que celui-ci lui avait faites, celles de faire passer son clan au premier plan du village et de protéger leur héritage, il avait rapidement déchanté face à l'oppression que faisait exercer le Shimura sur les factions qui ne le soutenaient pas.

Dans le plus grand secret, les Hyūga avaient changé de camps. Cela avait mis quatre années et, contrairement à ce qu'avait pu prévoir Danzō, durant ce laps de temps la faction modérée était montée en puissance, en influence, bien plus que celles qui le soutenaient.

D'après les dires de Shikaku, alors l'une des têtes pensantes de la modérée à ce moment-là, ils s'apprêtaient à faire un gros coup. Un coup d'État pour être tout à fait exact. Et, si le Nara avait été certain d'une chose lorsqu'il lui avait raconté, c'était bien que l'opposition n'aurait eu aucune chance si celui-ci avait eu lieu. Et ce même si le Daimyō du pays soutenait l'Hokage.

Ils étaient deux fois plus nombreux et plus des deux tiers de Jōnins étaient avec eux. Seulement, quelques semaines avant qu'ils ne passent à l'acte, avant qu'ils ne libèrent le village du joug de l'homme de tous les complots, elle fut enlevée, et la quatrième Grande Guerre fut déclarée.

Une sacrée coïncidence, n'était-ce pas ?

Récupérant le morceau de savon naturel sur la pierre minérale, elle fit remonter l'une de ses jambes hors de l'eau afin de doucement la frotter.

Son paternel ainsi que les doyens de son clan avaient fait partie du coup d'État qui s'était fomenté, et la suite de l'histoire, elle la connaissait. Shisui Uchiha la connaissait, contrairement aux innocentes victimes à qui l'opportunité leur avait été retirée.

Danzō avait profité de la guerre pour empêcher le coup d'État et se faire de nouveaux alliés, pour étouffer la faction modérée, et pour ressortir en véritable héros du conflit.

Il s'était allié au Kage du Vent, du Son, et avait minutieusement fait disparaitre les têtes pensantes de la faction modérée au cours des cinq premières années de guerre. Les Hyūga de nouveau de son côté grâce à Shisui, l'oppression avait atteint des actes encore inégalés.

Menace, passage à tabac, assassinat, suicide forcé. Shikaku fut le premier, et ce, encore une fois, dans le plus grand des secrets. Enfin, disons plus tôt que personne n'avait osé en parler.

Quelque temps - mois - après le début de la guerre, après le rapport que le Nara avait écrit sur elle, le chef du clan des cerfs fut envoyé en mission par Danzō lui-même aux frontières des Cascades et du Feu afin d'y rencontrer le Kage de Taki, afin de représenter la Feuille lors de l'échange.

Taki n'ayant fondamentalement aucune attache avec une grande puissance et possédant un démon à queue était, à cette époque, considérée comme la nation mineure la plus puissante de la péninsule ninja. En faire un allié aurait été synonyme de victoire assurée.

Le Nara n'avait pas été dupe, il avait su avant même de s'y rendre qu'aucune mission de l'attendait aux frontières, aucune rencontre, aucun échange. Même si les Cascades devaient rester seul lors de la guerre, même si celle-ci atteignait leur frontière, ils n'auraient jamais accepté une alliance après la débâcle que leur avait infligée Konoha lors de la troisième Grande Guerre. Pas après ce qu'avait fait le Yondaime à lui seul.

Le moindre de ses gestes épiés, surveillés, de jour comme de nuit, Shikaku n'avait même pas pu dire au revoir à sa famille, et il s'agissait là, d'après ses dires, de son plus grand regret.

Le second point commun qu'ils partageaient.

Comme le Nara l'avait deviné, il n'eut aucune rencontre. En fait à mi-chemin de celle-ci, l'équipe qui lui avait été attribuée avait tenté de l'éliminer, tout bonnement. Il en avait perdu son bras, une partie de la motricité de sa jambe gauche, ainsi que ses amis, sa famille. Le rapport de la mission ? Une embuscade de Tsuchi qui, sous la mort du respecté et craint Shikaku Nara, avait confirmé.

N'importe quel mensonge était bon à prendre si cela galvanisait les troupes.

Shikaku ne lui avait pas expliqué comment il avait survécu à tout cela, comment il en était arrivé à être accepté à Tetsu, et pour être honnête, elle n'avait pas cherché à savoir.

Tout du long de ses explications, elle n'avait eu qu'une seule pensée, qu'une seule émotion bouleversée.

Son père l'avait aimé. L'aimait.

Certes, il avait été victime et été toujours victime d'un des plus puissants Genjutsus de l'histoire, si ce n'était le plus puissant, mais les faits étaient là, et cela lui suffisait amplement : il ne l'avait pas sacrifié de son plein gré. Cela n'avait pas été sa décision. Derrière un voile de chakra et d'illusion, il l'avait pleuré.

Tandis que le Nara avait continué son monologue et s'était mis à lui parler de pourquoi les Cacades s'étaient alliées à la Terre, comment la guerre s'était terminée, elle avait fait une digression afin de lui poser une question.

La réponse lui avait fait oublier son paternel, immédiatement.

Doucement, elle se frotta les épaules, les clavicules, les bras, puis la poitrine, avant de se mettre à genou et, l'eau chaude au milieu des hanches, se nettoyer le reste du corps.

À plus de mille cinq cents kilomètres, dans un village dont elle ne se souvenait plus, elle avait une petite sœur.

Toute sa captivité, toute sa vie, elle s'était demandée si l'enfant qu'avait porté sa mère dans ses souvenirs était un frère ou une sœur, et maintenant qu'elle avait la réponse, elle ne pouvait dire à quel point cela la rendait heureuse.

D'après ses calculs, celle-ci devrait avoir douze ans. Elle devait l'avouer, elle avait passé une grande partie de la nuit à s'imaginer la vie qu'elle avait menée, qu'elle menait, ce qu'elle avait pu faire et faisait, ce qu'elle aimait manger, si elle aimait s'entrainer, lire… si sa mère lui avait parlé d'elle. Si elle avait entendu parler de sa grande sœur.

Des questions auxquelles elle n'aurait jamais de réponses.

Lavée, de nouveau assise dans l'eau et sentant la lavande, elle observa le savon se diluer autour d'elle.

Pour la première fois depuis plus de deux ans, elle avait passé une nuit entière sans penser à lui. Pour la première fois, sa chevelure dorée était sortie de sa tête, et le douloureux vide que cela créait en elle la laissait pantoise.

Même après deux années, avait-elle réellement envie de l'oublier ?

La porte coulissante dans son dos s'ouvrit et, observant jusqu'alors le mur de pierre qui séparait la nature de la demeure dans laquelle elle résidait, elle se tourna vers celle-ci. Le courant d'air frais fit danser la vapeur environnante et lui brouilla la vue avant de lui laisser observer l'homme immobile dans le couloir.

Dans les un mètre quatre-vingt, les cheveux longs, bruns, et attachés en chignon, l'homme était habillé d'une veste de kimono bleu foncé ainsi que d'un t-shirt et pantalon blanc. Pieds nus, les yeux vert clair, il ne devait pas avoir plus de vingt ans.

Une main dans la poche et l'autre maladroitement pointée dans sa direction, il cligna plusieurs fois des paupières dans un silence mortuaire, avant de finalement s'exprimer d'une voix outrée.

- Vous… vous êtes qui ? Et qu'est-ce que vous faites chez moi ? Qui… qui vous a autorisé à vous laver ici ? … Gardes !

Quelque peu surprise, elle observa le jeune homme sans ciller. Elle observa son accoutrement valant certainement plus que l'avenir qu'elle se prévoyait, ses pupilles de jade qui essayaient de la distinguer au travers de la fumée, mais surtout le pendentif qu'il portait.

Le même Kamon dessiné sur la couverture qui l'avait réchauffée.

Chez moi… était-il… ?

Face à son silence et d'un pas agacé, il s'avança à l'intérieur de l'onsen et sous la virevolte du bas de sa veste, rapprocha son index menaçant à moins de trois mètres.

- Je viens de vous demander qui vous ê… êt… êti…

Soudainement tétanisé et livide, au bord de la source chaude que la montagne Tsukuba produisait et plus proche qu'il ne l'avait jamais été, son nouvel interlocuteur ne parvint pas terminer sa phrase.

Dans un premier temps elle crut que tout comme les personnes qui croisaient son regard, il avait été effrayé par son Byakugan, mais suivant les lignes de son regard, elle se rendit à l'évidence qu'il n'en était rien. Ce n'était pas ses yeux qu'il observait. Son attention se trouvait un peu plus basse, sur l'eau translucide qui se mouvait au gré de ses mouvements de jambes.

Elle en était maintenant convaincue, l'homme devant elle était le troisième prince héritier… comment le Kashira avait dit qu'il s'appelait ?

Comprenant soudainement la situation ainsi que le manque de respect dont elle faisait preuve, elle quitta sa position en seiza et se releva. L'eau ruissela sur son corps et la serviette abandonna de nouveau sa chevelure afin de plonger dans la source chaude. D'un air calme, elle secoua ses deux mains devant son visage.

- Il s'agit d'un malentendu, le Kashira Deisuke m'a… m'a…

Tout comme il l'avait fait précédemment, elle s'arrêta dans son explication. À la simple vue du regard qui lui faisait face, elle comprit qu'elle n'avait pas à se justifier.

La panique se répandit en elle lorsque le visage du prince vira au rouge, voire au violet, et qu'elle crut qu'il était en train de s'étouffer. Elle fit un mouvement de jambe dans sa direction tandis que, au même moment, plusieurs courses effrénées se firent entendre sur le bois du corridor.

Les paupières soudainement écarquillées, le prince se retourna brusquement et se mit à courir en direction de la porte grande ouverte. Tellement vite que son orteil frappa le coin de celle-ci et qu'il hurla de douleur avant de percuter et traverser le mur en toile d'en face dans un bruit rocambolesque.

La seconde qui suivit, deux gardes en armure légère et bandana se présentèrent face au trou béant, affolés.

- Mitsunari-sama que se passe-t-il ?!

- Vous allez bien Votre Altesse ? Vous n'avez rien de cassé ?!

Le plus petit des deux gardes et premier arrivé, avoisinant la taille du prince, tourna légèrement la tête vers l'intérieur de la pièce grande ouverte, vers elle, et la voix hystérique du prince l'arrêta juste à temps.

- NE VOUS RETOURNEZ PAS !

Se relevant malgré la douleur de son pied, Mitsunari s'extirpa de la chambre par le trou qu'il avait engendré et, dans une grimace, désigna le couloir d'un mouvement de tête.

- Il n'y a rien vous pouvez disposer j'ai simplement vu une grosse araignée et j-

- Une araignée ?! Où ça ?! Est-elle venimeuse ?! Vous a-t-elle mordue ?! Allez-vous mourir ?!

Ce fut au tour du second arrivé de tourner la tête vers la vapeur d'eau, mais il n'eut pas le temps de croiser son regard d'opale que le prince le bouscula afin de se saisir de la porte et de brusquement la fermer.

