La nuit était tombée sur le port depuis plus d'une heure lorsque la police s'aventura sur les quais, menée par Marco. Leur mission était assez importante, raison pour laquelle on l'avait confiée au blond ; il avait l'habitude des missions à risques de ce genre. D'autant plus qu'il était secondé par Shanks, qui avait plus d'ancienneté que lui et avait gagné plus d'une fois le respect de ses confrères.

L'objectif de leur présence au port situé à près de 5 km de Fuchsia était d'attraper un gang : celui de Demalo Black. Ils avaient suivis un de ces subordonnés jusqu'ici, et avaient pour but de coffrer un maximum d'hommes, dont leur chef évidemment. Ce n'était pas forcément un gang très vaste, mais ils avaient à leur actif de nombreux trafics importants, dont des trafics de drogue et d'armes, ainsi que quelques meurtres. Mettre fin à leurs affaires était plus que nécessaire, et si leur plan se passait bien, cette histoire serait terminée dès ce soir. Ils allaient encercler le hangar dans lequel ils se cachaient, et les forcer à se rendre. Ils préféraient éviter au possible un échange de tirs.

Tous les policiers se mirent en place, et Marco leur fit signe d'attendre le signal de Shanks avant de tenter quoique ce soit. Il se tourna ensuite vers l'agent Roronoa, qui se tenait juste à côté de lui. Zoro était arrivé à Fuchsia depuis un petit moment, et s'était donné de nombreuses occasions de faire ses preuves au poste. C'était la première fois qu'il participait à une mission d'une telle ampleur, mais Marco était confiant quant à ses capacités. Il l'avait observé et savait comment il fonctionnait : Zoro était capable de mener une équipe et donner les directives avec calme et sang froid. D'un autre côté, lorsqu'il était sous la direction d'un autre, il savait rester en retrait, observer et obéir aux ordres sans tergiverser. Il irait loin dans le métier.

-T'es prêt, Zoro ? Dès que Shanks donnera le signal, ce sera à notre unité d'intervenir.
-Chef, j'ai un mauvais pressentiment.
-Comment ça ?

Zoro s'approcha de quelques pas et pointa la porte d'entrée du doigt ; deux hommes de Black y étaient postés, une arme à la main, le dos bien droit et fixant les environs.

-Ils ne sont que deux.
-En effet.
-Je me suis procuré un plan du hangar : il y a d'autres portes, mais elles n'ont pas l'air d'être gardées, du moins de ce qu'on en voit d'ici.
-Quand as-tu trouvé ce plan ?
-Juste avant de partir.

Il n'avait pas encore eu le temps d'en parler à Marco avant qu'ils ne viennent ici, mais il avait des soupçons depuis un petit moment quant à cette mission.

-On a obtenu l'adresse de leur planque en interrogeant un de leur membre. Il a parlé au bout de deux mois, ce qui a pu laisser le temps à Black de tout préparer dans le cas où il aurait demandé à cet homme de se faire arrêter exprès. Ils savent peut-être qu'on va venir ce soir...
-Tu penses donc qu'ils ne s'embêtent pas à protéger le hangar parce que leur planque n'est pas ici. Ils vont nous tendre un piège...
-Oui.
-Mais comment pourraient-ils savoir de quelle façon on va procéder...

Un coup de feu retentit ; celui d'un agent de police. Marco reconnut immédiatement de quelle unité ce coup venait, et il s'empressa d'activer son oreillette pour entrer en contact avec Shanks.

-T'as donné le signal ?!
-Non, Marco ! Il a tiré sans autorisation !
-Merde, il a signalé notre présence !

L'instant suivant, des hommes armés sortirent du hangar et débutèrent un échange de balles. Les policiers n'eurent d'autres choix que de riposter, la mission déjà mise à mal. Marco se tourna vers Zoro et montra un chemin du doigt.

-Prend notre unité et faites le tour du bâtiment ! On peut encore tenter de les encercler !
-D'accord. Suivez-moi !

Il partit, suivit d'une dizaine d'hommes. Marco tenta de rejoindre Shanks, lui expliquant la situation ; de toute évidence, il y avait une taupe dans la police qui avait assuré la transmission d'informations avec Demalo Black. Le bandit leur avait tendu un piège, dieu seul savait quelles en seront les conséquences.

-Que fait-on Marco ?
-On poursuit la mission si ça ne met aucun de nos hommes en danger. On ne peut pas laisser Black s'échapper.
-On est sûr qu'il est là ?
-Malheureusement non...

Soudain, une explosion retentit à l'intérieur. Tous les policiers reculèrent pour s'abriter des débris, et dans la confusion, les membres du gang parvinrent à s'échapper. Marco aurait pu tenter une poursuite, mais il préféra demander à ses agents d'aller aider les blessés et de sécuriser le périmètre. Il fit signe à Shanks de gérer les troupes à l'avant, puis fit le tour du bâtiment pour rejoindre Zoro. À mi-chemin, un policier vint le voir, paniqué, et lui expliqua ce qu'il s'était passé ; l'explosion a été causée par une petite bombe, et lorsqu'elle s'est déclenchée, le toit a commencé à se fragmenter, et des débris leurs sont tombés dessus. En voulant protéger une jeune recrue, Zoro s'est retrouvé blessé, et était maintenant inconscient. Ils avaient réussis à l'extirper du hangar, mais il fallait appeler une ambulance de toute urgence ; il avait une plaie assez importante qui lui barrait le torse. Marco lui ordonna d'appeler les secours, et se chargea de son côté d'appeler son supérieur en poursuivant sa route pour s'assurer lui-même de l'état du Roronoa.

Ce soir-là, la mission fut un total échec. Ils ne parvinrent à attraper personne, et ne purent obtenir aucune information.

Et ce qu'ils ne surent pas, c'était que de son côté, Black avait décidé de préparer sa vengeance. Il allait agrandir son gang, rassembler des fonds, et dans un an, il ferait tout pour se débarrasser des trois agents qu'il avait pu identifier comme une menace.


-Donc si j'ai bien compris, dit Ace, le chef de gang qu'ils n'ont pas réussis à attraper à l'époque a envoyé quelqu'un pour s'en prendre à toi ?

Luffy hocha la tête. Il était assis sur le lit de son frère, tandis que ce dernier se préparait pour son rendez-vous ; ce soir, il allait au restaurant avec Marco. Du coup, Luffy était venu garder Haiko, et sans refiler sa garde à quelqu'un d'autre cette fois.

Il n'avait pas pu s'empêcher de raconter à Ace les révélations que Zoro, Shanks et Marco lui avaient fait la veille. D'après eux, l'homme qui l'avait agressé ne voulait pas le tuer, mais plutôt l'utiliser, sans doute pour atteindre Shanks, vu leur lien. Ou bien Zoro ; l'hypothèse était possible mais le vert ne voulait pas y croire, pensant qu'il n'avait joué qu'un rôle très mineur à l'époque, sans compter que Luffy et lui ne se connaissaient qu'à peine.

Ace n'était pas vraiment rassuré par toute cette histoire. Son petit frère était en danger dorénavant, et il risquait de ne pas être le seul si ce gang décidait de s'en prendre à tous les proches des policiers ciblés. Lui-même prenait le risque en sortant avec Marco ce soir, mais il lui devait ce dîner, et on ne se décommandait pas à la dernière minute. C'était impoli. Et il n'y aurait pas de mal si ça n'arrivait qu'une fois, n'est-ce pas ?

-Qu'est-ce qu'ils ont décidé de faire ?
-Ils ne pensent pas qu'ils vont récidiver, étant donné qu'on a attrapé l'un des leurs. Shanks dit qu'ils vont renforcer les patrouilles dans tout le quartier, et peut-être installer un système de caméra de sécurité aussi.
-Et pour chez toi ?
-Zoro habite à côté, je me sens pas en danger.

Ace haussa un sourcil et croisa les bras en se tournant vers lui. Son frère pouvait être si irresponsable parfois ; c'était chez lui que l'homme était entré, c'était lui le plus en danger, mais c'était lui qui s'en faisait le moins. Dans le genre illogique...

-Luffy, par pitié, promets-moi d'être prudent.
-Évidemment ! Et ne t'en fais pas, je sais me défendre !
-C'est pas une raison. Tu sais pas de quoi ils sont capables.
-Eh, je t'ai pas tout raconté pour que tu te prennes la tête !

Se levant d'un bond, il s'approcha de son aîné et ajusta le col de sa chemise en souriant doucement.

-Ce soir, c'est ton premier vrai rencard depuis Spandam. Alors tu vas y aller, profiter de la soirée, et si ça te plaît, tu diras à Marco que tu veux un deuxième rendez-vous.
-Ne t'emballes pas, Luf.
-Je veux juste que tu sois heureux Ace.

Il le prit dans ses bras, ayant l'impression de retomber en enfance. Ace avait son caractère, et quand ils étaient petits, il faisait peu de témoignages d'affection envers ses frères. Il voulait se donner une allure intouchable et forte, pour pouvoir toujours les protéger, et Luffy ne s'était jamais senti plus en sécurité qu'en présence de ses aînés. C'était toujours le cas aujourd'hui, mais à présent, il souhaitait prouver qu'il pouvait lui aussi prendre soin de ses proches.

