Tous ceux qui avaient goûté à la vie de couple pouvait le dire : partager son quotidien demandait des compromis. On pouvait facilement se retrouver à faire ce qu'on n'avait pas du tout envie de faire, annuler ses projets, voire ses rêves, tout ça pour les beaux yeux de son conjoint. Mais ce n'était jamais vraiment grave au fond, on se disait qu'on ferait avec, juste parce qu'on l'aimait, cette personne qu'on avait choisie.
Mais si ce n'était pas le cas ? Si on n'avait pas choisi de vivre avec cette personne qu'on haïssait plus que tout en réalité ? Alors ces compromis ne ressemblaient qu'à des chaînes oppressantes qui faisaient plus de bien que de mal. C'était une douleur qui tuait à petit feu.
Sanji était malheureusement de ceux-là.
Ce soir, il était avec Shuraiya, son "cher" époux, à une réception. Une petite fête entre hommes de haut statut social durant laquelle chacun devait vanter en quoi sa vie était meilleure que celle des autres. Savoir se mettre en avant était un art difficile dans lequel il fallait exceller, raison pour laquelle il était impératif de venir accompagné. Sanji avait horreur d'être montré comme un trophée à tous ces types lourds et irrespectueux. Ils ne cherchaient pas à le connaître, à quoi bon ? Ils le regardaient comme étant le bon parti à qui Shuraiya avait passé une bague au doigt, et rien d'autre. C'était dur de passer la soirée entourés de gens qui le félicitaient pour un mariage qu'il ne voulait même pas avec un homme qu'il n'aimait pas.
Et qui ne l'aimait pas non plus en retour d'ailleurs. Shuraiya n'attendait de lui qu'une chose : qu'il fasse bonne figure. Et ce en dépit du fait qu'il n'avait de cesse de le rabaisser. "À défaut d'être attirant, on ne peut nier qu'il est un bon homme au foyer." ou encore "Il ne serait rien sans moi. Les études n'étaient pas son truc, il a eu de la chance de me trouver." Et que devait-il faire après ces mots plus tranchants que les sabres du plus grand épéiste du monde ?
Il devait sourire ! Il devait rire avec distinction, faire un petit geste de la main pour acquiescer, et faire comme si tout ceci était si vrai qu'ils ne pouvaient qu'en être hilare. C'était vexant et si blessant qu'il ne se sentit pas capable de tenir toute la soirée.
Il attendit donc que Shuraiya et lui se retrouvent seuls quelques minutes pour enfin faire disparaître son faux sourire.
-J'en ai assez de cet endroit. Je veux rentrer.
-Tu plaisantes ! La soirée ne fait que commencer !
-J'estime que t'as assez craché sur moi pour ce soir.
-J'ai encore des personnes à saluer, et à qui te présenter. Ne ruine pas mes affaires.
-Si tu voulais un truc à exhiber, t'aurais dû investir dans une poupée gonflable ! T'aurais pu changer tous les deux jours, et l'entretien aurait été moins cher !
Shuraiya le gratifia d'un regard noir, et remarqua qu'ils commençaient à attirer l'attention. Il se saisit alors violemment du bras de Sanji et l'entraina rapidement à l'extérieur de la salle. Ils sortirent de la propriété et se retrouvèrent dans le jardin. Après avoir vérifié que personne n'était là, il lâcha Sanji, et constata qu'il avait laissé une petite trace rouge sur son bras. C'était tout de même le cadet de ses soucis.
-Écoute Sanji, tu peux me tenir tête à la maison si tu veux, mais pas ici ! Si je fais des affaires, tu la fermes et tu fais ce que j'attends de toi !
-Enfoiré ! Je suis ton époux je te signale, pas ton esclave !
-Je ne t'ai pas voulu, c'est clair ?! Je suis obligé de composer avec toi, alors tiens-toi à carreau si tu ne veux pas que je t'expédie chez ton père qui se chargera de te donner la correction que tu mérites !
Sanji se braqua, une main sur son bras douloureux, mais décidé à ne pas se laisser faire. Son regard se fit meurtrier, mais Shuraiya, après l'avoir observé quelques secondes, se contenta de ricaner.
-Personne ne voudra jamais de toi ou de ce que t'as à offrir. Estime-toi chanceux que je sois là.
Il retourna ensuite à l'intérieur, sans doute en s'attendant à ce que Sanji le suive. Mais le blond n'en fit rien. Hors de question de subir plus longtemps cette humiliation. Au lieu de ça, il retourna à leur voiture, et puisqu'il avait les clés, il put s'y enfermer sans soucis. Shuraiya l'avait chargé de conduire au retour, ce qui lui permettait de boire sans s'inquiéter du trajet pour rentrer. Sanji allait donc en profiter pour passer sa soirée loin de son imbécile d'ivrogne et de ses amis. Quitte à s'ennuyer, autant que ce soit tranquillement.