- Je l'ai tué ! Il n'y a plus rien à admi… c-craindre ! À craindre ! Vous pouvez disposer il s'agissait d'un simple test je souhaitais voir à qu'elle vitesse vous accourriez si jamais un ninja attentait à ma vie hahahahaha…

La porte fermée et un sourcil surélevé, elle observa les trois silhouettes au travers de la toile.

Le troisième prince héritier… était-il tombé sur la tête étant petit ?

- Un… test ? Mitsunari-sama, vous avez dit qu'il y avait une araignée cela aussi était un-

- E-Exactement ça l'était aussi ! Maintenant, partez.

Le bras du garde ayant croisé son regard se releva inévitablement vers la porte.

- Il y a une fe…

- VOUS ALLEZ DÉGAGER BORDEL ?!

Les ombres des gardes sur le mur en toile s'inclinèrent avec frayeur, puis rebroussèrent chemin aussi vite qu'ils étaient arrivés, soit de manière affolée.

Le silence reprit place et elle écouta attentivement le moindre son de l'autre côté de la porte. N'en entendant aucun, pas même une respiration, elle s'en inquiéta immédiatement.

- Tout va… bien ?

Le sursaut ne se fit pas attendre contrairement à la réponse qui elle ne vint jamais.

Une forte inspiration se répandit dans le couloir tandis qu'elle se dirigea en dehors du bassin. Les vaguelettes que produisirent ses mouvements de jambe n'eurent pas le temps d'atteindre la structure en bois que la voix du prince s'éleva.

- Je… je suis désolé… ce n'était pas dans mes intentions de vous… je ne savais pas que… et puis je n'ai presque rien… enfin si, mais ce n'était pas… ce que je veux dire c'est que…

Les bafouillages durèrent jusqu'à ce qu'elle sorte de l'eau et, lorsque l'air frais l'encercla, elle parvint à déchiffrer la raison du timbre embarrassé.

Elle abaissa son regard sur son corps nu et se frappa plusieurs fois le front de la paume de sa main.

Tournant sur elle-même, elle chercha alors la serviette. Se remémorant que celle-ci se trouvait dans l'eau, elle se rapprocha à pas feutrés du bois coulissant. Le rythme cardiaque de l'autre côté de celle-ci n'en fut que plus palpitant.

Elle pourrait remettre ses vêtements sales, mais l'odeur que cela engendrerait avec l'eau ne l'enchantait guère.

- Ce n'est pas grave... pourriez-vous m'apporter une serviette s'il vous plait ? Je ne pensais pas que quelqu'un viendrait ici alors je…

La porte s'ouvrit sur quelques centimètres et un textile bleu foncé se présenta aussitôt à l'embrasure. Impressionnée par la rapidité avec laquelle son problème venait d'être résolu, elle récupéra néanmoins la serviette en prenant bien soin de ne pas toucher la main du prince.

- Merci.

La porte claqua et, l'attention posée sur le textile, elle sursauta légèrement.

Il ne s'agissait pas d'une serviette, mais d'une veste. La veste bleu foncé qu'elle avait pu apercevoir sur les épaules du prince une minute plus tôt.

- Vous êtes sûr ? Je vais la mou…

- Habillez-vous juste, je vous en supplie.

Elle observa un instant la soie avant de hausser des épaules. S'en habillant rapidement, elle fit basculer sa tête sur le côté et essora ses cheveux. Puis, à la suite de l'écoulement de l'eau sur le bois et maintenant le vêtement au niveau de sa poitrine, elle ouvrit la porte.

À ce moment-là, une seule affirmation se présenta à ses pensées : la prochaine fois elle préviendrait.

Elle s'écarta si rapidement qu'elle eut le temps de voir la surprise se répandre sur le visage du prince tombant à la renverse, ainsi que l'incompréhension, et enfin la peur. Dans un bruit sourd, il s'écrasa sur le plancher et elle serra les dents à l'entente du rictus de douleur.

Arborant une expression innocente, elle se pencha au-dessus de sa victime aussi rapidement qu'elle aurait pu dire désolée.

- Vous n'avez rien de cassé ?

Complètement tétanisé sur le sol, les yeux fermés, la mâchoire contractée, il essaya de répondre à sa question, mais, la bouche entrouverte et le souffle coupé, il se contenta de lui répondre à la négative d'un mouvement de la tête.

Doucement il ouvrit un œil puis, reprenant son inspiration, ouvrit le second. Il l'observa alors dans une grimace tandis qu'un air surpris lui déforma le visage. D'un geste rapide de la main, il balaya le vide qui se trouvait entre eux avant de froncer les sourcils.

Elle comprit en un rien de temps ce qui le tracassait, ce qui confirma ainsi ce qu'elle avait pensé plus tôt : il n'avait réellement pas pris la peine d'observer son visage jusqu'alors.

- Je ne suis pas aveugle.

Les secondes passèrent sans qu'il la quitte des yeux, ce qui lui fit un instant croire qu'elle possédait un autre Dōjutsu tant il resta hypnotiser par celui-ci.

- Suis-je mort ? Êtes-vous un ange ?

Rougissant légèrement, elle ne put que sourire face à la dernière question et, d'un mouvement de main, elle rabattit une partie de ses cheveux derrière son oreille droite.

- Vous êtes vivant, Votre Altesse.

Il la quitta un instant des yeux afin de se tapoter le thorax et le visage.

- Je suis vivant.

Puis ramena son attention sur elle, ou plus précisément sur ses pieds nus qu'il remonta lentement jusqu'à atteindre ses genoux, puis ses hanches. Une nouvelle fois ses joues tirèrent vers le rouge, mais cette fois-ci elle ne s'en inquiéta nullement. Maintenant la veste fermée au niveau de son entrejambe ainsi que sa poitrine, elle savait qu'elle n'avait rien à se reprocher. S'il faisait une syncope, cela n'était pour une fois pas de sa faute.

Réalisant ce qu'il faisait, le troisième prince ferma fortement les paupières et balança son avant-bras sur celle-ci afin de les cacher.

- Vous ne pouvez pas mettre un pantalon ou quelque chose dans le genre ?

- Il est sale, je le porte de-

- Je m'en moque, habillez-vous-en.

Écoutant l'ordre qui venait de lui être donné, elle se tourna vers le petit meuble dans le coin de la pièce, là où elle y avait déposé ses vêtements, mais bougeant à son tour afin de se relever, son donneur d'ordre se crispa de douleur, ce qui lui fit rebrousser chemin.

- Vous êtes sûr que tout va bien ?

La crainte se répandit inévitablement dans ses pensées. Si jamais elle l'avait blessé, elle ne pouvait même pas imaginer les conséquences.

- Je crois que… je me suis déplacé une vertèbre.

Malgré la situation, elle se retint de souffler de soulagement.

S'il pensait cela, alors c'était que tout allait bien.

- Une vertèbre ne se déplace pas aussi facilement, vous avez dû vous froisser un muscle.

Elle récupéra presque instantanément la foudre du regard du prince héritier.

- Je sais ce que je dis, si je dis que je me suis déplacé une vertèbre c'est que je… me suis…

Avant que celui-ci ne zieute sur ses jambes et qu'elle ne le perde pour la troisième fois.

- Essayez de vous asseoir, je vais voir ce que je peux faire pour vous soulager.

À sa grande surprise, il s'exécuta sans un mot et… avec une rapidité presque surréaliste si elle se fiait à la grimace qu'il extériorisa.

- T-Très bien, mais je vous préviens je n'enlève pas mon t-shirt.

- Cela n'est pas nécessaire, Votre Altesse.

Faisant face au dos du prince, elle relâcha la veste au niveau de sa poitrine et déposa avec douceur son majeur ainsi que son index sur le haut de sa colonne vertébrale. Elle le sentit frissonner, mais ne s'en formalisa pas, une autre question la tourmentait d'ores et déjà.

Tous les princes, était-il tous aussi insouciants ? Elle se le demandait vraiment. Ils ne la connaissaient pas, pour autant ils ne cessaient de lui tourner le dos. Elle pourrait le tuer là, en un seul mouvement. Était-ce parce qu'elle était une femme ? Cela lui offrait-il de la confiance supplémentaire en ce bas monde, auprès des hommes ? Ou bien cette société lui offrait-elle inconsciemment plus de confiance, car elle était jolie ? Tellement jolie que ses pupilles opalines étaient passées inaperçues.

Le textile blanc se volatilisa afin de laisser apparaitre des milliers de veines et vaisseaux bleutés. Suivant les tenketsus des poumons ainsi que ceux du cœur du prince héritier, elle fit doucement glisser ses deux doigts sur la courbure de son dos avant d'atteindre l'anomalie au niveau du foie.

D'une simple pression, elle détendit le muscle à l'origine de la douleur et ne put que constater sa réussite lorsque le chakra au niveau du visage devant elle s'apaisa à son tour. Elle retira alors sa main et le prince fit aussitôt quelques mouvements de bassin.

- C'est incroyable, je n'ai plus mal. Comment avez-vous f-AAAAH !

S'étant retourné à la suite de son étonnement, il croisa finalement et pour la première fois son Byakugan. Son Byakugan activé qui plus est, et le hurlement fut mémorable. Enfin, surtout pour ses tympans.

Il se recula si rapidement sur ses mains qu'elle crut que l'araignée dont il avait parlé se trouvait véritablement dans la pièce. Ce ne fut que lorsqu'il rencontra lourdement le mur en bois qu'elle put voir le muscle qu'elle venait de détendre reprendre sa position initiale.

Cette fois-ci et à moins d'une vingtaine de centimètres, ses yeux d'opales n'étaient pas passés inaperçus. Pas du tout même. En fait, ceux-ci venaient tout bonnement de faire disparaitre la beauté de ses jambes, sa poitrine, et son visage.

Maintenant, la considérait-il toujours comme une jolie femme ou comme un ninja sanguinaire ?

La réponse se trouvait sur l'expression qu'il lui adressait. À la simple vue de la terreur qui le parsemait, elle n'eut pas à l'observer bien longtemps.

Un assassin.

-V-V-Vous êtes une… une Hy… une Hyūga… ?

Avec panique il jeta un rapide coup d'œil au couloir, espérant que son hurlement ait attiré l'attention des gardes, mais ceux-ci ne se manifestèrent pas. Tous deux positionnés à l'entrée de la demeure à une quarantaine de mètres, mains sur la garde de leur katana, ils l'avaient parfaitement entendu et avait même tourné la tête, mais, croyant à une seconde araignée et ne voulant pas se faire engueuler, ils n'avaient pas bougé.

- Oui.

La panique se décupla à sa confirmation.

Elle parvenait dorénavant à capter son regard avec une facilité déconcertante, cela en était presque dérangeant.

- Q-Que voulez-vous ? P-Pourquoi êtes-vous ici ?

Elle ne répondit pas à la question. Elle n'en avait plus besoin.

Elle désactiva son Byakugan et tourna son visage vers la porte coulissante afin d'observer le nouvel arrivé. Son premier réflexe fut de se relever et de refermer le textile au niveau de sa poitrine avant de finalement le dévisager.

