Comme on le dit bien souvent : il faut un début à tout.

Il arrive bien un jour où l'on doit, pour la première fois, apprendre à faire seul la cuisine, ou bien la lessive. Il y a le premier job, le premier petit-ami, ou encore la première maison.

Mais bien souvent, on ne pense pas à ces premières fois. On ne se demande pas toujours : "Que ferais-je quand ce moment arrivera ?", ou alors : "Comment ferais-je, moi qui n'ai jamais fais ça avant ?"

Zoro aurait bien aimé que quelqu'un lui donne la réponse à cette question. Parce qu'aujourd'hui, il allait inviter son voisin qu'il ne connaissait que très peu à passer du temps avec lui, et il n'était pas habitué à ce genre de choses.

Non pas qu'il n'avait jamais eu d'amis avant, ou de rendez-vous d'ailleurs. Mais ça faisait longtemps qu'il n'avait pas initié un rencard, et quant aux sorties entre amis, ce n'était pas son genre de les proposer. Or il s'était engagé auprès de ses amis pour aider Luffy à s'intégrer, et puis au fond, il aimait l'idée que, peut-être, ce jeune homme qu'il allait apprendre à connaître lui permettrait d'oublier celui qu'il avait été la dernière fois qu'il avait eu ce type de rendez-vous.

Cependant, comment réussir à faire comprendre que ce qu'il allait lui proposer n'était qu'une simple sortie entre potes ? Bon, il se prenait sans doute la tête pour rien ; il n'y avait aucune raison pour que Luffy tire des conclusions hâtives à sa proposition. Et puis merde, pourquoi se prenait-il à ce point la tête ?!

Déterminé à cesser de se tourmenter à ce sujet, Zoro se décida enfin à entrer dans l'hôpital. Il ouvrit la porte et se glissa à l'intérieur, adressant un léger sourire de convenance à ceux qui le saluaient, et cherchant aux alentours le visage débordant de joie de son voisin. Il ne le repéra pas, mais reconnut à la place une autre personne qui saurait sans doute le renseigner, et qu'il s'empressa d'interpeller.

-Law !

Le chirurgien se tourna, étonné de ne pas être appelé "Docteur" comme le font tous les patients en arrivant. Il fut encore plus surpris de constater que c'était Zoro qui l'appelait. Il salua l'infirmier avec qui il parlait et rejoignit le policier, lui adressa un bref signe de tête en guise de salutation.

-Zoro, en quoi puis-je t'être utile ?
-Je cherche Luffy, tu peux m'indiquer le chemin ?
-Oh, il est juste au bout de ce couloir.
-Cool, merci.

Law lui fit à nouveau un signe de tête et s'apprêta à repartir travailler, mais il fut contraint de s'arrêter à nouveau pour ajouter d'une voix moqueuse au jeune homme :

-L'autre couloir.

Rougissant, Zoro changea de direction sans un regard et sans un mot pour le brun, qui retint son rire en se reconcentrant sur son travail.

En arrivant au bout du couloir, Zoro se mit à entendre les rires des enfants à l'intérieur. Il ne put s'empêcher de sourire lorsque celui de Luffy se distingua des autres. Il toqua légèrement à la porte avant d'entrer. Luffy était en train de ranger des livres, mais lorsqu'il le vit, il cessa tout ce qu'il faisait et s'empressa d'aller l'accueillir avec un grand sourire.

-Zoro ! Quelle surprise !
-Salut, ça va ?
-Ouais, je suis content que tu sois là !

Enthousiaste, Luffy attrapa le bras du vert et l'entraîna au centre de la pièce. Zoro laissa son regard se perdre sur ce qui l'entoure ; les murs de la pièce étaient colorés, et représentaient des personnages rigolos et des animaux visiblement dessinés par des enfants. Les meubles, eux, étaient blancs. Des jouets, des livres et du matériel à dessin traînaient un peu partout.