Ce fut à ce moment-là que des coups à la porte retentirent, faisant presque sursauter Ace. Il se mit un peu à angoisser à l'idée que le rendez-vous se passe mal, et que Marco le trouve ennuyeux à mourir, ou bien trop complexé par ses expériences passées. Et s'ils ne trouvaient rien à se dire ? Ou s'il en venait à trop parler de lui et qu'il le faisait fuir avant même d'avoir commandé le dessert ? Ils vivaient dans le même quartier, ils seraient donc forcément amenés à se revoir ! Et s'il commettait un acte honteux devant lui ce soir, il ne pourrait jamais le regarder en face avant au minimum la prochaine fête des voisins. Et encore...

-Ace...
-Hum ?
-Tu devrais peut-être aller ouvrir.
-Oh oui, merde !

Lissant précipitamment sa chemise, Ace se vérifia une dernière fois dans le miroir accroché au mur en face de son lit, adressa un regard de détresse à son petit frère, et fonça ouvrir à son rendez-vous.

-Bonsoir, dit-il en recoiffant une mèche rebelle.
-Bonsoir, sourit Marco. Tu es prêt ?
-Presque, j'ai encore un petit truc à faire. Mais entre, je t'en pris.

Le blond le remercia d'un signe de tête et entra en fermant la porte derrière lui. Ace le conduisit au salon et l'invita à s'asseoir sur le canapé ; Marco prit place en le remerciant.

-Je n'en ai pas pour longtemps.
-Ne t'inquiète pas, je suis arrivé en avance de toute façon.

Ace laissa échapper un petit rire avant de retourner dans sa chambre. Luffy l'avait déjà quitté, préférant attendre Marco assit sur le fauteuil en face du canapé. C'était loin d'être dans ses habitudes d'être discret et silencieux, mais là, il l'avait tant été que, lorsqu'il prit la parole soudainement, Marco ne put s'empêcher de sursauter.

-Luffy, je n'avais pas vu que tu étais là...
-T'es nerveux, hein ? C'est pour ça que t'es arrivé en avance.
-Oui, je l'avoue.
-Ça ne t'arrive pas souvent d'inviter un divorcé père d'un adorable garçon de 5 ans.
-Pas plus de garder ce même garçon toute une journée en ne le connaissant qu'à peine.

Luffy admit sa défaite d'une grimace, l'air de dire : "OK, bien envoyé.", et choisit de ne pas taquiner plus que ça le policier. Marco rit de son expression, détendant l'atmosphère. Haiko arriva à ce moment-là, heureux de la présence de Marco chez eux. Il s'empressa alors d'accaparer son attention, et raconta en détails sa journée. L'agent l'écouta avec attention, lui posant de temps à autre une question comme pour prouver qu'il s'intéressait véritablement à son histoire.

-Il y a un garçon qui t'embête à l'école ?
-Oui. Il embête tout le monde.
-Il n'est pas violent au moins ?
-Une fois, il m'a tiré les cheveux. J'avais envie de le taper, parce que papa m'a dis que je ne devais jamais me laisser faire. Mais tonton Sabo m'a dis que frapper les autres ne règle pas les problèmes, et que je devais prévenir un adulte.
-Qui as-tu écouté alors ?
-Tonton Sabo, parce qu'il a toujours raison.

Si Marco parvint à contenir son rire, Luffy ne se gêna pas pour laisser exploser le sien, approuvant les dires de son neveu. Il reçu une godasse en pleine tronche de la part d'Ace, enfin sortit de sa chambre après un quart d'heure d'attente.

-Mais ton fils vient de dire que la violence ne résout rien, protesta Luffy, une main sur la joue.
-Peut-être mais ça soulage, grogna son frère.

Marco lança un regard à la fois désolé et amusé à Luffy, puis tapota la tête d'Haiko et se leva du canapé. Il s'approcha d'Ace et lui adressa un sourire qui fit rougir le brun. Ils se dirigèrent tous deux vers la porte, suivi de Luffy et Haiko qui voulaient leur dire au revoir.

-Tu m'appelle s'il y a un problème, ordonna Ace.
-Oui, promit Luffy.
-Tu ne le quitte pas des yeux !
-Je ferai attention.
-J'ai laissé de quoi dîner dans le frigo. Tu ne manges pas tout !
-D'accord.
-Fait attention à l'heure, il ne doit pas se coucher trop tard.
-Entendu.
-Et...
-Ce n'est pas la première fois que tu me laisses Haiko ! Ça va aller !

Ace acquiesça, même s'il était encore un peu inquiet. Il n'aimait pas être loin de son fils, même s'il savait qu'il pouvait faire confiance à son frère. Marco avait assisté à la discussion avec un petit sourire attendri. Ace était vraiment adorable, et avec Haiko ils formaient une petite famille soudée. Peut-être aura-t-il la chance d'en faire un jour partie.

-On y va, proposa-t-il.

Il ne leur fallut que quelques minutes en voiture pour rejoindre le restaurant. Avec l'aide de Shanks, Marco avait pu réserver une table dans un établissement ayant une assez bonne réputation. On y mangeait bien, à un prix correct. Pour un premier rendez-vous, c'était idéal. Marco voulait qu'Ace soit à l'aise. Ils s'installèrent à table et si la bonne ambiance du lieu l'aidait un peu, Ace se sentait quand même gêné. Ce n'était pas dans ses habitudes d'être timide comme ça, mais si Marco le remarqua, il ne lui en toucha pas un mot.

-Alors, commença le blond. Tout va bien au travail ?
-C'est plutôt calme en ce moment.
-C'est une bonne chose.
-Oui c'est vrai !

Ace commença à raconter, un peu timidement, une intervention qu'il avait dû faire il y a quelques jours de ça ; un incendie qui s'était étendu et qu'ils avaient passé plusieurs heures à éteindre. Marco l'écoutait avec attention, heureux de constater que le brun se détendait petit à petit. Il aimait son métier et le blond avait eu raison d'engager la conversation sur ce sujet.

Pendant plusieurs minutes, ils ne firent que raconter des anecdotes de leurs boulots respectifs. Ace était fasciné par les histoires de Marco, et le blond n'était pas peu fier d'être au centre de son attention. Et lui-même appréciait d'écouter Ace parler de ce qu'il faisait en tant que pompier. Le brun venait de terminer une anecdote sur une intervention qu'il avait faite lorsque leurs plats arrivèrent enfin.

-Une fois sur place, j'ai découvert que Luffy avait la tête coincée et que c'était Sabo qui avait appelé les pompiers.
-J'imagine la scène.
-Je peux te dire que je les ai bien engueulés !

Marco n'avait aucun mal à le croire, et il aurait sûrement fait pareil à sa place. C'était sa plus grande crainte en tant que policier : arriver sur une scène de crime et découvrir qu'un de ses proches était directement concerné. Ace leva alors un regard curieux vers lui.

-Tu as des frères et sœurs ?

Marco lui adressa un sourire amusé, avant de se pencher vers lui comme pour lui confier un secret.

-J'ai quatorze frères.
-Vraiment ?!

Marco acquiesça et Ace éclata de rire. Il avait du mal à imaginer ce que ça faisait d'avoir autant de frères. Avec Luffy et Sabo, il se faisait déjà beaucoup de soucis. Marco lui raconta des petites histoires amusantes sur chacun d'eux et Ace l'écouta avec attention. Il n'y avait aucun doute sur combien le policier aimait ses frères. Il avait les yeux brillants quand il parlait d'eux. C'était bien une chose qu'ils avaient en commun tous les deux.

-Vous n'êtes pas frères de sang n'est-ce pas, l'interrogea-t-il.
-Non, mais ça ne fait pas une grande différence pour moi.
-Alors... Tu as été adopté ?
-Eh bien...

Marco hésita un instant. Ses parents biologiques, c'était un sujet assez sensible pour lui. Mais après tout, ça ne lui ferait pas de mal de se confier pour une fois. Il savait que jamais Ace ne le jugerait. Voyant que sa question concernait un sujet sensible, Ace tendit la main pour prendre celle de Marco, la pressant doucement. Il allait changer de sujet pour le mettre à l'aise, mais le blond prit la parole en premier.

-Mes parents ne sont pas morts. Mais je ne leur ai pas parlé depuis des années.
-Pourquoi ?
-On ne s'entend pas vraiment, eux et moi.

Sa relation avec ses parents avait toujours été plutôt tendue. Il se sentait plus proche d'un autre homme, qu'il considérait plus comme son père. C'était un militaire vétéran qui avait recueilli Marco et bien d'autres enfants, les aimant comme s'ils étaient tous ses fils. Le blond se sentait bien avec eux et les considéraient tous comme sa famille. Il y avait tellement d'admiration dans ses yeux quand il parlait de lui. Ace se dit qu'il aimerait bien rencontrer cet homme.

-A ton tour, déclara soudain Marco. Parle-moi de ta famille.
-Elle n'est pas aussi grande que la tienne, plaisanta Ace.
-Ça n'a pas d'importance.

