Note : Voici la dernière partie de l'Arc Hinata, j'espère quelle vous plaira. Je n'ai pas grand chose à dire ici, j'expliquerai plus en détail en fin de chapitre. Comme toujours, désolé si il y a des fautes, je vous souhaite néanmoins une bonne lecture.
Taille chapitre : 23000 mots.
D'opale et d'obsidienne
Partie 7
Six mois pouvaient passer en un éclair, elle venait de l'apprendre à ses dépens. Si les deux dernières années furent extrêmement lentes, solitaires, et qu'elle en gardait de nombreux souvenirs ennuyés, les cent quatre-vingts derniers jours n'étaient que désordre, et elle ne les avait pas vu passer. Sa mémoire les avait mélangés. La routine les avait fait se ressembler.
Cela faisait six mois qu'elle avait rencontré le Daimyō, six mois qu'elle était revenue à sa cabane. Six mois qu'elle était mariée à Kenshin Teitarō, le second prince héritier, et même après une demi-année écoulée, elle avait encore du mal à s'en persuader.
Elle était mariée à un homme qu'elle ne connaissait pas. Un samouraï qu'elle ne connaissait toujours pas. Ce jour-là, lorsqu'elle avait proposé son compromis, le gouverneur de la région l'avait longuement observé, dévisagé, avant de se retourner vers l'impassibilité de son second fils afin de lui demander si cela lui convenait.
Elle n'avait pas immédiatement compris à ce moment-là, mais elle avait enlevé une épine du pied à cette famille des plus compliquées. Elle avait demandé de se marier avec celui qui n'avait jamais eu de femme, qui n'en souhaitait pas, et qui ne souhaitait pas d'enfant. Deux problèmes résolus pour le prix d'un.
Elle avait par contre lu dans le regard du chef de la région que celui-ci se moquait de savoir à qui elle se mariait, tant qu'elle donnait naissance à un Teitarō avec le Byakugan, cela lui convenait.
Dans un mutisme le plus total, le second prince avait simplement acquiescé à la demande de son paternel, et les chuchotements de la cour avaient aussitôt envahi la pièce.
Il n'y avait pas eu de cérémonie, pas de bague au doigt, pas de fourniture inutile. Dans le plus grand secret, elle avait signé un papier puis était retournée à ses occupations le lendemain même, à sa demande.
En six mois, seulement trois personnes lui avaient rendu visite.
Le premier était Baiko, un marchand proche de la famille royale qui venait s'assurer qu'elle ne manquait de rien, qui s'assurait que tout allait bien et qui transmettait un rapport à la capitale l'heure qui suivait. À chaque visite de nouvelles questions venant tout droit du palais lui étaient posées. Allons de ce qu'elle désirait, à savoir ce qu'elle avait fait durant les deux dernières années. Comment elle avait survécu, où, avec qui.
Des questions auxquelles elle ne répondait jamais, et l'homme devait s'en contenter. La capitale devait s'en contenter. Comme elle l'avait si bien dit lors de son procès, ils avaient tout à y gagner et elle n'avait rien à y perdre.
Elle jouait avec le feu, cela elle le savait, mais elle savait aussi que tant que ses jambes resteraient fermer, jamais ils n'oseraient lui reprocher quoi que ce soit. Elle était bien trop précieuse.
Le deuxième était Shikaku Nara, qui était venu discuter avec elle deux mois plus tôt autour d'un thé chaud. Ils n'avaient pas discuté longtemps, une heure tout au plus, et essentiellement de comment elle prévoyait son avenir, puis l'ancien chef des Jōnins s'en était allé sous, là aussi, un manque de réponses de sa part.
Enfin, à sa grande surprise, le troisième était… le troisième prince héritier, Mitsunari, qui lui rendait visite une fois par semaine.
Elle s'était liée d'amitié avec lui dès sa première visite, cinq mois plus tôt. Plus âgé qu'elle ne l'était de trois années, elle avait rapidement remarqué qu'il n'était pas très mature pour son âge, et cela lui convenait. En fait c'était parfait. Avoir à parler avec toutes ces personnes bien trop âgées, bien trop matures, l'épuisait. Elle préférait les choses simples et sans prises de tête, les discussions basées sur le temps et le paysage.
Le compliqué, elle préférait le laisser à ses pensées.
Mitsunari lui apportait tout cela et quelque chose d'encore plus important : il la faisait rire. Beaucoup. Cet… homme était un véritable boute-en-train, à l'opposer complète de ses deux grands frères qui se situaient entre la pierre et le coffre-fort.
Les deux ainés ne souriaient jamais, ne riaient jamais, du moins elle ne les avait jamais vus, et elle doutait qu'ils puissent même faire une blague. Elle avait discuté durant plus d'une heure avec Musashi le soir de son séjour au palais, et il en allait sans dire qu'il ne la portait pas dans son cœur et que, surtout, il n'aimait pas son petit frère. L'homme avec qui elle était marié.
Pourquoi ? Elle n'en savait rien, et à vrai dire elle ne souhaitait pas le savoir.
À quoi bon s'en soucier, l'un des deux concernés était aux abonnés absents et il semblerait que jamais elle n'aurait à se reposer la question.
Aussi étrange que cela puisse paraitre, le second prince héritier avait littéralement disparu. Après les deux jours passés à la capitale et son retour à sa cabane, elle ne l'avait pas revu. Il ne lui avait pas demandé pourquoi elle l'avait choisi, ni même pourquoi elle avait décidé de se marier avec lui. Il avait signé le papier, l'avait regardé durant quelques secondes, et s'en était allé.
En six mois, elle ne l'avait pas vu une seule fois.
Mitsunari lui disait qu'il passait de temps en temps au palais tel un fantôme sous les réprimandes de son père, et que la plupart de ses passages étaient brefs. Sa présence se faisait ressentir dans les couloirs, mais jamais personne ne le voyait.
Où est-il ?! Il a mieux à faire que de me faire un petit fils ?! Voilà la dernière question qu'aurait exprimée de fureur le Daimyō de la région. La dernière question qui avait résonné dans le palais.
Elle avait mis du temps à s'en rendre compte, car jamais encore elle n'avait eu à le faire, mais son égo en avait pris un coup. Elle qui avait pris la décision de se marié par dépit, par manque de solution, mais aussi et bien que cela elle ne se l'avouerait jamais, par vengeance, elle se sentait… bizarre.
Pourquoi agissait-il ainsi ? Quel était le problème ? L'était-elle ?
Bien qu'elle n'était pas imbue d'elle-même, elle se savait jolie, on lui avait suffisamment dit sur les routes durant deux années pour que cela reste gravé en elle. Le problème n'était pas celui-ci. Elle était une Hyūga, l'héritière du clan avant son enlèvement, la femme, supposée morte, la plus connue de la péninsule. Son sang n'était donc là aussi pas le souci.
Était-il vexé qu'elle l'ait choisi comme l'on choisit une tomate dans un marché ?
Elle avait beau y avoir réfléchi pendant des heures et des heures, rien de concret ne lui était venu à l'esprit. Un esprit qu'elle s'était mise à diagnostiquer afin d'essayer de comprendre pourquoi. Pourquoi l'avait-elle choisi lui sur un coup de tête et pas le premier prince.
C'était d'ailleurs la question que lui avait posée la première Seishitsu, mère du premier et quatrième prince héritier, celle qui avait essayé de l'humilier devant le palais.
Pourquoi ne pas avoir choisi mon fils ?
Cette femme qui l'avait méprisé à leur première rencontre s'était mise à la caresser dans le sens du poil à peine avait-elle compris qui elle était vrament. La quadragénaire n'avait pas mâché ses mots. Elle lui avait parfaitement fait comprendre qu'elle ne comprenait pas pourquoi elle n'avait pas choisi le premier prince héritier. À la simple vue de la stature qu'elle représentait, du nom, de l'histoire qu'elle portait, le Daimyō aurait accepté n'importe laquelle de ses propositions.
N'importe laquelle.
Il aurait accepté de briser le mariage arrangé avec la fille du Daimyō de l'une des régions du nord afin qu'elle puisse se marier avec le premier prince, cela en était certain.
Pourquoi n'avait-elle pas choisi celui qui deviendrait le gouverneur de la région ? Pourquoi choisir une autre personne que son fils, pourquoi Kenshin ? Il ne deviendrait rien, ne serait rien, n'était rien.
Elle-même ne savait pas réellement.
Bien qu'après ce qu'elle avait traversé, ses convictions les plus profondes avaient été ébranlées, elle croyait toujours au destin, et le simple fait que le second prince lui avait acheté les vêtements qu'elle avait vus dans son rêve, avait été amplement suffisant pour que son choix soit trouvé sans même qu'elle n'ait à y réfléchir à deux fois.
De plus, et cela aussi elle ne pouvait le nier, bien que personne ne semblait parvenir à lui arriver à la cheville, le second prince était, sans qu'elle ne sache pourquoi, agréable à regarder.
Sensei lui avait dit un jour qu'un homme qui intimidait naturellement une femme avait plus de chance de parvenir à atteindre son cœur, ses émotions, et… cela semblait avéré. Encore une fois il ne s'était pas trompé.
Peut-être que, inconsciemment, elle l'avait choisi pour cette raison. Et peut-être que c'était cette part d'égoïsme dont elle avait fait preuve qui faisait qu'il n'était pas venu la voir une seule fois ces derniers mois.
Peut-être pas. Elle avait arrêté d'y songer depuis quelques temps maintenant, cela l'épuisait.
Depuis plusieurs jours la neige avait recouvert de ses fines pellicules la masure, la clairière et la forêt. Le champ de fleurs ne s'était jamais remis de la visite du Ban, et le froid hivernal n'avait pas arrangé les choses. Un froid glacial venu de la Mer Nord qui ne l'avait pas pour autant empêché de s'entrainer. Au cours des six derniers mois, elle n'avait fait que cela, même lorsque les beaux jours étaient passés et que les nuages étaient arrivés, elle avait continué de s'entrainer d'arrache-pied et avait rattrapé toutes les fois où la flemme l'avait accrochée à son thé.
Elle se levait, déjeunait les fruits et autres céréales qui lui apportait la capitale, partait courir une, deux, voire trois heures aux alentours, parfois même jusqu'à la frontière avec le Son, revenait en fin de matinée, mangeait, s'entrainait, faisait parfois – souvent - une sieste, s'entrainait à nouveau, parfois à la rivière, parfois dans la clairière, jusqu'à plus d'heures, retournait dans sa cabane lorsque la nuit tombée, mangeait léger, et allait se coucher.
Tous les jours, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Parfois sa routine était dérangée lorsque Mitsunari lui rendait visite, soit là aussi souvent, mais elle ne lui en voulait pas, bien au contraire. Ses allées et venues étaient la seule chose qui lui donnait un semblant de sourire, ainsi que les cadeaux qu'il apportait à chaque fois.
Un jour, alors que ses gardes l'attendaient patiemment au bas de la montagne, il était arrivé alors même qu'elle s'entrainait et, la voyant frapper un arbre, encore et encore, durant plus d'une heure, il s'était inquiété du sort du pauvre chêne qui avait perdu la quasi-totalité de son écorce à l'endroit qu'elle martyrisait. Trois jours plus tard, il était revenu avec une calèche emplie de mannequin en bois, tous plus résistants les uns que les autres, et ce fut réellement le plus beau cadeau qu'on lui avait fait depuis plusieurs années.
Le seul, en soi.
Elle ne savait pas s'il s'agissait du sourire ou des remerciements qu'elle lui avait accordés, mais, depuis ce jour-là, il ne se passait pas une visite sans qu'il ne revienne avec un présent. Et il en allait sans dire que sa bibliothèque personnelle avait fait un bon magistral, elle ne savait même plus où mettre ses livres.
- Tu accepterais que j'engage des charpentiers pour retaper cette cabane ? Elle est en piteux état, je ne voudrais pas que le toit te tombe sur la tête.
Debout devant le comptoir de la cuisine, pieds nus, les cheveux détachés, habillée d'un pantalon blanc et d'un t-shirt noir, un chiffon déposé sur son épaule et occupée à couper une tomate, elle se retourna vers le jeune homme assis sur l'une des chaises accolées à la table en bois.
Sa réponse ne se fit pas attendre.
- Il en est hors de question.
Le couteau de cuisine qu'elle pointa en direction des iris de jade n'eut pas l'effet escompté. Au lieu de les intimider, ceux-ci se plissèrent dans un sourire amusé.
- À chaque fois que j'approche de près ou de loin ce sujet tu pars au quart de tour, c'est ton amant qui la construite ? Tu peux me le dire, je ne dirai rien à grand-frè-
Le couteau aiguisé passa de sa main à planté dans la table de la cuisine dans un bruit sourd et, cette fois-ci, il en allait sans dire que les pupilles de jade furent intimidés. Tellement intimidés que leur propriétaire tomba à la renverse sur sa chaise dans un hurlement de terreur et qu'il se releva aussi vite que l'on pouvait dire folle.
- NON MAIS T'ES COMPLÈTEMENT MALADE !
Dans un réflexe, il se malaxa le visage, en particulier les joues, et elle lui adressa un sourire faussement joyeux.
- Mon si beau visage, i-il n'a rien ? Dis-moi qu'il n'a rien par pitié…
Ainsi qu'un ton des plus calmes.
- Vote visage est toujours aussi beau, Votre Altesse Royale… et si vous souhaitez veux que cela reste ainsi, tâchez de ne plus parler de toucher à ce bois, d'accord ?
Dans un geste caricaturé, les bras le long de son corps, il courba l'échine avec frayeur… plusieurs fois.
- Oui Madame, à vos ordres Madame, je le ferai Madame.
Elle pouffa de rire et se relevant une dernière fois, il fit de même. Il releva la chaise afin de la remettre à sa place et, appuyé sur dossier en bois, l'observa finalement dans un soupir.
- Comment tu fais pour passer d'adorable princesse à psychopathe sanguinaire ? À chaque fois que je cligne des yeux, j'ai peur de rencontrer ton double maléfique.
D'un pas léger, calme, elle s'approcha de la table et récupéra d'un coup sec le couteau planté dedans, avant de sourire à pleine dent.
- Vous pouvez répéter, Votre Grande Seigneurie ?
Les sourcils face à elle se froncèrent subitement, ce qui la fit réellement sourire.
Qu'elle bêtise allait dire encore déblatérer ?
- Hey petite effrontée, je suis ton ainé je te rappelle, tu me dois le respect ! Je suis le troisième prince héritier Mitsunari Teitarō, tu devrais te mettre à genou à chaque fois que tu souhaites m'adresser la parole, mais dans mon extraordinaire bonté et mon incroyable gentillesse, j'accepte que tu restes debout, alors fais preuve d'un peu moins de condescendance lorsque tu m'adresses la parole, d'accord ?!
Le sourire qu'elle arborait se volatilisa. Elle resta de marbre, silencieuse, et le seul geste qu'elle fit fut simple, mais néanmoins efficace : elle rabaissa son avant-bras et tourna le manche du couteau afin d'appuyer la lame sur son poignet, prêt à s'en servir comme arme blanche.
Il ne fallut qu'une seconde pour que la réaction de l'autre côté de la table se fasse ressentir et qu'une mine désolée ainsi que plusieurs inclinaisons de dos se manifestent.
- Désolée Madame, cela ne se reproduira plus Madame.
Une nouvelle fois elle se mit à rigoler et il la suivit dans son hilarité.
Elle l'adorait. Vraiment. Bien que trois années les séparaient et qu'elle ne les avaient pas en sa faveur, elle avait réellement l'impression de vivre une relation de grande sœur à petit frère. Une relation un peu différente de celle qu'elle aimerait vivre.
Les rayons solaires au travers de la fenêtre de la cuisine eurent un sursaut, et cela attira inévitablement son attention opale. En un instant, elle perdit sa joie ainsi que sa bonne humeur. Son cœur se mit à palpiter de manière étrange et la pression qu'elle ressentit en fut dérangeante.
Le bois du porche craqua sous le poids du nouvel arrivé, et le sourire de Mitsunari se fana aussitôt. Ils suivirent les pas jusqu'à la porte, et les trois coups sur celle-ci résonnèrent à l'intérieur de la masure.
Soudainement renfrogné, le troisième prince s'avança vers l'entrée.
- Combien de fois je vous ai dit de ne pas venir ici, ce n'est pas compliqué, vous devez rester en…
Croyant faire une énième fois face à ses gardes, il ouvrit la porte, et le regard noir encre auquel il fit face le tétanisa dans son mouvement.
Tout comme elle.
- G-Grand frère ?
Le silence fut tel qu'elle entendit les battements d'ailes de l'autre côté de la clairière.
Habillé de son habituel accoutrement sombre, mais cette fois-ci recouvert par une cape grise ainsi qu'un couvre-chef en paille parsemé de flocon de neige, le second prince héritier déplaça son attention de son petit frère à elle, immobilisée devant la table de la cuisine, arme en main.
Elle rabattit le couteau de son dos, ce qui, d'un point de vue extérieur, ne put qu'encore plus attirer les soupçons.
Ils s'observèrent tous deux durant quelques secondes et, gêné et positionné entre, Mitsunari leva immédiatement ses deux mains.
- J'ai oublié que j'avais rendez-vous de la plus haute importante, je m'en vais de ce pas.
Il entama un pas vers l'extérieure, et ce fut à ce moment précis qu'elle se remémora quelque chose qu'elle souhaitait lui demander.
- Attends !
Déposant le couteau sur la table, elle quitta des yeux les iris noirs afin de s'approcher de la porte d'entrée et, les deux mains accrochées au niveau de son bassin, elle arbora une mine tout aussi gênée que celle du troisième prince.
- Quand est-ce que tu reviens ?