Il fut surpris lorsque quelqu'un toqua à sa vitre. Il regarda dehors, et il sourit joyeusement en reconnaissant Vivi. Il s'empressa alors de sortir du véhicule pour la saluer.
-Vivi-chan, quelle surprise !
-Je ne m'attendais pas non plus à te voir Sanji-kun.
-J'accompagne Shuraiya. Et toi ?
-Mon père.
-Tu ne devrais pas trop le faire attendre. Moi je vais rester un peu ici.
-Je lui ai dis que j'allais aider un ami dans le besoin.
Elle lui adressa un sourire tendre, et lui demanda la permission de venir s'asseoir à côté de lui. Il la lui donna avec joie et alla lui ouvrir la portière. Ils prirent donc tous deux place dans le véhicule et apprécièrent le calme de la nuit. Puis, ce fut Vivi qui engagea la conversation, préférant ne pas laisser de silence gênant prendre place.
-Pardonne mon indiscrétion mais j'ai cru comprendre que ça ne se passait pas très bien dans votre couple ?
-Oh comme dans chaque mariage, il y a des hauts et des bas. Je suis un peu irritable en ce moment alors...
-Ne rejette pas toute la faute sur toi. J'ai entendu ce qu'il a dis sur toi devant tout le monde. Il te traite mal !
Sanji essaya de la rassurer d'un sourire, mais c'était difficile. Il préférait que personne, même ses bons amis, ne soit au courant que son mariage avec Shuraiya avait été arrangé par leurs parents. Que penseraient-ils de lui ? C'était déjà bien assez humiliant comme ça.
Parfois, il lui arrivait d'imaginer ce que serait sa vie s'il n'avait pas été marié à Shuraiya. S'il avait pu trouver quelqu'un qui l'aimait pour qui il était, pour sa personnalité. Quelqu'un qui l'encouragerait à vivre ses rêves, et qu'il pourrait encourager à son tour. Quelqu'un avec qui il aurait des enfants, un beau mariage, une vie avec des obstacles qu'ils franchiraient ensemble. Il voulait pouvoir aimer et être aimer en retour, mais il savait qu'avec Shuraiya, cela ne sera jamais le cas.
Alors il gardait ce rêve pour lui.
-Ne t'en fais pas Vivi-chan, il est seulement stressé par le travail. Notre couple sera bientôt de nouveau sur les rails, il faut lui laisser un peu de temps.
-Je te le souhaite, Sanji. Tu dois pouvoir être heureux en amour. Et si ce n'est pas avec lui, même si ça te fait mal de l'admettre, alors tente ta chance avec quelqu'un d'autre.
Doucement, elle posa une main sur son épaule et lui caressa le bras en le rassurant d'un sourire. Sanji la remercia d'un regard, et pour changer de sujet, il lui demanda des nouvelles de Nami et de leur toute nouvelle vie de couple. Ils passèrent des heures à discuter de l'adaptation des demoiselles, ainsi que de cuisine, puisque le blond s'y connaissait très bien sur le sujet. Il put donner à la belle bleue quelques conseils pour améliorer ses plats.
Malheureusement, le moment vint pour eux de se séparer, puisque la fête se terminait. Vivi rejoignit son père, tandis que Sanji attendait Shuraiya. Après dix bonnes minutes et une quinzaine de voitures déjà parties, il alla jeter un coup d'œil à l'intérieur pour voir ce qu'il faisait. Il le trouva endormit contre le mur, dans les toilettes, sans doute en train de décuver. En soupirant, il le traîna jusqu'à la voiture, le porta difficilement à l'intérieur du véhicule, et après avoir vérifié qu'il était bien attaché, il prit la route en direction de chez eux.
Quand Shuraiya se réveilla en fin de matinée le lendemain, il était toujours dans sa voiture.
Lorsque l'on vit une expérience traumatisante, on a besoin d'un petit quelque chose de rassurant, et cela varie en fonction de la personne et du traumatisme vécu. Ça peut par exemple être un objet qui rappelle des jours heureux, ou bien une musique apaisante, ou encore une phrase qui donne du courage.
Sabo avait connu de mauvais jours dans son enfance, avec ses frères : de la douleur et de la peur, insupportables pour les enfants qu'ils étaient à l'époque. Ils s'en étaient remis, heureusement, et ils avaient tous trois réussis à aller de l'avant depuis cette époque. Mais au fond de lui, il avait toujours peur que cette époque les rattrape, qu'ils soient contraint de la revivre, et que cette fois, ils n'y survivent pas.