Le brun ne pouvait qu'être d'accord. Il avait peut-être une petite famille, sans aucun lien de sang, mais elle lui plaisait comme ça. Il raconta à Marco qu'il avait été recueilli alors qu'il n'était qu'un bébé par le grand-père de Luffy, un homme appelé Garp. Ce fut grâce à lui qu'il rencontra Sabo, puis Luffy. Leur relation ne fut pas toujours facile, et l'adaptation fut rude. Mais le temps et les épreuves les ont rapprochés, et ils ont fini par devenir frères envers et contre tout, en dépit de leurs origines différentes. Ils avaient alors grandi ensemble, élevés par une amie de Garp répondant au nom de Dadan, et Ace ne voulait même pas imaginer ce qu'aurait été sa vie sans eux. Bien sûr, il y avait aussi la personne la plus importante pour lui : son fils Haiko. Il était son rayon de soleil, la lumière qui l'a sorti des ténèbres. Sans Haiko, il n'aurait peut-être pas pu se remettre de son divorce.

-Je n'ai pas toujours été un ange, avoua Ace. Mais ils ne m'ont jamais tourné le dos malgré tout ce que j'ai pu dire ou faire.
-C'est ce qu'il y a de bien avec la famille, sourit Marco.

C'était la raison pour laquelle il ne considérait plus ses parents biologiques comme tel, mais il garda cette réflexion pour lui. La dernière chose qu'il voulait, c'était de détruire la bonne ambiance qui a doucement pris place pendant ce rendez-vous. Faisant tourner sa cuillère entre ses doigts, le menton appuyé sur son autre main, Ace laissa échapper un petit ricanement sans joie.

-Il faut bien réfléchir avant de faire entrer quelqu'un dans sa famille, souffla-t-il.
-Parfois, ça semble naturel, argumenta Marco.
-Tu as déjà aimé quelqu'un au point de le considérer comme tel ?

Marco n'avait pas vraiment besoin de réfléchir à cette question. Avait-il déjà aimé une personne au point de vouloir qu'elle fasse partie de sa famille ? La réponse lui semblait évidente et lui était venu rapidement et simplement. Il plongea ses yeux dans ceux d'Ace, amusé d'y déceler une petite lueur de curiosité. Apparemment le brun était très intéressé par ses histoires de cœur. Marco se demandait quelle allait être sa réaction une fois qu'il aurait répondu à sa question.

-Jusqu'ici je ne suis jamais vraiment tombé amoureux, avoua-t-il.
-Vraiment ?!
-Ça t'étonne à ce point ?
-Eh bien... Tu as forcément déjà éprouvé de l'attirance pour quelqu'un...

Marco acquiesça doucement, les yeux brillants. Ace sentit une intense chaleur dans son ventre alors qu'il rougissait. Il ne se souvenait pas avoir déjà été regardé comme ça par une personne auparavant. Il se retrouva sans voix devant une telle intensité. Lentement, Marco tendit le bras pour poser sa main sur celle d'Ace. Ce dernier sursauta au contact mais ne retira pas sa main pour autant. En fait, c'était plutôt agréable.

-Tu sais, reprit Marco, j'éprouve pour toi un certain intérêt, plus fort que pour n'importe qui. Je n'avais encore jamais ressenti ça.

Il caressa doucement la peau d'Ace avec son pouce. Il était totalement sincère avec lui. Marco avait lui-même était surpris par ces sentiments qu'il éprouvait pour le brun. C'était si étrange et en même temps si agréable. Il n'avait aucun doute : il était amoureux d'Ace. Il espérait avoir pu le lui faire comprendre. Il vit Ace rougir encore plus, avant de bouger ses doigts pour entrelacer leurs mains. Le jeune pompier avait compris et il avait pris une décision. Pour une fois, il allait écouter ses frères et se laisser tenter par le charmant policier.

Il verra bien où tout cela le mènera.

Quand ils quittèrent le restaurant plus tard dans la soirée, ils n'avaient pas vu le temps passer. Honnêtement, ils étaient tous les deux un peu déçus que ce soit déjà terminé. Marco raccompagna Ace chez lui, voulant profiter de chaque petite seconde qu'il pouvait passer avec lui. Ils s'arrêtèrent devant la porte et le brun se tourna vers lui pour lui adresser un sourire sincère.

-Merci pour cette soirée.
-Merci à toi d'avoir accepté. Oserais-je espérer obtenir un deuxième rendez-vous avec toi ?

Marco avait dit ça pour plaisanter, et ne s'attendait pas vraiment à une réponse positive. Pourtant, il vit un sourire espiègle apparaître sur le visage d'Ace. Ce dernier fit mine de réfléchir quelques secondes avant de déclarer d'un ton amusé.

-Pourquoi pas.

Ace lui souhaita ensuite bonne nuit et se réfugia dans sa maison, les joues rouges. Il l'avait fait. Il avait accepté un deuxième rendez-vous avec Marco. Le plus important, c'était qu'il ne le regrettait pas. De l'autre côté de la porte, le blond s'éloignait lentement, un sourire sur les lèvres. Il avait hâte de profiter d'une autre soirée avec Ace. Ils étaient tous les deux si heureux que le reste n'avait plus d'importance.

Et aucun des deux ne remarqua l'ombre qui les avait espionné, et qui s'enfuit rapidement dans la nuit.


Law était certain qu'il y avait des personnes dans ce monde qui adoraient prendre les gens pour des cons.

Il faisait nuit, et Kid était rentré du travail depuis des heures maintenant. Pourtant, il avait reçu un appel pour une demande urgente. Law n'était pas surpris d'apprendre que le client était Porche, qui avait apparemment un problème avec sa voiture et qui voulait que Kid vienne chez elle pour y jeter un œil. Pensait-elle que Law était assez stupide pour croire à un mensonge pareil ? Si sa voiture avait un problème, elle aurait pu l'emmener au garage le lendemain. Elle n'en avait pas besoin à cette heure !

-Je vais aller voir, déclara Kid.
-Tu n'es pas sérieux, protesta Law.
-Pourquoi ?
-Ce n'est pas ton travail ! C'est Franky qui se déplace chez les gens !

Kid leva les yeux au ciel. Quelle qu'en soit la raison, Law semblait haïr cette fille. Le médecin insista, disant que Porche avait de mauvaises intentions et qu'il ne devait pas y aller. Kid le trouvait ridicule mais en même temps vraiment mignon à être inquiet pour lui. Bien qu'il n'y ait pas vraiment de raison... Si Porche essayait de lui faire du mal, elle se briserait sûrement les os de la main en voulant le frapper. Et puis, il avait beau se plaindre, ça restait son travail.

-C'est moi qui ai réparé sa voiture, expliqua-t-il. C'est normal que ce soit moi qui aille voir quand elle a un problème.
-Pourquoi elle aurait besoin de sa voiture à une heure pareille ?
-Peut-être qu'elle est insomniaque et qu'elle veut essayer de s'endormir après avoir fait un tour.
-Elle a des jambes. Elle n'a qu'à marcher.

Au pire, elle n'avait qu'à se faire une tisane, comme tout le monde, et elle arrêtera de faire chier les gens ! Elle peut même s'assommer toute seule en se frappant le front contre un mur, pour peu qu'il s'en soucie ! Il croisa les bras sur son torse obstinément, défiant Kid de même franchir la porte de cette maison. Malheureusement pour lui, son regard noir n'avait aucun effet sur son fiancé.

-Tu es paranoïaque, soupira Kid. J'y vais et puis c'est tout !

Law était en colère. Cette fille avait réussi à manipuler Kid. Le roux était trop simple d'esprit, c'était couru d'avance. Il n'y avait aucune chance qu'il puisse comprendre ce qu'elle manigançait. Mais Law, lui, n'était pas dupe ! Il n'allait pas la laisser faire ce qu'elle voulait avec ce naïf petit Kid. Il l'avait pourtant prévenu ! Elle n'avait pas compris que Law était quelqu'un qu'il ne fallait surtout pas contrarier. Elle ne l'a pas écouté, c'était son problème !

Si elle voulait jouer à ça, il allait lui montrer ce que voulait vraiment dire "jouer au con".

-Kid...
-Quoi encore ?
-Je viens avec toi.
-Hein ?!

Accompagner Kid pour faire des réparations était ennuyeux. Rester planté comme une carotte dans un potager, pendant que le roux travaillait, et n'avoir rien de mieux à faire que de le regarder et l'entendre marmonner comme s'il pouvait même comprendre ce qu'il disait ; c'était une perspective qui ne l'enchantait guère. Mais voir le visage de Porche se décomposer quand elle l'aperçut devant chez elle était beaucoup trop plaisant. Il ne put s'empêcher de sourire méchamment alors qu'elle le fusillait du regard.

Elle les laissa entrer et les guida dans le garage, là où se trouvait sa voiture. Law la regarda des pieds à la tête. Elle était fort peu vêtue. D'ailleurs, n'était-elle pas trop jeune pour porter une nuisette aussi osée ? En tout cas, voilà une preuve supplémentaire qu'elle n'avait pas du tout l'intention de faire un tour en voiture ce soir.