- Je… ne sais pas, pourquoi ? Je te manque déjà Hina-chan ?
Elle offrit un sourire au surnom.
- Tu pourrais me ramener des feutres de couleurs ? J'en ai besoin s'il te plait.
Il sembla vouloir lui demander la raison, mais d'un simple coup d'œil à la cape grise dans son dos, acquiesça simplement avant de s'aventurer dehors.
- Très bien je te ramène ça. À plus tard Hina-chan, à plus tard le fantôme.
Plaçant ses deux mains derrière son crâne sous les mouvements de son kimono beige, Mitsunari s'en alla sans attendre la moindre réponse du fantôme et la laissa seule avec celui-ci. Les bruits de pas maintenant à l'autre bout du sentier, elle se décida finalement à observer de nouveau le second prince héritier au pas de sa porte qui, de son côté, n'avaient pas cessé de l'observer.
Elle lui offrit un sourire timide, et son rictus s'estompa bien rapidement lorsque l'impassibilité lui fit face. D'un mouvement de la main, elle désigna l'intérieur de la cabane avant de se mettre à reculer en direction du comptoir.
- Vous pouvez entrer.
Récupérant le couteau, elle se retourna et l'entendit entrer dans la masure. La porte se referma et, quelque peu embarrassée sans qu'elle ne sache pourquoi, elle se remit à lentement couper sa tomate. Très lentement.
À croire que ses pensées étaient concentrées sur une autre tâche.
- Vous avez faim ? Je préparai un repas pour Mitsunari et moi, mais vu qu'il est parti il…
- J'ai déjà mangé, merci.
Elle s'arrêta subitement de couper et tourna légèrement la tête vers le salon. Elle observa le dos du second prince, couvre-chef en main, qui lui était occupé à observer le décor intérieur. La contrariété ne mit pas longtemps à la submerger.
N'avait-il donc aucune politesse ? La moindre des choses aurait été d'accepter… ou bien était-elle trop complaisante ?
Elle se remit à trancher la tomate, et le coup qu'elle donna résonna dans la masure.
- Très bien.
Son geste terminé, elle s'approcha de l'évier et activa le sceau qui entourait le robinet. L'eau s'écoula et elle se mit alors à nettoyer le couteau.
- Il n'y avait pas une troisième personne ici ?
La question résonna à son tour entre les quatre murs de bois et ses sourcils d'obsidienne se froncèrent inlassablement. Elle déposa le couteau sur le comptoir et récupéra le chiffon sur son épaule afin de s'essuyer les mains.
- Non, nous n'étions que deux, pourquoi ?
Se retournant après sa question, elle fut surprise de le voir juste derrière la table de la cuisine, concentré sur sa personne.
- J'ai ressenti une troisième personne en arrivant au bas de la montagne.
Ses sourcils se décontractèrent naturellement tant ce qu'elle venait d'entendre la laissait pantoise.
- Peut-être que cette personne se trouvait de l'autre côté de la montagne ? Il y a un sentier que beaucoup de marchands ambulants empruntent à cette période de l'année, avec la neige la plupart des chemins se retrouvent blo…
- Non, elle se trouvait ici, à l'intérieur.
Un frisson lui parcourut l'échine.
C'était… effroyablement précis.
Le pied de la montagne se trouvait à deux kilomètres… voulait-il dire qu'il avait ressenti la position exacte d'une personne à quelques mètres d'eux ? Quelqu'un s'était trouvé ici même et elle ne l'avait pas vu ? Impossible.
- Je vous assure qu'il n'y avait personne.
Malgré son affirmation, il ne sembla pas la croire, et elle pouvait le comprendre. N'étant pas une sensorielle, ne pouvant ressentir du chakra qu'à une faible distance et se reposant uniquement sur ses yeux pour voir au loin, elle ne pouvait qu'imaginer qu'il savait ce qu'il avait senti, mais… il n'y avait réellement eu personne d'autre que Mitsunari et elle ici.
- Vous semblez proche de mon frère.
Le sujet se volatilisa littéralement ainsi. Sans qu'elle ne sache pourquoi il… ne sembla plus du tout se soucier du problème. Mais elle ne s'en formalisa pas. Peut-être s'était-il rendu compte qu'il s'était trompé et n'osait l'avouer.
- Oui, il est très gentil avec moi.
Il acquiesça doucement et se mit à observer la chambre, ce qui lui remémora un jugement qu'elle avait eu sur lui quelques secondes plus tôt et fit d'elle la plus hypocrite de la pièce. Enfin, du moins des personnes qu'elle savait présentes dans la pièce.
- Asseyez-vous, je vous en prie.
Une nouvelle fois il la remercia d'un mouvement de la tête et tira la chaise afin de s'asseoir dessus. Il déposa son couvre-chef sur la table et retira sa cape afin de la déposer sur le dossier de la chaise, puis se remit à l'observer, très… intensément ? Ce qui n'eut d'autres effets que de la mettre mal à l'aise et, n'aimant pas ce sentiment, elle posa la première question qui lui traversa l'esprit.
Une demande qui pouvait en dire long sur ses pensées.
- Où étiez-vous ces six derniers mois ?
Tout en continuant de l'observer, il croisa les bras.
- À Taki, aux Cascades.
Sa seconde question ne se fit pas attendre.
- Que faisiez-vous là-bas ?
- Une personne importante a disparu il y a sept mois, je la recherchai.
Elle voulut lui demander pourquoi lui, mais une possible réponse lui vint à l'esprit et la question se volatilisa aussi vite qu'elle était venue.
Les Cascades n'étant pas connu pour avoir des alliés au sein de la péninsule - peut-être la Terre, et encore cela dépendait des circonstances - s'ils devaient faire des recherches chez les pays voisins, à savoir le Feu, les Herbes et le Fer, il était normal de demander de l'aide au seul des trois dont Taki n'était pas l'ennemi. Et, avec ce qu'elle savait, l'homme devant elle était un excellent nin… samouraï sensoriel, peut-être le meilleur de la nation.
Ceci pouvait expliquer cela.
- L'avez-vous trouvé ?
- Oui, elle est morte.
Soudainement, sa curiosité morbide prit le dessus et la conversation l'intéressa plus que jamais. Elle se déplaça devant la table afin d'à son tour tirer une chaise et de s'asseoir face à lui. Presque immédiatement, elle en demanda plus sur le sujet.
- Cette personne, était-elle très importante ? Est-ce un assassinat ?
Chaque guerre débutait par la disparition ou la mort d'une personne. Chacune d'entre elles, sans exception. Et la quatrième étant terminée, elle craignait énormément qu'une cinquième puisse être déclarée si cela s'envenimait.
- Elle était le Jinchūriki de Taki, et non, elle est morte d'un arrêt cardiaque.
La nouvelle lui glaça le sang. Si elle était certaine d'une chose en cet instant, c'était bien que, aux vues de la teneur du sujet, celui-ci était forcément confidentiel, pour autant, il lui en parlait librement, sans la moindre gêne.
Lui faisait-il confiance à ce point ?
- C'est impossible.
Les paupières face à elle se plissèrent inexorablement.
- Pourquoi cela ?
Bien qu'elle ne pouvait pas s'aventurer sur certains points, elle répondit néanmoins.
- Les chances pour qu'un hôte meure d'un arrêt cardiaque sont… si infimes que cela en est impossible.
Il éleva un sourcil et elle continua alors ses explications.
- Le chakra du démon se mélange à celui de son hôte et le maintient dans une sorte de stase. Un Jinchūriki ne peut théoriquement pas avoir de problème cardiaque, le seul moyen qu'il en ait un est qu'il le provoque de lui-même. Mais il s'agit là d'un paradoxe, car les personnes qui sont choisies pour devenir hôtes subissent des entraînements psychologiques dès leur plus tendre enfance. Le suicide n'est pas quelque chose qui peut leur traverser l'esprit. Êtes-vous sûr qu'il ne s'agisse pas d'un assassinat ?
Il la dévisagea, longuement, et elle se sentit obligée de donner une explication. D'un simplement mouvement de la tête vers le salon, ce fut ce qu'elle fit.
- Je lis beaucoup.
Une explication bancale, mais une explication qui sembla suffire pour le moment.
Il tourna son attention vers les piles de livres au sol, sur les étagères ainsi que sur la petite commode au beau milieu du salon à côté du fauteuil, avant de ramener son regard sur elle.
- Il y a de cela un mois, Suna a déclaré qu'une tentative d'enlèvement sur leur Jinchūriki avait eu lieu après la fin de la guerre, en pleine journée, dans le village même. Ce qui est une sacrée coïncidence étant donné qu'aucun grand village ne sait que Taki a perdu son démon. Si c'est avéré et non un mensonge afin de se disculper de la disparition du démon à sept queues, qui leur appartenait avant la seconde Grande Guerre, alors ceci est une très mauvaise nouvelle.
Les lèvres entrouvertes, elle en resta bouche-bée. En effet, il s'agissait là d'une très mauvaise nouvelle. Il semblerait qu'elle ne serait pas la raison de la cinquième Grande Guerre. La péninsule semblait d'ores et déjà se débrouillait toute seule pour que celle-ci se déclenche sans son aide.
- Il semblerait qu'une personne, une organisation, essaye de s'emparer des démons à queues. Tsuchi et Kumo sont restés silencieux sur le sujet, Kiri quant à eux affirme n'avoir subi aucune attaque. Le Yondaime Mizukage étant le Jinchūriki des trois queues, on peut déjà confirmer que tel est le cas. Konoha n'a officiellement aucun démon, alors la question ne leur a pas été posée, mais tout le monde sait que le Feu possède Kyūbi. Le démon renard n'est pas réapparu après presque dix-sept ans, il est donc bel et bien scellé, quelque part.
Elle ressentit tellement d'émotion à cet instant qu'elle dut jongler avec pour ne pas soit, faussement sourire, pleurer, ou même crier.
Une organisation recherchait les démons à queues. Une organisation traquait les démons à queues. Une organisation avait un démon à queues… en avaient-ils deux ?
Il avait disparu, d'un seul coup, du jour au lendemain, et elle s'était retrouvée sans nouvelle depuis plus de deux ans. Elle savait qu'il lui était arrivé quelque chose, et voilà qu'elle apprenait cela. Il ne s'agissait pas d'une coïncidence.
- Tout va bien ? Vous êtes pâle.
Une horrible sensation s'empara de son estomac, et elle crut réellement qu'elle allait vomir sur la table, là, maintenant. Elle se releva alors précipitamment et se dirigea vers l'évier et, ramenant sa chevelure d'obsidienne dans son dos, se pencha sur celui-ci et attendit, mais rien n'y fit. Bien qu'elle se laissa aller, prête à dégobiller, rien ne sortit.
Il était mort. Il… était mort. Ils… étaient… morts.
Elle secoua son visage vigoureusement.
Non, ce n'était pas possible, ils étaient en vie. Ils étaient les personnes les plus fortes qu'elle avait co… qu'elle connaissait. Sensei était l'un des plus grands ninjas de sa génération. Jamais ils n'auraient pu se faire avoir aussi facilement. Jamais.
Ouvrant le sceau d'une impulsion de chakra, elle déplaça ses mains sous le jet d'eau et s'imbiba le visage avec. Une, deux, puis trois fois, avant que la voix juste derrière elle ne l'interpelle une nouvelle fois.
- Désolé, je n'aurais pas dû vous parler de cela.
Désolé ?
Pourquoi s'excusait-il ? Il ne savait pourtant p… oh.
Il ne parlait pas de cela. Il devait certainement se dire qu'après ce qu'elle avait traversé, l'idée qu'une autre guerre puisse être déclarée la bouleversée à ce point.
Tant mieux. Devoir s'expliquer était la dernière chose dot elle avait besoin.
- Ce… n'est pas grave.
Elle se retourna et… tomba nez à nez avec lui. Debout à moins de trente centimètres d'elle, il la surplombait.
- Vous êtes sûre ?
Elle acquiesça et les gouttes d'eau perlèrent sur l'arrêt de son nez et les courbures de son sourire.
- Oui ne… ne vous en faites pas.
Elle s'échappa de leur proximité d'un geste vif vers le diner qu'elle n'avait pas terminé de préparer. Se retrouvant devant le comptoir entre le mur et l'évier, elle se mit alors à arracher des feuilles de salade et se perdit une nouvelle fois dans ses pensées.
Les secondes défilèrent et, après peut-être une minute entière, elle se décida à jeter un coup d'œil à sa gauche afin de se rendre compte qu'il n'avait pas bougé. Debout devant l'évier, il continuait de l'observer. Elle tourna légèrement son attention vers les rayons crépusculaires au travers de la fenêtre de la cuisine avant de les rapporter sur les pupilles noir encre.
- Il va bientôt faire nuit, êtes-vous sûr de ne pas avoir faim, où aller vous dormir ?
L'air intangible, il l'observa avec ce flegme qui le caractérisait tant.
Elle venait de se montrer inquiète à son sujet, et pourtant cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Plus elle y réfléchissait et plus elle se demandait si toute cette histoire, le fait qu'il n'était jamais venu la voir jusqu'alors, n'était pas liée au fait qu'elle l'avait, au final, forcé à se marier à elle.
Il n'avait rien demandé. Il avait accepté certes, mais c'était elle qui l'y avait obligé. Dire non au compromis qu'elle avait proposé l'aurait mis dans une relation compliquée avec son paternel, avec sa famille, avec le palais.
C'était bien elle, finalement, la méchante de l'histoire.
- Je retourne à la capitale.
Elle déposa son cœur de salade à côté de la tomate coupée.
- À Isanawa ? C'est… à deux jours de marche.
Pour la première fois depuis son arrivée, il lui sourit.
Non, ce n'était pas que depuis son arrivée. C'était la première fois qu'elle le voyait sourire, littéralement.
- J'y serai en deux heures.
Deux… heures ? Elle ne put que le dévisager d'une mine sceptique.
La capitale se trouvait à plus quatre-vingts kilomètres, à quelle vitesse courrait cet homme ? Il pouvait tenir cette cadence durant plus de deux heures ?
- Vous pouvez dormir ici, cela ne me dérange pas, j'ai l'habitude de m'endormir sur le fauteuil du sal…
- Ne vous imposez pas cela.
Coupée dans sa bonté, elle surmonta son regard, ne comprenant pas où il voulait en venir.
- La promesse que vous avez faite à mon père, oubliez-la. À partir du moment où vous avez signé ce papier, il n'avait plus aucune autorité sur vous, et ce même si vous vivez ici, même si vous acceptez sa nourriture et son hospitalité. Ne vous faites pas avoir par ce genre de futilité, tant que je serai en vie, vous pourrez faire ce que vous souhaitez. Je ne vous forcerai à rien. Prenez votre temps pour apprendre à me connaitre, je viendrai vous rendre visite plus souvent désormais. Si cela prend des années pour que vous m'acceptiez auprès de vous, cela prendra des années, je me moque de ce que mon père puisse penser, ce ne sont pas ses pensées qui m'importent, ce sont les vôtres.
[…]
Si six mois étaient passés en un battement de cœur, l'année qui avait suivi, un battement de cil avait suffi. Tout comme il lui avait promis, il était revenu. Au début ce fut une fois par mois puis, à mesure que l'année s'était écoulée, le mois d'attente était devenu semaines, puis semaine.
Il ne se passait presque aucune journée sans qu'une personne ne vienne lui rendre visite. Le marchant qui lui amenait sa nourriture quotidienne ainsi que son lot de questions, Mitsunari, Shikaku, et Kenshin.
S'il elle devait être honnête avec elle-même, elle dirait alors qu'elle commençait à l'apprécier… peut-être un peu trop. Mais si elle devait être tout à fait honnête, alors elle devrait avouer que, pour ce qui était de ses sentiments, il ne ressemblait qu'à un pansement.
À chaque fois que Kenshin était ici, qu'il lui rendait visite, qu'ils discutaient, apprenaient à se connaitre, philosophaient et rigolaient ensemble, elle l'oubliait, lui. Aussi étrange que cela puisse paraitre, et ce même après trois années, elle ne parvenait toujours pas à le faire sortir de sa tête. Et cela était certainement dû à la brutalité de leur séparation, ainsi qu'au manque de renseignement. Mais elle avait néanmoins fait un pas en avant. De par sa présence, Kenshin l'avait aidé à faire un pas en avant.
Elle parvenait à l'oublier de temps en temps.
Assise en tailleur au beau milieu de la clairière recouverte d'une épaisse couche de neige, elle soupira doucement et engendra une épaisse fumée blanche qui se dilua vers le ciel bleu sans nuages. Habillée seulement de ses jikatabis, un épais pantalon noir et un pull mauve, elle ferma les yeux et déposa avec douceur la paume de ses mains sur ses hanches.
Une inspiration passa, puis deux, et un léger sifflement se fit entendre de l'autre côté de la clairière. Un sifflement qu'elle caractérisa comme une pointe aiguisée déchirant l'air et qui, arrivée à moins de trois mètres dans son dos, à cent soixante-quinze degrés, réveilla le moindre de ses réflexes. D'un mouvement rapide, elle ouvrit ses jambes vers l'avant et se balança son corps vers l'arrière. Dans une cabriole elle parvint à passer au-dessus du kunai qui se planta à l'exact endroit qu'elle avait occupé jusqu'alors et, s'aidant de ses mains, se projeta en l'air afin d'esquiver la seconde salve qui lui effleura sa chevelure d'obsidienne.
À plus de six mètres du sol et en chute libre, elle récupéra le kunai qui fit son apparition dans un nuage de fumée devant elle et dévia la totalité des shurikens qui essayèrent d'attenter à sa vie. Elle se réceptionna alors sur la neige entre la masure et les traces de son ancienne position et esquiva le coup de poing inquisiteur qui, là, lui frôla le nez et la mâchoire. S'emparant du poignet de son assaillant de sa main droite, elle relâcha le kunai qu'elle maintenait de sa gauche afin de pointer son index et son majeur vers celui-ci et de les balancer vers un endroit bien précis entre le biceps et le triceps.