Habillé d'un hakama noir, d'un t-shirt noir, d'un hoari noir et de jikatabis noirs, ses cheveux noir de jais et détachés tombaient jusqu'au bas de son échine. Elle eut du mal à comprendre de qui il s'agissait, mais parvint néanmoins à le deviner grâce à la structure de son visage.

Bien que plus fine, il possédait la même que le premier prince héritier. Le même regard aussi sombre qu'une nuit orageuse.

Le troisième prince, face à son manque d'attention, tourna à son tour son visage vers la porte, et sa réaction confirma ses pensées.

- G-Grand frère !

Le grand frère avait été rapide. Très rapide. Il lui était apparu à une centaine de mètres seulement quelques secondes plus tôt. Le troisième prince n'avait eu le temps de lui poser qu'une seule question paniquée qu'elle l'avait vu se réceptionner sur le plancher du couloir l'instant d'après.

Cent mètres en quatre secondes et ce en comptant le temps de réaction… était-ce possible pour un samouraï ? Et puis, comment les avait-il entendus d'aussi loin ?

Elle connaissait le premier prince, et le troisième venait d'appeler celui-ci grand frère. Cela voulait dire qu'il ne pouvait qu'être le second. Et si elle se souvenait bien des dires du Kashira il y en avait six en tout. Elle en connaissait donc maintenant la moitié.

Le visage tendu, le second prince ne porta aucune attention à son petit frère. Ce ne fut pas pour autant qu'il ne lui adressa pas un timbre sévère.

- Que fais-tu ici, Mitsunari ?

Celui-ci ne put qu'être choqué par la question.

- Que-ce… ce que je fais ici ? Tu me poses vraiment la question ?!

Il la pointa immédiatement de son index sans que, elle aussi, ne lui prête la moindre attention.

- TU NE VOIS PAS QU'IL Y A UNE HYŪGA JUSTE DEVANT TOI ?!

C'était étrange. La plupart du temps, même si la rencontre avait été préparée, lorsqu'une personne croisait son regard, celle-ci était soit apeurée, soit émerveillée, cela dépendait de la manière qu'elle avait de les aborder. Là, il n'y avait rien de tout cela, cet homme semblait complètement aseptisé à son regard.

Avait-il déjà pu voir le Byakugan de son vivant ?

Pour la première fois, elle perdit le contact oculaire avec le second prince.

- Elle est une invitée de père, Deisuke l'a installé ici jusqu'à ce qu'elle rencontre la cour.

À son tour, elle observa le troisième prince qui, toujours assis à même le sol et les sourcils froncés, ne comprenait absolument rien à la situation. Seulement que ce que venait de dire son frère confirmait ce qu'elle lui avait dit une minute plus tôt.

Cette même phrase qu'il avait oubliée à la couleur de sa peau.

- Q-Quoi ? Pourquoi je n'ai pas été prévenu ? Deisuke-sama aurait au moins pu me dire qu'il allait héberger cette… femme chez m-

- Si tu traînais moins dans les bains publics et plus au palais tu aurais été mis au courant. Maintenant si tu n'as plus rien à dire relève-toi et va voir père, il t'attend.

Elle rapporta son attention sur le timbre sec et fut surprise d'accueillir le regard du second prince qui l'examinait à nouveau. Malgré l'intensité de ses pupilles noires, elle parvint à en rester impassible.

Contrairement à Musashi qui avait un timbre rauque et Mitsunari qui possédait un ton plus aigu, le deuxième prince avait une voix qui se trouvait entre les deux. Moins… charnue, plus élégante, à l'opposer du guerrier, tendant plus vers celui du noble, soit les deux titres que possédait un samouraï.

Mesurant lui aussi dans les un mètre quatre-vingt et possédant un âge qu'elle ne parvenait pas à deviner, mais qui se trouvait entre ses deux frères, soit entre vingt et trente, il possédait, tout comme la Kashira, aucune cicatrice visible.

Ne s'était-il jamais battu ou ne l'avait-on jamais touché ? La même question résidait. Si elle ne l'avait pas vu se déplacer aussi rapidement elle aurait certainement opté pour la première réponse, mais maintenant elle ne doutait pas qu'il s'agissait de la seconde.

Cet homme se laissait sous-estimer. Sans son Byakugan, cela aurait été ce qu'elle aurait fait. C'était assez fou à dire mais, si elle devait comparer le chakra du Kashira, du premier prince héritier, ainsi que des gardes qu'elle avait vus jusqu'ici, à cet homme, alors ceux-ci n'étaient que des élèves et il était le maitre.

Oui, elle le ressentait au fond d'elle. Il l'intimidait quelque peu.

Se tenant le dos, le troisième prince passa devant elle en boitant et marmonna quelques mots qui s'estompèrent bien raisonnablement lorsqu'il passa devant son grand frère.

- Je… chez moi… sermonner… enfant…

Il releva la tête et offrit un resplendissant sourire au second prince avant de lui passer devant et de faire disparaitre son rictus forcé dans le couloir.

Un mouvement de lèvre supérieure et un semblant de responsabilité plus tard, le timbre calme du plus âgé s'éleva finalement.

- Va voir Kōan-sama pour ton dos et préviens père que l'on arrive.

Les pas devinrent de plus en plus éloignés, jusqu'à ne plus se faire entendre. Puis la voix aigüe et lointaine du troisième prince héritier se manifesta une dernière fois.

- Récupère la veste ! Elle fait partie de la collection de grand père, si je la perds il va me tuer !

Fermant un instant les paupières, le second prince soupira longuement avant de se remettre à l'observer. Ce qui s'en suivit la laissa bouche-bée.

Il effleura son poignet gauche et un nuage de fumée éphémère se répandit à l'embrasure de la porte afin de laisser apparaitre des vêtements propres dans ses mains.

Machinalement elle bougea la tête sur le côté, l'air de dire qu'elle ne croyait pas à ce à quoi elle venait d'assister, puis il déposa la pile de linge devant la porte et elle n'eut d'autre choix que de revenir à la réalité lorsqu'il lui adressa la parole pour la première fois.

- Habillez-vous, ensuite nous nous rendrons au palais. Je vous attends à l'entrée.

Et il ferma la porte, comme cela, sans la moindre explication.

Elle resta de marbre, sans bouger, sans respirer. Elle écouta là aussi ses pas s'éloigner, puis lorsqu'ils ne furent à leur tour plus audibles, elle prit une grande bouffée.

Venait-il… d'utiliser du Fūinjutsu ? Comment ?

Le temps défila, tous comme les questions, jusqu'à ce qu'elle pose son attention sur les vêtements et que ses réflexions ne passent au second plan. Ses sourcils se froncèrent, son humeur passagère se volatilisa, ne laissant qu'un frisson qui lui glaça le sang.

Elle fit un pas vers la porte et, arrêtant de maintenir la veste de kimono, en fit un second, un troisième, quatrième, puis s'agenouilla. Son regard s'écarquilla, sa mâchoire se serra et ses doigts se crispèrent sur la soie.

Il reviendra, attends-le. Il t'aime. Il t'aime plus que tu ne le croies.

Elle se l'était toujours demandé depuis ce jour.

Il était vrai que parfois elle oubliait son visage, mais ses larmes et son Byakugan lui revenaient toujours dans ses rêves. Cette femme qu'elle avait vue lorsqu'elle s'était jetée du pont, lorsqu'il l'avait ramené à la vie. Cette phrase qui la hantait et qui était en partie la raison pour laquelle elle continuait d'espérer.

Elle s'était toujours demandée s'il avait s'agit d'une hallucination, d'un dernier acte de son cerveau afin de lui donner envie de vivre. Mais depuis quelque temps maintenant, son reflet dans la rivière la faisait douter. L'avait laissé penser que, peut-être, elle la connaissait. Une infime possibilité qu'elle puisse connaitre cette femme mieux que quiconque.

Un souffle à la fois hilare et stupéfait s'éjecta d'entre ses lèvres entrouvertes. Avec crainte, délicatesse, ainsi que de légers tremblements, elle souleva la pile de vêtements. Elle releva le yukata noir à fleurs blanches, le ruban rouge, l'épingle dorée.

Se relevant elle ouvrit la porte et marcha rapidement vers la chambre qu'elle occupait et qui se trouvait juste après le couloir. Elle s'y renferma à l'intérieur et retira aussitôt la veste du troisième prince afin de s'habiller du yukata. Ce qu'elle pensa être une simple formalité fut en fait un vrai calvaire. Les sous-vêtements ainsi que les chaussettes furent faciles, les jikatabis furent une formalité, mais le yukata quant à lui…

Ne s'étant jamais habillée avec une telle tenue, elle mit littéralement plus de dix minutes pour le faire et, transpirante, essoufflée, elle mordit le ruban rouge avant de faire tourner sa chevelure d'obsidienne et de l'attacher avec. Puis, enfin, elle planta l'aiguille dans le chignon et, récupérant le livre à la parure jaune sur la table basse qui se volatilisa dans un nuage de fumée, quitta la chambre.

Agrippant ses mains à deux des fleurs cousues sur la soie, elle releva quelque peu le yukata afin de faciliter sa traversée du couloir, de la cour intérieure, du plancher de quarante mètres carrés, ainsi que des pierres parfaitement taillées qui servaient de guide vers l'immense arche. Les rayons solaires lui réchauffèrent son visage de porcelaine et ne le firent que plus transpirer. À mi-chemin vers la sortie de la demeure, elle tourna subitement à sa droite et se dirigea vers le jardin, ou plus précisément sur le pont et la cour d'eau.

Elle se pencha sur le rebord en bois, et le reflet qui se mouva sous ses pupilles opalines lui coupa la respiration une seconde fois.

C'était elle. Elle était la femme de son rêve.

Elle fit machinalement glisser la paume de sa main du milieu de son front à ses cheveux et, reprenant une inspiration, ne put qu'en rester figer.

Tout cela paraissait si invraisemblable qu'elle se demandait si sa mémoire n'était pas en train de se moquer d'elle. S'il n'y avait jamais eu de femme, de rêve. Ou du moins si cette réminiscence n'était que le fruit de son imagination. Si le temps l'avait altéré au point où elle se voyait dedans.

Elle releva la tête et observa les trois hommes à une vingtaine de mètres. Elle observa les deux samouraïs de part et d'autre de l'arche, mais surtout l'homme habillé de noir qui, situé juste en dessous de la structure, les mains accrochées à ses avant-bras dans son dos et lui tournant celui-ci, attendait debout au beau milieu de l'allée qui amenait dans la rue.

D'une simple impulsion de chakra dans ses mollets et ses hanches, elle se propulsa à une dizaine de mètres dans les airs et se réceptionna à moins d'un mètre du second prince. Bien que celui-ci ne se retourna pas dans sa direction, elle eut nul doute qu'il l'ait entendu, surtout si elle se fiait au gravier qui avait amorti son saut.

Sans vraiment réfléchir à deux fois, elle lui attrapa le bras droit et le força à se retourner vers elle. Bien qu'elle mît de la force, cela fut… plus difficile qu'elle ne l'aurait cru.