Pour apaiser cette peur, il avait trouvé un grand réconfort en ses frères. Il se rassurait en veillant à ce qu'ils soient tous les deux heureux, et il était prêt à faire tout ce qu'il fallait pour que ça soit toujours le cas.
Évidemment, la question de l'amour comptait aussi.
Le mariage d'Ace avait été un fiasco, et pour s'être occupé du divorce, il le savait bien. Mais il ne perdait pas espoir qu'un jour, il trouve quelqu'un qui lui corresponde vraiment et qui ne soit pas un idiot fini. Il ne doutait pas que Spandam ait aimé son frère au début, mais en revanche, il ne le croyait pas fait pour la vie à deux. Et encore moins à trois. Heureusement, il n'avait pas été pointilleux quant aux clauses du divorce, ce fut assez simple à traiter. Et tout ceci était derrière eux.
Quant à Luffy, eh bien...
Jusqu'à aujourd'hui, il pensait que son petit frère resterait éternellement innocent et écarté d'une quelconque relation amoureuse. Dans un sens, il était au moins certain qu'aucun amant ne saurait blesser Luffy. Mais d'un autre côté, il savait que son frère voulait avoir un amoureux, se marier et avoir des enfants. Ça faisait parti de son rêve, et Sabo ne pouvait que l'encourager. Alors il n'avait qu'à veiller que l'élu de son cœur soit quelqu'un de bien.
Et aujourd'hui, il tenait un prétendant potentiel qui lui semblait très intéressant.
Voilà dix bonnes minutes que Zoro était assis en face de lui, dans sa cuisine. Le policier était venu lui demander un petit service, et le blond l'avait invité à boire un café à l'intérieur pour qu'ils puissent en discuter. Mais depuis son arrivée, ils n'avaient pas échangé un seul mot. Sabo était trop pris dans son observation pour engager la conversation, et Zoro n'osait pas l'interrompre.
La première estimation physique était plutôt satisfaisante, même si ses cheveux verts sortaient vraiment de l'ordinaire et que son regard pouvait en faire pâlir plus d'un en un seul coup d'œil. Il était poli et bien élevé, ainsi qu'en excellente forme physique à en juger par sa musculature. De plus, puisqu'il était policier, il semblait être quelqu'un de bien qui saurait protéger son petit frère.
Bien sûr, ça restait une estimation, et Luffy devra apprendre à vraiment le connaître avant de s'engager avec lui. Mais pour le moment, Sabo approuvait l'idée d'un rapprochement entre eux.
Avec un petit sourire, il but une gorgée de son café avant de reposer sa tasse et de se pencher vers son invité.
-Alors, que veux-tu ?
-J'ai une question à te poser. C'est à propos de Luffy.
-Oui ?
-Je voulais savoir ce qu'il aime faire, pour l'inviter à sortir.
-Oh, tu as des vues sur mon frère ?!
Zoro manqua s'étouffer avec son café à ses mots. Sabo lui tendit une serviette pour qu'il puisse s'essuyer en riant discrètement. Cela fait, le Roronoa put se ressaisir, et il agita une main devant lui.
-Y a erreur, je ne veux pas commencer de relation amoureuse avec lui.
-Il ne te plaît pas ?
-C'est pas la question ! Je préfère me tenir éloigné de ce genre de choses, que ce soit Luffy ou quelqu'un d'autre.
-Pourtant, tu ne voulais pas non plus te faire d'amis, si je ne m'abuse...
Zoro détourna le regard et rougit légèrement. C'était vrai qu'il était arrivé à Fuchsia dans le but de faire sa vie simplement et sans s'embêter de relations quelconques, l'amitié comprise. Il ne voulait toujours pas se faire plein d'amis, mais Luffy avait une joie de vivre qui donnait envie de faire des efforts. Il était même allé à la fête des voisins pour lui, alors même qu'il s'était jusqu'ici tenu très éloigné de ce genre d'évènements. Et puis, comme ils étaient voisins, il serait dommage de ne pas faire plus ample connaissance ; Luffy semblait de toute façon assez envahissant, alors s'il ne faisait pas le premier pas, le brun le ferait. Tant qu'à faire, autant qu'il avance le premier afin d'être plus à l'aise.
Sabo sourit et se leva pour se rendre dans son bureau. Il fouilla quelques secondes dans ses tiroirs, et trouva enfin ce qu'il cherchait. Il retourna à table avec et tendit l'objet à son invité, qui s'en saisit avec curiosité. C'était une carte de la ville, dont une petite zone avait été entourée en rouge. Sabo se rassit en face de Zoro, et il pointa la zone du doigt.