Le pull-over mauve se volatilisa dans un nuage de fumée.
Le souvenir d'une douleur à son bras, entre son biceps et son triceps, lui vint en mémoire et la troubla le temps d'une fraction de seconde, mais cela ne l'empêcha pas d'esquiver l'énième tentative de l'atteindre et, d'un mouvement de buste, elle s'écarta du kunai qui termina sa traversée dans l'écorce sèche d'un des nombreux arbres dégarnis aux alentours.
Elle releva son visage vers l'astre solaire et, éblouie, activa instantanément son Byakugan afin de parfaitement voir la silhouette chakraïque qui se rua sur elle depuis la boule noire incandescente. Possédant le même regard qu'elle, la silhouette tenta d'atteindre à l'aide de ses phalanges une partie précise entre son cœur et son poumon gauche, mais, réceptionnant son bras dans l'intervalle, elle l'envoya valdinguer sur son troisième assaillant qui avait essayé de se faufiler dans son dos. Le choc entre les deux corps émit un éclat ainsi que deux onomatopées douloureuses avant que la fumée ne les fasse disparaitre.
Un frisson lui parcourut le dos ainsi que le thorax tandis que les souvenirs de la collision lui vinrent à l'esprit, mais, déposant son attention sur l'homme qui l'observait, le dos appuyé sur le tronc d'un des arbres qui parsemaient le sentier, elle ne s'en formalisa pas. Plusieurs petits éclats sourds se firent entendre aux alentours, cachés derrière les arbres et la flore encore intacts.
Le souffle court, transpirante et de plus en plus fatiguée à mesure que les souvenirs émergés, les veines autour de ses tempes se dégonflèrent et elle se mit alors, dans un petit sourire, à observer la tenue noire à une vingtaine de mètres.
Il était en avance.
Au lieu de se rendre à sa rencontre, elle se retourna et s'avança en direction du porche de la masure, et il ne mit pas longtemps pour se mettre à la suivre.
Arrivée devant le garde-corps en bois elle envoya sa main entre les barreaux et récupéra la gourde métallique qui se trouvait derrière. S'abreuvant, elle se retourna finalement vers le second prince debout à moins d'un mètre d'elle.
Habillé de son habituelle tenue noire et son couvre-chef en paille, les mains dans son dos, il lui offrit un sourire aimable.
- Vous avez failli vous faire avoir.
Faisant redescendre la gourde d'eau, elle releva son index sous la réapparition de son rictus amusé.
- Seulement failli.
Elle redéposa ensuite la gourde là où elle l'avait trouvé et s'attrapa les cheveux afin de se les attacher en queue de cheval à l'aide du petit élastique autour de son poignet.
- Vous êtes arrivé plus tôt que prévu, vous m'aviez dit que vous reviendriez dans deux jours au soir.
Le sourire qu'il lui adressait se dissipa doucement.
- Je souhaitais vous faire une surprise.
Elle rehaussa les sourcils… surprise.
- Pourquoi cela ?
Ayant jusqu'alors gardé ses mains dans son dos, il ramena son bras droit vers elle et, sous le froissement de ce qu'elle observa être du papier mâché, lui tendit un objet emballé et rectangulaire qui mesurait un peu plus d'un mètre.
De son autre main libre, il positionna son poing devant sa bouche et, toussotant maladroitement, expliqua finalement la raison du cadeau.
- Vous fêtez vos dix-huit ans aujourd'hui si je ne me trompe pas.
Son expression passa de la surprise à l'incompréhension.
- C'est mon anniversaire… ?
Une année pouvait réellement passer en un battement de cil.
S'essuyant ses mains mouillées sur son pantalon, elle récupéra le cadeau.
Était-ce là le seul lié à son anniversaire depuis trois années ? D'après ses souvenirs, tel était le cas, et elle se rendit compte qu'elle ne savait plus comment réagir. Avec hésitation elle abaissa son visage.
- M-Merci.
Elle observa le papier mâché dans ses mains durant de longues secondes et, juste avec le poids et la forme, elle pensa savoir de quoi il s'agissait avant même d'avoir à l'ouvrir. Un acte qui, d'ailleurs, lui fut recommandé la seconde qui suivit.
- Ouvrez-le.
Acquiesçant, elle tira sur les morceaux de scotch et le déchirement du papier lui révéla le tissu noir parsemé de traits dorés. Elle retira complètement le papier et le jeta maladroitement sur le porche avant de défaire la ficelle du second emballage. La gravité laissa inévitablement tomber la soie autour de sa seule main qui maintenait désormais l'étui et le katana.
Malgré le fait qu'elle se l'était imaginé de par la forme du papier, elle en resta choquée. Il était… magnifique.
Le saya - fourreau - fait à partir de magnolia était laqué de noir. En son centre était dessiné un kanji blanc, un seul, qui signifiait honneur. Une ficelle dorée entourée l'extrémité de l'étui ainsi que la partie proche du tsuba, la garde. Une garde qui, d'ailleurs, possédait le kamon de la famille Teitarō : un rond noir entrecoupé par deux bandes blanches qui s'arrêtaient juste avant l'extrémité du cercle.
La tsuka - poignée – était quant à elle fabriquée à partir de deux demi-coques de bois de magnolia et recouverte de cuir tressé noir. Seuls quatre losanges répartis par groupe de deux au bas et au haut de la poignée laissaient entrapercevoir ce qui semblait être des écailles.
Mais ce qui la surprit le plus ne fut pas la beauté du katana dans son ensemble, ce fut sa légèreté. Malgré son mètre dix et même en prenant en compte le fourreau, il ne devait pas peser plus d'un kilo.
- Il appartient à ma famille depuis plus de sept générations et a été transmis depuis lors. Il est le dernier katana forgé par Masamune, l'un des plus grands forgerons qu'a connus le pays du Feu lorsque ces terres leur appartenaient encore. Il m'a été offert par mon arrière-grand-père à mes dix ans. D'après la légende qu'il m'avait contée à ce moment-là, la poignée serait recouverte de la peau d'un dragon qu'aurait vaincu Tomoe Teitarō, le plus grand samouraï que notre famille ait vu naitre, qui était par ailleurs et contrairement à ce que peut indiquer son prénom, une femme. La lame quant à elle aurait été renforcée avec les os de la bête, ce qui explique pourquoi elle ne s'émousse et ne s'oxyde jamais, malgré les siècles passés et le sang qu'elle a fait couler.
Elle avala ses mots comme si elle était déshydratée, et sa première pensée, après ce qu'elle venait d'apprendre, fut logiquement de refuser le présent, mais elle comprit bien rapidement que s'il lui offrait ce katana, ce n'était pas sans y avoir réfléchi à deux fois. Il souhaitait le faire et le retourner serait certainement la pire chose à entreprendre.
Une déduction facile qui faisait certainement un peu ressortir son côté égoïste. Mais elle l'assumait.
Tenant fermement le fourreau légèrement courbé de sa main droite, elle déposa les phalanges de sa gauche sur le cuir noir de la poignée avant de relever son attention sur le second prince héritier.
- Je peux ?
Il acquiesça sans la moindre hésitation.
- Il est à vous désormais.
Elle tira dessus et… la tsuka ne bougea pas d'un millimètre. Forçant un peu plus elle se rendit à l'évidence qu'il y avait un problème et ce fut à ce moment précis, après avoir fait remonter son poing fermé vers sa bouche et toussoter pour la seconde fois, que la voix quelque peu amusée face à elle s'éleva.
- Il faut… appuyer à l'aide de votre pouce sur la partie haute de la garde afin d'enlever la sécurité.
Elle entrouvrit les lèvres et à la suite d'une onomatopée compréhensive elle fit ce qu'il venait de lui expliquer. Un doux cliquetis résonna sous le porche, la lame s'extirpa sur dix centimètres sans le moindre mal, et elle crut que sa chevelure était descendue sur celle-ci.
Noire d'obsidienne et de charbon, la lame était séparée de manière oscillatoire et en deux nuances par la ligne de trempe - le hamon - qui ressemblait étrangement à des flammes. Jamais encore elle n'avait vu une lame aussi belle, cela en était si troublant qu'elle douta du fait qu'une bête mythique et cracheuse de flamme puisse exister.
- Si vous le souhaitez, je vous apprendrais à le manier.
La bouche toujours entrouverte, elle releva son visage sans un mot.
Lui proposait-il de… s'entrainer avec elle ?
Heureusement pour elle, ses joues étaient d'ores et déjà rouges de par l'effort de son entrainement et la température glaciale, et la fumée qu'elle recracha dans son souffle lui permit d'encore plus dissimuler sa gêne.
Rengainant l'arme blanche, ou peut-être devait-elle dire noire, elle courba tellement l'échine qu'elle fut certaine que si ses cheveux n'étaient pas attachés ils auraient touché la neige et la rosée.
Elle se releva et afficha un sourire tout aussi ravi que son timbre de voix.
- Avec plaisir.
Le sourire face à elle se résorba doucement, ce qui fit à son tour disparaitre le sien.
- Je vais vous poser une question, surtout ne vous retournez pas.
Tout aussi doucement, elle fit descendre le katana sur ses hanches et, malgré le fait qu'elle ne comprit pas, son expression resta aussi neutre que possible.
- Mon père, vous fait-il suivre ?
Elle ne comprit toujours pas où il voulait en venir, mais répondit néanmoins.
- Non, du moins je n'ai vu personne.
Lorsqu'elle disait vu, ce n'était pas simplement voir, elle parlait de son Byakugan, et celui-ci se voulait incontestable.
- À deux cents mètres, à sept heures, voyez-vous une personne ?
Les vêtements noirs à moins d'un mètre virèrent au blanc et la neige devint charbon. Elle se concentra aussitôt sur un point bien précis, à deux centres mètres et sept d'heure dans son dos, au-delà des murs de la masure et proches des immenses bétulacées recouverts de leur manteau hivernal aussi sombre que le sol.
- Non, je ne vois personne.
Sa vision reprit ses couleurs originelles et elle observa alors les paupières légèrement plissées devant elle.
- C'est étrange. J'ai ressenti une présence lorsque je suis arrivé, mais elle s'unissait tellement avec la nature que je pensais qu'il s'agissait d'un animal. Cependant son intensité n'a fait que croitre depuis que je me suis approché.
Il souffla doucement et la fumée qu'il relâcha n'embruma que plus ce qu'elle pensait.
Un… animal ?
- Me permettez-vous de vous toucher le visage ?
Elle fronça inévitablement les sourcils, mais n'y voyant aucun inconvénient elle… acquiesça maladroitement.
Il fallait qu'elle pense à remercier le froid une fois cette étrange situation terminée.
Il s'approcha d'elle et, à moins d'une vingtaine de centimètres et la surplombant de ses iris noir encre, lui caressa la joue avant de rabattre une mèche rebelle derrière son oreille. Le jasmin l'enivra encore plus vite que le résonnement de son cœur.
En un instant et la faisant presque sursauter, les pupilles qu'elle admirait se déplacèrent des siennes à un point précis dans son dos, ce qui mit instantanément fin au contact sur sa peau.
- Je te tiens.
Il… disparut littéralement de son champ de vision, et elle pesait ses mots. La bourrasque que généra sa disparition lui assécha la rétine et lui fit presque perdre l'équilibre. Mais pas assez pour qu'elle perde pied et, cette fois-ci, elle comprit exactement ce qui passait. Se retournant instantanément, elle activa son Byakugan afin de se rendre compte qu'il se trouvait d'ores et déjà à une centaine de mètres, à mi-chemin de sa destination.
Il se déplaça si rapidement qu'elle n'eut le temps que d'inspirer une fois avant qu'il n'atteigne sa cible et, tout ce qu'elle put penser à cet instant fut simple : heureusement qu'elle avait inspiré car, désormais, elle ne parvenait plus à faire ne serait-ce que cela.
Le katana lui glissa des mains et tomba à même la neige, ses genoux flanchèrent et rejoignirent la lame, puis les larmes la gagnèrent.
À l'exact endroit qu'avait atteint Kenshin, ou plutôt une fraction de seconde avant qu'il ne l'atteigne, là où elle ne voyait rien d'autre que la nature, là où elle n'était censée ne rien apercevoir, une impulsion de chakra s'était manifestée, et même de sa position elle avait pu la ressentir ainsi que l'apercevoir.
Un flash.
« 27 décembre 1018,
Cette présence dans les bois, était-ce ton cadeau ou celui de mon imagination ? Je ne sais plus quoi penser, quoi croire. Qui croire. Tu n'es nulle part et partout à la fois. Je suis perdue.
Tu m'as perdue. »
[…]
« L'effet papillon » était un livre écrit par Teiji Takagi, un célèbre mathématicien de l'ère Sengoku qui était parvenu résumer la théorie du chaos en moins de trois cents pages. Le paragraphe qui l'avait le plus intéressé était celui où le membre de la cour de la dynastie Suijin du Vent y racontait que, si un jour quelqu'un parvenait à remonter dans le temps et qu'il y sauvait ou tuait un simple papillon, l'effet que cela engendrait sur le long terme serait si imprévisible, si bienfaiteur ou destructeur, que cela pourrait avoir pour conséquence de changer la face du monde et même de l'univers.
Cette métaphore signifiait qu'il suffisait d'une infime variance pour que l'histoire ne soit plus la même. Si une personne venait à décéder et que celle-ci était destinée à des actes importants, la face du monde en serait alors bouleversée.
Mais il s'agissait là d'un paradoxe car, on ne pouvait finalement et fondamentalement pas savoir qu'elle serait l'autre alternative, l'autre réalité, étant donné que l'on vivait dont celle où la personne était décédée, ou avait été sauvé. Que l'on subissait les conséquences de sa mort.
C'était précisément cela qui l'avait intrigué, fait rêver.
Existait-il une réalité où elle n'avait pas été enlevée, où elle avait vécu toute sa vie à Konoha, avec sa famille, ses amies ? Dans cette réalité-là, l'avait-elle rencontré, avaient-ils eu des enfants ?
Son soupir se dilua dans l'atmosphère tempérée de la masure. Assise sur le fauteuil du salon, les jambes recroquevillées sur sa poitrine, elle tourna la page du livre qu'elle lisait et, au beau milieu de premier paragraphe de cette nouvelle page, elle surligna un nom. Changeant son feutre bleu pour un stylo de même couleur sur le chevet à sa droite, elle écrivit alors à même le papier.
Danzō Shimura. « Amegakure, Pluie, Septembre 999. »
Elle releva son attention sur le katana et son étui déposés à l'angle des deux murs du salon, et soupira à nouveau.
Voilà deux mois que Kenshin lui avait offert ce présent. Deux mois que le flash avait illuminé l'horizon.
Ce jour-là le second prince était revenu vers elle et, face à ses larmes incontrôlables, n'avait pas su quoi faire. Elle lui avait aimablement demandé de s'en aller, et ce fut ce qu'il avait fait.
Il n'avait vu aucun flash, n'avait ressenti aucune pulsion de chakra. Sur place ne se trouvait qu'un renard des neiges qui s'était enfui sous sa soudaine arrivée.
Tout c'était peut-être passé dans sa tête.
Elle perdait la tête.
Ce jour-là, elle ne s'était pas entrainée l'après-midi, elle n'avait pas mangé le midi, et son diner s'était soldé par de l'air et de l'eau salée.
Elle était restée à l'exact endroit où le phénomène avait supposément eu lieu et n'avait cessé de se poser les mêmes questions.
Pourquoi. Pourquoi maintenant, pourquoi ce jour précis, celui de ses dix-huit ans. Après toutes ces années, ses observations, pourquoi avait-il fallu qu'elle hallucine à cet instant ?
Se replongeant dans son livre, elle dessina de son feutre bleu pour la seconde fois.
Kenshin était revenu plus souvent qu'il en avait l'habitude, et ce dans le but de lui enseigner le Kenjutsu, l'art de maniement du sabre. Tous les jours, durant plus d'un mois, et cela avait fait grand bruit au village de Shinjō.
Le second prince héritier logeait dans une auberge de fortune. Il fallait le voir pour le croire.
Surtout lorsque, par forte neige à mi-janvier, elle avait dû descendre au village pour récupérer ses vivres.
Aux alentours de descendre et début janvier, lors des fortes neiges, le chemin qui amenait à sa cabane se voulait impraticable pour la caravane. Elle avait donc utilisé un Henge pour ses yeux et était descendue de sa montagne. Personne n'avait fait le rapprochement entre Yuki Onna et sa personne au village. Peut-être car cette fois-ci elle avait été habillée d'épais vêtements d'hiver et non d'une simple nuisette trempée.
Un an et demi sans manifestation semblait être suffisant pour qu'un fantôme sorte de l'esprit des gens.
Si seulement cela pouvait être pareil pour elle.
Sans qu'elle ne s'en rende compte, sans qu'elle ne lui demande, Kenshin était sorti de son auberge sous l'attention du village tout entier et l'avait aidé à porter ses fruits et ses légumes jusqu'à chez elle.
Un comportement suspicieux qui avait fait naitre des rumeurs qui, encore un mois plus tard et même s'il était parti du village, circulaient encore.
La femme du second prince héritier vivait au sommet du mont Henpei.
Ce ne fut donc pas rare, les semaines qui suivirent, que des curieux se promènent sur le sentier du mont et qu'ils finissent par arriver face à sa masure. Mais aucun d'entre eux n'avait osé venir y toquer. Il y avait de cela deux semaines, un panneau avait été installé au bas du chemin qui amenait au sommet, un panneau avec un décret royal collé dessus.