Se tournant néanmoins de moitié dans sa direction, elle n'eut pas le temps de lui poser la moindre question que le garde à sa droite éleva sa voix étouffée ainsi que le fourreau de son katana.

- Retirez immédiatement votre main du second prince héritier !

Les quelques passants à une dizaine de mètres, curieux, s'arrêtèrent dans leur marche afin d'observer l'incongrue scène qui se jouait sous leurs yeux, afin d'observer le second prince héritier ainsi que l'affront qu'elle osait commettre.

Le garde s'approcha un peu plus et s'arrêta net lorsqu'il put apercevoir ses pupilles. Elle sentit la tension monter soudainement d'un cran, et le souffle périodique de l'homme derrière son masque devenir erratique.

- Que-ce que…

Profondément bouleversée par ce qu'elle venait de découvrir, elle ne prêta pas la moindre attention aux deux casques ni aux villageois, tout ce qui l'important était les deux iris qui la surplombaient, et ses questions ne se firent pas attendre.

- Où avez-vous eu ces vêtements ? Qui vous les a donnés ?

Les deux iris noirs descendirent lentement sur sa main et y restèrent un instant, avant de se diriger sur le samouraï qui extirpa un peu plus sa lame de son fourreau, reproduisant le même geste que son confrère.

- Rengainez vos armes ou vous les utiliserez pour la dernière fois.

Encore une fois, elle ne regarda pas les deux hommes à sa droite et à sa gauche, mais elle sut que derrière leur masque et leur casque se trouvaient deux visages étonnés.

Ce n'était pas elle qui s'était exprimée.

Alors même qu'une Hyūga se trouvait sous leurs yeux, les deux gardes renfoncèrent leurs lames dans leurs fourreaux respectifs et, bien qu'hésitant, retournèrent à leur position initiale sans exprimer le moindre désaccord, comme si rien n'avait jamais eu lieu.

Elle dévisagea le prince tandis qu'une autre question se présenta à ses pensées.

Était-il craint à ce point ?

Elle l'observa sans ciller. Ce qu'il reproduit avec encore plus de flegme.

- Retirez votre main, je ne me répèterai pas.

Elle retira sa main. Le soleil n'éclaira que plus la mâchoire fine et ovale qui la surplombait, les joues creusées, ainsi que la peau rasée de près.

Plus le temps passé et plus elle se laissait intimider. Le pire était que cela ne semblait pas être un sentiment sur lequel elle avait la moindre autorité.

- Nous allons traverser la ville. Utilisez une métamorphose pour vos yeux, cela ne devrait pas durer plus de dix minutes.

Encore une fois, elle s'exécuta sans un mot. Elle ferma les yeux et, l'instant d'après, les rouvrit afin de laisser apparaitre ses pupilles turquoise, et attendit. Attendit encore. Elle crut qu'il n'allait jamais lui répondre, mais, étonnamment, il zieuta son accoutrement.

- Cela vous déplait ?

- Je n'ai jamais dit cela, je souhaite seulement savoir d'où ils proviennent.

Il ne répondit pas immédiatement et se contenta de surmonter le bleu de ses yeux. Un comportement qui fit naitre en elle un sentiment agacé. Ou bien était-ce parce que la situation commençait à la dépasser ?

- Je les ai achetés sur le chemin. Êtes-vous satisfaite ou souhaitez-vous aussi connaitre le prix ainsi que d'où provient la soie ?

- Cela ira, merci.

Il laissa planer son timbre sec quelques secondes supplémentaires avant de se retourner et débuter son avancée vers la rue bondée qui, étrangement, se remit en activité.

- Allons-y avant que vous tombiez à court de chakra.

Elle jeta un coup d'œil aux gardes qui tournèrent instantanément leur casque vers la verdure et, bien entendu, elle lui emboita le pas.

Il s'arrêta subitement et elle lui rentra presque dedans. Se retournant, elle crut qu'il allait encore utiliser son ton condescendant sur sa personne, mais ce ne fut nullement le cas, au lieu de cela, ce fut un timbre autoritaire qui s'extirpa d'entre ses lèvres, et celui-ci fut directement adressé aux deux samouraïs.

- Vous deux, quittez votre poste et allez au Temple du Sud. Dîtes à la Kashira Mineko que vous l'avez vu. Si quelque chose devait arriver ici, j'en prendrais l'entière responsabilité.

Les deux gardes s'inclinèrent aussitôt sous le cliquetis de leur armure.

- À vos ordres Votre Altesse.

Son Altesse se retourna et elle entama un pas, mais il s'arrêta pour la seconde fois et cette fois-ci elle se retrouva à moins de dix centimètres de son dos. Ne prenant pas la peine de se retourner, il s'adressa à nouveau aux deux gardes.

- Si un seul mot venait à sortir de votre bouche durant le trajet, je viendrais personnellement vous briefer.

Elle n'eut nul besoin de réfléchir pour comprendre qu'il s'agissait là d'une menace et, inconsciemment, le nez quasiment collé à lui, elle huma l'odeur de la soie.

Immédiatement, des milliers de souvenirs lui firent vivre une chute libre. Une descente de douloureuses réminiscences.

Jasmin.

Le sort se moquait d'elle.

Non sans lui envoyer un regard qu'elle ne capta pas, il reprit sa marche, et elle en resta de marbre. Il s'arrêta alors pour la troisième fois afin de se retourner de moitié vers elle et la dévisager.

- Quelque chose ne va pas ?

Reprenant ses esprits, elle secoua son visage et fit disparaitre sa mine attristée afin de laisser place à une impassible. Puis reprit sa marche.

- Tout va bien.

Elle qui avait imaginé tant de questions concernant le yukata noir resta étonnement muette tout le trajet.

Son regard resta brasqué au sol lorsqu'ils passèrent les nombreuses arches qui séparaient les quartiers, les jardins, les temples et les dojos, et son expression resta sans émotion lorsqu'ils descendirent l'immense rue et ses habitations de bois et de toiles. Les maisons, les échoppes, les tavernes et les onsens avaient défilé à ne plus pouvoir les compter, tout comme les regards indiscrets et les timbres atténués.

« Tu as vu la blancheur de sa peau ? Est-ce une princesse du Grand Nord ? De Hokkaidō ? »

« C'est la première fois que je vois le second prince accompagné d'une femme. Qui est-elle ? »

« Est-ce elle qui est entrée dans la demeure du troisième prince pas plus tard qu'hier ? Elle est belle, penses-tu qu'elle va rejoindre la famille de Sa Majesté ? »

« Elle lui ressemble beaucoup tu ne trouves pas ? L'espace d'un instant, j'ai cru que Kimiko-sama était de nouveau parmi nous. »

- Utilisez votre chakra pour vos yeux plutôt que votre ouïe, cela serait plus judicieux.

La voix du prince résonna dans ses tympans, et elle arrêta aussitôt d'injecter du chakra dans ceux-ci. Les sons alentour devinrent alors que de vulgaires bourdonnements indéchiffrables et son questionnement intérieur prit place.

Comment faisait-il ? L'avait-il deviné ou l'avait-il senti ? Était-il un sensoriel ? … Cela existait-il même au sein du Bushidō ? SI tel était le cas, était-il seulement un samouraï ? Elle ne voyait même pas son arme, celle-ci aussi était scellée ?

Malgré sa curiosité grandissante, elle ne posa aucune question. Cela serait futile, ce n'était pas important. D'ici une heure tout ou plus elle ne le reverrait plus.

L'architecture traditionnelle de l'époque des guerres des provinces était magnifique. Elle ne pouvait le nier. Ces formes, ces énormes poteaux et poutres de bois, ces vastes toits en tuile ou en chaume et ses cloisons coulissantes. Ces palettes de couleurs à la fois sobres et extravagantes, du noir, beige, jusqu'au rouge sang.

Une tradition de l'époque Sengoku qui s'était perdue partout ailleurs.

Contrairement aux bâtiments de béton qui s'était répandu dans la péninsule depuis la fondation des villages cachés, Tetsu était resté sur une architecture proche de la nature. Accueillant le froid de l'hiver et la chaleur de l'été, résistant aux tempêtes les plus violentes et les tremblements de terre les plus virulents. Proche du sol, de la Terre mère.

Rares étaient les structures dépassant les dix mètres. À perte de vue, les habitations laissaient apercevoir la faune et la flore et respecter la nature environnante. Mais comme toute règle, il y avait toujours une exception. Il y avait toujours ce grain de folie, cette défiance à laquelle l'homme ne pouvait résister.

Doucement, elle leva les yeux.

Elle l'observait depuis qu'ils avaient quitté la maison du troisième prince héritier. Depuis que les commérages alentour s'étaient accentués sur leur traversée.

Elle observa la gargantuesque arche située au beau milieu de la ville et des trois montagnes.

Elle observa l'immense Torii d'une trentaine de mètres qui, fait de deux piliers en béton et peint en vermillon, avait perché à son sommet juste en dessous de son toit le symbole de Tetsu, soit un cercle noir où un kanji était dessiné en son centre.

Honnêteté, courage, loyauté, honneur, respect, compassion, intégrité. Les sept vertus du samouraï. Le Bushidō, la voie du guerrier.

De part et d'autre de l'arche, des murs d'enceinte dépassants les plus grandes habitations formaient là aussi un cercle hermétique où la seule entrée se trouvait être celle qu'elle venait de traverser. Elle ne savait pas combien de mètres carrés faisait l'intérieur, quatre, peut-être cinq hectares, mais une chose était certaine : jamais encore elle n'avait vu une structure humaine aussi grande.

À côté même Izumo Taisha, le célèbre sanctuaire des Griffes, où les plus spirituelles de la péninsule se retrouvaient chaque année, faisait pâle figure.

Elle eut pour réflexe d'éviter le regard de la vingtaine de gardes, mais son chakra qui se volatilisait à mesure que les secondes passaient lui remémora qu'elle pouvait se le permettre. Ce fut donc ce qu'elle fit. Et rien ne l'étonna plus que de se rendre compte qu'aucun d'entre eux n'avait la moindre attention à leur égard.

Habillé de leurs uniformes, droits, stoïques et la main sur le fourreau de leur katana, yari, naginata, et même des arcs pour certains, ils observaient devant eux, sans un mot, sans un mouvement de casque. Les seuls samouraïs autorisés à ne pas courber l'échine devant un prince, devant Sa Majesté. Lorsqu'ils se trouvaient à leur poste, ils étaient autorisés à ne faire qu'une seule chose : surveiller.

Peut-être l'observaient-ils derrière leur masque, peut-être pas, mais une chose était certaine, ce n'était pas sa présence à elle qui leur faisait avoir une posture si rigide, si parfaite, c'était celle de l'homme qui marchait devant elle.

Allait-elle finir par savoir qui il était réellement ?

Elle soupira doucement.

Cinq minutes et elle recommençait déjà à se poser ce genre de question.

La cour intérieure était invraisemblable. Là où toute la ville était entrecoupée de flore et de rivière, la cour n'était quant à elle faite que de béton et escaliers. Une immense dalle de plusieurs hectares qui amenaient au plus grand escalier qu'elle n'avait jamais vu. Une trentaine de mètres pour plus de cinquante marches.