-T'as l'air...dans ton élément ici, Luffy.
-Ouais, je me plais ! Et les enfants sont adorables.
-Je suis d'accord.
-Tu venais me dire quelque chose ?
-Oh euh ouais, j'avais un truc à te demander...

Luffy hocha la tête, lui accordant toute son attention. Zoro était un peu gêné de devoir le faire devant les enfants, dont les plus curieux les observaient déjà, mais d'un autre côté, il trouvait ce sentiment stupide et inutile, et il se reprit bien vite.

-Je voulais savoir si t'étais disponible prochainement, disons samedi ?
-Ouais, pourquoi ? T'as prévu quelque chose ?
-Comme tu viens d'arriver, je m'disais qu'une petite balade dans le coin, ça serait sympa. Si t'es partant ?
-Une balade avec toi ? Un peu que je suis partant ! Va pour samedi !

Luffy lui sourit avec une telle sincérité que toute l'anxiété qui n'avait toujours pas quittée Zoro depuis qu'il était entré dans l'hôpital s'envola sans demander son reste. Il était content que son voisin soit enchanté par l'idée, et rassuré que ça se soit aussi bien passé.

-Cool alors, on fait ça.
-Je suis content que tu sois venu me proposer qu'on fasse un truc ensemble.
-Ah ?
-Ouais, j'avais très envie d'apprendre à te connaître !
-Oh bah...c'est réciproque.

Un agréable sentiment de bien-être flotta dans l'atmosphère autour d'eux, ce qui persuada Zoro qu'il était temps de partir.

-Si c'est bon, alors je vais y aller...
-Tu dois travailler ?
-Pas aujourd'hui.
-Pourquoi tu ne restes pas avec nous, dans ce cas ?! Je suis sûr que les enfants seraient ravis ! En plus, tu pourrais leur parler de ton métier !

En temps normal, Zoro aurait tout de suite répondu "Non". Pour être poli, il aurait même dis "Non merci". Mais là, quelque chose qu'il ne parvint pas à identifier le poussa à ne pas faire comme d'habitude, à accepter de se lancer, et d'enfin aller de l'avant. Que ce quelque chose soit sa conscience ou non, il décida pour une fois de suivre son idée. Il fallait bien un début à tout, après tout.

-Ouais, pourquoi pas.


-Qu'est-ce que c'est encore que ces conneries ?!
-Fais pas l'innocent Sanji, et répond à ma question !

Énervé, Shuraiya jeta un bref regard noir à son époux, avant de reporter son attention sur la maison qu'il fixait depuis qu'il était rentré du travail. Sanji préparait tranquillement le dîner en pensant à sa journée du lendemain, lorsque son mari avait fais irruption dans la cuisine en hurlant après lui pour une raison des plus absurdes. Comme à chaque fois...

-Je peux au moins savoir d'où te vient une telle idée ?!
-La voisine de notre nouveau décorateur d'intérieur vous voit souvent ensemble ces derniers jours.
-C'est le principe de l'amitié, j'avais oublié que tu ne connaissais pas.

Shuraiya grogna, son regard se faisant plus froid lorsqu'il vit Usopp sortir de chez lui et se diriger vers sa voiture. L'artiste le remarqua par la fenêtre et lui adressa un signe de la main accompagné d'un sourire poli pour le saluer avant de sauter dans son véhicule et de s'en aller. L'homme d'affaires le regarda partir, remit le rideau en place et se dirigea à grands pas vers Sanji.

-C'est notre employé ! Tout au plus notre voisin ! Pourquoi tu passes autant de temps avec lui ?!
-Aussi bizarre que ça puisse te paraître, je suis capable de me faire des amis !
-Et tu te permets d'être aussi proche de tous tes amis ?!
-Je ne te permets pas, Shuraiya !

D'un coup sec, Sanji claqua son torchon sur le comptoir. Il trouvait son accusation aberrante et absolument déplacée ; il ne méritait pas d'être traité de la sorte. Il en avait assez que son mari contrôle toute sa vie.