Les nombreuses falaises qui longeaient le sentier étaient instables et l'accès y était interdit. Toute personne qui s'y aventurerait et serait attrapée serait immédiatement condamnée.
Un mensonge qui n'avait fait qu'accroitre les rumeurs, mais, étrangement, celui-ci avait fonctionné. Depuis lors, elle n'avait vu personne d'autre que ceux qui avaient l'habitude de lui rendre visite, dont Mitsunari.
Une semaine après que son grand-frère les ait interrompus, un an plus tôt, le troisième prince lui avait ramené ce qu'elle lui avait demandé, à savoir des feutres de couleurs, et elle s'était alors consacrée depuis ce jour-là à un énième passetemps : au lieu de faire la sieste, elle essayait de retracer les évènements importants ainsi que la présence de personnalités importantes au travers des livres qu'elle possédait.
La chronologie et les conséquences qui avaient amené à l'investiture de Danzō Shimura, à son enlèvement, et elle en était arrivé à une seule conclusion.
Tout avait basculé le jour de la mort du troisième et quatrième du nom. Tout avait basculé la nuit où Kyūbi avait attaqué la Feuille, où quelque chose, quelqu'un, avait eu vent de l'accouchement de Kushina Uzumaki. Le soir où Hiruzen Sarutobi avait mystérieusement disparu et où aucun livre qui racontait ce qu'il s'était passé cette nuit tragique ne parler d'une quelconque manière de Danzō Shimura.
L'homme pour qui tout s'était aligné ce jour-là avait été aux abonnés absents.
Elle avait fini par trouver son effet papillon.
« 9 février 1019,
La guerre est terminée depuis deux ans. Où es-tu, que fais-tu ?
Le sais-tu ? »
[…]
Le dos légèrement courbé, les jambes croisées et assise sur l'une des chaises de la cuisine, elle termina d'écrire le dernier mot à même la lettre déposée sur la table.
J'arrive.
Puis, se levant, plia le papier et se dirigea vers la fenêtre à proximité afin d'y ranger son écrit dans l'étui de la colombe qui attendait patiemment sur le rebord de celle-ci.
- Tu peux y aller, Hayato.
À la suite d'un roucoulement, l'oiseau prit son envol vers les montagnes au nord et elle observa le mouvement de ses ailes jusqu'à ce qu'il entre dans la périphérie du soleil.
Refermant la fenêtre, elle se retourna alors et se dirigea vers la table afin de s'emparer du stylo et de reprendre sa place sur la chaise. D'un mouvement de bras, elle récupéra le livre à la parure jaune sur le bois et l'ouvrit à la trois-centième page.
« 10 octobre 1020
Après tout ce temps, toutes ces années, il y a toujours cette question qui m'empêche de tirer un trait, de t'oublier. La seule qui peut me faire rester.
Dis-moi, es-tu en vie, quelque part ? »
Elle sursauta.
Non pas car le toit craqua pour une millionième fois, mais parce qu'elle se rendit compte qu'elle ne l'avait pas entendu, encore. Elle ne l'avait pas vu, pas senti, pourtant il venait de frapper à sa porte, encore. Une sensation qui la fit longuement soupirer.
Ne pouvait-il pas ne serait-ce que la prévenir ? À quoi bon lui envoyer des lettres s'il venait ici ?
Le plancher émit plusieurs grincements tandis qu'elle s'avança jusqu'à la porte d'entrée. Elle tira sur la poignée et, pour la seconde fois, elle sursauta, mais cette fois-ci intérieurement, et son cœur se mit à marteler ses tympans.
Devant elle se trouvait bel et bien une tenue complètement noire, comme le second prince héritier avait l'habitude de s'en habiller, mais le visage qui la portait n'avait rien à voir.
Mesurant un peu plus d'un mètre quatre-vingt et touchant presque le cadre supérieur de la porte, l'homme le plus redouté de toute la péninsule ninja l'observait. Les deux Sharingan de Shisui Uchiha la contemplaient.
Les pupilles de braise s'éteignirent et reprirent leur couleur originelle, ce qui lui coupa la respiration.
Étant donné que, comme une idiote, elle venait de croiser les plus puissants Sharingan de la péninsule, une seule question logique s'imposa à ses lèvres, et il en allait sans dire que les salutations pouvaient attendre.
- Suis-je… sous votre contrôle ?
Elle s'était beaucoup entrainée à reconnaitre et s'extirper d'une illusion au cours des deux dernières années, soit les deux ans qui séparaient leur dernière rencontre, mais elle n'était pas dupe ni imbue d'elle-même. Une vie à s'entrainer, voire un siècle, ne suffirait pas pour sortir d'un Genjutsu de cette nature.
Personne ne pouvait sortir d'une illusion de Shisui Uchiha, il s'agissait là de la phrase bien connue dans les rangs ennemis de Konoha. C'était ce que lui avait dit Shikaku lors de l'une de leurs multiples conversations et, pour être tout à fait honnête, elle aimerait ne jamais avoir à la confirmer.
- Non.
Elle souffla discrètement. Lui mentait-il ? Elle ne pourrait jamais le savoir, autant le croire.
Elle acquiesça de manière rigide avant de s'écarter de l'entrée, laissant ainsi le champ libre au ninja de Konoha d'y pénétrer.
- Merci.
Habillé de chaussures noires ouvertes sur leurs extrémités, d'un pantalon noir et d'un t-shirt noir, où seuls les bandages à ses chevilles et ses poignées parvenaient à contraster, il passa devant elle et s'arrêta entre le salon et la cuisine.
L'air frais de l'automne s'engouffra à l'intérieur de la cabane et la fit frissonner. Suffisamment pour qu'elle s'empresse de refermer la porte dans un sinistre grincement. Le cliquetis de la poignée résonna entre les bois, et elle observa alors le dos du plus redouté des Uchiha.
Elle eut un comportement assez… étrange, ou, disons intimidé : les mains agrippées entre elles dans son dos, elle resta appuyée contre la porte et n'osa pas bouger.
- Vous aimez lire.
L'affirmation se propagea dans la masure tandis qu'elle jeta elle aussi un coup d'œil à la collection de livres de son salon, et bien qu'il s'agissait d'une affirmation et non d'une question, elle répondit sans même s'en rendre compte.
- Oui, j'adore cela.
De profil à sa vision, il ouvrit la bouche, mais se rétracta rapidement. Ne semblant pas vouloir continuer sur ce sujet de discussion, il se mit à regarder sa chambre, et elle perdit tout contact avec son visage.
- Je l'ai trouvé.
Dans un premier temps elle ne comprit pas, puis leur dernière conversation lui revint en mémoire, celle qu'elle n'avait pas cessé de se remémorer durant des mois afin de garder un infime espoir.
Elle savait de qui, de quoi il venait de parler, et le simple fait d'y penser venait de lui faire traverser les deux mètres qui les séparaient. Un mouvement de ses pieds nus supplémentaire, et elle se retrouva entre le lit et l'air impassible.
La question la plus existentielle de sa vie ne mit qu'une inspiration à se faire entendre.
- Est-il en vie ?
La bouche ouverte, le regard asséché, la seconde d'attente lui parut une éternité.
- Oui, il est en vie.
Les larmes la gagnèrent, un souffle de soulagement s'échappa dans l'air, et elle déplaça la paume de sa main gauche sur le bas de son visage. Elle voulut faire un petit bond de joie, mais sentant ses jambes la lâcher, elle se recula afin de s'asseoir, ou plutôt se laissa tomber sur le matelas.
Une expiration saccadée passa, puis elle se força à se remettre de ses émotions, juste à temps pour qu'un flot de questions lui submerge l'esprit. La seconde qui suivit, elle retira sa main de sa bouche et se remit à surmonter les pupilles noires.
- Où… est-il ? Que fait-il ? Pourquoi n'est-il… pas revenu ? Quand l'avez-vous vu ?
Sa dernière question lui fit faire un mouvement vers l'armoire, prête à faire sa valise et partir directement, mais elle se souvint que celle-ci était déjà faite et l'attendait dans le coin du salon.
Encore trente secondes plus tôt, elle partait pour la capitale. Encore trente secondes plus tôt, elle rejoignait le palais. Encore trente secondes plus tôt, sa vie aurait changé. Mais ce n'était plus le cas désormais.
- Dîtes-moi, si vous deviez me le décrire en quelques mots, lesquels choisiriez-vous ?
Son expression se renfrogna.
Pourquoi ne lui répondait-il pas ?
- Je… pourquoi voulez-vous savoir cela ?
Il haussa des épaules, comme s'il s'agissait d'une question comme une autre.
- Je cherche simplement à comprendre.
Ne voulant rien d'autre que ses réponses, elle inspira immédiatement.
- Il… il est… plein de joie de vivre. Il est… souriant, humble et gentil.
Et le robinet s'ouvrit à fond.
- Il est un véritable rayon de soleil. Lorsqu'on le rencontre aux premiers abords, on se dit qu'il est un plaisantin et ne prend pas grand-chose au sérieux, et il s'avère que la première impression est la bonne, mais c'est ce qui fait… ce qu'il est. Pourquoi on se met à l'adorer. Si vous lui offrez de l'affection, il vous donnera tout ce qu'il possède. Il fait toujours passer son prochain avant sa personne. Il est… très généreux, trop généreux. Il ne cherche pas les problèmes et se contente de vivre une vie simple. Lorsque vous vous sentez mal, que vous ne savez pas quoi faire, quelle décision prendre, il vous suffit d'observer son sourire, de l'écouter parler, et tout rentre dans l'ordre. Il est… Naruto. Il est… mon Naruto.
Sa dernière louange s'envola dans un chuchotement imperceptible.
Cela faisait plus que quelques mots, elle devait le concéder, mais elle n'avait pu s'arrêter de parler. C'était sorti tout seul et, tout du long, l'Uchiha l'avait écouté en silence.
- Je vois.
D'un mouvement de la main, il désigna l'une des deux chaises accolées à la table côté salon, et elle acquiesça à sa silencieuse demande. La chaise racla le plancher, se tourna vers elle, avant qu'il ne finisse par s'asseoir dessus. Prenant appui à l'aide de ses coudes sur ses genoux, il se pencha dans sa direction et, l'air impassible, l'observa quelques instants.
- Où est-il ? Actuellement, je l'ignore. Je l'ai rencontré aux Herbes, aujourd'hui il pourrait être n'importe où. Que fait-il ? Il prépare quelque chose que je lui ai demandé de faire en échange de quoi je fais quelque chose pour lui. Pourquoi n'est-il pas revenu ? Je ne lui ai pas demandé, vous m'en voyez désolé. Quand l'ai-je vu ? Il y a deux mois et dix jours, aux Herbes.
Bien qu'il venait de lui fournir que très peu d'informations, elle s'en contenta pour le moment.
Il s'était trouvé aux Herbes, deux mois plus tôt. Soixante-dix jours plus tôt, il avait été à moins de mille kilomètres d'elle et… il avait accepté de faire un travail pour l'homme assis face à elle… pourquoi ? Lequel ?
Elle voulut poser ses nouvelles questions, mais une autre plus importante prit les devants. Bien plus importante.
- Il… il n'y avait personne avec lui ?
- Vous voulez parler du grand Sannin Jiraiya ? Non, il n'était pas présent avec lui.
Elle ne se formalisa pas du fait qu'il avait compris le fond de ses pensées. Il devait certainement être au courant de plus de choses qu'elle ne pouvait l'imaginer... et bien plus encore.
- Que lui avez-vous demandé de faire ?
Il hésita à lui répondre, elle le vit très clairement, puis se décida finalement à le faire.
- J'ai récemment appris qu'une personne à qui je dois beaucoup était encore en vie, prisonnière des rangs ennemis, mais que je ne peux rien faire. Je lui ai demandé de la sauver en échange de quoi cette personne l'aiderait à solver son problème.
- Un problème ? Quel problème ?
Il rabattit son dos sur le dossier en bois et l'observa longuement. Là encore, il ne sembla pas vouloir s'aventurer sur le sujet, mais, là encore et après quelques secondes de réflexion, le fit quand même, à sa grande satisfaction.
- Avez-vous déjà entendu parler de l'Akatsuki ?
Essuyant la larme de joie qui perla le long de sa joue, elle renifla avant de bouger son visage de gauche à droite.
Akatsuki… ? Était-ce un culte vénérant le soleil ?
- Il s'agit d'une organisation criminelle qui a de nombreux buts. Dont de s'emparer des neufs démons à queues.
Elle écarquilla les yeux, à la fois curieuse et stupéfaite, et instantanément ce que lui avait dit Kenshin sur le Jinchūriki des Cascades lui revint en mémoire, mais, ne souhaitant pas couper l'Uchiha sur ses explications, elle resta sous silence.
- J'ai interrogé des milliers de personnes, et personne ne connait leurs intentions. Je doute même que leurs membres le sachent. La guerre leur a permis de rester sous les radars durant de nombreuses années, de recruter des personnes influentes, puissantes, et aujourd'hui ils se trouvent justement être beaucoup trop influents et puissants pour qu'un pays puisse y faire quoi que ce soit sans risquer d'y perdre une aile. D'après les dernières informations classées confidentielles qu'avait reçues le haut conseil de Konoha, ils seraient à l'origine de la disparition de l'hôte de Nanabi et de la tentative d'enlèvement d'Ichibi, bien que cela reste encore à prouver. Personne ne sait réellement.
Il marqua un temps d'arrêt afin de la laisser digérer les informations qu'il venait de lui transmettre.
Elle ne fut pas surprise d'apprendre que Konoha était au courant concernant Nanabi, et voulut lui rapporter le fait que l'hôte avait été retrouvé. Et que bien que Taki semblait garder le secret, le démon avait bel et bien était extrait, qu'il se trouvait donc, peut-être, bel et bien entre les mains de cette organisation. Mais ne voulant pas trahir la confiance que lui accordait Kenshin, elle se tut sur le sujet. Elle laissa planer le doute sur le fait que Taki possédait toujours son arme de destruction massive.
- Les nations sont bien trop concentrées sur la guerre qui se profile pour se rendre compte du danger. Je ne serais pas surpris qu'au moment même où la guerre est déclarée, l'Akatsuki en profite pour mettre la faute des uns sur les autres et récupère les démons sans que la moindre coalition puisse les arrêter. Et si cela venait à se produire, pas même une unification péninsulaire serait capable de les stopper. Même si les Démons, les Marécages ainsi que les Grandes Nations de l'Ouest et du Sud nous apportaient leur aide, nous perdrions en un instant. Cela fait tellement longtemps que personne ne les a vus à l'œuvre que tout le monde semble avoir oublié ce que représente la puissance d'un seul Bijūs. La première Grande Guerre remonte à tellement longtemps maintenant que seule une poignée semble se souvenir que, sans Hashirama Senju, la péninsule ne serait plus. Tout le monde a oublié que nous sommes passés à ça de l'extinction de masse.
Elle observa l'index et le pouce de Shisui séparés d'un centimètre de vide, avant que celui-ci ne reprenne.
- La plupart des livres n'en consacrent qu'un paragraphe, pourtant ce qu'a fait le Jinchūriki de Yonbi lors du début de la première Grande Guerre devrait encore être gravé dans les mémoires. Les trente-deux villages aux frontières des Herbes et des Cascades eux s'en souviennent encore. Les coulées de lave de trente mètres sont encore là pour servir de délimitation entre les deux pays. Tout comme le sont les soixante mille âmes fossilisées à l'intérieur.
Elle déglutit.
Il était vrai qu'au début de la première Grande Guerre, l'hôte du démon à quatre queues avait perdu le contrôle et le singe géant avait ravagé le sud des Cacades ainsi que le nord des Herbes. À ce moment-là, le Vent, la Foudre, ainsi que l'Eau pensèrent avec raison que la Terre avait volontairement libéré les quatre queues afin de détruire les pays limitrophes qui les menaçaient, et par peur que le démon ne se rapproche de leur frontière, le Vent avait été à deux doigts de libérer les sept queues face à la menace grandissante.
Si tel avait été le cas, si le Shodaime Kazekage avait pris cette décision, il s'en serait alors suivi une escalade que personne n'aurait pu arrêter. Si Suna avait relâché Nanabi, puis Ichibi, Kumo aurait fait de même, Kiri aurait fait de même, et Iwa aurait relâché son second démon.
Les Bijūs ne connaissaient pas la fatigue, l'affrontement aurait alors duré des années, des décennies, des siècles, et la péninsule, le continent, se serait tout bonnement fait vaporiser. Bien qu'Hashirama avait réussi à contrôler et sceller les neufs démons à queues, il l'avait fait séparément, sur un périple de quatre années autour de la planète, les uns après les autres, pas tous en même temps.
Personne n'aurait pu arrêter le cataclysme, pas même le grand Shodaime Hokage.
Par chance, ou par grande sagesse, cela restait à déterminer, Hashirama était intervenu à temps et avait pour la seconde fois scellé Yonbi avant que Suna ne libère son démon. Sous la menace de relâcher Gobi, Iwa avait réussi à récupérer les quatre queues et la situation était retournée sous contrôle. Du moins la guerre et les atrocités s'étaient poursuivies sans qu'aucun démon ne soit de nouveau libéré.
Après la mort du Senju à la fin de la guerre, le second conseil des Kages avait eu lieu, et un accord fut signé par les Cinq Grandes Puissances : aucun démon ne sera plus libéré lors d'une guerre. Hashirama n'étant plus, si un second Yonbi venait à se produire, personne ne serait en mesure d'y mettre fin et seules les cendres ressortiraient vainqueures.