À droite et à gauche se trouvaient deux murs de quatre mètres où d'innombrables blasons ornaient le ciment. Elle eut nul doute qu'il s'agissait là des nombreuses familles nobles qui se trouvaient sous le joug du Daimyō de la région, qui lui-même se trouvait sous le joug du Shōgun du pays. Et eut encore moins de doute quant au fait que cet endroit servait à rassembler une armée avant que celle-ci ne parte en mission.

Le Ban de Deisuke s'était certainement regroupé ici avant de venir la chercher dans sa cabane.

Passant les dizaines de gardes positionnés juste devant les marches, ils débutèrent leur ascension. Les pensées uniquement dérangées par le bruit de leur pas, elle commença à fortement douter quant au fait que cela était une bonne idée.

Si elle devait partir s'était maintenant ou jamais.

Elle avait eu ses réponses, elle savait qui était l'homme qui souhaitait la voir et savait maintenant plus de choses qu'elle n'aurait pu l'espérer. Mais, encore une fois, sa curiosité l'emportait. Celle-ci l'emportait toujours, maintenant et à jamais.

Elle souhaitait savoir ce que le Daimyō avait à lui proposer, et surtout pourquoi Shikaku lui avait explicitement demandé d'accepter, pour son bien, son bonheur, sa sérénité, et que savait-elle encore.

Aucun mot, aucun son, pour autant les deux gardes devant les immenses portes en acier et murs intérieurs ouvrirent l'accès alors qu'ils arrivèrent à peine au sommet de l'escalier. Les deux gardes s'inclinèrent face au prince, et elle comprit que le jeu de Darumasan était terminé, un autre le remplacé : l'épiait sans la moindre discrétion.

Les deux portes se refermèrent dans leur dos et il s'arrêta devant elle. Ayant une nouvelle fois abaissé son regard sur le béton par réflexe, elle s'arrêta à son tour et releva un sourcil étonné avant d'observer par-dessus l'épaule du prince.

Elle observa les trois femmes au beau milieu de la seconde cour intérieure, ou plutôt celle au centre du groupe féminin. Les deux autres, plus en retraits, plus jeunes, ne semblaient être présentes que pour servir la première.

Aussi grande qu'elle, soit avoisinant le mètre soixante, la femme d'une quarantaine d'années était habillée d'un Jūnihitoe blanc et rouge à motif floral d'une élégance remarquable. Ce ne fut pas pour autant le vêtement unique en son genre qui attira son entière attention.

Par-dessus la chevelure noire, brillante, parfaitement coiffée en shimada de la femme se trouvaient des fleurs jaunes, une épingle blanche, et surtout un énième kanji sur celle-ci : Seishitsu.

Une femme importante, donc.

Elle aurait pu penser que la quadragénaire face à elle était l'épouse d'un membre de la cour, mais à la simple vue du regard empli de dédain qu'elle adressa au second prince, elle sut qu'il ne s'agissait pas de cela. Qu'il s'agissait de plus que cela.

- Cela fait presque une heure que votre père a rassemblé les Kugyō. Puis-je savoir ce qui vous a pris aussi longtemps ?

Une… heure ?

Du coin de l'œil, elle observa le dos du second prince.

Cela ne faisait que dix minutes qu'ils avaient quitté la demeure de son petit frère… avait-il mis aussi longtemps pour lui acheter ses vêtements, ou était-ce encore autre chose ?

- Écartez-vous.

Le timbre calme du prince résonna entre les nombreux bâtiments qui formaient le palais, ou plus précisément dans celui qui se trouvait derrière la femme. Une grande bâtisse au style traditionnel, le même que ceux qui composaient en partie la ville.

Haut, spacieux, et polychrome, l'édifice aux nombreuses attentions indiscrètes ne semblait posséder qu'une seule entrée, et celle-ci se trouvait juste devant eux, par-delà le petit escalier de quelques marches et par-delà la femme et ses deux servantes.

Nul doute que le prince pouvait les contourner, mais il ne s'agissait pas de cela. Il ne s'agissait pas de simplement éviter le problème, il s'agissait de le mâter.

- Qui est cette fe-fille ? O-Où se trouve la Hyūga ?

Les visages jusqu'alors abaissés des deux jeunes femmes derrière la seule qui parlait s'écarquillèrent de surprise.

Étaient-elles surprises de par le nom qu'avait prononcé la Seishitsu, ou de par le fait que celle-ci avait bégayé en posant son attention sur elle ?

Elle n'avait pas la réponse et ne connaissait pas cette quadragénaire, en revanche elle savait désormais une chose : la discrétion ne faisait pas partie de son vocabulaire.

- Écartez-vous, maintenant.

La femme s'écarta… mais pas du tout pour le plaisir du prince.

Contournant le second héritier et se positionnant devant elle, la femme l'observa de haut en bas, sans la moindre gêne.

- C'est elle ? Me voilà bien déçue, moi qui avais toujours voulu voir le Byakugan de mes propres yeux.

Dans un soupir, la femme s'approcha un peu plus et, plaçant son visage à quelques centimètres du sien, plissa les paupières.

- J'avais toujours entendu dire que les pupilles des Hyūga étaient blanches, voire opales pour les plus pures d'entre eux. Pourquoi les vôtres sont-ils turquoise ? Êtes-vous une bâtarde ?

- Cela suffit.

Le timbre sec du prince mit fin aux insultes, aux deux airs incompréhensibles des deux servantes, ainsi qu'à l'écoute des gardes faisant leurs rondes. Le rire narquois de la quadragénaire ne se fit pas attendre.

- Il n'y a pas à s'énerver second prince, je ne faisais que poser des questions, voilà tout.

Avant qu'elle redirige son sourire condescendant vers elle.

- Veuillez m'excuser, cela était déplacé de ma part.

Déplacé. Cela était… déplacé ?

Cette femme, qu'elle ne connaissait pas, venait tout juste de supposer une liaison hors mariage de sa mère. Et elle trouvait cela seulement déplacé.

Parfois il était vrai qu'elle regrettait énormément de ne jamais réussir à s'énerver sur demande. Sa gentillesse la perdrait un jour ou l'autre, à n'en pas douter.

Elle aurait pu afficher un sourire tout aussi faux que celui qui lui faisait fasse, mais au lieu de cela elle resta aussi froide que la glace.

- J'accepte vos excuses.

La vitesse à laquelle le rictus de la femme se volatilisa lui fit comprendre que sa réponse avait été plus qu'adéquate. Celle-ci ne devait pas avoir l'habitude que l'on ne courbe pas l'échine en retour, et ce même si elle se montrait hautaine.

Ce n'est rien Madame.

Il n'y a pas de mal Madame.

Vous n'avez rien dit de déplacé Madame.

Tant de respect, si peu de fierté.

Si le soleil ne lui gâchait pas la vue, elle aurait parié avoir vu un air amusé sur le visage du second prince, mais la voix de la femme ne laissa pas l'occasion de se le remémorer.

- Regardez-moi votre accoutrement, pourquoi diable êtes-vous habillée si peu convenablement ? Et votre coiffure, mon dieu, qui donc vous a fait ce chignon ? Il est horrible, tout bonnement horrible, et je pèse mes mots.

Une voix si fluette qu'après une minute à l'écouter elle devenait soudainement désagréable.

Pourquoi cette femme perdait-elle son temps à essayer de la rabaisser ? N'avait-elle pas d'autres chats à fouetter ?

Elle voulut répondre, mais encore une fois le second prince la devança.

- J…

- Avez-vous terminé vos commentaires enfantins ?

Le faux rictus refit immédiatement son apparition sur le visage de la femme tandis qu'elle se retourna vers le prince et que, d'un mouvement de la main, désigna le bâtiment.

- Allez donc attendre à l'intérieur, je me charge de la rendre présentable à votre père. Cela serait un affront de la laisser entrer comme cela.

Il parut réellement énervé à ce qu'il venait d'entendre, mais, soupirant doucement, lui jeta un regard avant de se retourner vers les escaliers. Les deux servantes s'écartèrent précipitamment afin de le laisser passer.

De la déception se matérialisa entre deux de ses pensées.

Il venait de l'abandonner à cette femme. Certes, elle ne le connaissait que depuis vingt minutes, mais sans qu'elle ne sache pourquoi elle ne pouvait pas s'empêcher d'être déçue.

La porte coulissante en toile s'ouvrit à l'approche du prince et le garde qu'elle entraperçut la referma à peine la franchit-il.

Sa vision se troubla lorsque le maquillage de la quadragénaire se positionna devant.

- Que je suis sotte, j'ai complètement oublié de me présenter.

Un claquement de doigts plus tard, les deux servantes se positionnèrent de part et d'autre de la femme et la plus grande d'entre elles, dans les un mètre soixante-dix, blonde aux yeux verts et ne devant pas avoir plus de vingt ans, courba l'échine avant de parler pour la première fois.

- Takara Teitarō, première épouse et Seishitsu de Sa Majesté, mère du premier prince héritier Musashi Teitarō et du quatrième prince héritier Yasuharu Teitarō. Unique fille du Daijō-Daijin, Kintarō Atami, ministre des Affaires suprêmes du Shōgun, l'illustre général Mifune Asano.

Elle en resta muette. Si elle avait pu entrouvrir ses lèvres sans que cela n'offre un semblant de satisfaction à la Seishitsu, elle l'aurait fait. Ce qui, d'ailleurs, la rassura.

Aussi infime soit-il, elle possédait au moins un égo… et elle se rendit rapidement compte que celui-ci n'était pas si agréable lorsqu'elle eut envie de se présenter en retour dans l'unique but de voir le visage de la Seishitsu se décomposer.

Vouloir déclencher une guerre péninsulaire sur une pulsion émotionnelle. Cela aussi était invraisemblable.

- Vous deux, occupez-vous de la recoiffer puis attendez-moi dans mes quartiers.

La femme s'en alla ainsi, laissant les deux servantes, le dos courbé, derrière elle.

D'un air circonspect, elle en conclut que la quadragénaire avait seulement voulu avoir le dernier mot avec le second prince et qu'elle se moquait complètement de savoir si elle était présentable, bien au contraire.

- N'oubliez pas de laver les mains après avoir terminé.

Elle entrouvrit la bouche et, d'un rictus à la fois hilare et stupéfait, elle ne put empêcher un souffle sec de s'échapper en observant le Jūnihitoe rouge disparaitre derrière la porte coulissante.

Rare était les fois où elle avait envie de frapper quelqu'un. En fait, cela n'était jamais arrivé si elle prenait en compte le fait qu'elle souhaitait réellement faire mal. Il s'agissait d'une sensation étrange qui engendra mille et un scénarios rocambolesques dans son esprit.

Une simple pichenette et elle n'en entendrait plus parler.

Une seule… une petite, trois fois rien.

- Après vous je vous prie, Madame.

Une main sous sa poitrine, l'autre vers un banc en pierre à une dizaine de mètres juste en dessous d'un cerisier, la seconde servante, brune aux yeux bleus, lui offrit un petit sourire désolé…

Où était-il effrayé ?

