Quand il repensait à sa dispute avec Shuraiya la veille, Sanji ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il y avait vraiment quelque chose de louche.

Ça ne lui faisait pas plaisir de se remémorer cette engueulade survenue juste après qu'il ait failli laisser sa vie dans une prise d'otages, mais depuis hier, il ne pouvait se départir de l'horrible sensation qu'il y avait un truc qui n'allait pas dans le comportement de son mari. D'abord, il avait constamment eut l'air coupable, comme s'il avait quelque chose à voir avec cet incident, ou bien qu'il en était au courant. Certes, il n'était pas venu le chercher au supermarché, et le blond le lui avait reproché, mais il sentait que ce n'était pas à cause de ça. Il avait l'air de s'en foutre de ce dont il était accusé, ce n'était pas ce qui le dérangeait. S'il avait eu la possibilité de le faire, il ne l'aurait de toute évidence pas fait non plus. Ça, c'était le premier indice. Le second était une phrase qu'il avait prononcé presque immédiatement après avoir constaté que Sanji était rentré : "Écoute je...je ne savais pas ce qui allait se passer...". Sur le coup, Sanji n'avait pas tilté, encore trop choqué ; c'était passé comme une phrase bateau. Mais là, il avait l'impression qu'il lui cachait quelque chose, et qu'il avait cru que Sanji l'avait découvert. Avait-il un lien avec la prise d'otage ? Avait-il voulu que Sanji y soit ? Il devait avoir le fin mot de l'histoire !

Shuraiya se trouvait dans le salon, en train de travailler sur son ordinateur portable. Sanji le guettait du coin de l'œil, attendant qu'il reçoive un coup de fil ; il sortirait dehors pour répondre, car il détestait que Sanji puisse assister à ses conversations téléphoniques. Ça avait toujours été comme ça, il était extrêmement protecteur de ses données professionnelles, et ne faisait pas suffisamment confiance à son époux pour les lui confier. Beaucoup avaient été trahis à cause de "confessions sur l'oreiller".

L'appel vint enfin, et immédiatement Shuraiya quitta la maison. Sanji se précipita à l'étage, dans son bureau. Il n'avait pas énormément de temps pour trouver ce qu'il cherchait, alors il devait se dépêcher. Il commença par fouiller dans les tiroirs, mais c'était trop évident, alors il ne trouva rien qui sorte de l'ordinaire. Il fouilla une deuxième fois pour être sûr, puis passa au placard juste derrière. Encore une fois, il ne trouva que des dossiers pour le travail qui étaient tout à fait basiques. Rageusement, il claqua les portes du placard et jeta un coup d'œil périphérique à la pièce. C'est là qu'il remarqua un petit dossier pas très épais caché sous une pile de feuilles blanches. Un dossier de la même couleur brune que le bureau, qu'on a tenté de cacher...de toute évidence, c'était la preuve qu'il cherchait désespérément. Il vérifia rapidement par la fenêtre que Shuraiya était toujours dehors, puis il se saisit du dossier en question et l'ouvrit. Il n'y avait pas beaucoup de documents, et à vrai dire, il n'y comprenait pas grand-chose. Il y avait plein de chiffres, plein de données, ainsi que le logo de la boîte dans laquelle bossait Shuraiya.

-Des échanges commerciaux...

Qu'est-ce que tout cela voulait dire ? Que faisait-il avec l'argent de l'entreprise ? Il regarda dans le dossier, et trouva un petit post-it, sur lequel était inscrit une adresse mail et un numéro de téléphone. Peut-être que s'il appelait, il serait en mesure de découvrir ce que trafiquait son imbécile de mari. Il jeta le dossier sur le bureau et se dirigea vers la porte pour aller chercher son téléphone portable, que la police avait pu lui rendre ce matin. Mais à la porte se trouvait Shuraiya, rouge de colère en ayant vu ce qu'il tenait dans les mains quelques secondes plus tôt.

-Sanji, qu'est-ce que tu as vu ?!

-Qu'est-ce que tu caches Shuraiya ?!

-Tu n'as rien à faire ici ! Si tu dis quoi que ce soit, je dis à ton père que tu me trompes ! Tu t'en sortiras pas comme ça ! Dégage immédiatement !

-Non ! Je veux savoir ce que tu me...

-Dégages ou je te jure que je te tues !

Il avait fait un pas en avant, le poing serré et légèrement levé en l'air. Sanji se sentit en danger ; il serait parfaitement capable de mettre sa menace à exécution, il en était plus que certain. Mais s'il sortait maintenant, il n'aurait pas d'autres occasions de revenir. Il ne saurait jamais ce que c'était que tous ces chiffres. Il ne saurait jamais à qui correspondait ce numéro de téléphone. Il ne saurait jamais si Shuraiya l'avait délibérément envoyé dans cette supérette malgré la prise d'otages qui allait avoir lieu. Pouvait-il prendre ce risque ?