- J'étais présent lors de l'attaque de Kyūbi. J'étais là lorsque le Yondaime nous a tous sauvés. Bien trop apeurés, cachés, les villageois n'ont pas pu voir ce que la plupart des Shinobis du village ont pu observer. Ce que nous avons vu cette nuit-là n'est pas écrit dans les livres d'histoire. Cette forme opaque, ronde et instable. Cette boule de matière de plus de vingt mètres de circonférence d'une puissance inimaginable. Si la Quatrième du nom ne l'avait pas téléporté en dehors de village, je ne serais pas là pour en parler. L'explosion qui en a résultait à dix-huit kilomètres est encore gravée dans ma rétine. Jamais je n'avais vu ça, jamais je n'ai revu ça. Ce n'est pas quelque chose que l'on peut imaginer, ce n'est pas quelque chose de concevable tant que l'on n'y a pas assisté. La lumière a été si intense que certaines personnes ont perdu la vue plusieurs jours. Un Hyūga présent ce jour-là m'a raconté que la terre avait fusionné avec l'air et qu'une montagne toute entière s'était fait avaler. On raconte que les feux et les coups de griffes du démon seraient ce qui aurait causé le plus de morts cette nuit-là. Ce n'est pas le cas. Ce qui a causé le plus de victimes est le séisme qui a résulté du Bijūdama. Le sol a tremblé durant plus de trois minutes, faisant écroulés des dizaines et des dizaines d'immeubles absolument partout et pas prévu pour ce genre de catastrophe naturelle. Des roches de plusieurs centaines de kilos ont parcouru les dix-huit mille mètres et se sont écrasées sur les habitations et ont même atteint les villages voisins à plus de trente kilomètres. La cendre et la poussière qu'a soulevées l'impact ont plongé la région dans le brouillard durant plus de deux jours, deux jours durant lesquels si un pays voisin avait eu vent de l'attaque, le Feu serait tombé.
Malgré que Shisui venait de lui raconter un passage traumatisant de sa vie, de milliers de vies, il ne l'avait laissé observer aucune émotion, si ce n'était un mouvement de cil.
Il portait bien son nom.
- Si un seul démon peut raser trente villages en deux heures, si un seul démon peut faire disparaitre un million d'habitants d'une seule attaque ainsi que l'un des points stratégiques les plus fortifiés de la péninsule, qu'en serait-il de neuf réunis ? Si cette organisation arrive à ses fins, elle possèderait un pouvoir capable de rayer un pays de la carte. Personne ne devrait avoir l'opportunité d'en arriver là, et ton Naruto la bien comprit.
Elle se crispa sur le matelas. D'une part car ce qu'elle venait d'entendre faisait froid dans le dos, et d'une autre car lui aussi l'avait entendu, et la manière dont il venait de répéter son appropriation la laissa penser qu'elle faisait fausse route.
Il ne lui appartenait pas, du moins il ne lui appartenait plus.
- Celui que vous avez décrit, ce n'est pas l'homme que j'ai rencontré. Le sourire dont vous parlez, je ne l'ai vu à aucun moment. Celui que j'ai rencontré été froid, calculateur, et n'a pas cherché à savoir comment vous alliez. Il s'agissait peut-être d'une façade que je n'ai pas pu percer, mais si je suis bien certain d'une chose, c'est que ce qu'il a désiré me montrer se trouvait à mille lieues de tout ce que vous avez dit à son sujet.
Elle en resta… crispée, et la tristesse s'empara de la moindre de ses pensées.
Il ne faisait aucun doute que l'Uchiha avait rencontré Naruto. Il ne semblait pas enclin à la plaisanterie. S'il lui affirmait que celui qu'il avait rencontré était Naruto, alors c'était Naruto.
Il n'y avait donc qu'une seule question qui la tourmentait en cet instant, et c'était celle-ci qui faisait naitre en elle un profond chagrin : qu'avait-il bien pu traverser pour en perdre le sourire ?
Malgré sa réflexion, elle ne put s'empêcher de poser la question.
- Êtes-vous sûr qu'il s'agissait bien de lui ?
Et il acquiesça sans la moindre hésitation.
- Il est le portrait craché de Minato Namikaze et il a utilisé le Hiraishin sous mes yeux, ce qui est très déconcertant. Il ne semble plus chercher à se cacher, et avec ce qu'il s'apprête à faire, le monde découvrira bientôt son existence. Lorsque la péninsule saura que le fils du Yondaime, et de surcroit le Jinchūriki du démon renard à neuf queues, se balade librement de pays en pays depuis des années, je ne peux qu'imaginer les répercussions que cela aura, les mesures que prendront les nations, ainsi que les menaces que recevra Konoha.
En elle se dilua un semblant de satisfaction noyé d'incompréhension. Une goutte de joie dans un océan de tristesse.
Il était parvenu à maitriser la technique de son père. Il avait réussi. Ce qui voulait dire que c'était bel et bien lui qui s'était trouvé ici un an et demi plus tôt, elle n'avait pas rêvé, elle n'avait pas imaginé le flash.
Elle n'était pas folle.
Mais si tel était le cas, pourquoi n'était-il pas venu lui parler ? Pourquoi s'était-il caché d'elle ? Et où diable était Sensei ?
- Avez-vous d'autres questions ?
Ayant abaissa son regard le temps de sa réflexion, elle le releva sur l'Uchiha.
Des questions, elle en avait des centaines, mais à cet instant seulement trois s'imposèrent à elle.
- Pourquoi m'aidez-vous ? Que cela vous rapporte-t-il ? Pourquoi trahir Konoha ?
Il l'observa d'un air toujours aussi neutre. Rien ne semblait lui faire ressentir la moindre émotion, pas même lorsqu'elle le confrontait à ses propres convictions.
- Shikaku Nara vous a parlé en long et en large de ce que j'ai fait, n'est-ce pas ?
Elle acquiesça simplement.
Shikaku lui avait parlé de tout que l'Uchiha avait fait, pu faire, et aurait fait, et bien plus encore. L'homme face à elle était à l'origine des plus grandes misères que la péninsule connaissait à cet instant. À l'origine de milliers de morts. Des centaines de milliers. À la tête de ceux qui avaient organisé son enlèvement, de ceux qui lui avaient ruiné la vie.
L'une des personnes responsables de la quatrième Grande Guerre, si ce n'était le plus grand responsable. Pour autant, elle ne parvenait pas à ressentir à moindre haine à son égard, car elle savait qu'il ne l'avait pas fait de son plein gré, mais sous la menace.
Elle soupira discrètement.
Pourquoi fallait-il qu'elle soit comme cela ? Ne pouvait-elle pas le détester, ne serait-ce qu'un tout petit peu ?
- Je ne suis pas une personne religieuse. Je ne crois pas en une vie ou une réincarnation lorsque la mienne s'arrêtera, je ne fais pas cela pour essayer de me laver de mes péchés. Je ne fais pas cela pour essayer de me racheter auprès des personnes que j'ai pu blesser. Je ne cherche pas la rédemption.
Il marqua un temps d'arrêt, semblant réfléchir aux prochains mots qu'il allait utiliser.
- Bien qu'il soit trop tard pour réparer ce que j'ai fait, je peux encore essayer d'aider tous ceux dont j'ai pu affecter la vie, à essayer de les aider à fermer les yeux la nuit. Malgré tout ce que j'ai fait au nom d'un idéal qui m'a été imposé, au nom de Danzō Shimura, mes nuits sont paisibles. De tout le monde, ne devrais-je pas être celui qui ne parvient pas à fermer l'œil ?
Pour la première fois, elle entendit de la tristesse dans sa voix, et cela la bouleversa plus qu'elle n'aurait aimait le faire voir. D'un simple clignement d'yeux, elle parvint à se ressaisir, à chasser ses émotions. Ce fut pourquoi sa voix en fut complètement exemptée.
- Avez-vous abandonné l'idée de sauver votre petite sœur ?
La question à un milliard de ryōs fut posée, et la réponse mit quelques secondes à arriver. Il n'essaya pas de savoir comment elle savait cela, il… se contenta de répondre le plus calmement possible.
- Elle est morte.
Ce qui la fit regretter.
Cet homme venait de lui annoncer la mort de sa sœur comme si de rien n'était. Il semblait plus enclin à ressentir de la peine pour les autres que pour lui-même. C'était… réellement triste à observer.
Il disait qu'il dormait paisiblement, mais ses nuits, étaient-elles parsemées de rêves ou de néant ?
Ne sachant pas quoi dire, elle essaya maladroitement de changer de sujet, ce qui lui rappela qu'elle ne savait vraiment pas se comporter en société.
- Et comment comptez-vous m'aider de fermer les yeux la nuit ?
Bien que les mots de l'Uchiha semblaient beaux, ils étaient aussi utopiques. Comptait-il lui rendre la vie qu'elle n'avait pas vécu ? Comptait-il lui rendre sa famille ? Les années de sa vie disparues ?
Cette pensée l'effraya. Ses questions intérieures l'effrayèrent.
En connaissant un tant soit peu le fonctionnement du Sharingan, mais surtout les deux qui lui faisaient face, elle savait au fond d'elle que ce qu'elle venait de se demander était possible. Cela serait une illusion dont jamais elle ne pourrait sortir, certes, mais cela était possible. Il pouvait insuffler en elle d'un simple regard une vie qu'elle n'avait pas vécue, des émotions qu'elle n'avait pas ressenties, ainsi qu'effacer tout ce qui faisait ce qu'elle était. Et le simple fait de se dire qu'il suffisait que les deux pupilles opaques qu'elle observait se teinte d'écarlate pour que cela se produise l'effrayait à un peu incommensurable.
Ce fut pourquoi elle détourna le regard, ce qui ne lui échappa pas.
- Je n'utiliserai plus mes yeux sur vous sans votre consentement, bien que je n'en sois pas digne, vous pouvez me faire confiance là-dessus.
Du coin de l'œil elle ramena sa vision sur les iris noirs et, se rendant à l'évidence qu'elle ne parvenait pas à lui faire entièrement confiance là-dessus, elle comprit de par se simple sentiment qu'elle n'était pas sous son emprise.
Ce qui étrangement la soulagea.
- Hormis le mien, avez-vous déjà observé un Sharingan ?
Elle ne comprit pas la raison de la question, mais répondit sans la moindre hésitation.
- Non.
Ce n'était pas tous les jours que l'on voyait ces pupilles qui avaient gravé bon nombre de légendes au fil des siècles passés, surtout le dernier. On ne l'oubliait pas facilement, elle était donc certaine d'en avoir vu que deux dans sa vie, et celles-ci se trouvaient à moins de trois mètres d'elle.
- Je peux vous défaire de l'illusion dans laquelle vous êtes si vous le souhaitez, si vous me faites confiance, c'est à vous de voir. Mes yeux se sont assez reposés désormais. Souhaitez-vous mon aide ?
La défaire d'une illusion… ? Que racontait-il encore ?
- Que… que voulez-vous dire par-là ?
Il esquissa un sourire en coin. Il… lui souriait. Un Uchiha lui souriait. Cela allait à l'encontre des règles fondamentales.
Elle était définitivement dans une illusion.
- Vous avez oublié ce que je vous ai dit il y a deux ans n'est-ce pas ? C'est normal ne vous en faites pas. C'est un mécanisme bien connu que nous utilisons lorsque nous souhaitons manipuler une personne. Avez-vous des pertes de mémoire ? Des cauchemars récurrents, des choses dont vous n'arrivez pas à parler, que vous oubliez facilement ?
Elle… elle ne savez pas quoi répondre. Tout ce qu'il venait de dire était la pure et simple vérité. Tout ce qu'il venait de dire lui arrivait à longueur de journée.
- Ce sont les effets d'une exposition prolongée. Celui ou celle qui vous manipule le fait depuis des années. Vous avez dû passer des jours, voire des mois en sa présence sans même vous en rendre compte. Elle pourrait se trouver dans la pièce à cet instant que vous n'en sauriez rien.
Pourquoi n'arrivait-elle pas à parler ?
- Lorsque le mal est fait, il est quasiment impossible de faire machine arrière, c'est pourquoi nos yeux sont si redoutés. Il n'existe qu'un seul moyen de sortir d'une exposition de ce type. Un autre Sharingan plus expérimenté doit vous en défaire. Vous avez de la chance, il n'existe pas meilleur que les miens quant il s'agit de manipuler et détruire la vie de quelqu'un.
À la suite de son morbide sarcasme, il se leva sans qu'elle le quitte des yeux une seule seconde.
Avait-il essayé de détendre l'atmosphère ? Les Uchiha, était-il tous aussi mauvais quand il s'agissait de faire une blague ou était-il un cas à part ?
S'emparant du dossier en bois de la chaise, il s'approcha de sa position assise sur le matelas et positionna les quatre pieds juste devant elle, avant de se rasseoir.
- Commencez vous à ressentir des fourmillements au niveau de la nuque ? Votre cœur, commence-t-il à s'emballer ? Votre gorge, avez-vous du mal à respirer ? C'est généralement ce que ressentent nos victimes lorsque quelqu'un essaye de les faire parler.
À moins d'un mètre d'elle et faisant toujours une tête de plus, même assis, il reprit sa position antérieure et posa ses coudes sur ses jambes afin d'encore plus s'approcher d'elle.
Les deux mains de part et d'autre de ses hanches sur le matelas, elle recula son visage.
Pourquoi… s'était-il autant rapproché ? Ne pouvait-il pas reculer, ne serait-ce que de quelques centimètres ?
- Je sais que vous ne pouvez pas me répondre oui. Mais si vous acceptez mon aide, essayez simplement de vous détendre, je m'occupe du reste.
Une désagréable sensation s'empara da son cou tandis qu'elle essaya d'ouvrir la bouche, mais seules ses lèvres se mouvèrent, et cette sensation d'impuissance fit encore plus battre la chamade à son cœur. La gorge serrée, elle inspira longuement par le nez et expira tout aussi lentement afin de se calmer.
Elle parvint à se détendre en un rien de temps, à sa surprise.
Peut-être lui faisait-elle plus confiance qu'elle ne le pensait.
- Surtout ne détournez pas le regard, c'est important, il me faut votre entière concentration, ne luttez pas, n'utilisez pas votre chakra.
Ce n'était pas un ordre auquel elle était obligée de se soumettre, il n'avait pas utilisé son Sharingan, pas encore, il s'agissait simplement d'une demande. Elle pouvait utiliser son chakra si elle le souhaitait... ou bien était-ce là aussi un moyen de la tromper ? Avait-elle réellement ce libre arbitre ?
Sentant qu'elle allait se mettre à utiliser son chakra, elle ferma fortement les paupières. Toute cette histoire de réalité, de Genjutsu, de faux semblant, commençait à lui faire mal à la tête. Elle était plus perdue qu'elle ne l'avait jamais été.
- Si j'ai vu juste, vous allez vous remémorer tout ce que vous avez oublié, tout ce que le Sharingan que vous avez observé a scellé et continue de sceller. Il se peut que je me trompe, qu'il n'en soit rien et que votre comportement, votre manière de parler, soit naturel, mais j'en doute.
L'haleine mentholée lui effleura le visage et elle rouvrit sa vision sur les deux pupilles écarlates aux trois tomoes. Le Sharingan activé à moins de trente centimètres d'elle ne l'inquiéta à aucun moment. À cet instant, ses réflexions étaient concentrées sur un seul sujet.
Venait-il de l'insulter ?
- Cela risque d'être perturbant, vos souvenirs vont se mélanger, vos sentiments vont se confondre, il vous faudra du temps pour tout remettre en place et comprendre. Je veillerai sur vous le temps qu'il faudra, ne vous en faites pas.
Elle observa intensément les yeux face à elle, et n'eut le temps que d'inspirer. Une seule inspiration avant de retenir son souffle, pensant que cela allait être douloureux, mais ce ne fut nullement le cas. Dans un premier temps, elle perdit la sensation de ses jambes et ses bras, puis son corps tout entier l'abandonna. Elle expira silencieusement et le mécanisme naturel prit le relai. Puis le premier souvenir émergea. Le second. Le troisième, quatrième, cinquième, sixième… le millième, et elle comprit enfin.
Sa vision se troubla, et elle perdit le contact oculaire avec les six tomoes. Elle essaya tant bien que mal de les retrouver, mais ses pensées se voulaient bien trop étouffées pour lui permettre de suffisamment se concentrer.
Tout était de sa faute, tout. Absolument tout. Elle était la raison pour laquelle il n'était jamais revenu. La raison pour laquelle il avait cessé de lui répondre. La raison pour laquelle Sensei n'était jamais revenu. Kumo n'avait pas entièrement menti. Elle était bien morte à l'âge de six ans, du moins avait disparu de sa cellule, volatilisée.
Le visage trouble face à elle ne s'était pas trompé. Ce n'était effectivement pas la première fois qu'elle voyait un Sharingan. C'était même loin d'être la première fois.
Ses pupilles opales quittèrent leur orbite et, en vain, elle essaya de se maintenir assise à l'aide de ses mains, avant de finalement tomber à la renverse sur le matelas.
Tout lui revint.
« Le tonnerre gronda et l'éclair fissura les cieux nuageux au travers de la fenêtre et des barreaux de la pièce. Allongée sous la chaleur de la couette, le souffle erratique, elle parvint dans un gémissement enfantin à retenir son sanglot.
Un bruit sourd sur sa droite la fit sursauter. Elle mit bien une minute pour avoir le courage de sortir un de ses Byakugans d'en dessous le textile fin et blanc. Ce qu'elle vit lui coupa la respiration, avant que ses jambes, dans un mouvement de panique, ne balancent son dos contre le béton de la cellule blanche et ne l'obligent à prendre une grande bouffée d'air. Son crâne cogna le mur, et un rictus de douleur lui déforma ses traits âgés de seulement six années.
Située à côté de la seule porte blanche et hermétique de la pièce et appuyée contre le mur, une silhouette à forme humaine était assise à même le sol et l'observait.