Elle abaissa son visage tout en se retournant afin d'aller s'asseoir sur le banc. Le dos droit, les deux femmes passèrent derrière elle et s'attelèrent sur sa chevelure, ce qui lui permit pour la première fois de se concentrer entièrement sur le décor alentour.

Quittant le bâtiment devant l'entrée des yeux, elle observa du coin de l'œil les deux à sa gauche qui, parfaitement agencée, donnés sur un immense jardin de lavande à une quarantaine de mètres. Elle inspira doucement et sentit l'infime fragrance des fleurs. Plusieurs domestiques s'extirpèrent des deux bâtiments, linges en main, et elle comprit qu'il s'agissait là de leurs quartiers.

Plus loin sur sa gauche se trouvait un immense sanctuaire religieux rouge et beige dont elle ne pouvait observer que la moitié supérieure tant la végétation autour de la bâtisse lui embellissait la vue. Sur sa droite, au-delà de la rivière et du pont qui traversait la partie ouest du palais, une immense demeure s'érigeait. Elle n'eut qu'à observer la dizaine de gardes postés devant pour comprendre qu'il s'agissait de la demeure des princes héritiers.

Puis, au centre et surplombant le bâtiment où tout le monde l'attendait, les quartiers du Daimyō, à non pas douter. Mesurant vingt, peut-être vingt-cinq mètres, l'édifice surplombait absolument tout, certainement même la ville.

Aussi grand que Gamata-

Elle ferma fortement les paupières et chassa la moindre de ses pensées.

- Vos cheveux sont magnifiques.

- Oui ils sont vraiment agréables au touché.

Elle rouvrit les yeux, étonnée, et une voix masculine utilisant exactement les mêmes mots lui revint en mémoire… ce qui n'eut d'autre effet que de lui broyer l'humeur.

Pourquoi fallait-il toujours qu'elle ramène tout à lui ? Ne pouvait-il pas se passer une petite heure sans qu'elle n'y pense ?

- Comment doit-on vous appeler, Madame ?

La voix dans son dos la ramena bien rapidement à la réalité. Une réalité qu'elle n'appréciait plus vraiment. Mais ce détail de sa vie, elle parvint à le dissimuler à son timbre, ne laissant transparaitre que de la sérénité.

- Appelez-moi comme vous le désirez. Cela m'est égal.

Les mouvements sur ses cheveux s'arrêtèrent quelques instants, avant de reprendre de manière toujours aussi hésitante.

Venaient-elles de s'observer afin de tous deux se rassurer ? Devait-elle les rassurer ?

- Je ne vous ferrai aucun mal.

Les légers tremblements s'atténuèrent, et le courage qu'elle venait de leur offrir amena la question tant attendue.

- Êtes-vous réellement une… Hyūga ? Du… du clan Hyūga de… Konoha ?

Le respect, ou plutôt la crainte que son nom porté était surréaliste. Celui-ci semblait l'être encore plus que dans les livres qu'elle avait pu lire sur le sujet. Tout portait à croire que la quatrième Grande Guerre en était la cause, que son enlèvement en était la cause.

La peur des Hyūga, avait-elle dépassé celle des Uchiha ?

- Oui.

Les phalanges se stoppèrent pour la seconde fois, mais cette fois-ci les mouvements, sous le retour des tremblements, reprirent plus rapidement afin de ne pas attirer ses soupçons.

Elle soupira discrètement.

Ses mots n'avaient pas suffi à les calmer. Il fallait qu'elle trouve un moyen de le faire. Encore deux inspirations et celle à sa gauche allait faire une tachycardie.

- Et vous, comment vous appelez-vous ?

- Tohime, Madame.

- Et moi c'est Mineko, Madame.

- Eh bien, Tohime, Mineko, cela vous dérange-t-il de répondre à plusieurs de mes questions ?

Sa question resta sans réponse quelques instants. À croire que jamais encore on ne leur avait demandé cela. Ou bien était-ce parce qu'elle était la première personne en ce lieu à leur offrir du respect dans sa voix ?

- N-Non, cela ne nous dérange pas du tout Madame, vous pouvez poser autant de questions que vous le souhaitez, si nous pouvons répondre nous le ferons avec joie.

- Dans ce cas, pouvez-vous me dire comment s'appelle le second prince ?

- Vous… vous ne savez pas comment s'appelle Son Altesse ?

Elle entendit un léger coup sur l'épaule de celle venant de parler ainsi qu'un chuchotement très peu discret.

« Penses-tu qu'elle demanderait si elle le savait ? »

- Excusez ses manières Madame, elle ne souhaitait pas vous manquer de respect, Son Altesse le second prince héritier s'appelle Kenshin Teitarō, Madame.

Kenshin…

- Qui est Kimiko ?

Le silence et la stoïcité reprirent place derrière elle, avant d'être brisé par un timbre surpris.

- C-Comment connaissez-vous ce nom ?

Sa seconde question, et voilà que celle-ci semblait d'ores et déjà épineuse.

- Je l'ai entendu dans une ruelle.

Son étrange, mais néanmoins véridique réponse donnée, celle de la servante mit plusieurs secondes à arriver, et dans un chuchotement qui plus est.

Le sujet était-il… tabou ?

- Kimoko-sama était la sœur jumelle de Kenshin-sama. Elle est malheureusement décédée d'un accident tragique il y a de cela six ans.

Elle tourna doucement son visage vers la servante à sa droite, celle venant de lui répondre et, les sourcils quelque peu froncés, l'observa du coin de l'œil.

- Est-ce que je lui ressemble ?

La jeune femme inclina ses cheveux blonds.

- Vous lui ressemblez beaucoup, Madame.

Elle rapporta son attention sur les arbres à une dizaine de mètres.

Avait-elle trouvé l'explication de pourquoi le second prince était aussi froid avec elle ? Ou cela n'était qu'une autre coïncidence, après tout, le premier prince héritier, Musashi, avait eu exactement le même comportement. Peut-être était-ce simplement, car elle était une Hyūga ?

Pourquoi chercher plus loin, cela se voulait plus probable. Mais qu'importe, une autre question la tourmentait. Une question bien plus importante et qui tournait toujours autour de la même personne.

À croire qu'il la hantait.

- Le second prince, est-il un samouraï ?

Ce fut cette fois-ci la brune qui lui répondit, et l'assurance dans son ton lui confirma qu'elles étaient plus à l'aise lorsqu'il s'agissait de gratifier le prince que de parler d'une personne décédée.

- Oui. Son Altesse est un très grand guerrier. Le plus réputé de la famille Teitarō depuis sept générations. On raconte qu'il aurait gagné un face-à-face contre le Shōgun en personne lors d'un affrontement privé il y a de cela trois ans.

Rester impassible après ce qu'elle venait d'apprendre fut… difficile.

Le second prince aurait gagné contre un samouraï de niveau Kage. Trois années auparavant. Il était donc forcément encore plus fort aujourd'hui.

Était-ce une blague ?

- Nous avons terminé, Madame.

Soudainement, l'envie de se rendre dans ce bâtiment ne l'enchanta guère. Ses chances de fuite si jamais ce qu'elle entendait ne lui plaisait pas se voulaient… amoindries, encore.

- Vous… vous pouvez y aller, Madame.

Elle s'extirpa de ses pensées et se releva précipitamment puis, se retournant, s'inclina face aux deux femmes.

- Merci beaucoup.

Et celles-ci ne se firent pas attendre pour secouer leur main à hauteur de son visage.

- Q-Que faites-vous Madame ? Relevez-vous s'il vous plait.

- O-Oui relevez-vous Madame, les gardes nous regardent, cela est très déshonorant pour votre personne.

Elle se releva aussitôt. Non pas car elle se moquait d'être observée - cela était le cas - mais parce que cela semblait réellement offenser les deux femmes. Et leur manquer de respect en leur en offrant n'était pas ce qu'elle souhaitait.

Elle se contenta alors de leur adresser un doux sourire afin de détendre leurs airs paniqués.

- Excusez-moi, c'était déplacé de ma part.

Une expression qui ne paniqua que plus.

- N-Ne vous excusez pas vous n'avez rien fait de mal.

- O-Oui ne vous excusez pas, i-ils vous attendent allez-y Madame.

Tant de respect… si peu de…

Par réflexe elle voulut s'incliner une seconde fois, mais, prenant sur elle-même, elle se retourna simplement afin de se diriger vers le bâtiment. Elle s'arrêta au milieu de l'allée afin de laisser passer le groupe composé de quatre gardes qui faisaient leur ronde, mais étrangement ce fut eux qui s'arrêtèrent afin de lui céder le passage.

Marcher aux côtés du second prince héritier semblait… ouvrir des chemins.

Elle monta les escaliers et, tous comme les deux fois précédentes, la porte s'ouvrit à peine posa-t-elle un pied devant. Le garde, le dos droit, le regard fixe vers l'extérieur, habillé de son armure, son casque, son masque, et son katana, ne l'observa à aucun moment. Le premier du bâtiment à ne pas le faire.

Du moment où elle s'était retrouvée toute seule, il ne s'était pas passé une seule seconde sans qu'au moins dix paires d'yeux ne soient posées sur elle.

Marché auprès du second prince ouvrait le chemin, mais pas la confiance.

La porte coulissante se referma dans son dos et elle la quitta des yeux afin de tomber sur les iris noir encre du Nara. Elle lui accorda un léger sourire qu'elle fit aussitôt disparaitre lorsqu'elle remarqua l'air sérieux qu'il abordait.

- Avez-vous bien dormi ?

La question raisonna dans le couloir en toile tandis qu'elle acquiesça simplement. Par politesse, elle voulut lui retourner la même demande, mais, d'une main rapidement levée, il lui indiqua le chemin à suivre à sa gauche.

- Allons-y, ils nous attendent.

Elle abaissa son visage avant de s'aventurer dans le couloir. Ils passèrent une, deux, puis trois pièces avant de s'arrêter devant la plus grande d'entre elles. Shikaku l'ouvrit sans attendre.

Habillée de son Yukata noir à fleurs blanches, ses jikatabis, son épingle dorée, et d'une coupe dont elle n'avait aucune idée, la totalité de l'attention de la salle se tourna vers elle et se plongea dans un silence exemplaire.

La pièce de cinquante mètres carrés possédait six piliers qui supportaient le toit ainsi que, en son centre, deux marches qui descendaient et formaient un rectangle. De part et d'autre de celui-ci, soit à sa gauche et à sa droite, se trouvaient onze hommes.

À sa droite, huit d'entre eux étaient assis en seiza sur des coussins en lin blanc. À peu près tous du même âge, soit entre quarante et soixante ans, et habillés de la même manière, soit des sokutais noir ou blanc, deux coussins semblaient toujours attendre leur propriétaire.

Elle comprit aussitôt pourquoi le Kashira n'était pas venu la chercher comme il lui avait dit la veille, et n'eut nul besoin de réfléchir pour savoir que les deux places vacantes étaient celles du samouraï et de Tadaaki Okuda, l'homme qui avait été désigné comme traitre par Shisui Uchiha, mais dont elle seule se souvenait.