-Luffy adore l'aventure, alors je pense qu'une balade en forêt lui ferait plaisir.
-C'est une bonne idée, mais l'orientation n'est pas vraiment mon fort...
-Il aime diriger et marcher devant, alors peu de chance qu'il te suive de toute façon.
-On essaiera ça, dans ce cas.
-À part ça, il adore manger, et pas forcément de la grande cuisine. N'importe quel restaurant fera l'affaire.
Zoro hocha la tête en rangeant la carte dans sa poche. Luffy ne semblait pas être quelqu'un de difficile à contenter, même si le choix d'une balade et d'un restaurant faisait plus penser à un rendez-vous galant qu'à une sortie entre potes. Mais bon, il n'était pas nécessaire de s'emballer, tout se passerait forcément très bien. Manger et se promener n'étaient pas des activités compliquées.
-Merci pour ton aide.
-C'est gentil à toi d'aider mon frère à s'intégrer. Il a son caractère, mais c'est quelqu'un d'adorable. Je pense que tu pourras vite le cerner.
-Je crois aussi. Bon, il faut que j'y aille.
Ils échangèrent une poignée de main ferme qui conforta Sabo dans l'idée que cet homme saurait protéger son frère en cas de danger. L'avocat raccompagna ensuite Zoro jusqu'à la porte, et le jeune homme repartit chez lui afin d'effectuer quelques recherches sur des restaurants sympathiques dans le coin.
Haiko aimait son papa, et il était très heureux de l'avoir. Ace prenait son rôle de parent très à cœur, et le bien-être de son fils était son absolue priorité. Il n'hésitait pas à rester à la maison quand il était malade, inventait plein de nouveaux jeux, et quand il se blessait, il lui faisait toujours un gros câlin pour lui remonter le moral.
Haiko l'aimait très fort. Mais ça ne l'empêchait pas de le trouver bizarre.
-Qu'est-ce que tu fais papa ?
-Je surveille un méchant voisin.
-C'est pour ça que tu es caché dans ce buisson ?
-Oui. Mais chut ! Il ne faut pas faire de bruit.
Après avoir tapoté la tête de son fils, Ace mit devant ses yeux une paire de jumelle, et tourna son regard vers Spandam, qui nettoyait sa voiture. Sa chemise était cependant bien plus mouillée que son véhicule. Haiko suivit son regard, et repéra la cible de son père, à savoir son autre géniteur. Mais Haiko n'aimait pas vraiment Spandam, car il ne s'était jamais occupé de lui, et avait beaucoup fait pleurer Ace.
Haiko n'avait jamais appelé Spandam "papa", et Ace le déplorait. Même s'il haïssait son ex-mari, le fait qu'il n'ait pas été assez présent pour que son fils le considère comme son père était assez triste. Il arrivait à Haiko de dire qu'il ne voulait pas que son père reste seul, et qu'il voudrait avoir un deuxième papa pour qu'ils soient tous les deux très heureux. Ace considérait son fils comme un modèle de gentillesse et d'obéissance.
Tellement obéissant qu'il garda le silence comme demandé, même lorsqu'il aurait mieux valu qu'il prévienne son père de la menace imminente.
-Je peux savoir ce que vous faites ?
-Hiiiii !
D'un bond, Ace sortit de son buisson et laissa tomber ses jumelles au sol. Il se retourna lentement, et se trouva nez à nez avec un policier, qu'il reconnut comme l'ami du voisin de son frère Luffy. Oui, c'était plutôt vague.
-Je peux vous expliquer !
-Vous êtes en pleine violation d'intimité, vous savez.
-Mais c'est mon ex-mari !
-Ça ne vous excuse pas pour autant.
-Ça m'excuserait si vous le connaissiez !
La situation allait très mal tourner s'il s'énervait après cet agent. Il était totalement en tort, c'était clair. Mais Spandam était définitivement un type louche, et il fallait le surveiller. Il faisait ça pour le bien public.
-Votre rancune envers votre ex ne vous autorise pas ce comportement.
-Écoutez-moi bien, je...
-Ace ?!
-Oh non merde !
Leur altercation a attiré Spandam, qui courrait maintenant jusqu'à eux, si vite qu'il trébucha et s'étala de tout son long par terre. Paniqué, Ace chercha autour de lui un moyen de s'en sortir. Malheureusement, il n'y avait qu'une seule possibilité qui s'offrait à lui, et qui risquait de lui attirer plus d'ennuis. Mais il devait prendre le risque. Alors, après une brève prière, il s'accrocha au bras de l'agent et se colla à lui en se dandinant un peu. Spandam s'arrêta en face d'eux et les regarda, étonné.