-Merci d'être venu, déclara Porche.
-Law est venu aussi, dit Kid comme si ce n'était pas évident.
-Ce n'était pas la peine de te déranger.
-J'aime voir Kid travailler. Il n'y a rien de plus sexy.

À l'entente de ses mots, n'importe qui dans la situation de Kid aurait trouvé ça étrange. Ils étaient dans une fausse relation, et ce n'était pas le genre de Law de faire de tels compliments. D'autant plus qu'il ne l'avait jamais regardé travailler. Mais Kid, lui, était beaucoup trop fier. C'est vrai qu'il était plutôt beau gosse. Law le trouvait sexy ?! C'était assez flatteur... Il bomba le torse comme un coq de basse-cour et Porche serra les poings. Law lui adressa un sourire victorieux.

Sauf erreur de sa part, le score était maintenant de deux à zéro en sa faveur, non ?

-Alors voyons ce qui ne va pas.

Kid se dirigea à l'avant du véhicule et ouvrit le capot pour regarder le moteur. Porche restait près de lui, regardant chacun de ses faits et gestes. Law jeta un coup d'oeil à l'intérieur de la voiture. Il voulait découvrir ce que cette petite prétentieuse avait prévu et son instinct lui disait que la banquette arrière était un lieu à vérifier en priorité. Il ne s'était pas trompé.

En ouvrant la portière, Law a pu entendre une chanson plutôt explicite sur des choses que l'on pouvait éventuellement faire en voiture. Il aperçut également un plateau posé sur le siège avant avec plusieurs petits gâteaux disposés dessus, a portée de main, à côté d'une bouteille de champagne et deux flûtes prêtes à l'usage. Law en attrapa une, ainsi que la bouteille, puis se tourna vers Porche.

-C'est pour les insomnies ?
-Je pensais que Kid aurait faim ou soif. Le travail ça creuse !
-Je préfèrerai avoir une lampe torche, répliqua le roux, trop concentré dans ce qu'il faisait pour vraiment écouter.

Alors que Porche se lançait à la recherche d'une lampe torche, Law se servit une coupe de champagne. C'était peut-être un peu impoli, mais il s'en moquait. Cet alcool lui faisait bien envie, et puisqu'elle l'avait dérangé tard le soir, il n'allait pas se gêner. En plus, ce serait dommage de le laisser perdre. Bon, puisque Kid était trop occupé avec la voiture pour faire attention à Porche et sa dentelle, il pouvait bien aller inspecter la maison. Il quitta le garage et s'engagea dans un couloir avant de se diriger vers la chambre. Comment il savait où se trouvait la chambre ? Simple.

Il n'avait qu'à suivre les pétales de roses sur le sol.

Law eut soudain une pensée qui le fit rire intérieurement. A supposer que le plan de Porche ait marché, qu'il n'était pas venu et que Kid ait répondu à ses avances disgracieuses ; son cher fiancé se serait probablement éclaté le coccyx en glissant sur les pétales de roses. La vision mentale était assez drôle mais il devait reprendre ses esprits. Il s'égarait beaucoup trop. Il ne devait pas se détourner de son objectif principal.

En entrant dans la chambre, il remarqua immédiatement toute la préparation de Porche pour cette soirée. Il y avait encore d'autres pétales jusque sur les draps de soie qui ornaient le lit. Des bougies étaient disposées un peu partout dans la pièce, offrant à la pièce une ambiance romantique. Sur la table de chevet, il y avait une boîte pleine de chocolats en forme de cœur, prête à être dégustée. Law ne voulait pas savoir ce qu'elle avait prévu de faire exactement. Il s'approcha et en prit un entre ses doigts.Gâteaux dans la voiture et chocolat ici ; pas de doute, elle a compris que Kid était un daleux.

-Il est temps de s'occuper de tout ça.

Law ne perdit pas de temps et se mit au travail. Armé d'un aspirateur qu'il avait trouvé dans un placard, il se débarrassa de toutes les pétales de roses tout en mangeant les chocolats qui étaient dans la boîte. Ils étaient bons en plus ! Après ça, il trouva un verre dans la cuisine. Une salle de bain était directement reliée à la chambre, ce qui était plutôt pratique pour les aller-retours. Il versa un verre d'eau entier sur chacune des bougies, puis il épongea ce qui avait coulé par terre avec les draps de soie qu'il jeta ensuite par la fenêtre.

Maintenant, ça faisait trois à zéro en sa faveur.

-Ça, c'est fait...

Trouvant un papier et un stylo, il laissa à l'intention de Porche un joli petit message. Après tout, elle n'était pas une lumière. Elle risquait de recommencer à inviter Kid à l'avenir. En lui adressant ce petit mot empli d'un vocabulaire coloré tel un arc-en-ciel dessiné par un bambin de maternelle, il était sûr de ne plus jamais entendre parler d'elle. Il prit soin de ne pas signer le mot et quitta la chambre comme si de rien n'était. Pas de caméras, pas de preuves. Il était vraiment fier de lui. Il retourna dans le garage, le dernier chocolat de la boîte encore dans sa main.

-J'ai fini, annonça Kid. Elle devrait fonctionner maintenant.
-Merci beaucoup, s'exclama Porche en battant des cils.
-Ça mérite une récompense, sourit Law.

Il s'approcha d'eux et tendit le chocolat à Kid. Ce dernier ne réfléchit pas vraiment, se penchant par réflexe pour le prendre directement avec sa bouche. Il fredonna de contentement, aimant le goût, avant de commencer à ranger ses outils. Law se tourna vers Porche avec un air suffisant. Vu l'expression de la jeune femme, il venait de faire avec Kid exactement ce qu'elle avait prévu. En se retournant, Kid fut surpris de voir Porche fixer Law avec haine tandis que ce dernier avait un sourire satisfait. Il s'approcha de son fiancé et glissa un bras autour de sa taille pour attirer son attention.

-On y va ?
-Oui. Au revoir Porche.
-Au revoir, répondit cette dernière avec un sourire légèrement crispé.

Sur le trajet du retour, Kid hésitait à parler à Law de son étrange comportement. Mais il le voyait rarement aussi heureux, alors il décida de ne pas commenter. Il aimait vraiment quand Law souriait, alors autant en profiter. Ça arrivait si peu souvent, et Kid trouvait ça vraiment dommage. Law était toujours froid avec les autres, même avec lui. Il ne montrait jamais aux autres ce qu'il ressentait, quand quelque chose le blessait ou quand il était heureux. Kid ne savait pas pourquoi il était aussi renfermé, alors chaque occasion qu'il avait de le voir exprimer quelque chose, il la saisissait.

Après tout, Law était si beau quand il souriait.


Dans chaque film évoquant le cruel monde du travail, on retrouvait ce cliché de l'homme ambitieux et impitoyable qui était prêt à tout pour atteindre son objectif. Tous les moyens étaient bons pour lui, il ne se souciait pas de la morale, encore moins des autres. C'était chacun pour soi sur la route de la réussite. On sautait moins bien par-dessus un obstacle si l'on devait porter quelqu'un sur son épaule, c'était un fait. Et ça, Spandam le savait.

Certes, il n'était pas le PDG d'une grande entreprise de voiture, ou d'une grande chaine de restaurant, mais il était à la tête d'un campus assez réputé dans le pays, et il estimait que ce n'était déjà pas rien. Il n'avait jamais vraiment aspiré à quelque chose dans le genre, mais il y avait pire dans la vie : il aurait pu se retrouver à donner des cours, par exemple. Venir tous les jours pour dispenser à des gamins un cours dont ils se contrefoutent autant que la moyenne de bougies parfumées vendues par an à Ikea : non merci ! Peut-être que ça intéressait des gens, mais en général pas grand monde. En plus, un professeur était censé "accompagner l'enfant dans son apprentissage en adaptant ses méthodes de travail à sa façon de fonctionner dans le but de lui inculquer le savoir indispensable à son bon développement". C'était là les mots de tous les professeurs qu'il a eu durant ses études, et aussi de la plupart de ses collègues. Seuls ceux qui n'avaient jamais eu envie d'exercer ce métier pouvaient comprendre son opinion. En quoi c'était leur faute si les gosses ne parvenaient pas à s'adapter au système scolaire ? Ils n'avaient qu'à pas aller à l'école, alors.

Bon, il n'était sans doute pas très objectif dans la mesure où il appréciait peu les enfants. Il n'avait jamais eu envie d'en avoir ; son propre fils lui était un peu tombé dessus. Il avait aimé Ace dès le début, mais si on lui demandait, il dirait que leur couple avait débuté son déclin lorsque le brun lui avait appris qu'il attendait un enfant. Il aurait presque préféré qu'il lui annonce qu'il n'était pas le père ; il aurait été plus facile de le quitter. Il faisait croire le contraire, mais divorcer avec Ace n'avait pas été facile à supporter. Il lui avait fallu faire un choix, et l'enfant avait dicté sa décision finale. Il ne pouvait pas être père, c'était impensable. En dehors du fait qu'il n'était pas bien avec les bambins : quel genre de père pourrait-il bien être pour ce gosse ? Non, il se porterait définitivement mieux sans lui. Voire avec un autre deuxième père. Peut-être ce policier de l'autre fois... Dire qu'Ace s'était remis avec quelqu'un !