-Shuraiya...

-Dégage bordel !

Il donna un coup de poing sur la petite table qui se trouvait non loin de la porte ; le verre qui y était posé roula jusqu'au sol et se brisa, les morceaux volant à travers toute la pièce. Il n'y avait plus d'hésitation à avoir : Sanji devait quitter cette pièce et ne plus jamais y revenir. Tant pis pour ces précieuses informations, il refusait de mourir ici, dans cette maison, dans cette pièce, et de la main de ce fou furieux.

-T'as gagné, j'me casses ! Mais j'peux te jurer que quelle que soit la merde que tu trafiques, tu le paieras cher !

Dicté par la peur et l'adrénaline, il poussa Shuraiya sur le côté et quitta précipitamment la pièce. Bien qu'il décida de passer la nuit ailleurs, il ne prit pas la peine de passer par sa chambre pour préparer un sac. Il alla cependant à la cuisine pour prendre le croquis de lui qui y était caché. Il voulait l'avoir avec lui, c'était même une nécessité. Puis il quitta la maison en veillant bien à claquer la porte derrière lui pour bien signaler qu'il était partit. Mais une fois dans la rue, il ne savait pas du tout quoi faire, ni où aller. Chez qui pouvait-il se réfugier ? Certainement pas sa famille ! Il ne voulait pas déranger ses voisins, mais à cause de son père et de Shuraiya, il n'avait pas beaucoup d'amis. Il pourrait aller à un hôtel, mais si Shuraiya voulait le retrouver, il n'aurait aucun mal à le faire. Il ne devait et ne voulait pas se retrouver tout seul.

Il baissa les yeux sur le dessin qu'il tenait, puis tourna son regard vers la maison d'Usopp un peu plus loin, et il s'y rendit inconsciemment. Avant même qu'il ne s'en rende compte, il était devant sa porte, et toqua un peu fort. Il y avait de la musique à l'intérieur, qui se coupa après ses coups, et quelques secondes après, Usopp vint lui ouvrir. L'artiste vit immédiatement sur son visage qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas.

-Entre, dit-il en s'écartant pour libérer le passage.

Sanji le remercia et retint difficilement un sanglot. Les larmes lui étaient montées aux yeux dès que son ami l'avait accueilli, car dorénavant, il se sentait en sécurité. Il n'était pourtant pas très loin de chez lui, et c'était peut-être le premier endroit où Shuraiya viendrait le chercher. Mais il avait l'impression qu'ici, il était intouchable, qu'il avait retrouvé toutes ses forces. Usopp poussa tout ce qui trainait sur le canapé pour faire de la place au nouveau venu et attrapa un plaid rangé dans un compartiment sous le divan.

-Installe-toi, je vais te chercher un verre d'eau.

-Merci Usopp.

Il s'assit au milieu du canapé, et quand Usopp revint avec le verre d'eau, il le lui donna puis déplia le plaid et le posa sur ses épaules. Il hésita un peu avant de s'asseoir à côté de lui, car il se dit que Sanji avait peut-être besoin d'espace, mais s'étant assit au milieu, il ne pouvait pas y avoir de siège entre eux. Il prit place quand même, et se mit même à frotter doucement le dos de son ami.

-Qu'est-ce qui s'est passé ?

-J'ai un peu fouillé dans les affaires de Shuraiya.

-Tu as trouvé quelque chose de grave ?

-Je ne sais pas. J'ai trouvé des...des papiers, mais j'ai rien compris à ce qu'ils signifiaient. Shuraiya m'a vu et il s'est fâché.

-Il t'a fais du mal ?! Fais-moi voir !

Sanji ferma le poing sur le plaid et il tourna la tête vers le brun. Ce dernier était affolé, mais aussi très en colère, semblant prêt à sauter à la gorge de Shuraiya pour défendre Sanji. Il ne devrait sans doute pas, mais ça lui faisait chaud au cœur de voir ça.

-Je suis partit avant qu'il ne me frappe, mais il a menacé de me tuer.

-Tu dois porter plainte !

-J'peux pas. Et de toute façon, je n'ai pas de preuves.

-Je témoignerai !

-Tu pourrais te retrouver en prison si tu fais un faux témoignage.

-Je m'en fous ! Sabo sera notre avocat ! On va constituer un dossier contre lui ! Il va pas s'en sortir comme ça !

-Usopp...