Enfin, pour être tout à fait précis, le Nara fermant la porte dans son dos le savait lui aussi, étant donné qu'elle lui avait dit.

À sa gauche se trouvaient trois visages familiers. Quatre pupilles noires qui l'observèrent sans la moindre émotion, contrairement à celles du troisième prince qui, après qu'elle les ait croisées, se détournèrent presque immédiatement, embarrassées.

Elle surmonta les iris du premier et du second prince un court instant supplémentaire avant de finalement observer les deux personnes assises en tailleur de l'autre côté de la pièce.

Les deux personnes les plus importantes de la pièce.

La Seishitsu et celui qu'elle pensait être le Daimyō.

Les cheveux attachés, grisaillant, et le portrait craché des deux premiers princes, il était habillé d'un kamishimo gris foncé et, tout comme la plupart des personnes présentes, il l'observait d'un air impassible.

Le Nara passa devant elle et lui indiqua de le suivre, ce qu'elle fit. Trois pas plus tard et les seuls marches présentes dans la salle descendue, il lui désigna de la main le coussin un mètre plus loin, au beau milieu, et elle posa ses genoux dessus afin de s'asseoir. L'ancien chef des Jōnins remonta alors les marches à sa gauche et alla se positionner un peu plus loin derrière les trois fils, lui faisant ainsi comprendre qu'il ne faisait pas partie de la cour, mais qu'il était quand même permis de si trouver lors d'une réunion aussi importante que celle-ci.

Un silence de plomb s'installa, et elle ne sut réellement pas quoi faire, quoi dire.

Devait-elle parler la première ? Cela ne semblait pas être une bonne idée. S'agenouiller devant le Daimyō ? Cela était déjà fait. Devait-elle se courber davantage jusqu'à ce que sa tête atteigne le plancher ? Devait-elle se présenter ? Ou devait-elle arrêter de gaspiller son chakra inutilement ?

Elle arrêta d'insuffler celui-ci dans ses yeux, et le turquoise s'en alla. L'opale fit disparaitre les mines neutres à sa droite et laissèrent les paupières s'écarquillaient de stupeur de la femme à cinq mètres devant elle. Mal à l'aise, il fit battre la chamade dans la poitrine de la Seishitsu qui sursauta lorsqu'elle le croisa.

Son Byakugan venait d'entamer les présentations.

Un timbre calme, une expression calme, un chakra calme. Le Daimyō avait déjà vu ses pupilles.

- Hinata Hyūga, je présume. C'est un honneur de vous rencontrer.

Ce fut bref, mais intense. La peur qui s'immisça dans les iris de la Seishitsu à la prononciation de son prénom fut très satisfaisante à observer. Ce qui lui fit comprendre que celle-ci n'avait eu aucune idée jusqu'alors de qui elle était réellement. Seulement qu'elle était une Hyūga. Étrangement, l'unique fille du Daijō-Daijin, Kintarō Atami, ministre des Affaires suprêmes du Shōgun, l'illustre général Mifune Asano, ne l'observait plus de sa mine dédaigneuse, en fait, elle n'arrivait plus à l'observer du tout.

Face au silence qui lui fut adressé, elle déposa les paumes de ses mains sur le plancher et abaissa son visage face au Daimyō en signe de respect avant de le relever. Elle voulut s'exprimer, mais, pour l'énième fois, ne sut pas quoi dire.

Bien que parfaitement sereine, tous ces regards sur sa personne l'intimider.

Quelle était cette sensation… comme s'ils attendaient quelque chose d'elle. Comme s'ils s'efforçaient de lui devoir du respect. Était-ce la peur ou autre chose qui engendrait cela ?

- Avez-vous quelque chose à dire, à demander, avant que nous commencions ?

La voix d'un des membres de la cour s'éleva, et elle ne sut pas de qui il s'agissait. Ne détournant pas le regard du gouverneur de la région, elle mouva son visage de gauche à droite et le Daimyō observa alors pour la première fois ses sujets. D'un simple signe de la tête, l'un d'entre eux se leva aussitôt.

Petit et portant des lunettes, elle profita de son mouvement pour lire ce qu'il y avait écrit sur le vêtement de l'homme.

Dainagon. Le grand conseiller du Daimyō.

Rien que cela.

L'homme chargé de l'administration extirpa un rouleau de papier de sa manche et l'ouvrit sans attendre.

- Aujourd'hui, en ce jour de 4 juin 1017, à dix heures trente-deux, je vais énumérer les faits qui vous sont reprochés en présence de la cour, de la famille de Sa Majesté, de Sa Majesté en personne, et enfin de Shikaku Nara ici présent. Vous aurez la parole une fois que j'aurais terminé.

Cela était comme le procès de ce film qu'elle avait vu au cinéma des Herbes.

Doucement, elle tourna son attention sur le Nara qui, le regard braqué droit devant lui, ne l'observait aucunement.

Sauf que son avocat manqué à l'appel.

Elle acquiesça simplement et l'homme ne perdit pas de temps.

- Vous avez illégalement vécu sur les terres des Teitarō durant plus de deux années. Vous avez construit une propriété sans l'accord du Kokushu de la province et avez chassé et cultivé sur ses terres sans accord avec le village de Shinjō et son Ryōshu. Ce même village que vous avez trompé et terrorisé afin de leur extorquer des biens et de la nourriture.

Faisant remonter ses lunettes, l'homme l'observa droit dans les yeux. Elle le fixa du coin de l'œil en retour et ne broncha pas d'un poil. Elle n'avait rien à dire. Après tout, bien qu'exagéré, tout était vrai. Elle avait fait tout cela et bien plus encore.

- D'après les calculs des conseillers chargés de la trésorerie du palais, Toshikasu et Sanraku ici présents, les pertes de vos actes sont estimées à six cents milles ryōs.

Son souffle se coupa net.

Six… six cents… six cents milles ? Elle avait bien entendu ?

Quel genre de drogue prenaient ces conseillers ? Même en travaillant dans les champs toute sa vie jamais elle ne pourrait atteindre une telle somme. Un kilo de riz devait coûter dans les cent ryōs, voire cinquante au Son, elle n'en avait pas mangé autant.

Était-ce du riz ou du diamant ?

- Si vous souhaitez vous exprimer, c'est le moment, après cela il sera trop tard.

Le visage tourné, elle en resta stoïque. Jetant un énième coup d'œil à l'homme qui venait de s'exprimer, le plus proche du Daimyō, elle rabattit finalement son attention sur le gouverneur qui, toujours assis aux côtés de sa femme, ne l'avait pas quitté des yeux et écoutait avec attention.

Elle inspira le plus calmement possible.

- Je n'ai rien à dire pour ma défense, tout est vrai. J'ai vécu dans l'illégalité. J'ai chassé et escroqué un village tout entier. Cela je ne peux le nier.

Elle ne savait pas si ce qu'elle venait de dire n'était pas attendu, mais le silence de la cour et des princes héritiers lui indiqua que tel était le cas.

Qu'en serait-il après ce qu'elle s'apprêtait à dire ?

- Si c'était à refaire, je le referais.

Elle expira tout aussi calmement et, sous les nombreux airs renfrognés des conseillers, les impassibles du seigneur et ceux qui la connaissaient, poursuivit.

- Cela m'a permis de survivre jusqu'ici sans blesser qui que ce soit. J'ai certainement fait sauter quelques repas à des familles, leur ai fait faire des cauchemars, et jamais je ne pourrais me racheter, mais cela m'a aussi permis de cacher mon identité. Alors oui, si je devais le refaire je le referais sans la moindre hésitation. Si j'ai accepté de venir jusqu'ici c'est pour présenter mes excuses. Ce que j'ai fait n'est pas pardonnable, mais je me devais tout de même de m'en excuser. Un jour je rembourserai ce que j'ai volé, mais sachez une chose, tout dépend de la sentence, je ne l'accepterai pas. Je ne peux me permettre de vous donner ma liberté. Je ne peux pas vous offrir ma confiance. Une guerre a déjà eu lieu en mon nom, je ne veux pas être à l'origine d'une seconde. Alors ne tournez pas autour du pot s'il vous plait, dîtes moi ce que vo-

- Comment osez-vous vous adresser ainsi en ce lieu ! Ne savez-vous pas où est votre pla- !

Tout comme elle venait de la couper dans son monologue, la Seishitsu le fut aussi, mais uniquement par la main de son mari qui l'éleva abruptement afin de lui ordonner de se taire.

Elle ne savait pas vraiment ce qui avait fait pousser des ailes à la quadragénaire, elle qui quelques secondes plus tôt ne parvenait pas à surmonter son regard. Peut-être était-ce après avoir compris qu'elle n'était pas ici en tant qu'invité, ou peut-être était-ce parce que le premier prince venait tout juste de se mettre à la dévisager. Peut-être les deux. Elle n'en savait rien, mais une chose était à prendre en considération : le Daimyō ne semblait aucunement offensé, et il s'agissait là du plus important.

La main levée, le gouverneur de la région l'observa longuement, sans un mot, avant de finalement lever un sourcil étonné.

- Quel âge avez-vous ?

Il ne fallut qu'une seule seconde pour que celle d'un conseiller ne réponde à sa place.

- Elle a s… seize… ans…

Un homme grand et fin, dans les un mètre quatre-vingt-dix, qui se mit à bégayer lorsque l'attention du Daimyō se déposa sur sa personne.

Elle ne serait pas étonnée si un jour quelqu'un affirmait qu'il la connaissait mieux qu'elle ne se connaissait elle-même.

La main du gouverneur descendit lentement, très lentement, et le silence en fut palpable. Elle entendit même le dégluti de l'homme venant de s'exprimer. Jusqu'à ce que les deux mains de celui-ci claquent sur le parquet en bois et qu'il s'incline face à son seigneur.

- E-Excusez-moi Seigneur Teitarō. Je ne souhaitais pas répondre à la place de l'inculpée.

Détournant son attention du conseil, elle se remit à observer celui qui attendait sa réponse, celui qui pouvait terroriser un homme d'un simple regard et, prise de miséricorde pour le pauvre homme de la cour, mit fin au mal-être.

- J'ai seize ans, Votre Majesté.

Dix-sept en fin d'année.

Il l'observa d'un air sceptique.

Ne la croyait-il pas ?

- Êtes-vous vierge ?

La question qu'on lui avait déjà posée résonna, et aussitôt elle se remémora la conversation qu'elle avait eu avec le premier prince dans la calèche. Celle qui s'était terminée par une demande bien précise de l'homme.

Lorsque la cour vous posera cette question, répondez non, soyez la plus convaincante possible. Prétextez une rencontre avec un jeune homme ou que sais-je, mais ne répondez pas que vous l'êtes.

Du coin de l'œil, elle observa tour par tour la totalité des hommes présents, des regards curieux et indiscrets, avant d'observer le premier prince héritier. Il l'observa en retour, et ses paupières s'ouvrir quelque peu, signifiant clairement le fait qu'elle savait quoi répondre.