Spandam souffrait tant de sa solitude ; il avait besoin que quelqu'un l'aime à nouveau. À titre d'exemple, une femme belle et sensuelle, à la longue chevelure brune et aux yeux d'un bleu océan qui vous plongeait dans un rêve intense, aux formes généreuses, et pas déjà mariée à un mécano.

Eh bien, rien n'était parfait.

Néanmoins, Nico Robin répondait à la majorité de ses critères. Il serait bien idiot de laisser passer sa chance. Les occasions étaient faites pour être saisies, ça aussi il le savait ; c'était sa philosophie de vie.

Ah, qu'il avait l'air puissant à regarder le campus depuis la fenêtre de son bureau ainsi. Dommage que personne ne puisse le voir.

Des coups à sa porte le sortirent de ses pensées, tandis qu'un fin sourire prenait place sur ses lèvres. Il s'assit à son bureau, prenant un stylo en main, et prit sa voix la plus sérieuse possible pour déclarer :

-Entrez.

La porte s'ouvrit la seconde suivante, et Robin pénétra dans la pièce. Il l'avait fais venir dans l'espoir d'avoir une sérieuse discussion avec elle. Il ne voulait plus perdre de temps et aller droit au bout. Il fallait dire qu'il n'avait pas dragué depuis des années, aussi sentait-il qu'il ne parvenait pas à lui envoyer les bons signaux sur ses intentions. S'il les clarifiait, elle saurait alors qu'elle n'aurait pas à retenir ses pulsions à son égard. Tout irait mieux dans le meilleur des mondes !

-Vous m'avez demandé, Monsieur.
-En effet. Je vous en prie, asseyez-vous.

Il désigna la chaise face à son bureau d'un geste nonchalant de la main droite. Elle lui répondit d'un signe de tête et prit place. Elle dû se retenir de rire en constant que, bien qu'il avait un stylo en main, il n'y avait aucune feuille ni aucun dossier face à lui. Ce ne devait sans doute pas être très pratique pour travailler.

-J'espère ne pas vous déranger, dit-elle pour plaisanter.

Il la rassura en riant, visiblement sans comprendre son sarcasme. Si Nami était là, elle lui apprendrait sans doute de nouveau synonymes de l'adjectif "idiot".

-Que puis-je pour vous ? Avez-vous à nouveau besoin de mon aide ?
-Non, je souhaitais m'entretenir avec vous d'un sujet plus privé. D'ailleurs, nous pourrions nous tutoyer.
-À ta convenance.

Le sourire de Spandam s'agrandit, et il se leva pour aller s'appuyer tout contre le bureau, en face de la brune. Les bras croisés sur son torse, il tourna la tête d'un mouvement se voulant séduisant, faisant de son mieux pour ne pas réagir lorsqu'une de ses mèches ne trouva rien de mieux à faire que de se loger dans son œil. Par compassion, Robin ne le lui fit aucune remarque. Elle était cependant curieuse de savoir de quoi il voulait lui parler, bien qu'elle pensait avoir une petite idée. Elle pressentait même qu'elle n'allait pas se tromper.

-Vois-tu Robin, on ne peut jamais vraiment savoir ce que la vie nous réserve.
-En effet.
-On ne peut pas prédire les rencontres que nous ferons, ni de quelle nature seront les liens que nous tisserons avec les gens.

Il marqua une pause pour le suspense ; elle ne bougeait pas, sans doute intriguée par son discours. Il était sûrement sur la bonne voie pour la séduire. Confiant, il reprit la parole.

-Le fait est qu'à notre première rencontre, j'ai tout de suite senti que tu étais une femme exceptionnelle. Je ne pensais cependant pas que nous pourrions tous les deux en arriver à un tel stade. Or cette perspective ne peut que me...
-Avec tout le respect que je te dois, j'ai bien peur qu'il y ait un malentendu.

Surprit, Spandam sursauta et manqua tomber du bureau. Il ne s'était pas attendu à ce qu'elle prenne la parole aussi subitement, alors qu'il n'avait qu'à peine débuté son numéro de charme. Elle resta imperturbable et le regarda comme si elle attendait de voir s'il avait compris ce qu'elle lui avait dit. Il cligna des yeux et reprit contenance, fronçant très légèrement les sourcils.

-Eh bien, je...
-Je suis une femme mariée.
-Oui, je sais bien.
-Et j'aime mon époux. Il est l'homme de ma vie et je ne veux personne d'autre comme je le désire lui.

Il déglutit ; impossible de la contredire. Elle avait dans son regard quelque chose qui brillait lorsqu'elle parlait de Franky, quelque chose qui laissait entendre qu'elle ferait regretter à quiconque dirait du mal de lui. Se serait-il trompé l'autre jour ? Serait-il possible que leur amour, aussi datant fut-il, puisse être encore aussi fort qu'au départ ? Était-il même pensable que rien ne fut en mesure de briser leur lien ?

-Tu as raison Robin, je me suis un peu égaré.
-Je ne t'en veux pas.
-Je tâcherai de faire en sorte que ce genre de choses ne se reproduise plus à l'avenir.

Il s'écarta d'elle, retournant derrière son bureau. Il faisait face à sa collègue, mais évitait de la regarder dans les yeux. Il voulait garder contenance, mais ce qui venait de se passer restait gênant.

-Tu peux disposer.
-Dans ce cas, je te laisse.

Elle le salua d'un léger signe de main, et ne perdit pas de temps à quitter le bureau. Elle ferma la porte derrière elle, et tandis qu'elle se dirigea vers le prochain amphithéâtre dans lequel elle devait dispenser un cours, elle décida de garder pour elle ce qui venait de se passer, et de ne le raconter à personne. Elle n'en voyait pas l'utilité.

Spandam restait un moment comme sans vie, puis au bout de quelques minutes, il se remit à bouger de nouveau. Il se dirigea vers son manteau accroché à une patère sur le mur à gauche de la porte d'entrée, et se saisit de son portefeuille qui se trouvait dans une des poches intérieures. Il l'ouvrit, se saisit d'une petite carte de visite qui y était rangée, puis le remit à sa place. Il retourna à son bureau et se saisit du téléphone posé dessus, composant le numéro sur la carte. Il retentit deux sonneries avant que la personne au bout du fil ne décroche.

-Allô ?
-C'est moi. J'ai besoin de tes services.


Après avoir jeté un dernier coup d'œil au message envoyé par son mari, Sanji termina de boutonner son manteau et sortit de chez lui, le sourire aux lèvres. Aujourd'hui, Usopp ne venait pas travailler, mais comme Sanji avait émis le souhait de voir ses œuvres, l'artiste l'avait invité chez lui pour les lui montrer. Le blond avait attendu toute la matinée l'occasion de pouvoir s'y rendre, et voilà qu'enfin l'heure était venue !

Étant donné la teneur du message envoyé par Shuraiya, ça pouvait paraître étonnant qu'il en soit à ce point ravi ; depuis la découverte de la lettre, Sanji avait insisté auprès de lui pour avoir la vérité sur le motif de ses absences. Il tenait à savoir si c'était vraiment dans le cadre de son travail, ou bien s'il allait voir quelqu'un d'autre. Il estimait que c'était là le minimum. Et actuellement, il était avec l'une de ses maîtresses et ne serait pas de retour avant au moins trois heures. Étant donné qu'il valait mieux que Shuraiya ne sache pas qu'il allait voir Usopp, trois heures ne seraient certainement pas de trop pour qu'il puisse profiter à fond de cette occasion.

Il était cependant un peu nerveux de pénétrer ainsi dans l'intimité de son ami, d'autant plus qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il allait y découvrir. En effet, pour lui, l'intérieur d'une maison reflétait en partie la personnalité et le bien-être de son propriétaire. Une demeure mal entretenue était la preuve d'un homme désorganisé, ou mal dans sa peau. D'un autre côté, si tout était trop impeccable et parfaitement rangé au millimètre près, on pouvait là aussi en tirer quelques conclusions. Tout était bien sûr relatif.

Quoi qu'il en fut, il était intrigué par l'image que le domicile d'Usopp allait renvoyé de lui. Vu de l'extérieur, elle ressemblait à toutes les autres du quartier, quoi qu'un peu plus petite que certaines. Le jardin était bien entretenu, et s'il pouvait se vanter d'avoir de bonnes connaissances en botanique, il y avait certaines plantes qu'il ne parvenait à reconnaître d'un simple coup d'œil. Visiblement, son ami avait la main verte.

Il arriva enfin devant la porte à laquelle il toqua avec toute sa classe naturelle en dépit de son empressement. Il perçut des bruits sourds de l'intérieur, comme si Usopp s'empressait de remettre de l'ordre dans ses affaires, ou bien comme s'il avait été brusquement réveillé et était tombé par terre, bien qu'il y aurait sûrement eu un cri dans ce cas. Enfin, la porte s'ouvrit sur un Usopp souriant avec joie qui avait visiblement été tout aussi impatient de cette visite.

-Sanji, salut !
-Salut, j'espère que je ne te dérange pas.
-Non non, pas du tout voyons ! Je t'en prie, entre !