-J'ai le droit de voir qui je veux ! Usopp est mon ami, et c'est l'une des rares personnes qui soient capables de rendre ma vie agréable et valant la peine d'être vécue ! Le jour où tu en feras autant, tu pourras me donner des leçons !
-Je suis pas plus heureux que toi, mais on est mariés ! La moindre des choses serait que tu respectes mon nom, celui que tu portes dorénavant ! Et avoir un amant...
-Mais j'ai pas d'amant ! Tu as donc si peu confiance en moi ! Qu'est-ce que j'ai fais pour justifier ta paranoïa ?!

Très honnêtement, après sa question, Sanji s'attendait à une effusion d'insultes et d'exemples sans queues ni têtes l'incriminant pour ce qu'il n'avait pas fais, mais à son plus grand étonnement, Shuraiya se contenta de soupirer et de s'asseoir sur la chaise la plus proche.

-D'accord, même si ça me coûte de l'admettre...je me suis sans doute emballé...
-Oui, et pas qu'un peu. Tu ne te bases que sur de vulgaires commérages.
-Tu avoueras quand même qu'avec un mariage comme le notre, le fait que tu puisses avoir une liaison ne serait pas surprenant.
-Je sais que nous ne serons jamais un vrai couple. Mais j'ai un minimum de sens moral.

Sentant que son agacement revenait en courant, Shuraiya annonça qu'il dinerait dehors car il avait quelque chose à faire. Il se leva et se dirigea vers l'entrée afin de partir. Sanji le suivit du regard, et d'une voix plus douce, il ne put s'empêcher de déclarer :

-Il n'y aura jamais rien de plus que de l'amitié entre Usopp et moi.

Il entendit la porte s'ouvrir, puis le silence pendant un temps, et enfin, elle se referma. Son mari avait entendu sa déclaration, et avait semblé rassurer par elle. Lui-même était soulagé s'ils pouvaient ne plus avoir ce genre de discussion.

Mais ses propres mots lui avaient, au fond, fait un peu mal.

Sanji se connaissait bien ; il était un rêveur. Il s'imaginait dans une belle petite maison, parfois avec des enfants. Mais le plus récurrent dans ses rêves, c'était qu'il avait le droit d'avoir dans sa vie une personne qu'il aimait et qui l'aimait. Qu'il pouvait faire la cuisine avec le sourire, non pas en pensant à la banale journée du lendemain qui l'attendait, mais au contraire en ressassant les heures agréables qui s'étaient écoulées plus tôt.

Et il mentirait s'il disait que son voisin engagé pour embellir sa demeure n'était pas celui dont il rêvait pour embellir sa vie.

Ce n'était arrivé qu'une ou deux fois, tout au plus. Et ce n'était rien de plus qu'un rêve idiot qui ne se concrétiserait jamais. Il savait qu'il n'avait pas le droit à ce genre de pensées, et il s'efforcerait de ne plus en avoir à l'avenir. Ne serait-ce que par respect pour le mari qu'il n'aimait pas, mais avec qui il allait de toute façon devoir vivre sa vie sans rêve.

Ce même mari qui, à son insu, avait effectivement quelque chose à faire. Avec quelqu'un d'autre.


En sifflotant, Franky se gara juste devant le garage de son ami. Une fois le moteur coupé, il se saisit du sac en plastique posé sur le siège passager et s'extirpa de son véhicule, saluant Kid d'un grand geste de la main. Le roux sourit en le voyant, et lorsque le plus vieux entra, ils échangèrent une poignée de main amicale. Puis Franky tendit le sac au garagiste.

-Tiens, voilà la pièce dont t'avais besoin.
-Merci, heureusement que je peux compter sur toi. Le proprio de cette voiture est un gros client et il vient la chercher dans une heure. J'avais pas le temps d'en commander une...
-T'inquiète, ça me fait plaisir. D'ailleurs, je ne te la facture pas.
-Je pense sincèrement qu'on a tous besoin d'un Franky dans nos vies.

Ce dernier éclata de rire et administra une grande tape dans le dos de Kid, le rouquin se félicitant d'ailleurs d'être si musclé.