Elle y avait longuement réfléchi et, malheureusement pour lui, mais surtout pour elle, s'il y avait bien une chose qu'elle détestait plus qu'une personne qui lui mentait, c'était bien lorsque elle le faisait. Et mentir de la sorte serait une trahison pour elle-même, mais aussi pour lui.

- Oui, je le suis.

À son tour et tout comme venait de le faire le membre de sa cour, le seigneur inspira longuement, déposa une main sur sa jambe en tailleur, et observa un point fixe au-dessus d'elle.

La mâchoire contractée, le regard fermé, elle perdit l'attention du prince héritier, et le Daimyō profita de l'étrange ambiance satisfaite de la salle pour doucement soupirer.

- Arrêtons ce procès puéril ici. Vous souhaitez en venir au fait, je vais donc vous répondre.

Était-ce du soulagement ?

- Je vais vous offrir la sécurité que vous recherchez. Celle que Konoha n'a pas su vous offrir. La convivialité, la nourriture, et tout ce dont vous désirez. Je vais faire table rase de tout ce que vous avez bien pu faire, dire ou penser de mal.

Elle resta de marbre. L'expression qu'arborait la Seishitsu était suffisamment choquée pour deux, pas besoin d'en rajouter, pour autant celle-ci n'osa pas s'aventurer sur la patience de son mari et en resta muette.

Avec là aussi une forme de scepticisme, elle inclina légèrement le visage en signe de remerciement, avant d'entrouvrir ses lèvres curieuses.

- Merci, mais, quelle est la contrepartie à ce si généreux geste.

Un frisson malaisant s'insinua en elle, lui contracta la mâchoire et lui hérissa les poils.

Elle se doutait maintenant de ce qu'allait lui proposer le Daimyō, et pour être tout à fait honnête, elle n'avait pas envie de l'entendre, mais elle l'avait cherché, il semblerait.

- Vous allez devenir ma quatrième épouse.

Le timbre était sans équivoque. Ce n'était pas une demande, c'était un ordre.

Son premier réflexe fut de relâcher un souffle à la fois nerveux et hilare, puis, face au sérieux de la situation, des visages quinquagénaires autour d'elle, elle dévisagea le Nara à quelques mètres à sa position.

Situé à la même place depuis le début, celui-ci l'observait, et tout ce qu'il se contenta de faire fut d'acquiescer.

Il… était d'accord avec ce qu'elle venait d'entendre. Il soutenait ce qu'elle venait d'entendre.

Plus elle vivait dans ce monde, plus elle y survivait, plus celui-ci la dégoûtait.

Voilà donc ce que Shikaku lui avait demandé d'accepter. Le Nara avait été au courant depuis le début, il avait su avant même qu'il ne lui adresse la parole pour la première fois ce qu'avait en tête le Daimyō si jamais la rumeur était vraie, si jamais une Hyūga se trouvait sur les terres des Teitarō. Pour autant il ne lui avait pas dit. Il ne lui avait pas dit et maintenant elle se retrouvait dans cette situation où sa seule échappatoire était de s'enfuir.

Mais un tout nouveau problème était entré dans l'équation, et celui-ci était de taille.

Elle observa le second prince qui le dos droit, les bras croisés et les yeux fermés, ne l'observait pas.

Était-il seulement concentré sur ses mouvements ? Si jamais elle se levait et sauter au travers des toiles et des planches, là, maintenant, parviendrait-il à l'attraper ? Souhaitait-il seulement le faire ?

Elle insuffla une quantité tellement infime de chakra dans ses jambes qu'elle-même eut du mal à se demander si tel fut le cas, mais cela sembla amplement suffisant pour que les paupières du second prince s'ouvrent et qu'il tourne son visage en direction du sien, impassible.

La voix d'un des conseillers se manifesta, mais, toujours choquée, elle ne parvint pas à lui accorder la moindre attention, et ce même lorsqu'il se positionna entre elle et le Daimyō afin de directement s'adresser au gouverneur de la région.

- Les préparatifs sont déjà en place, Votre Majesté, l'union sera scellée dans trois jours, lors de la nouvelle lune. Tenmon-sama a observé les astres une grande partie de la nuit et il est formel, de cette union naitra un fils lors de l'année du Tigre. Il deviendra le prochain Shōgun du pays et mènera votre nom sur les champs de bataille.

Plusieurs onomatopées admiratives s'élevèrent dans la pièce à huis clos.

- Félicitation Votre Majesté.

- Oui félicitation ce sera un magnifique mariage.

- Allez-vous m'arrêter ?

Son timbre fluet s'opposa aux graves des félicitations inopinées, et elle réceptionna l'attention d'absolument toute la salle, toutes sauf celle qu'elle recherchait.

Le second prince ne l'observait toujours pas, et le silence que sa question venait de générer rendait la situation… délicate. Ou plutôt personne ne semblait se dire que celle-ci était étrange. Tout semblait normal.

Un homme à deux doigts de la sénilité venait de déclarer qu'il allait se marier avec une jeune fille de seize années, sans que l'avis de celle-ci soit demandé, et tous les hommes présents à sa droite applaudissaient la nouvelle.

De cette situation burlesque, dégoûtante et révoltante, au moins une bonne chose ressortait : son procès avait réellement été oublié. Même elle venait de l'oublier.

Semblant être entrée dans l'oreille d'un sourd, elle réitéra sa question, mais cette fois-ci elle haussa le ton et s'attira la foudre du premier prince.

- Allez-vous m'arrêter ?

Le concerné ouvrit finalement les yeux et l'examina d'un air fatigué.

Personne hormis le premier prince et le Nara ne semblait comprendre la teneur de sa demande, pas même le Daimyō à qui tout semblait être accepté sans qu'il ait à se répéter.

Ce ne fut pas pour autant la voix du second prince qui s'éleva, mais celle du Nara, et celui-ci réceptionna sa colère opale et grandissante.

- Acceptez, princesse. Cette vie qui vous est offerte sera mieux que n'importe laquelle que vous déciderez d'entreprendre. Souvenez-vous de ce que je vous ai dit hier, je vous en prie.

Sa cage thoracique devint de plus en plus erratique à mesure que les secondes défilèrent, à mesure qu'elle essaya de garder son calme.

Offrez votre confiance à ces gens, cette région, cette manière de vivre. Je sais que cela est difficile, que cela demande énormément de sacrifice, mais faites leur confiance. Vous n'aurez plus à regarder qui marche dans votre dos pour le restant de vos jours, vous demandez si quelqu'un vous a reconnu et craindre d'ouvrir la porte à des gilets verts un beau matin. Ce pays, cette famille, peut vous protéger, vous protégera, tout comme elle l'a fait pour moi.

Bien que le Nara venait tout bonnement de la trahir, elle ne lui en voulait absolument pas. Elle savait que l'ancien chef des Jōnins faisait cela pour son bien, que tout ce qu'il souhaitait était de la protéger, qu'elle se sente protégée.

Devait-elle s'amuser à peser le pour et le contre ?

Le contre faisait son poids.

Face au manque de réaction du second prince, elle se remit à observer le Daimyō par-dessus l'épaule du membre de la cour toujours debout, et celui-ci ne rata pas une miette du regard qu'elle lui envoya.

Des pupilles qui passèrent de la colère à la neutralité en un temps record.

- N'ai-je pas mon mot à dire, Votre Majesté ?

L'homme dos à elle se retourna presque immédiatement avant de la pointer du doigt.

C'était extraordinaire comment, lorsqu'ils se retrouvaient en groupe, même le plus chétif des hommes se sentait comme le roi du monde.

Cet homme devant elle semblait complètement avoir oublié le fait qu'elle était une Hyūga, une Hyūga entrainée.

Un assassin, en soit.

- Que dites-vous là ?! N'avez-vous donc aucune manière ?! Le grand Daimyō vous…

- Écartez-vous, Sanraku-san.

Le timbre calme du gouverneur s'éleva et, devenant soudainement blanc comme neige, l'homme chargé de la trésorerie du palais se jeta presque sur le côté. Le regard qu'elle adressa à l'homme remémora certainement à celui-ci sa dangerosité tant il pâlit à vue d'œil.

- Ne souhaitez-vous pas de ce mariage ? Je vous offre tout ce que vous avez recherché en venant sur mes terres, et bien plus encore, ne devriez-vous pas me remercier ?

Elle abaissa son visage et laissa échapper un sourire crispé. Un souffle plus tard, elle fit remonter son attention sur les deux personnes toujours assises face à elle et, n'offrant qu'une légère attention à la Seishitsu, ne pouvant exprimer sa colère, son humiliation, elle toisa le chef de la région.

- Votre offre est bien moindre si l'on prend en considération ce que je vous offre en retour.

Elle marqua un temps d'arrêt, et cette fois-ci même le troisième prince héritier l'observa d'un air circonspect.

Oui, elle venait de parler à l'homme le plus influent à des centaines de kilomètres à la ronde comme à un enfant. C'était un fait.

- Vous vous moquez bien de savoir si je me trouve en sécurité, si Konoha ou Kumo essayent de me tuer, tout ce qui vous importe est de récupérer le Byakugan. J'offre bien plus que vous ne pourrez jamais m'offrir, alors je vous le redemande, n'ai-je pas mon mot à dire, Votre Majesté ?

Si tout à l'heure le silence fut palpable, cette fois-ci celui-ci l'étouffa. Elle ne parvenait tout bonnement plus à respirer tant la pression qu'elle ressentait été immense. Derrière son expression impassible, irascible, se cachait une crainte immense qui grandissait à mesure que les regards la dévisageaient.

- Et que souhaitez-vous, Hyūga Hinata ?

Elle inclina son visage en signe de remerciement.

Il semblait réellement considérer ce qu'elle avait à dire. Bien qu'incongrue aux vues de la situation, c'était suffisant pour qu'elle l'en remercie.

- J'ai une contrepartie… non deux, et si vous ne les acceptez pas, je ne pourrais pas accepter votre demande en retour.

Elle allait se surnommer la girouette tant elle changeait d'avis comme de yukata. N'était-ce pas elle qui une minute plus tôt avait dit qu'elle n'accepterait pas la sentence ? Car bien qu'elle n'en avait pas vraiment eu une, ce mariage forcé en semblait particulièrement proche.

- Je vous écoute.

- J'accepte le mariage à la condition que je puisse continuer de vivre dans ma cabane. J'accepte votre convivialité, votre nourriture, mais je refuse votre sécurité. Je ne veux pas me sentir constamment surveiller. Voici ma première demande, si vous l'acceptez je vous donnerai ce que vous souhaitez.

Une fraction de seconde. En une fraction de seconde elle observa la totalité des tenketsus de la salle, et il en allait sans dire que cela ne passa pas inaperçu auprès du second prince héritier qui mouva sa main droite vers son avant-bras. Là où était certainement scellée son arme.

Bien que provocateur, son geste lui permit d'avoir réponse à sa question par la simple fluctuation de chakra du Daimyō.

Bien que discutable, sa contrepartie ne semblait pas… inacceptable.

Qu'en serait-il de sa deuxième ?

- Pour ce qui est de la seconde, je vous offrirai le Byakugan, en revanche je ne me marierai pas avec vous, mais avec votre fils, le second prince.