Il s'écarta quelque peu pour laisser Sanji entrer. Le blond le remercia d'un sourire et entra, laissant son ami fermer la porte dans son dos. Immédiatement, il détailla les alentours à la recherche de chaque détail qui pourra l'aider à en apprendre plus sur Usopp. Ce dernier lui proposa de lui faire visiter en plaisantant sur le fait que ça ne serait pas très long ; Sanji accepta. La demeure est assez ancienne, et n'était composée que d'une chambre, une salle de bain, une cuisine ouverte sur un séjour, et un bureau que le brun utilisait comme studio pour son travail. C'était petit mais cosy ; tout était propre et organisé, ce qui devait bien aider à rendre la vie ici agréable. C'était bien plus chaleureux que sa grande maison glaciale où il était souvent seul. Tout de moins jusqu'à l'arrivée d'Usopp dans sa vie.

Usopp ouvrit la porte du bureau et invita Sanji à pénétrer dans la pièce, ce qu'il fit rapidement, curieux de voir les œuvres de l'artiste.

-Je n'ai pas les moyens d'avoir un atelier ailleurs, c'est pour ça que je travaille ici. Ça va bien, mais quand je vends peu, les tableaux s'accumulent et ça prend de la place.
-Tu ne peins que pour des clients, ou tu fais aussi des œuvres pour toi ?
-Je le fais aussi beaucoup pour moi. J'ai une grande imagination, et souvent, si je ne dessine pas ce à quoi je pense, ça va m'obnubiler pendant longtemps.
-Quelles sont tes sources d'inspiration ?

Sans que Sanji ne sache pourquoi, sa question avait fais fortement rougir Usopp, qui détourna le regard pour répondre.

-Eh bien, soit je m'inspire de ce que je vois au quotidien, par exemple dans notre quartier, soit je puise mes idées dans les histoires que j'invente.
-Comme celles que tu me racontes ?
-Oui, et d'ailleurs, certaines de celles que je t'ai racontées sont illustrées !
-Je peux les voir ?

Usopp acquiesça et alla chercher quelques tableaux qu'il avait mis de côté dans un coin. Sanji le remercia en les prenant, et tandis qu'il les observait tour à tour, le brun se triturait les doigts avec anxiété. Ce travail était très personnel, contrairement à ce qu'il peignait sur les murs de Sanji et Shuraiya. Il espérait vraiment que son ami allait aimer. Il n'osait pas le regarder dans les yeux, mais s'il l'avait fait, il n'y aurait vu que de l'admiration.

-C'est incroyable ! Tu as vraiment beaucoup de talent !
-Tu aimes bien ?
-Oui. Tu as un style unique, mais tu arrives à représenter n'importe quoi, c'est fou.

Chaque tableau avait sa propre atmosphère : légère, anxieuse, joyeuse, lourde... Les personnages, les créatures, les décors ; chaque détail rendait une œuvre singulière, et attisait la curiosité du spectateur qui mourrait d'envie de savoir quelle était l'histoire derrière.

Il s'attarda plus particulièrement sur le dernier tableau : il représentait une femme plutôt menue, à la peau très pâle, aux cheveux blonds mi-longs, qui portait une longue robe de soie blanche. Tout autour d'elle était d'un bleu très foncé. Elle commençait à se briser sur le côté gauche, du côté du cœur, éclatant en des centaines de petits morceaux, mais même si elle pleurait, il y avait un sourire des plus lumineux à ses lèvres. Dès le premier coup d'œil, Sanji sentit qu'il y avait des sentiments incroyablement puissants derrière cette œuvre.

-J'aime beaucoup celui-ci, dit-il.
-Moi pas trop, marmonna Usopp.
-Ce n'est pas le tableau que tu n'aimes pas, mais ce qu'il veut dire.

Usopp ne répondit rien, mais il avait raison. Pour détendre à nouveau l'atmosphère, Sanji voulut faire une blague, dont il ne savait pas si elle marcherait vraiment, mais quand il leva les yeux, quelque chose attira son attention. Il posa doucement le tableau de la femme sur un chevalet, et s'approcha d'un autre projet caché par un drap. Usopp ne comprit que trop tard son objectif et ne parvint pas à l'empêcher de retirer le tissu pour dévoiler ce qu'il s'y cachait en-dessous. Lorsqu'il le vit, Sanji en eut le souffle coupé par la surprise, mais surtout par l'émerveillement.

-C'est...c'est moi...
-Oui mais...il n'est pas encore fini ! Je sais que j'aurais dû te demander ton autorisation avant de le faire mais...
-Calme-toi, je ne te reproche rien. Je suis flatté, à vrai dire.

Si on lui avait dit un jour qu'il serait pris pour modèle par un artiste, il n'y aurait pas cru. Il avait sans doute du charme, mais il ne trouvait pas qu'il avait plus d'intérêt qu'un autre. Sur cette œuvre inachevée, il semblait être assit à sa terrasse, une cigarette tenue entre son index et son majeur, le regard perdu dans l'horizon. Il s'en dégageait une aura de calme trompeur, de tourments réprimés, mais aussi une grande force. La puissance des émotions de ce travail pourtant non-fini est étonnante.

-Est-ce qu'il y en a d'autres ?
-Je n'ai fais qu'une seule peinture...pour le moment. Mais je t'ai beaucoup dessiné !

Usopp se saisit d'un porte-vues sur son bureau et le tendit timidement au blond, qui le prit doucement et commença à tourner les pages. Il y avait de nombreux croquis.

-En ce moment, c'est toi ma principale source d'inspiration.
-Vraiment ?
-Je trouve ça fascinant de te représenter. Tu as un visage séduisant, et tout chez toi est parfaitement proportionné. Tu dégages une classe certaine, et il y a tellement d'expressions magnifiques chez toi. Tu es le modèle parfait à mes yeux.

Sanji lui sourit, véritablement touché par ces mots qu'il n'avait jamais entendus auparavant, mais qui faisaient pourtant tellement de bien. Cependant, il n'était pas tout à fait d'accord avec lui.

-Tes dessins font pourtant ressortir mon plus gros défaut.
-Défaut ? Lequel ? Je t'assure qu'il n'y a rien de moche chez toi ! Je ne dis pas ça en tant qu'ami !
-Si, regarde bien mes yeux. Ils ne brillent pas comme ceux des personnages sur tes autres tableaux.

Il tapota du bout du doigt un croquis qui justifiait ses dires.

-Je ne suis pas heureux, c'est ça le défaut.
-Ils brillent, parfois.
-Je ne pense pas. Mon regard n'a pas l'air d'en être capable.
-Tu n'en as juste pas conscience ! Tiens, regarde !

Rapidement, il tourna les pages, sachant précisément quel dessin il fallait lui montrer. Quand il le trouva, il le sortit de sa pochette et le montra à Sanji ; sur ce croquis, il était en train de cuisiner, quelque chose de tout simple, et non pas pour une occasion particulière. Ce n'était qu'un acte banal ; il reconnaissait ce moment. C'était il n'y a pas si longtemps que ça, d'ailleurs.

-Regarde bien tes yeux sur celui-ci Sanji ! Ils brillent toujours lorsque tu es aux fourneaux !

En comparant les deux œuvres, le blond constata que c'était vrai. Il y avait dans ses yeux une étincelle qu'il ne soupçonnait pas, mais qu'Usopp avait vu, et avait fait ressortir par des traits de crayon. En fait, il était le seul à vraiment bien mettre en avant ce qu'il avait de bien dans sa vie. C'était lui aussi qui le faisait briller de bonheur.

-Ce dessin est mon préféré.
-Rien qu'à cause de mes yeux ?
-Je sais que ce n'est pas toujours facile de vivre son rêve. Moi j'ai de la chance de pouvoir le faire, même si ce n'est pas la profession qui rapporte le plus. Mais c'est tellement mieux quand on vit ses rêves, et chez toi, ça se voit vraiment ! J'aimerais que le monde entier puisse voir comment tu es quand tu cuisines !

Par "monde entier", il entendait surtout "Shuraiya". Sanji savait que c'était une cause perdue d'avance, car son mari ne lui permettrait jamais de suivre cette voie. Par pure méchanceté ou par possessivité, il ne voulait pas savoir.

-Moi, poursuivit Usopp, je gagne peu mais je m'en contente. Parce que ce n'est qu'un petit prix à payer pour vivre heureux.
-Il faudrait que tout le monde pense comme toi.
-Peu de personnes avant toi m'ont complimenté pour mon art. Ça m'a vraiment fait du bien de te le montrer aujourd'hui.
-Tu as du talent.
-Toi aussi ! Je n'ai jamais mangé de la cuisine comme la tienne ! Ce don que tu as ne devrait pas être réservé à ton mari ! Ni même à moi ! Le monde devrait pouvoir en profiter, ce serait du gâchis sinon !

Sanji sentit une forte vague d'émotions s'emparer de lui. Comment Usopp faisait-il pour qu'à chaque mot prononcé, il fasse croire à Sanji qu'il avait de la valeur ? Pourquoi diable ne l'avait-il pas rencontré plus tôt ?!