-Bah qu'est-ce que tu fais ?
-Je dis au revoir à mon petit-ami avant qu'il n'aille travailler !
-Ton petit-ami ? Depuis quand t'as quelqu'un ?
-Ça ne te regarde pas !
Spandam haussa un sourcil, fort peu convaincu par cette histoire, et ce n'était pas difficile de comprendre pourquoi. Ace commença à chercher une nouvelle idée, lorsqu'il sentit un bras s'enrouler autour de ses hanches. Il leva les yeux vers le policier, qui serra la main de Spandam avec un sourire sympathique.
-Ravi de faire votre connaissance, je suis Marco.
-Ah bah...enchanté ! Ça fait longtemps que vous êtes ensemble ?
-Deux mois, s'exclama Ace. Et on serait ravis d'en parler avec toi, mais comme je te l'ai dis, Marco a des choses à faire.
-D'accord, je vous laisse alors.
Aussitôt Spandam repartit, Ace poussa un long soupire de soulagement. Mais la situation lui revint vite en mémoire et il s'écarta immédiatement de Marco avant de lui donner de nombreuses tapes sur le bras. Le blond retint difficilement son rire face à cette réaction enfantine.
-J'ai été repéré à cause de vous ! Vous avez failli tout gâcher !
-Je vous rappelle que je pourrais vous arrêter pour violation de vie privée.
-Mais ce mec est un danger PUBLIC !
-D'autant plus que vous venez de vous servir de moi comme d'un faux alibi, et ce sans mon consentement.
Ace rougit jusqu'aux oreilles, à la fois de colère et de gêne. Il aurait dû dire qu'il jouait à cache-cache avec son fils, ça s'était sans doute mieux passé que ce ridicule mensonge. D'autant plus qu'il avait l'horrible impression qu'il venait de ce lier plus que de raison à cet agent de police.
-Si vous acceptez de ne plus recommencer, je veux bien faire une exception et ne pas vous arrêter.
-Étant donné que vous avez fais foirer mon plan, on va dire que si vous passez l'éponge, alors nous sommes quittes.
Levant le menton, Ace lui adressa un petit signe de tête en guise d'adieu avant de ramasser ses jumelles et rentrer chez lui. Marco le suivit des yeux en pouffant, lorsque son regard se posa sur Haiko. Il sourit et ébouriffa les cheveux du jeune garçon avant de partir pour pour suivre sa ronde. Haiko le regarda s'en aller, avant de se tourner vers la porte de sa maison que son père avait oublié de fermer derrière lui tant il s'était dépêché de rentrer.
Oui, Ace était bizarre. Mais Haiko le trouvait définitivement très amusant.
-Kanpai !
D'un même mouvement, quatre amis réunis autour d'un bon déjeuner entrechoquèrent leurs verres avec joie avant d'en boire le contenu. Après un profond soupire de contentement, Franky attaqua son assiette et ne manqua pas de complimenter son épouse pour ce délicieux repas.
Vivi avait un petit sourire qui ne la quittait pas depuis qu'elle s'était levée ce matin-là. Elle était heureuse de pouvoir passer du temps avec son amante et leurs amis ; c'était une occasion idéale pour oublier les dernières tensions, rigoler grâce à de bonnes anecdotes, et surtout ressasser de vieux souvenirs. Elle n'avait bien sûr pas oublié son objectif premier, et elle avait un plan pour conduire ses amis à lui parler de ce qu'elle désirait savoir. Il était plus que temps qu'elle entre enfin en action.
-Tu avais craché dans le dessert, rit Nami avec une petite grimace de dégoût.
-Je ne m'inquiétais pas de baisser dans leur estime de toute façon, répondit Franky avec une pointe de fierté dans la voix.
-Je dois avouer que j'aurais aimé voir leurs réactions, ajouta Robin.
-En parlant de famille impolie et de personnes du passé, intervint Vivi. J'ai entendu dire que votre nouveau principal était Spandam ?
Robin hocha la tête d'un air contrarié tandis que Nami soupirait en se resservant un verre.
-Eh oui, quelle chance nous avons, n'est-ce pas...
-C'est bien l'ex-mari d'Ace, demanda Franky.
-C'est exact, et il n'en garde pas un très bon souvenir. Ça se comprend : le divorce à lui seul prouve que cet homme n'est pas des plus agréables.
-Tu es trop polie Robin, ce type est un con fini, il faut le dire !