-Bon, je vais pas rester plus longtemps.
-Tu viens juste d'arriver.
-C'est pas contre toi, mais Robin m'attend pour le déjeuner. On n'a pas toujours l'occasion de se retrouver le midi.
-Je vois, ouais tu devrais la rejoindre.

Franky hocha la tête et commença à se diriger vers la sortie. Kid le regarda partir, et contre toute attente, il se mit à l'imaginer rejoindre sa femme, déjeuner avec elle, et l'embrasser avant de retourner travailler. Il se rendit compte alors qu'il n'avait jamais fais ça avec Law. Bon, leurs fiançailles étaient bidons, alors un baiser avant de partir serait vraiment déplacé. Mais sa discussion de l'autre jour avec le chirurgien lui avait fais prendre conscience qu'en dehors de ce petit détail, le reste serait sans doute agréable, et aiderait Law à se sentir mieux dans leur situation actuelle.

Cependant, et ce n'était un secret pour personne, il n'était pas doué avec ce genre de choses. L'autre soir était un excellent exemple, et il ne voulait pas imposer un nouvel échec à son conjoint. Il avait besoin de conseils, et qui de mieux que son ami marié depuis des années pour lui en fournir ?

-Franky, t'as deux petites minutes ?
-Y a un souci ?
-Comme ça fait un moment que tu es avec Robin, je voulais savoir si tu n'avais pas un ou deux tuyaux romantiques.
-Des soucis dans ton couple ? Votre mariage est toujours d'actualité rassure-moi !

Kid hocha la tête, bien que le fait que ce soit un faux mariage ne garantissait pas que ça serait vrai longtemps. Mais il avait envie que ça dure, et il était déterminé à tout dans ce but.

-Récemment, Law m'a fait remarquer que je ne lui prêtais pas suffisamment d'attention.
-Il se sent délaissé, c'est ça ?
-Ouais...qu'est-ce que je pourrais faire pour qu'il comprenne que je tiens à lui ?
-Je ne connais pas ton fiancé aussi bien que toi, je ne peux pas savoir.

Un petit grognement s'échappa d'entre les lèvres de Kid, aussi son ami s'empressa-t-il de reformuler ses propos.

-Ce que je veux dire, c'est que si ton fiancé se sent délaissé, tu dois lui montrer que tu l'aimes. Tu le connais bien, alors tu dois savoir ce qui lui fait plaisir. Rassure-le sur le fait qu'il compte pour toi.
-Tu ferais quoi, toi ?
-Si ma femme commençait à douter, je pense que je lui ferai la totale des clichés romantiques !

Il rit, mais au regard que Kid lui accorda, il comprit que le garagiste ne s'y connaissait pas du tout en terme de clichés romantiques. Cela lui donna encore plus envie de rire, mais il se retint.

-T'as jamais entendu parler des fleurs, du chocolat, des surnoms mignons ?
-Je crois que je commence à cerner le truc...
-Si c'est son genre et qu'il aime le romantisme, pourquoi ne pas essayer ça ?

Comme il était vraiment temps pour lui de rentrer, il attribua une dernière tape à l'épaule en guise de salutations, puis se rendit à sa voiture afin d'aller retrouver sa femme.

Kid profita de ce moment seul pour réfléchir. Il ne voulait pas se tromper, et même si ce n'était pas son genre de faire tout ce que Franky venait de citer, si son cher et tendre avait besoin d'être rassuré, alors il n'avait pas à hésiter.

Il ne perdrait rien à essayer, et d'ailleurs, il venait d'avoir ce qu'il estimait être une bonne idée.


Il était à peine dix heures du matin lorsque Marco dû se rendre à la sortie de la ville suite à un appel pour un accident de voiture. Ce genre de choses était toujours très déplaisant ; on ne savait jamais ce qui avait bien pu causer cet accident, ni qui était les victimes. Y avait-il des morts ? Des familles à prévenir ? C'était définitivement la pire partie du métier à ses yeux, mais il le faisait quoi qu'il arrive.