-Merci pour tout Usopp.
-Je suis très sincère.
-Mais ton opinion n'est pas celle de Shuraiya. Je dois me résigner à ce que ma vie ne change jamais, parce que tant qu'il sera là, je ne vivrai aucun rêve.

Il secoua la tête, et commença à remettre le dessin dans sa pochette. Mais Usopp l'arrêta en prenant sa main dans la sienne, reprenant le porte-vues de l'autre.

-Garde-le.
-Mais...c'est ton préféré.
-C'est justement pour ça que je serai heureux que tu l'ais. Il représente l'espoir qu'un jour, ton rêve le plus cher se réalise.

Une larme coulant sur sa joue, Sanji le remercia, et serra le dessin contre son cœur. Durant le temps qu'il leur restait, ils discutèrent de tout et de rien, rirent et apprirent à se connaître. Et lorsqu'il rentra chez lui, Sanji cuisina avec d'autant plus de passion, testant une nouvelle recette qu'il ferait goûter à Usopp le lendemain lorsqu'il viendrait poursuivre son travail dans son salon.

Il cacha le dessin parmi ses magazines de cuisine pour pouvoir toujours avoir près de lui le rappel constant qu'il doit réaliser, non pas un, mais la totalité de ses rêves. Il en aurait peut-être la force, un jour, grâce à cette preuve d'affection insoupçonnée qu'il cherchait depuis trop longtemps. Il était bien content d'avoir passé du temps avec Usopp.

Ça lui avait permis de s'apercevoir que son appel à l'aide avait été entendu.


En début d'après-midi, en sortant du bâtiment de l'Université où elle venait de dispenser un cours, Nami fut très heureuse de voir Vivi l'attendre sur le parking. Oubliant sa fatigue, elle courut la rejoindre, et une fois à sa hauteur, elle lui donna un amoureux baiser sur les lèvres.

Aujourd'hui, elles avaient décidé de sortir faire une virée shopping tout en discutant des derniers changements survenus dans leur quartier. Elles faisaient ça de temps en temps, aimant se rapprocher et passer du temps rien que toutes les deux hors de chez elles. Cependant ce jour-là, elles avaient aussi un autre objectif : trouver une belle robe pour Vivi, qui devait bientôt accompagner son père à un gala de charité. Ayant des copies à corriger, Nami ne pouvait malheureusement pas y aller avec eux, mais Cobra était déterminé à l'inviter au prochain.

Au centre commercial, elles se rendirent dans un magasin assez réputé pour ses belles créations à un prix tout à fait abordable. Elles passèrent une dizaine de minutes à chercher dans les rayons, trouvant quelques modèles qui feraient l'affaire. Direction ensuite les cabines d'essayage afin de déterminer laquelle saurait le mieux mettre Vivi en valeur. Elle choisit un premier modèle et entra dans une cabine, tirant sur le rideau tandis que Nami prenait place dans l'un des confortables fauteuils juste en face.

-Qui aura-t-il à ce gala, Vivi ?
-Oh tu sais, c'est globalement toujours les mêmes qui viennent.
-Tu crois que Shuraiya et Sanji y seront ?
-Je n'ai rien entendu de tel, mais ça reste une possibilité.

Vivi aimerait bien que Sanji vienne afin qu'ils se tiennent compagnie, puisqu'ils se voyaient assez peu. Mais d'un autre côté, ce genre de soirée devenait un calvaire pour lui dès lors que son mari ouvrait la bouche. S'il pouvait rester chez lui, mieux valait qu'il le fasse.

-Tu as eu des nouvelles de lui depuis la dernière fois.
-De la part d'Usopp, oui.
-C'est vrai qu'il a trouver du travail chez lui.
-Ils sont souvent ensemble, c'est une bonne chose. Ils étaient si seuls...
-Peut-être qu'ils vont débuter quelque chose...

Ça ne lui semblait pas une mauvaise idée. Sanji avait bien besoin de se débarrasser de son mari. Usopp n'était pas le meilleur parti, mais lui au moins était gentil et affectueux. Il allait falloir qu'elle garde un œil sur cette évolution.

-En tout cas, les voisins commencent à parler d'eux, constata Nami.
-J'espère que ça ne mettra pas Shuraiya en colère...ils n'ont pas besoin de ça.
-Si les commères savaient être discrètes...
-Depuis l'arrivée de Luffy, il y a de plus en plus de rumeurs qui circulent, je trouve.

Elle reposa la robe, peu satisfaite du rendu, et tenta sa chance avec une autre. Elle repensa à l'arrivée de Luffy dans le quartier, et à la fête donnée en son honneur. C'était à ce moment-là que les affamés à la recherche de rumeurs croustillantes avaient pu trouver quelque chose à se mettre sous la dent. On trouvait dans chaque quartier des gens qui aimaient trouver le moindre prétexte, le moindre geste, le moindre "indice" pour conjecturer sur la vie des autres. Sans doute pour faire passer leur propre vie comme normale.

-D'ailleurs, sourit Nami, j'ai entendu quelque chose d'intéressant au sujet de Luffy !
-Ah oui ?
-Apparemment, on l'a souvent vu en compagnie de Roronoa Zoro.

Les sourcils froncés par la perplexité, Vivi sortit sa tête de la cabine, adressant un regard curieux à sa petite-amie.

-Le policier ?
-Ce mystérieux homme aux cheveux verts que personne ne connaît vraiment. Ils auraient eu un rencard ensemble.
-Ils seraient plutôt mignons ensemble !
-Je suis de ton avis ! Et vu le caractère de Luffy, ça permettrait peut-être à cet agent solitaire de s'ouvrir un peu...

Être en couple changeait forcément les gens. Pour Nami, c'était même une façon de savoir si la personne à nos côtés était la bonne. Si elle faisait de nous une bonne personne, heureuse et aussi aimante qu'aimée, alors c'était définitivement celle qu'il nous fallait. À l'inverse, si elle nous rendait malheureux et aigri, voire invivable, c'était une relation néfaste à laquelle il fallait mettre fin immédiatement. De plus, il ne fallait pas voir le changement d'une mauvaise façon. On devait devenir meilleur sans devenir quelqu'un d'autre. Le dosage n'était pas toujours facile ou juste, mais il était en tout cas nécessaire.

Heureusement, Vivi opérait chez elle de bons changements, et elle souhaitait que cela ne s'arrête jamais.

-Et pour les frères de Luffy ? Tu sais s'ils ont quelqu'un en vue Nami ?
-Je pense que non pour Sabo. Ace en revanche...
-C'est vrai ?!

Vivi sortit une deuxième fois son visage de derrière le rideau, cette fois-ci en souriant.

-Ace à trouvé quelqu'un ?!
-Ça serait en bonne voie avec Marco, rit Nami. De ce que j'ai entendu dire.
-Tu entends beaucoup de choses.
-Je perçois les rumeurs, mais je ne les fais jamais passer. Je ne les lance pas non plus, je veux juste me tenir informé.

Elle savait qu'elle était elle-même le sujet de certaines rumeurs et commérages, mais puisqu'elle savait la vérité, elle préférait ne pas s'en soucier. Elle ne connaissait pas une personne de ce quartier sur qui on ne parlait pas de toute façon.

-Quoiqu'il en soit, ils seraient allés l'un chez l'autre à plusieurs reprises.
-Oh, j'aimerais que ça marche pour Ace ! Il a besoin d'une vraie histoire d'amour, après Spandam...
-C'est clair qu'il doit passer à autre chose. Et d'après Shanks, Marco est un bon gars. De toute façon, on veillera sur Ace, nous ! Il ne se mettra pas avec n'importe qui.

Tirant le rideau, Vivi sortit de la cabine et s'approcha de Nami. La rousse se leva, stupéfaite par la vision de sa petite-amie dans cette robe ; elle était tout simplement sublime. Le vêtement descendait jusqu'à ses chevilles, était cintré à la taille et épousait les formes délicieuses de la jeune femme. Le décolleté n'était pas trop profond, juste ce qu'il fallait. Le rose pâle du tissu s'accordait parfaitement au teint de Vivi. Subjuguée, Nami n'entendit pas la réflexion de la belle bleue, qui avait à l'origine quittée sa cabine pour cela.

-Luffy et Ace se rapprochent tous les deux des collègues de Shanks. À mon avis, il n'est pas étrangé à tout ça.
-Vivi, on l'a trouvé !
-Pardon ?
-Regarde-toi !

L'agrippant par les épaules, Nami entraîna Vivi jusqu'à ce qu'elles soient en face du miroir pour qu'elle voit le résultat. Vivi sourit et se tourna un peu pour voir différents profils, aimant ce qu'elle voyait.

-C'est ce qu'il te faut.
-Oui.

Souriante, Vivi serra Nami contre elle, puis retourna rapidement dans la cabine pour se changer. Une fois cela fait, elles se rendirent à la caisse pour régler leur achat, et sortirent du magasin. Elles se rendirent ensuite dans un petit café un peu plus loin, ou elles s'installèrent en terrasse avec un milkshake goût mandarine à partager. Il y avait beaucoup de monde qui passait autour d'elles, mais elles n'y faisaient nullement attention, trop concentrées l'une sur l'autre.