Habillée de noir, elle ne parvint pas à voir son visage, bien que celui-ci semblait difforme et coloré. Une jambe rabattue vers son buste et l'autre étendue sur le carrelage blanc, son bras était posé sur son genou recroquevillé.
La forme opaque entama un mouvement de bras vers sa tête dissimulée dans la pénombre et, refermant sa main gantée afin de ne laisser que son index dépasser, elle avança son buste afin de déposer son doigt au bas du masque orange et spiralé qu'elle portait.
Les cheveux courts, noirs, et ne possédant qu'un seul trou au niveau de son œil droit écarlate, l'homme fit redescendre sa main et se releva afin de s'avancer jusqu'au lit dans un silence à la fois irréel et étouffant.
Elle ne sut pas comment elle parvint d'empêcher sa vessie de se vider.
- Bonsoir, petite louve. »
Elle rouvrit les yeux, à la fois déboussolée et bouleversée, et se rendit à l'évidence qu'il l'avait déplacé.
Elle se redressa brutalement sur le lit, observa frénétiquement à sa droite puis à sa gauche, avant de dévisager l'homme assis sur la chaise devant celui-ci. Avant d'examiner les pupilles noires de Shisui.
Avait-elle perdu connaissance longtemps ?
Une nouvelle fois, elle déplaça ses iris opales sur la fenêtre à sa gauche, et la même position du soleil dans le ciel lui fit comprendre que ce n'était pas le cas, à part si un jour entier s'était écoulé, ce dont elle doutait du fait que la soif ne se faisait pas ressentir.
Sans qu'elle ne sache pourquoi, de fortes nausées l'obligèrent à déplacer l'une de ses mains sur sa bouche et fermer ses paupières afin de se concentrer sur le fait de ne pas dégobiller. Petit à petit, la sensation diminua, jusqu'à ne plus se faire ressentir du tout, elle rouvrit alors son regard et observa les bras croisés de l'Uchiha qui n'avaient pas bougé.
- Comment vous sentez-vous ?
Comment se sentait-elle ?
Elle déplaça sa main droite entre sa poitrine, au niveau de son cœur. Les palpitations de celui-ci lui indiquèrent qu'elle était bien en vie, et l'exactitude de ce qui résonnait à ses tympans lui indiqua là que ce qui se trouvait sous ses yeux était bien réel.
Une réminiscence lui martela les pensées. Un souvenir dans lequel elle attrapait une main gantée, dans lequel elle passait d'une cellule blanche à un Genjutsu. D'une réalité à une illusion. De ses six ans à ses treize.
Comment… se sentait-elle ?
Elle serra les dents aussi fortement qu'elle le put en cet instant, déplaça ses mains jusqu'à ses cheveux, emmêla ses phalanges à ses mèches d'obsidienne, et tira fortement dessus afin de faire cesser la voix rauque qui la harcelait. Afin de faire cesser le doux surnom.
« - Comment te sens-tu aujourd'hui, petite louve ?
Elle releva son air paniqué vers la porte hermétique de la pièce blanche. Encore une fois, elle ne l'avait pas entendu entrer. Avait-il seulement pris la peine d'ouvrir la porte ?
Y'avait-il une porte ?
Les murs blancs, propres et lisses devinrent râpeux et gris. La seule fenêtre côté lit disparut à son tour et laissa les roches froides et austères de la grotte l'isoler davantage. Le lampadaire au plafond vira du blanc au jaune et les lianes de ronces se répandirent sur les murs.
Ce fut à ce moment précis qu'elle le vit auprès de la flore sauvage, dissimulée dans la pénombre. Celui qu'elle avait confondu avec une plante carnivore géante. Elle dévisagea du coin de l'œil le visage bicolore du nouvel arrivé de moitié caché derrière l'immense coque de bois vert qui englobait la partie haute de son corps. Montant à plus de trois mètres et touchant presque le plafond, celle-ci ressemblait étrangement à la gueule d'un alligator prête à neutraliser sa proie.
Habillé d'une tunique noire à nuage rouge, l'homme possédait un regard doré et glaçant, mais ce n'était pas cela qui l'intriguait le plus à cet instant. Ce qui la fascinait était les deux visages qui lui faisaient face. Les deux personnalités, les deux êtres à part entière.
Un côté blanc, un côté noir. Un côté visible, un côté dissimulé.
Si le visage blanc l'observait de manière ennuyée, habituée, la pupille dorée du visage noir quant à elle l'admirait. Il la contemplait - ou du moins ses Byakugan - comme si elle était un fantôme d'une vie passée.
D'un simple mouvement oculaire, la pièce se replongea dans la luminosité, l'illusion reprit place, les deux visages disparurent, ne laissant que les vêtements noirs et le masque orange contraster avec la cellule blanche.
Assise sur le matelas blanc, les jambes sous le drap et du haut de ses treize ans, elle sourit aimablement à l'homme debout à sa droite.
- Je me sens bien. M'as-tu apporté un nouveau livre aujourd'hui ?
Avec douceur il s'agenouilla devant le lit et, d'un mouvement lent, s'empara du drap au niveau de ses hanches afin de le faire glisser sur ses jambes.
L'écarlate répandu au niveau de son pantalon blanc, du matelas blanc et de son entrejambe dévoila le mensonge qu'elle venait d'exprimer.
D'une main paniquée, elle récupéra le drap et le rabattit sur son bas ventre, et la panique atteignit sa voix.
- I-Il ne faut pas que les gardes le voient, t-tu crois que tu peux me ramener des vêtements propres et de quoi nettoyer ? J-Je peux tout laver i-ils ne le verront pas.
Elle secoua son visage et les larmes glissèrent sur ses joues de porcelaine.
- J-Je ne veux pas. J-Je ne veux pas qu'ils me touchent. Fais q-quelque chose s'il te plait, ai-aide-moi. J-Je… je…
Dans la fente du masque orange, elle croisa le regard de braise, et la moindre pensée effrayée l'abandonna. Son souffle se calma, son nez se libéra, et sa poitrine cessa de se soulever frénétiquement.
Elle n'était plus maitresse de ses émotions.
- Très bien. Je vais te sortir de là, mais tu devras te débrouiller toute seule par la suite. Tout commence maintenant, petite louve. Il faudra que tu suives le soleil jusqu'à descendre de la montagne. Tu vas le rencontrer près de la rivière. Attire son attention, fais qu'il voit ton regard, cela devrait être suffisant. Ensuite, utilise l'étoile la plus brillante dans le ciel. Laisse-le tomber sous ton charme, fais qu'il ne puisse plus se passer de toi. Il s'agit là de la partie la plus facile. Si le jour venait à se lever à nouveau, oriente-toi grâce à la chaîne de montagnes à ton sud-ouest. Il n'est, pour l'instant, pas une menace. Mais quand le jour viendra, quand il essayera de maitriser son démon, reviens ici me prévenir. Continue sans t'arrêter dans la forêt jusqu'à croiser le chemin de la rivière. Il s'appelle Naruto. Suis le courant durant les deux jours qui suivent. Il est le Jinchūriki de Kyubi no Yōko, Uzumaki Namikaze Naruto. Tu atteindras le pays du Feu. Et tu seras sa plus grande faiblesse. »
Elle s'écroula entre la fenêtre et le lit, en larmes.
Comment… se... sentait-elle ?
De ses mains accrochées à la couette, elle se hissa sur le matelas et s'avança jusqu'à l'Uchiha toujours assis sur la chaise. Elle laissa lourdement tomber ses genoux sur le plancher à moins de trentaine de centimètres des pieds en bois et relâcha le textile beige afin s'agripper au pantalon noir.
- A-Arrête s'il te plait j-je ne veux plus savoir… je… ne veux plus… fais que ça cesse…
- Je ne peux pas. Il est trop tard pour cela.
Le ton placide lui releva son attention désemparée, et elle dévisagea le regard noir encre tandis que l'énième souvenir s'empara de la moindre de ses pensées. Celui où elle était retournée dans la grotte à peine étaient-ils parti pour Kumo. Celui où elle avait été la raison pour laquelle il avait arrêté de lui répondre.
« - Nous venons de nous arrêter dans un petit village à la frontière du Son et du Feu, pourquoi ? Tomioka, à l'est de Nemuro.
La voix rauque arrêta de lire et les mains gantées refermèrent le livre à la parure jaune.
- Il se rend à Kumo afin de maitriser Kyūbi, tu en es certaine ?
Le regard livide, transpirante, la respiration erratique, elle acquiesça, et le soupir derrière le masque résonna sur les pierres suantes de la grotte.
- Voilà qui est embêtant. La guerre n'est pas encore terminée, comment ce satané Sannin a-t-il fait pour que Kumo accepte ?
Elle resta silencieuse face à la question. Elle-même ne savait pas.
Le sol se déroba à sa droite, entre la pierre sur laquelle était assis l'homme et les barreaux de la cellule où un matelas verdâtre et recouvert de moisissure reposait, et le visage bipolaire s'extirpa de la terre humide.
- Pars le prévenir, le temps joue contre nous. Tant qu'ils se trouvent au Son, nous pouvons les atteindre, en aucun cas ils ne doivent pas atteindre la Foudre. Dis-lui que je l'attends sur place, il est temps pour lui de revoir son maitre.
- Très bien.
Le timbre à la fois grave et aigu se répandit autour d'elle et l'écorce verte retourna par là où elle était arrivée. Les secondes défilèrent, et elle ne bougea pas d'un millimètre. Cela ne lui avait aucunement traversé l'esprit. Rien ne lui traversait l'esprit. Tout ce qu'elle attendait était sa voix. Son ordre.
- Il semble énormément tenir à toi. Tu as réussi ta mission, petite louve. Que penses-tu que sera sa réaction lorsqu'il apprendra toute la vérité ? Penses-tu que cela l'atteindra ? Penses-tu qu'il perdra le contrôle ? Il me tarde déjà de voir.
Sans qu'elle ne puisse la contrôler, son visage de porcelaine néanmoins impassible, sa jambe émit un mouvement austère vers la pierre rectangulaire, vers les paroles obscènes, mais elle parvint à rétracter son geste aussi rapidement que le néant reprit possession de ses réflexions.
La seule paupière visible derrière le masque orange se plissa inexorablement.
- Ce n'est plus une mission, n'est-ce pas ? En as-tu seulement conscience ? Crois-tu que c'était le destin qui vous a réuni ? Penses-tu que tout cela est réel ? Rien ne l'est, petite louve. Il n'y a pas de destin, tu n'étais pas destiné à le rencontrer. Tout ce que tu ressens, tout ce que tu es, tout ce que tu as décidé d'entreprendre, m'appartiens. Tous tes sentiments, c'est moi qui t'ai demandé de les ressentir. Penses-tu vraiment qu'ils sont réels ? Penses-tu que tu l'aimes réellement ?
Une larme perla le long de sa joue et vint se dessécher sur sa chevelure aride.
Il se releva afin de s'approcher d'elle et, mesurant une tête de plus, il posa sa main sur le côté droit de son visage afin d'essuyer la seconde larme qui suivit le tracé de son ainée.
Stoïque, ou plutôt dans l'incapacité même d'ordonner le moindre mouvement à son corps, elle observa le pull noir sans ciller.
- Intéressant. Même après toutes ces années à te formater, à t'inventer des souvenirs, des émotions, te faire croire à ton libre arbitre, tu es toujours là, tu continues d'exister, quelque part. C'est une première.
Retirant sa main gantée de son visage, il lui tendit le livre et elle s'en empara aussitôt.
- Retourne d'où tu viens, des fois qu'il se décide à faire demi-tour. Continue de faire ce que tu faisais en attendant mes instructions. Elles ne sauraient tarder. »
Comment… se... sentait-elle ?
Les instructions étaient arrivées une semaine plus tard. Elle s'était allongée sur le lit de la cabane et n'avait pas bougé durant trois jours. Trois jours où il lui avait écrit, trois jours où elle n'avait pas répondu. Trois jours durent lesquels elle ne savait pas ce qui lui était arrivé. Ni à lui ni à Sensei.
Trois jours après lesquels elle avait une énième fois tout oublié.
Elle se souvenait du masque orange comme d'un homme qui lui rendait régulièrement visite dans sa cellule, comme celui qui la faisait rire, qui la faisait lire, qui lui avait apporté des centaines de livres et du réconfort. Celui qui l'avait aidé à s'échapper lors de ses premières règles.
Tout était faux. Tout. Il s'était servi d'elle afin d'atteindre Naruto. Afin de surveiller le seul réceptacle libre de la péninsule. Et elle l'avait aidé dans ses plans sans en avoir conscience. Une pierre, deux coups. Il avait enlevé le Byakugan à Kumo, avait fait monter les tensions du pays avec le Feu et avait récupéré une personne capable d'approcher le grand Sannin Jiraiya sans attirer la moindre attention.
Du génie.
Les larmes s'écoulèrent sans interruption sur son visage, et elle crut être à de doigts de l'anévrisme tant les centaines de souvenirs ressurgissaient les uns après les autres.
Cette nuit-là lorsqu'elle était tombée de la chaise de la cuisine, elle n'avait pas rêvé. La peur avait laissé graver dans sa mémoire son arrivée, c'était pourquoi elle était parvenue à s'en souvenir. Du moins il s'agissait là de la seule explication plausible. Elle n'avait pas rêvé, elle n'était pas folle, il avait bel et bien été présent et lui avait demandé si le Jinchūriki de Kyūbi était venu la voir, s'il avait essayé de la contacter.
Il était la personne que Kenshin avait ressentie dans la masure avant sa première visite. Il s'était tenu debout dans l'angle du salon, durant plus d'une demi-heure, à l'observer cuisiner, à écouter la discussion qu'elle avait eue avec Mitsunari.
Cette simple vision lui glaçait le sang.
- L'homme qui t'a fait cela, porte-t-il un masque orange ?
Quittant ses pensées quelques instants, elle releva son attention sur Shisui et elle mit bien trois secondes à se remémorer la question qu'il venait de lui poser. Puis elle écarquilla son regard stupéfait.
Comment savait-il ce…
À genoux et toujours les deux mains fermement accrochées à la jambe gauche de l'Uchiha, elle ne voulut dans un premier temps pas y croire. Elle se ferma à l'idée que c'était le cas, puis, doucement et suivant les lignes du regard noir encre, elle se tourna vers le coin de la chambre derrière elle.
En un instant elle relâcha la jambe et, à la suite d'une longue suffocation, se recula d'un geste apeuré vers la porte d'entrée.
Debout entre le lit et la fenêtre, habillé de noir et de nuages rouges, le masque orange la scrutait.
Se trouvant désormais entre la chaise et la porte, au beau milieu du salon et de la cuisine, elle ne parvint pas à détacher son regard de la fente du masque spiralée. Du moins jusqu'à ce que la chaise devant le lit émette un craquement et que Shisui se place entre elle et son sauveur, son geôlier, son bourreau. Cet homme avec qui elle avait lu des milliers d'heures, discuté des centaines, et rit des dizaines, et dont elle ne connaissait même pas le nom, et cela la terrifiait.
Cela la terrifiait car il ne l'avait pas manipulé pour qu'elle partage ces moments de vie avec lui. Il l'avait manipulé pour qu'elle écoute au moins de ses ordres, pour qu'elle se croit toujours à Kumo, rien de plus. Tout ce qu'elle avait vécu avec lui, elle l'avait fait de son plein gré.
Comment un être aussi perfide pouvait exister ?
Un sentiment de laxisme et d'impuissance se rependit en elle.
Elle s'était entrainée durant des années, avait perfectionné ses arts et son mental, pour finir paralyser d'incompréhension à la première difficulté.
Elle devait faire peine à voir.
- Je me doutais qu'il s'agissait de toi. Qui d'autre que Le Mirage aurait pu détruire en quelques secondes le lien que j'ai mis des années à créer.
Debout, le dos droit, elle ne pouvait pas observer l'expression de l'Uchiha, mais le timbre qu'il exprima lui révéla que sa mine devait être calme. Très calme.
- Tu as attendu que je l'utilise pour apparaitre, tu es bien lâche.
Par-dessus l'épaule, elle observa le masque orange pivotait d'une dizaine de degrés.
- Tu aurais pu éviter une guerre en gardant ton œil, en l'utilisant au moment adéquat, mais tu as décidé de l'utiliser sur elle. Tu as utilisé l'arme la plus puissante de la péninsule pour une raison insignifiante. Si je suis lâche, tu es incroyablement idiot, Uchiha Shisui.
- Aurais-tu oublié que j'en possède un second ?
Le petit rire étouffé derrière le masque la terrorisa au plus haut point et lui remémora des milliers de souvenirs enfantins.
Elle ne comprenait absolument rien.
- Ton bluff ne fonctionne pas avec moi. Tu sais bien qu'il te reste encore sept ans avant de pouvoir l'utiliser. Allons, aurais-tu oublié la personne que tu as retournée il y a de cela trois années ? Les remords te rongent-ils à ce point ?
Elle discerna la malice dans la voix rauque et, malgré les quelques explications que lui avait fournies Shikaku deux ans plus tôt concernant le Sharingan de l'Uchiha qui lui tournait le dos, elle ne parvenait pas à recoller les morceaux.
La conversation lui échappait complètement. Ou était-ce parce que la présence de cet homme l'empêchait même d'inspirer ?
Après quelques secondes de silence, le ton toujours aussi calme de Shisui la fit sursauter.
- Le Mangekyō dans ton œil droit, il m'est familier, tout comme la technique qui t'a fait apparaitre ici. N'es-tu pas supposé être mort, Uchiha Obito ?
Uchiha… Obito ? Était-ce son nom ?
Plusieurs brefs et gantés applaudissements résonnèrent entre les quatre murs en bois.