Heureusement pour lui, il n'y avait qu'un blessé, et les médecins étaient confiants quant à son état. Par ailleurs, même si ce n'était pas très professionnel, il avait eu une assez agréable surprise en arrivant sur les lieux. Qui aurait cru que le jeune homme qu'il avait abordé l'autre jour pour violation de vie privée serait présent avec ses collègues pompiers sur la même affaire que lui. Il se mit à penser que c'était amusant qu'il ne l'ait pas remarqué avant, sans doute trop pris par son travail. Or là, il avait décidé de ne pas le lâcher.

La chance sembla lui sourire à nouveau lorsqu'ils eurent l'occasion de se retrouver seuls tous les deux à l'hôpital, après avoir transporté le blessé. Au regard fuyant du brun, il apparut clairement que leur première rencontre était encore dans son esprit. Malgré ça, et même si ce n'était pas dans ses habitudes, il alla l'aborder.

-Ace, c'est bien ça ?
-Pitié, dites-moi que vous ne venez pas m'arrêter.
-À vrai dire, je n'ai pas prévu de ne vous abordez que pour ça.

Il laissa un petit sourire naître sur ses lèvres et prit une posture nonchalante sans se tenir trop près du brun. Il ne voulait pas se montrer imposant, pas comme la dernière fois. Il faisait son travail à ce moment-là, mais le jeune père était mal à l'aise en sa présence maintenant.

Ace jeta un furtif regard en direction de l'homme qui l'avait abordé, avant de détourner la tête du côté opposé. Cet homme le troublait beaucoup trop et, à son plus grand étonnement, dans tous les sens du termes. Qu'il soit troublé parce que c'était un représentant des forces de l'ordre qui avait déjà failli l'embarquer une fois, il le comprenait. Pour ce qui est du trouble plus sentimental, il ne savait pas comment l'expliquer. Peut-être pouvait-il mettre ça sur le compte du manque d'amour dans sa vie qu'il s'efforçait d'ignorer et de ne pas arranger. Parce qu'il ne voulait en aucun cas se lancer à nouveau dans une relation amoureuse qui pourrait le faire souffrir un jour. Et faire souffrir son fils.

Cependant, le fait qu'il associe l'agent Marco a une possible relation prouvait bien à quel point cet homme le mettait dans tous ses états.

Aucun d'eux ne parla, même si ce silence leur pesait autant à l'un qu'à l'autre. Leur devoir les rappela à l'ordre lorsque l'un des collègues de Marco vint lui signaler qu'ils devaient partir pour une autre affaire. Le blond adressa un petit signe de tête en guise de salutation à Ace avant de commencer à partir. Et puis, son instinct le poussa à faire une chose à laquelle il n'aurait pas pensé, mais s'il savait qu'il en mourrait d'envie : il s'arrêta à quelques pas de la porte et se tourna à moitié vers le brun, qui n'avait toujours pas décroché un mot, mais au moins maintenant, le regardait.

-Ça me ferait vraiment plaisir si on pouvait se voir plus souvent.

Ace déglutit et baissa les yeux, avec quelques rougeurs sur les joues qu'il aimerait pourtant faire disparaître. Marco sourit, et cette fois, avant de partir, il le salua d'un signe de la main. Le pompier vit ce signe, et il le lui rendit timidement. Peut-être au fond comme acceptation qu'ils avaient un désir commun.

C'était en tout cas ce que pensait celui qui avait assisté à ce petit échange.


Sabo était plutôt du genre à se coucher tard. Il était un avocat, et sa profession lui avait accordé bon nombre d'adversaires qui lui diraient que cette manie prouvait que son esprit devait être troublé par les remords. Ses proches, eux, disaient que c'était parce qu'il travaillait beaucoup trop. Il avait personnellement tendance à penser que c'était les deux.