Ils se rappelaient tous très bien de l'arrivée d'Ace dans le quartier. On ne pouvait pas oublier le visage meurtri d'un homme qui a souffert, un homme déçu par l'amour qui se demande s'il parviendra à se reconstruire, mais qui sait qu'il n'a pas le droit à l'échec. Il a dû tenir le coup pour Haiko, et il s'en était sorti, non sans difficultés. Ils avaient assisté à ça, et ils étaient heureux pour lui. Mais ils avaient peur que le retour de Spandam ne gâche tout.
-On peut espérer qu'il soit un meilleur proviseur que mari et père de famille.
-Oui, ne jugeons pas trop vite et attendons de voir.
-Il ne peut pas être pire que celui qu'on avait au lycée, pouffa Franky.
Sans le savoir, il venait d'offrir à Vivi l'espoir qu'elle attendait tant. Avec un faux air curieux, elle se pencha en avant et croisa ses mains sous son menton.
-Pourriez-vous me parler de cette époque ?
-Les professeurs étaient fantastiques, se remémora Robin. Mais il est vrai que notre principal était tellement à l'ouest parfois...
-Pour ne pas dire en permanence ! Je ne compte pas le nombre de fois où il est venu en pyjama.
Ils rirent tous trois à cela, et la belle bleue retint de justesse une petite moue. Le déjeuner n'était pas fini, et la discussion allait dans son sens ; elle n'avait qu'à les amener à parler de leur petite bande de l'époque.
-Vous étiez donc tous les trois dans le même lycée ?
-C'est exact. Oh, il y avait Usopp aussi !
-C'est vrai. Nous étions tous les trois, toujours ensemble. On s'est suivi à la fac d'ailleurs...
Vivi touchait au but, elle le sentait ! Avec une excitation mal contenue, et qui n'échappa d'ailleurs pas à sa petite-amie, elle poursuivit son repas en les encourageant à parler du temps qu'ils avaient passé ensemble.
-Ça remonte à si loin, dit Robin avec nostalgie.
-Je me rappelle qu'Usopp et moi séchions parfois les cours, mais vous les filles, vous étiez des élèves modèles.
-C'est ça, rigole ! N'empêche qu'on a eu de bonnes mentions aux examens, nous !
-Et aujourd'hui, Robin et toi êtes professeurs, tandis que nous sommes chacun à notre compte.
-Oh d'ailleurs, j'entends de plus en plus parler de ton entreprise !
Vivi sursauta et se tourna vers Nami, comme pour l'accuser de changer le sujet de la discussion. Mais la rousse ne le remarqua pas, et Franky était déjà lancé dans de grands discours emplis de fierté. Impossible de le couper et de revenir sur le sujet précédent.
La joie de Vivi s'évanouit subitement, et de tout le repas, en dépit de ses nombreuses tentatives, elle ne réussit pas à revenir à Usopp et sa relation passée avec Nami.
Vint finalement l'heure de se quitter. Après quelques étreintes et la promesse de remettre ça bientôt, les deux jeunes femmes partirent chez elles main dans la main. Ce fut seulement quelques mètres plus loin que Nami se décida à interroger son amante sur son étrange comportement.
-Vivi, pourquoi tenais-tu autant à parler de l'époque où nous étions au lycée ?
-Je ne vois pas de quoi tu parles.
-Tu n'arrêtais pas de nous poser des questions sur cette période.
-Je voulais simplement apprendre à...à connaître un peu plus cette partie de ta vie. Il y a tellement de choses que je ne sais pas encore sur toi.
Elle lui fit un sourire rassurant, et quand elles arrivèrent dans leur agréable petite maison, elle s'empressa d'aller prendre une douche. Nami n'était que peu convaincue par son excuse, mais elle se dit que ce ne devait pas être quelque chose dont elle devait trop se soucier. Vivi était curieuse, et même si elle ignorait pourquoi elle s'intéressait tant à ses années de lycéenne plutôt qu'à d'autres, elle n'avait pas à s'inquiéter.
-Mais bon sang, pourquoi parlait-elle autant d'Usopp ?!
-Alors Usopp, ça avance bien ?
-Plutôt oui ! J'ai déjà fais la moitié de ce mur, et terminé celui-ci. D'ici trois à quatre jours, votre séjour sera fin prêt.
-Vous m'en voyez ravi !
Avec un sourire amical, Sanji proposa à son nouvel ami de faire une pause pour boire une boisson fraîche. Le brun accepta volontiers et se permit de souffler un peu avant de saisir le verre qui lui était tendu.
-Qu'a dis votre mari sur le fait que vous m'ayez engagé ?
-Il a un peu râlé, mais je lui ai dis que c'était vous ou rien, alors il a arrêté de broncher.
-J'espère ne pas vous décevoir.