- Un Uchiha perspicace, je ne pensais pas en revoir un de mon vivant. Tu n'es pas de sa lignée pour rien.
Les gants frappèrent une dernière fois, avant de redescendre le long de la robe noir et rouge.
- Me voilà dans une situation compromettante, n'est-ce pas ? Tu viens de me priver de ma source la plus fiable et proche de Kyūbi. C'est très agaçant. Ce gamin est très agaçant. Est-ce lui qui t'a demandé de faire cela ? Il semblait très contrarier lorsque je lui ai dit la vérité il y a quatre ans.
Elle se redressa quelque peu sur le plancher.
Parlait-il de Naruto ?
- Q-Que lui as-tu dit ?
Son timbre à la fois hésitant et doux s'éleva, et elle réceptionna immédiatement l'œil écarlate, sadique.
Si Shisui ne se trouvait pas entre eux, elle était certaine que jamais elle n'aurait osé parler. Jamais elle n'aurait osé le regarder.
- Pourquoi ta voix tremble-t-elle petite louve ? Es-tu effrayée qu'il soit au courant ? Tu peux l'être. Il sait que tu les as trahis. Il sait que son maitre est mort par ta faute.
Un léger sifflement éclata dans son tympan droit avant de se répandre dans son gauche et de lui faire perdre l'équilibre. Assise, elle parvint miraculeusement à ne pas s'effondrer, contrairement à son attention qui elle s'effondra sur le plancher.
Le bourdonnement du timbre caverneux s'immisça malgré elle dans ses pensées.
- Oh… tu ne savais pas ? Laisse-moi te le répéter alors, des fois que tu aies mal entendue. Le grand Sannin Jiraiya est mort. Il est mort par ta faute.
Elle… elle…
- Cela t'amuse-t-il ?
- Énormément.
Elle avait…
- Allons, allons, tu es bien impulsif, cela ne sert à rien de les sortir ici. Tu ne pourras jamais me toucher. Si tu l'utilises en ce lieu, tu ne feras que le détruire, tu ne voudrais pas détruire la seule chose qui lui reste, n'est-ce pas ?
Qu'avait-elle fait ?
- Disparais.
- Voilà que tu te mets à donner des ordres avec des mots, c'est mignon. T'es-tu rendu compte que tes illusions ne fonctionnaient pas sur moi ?
Elle l'avait tué. Elle avait été l'instigatrice de la mort de Sensei. Elle avait effacé une vie et en avait ruiné une autre.
- Ne t'en fais pasShunshin no Shisui, je ne reviendrai plus ici, elle ne m'est plus d'aucune utilité désormais. Elle n'est plus qu'une coquille vide, tu peux en faire ce que bon te semble. Oh, j'allais oublier. Si jamais tu venais à le revoir, dis-lui que s'il cherche à récupérer le corps de son maitre, il est en ma possession. Je serai ravi de l'échanger avec celui qu'il détient.
Elle comprenait désormais. Elle comprenait pourquoi il l'avait abandonnée. Pourquoi il n'était jamais revenu.
Elle avait mal, si mal que cela en était insupportable. Voilà pourquoi elle avait toujours voulu attenter à sa vie sans réelle comprendre la raison, mettant la faute sur la solitude, la tristesse, l'angoisse. Au fond d'elle, ses souvenirs scellés lui hurler de le faire. Elle aurait dû aller jusqu'au bout. Elle aurait dû se retirer la vie. Elle n'en méritait pas une. Elle n'avait pas le droit de respirer après ce qu'elle avait f…
- Respirez, vous allez vous évanouir.
Elle releva sa vision troublée par ses larmes et ne put qu'entrapercevoir les yeux écarlates et tourbillonnants avant que ceux-ci ne redeviennent charbon. Agenouillé devant elle, il l'observait d'un air inquiet. Elle examina en retour son visage, avant de regarder avec panique le coin de la chambre.
Personne. Il était parti.
- Vous n'avez rien à craindre.
L'affirmation releva une question en elle. Une question rhétorique qui la bouleversa encore plus.
Ressentait-elle la moindre crainte ?
Une interrogation qui lui fit oublier ce qu'elle avait entendu. À peine se remplit-elle les poumons en oxygène que le chagrin s'empara de nouveau d'elle et que son inspiration se saccada.
- Ne croyez pas à ce qu'il a sous-entendu. Il ne vous déteste pas. Tout à l'heure je ne vous ai pas dit l'entière vérité, j'espère que vous m'en excuserez.
Il lui demandait de ne pas croire à cela, mais pas en la mort de Jiraiya.
Une deuxième confirmation qui lui broya la moindre pensée, jusqu'à même lui en arrêter ses pleurs.
Elle se redressa maladroitement à l'aide de ses mains et, ne sachant plus quoi penser, faire, observa simplement les iris noirs qui le surplombaient.
- Lorsque je lui ai parlé de vous, il n'était pas surpris. Il savait que je vous avais rencontré. Il ne vous a jamais quitté des yeux. C'est pourquoi il n'a pas demandé comment vous alliez. Voyez-vous, la tâche que je lui ai demandé de faire n'est pas sans risque, mais la personne qu'il s'apprête à sauver est d'une très grande importance à mes yeux, et le sera pour lui. Elle jouera un rôle crucial dans la réalisation de ses plans, cela en est certain, et c'est aussi pourquoi il a accepté de m'aider. Mais il y a une autre raison. Une autre condition pour qu'il le fasse. Celle que je vous sauve en retour de l'emprise qu'avait cet homme sur vous. Il ne savait pas que je comptais déjà le faire, c'est pourquoi il me l'a imposé. Malgré tout ce que vous avez entendu, sachez qu'il ne vous haït pas, bien au contraire.
Elle ne savait plus si elle devait pleurer ou pas. L'information qu'elle venait de recevoir était si agréable à entendre qu'elle l'empêchait de pleurer la mort de Sensei.
Peut-être qu'il ne la haïssait pas, mais elle en revanche, elle se haïssait.
[…]
Le tonnerre gronda sous le martèlement de la pluie sur les vitres de la bâtisse.
- Prends-en un, cela te fera le plus grand bien. C'est la maison qui offre.
Assise sur un grand tabouret, l'air sceptique, elle observa le verre à forte odeur posé sur le bois devant elle. Doucement, elle releva son regard turquoise sur la femme de l'autre côté du comptoir.
- Pourquoi pensez-vous que j'en ai besoin ?
Celle-ci, les cheveux frisés, habillée de vêtement noir, d'un tablier malmené et quelque peu enrobé, s'appuya sur l'évier derrière le comptoir.
- J'en vois passer tous les jours des personnes comme toi, emplies de solitude, à la recherche de quelque chose d'inaccessible. Il n'y a pas mieux qu'un bon verre de saké pour remédier à cela, crois-moi. Une gorgée et ton sourire renait.
Elle éleva un de ses sourcils obsidienne.
Cette femme, avait-elle des parts dans le marché de l'alcool ? Elle lui vendait cela comme s'il s'agissait d'une potion magique.
Qu'en serait-il le lendemain, la magie ferait toujours effet ?
Elle avait beau vivre seule, loin de toute civilisation, elle n'était plus stupide. L'alcool faisait oublier, cela était bien connu, et c'était d'ailleurs pourquoi les hommes et les femmes qui avaient le plus de soucis étaient aussi ceux et celles qui consommaient le plus.
Mais, il y avait un petit problème avec ce liquide. Un seul qui changeait la donne, qui faisait que jamais encore elle n'avait bu une goutte d'alcool : elle ne souhaitait pas oublier. Jamais. Elle avait vécu avec, vivait avec, et mourrait avec. Ce qu'elle avait fait, elle devait s'en souvenir chaque seconde de sa vie.
Elle s'en souviendra lorsqu'elle sera triste, lorsqu'elle pleurera, et même lorsqu'elle sourira. Elle devait l'accepter, et un jour réussir à se pardonner. Chose qui se voulait inaccessible.
Elle inspira doucement, et l'odeur du saké l'enivra. De nombreux souvenirs dans lesquelles Sensei buvait à ne plus pouvoir marcher lui revinrent en mémoire et, le regard abaissé, elle chérit ses pensées d'un sourire en coin.
- Vous deviez avoir beaucoup de soucis, Sensei.
- Hein ? Qu'as-tu dit ?
Elle rapporta son attention sur la tavernière, âgée d'une cinquantaine d'années, et le sourire en coin qu'elle esquissait se répandit malgré elle sur la totalité de ses lèvres.
- Merci pour le verre, mais je vais me contenter d'eau.
Elle soupira. La tavernière soupira. Le vent humide qui s'engouffra par la porte grande ouverte soupira. Les secondes défilèrent, puis une minute toute entière et, essuyant un verre, la femme l'observa de ses yeux verts.
- Puis-je te poser une question personnelle ?
Buvant une énième gorgée de son verre d'eau, elle acquiesça avant d'avaler et le déposer à côté de l'alcool.
- Que t'est-il arrivé ? Enfin je veux dire, tu es jeune, tu es magnifique, et tes cheveux trempés malgré ton k-way me disent que tu n'habites pas dans le village.
Elle crut que la question allait s'arrêter là, mais étonnamment la quinquagénaire continua de lui exprimer la peine qu'elle ressentait à son égard.
Elle continua de la sermonner de manière discrète.
- Tu es si insouciante du danger que cela en est effrayant. Je t'ai vu pour la première fois il y a trois mois si je ne me trompe pas, et j'ai remarqué quelque chose d'étrange. Tu viens une fois par semaine et uniquement la nuit, quand il n'y a personne, ou très peu. Tu viens une demi-heure, tout au plus, aux alentours d'une heure, pour boire un verre d'eau, puis tu pars sans un mot.
Les pupilles vertes de la femme s'ouvrirent en grand.
- N'as-tu pas peur de te promener seule en pleine nuit comme cela ? On a beau être un petit village accueillant, on a beau tous sembler gentils et dire la vérité, les psychopathes restent les meilleurs menteurs.
La femme soupira une seconde fois et, abaissant son regard vers l'évier, s'entacha de nettoyer un autre verre à pied.
- Tout cela pour dire que, s'il te plait, fais attention à toi. Quand je te vois partir comme cela en pleine nuit, je ne peux m'empêcher de me dire que c'est peut-être la dernière fois que je te vois. Et cela me chagrine le cœur.
Toujours assise sur le tabouret, habillée d'un k-way vert foncé et les jambes ballantes, elle en resta à la fois muette et stupéfaite.
N'était-ce pas supposé être une question personnelle à la base ? Car là elle avait l'impression de ne pas avoir rangé sa chambre.
Enfin, pour dire la vérité et bien qu'elle faisait partie de la catégorie de personne que la femme avait citée, cela ne la dérangeait pas. En fait, elle… aimait cela. Savoir qu'une personne saine d'esprit se souciait d'elle était toujours agréable à entendre.
Basculant sa tête vers l'arrière, la tavernière cligna de manière excessive des paupières.
- Excuse-moi, on ne se connait pas et je te fais la morale. Il se trouve juste que j'ai une fille de ton âge qui est partie pour la capitale, et je ne peux m'empêcher de la voir en toi.
Elle sourit tendrement à la femme.
- Ce n'est pas grave, ne vous en faites pas.
Avant de désigner du doigt l'alcool sur le comptoir.
- Mais pourquoi me proposer un verre de saké si vous vous souciez tant de ma santé ? Est-ce vous la tueuse en série ?
La tavernière lui rendit son rictus amusé.
- Ce soir tu es restée plus longtemps que d'habitude, ce qui m'a laissé le temps de réfléchir. Je souhaitais te faire boire pour te faire rester plus longtemps, ainsi tu seras repartie à l'aube et non en pleine nuit. Mais ce n'était pas une excellente idée, je dois l'avouer.
Voilà pourquoi elle ne buvait pas. Elle n'avait qu'à s'imaginer s'être endormie sur le comptoir et se réveiller sans Henge, avec deux Byakugan dans une taverne emplie de monde pour que cela la renfrogne.
L'alcool n'était vraiment pas bon lorsqu'on avait un secret à garder. Vraiment pas bon.
- D'ailleurs, le village le plus proche et à deux heures de marche, ne me dis pas que tu…
Un flash illumina l'intérieur de la taverne, laissant une ombre se refléter sur le mur nord.
Le tonnerre gronda et, d'un mouvement commun, elles tournèrent leur visage vers l'entrée, vers l'homme debout sur le proche, et la quinquagénaire s'exprima avant qu'elle ne puisse le faire.
- Puis-je vous aider, monsieur ?
Trempé, habillé d'un k-way noir et de bottes marrons recouvertes de boue, le nouvel arrivé, les cheveux grisaillant et devant avoir dans les quarante ans, courba l'échine face aux tabourets.
- Désolé de vous déranger et désolé du retard Votre Altesse, je vous ai vu en passant, j'ai pensé vous prévenir que je suis arrivé à l'instant. Vos provisions sont dans ma carriole à l'étable, si vous le souhaitez, je peux les amener à votre demeure.
Jusqu'alors accoudée, elle rapporta ses bras vers elle et descendit de son perchoir. Debout devant les tabourets et comptoir, elle abaissa alors son visage en signe de salutation.
- Ce n'est pas grave. Prenez votre temps, nourrissez vos chevaux, je peux attendre demain. Il pleut un peu trop pour que vous puissiez monter jusqu'à là-bas. Moi-même je vais rester ici, je ne veux pas que vous vous retrouviez coincer sous l'orage.
L'homme s'inclina encore face à elle.
- Votre bonté est admirable, Votre Altesse, je vous en remercie. Il est vrai que mes chevaux sont fatigués, un peu de repos leur ferait le plus grand bien. Je… Je vous laisse, Votre Altesse. Si le chemin est praticable, je viendrai demain à la première heure, sinon en début d'après-midi.
- Cela me convient, reposez-vous bien Baiko-san.
L'homme s'inclina, fit volte-face, et retourna sous la pluie.
D'habitude, elle récupérait un peu de provisions et attendait le reste après que les intempéries aient cessé, mais cette fois-ci le nuage ombrageux ne faisait que vingt kilomètres. Encore une heure ou deux et la pluie s'arrêteraient de tomber. De plus, Baiko semblait vraiment fatigué aujourd'hui, il en avait même oublié que lorsque cela se produisait, soit une fois sur deux, étant donné qu'il pleuvait ou neigé tout le temps ici, elle repartait avec au moins les premières nécessités.
Une nuit de sommeil lui ferait à lui aussi le plus grand bien, c'était pourquoi elle n'avait pas osé le déranger avec ses caprices, c'était pourquoi elle lui avait menti. Elle n'allait pas rester ici, mais pouvait attendre demain.
- Pourquoi cet homme t'a-t-il appelé Altesse ?
Elle rapporta ses iris turquoise sur la tavernière.
- Oh.
À cet instant précis, elle ne sut pas quoi répondre.
Tout le monde la connaissait dans le village, absolument tout le monde. Dès la première fois où ils l'avaient vu en compagnie du second prince héritier, tout le monde avait gravé son visage dans sa mémoire, ainsi que ses pupilles turquoise. Et c'était assez dérangeant. C'était pourquoi lorsque, trois mois auparavant, elle était venue ici par simple curiosité - et surtout pour se protéger de la pluie - en attendant l'arrivée des chevaux, elle avait été surprise de voir que la taverne était vide, et que, de surcroit, la tavernière ne la reconnaissait pas.
Une simple chose qui lui avait redonné espoir dans l'humanité. Tout le monde n'était pas une commère.
- Cet homme t'amène personnellement de la nourriture ? Ne me dis pas que tu… tu es… vous êtes…
Le hoqueter de terreur de la propriétaire se répandit dans la taverne, et celle-ci en fit tomber le verre qu'elle nettoyait jusqu'alors qui explosa sur le plancher. Une main sur la bouche, sa voix étouffée recolla les morceaux.
- Vous êtes celle dont le village ne faisait que parler il y a plus d'un an ? La femme du second prince héritier Kenshin Teitarō ?! Ce… ce n'est pas possible…
Mais aujourd'hui, en cette nuit de 1er janvier 1021, de nouvelle année, cela était terminé. Elle n'aurait plus ce havre de tranquillité. Elle ne pourrait plus côtoyer une autre femme qu'elle-même.
- C'est moi.
La pâleur de la tavernière lui fit peur. Elle crut qu'elle était sur le point de faire un malaise, mais au lieu de cela, elle récupéra en vitesse le verre d'alcool sur le comptoir et le but cul sec. Ensuite, elle se frappa d'une petite gifle ses lèvres, encore, encore et encore. Jusqu'à ce que, la main ayant malmené son visage déposé sur sa poitrine, elle l'observe à nouveau.
- Veuillez m'excuser Votre Altesse, je… je ne savais pas. S'il vous plait, ne me punissez pas, ne m'enlevez pas cet endroit… cette taverne est tout ce que je possède, n-ne dîtes rien à la cour, je vous en prie… je… je regrette de vous avoir tutoyer, de vous avoir fait la morale, si seulement j'avais su qui vous étiez, jamais je n'aurais osé vous adresser la parole de la sorte.
Une main sur son thorax et l'autre agrippé à son tablier, la femme était à deux doigts de pleurer.
Il n'y avait pas à dire. Plus le temps passait, plus elle détestait cette crainte et cette politesse exacerbée que les gens avaient à son égard. Cela ne faisait que la réconforter sur le fait de rester cloitrer dans sa masure.
- Ce n'est rien. Il n'y a pas mort d'homme.
La tavernière s'inclina si promptement qu'elle crut qu'elle allait se fracasser le crâne sur l'évier.
- Merci, merci beaucoup Votre Altesse, c-cet homme a raison votre bonté est admirable.