Personne ne pouvait affirmer n'avoir jamais fais d'erreurs, n'avoir ni remords ni regrets, et lui-même évidemment en était incapable. Parfois, il y pensait, alors le sommeil tardait à venir. Mais le plus souvent, il se servait de tout ça comme d'un carburant pour effectivement travailler tard, dans le but de toujours pouvoir venir en aide à ceux auxquels il tient.

Cependant, il ne pensait pas que tout ça l'amènerait dans cette situation ; en tête à tête avec une jeune femme, à minuit et demi, dans son salon, chacun avec une tasse de thé. Il ne s'attendait pas à ce que quelqu'un vienne toquer à sa porte aussi tard, et encore moins son amie Vivi. Ils étaient dorénavant assis face à face, elle sur le canapé, lui dans un fauteuil. Elle semblait vraiment désolée d'être venu le déranger aussi tard, même si elle savait qu'il ne dormirait pas encore. Il l'avait assuré qu'elle n'avait pas à s'en vouloir pour ça, et attendait qu'elle veuille bien lui expliquer les raisons de sa venue. Et à la voir, c'était quelque chose d'assez délicat.

-Vivi, il y a un problème avec Nami ou avec ton père ?
-C'est pas vraiment un problème, enfin j'espère...
-T'as besoin de moi en tant qu'ami ou en tant qu'avocat ?
-En tant qu'ami ! Uniquement en tant qu'ami...

Sabo lui fit un doux sourire, rassuré par ses mots. Mais il sentait tout de même que ce que la bleue avait à lui demander était quelque chose qui lui pesait. Il se pencha en avant et attrapa doucement l'une de ses mains.

-Vivi, dis-moi ce qu'il se passe...
-J'ai juste...besoin de réponses et...je n'ose pas les demander à Nami.
-Et tu penses que moi, je les ai ?
-Je l'espère. Tu as bien connu Nami à l'université, non ?

Sabo hocha la tête, haussant un sourcil, sa curiosité piquée à vif par cette question. Il avait effectivement connu Nami à l'université, ainsi que Robin, Franky et Usopp. Il s'estimait chanceux, encore aujourd'hui, que cette petite bande d'amis l'ait accepté dans leur groupe. À l'époque, il débarquait tout juste de son petit village de campagne, et ne connaissait personne. Pour la première fois depuis longtemps, il était seul loin de ses frères. Ace était parti de son côté pour ses propres études, et ils avaient laissés Luffy derrière eux. Il était un peu perdu, et ses nouveaux amis s'étaient révélés être un réconfort important. Cette partie de sa vie était de celles qui lui donnaient toujours le sourire.

-Oui, c'est bien là-bas qu'on sait rencontré.
-Je suis tombée...sur de vieux souvenirs de lycée de Nami.
-On parlait peu de leurs années de lycée.
-Ouais mais peut-être qu'il y a quelque chose de ces années-là dont tu pourrais me parler.

Se penchant en avant à son tour, elle se saisit de l'autre main de son ami et les serra avec une légère force. Un temps passa, qu'elle trouva un peu idiot car elle était persuadée de s'en faire pour rien. Elle pensait avoir le droit de savoir, mais elle était quand même un peu effrayée.

-Que veux-tu savoir, Vivi ? Tu sais que tu peux me demander.
-Merci.
-Explique-moi d'abord ce que tu as trouvé, et ensuite tu me poseras tes questions.
-D'accord alors...je suis tombée sur un album photo dans le grenier. Il y avait pas mal de clichés, et sur beaucoup d'entre eux, Nami était...avec Usopp.

Ses mains se resserrèrent un court instant sur celles de Sabo, qui ne put s'empêcher de se sentir attendri par les visibles inquiétudes de la bleue. Il ne lui avait pas fallu plus de mots de son amie pour comprendre ce qui la tourmentait.

-Sabo, je ne devrais peut-être pas te demander ça. Si Nami ne m'en a pas parlé...
-Elle a effectivement eu une relation avec Usopp, pendant assez longtemps à vrai dire.
-Je...j'aimerais juste savoir pourquoi ils se sont séparés. Et quand, aussi.
-Je vais tout te dire, tu verras que tu n'as pas à t'en faire.