-Au fait Vivi, qu'est-ce que tu me disais à propos de Shanks ?
-Eh bien, je ne peux rien affirmer. Mais je pense qu'il a joué les entremetteurs avec Luffy et Ace.
-C'est vrai que maintenant que tu le dis...

Levant les yeux au ciel et reposant sa tête sur sa main droite, Nami poussa un soupire en pensant au sourire idiot du policier aux cheveux roux.

-Comme s'ils pouvaient se permettre de donner des leçons en amour...
-Il forme un très beau couple avec Baggy.
-Oui, mais leur couple sort tellement du commun que je ne pense pas qu'il en existe deux comme le leur.
-Tu n'as pas tort sur ce point.

C'était vrai qu'ils ne correspondaient pas à l'image classique qu'on avait d'un couple. Baggy était plutôt autoritaire et colérique, là où Shanks pouvait se montrer gamin et affectif. On ne les associant pas forcément ensemble au premier coup d'œil, mais ils se complétaient, en un sens.

-Mais bon, on ne les imagine pas l'un sans l'autre, finalement, sourit tendrement Vivi.
-C'est vrai. Comme Franky et Robin, c'est presque un couple qui va de lui-même.

On ne savait pas de quelle façon pouvait tourner l'avenir d'un couple ; il y avait tellement d'obstacles qui pouvaient se présenter, et suivant la façon dont on y faisait face, ça pouvait avoir des conséquences plus ou moins bonnes. C'était aussi ce qui montrait la solidité d'une relation, cependant.

Pour Nami et Vivi, Franky et Robin formaient un couple solide prêt à faire face à tout. Mais elles n'étaient pas non plus naïves au point de penser qu'ils ne traverseraient jamais rien de difficile. Elles voulaient juste croire qu'ils sauraient faire ce qu'il fallait pour que ça ne les détruise pas.

-D'ailleurs, ça me fait penser au futur mariage de Kid et Law, dit Vivi.
-En quoi ?
-Je les trouve plus proches depuis quelques temps.
-Hum...oui, maintenant que tu le dis. C'est vrai qu'avec ce qu'il s'est passé à l'hôpital l'autre fois, il y a eu pas mal d'évolution entre eux deux.

Avec un petit sourire aux lèvres, Vivi se rapprocha doucement de Nami et attrapa ses mains en posant sa tête sur son épaule. Nami sourit à son tour et déposa un léger baiser sur son front.

-Nous aussi, on a une relation qui progresse.
-Oui.
-Dis Vivi, comment tu verrais notre mariage ?
-Hum...un jour d'été. Entourées de nos amis et notre famille. À la campagne. Il y aurait une fête en plein air la journée, et on finirait la soirée dans une salle décorée de fleurs.
-Tu y as déjà bien pensé, on dirait.

Les rougeurs qui naquirent sur les joues de Vivi firent rire Nami, qui se saisit tendrement de son visage pour l'embrasser.

En finissant leur milkshake, elles discutèrent de leur avenir, imaginant leur futur maison, la façon dont elles éleveraient leurs enfants, où elles partiraient en vacances. Elles ne donnaient que de vagues projets, car tout changeait si vite qu'elles ne pouvaient pas être sûres que les choses se dérouleraient ainsi. Mais c'était plaisant à imaginer, et parler de l'avenir donnait la force de s'engager sur sa route.

Elles se sentirent légères lorsqu'elles rentrèrent chez elles. Ces petits moments simples de la vie faisaient souvent plus de bien qu'on ne pourrait l'imaginer, et elles savaient profiter de tous ceux qu'elles avaient.


Luffy était tranquillement assis sur son canapé devant un film, un énorme saladier de popcorn sur ses genoux, lorsqu'on toqua à sa porte. Il mit sur pause, posa si vivement sa nourriture sur la table basse que quelques popcorns tombèrent sur le meuble et le sol, et se précipita dans l'entrée. Il aimait particulièrement recevoir de la visite, et n'aimait pas faire attendre les autres à sa porte.

Arrivant dans son entrée, il cria joyeusement qu'il arrivait, et ouvrit la porte. Il sourit en constatant qu'il s'agissait de Shanks. Il sortit en fermant la porte dans son dos et serra le roux dans ses bras.

-Bonsoir Shanks !
-Bonsoir Luffy. Tu as l'air d'aller bien.
-Tu t'inquiètes encore pour l'autre soir.
-Je ne suis pas le seul, tu sais. Mais je tenais à être sûr que tu allais bien.

Luffy fit une adorable moue enfantine et croisa les bras sur son torse. Shanks ricana et frotta ses cheveux affectueusement.

-Ouais, je m'en fais peut-être pour rien.
-Évidemment ! Je sais me défendre, tu sais !
-Mais tu es parfois si insouciant...
-Te moques pas de moi !
-C'est pourtant tellement amusant.

Le policier éclata de rire lorsque le jeune homme lui donna un coup de poing sur le torse, affirmant qu'il pourrait même le battre lui. Shanks se laissa faire, jetant un coup d'œil aux alentours à la recherche d'un signe démontrant que quelqu'un d'autre était là, ou bien était venu auparavant. Il ne voyait rien de ce genre, mais ferait peut-être un tour plus tard pour être sûr. Il ne pouvait pas s'empêcher de s'en faire pour Luffy, non pas parce qu'il n'avait pas confiance en lui, mais parce qu'il savait qu'il ne fallait pas sous-estimer le danger.

-Shanks.
-Oui ?
-Je n'ai pas peur. Tu veilles sur moi, Zoro est juste à côté, et Marco n'est pas loin non plus. Je ne suis pas seul ici.
-C'est vrai. Tu ne seras plus jamais seul.

Luffy hocha la tête, et décida de changer de sujet. Mieux valait ne pas s'attarder sur les choses négatives, telle était à son avis la meilleure façon de garder le sourire aux lèvres.

-Dis Shanks, Marco te parle d'Ace au travail ?
-Oh, c'est déjà arrivé qu'il me pose des questions sur lui...pourquoi ?
-Ils ont eu un rencard ! Et d'après ce qu'Ace m'a dis, ça c'est très bien passé...
-Alors là, tu m'apprends une vraie bonne nouvelle !

Le roux se frotta les mains en ricanant. Luffy rit avec lui, mais s'arrêta lorsque Shanks passa son bras autour de ses épaules et tapota son torse du doigt.

-Et toi alors, tu progresses ?
-Avec Zoro, tu veux dire ?
-Tu vois directement de quoi je veux parler. Tu l'as dans la peau...

Le brun rougit légèrement et hocha la tête.

-On est sorti ensemble une fois, et c'était vraiment sympa.
-Ouais j'en ai entendu parler. Paraît que t'as laissé Haiko à Marco.
-On ne me laissera jamais avec ça, n'est-ce pas...
-Sans doute pas.

Le jeune homme soupira ; c'était grâce à ça qu'Ace et Marco s'était rapproché, alors on pouvait peut-être cesser de le lui reprocher, non ? Shanks l'étreignit une dernière fois avant de s'éloigner un peu de lui, toujours le sourire aux lèvres.

-Quoi qu'il arrive Luffy, ne change jamais. Et profite bien de ta vie.
-Je n'avais pas l'intention de faire le contraire.
-Tant mieux. Fais bien attention à toi.
-Promis !

Ils se saluèrent de la main, et Shanks retourna à sa voiture. Il resta cependant là quelques minutes, observant la maison de son petit protégé. Il tenait tellement à lui, ce jeune homme si joyeux et vif, qui avait souffert mais qui restait debout malgré tout. Il souhaitait tant qu'il n'ait plus jamais mal, mais il savait que ça ne pouvait pas arriver.

Alors il ferait en sorte d'être là quand il aurait besoin de lui.


L'auteur s'excuse pour l'heure tardive de cette publication.

Je sais que vous avez attendu très longtemps cette suite, et j'en suis vraiment navrée. J'ai eu un gros blocage qui m'a bien embêté et ralenti, mais le voici, et j'espère que vous le trouvez à la hauteur !

C'est le chapitre le plus long de la fiction pour le moment !

Merci beaucoup à Asilia, la co-auteur, qui m'a débloqué en rédigeant la scène de Marco et Ace, ainsi que celle de Kid et Law.

Ici, j'ai essayé de rendre Spandam un tout petit peu plus humain envers Ace. Je tiens à insister sur le fait qu'ils ont eu une vraie relation même si elle s'est très mal terminée parce que l'un n'empêche pas l'autre.

Je suis peu certaine des deux dernières scènes ; qu'en pensez-vous ?

Je terminerai pas vous dire que la scène UsoSan de ce chapitre est, à ce jour, ma scène préférée de la fiction ! J'ai adoré l'écrire, et j'espère vraiment qu'elle vous plaît aussi !
Je suis étonnement à l'aise avec le UsoSan dans cette fic. J'aime les décisions que nous avons prises pour ce couple, et je souhaite que vous serez d'accord avec nous.

Ça fait beaucoup de choses que j'espère, là, non ?

Bref, n'hésitez pas à me laisser votre avis en commentaire !