-Vu votre talent, le contraire m'étonnerait vraiment ! Merci d'avoir accepté en dépit des contraintes de Shuraiya.
-Je ne peux pas me permettre de faire le difficile. Vous êtes généreux de me payer autant, alors je ferai ce que vous me demanderez.
Il sourit et but une gorgée de son verre. Soudain, ses yeux s'écarquillèrent, et il éloigna le verre de lui, les sourcils froncés.
-Un problème, s'inquiéta Sanji.
-Qu'est-ce que c'est ?
-Euh...c'est un cocktail que j'ai créé...ce n'est pas bon ?
-Au contraire, je n'ai jamais rien bu de pareil ! Je pourrais en avaler des litres !
Le blond rougit et détourna légèrement le regard ; on ne l'avait jamais complimenté sur sa cuisine, c'était la première fois, et il trouva que ça faisait...un bien fou.
-Vous êtes cuisinier ?
-Oh non, je suis à la maison toute la journée. Mais petit, je cuisinais avec ma mère.
-Si tout ce que vous faites est aussi bon que ça, vous devriez en faire votre carrière ! Je suis sérieux !
-C'est gentil, merci...
Usopp termina son verre rapidement, et en prit deux autres avant de se remettre au travail. Désireux de lui faire à nouveau plaisir, Sanji passa le reste de l'après-midi à cuisinier, et quand vint l'heure pour le peintre de rentrer chez lui, il répartit avec de nombreuses boîtes.
-Je ne peux pas accepter tout ça, c'est trop !
-C'est la première fois que quelqu'un apprécie autant ce que je fais alors je tenais à vous remercier. J'espère que vous vous régalerez...
-Vous pouvez être sûr que je vous en dirai des nouvelles demain.
Heureux, Sanji le salua et lui souhaita une bonne fin de journée. Cependant, une fois la porte refermée, il prit conscience du silence dans sa grande maison. Silence qui était brisé par quelque chose d'étonnement bruyant : les battements de son cœur. Lentement, il leva l'une de ses mains jusqu'à sa poitrine, et la posa sur son torse.
Les compliments d'Usopp l'avaient rendus heureux, mais même si c'était un sentiment qu'il voulait plus que tout continuer d'éprouver, il savait qu'il ne pouvait pas laisser les choses aller trop loin entre lui et l'artisan.
Dehors, Usopp rentrait chez lui avec joie et excitation, et il s'empressa de mettre la table. Il avait hâte de goûter à toute cette bonne nourriture dont l'odeur seule le transportait au paradis. Il fut malheureusement coupé dans sa rêverie par la sonnerie de son téléphone. Il s'en saisit, et quand il lut le nom de la personne qui l'appelait, il fit un sourire tendre. Il s'empressa de décrocher tout en s'asseyant à table.
-Kaya, j'allais justement t'appeler bientôt...
Law ne pensait pas pouvoir être autant gêné un jour, mais le fait était qu'il s'était lourdement trompé. D'un autre côté, comment aurait-il pu deviner qu'il se retrouverait un jour dans cette situation ? Tout ce qu'il voulait, c'était passer une soirée un tant soit peu romantique avec son faux fiancé dans le but de faire croire à une alchimie parfaite, ce qui leur faisait cruellement défaut. Il ne pouvait pas se douter que, non seulement s'il ne le disait pas clairement à Kid, ce dernier ne comprendrait pas que c'était là le but, mais qu'en plus son abruti de "conjoint" ne connaissait rien de rien au comportement à adopter lors d'un rendez-vous amoureux dans un restaurant. Il ne pouvait pas prendre exemple sur les couples autour d'eux au lieu d'agir comme s'ils étaient des potes ?!
Parviendrait-il à le tuer avec la petite cuillère qu'il utilisait actuellement pour manger son dessert ? La soirée ne pourrait pas être pire, de toute façon.
-Pourquoi tu tires la gueule Law ?
-Je pense à toutes ces années de prison que je vais devoir faire après ta mort.
-J'ai fais quoi encore qui puisse justifier mon assassinat ?
-Tu sais pourquoi j'ai tenu à ce qu'on vienne dîner ici ?
Kid pencha la tête sur le côté, et le chirurgien pensa pendant un moment qu'il n'avait pas compris sa question. Il aurait préféré ça à la réponse donnée, cependant.
-T'avais la flemme de faire à manger ?
C'était sans doute à cause de son faible QI que sa grand-mère désespérait tant de le caser. Sans répondre et avec un regard meurtrier, Law laissa tomber sa cuillère dans son assiette vide et déclara :
-Tu payes.
-Quoi ?! C'est pas chacun sa part ?!
-Non, j'ai la flemme de sortir ma carte.