Il se leva et alla prendre place à côté de Vivi. Il s'efforça d'être rassurant pour la mettre en confiance, et il adopta une voix douce et confiante, tout en se montrant sûr de lui.

-Ils ont commencé à sortir ensemble au lycée, je ne sais pas à partir de quand exactement. Durant toutes nos années d'université, ils étaient ensemble. C'est après qu'ils se sont séparés.
-Tu veux dire...après m'avoir rencontré ?
-Oui. Et pour ne pas te mentir, c'est à cause de toi s'ils ont rompus.
-Oh non...
-Laisse-moi finir, Vivi.

Il lui caressa tendrement la main pour la rassurer, et attendit quelques secondes avant de reprendre.

-Nami t'a rencontré après ses études, et le temps ayant fais les choses, elle a fini par tomber amoureuse de toi. Usopp et elle avaient une belle relation, et elle a pu lui dire la vérité sur ses sentiments pour toi. Ils se sont quittés en très bon termes, ça s'est fait tout naturellement. Ils se sont aimés pendant des années, et ils ont finis par ne plus avoir de sentiments l'un pour l'autre.
-Est-ce qu'Usopp m'en a voulu ?
-Au contraire ; il s'est fait une joie de vous aider à vous mettre ensemble. Il était vraiment heureux pour vous.

Vivi sourit, et se jura d'aller bientôt remercier l'artiste pour son aide. Nami était la plus belle chose qui lui soit arrivée, et elle lui serait éternellement reconnaissante de l'avoir aidé à trouver ce bonheur. Malgré tout, quelque chose la chiffonnait encore.

-Pourquoi ils ne m'ont jamais rien dis ?
-Ne te prend pas la tête pour ça. Usopp estimait qu'il n'était pas nécessaire de te mettre au courant puisqu'ils se sont séparés sans vagues.
-Alors ils font comme si...comme s'il n'y avait rien eu entre eux. Ça n'avait pas d'importance ?
-Cette relation a eu de l'importance, mais ils sont passés à autre chose. Ils savaient que tu te sentirais coupable, alors qu'il n'y a aucune raison pour que tu le sois.
-Alors pourquoi tu acceptes de tout me dire maintenant ?
-Parce que le temps est passé. Tu sais, tu vois bien maintenant que tu n'as fais aucun mal, ni à Nami, ni à Usopp, bien au contraire. Leur histoire appartient au passé, c'est le présent qui compte dorénavant. Et tu es le présent de Nami. Usopp ne veut pas être un ex pour elle, il veut être un précieux ami d'enfance et c'est tout. Ils ont pris cette décision eux-mêmes.

Il tapota doucement la main de Vivi, mettant ainsi fin à la discussion. Il avait dis ce qu'il avait à dire, et elle savait ce qu'elle voulait savoir. Plus de questions à poser, plus de peur ni d'interrogations. Elle était soulagée et se sentait délestée d'un poids.

-Merci de m'avoir accordé ton temps.
-Avec plaisir. Tu sais que tu pourras toujours, quoi qu'il arrive, compter sur moi.
-Oui, je le sais.

Elle le prit dans ses bras, lui chuchotant encore des remerciements. Puis, comme il se faisait vraiment tard, elle le laissa, et lui souhaita de passer une bonne nuit. En prenant la direction de sa maison, elle prit la décision d'apprendre à Nami et Usopp ce qu'elle savait sur eux. Elle ne voulait plus de secret entre eux, et voulait pouvoir rire de tout ça sans aucun malaise. Elle savait qu'elle prenait une bonne initiative.

Sabo, quant à lui, parvint ce soir-là à trouver le sommeil, heureux d'avoir pu venir en aide à une amie très chère.


Quand il entendit sonner à la porte, un sourire naquit sur les lèvres de Shanks. Il termina de remplir les trois verres qu'il avait posé sur la table face à lui, tandis que Baggy allait ouvrir la porte. Lorsqu'il se retourna, son époux entra dans le salon avec leur invité, vers qui il tendit les bras pour le saluer.