Elle sourit, et la femme lui sourit en retour, ce qui lui permit de bloquer ses larmes sous ses paupières recourbées.
- T-Tenez, je comptais les donner à ma mère, mais j'ai oublié de les lui apporter ce matin. Cela me ferait extrêmement plaisir si vous les acceptiez.
S'étant abaissée de l'autre côté du comptoir, la femme s'était relevée avec un sac plastique en main, emplie de légume en tout genre.
Elle ne mit qu'une fraction de seconde à lever ses mains en signe de désaccord.
- Je ne peux pas acc…
Et la tavernière fut encore plus rapide pour la couper.
- S'il vous plait, pour m'excuser, acceptez.
Le sachet en plastique tremblait. Elle la terrifiait.
Si elle arrêtait sa métamorphose là, maintenant, et que ses pupilles redevaient opalines, elle ne saurait dire si Yuki Onna ou Hyūga sortirait de la bouche de la femme, mais, ce dont elle était certaine, c'était que la seconde qui suivrait, cela serait la goutte d'eau et elle ferait un arrêt cardiaque, à n'en pas douter.
Elle s'approcha du comptoir et s'empara du sachet en plastique.
- Merci.
- N-Ne me remerciez pas, c'est tout à fait normal. C'est le moindre que je puisse faire pour remercier votre extraordinaire miséricorde.
Elle esquissa un sourire forcé.
Oui, elle ne reviendrait définitivement plus ici.
Le sac en plastique dans son dos, elle entama un pas arrière avant d'abaisser quelque peu son visage, mais pas trop. Elle avait appris avec le temps, ainsi que ses quatre allers-retours à la capitale que, avec son tout nouveau statut, montrer du respect envers le peuple était mal vu, surtout du peuple lui-même.
Chose étrange, n'était-ce pas ?
- Merci pour l'eau, merci pour les légumes.
- Vous vous en allez déjà ?
On aurait pu croire que la femme était surprise, voire offensée, mais il n'en était rien. Derrière l'air déçu qu'elle affichait se cachait une pointe de soulagement. C'était ainsi depuis la nuit des temps. On commérait, discutait, supposait dans le dos des personnes, et lorsque celles-ci se trouvaient face à vous, tout ce qu'on désirait était de les voir partir.
Assumer était très difficile.
- Oui, il se fait tard et j'ai sommeil. Aurevoir Madame.
S'étant retournée vers l'orage, elle s'arrêta sur le pas de la porte grande ouverte et leva son regard sur le toit en bois incliné qui laissait librement s'écouler l'eau en trombe sur la boue.
- Au-Aurevoir Votre Altesse, au plaisir de vous revoir.
Elle rabattit sa capuche et, l'instant d'après, se retrouva à marcher sous la pluie et sur l'eau. La rue se voulant vide de la moindre considération, elle insuffla un peu plus de chakra dans ses pieds et traversa l'allée sans s'enfoncer dans la terre détrempée.
Elle contourna plusieurs bâtiments silencieux, passa par plusieurs ruelles sombres et, au lieu de prendre le chemin habituel, quitta le village par la forêt. Le sol y étant moins martelé par la pluie, elle n'avait plus à utiliser de son chakra pour ne pas s'enfoncer dans la boue, et elle en profita pour laisser ses pupilles reprendre leur couleur d'origine.
Seulement cinquante minutes à utiliser une métamorphose sur ses yeux, et elle avait utilisé plus de la moitié de son chakra. Le Henge était vraiment un des jutsu les plus voraces qui puisse exister, à n'en pas douter. Sensei lui avait appris dès son premier entrainement. Lui-même qui possédait une bobine de chakra surdimensionnée ne pouvait l'utiliser que cinq heures, pas plus. Il valait mieux lancer une boule de feu incandescente de plusieurs mètres de diamètre que de se métamorphoser vingt secondes.
Inconsidérable.
C'était pourquoi les infiltrations étaient les missions les plus difficiles et les plus couteuses, et que c'était souvent les ninjas avec le plus de chakra qui s'en chargeait. C'était souvent les Shinobis avec le plus de chakra qui étaient les plus fortunés.
Chose étonnante, les deux personnes qui en possédaient le plus étaient celles avec qui elle avait passé le plus de temps. Elle avait eu l'occasion d'observer d'innombrables bobines durant les deux années où elle avait voyagé au travers de la péninsule. Naruto possédait la plus grande réserve qu'elle n'avait jamais vue, et de loin. Il possédait plus de chakra qu'un crapaud de trente mètres de haut, cela en était perturbant. Si elle devait comparer, il en possédait à peu près cent cinquante à deux cents fois plus qu'elle.
Elle avait été jalouse longtemps à ce sujet, elle ne pouvait se le cacher, mais, avec les années qui étaient passées, elle avait appris à ne plus s'en soucier. Elle ne possédait pas beaucoup de chakra certes, mais l'important n'était pas la quantité, mais la manière dont en s'en servait.
La phrase à double sens qu'avait un jour prononcé Sensei lui esquissa un sourire et, continuant de s'aventurer entre la faune endormie et la flore ruisselante, elle se surprit à pouffer.
En termes de quantité de chakra, Sensei quant à lui arrivait second, pour autant, il n'avait jamais eu beaucoup d'argent.
Si ses souvenirs étaient toujours intacts, la troisième personne était une femme que Sensei avait rencontrée aux Cascades, près de la frontière avec le Feu. Elle n'avait pas pu voir son visage, mais elle avait épié leur échange dans une échoppe située à huit cents mètres de sa chambre d'hôtel, et elle avait été réellement surprise de voir Sensei discuter avec une femme plus jeune sans chercher à la séduire.
Quittant la forêt, elle traversa la rivière troublée par les milliers de gouttes de pluie et se dirigea vers le chemin amenant au sommet de la montagne Henpei.
Puis venait Shisui. Et il était celui qui la surprenait le plus. Elle pouvait aisément concevoir qu'une personne puisse posséder deux cents fois sa quantité de chakra, elle n'en possédait pas énormément et pouvait le concéder, mais qu'un Uchiha en possède plus qu'elle, cela était difficilement concevable.
Les Uchiha n'étaient pas connus pour avoir une énorme quantité de chakra, en fait bon nombre de clans de Konoha les battaient sur ce domaine, et c'était bien le seul. Elle ne tirait pas cela de son chapeau, mais directement d'un des livres qu'avait écrits le second Hokage avant la première Grande Guerre.
Tobirama Senju avait écrit qu'un Uchiha ne possédait, en moyenne, pas plus de chakra qu'un ninja lambda, mais que son Sharingan lui permettait de remédier à cela. Il avait expliqué cela de la manière suivante : Un Uchiha pouvait reproduire à la perfection une technique. Il lui suffisait de l'observer une fois pour la refaire sans la moindre difficulté à l'identique. De par ce fait, chaque technique qu'utilisait un Uchiha se voulait à la maitrise de l'utilisateur à qui il l'avait volé. Donc, chaque jutsu que lancer un Uchiha était parfaitement maitrisé et ne coûtait qu'une quantité réduite de chakra, ce qui expliquait pourquoi, malgré la sélection naturelle des champs de bataille, bon nombre d'Uchiha n'ayant pas une quantité faramineuse de chakra avait pu procréer, contrairement aux Senju où seuls les plus forts avaient survécu aux fils des siècles. Là était aussi la raison pour laquelle les Senju avaient été connus pour leur chakra inépuisable. Les guerres incessantes entre les deux clans durant presque mille ans en étaient la raison.
C'était aussi pourquoi elle avait été surprise de voir que Shisui en possédait autant.
Encore une fois et d'après Tobirama, le seul Uchiha qu'il avait pu observer de son vivant et qui possédait une quantité de chakra identique aux Senju était Madara Uchiha qui, au moment où il avait écrit son livre, se trouvait encore à Konoha.
Elle se le demandait depuis qu'il était parti maintenant, soit plus de trois mois.
Shisui Uchiha, était-il un descendant direct de Madara Uchiha ?
Il était resté la nuit qui avait suivi son arrivée, à sa demande. Elle n'avait pas honte à la dire, cette nuit-là, elle n'avait pas voulu se retrouver seule. Elle lui avait fait confiance et il avait veillé sur son sommeil toute la nuit. Enfin, du moins ils avaient discuté quasiment toute la nuit. Elle, allongée dans le lit, et lui assis sur la chaise face à celui-ci.
Après ce qu'il lui avait dit, les secrets qu'il lui avait dévoilés, si elle ne lui faisait pas confiance, à qui l'accorderait-elle ?
Les yeux qu'ils possédaient étaient spéciaux. Contrairement aux Sharingan normaux des Uchiha, les siens pouvaient atteindre un stade supérieur que les trois tomoes traditionnels. Et cela elle avait pu le constater par elle-même lorsque ses pupilles s'étaient mises à tournoyer afin de prendre la forme d'un moulin à quatre pales.
Là encore, ses yeux différaient de ce qu'il appelait Mangekyō Sharingan. Son Kaléidoscope n'était pas comme les autres, comme ceux qui avaient pu l'éveiller avant ou après lui. Chaque Uchiha qui éveillait son Sharingan au niveau supérieur se retrouvait avec une palette de nouveau pouvoir. Certains pouvaient manipuler le temps, la gravité, et même invoquer des flammes inépuisables.
Des jutsu hors du commun.
À chaque fois et depuis la nuit des temps, lorsqu'un Uchiha s'éveillait à son Mangekyō, il se retrouvait systématiquement avec deux capacités, deux pouvoirs dans chaque œil. Mais cela était différent pour lui. Il n'en possédait qu'un seul, et celui-ci n'était pas des moindres.
Kotoamatsukami. Le plus puissant Genjutsu de mémoire d'homme. La plus redoutée technique qui n'avait jamais existé. Et il la possédait dans chacun de ses yeux.
Lorsqu'il l'utilisait, il lui fallait dix années pour pouvoir l'utiliser une seconde fois. Donc une fois tous les cinq ans en moyenne. Il n'avait pas su expliquer pourquoi il ne possédait qu'une seule technique et non deux, mais avait concédé le fait que, peut-être, sa seconde technique était tout simplement son aisance à manipuler et plonger sa victime sous son contrôle. Celle-ci s'étant tout bonnement décuplé après son éveil.
D'un simple regard, il pouvait vous ordonner de vous planter votre épée dans le ventre. Aucun ordre, aucun mot prononcé. Il suffisait de croiser ses Sharingan et la seconde qui suivait vous décapitiez votre coéquipier.
Ce fut après toutes ces connaissances acquises qu'il lui avait annoncé avoir utilisé son Kotoamatsukami sur elle. Qu'il avait utilisé son œil comme barrière à quiconque essayerait de la manipuler. Plus jamais un Sharingan ne pourrait entre dans ses pensées, en fait, plus jamais elle ne pourrait être plongée dans une illusion, plus jamais personne ne pourrait atteindre son cerveau. Elle en avait été réellement bouleversée.
Il avait utilisé une technique qui m'était dix ans à régénérer uniquement pour qu'elle se sente mieux, en sécurité, qu'elle n'ait plu à se soucier du masque spiralé.
Il lui avait ruiné la vie, mais, cette nuit-là, à cet instant précis, elle lui avait pardonné. Elle lui avait pardonné d'avoir était la pièce maitresse de son enlèvement, de la quatrième Grande Guerre. L'avait-il manipulé pour qu'elle le fasse ? Cela, elle ne pourrait jamais le savoir, mais elle avait la conviction que ce n'était pas le cas.
Une conviction qui ne lui appartenait peut-être pas.
Toujours habillée de son k-way et transportant toujours son sac en plastique empli de légume, elle s'arrêta brusquement sur le sentier de terre détrempée. Son souffle devint silencieux, et ses pupilles se diluèrent légèrement. Doucement, elle plissa les paupières afin de mieux observer la faible lumière présente derrière la fenêtre de la masure à une centaine de mètres.
Qu'est-ce que…
Elle ne mit qu'une pensée pour activer son Byakugan et observer la jeune femme assise confortablement sur le fauteuil de son salon semblant être… en train de lire ?
Cela ne pouvait pas être une illusion…
Perdue entre l'incompréhension et la curiosité, elle reprit sa marche et s'aventura dans la clairière. La pluie continua de marteler sa capuche jusqu'à ce que, enfin, elle atteigne le porche et que le bois craque sous son poids. Un bruit qui fit partir au galop le cœur de son invitée. Qui l'effraya suffisamment pour la faire tomber à la renverse sur le plancher.
Elle ne savait pas de qui il s'agissait, mais une chose était certaine, cette jeune femme, bien que possédant un chakra calme et expérimenté, n'était pas une meurtrière.
Désactivant son Byakugan, elle ouvrit la porte et pénétra à l'intérieur de sa cabane et, même au travers du bois de l'entrée ouverte, elle ressentit les tremblements dans le salon.
Elle passa le seuil et avec parcimonie afin de ne pas l'effrayer plus qu'elle ne l'était, se tourna lentement vers le salon.
Assise à même le sol, blonde aux yeux océans écarquillés, la jeune femme quelque peu maigrichonne l'observa sans bouger, tétanisée.
Une brise fraiche s'engouffra à l'intérieur de la masure et fit tournoyer les flammes de la bougie sur le chevet. Son k-way laissa librement s'écouler l'averse qu'il avait accumulée sur le plancher tandis qu'elle se tourna vers sa chambre, où son lit était défait, puis vers sa cuisine où une pomme à moitié croquée était déposée sur le comptoir, puis, finalement, elle rapporta son attention sur le salon et examina sa collection de livres amalgamée un peu partout sur le plancher, ce qui eut dont de quelque peu l'irriter.
Elle fit descendre sa capuche lui donnant beaucoup trop chaud et souffla doucement son caprice afin d'essayer de se calmer et de comprendre la situation.
Cette jeune femme semblait plus apeurée que jamais. Elle ne souhaitait pas l'effrayer davantage. Peut-être n'avait-elle pas de maison et avait parcouru un long chemin pour arriver jusqu'ici, elle ne pouvait donc pas la blâmer pour avoir pris une petite sieste dans son lit et avoir mangé quelques fruits... mais toucher à ses livres…
Elle ferma une seconde ses paupières afin de chasser ses pensées grotesques, puis les rouvrit afin d'à nouveau accueillir la tourmente des iris océans. La question qu'elle se posait depuis son arrivée dans la clairière se logea à l'embrasure de ses lèvres et, avec une voix bien plus douce et calme qu'elle en avait l'habitude, elle l'exprima.
- Qui es-tu ?
La jeune femme ouvrit la bouche, mais aucun son ne sembla vouloir s'extirper. Alors et afin de la faire réagir, elle ferma la porte qui grinça de manière incongrue.
Elle qui n'avait pas voulu lui faire peur un instant plus tôt, la voilà qu'elle ne faisait que cela.
- J-j-j… N-Na…
Na… ?
Son cœur rata un battement, mais elle ne fit rien transparaitre. Il en rata un second lorsque les iris océans bifurquèrent sur le chevet et que, à son tour, elle observa le petit meuble que les nombreux livres surmenés.
En un instant, elle oublia tout. Elle oublia la pluie, son horrible soirée, la jeune femme sur le plancher.
Elle fit un pas vers le salon, puis un second. Quelque peu haletante, elle ne se préoccupa aucunement du fait que ses mouvements de jambes étaient en train de terrifier son incongrue invitée, tout ce qui l'importait était ce qui se trouvait sur le chevet.
À seulement une cinquantaine de centimètres de la bougie, elle observa la raison de sa soudaine léthargie. Elle observa le kunai à trois dents. Elle observa la célèbre arme du Kiiroi Senkō, celle qu'elle avait vue entre ses mains quatre ans plus tôt.
Infos chapitre suivant : La tour qui illuminait les vallées, partie 1. (Correction, 13500 mots, 26/10/2022)
Désolé de ne pas avoir donné de nouvelle dernièrement, je n'ai quasiment pas écrit durant le moins de septembre, j'ai passé mon temps à tout relire et corriger, et je recommence à peine à écrire. Le chapitre devrait sortir courant octobre, mais je ne promets rien étant donné que je m'attèle aussi à traduire l'histoire en anglais, du moins j'essaye.
(écrit le 18/08/2022)
Ce chapitre marque la fin de l'Arc Hinata qui aura duré bien plus longtemps que je l'avais prévu. Mais j'ai quand même pris du plaisir a ajouté de nombreuses intrigues qui me serviront par la suite. Pour ce qui est de la suite, je repars à la fin du chapitre 6, La masure qui effleurait les étoiles. Vous l'avez remarqué, la fin de ce chapitre rejoint la trame principale. De par ce fait, le jour où je posterai la suite, je ne peux que conseiller de relire le 6 afin de ne pas être trop perdu. Je vais moi-même le faire (cela fait un an tout de même), et bien plus encore. Je vais relire, améliorer et corriger le plus que je peux toute l'histoire. Cela prendra le temps que ça prendra, j'en ai besoin. Je veux surtout voir si il y a des incohérences, à force d'écrire et de ne pas relire les chapitres précédents, j'ai forcément fait des répétitions, ou me suis contredit moi-même. Il faut que je vérifie. J'écris beaucoup plus qu'à mon habitude (4x fois plus), afin de poster plus régulièrement, je prends moins de temps pour réfléchir à la scène, au décor, au dialogue, et je le ressens. Je vais essayer de rapidement améliorer tout cela et donner plus de profondeur aux scènes. Je ne pense pas pouvoir poster la suite dans un mois. Cela prendre plus de temps, je pense.
Bref, tout cela pour dire que je prends toujours du plaisir à écrire cette fic, et que je vous remercie si vous m'avez lu jusqu'ici.
I am looking for an English beta reader. I am currently translating the story. Please send me a private message if you are interested.