-T'es fâché ?
-Je t'attends dans la voiture.
Il se leva sur ces mots et sortit du bâtiment. Kid soupira et appela un serveur afin de régler l'addition. De toute évidence, il avait raté quelque chose. Peut-être qu'il lui avait dis quelque chose durant le repas qu'il n'avait pas écouté ? Ou alors il avait lui-même dis un truc qui lui a déplu ?
Il soupira en entrant dans sa voiture, Law assit à côté de lui, le regard rivé sur l'extérieur. Le garagiste mit le contact et entama le chemin du retour. Le silence devint cependant vite pesant, et il décida de le briser, à ses risques et périls.
-Tu peux me dire ce que j'ai fais de mal ? Law, s'il te plaît, ne boude pas dans ton coin et explique-moi.
-Est-ce que tu trouves qu'on ressemble à un couple ?
-Hein ?
-Kid, as-tu l'impression que toi et moi, on est heureux ensemble ?
Le rouquin jeta un coup d'œil à l'autre homme, et fronça les sourcils.
-Qu'est-ce qui te prend de demander ça ?
-Les autres n'ont pas l'impression que ce soit le bonheur entre nous. On ne fait pas ce que font les amoureux normaux.
-Et alors ?! On s'en fout, non ?
-Si eux ni croient pas, comment veux-tu que ta famille y croit ?! Ce n'est qu'une question de temps avant qu'on soit découvert !
-Tu te prends la tête pour rien.
Énervé, Law se détourna enfin de la fenêtre et donner un coup de poing sur l'épaule de Kid.
-Eh !
-Je te rappelle que je fais ça pour toi !
-T'as aussi trouvé ton compte dans cette histoire, je te signale !
-Mais je suis pas obligé de continuer à mentir ! Tu pourrais avoir un minimum de reconnaissance et faire des efforts, toi aussi !
-Ça n'a jamais été prévu dans le contrat qu'on joue les amoureux transis le temps que durera cette mascarade !
Malgré lui, Law laissa échapper un petit gémissement, à peine perceptible. Mais Kid l'avait entendu, et cela le refroidit instantanément.
-Law ?
-Je ne sais pas ce qu'il en est pour toi, mais moi j'ai l'impression d'être bloqué. Je ne peux pas me pencher vers l'avenir, parce que tout ce que je vois, c'est le mariage forcé dans lequel je me suis engagé, et dont je ne m'échapperai peut-être jamais. Je suis peut-être en train de sacrifier ma vie pour toi, et j'estime que ce n'est pas trop demandé que d'avoir un peu d'aide pour rendre tout ça ne serait-ce qu'un peu plus agréable.
Kid inspira un grand coup et ralentit pour pouvoir porter son attention vers son fiancé. Mais ce dernier s'était déjà retourné vers la fenêtre. Ce fut à ce moment-là que le roux comprit ce qu'avait essayé Law ce soir, et qu'il comprit à quel point il avait été bête. Alors, avec un tendresse qui ne lui était pas habituelle, il reporta son regard sur la route et laissa sa main se glisser jusqu'à l'un de genoux de l'homme assis à côté de lui. Il le caressa doucement, comme pour lui demander pardon et lui promettre de faire tout ce qu'il pourrait pour qu'il ne regrette pas son choix.
Au bout d'un moment, Law posa sa main sur celle de Kid, et la serra doucement, le remerciant silencieusement de son attention. Plus aucun mot ne fut échangé de la soirée, mais ils n'en eurent pas besoin. Tout avait été dis, et ils savaient tous les deux ce qu'ils avaient à faire : se soutenir en dépit de tout et jusqu'au bout.
Ils se promirent de le faire en ne se lâchant pas la main de tout le trajet.
L'auteur trouve ces scènes bien trop courtes...
Un grand merci pour votre patience, en espérant que ce chapitre vous ait suffisamment plu pour que vous puissiez nous pardonner (même si je ne suis pas satisfaite par toutes les scènes...)
Durant les deux prochaines semaines, nous allons profiter à fond de notre famille avant la fin des vacances d'été, mais ne vous en faites pas ! Nous continuerons à bosser sur cette fanfiction, même si je ne garantis pas que le prochain chapitre sera publié prochainement.
L'intrigue au sujet de Nami et Usopp se finira dans le prochain chapitre. Marco et Ace se sont enfin rencontrés, et leur situation n'aura de cesse d'évoluer.
Pour le moment, c'est le ZoLu qui semble vous intéresser le plus, et vous m'en voyez vraiment ravie !
On espère que cette histoire continuera de vous satisfaire !
Merci pour tous vos retours sur ce projet !