-Zoro, je suis content que tu sois là !
-C'est gentil à vous de m'avoir invité à prendre un verre.
-C'est toujours un plaisir de te recevoir.

Ils prirent chacun un verre, puis ils débutèrent naturellement une conversation afin de se donner les dernières nouvelles. Bien qu'en réalité, c'était surtout Baggy qui parlait. Zoro était peu loquace en temps normal, mais il s'avérait très attentif lorsqu'il le fallait. Quant à Shanks, il fixait le jeune policier en attendant une bonne nouvelle, raison pour laquelle il l'avait invité en premier lieu. Il fut donc ravi lorsque Baggy dirigea la discussion dans ce sens.

-Au fait Zoro, tu t'entends bien avec ton nouveau voisin ?
-Ouais, on a passé la matinée ensemble aujourd'hui.
-Tiens donc, c'est intéressant !

À l'instant où ces mots quittèrent sa bouche, Shanks su qu'il n'avait pas réussi à cacher son enthousiasme. Mais comme Baggy et Zoro le connaissaient bien, il estimait que ce n'était pas grave. Il se pencha en avant et jeta un regard lourd de sous-entendus au Roronoa.

-Et qu'avez-vous fais ?
-J'étais allé le voir à son travail et les enfants ont voulu que je reste, alors...
-Tu es allé le voir ? Pourquoi donc ?

Zoro lui adressa un sourire ironique, et même si le roux connaissait déjà la réponse, il la lui donna en buvant son verre d'une traite.

-Je voulais l'inviter à une sortie entre potes.
-Une sortie, ricana Baggy. Tu veux dire un rencard ?
-Non, il n'est pas question de ça. On va seulement aller se balader dans le coin, et peut-être déjeuner ensemble. Mais rien de plus.

Baggy se mit à éclater de rire, d'un rire qui ne s'arrêtait pas facilement. Shanks avait un ricanements plus discret, et leur invité doutait sérieusement de vouloir en connaître la raison.

-T'es mignon Zoro, mais c'est exactement ce que je disais à propos de Shanks il y a quelques années. Et regarde où on en est...
-Ça ne sera pas nécessairement notre cas.
-N'empêche que tu commences déjà à parler en utilisant le mot "nous".
-Ça n'a rien à voir.

Il se resservit un verre, et se mit à éviter les regards de ses amis, préférant regarder par la fenêtre pour se perdre dans ses souvenirs.

-Je ne veux plus de ce genre de choses.
-En général les gens disent ça après une rupture difficile.
-Ou pour se protéger d'une rupture difficile.

Un visage lui apparut à l'esprit, un visage qu'il avait adoré, et qu'il s'efforçaot dorénavant d'effacer. Il savait qu'il y avait encore quelque chose qui l'empêchait de tourner la page ; pas ses sentiments, non. Mais quelque chose dont il pensait ne pouvoir malheureusement jamais se débarrasser.

Le regard de Shanks se fit plus doux face à la légère et presque imperceptible lueur de douleur et de détresse dans les yeux de son ami. Il posa son verre, passa amoureusement l'un de ses bras autour de la taille de Baggy, alors que son autre main vint tapoter affectueusement l'épaule de Zoro.

-Ça nous va, tant que ce n'est pas pour te protéger du bonheur.


L'auteur ne trouve pas qu'il s'agisse là de son meilleur chapitre...

L'intrigue autour de la relation entre Nami et Usopp est terminée, et nous espérons ne pas avoir fais de déçus. Elle a plutôt servi, ici, à développer Sabo pour une intrigue qui apparaîtra dans très longtemps.

Je n'en dis pas plus à ce sujet...

De légères avancées pour MarcoAce et ZoLu, et également le KidLaw, dont nous espérons de tout cœur que les prochaines scènes vous satisferont !

Petit teaser : Spandam deviendra plus important dans le prochain chapitre.

Merci à tous pour votre attention, votre temps, vos avis, vos appréciations et vos encouragements !