Sanji attrapa sa main, espérant que ce geste le calmerait ; Usopp dû se forcer à le faire. Le comportement de Shuraiya l'énervait de plus en plus chaque jour. En fait, chaque fois qu'il voyait la façon dont il traitait Sanji. Tout le monde rêverait d'être à sa place, mais il s'en foutait, et il trompait le seul homme qui prenait soin de lui malgré la haine, le seul qui était là pour lui tous les jours, le seul qui lui préparait de bons petits plats même si c'était pour qu'il les partage avec ses maîtresses. Il ne méritait absolument pas Sanji, et Sanji ne méritait pas cette vie. Il en avait assez de rester inactif face à ça, face à toute cette violence. Sanji ne lui reprochait pas ses aventures extraconjugales, mais lui le haïssait rien que pour ça.

Il devait malgré tout respecter la volonté de Sanji de ne rien lui dire ni rien lui faire, parce qu'il ne voulait pas lui attirer plus de problèmes qu'il n'en avait déjà. C'était une résolution qu'il s'efforçait de se remémorer depuis un moment déjà.

-Je ne suis pas venu pour que tu te mettes en danger, ni pour te déranger.

-Ça va, tu peux rester ici autant que tu veux. D'ailleurs tu sais quoi? Je vais te donner un double des clés. Comme ça, tu pourras venir ici chaque fois que tu en auras besoin !

-C'est pas nécessaire...

-Ça l'est pour moi. T'as besoin d'un endroit sûr. Je veux que ce soit ici.

Il courut dans sa chambre et revint avec le double en question, qu'il donna à Sanji. Il montra ensuite du doigt un placard dans le salon.

-Tu pourras laisser quelques affaires ici et les ranger là-dedans, ça t'évitera les allers-retours. J'ai aussi de la place dans la salle de bain. Et je dis ça parce que je te connais, mais même si tu viens souvent, tu seras pas obligé de me payer quoi que ce soit ! On n'est pas colocataire, je t'offres juste un lieu de paix.

-Tu en fais trop.

-J'ai l'impression de pas en faire assez. Tu me rendras un grand service si tu me laisses faire ça pour toi.

Il était terriblement sincère. Les événements d'hier et la menace de Shuraiya l'avait indirectement blessé, et il avait besoin de savoir que Sanji était en sécurité. Normal, puisqu'il l'aimait. Sanji n'avait juste pas l'habitude qu'on tienne à lui. Il se rappela du dessin qu'il tenait toujours dans sa main. Il le regarda, et constata avec effroi qu'il l'avait tenu trop fort et l'avait froissé. Il le montra à Usopp, les doigts tenant le papier tremblants un peu.

-Je l'ai abîmé...

-Oh, c'est rien, je peux t'en refaire un.

-J'aimerais garder celui-là, c'est important.

-Dans ce cas je peux te le plastifier, si tu veux. Comme ça il ne s'abîmera pas plus.

Sanji hocha la tête, et Usopp alla le posa sur son bureau dans son atelier pour pouvoir le plastifier plus tard. Il retourna ensuite sur le canapé, s'asseyant dans une position plus détendue en espérant que ça l'aidera à se remettre de ses émotions.

-Je n'avais même pas remarqué que tu l'avais emmené avec toi.

-Bizarrement, j'ai eu peur de le laisser là-bas. Je me suis dis que si Shuraiya tombait dessus, il le détruirait, et je ne veux pas que ça arrive.

-Tu y tiens vraiment beaucoup...

-C'est la preuve que tu m'aimes.

Ces quelques mots firent qu'Usopp reconsidéra leur relation ; ils s'étaient avoués leurs sentiments, mais avaient convenus de ne commencer aucune relation pour ne pas se mettre en danger. Et puis l'adultère, c'était mal. Or en voyant Sanji recroquevillé sur son canapé, après avoir fuit sa maison suite aux menaces de Shuraiya, il se dit qu'il ne pouvait sans doute pas rendre son ami plus malheureux encore qu'il ne l'était actuellement. Il était obligé de vivre avec un homme qui le méprisait, et se raccrochait à un simple dessin pour se remémorer que le monde entier ne le haïssait pas. Après tout, il lui ferait peut-être plus de bien que de mal s'il cessait de s'imposer des barrières et qu'il lui montrait toute l'étendue de son amour...

Il décida de tenter le coup et de voir ce qu'en penserait Sanji. Doucement, il prit l'une de ses mains dans les siennes et se rapprocha de lui lentement pour laisser le temps à Sanji de se reculer s'il en avait envie. Comme ce dernier ne bougeait pas, il ferma les yeux et joignit leurs lèvres avec tendresse. Sanji répondit à son baiser, surprit car on ne l'avait encore jamais embrassé avec tant de tendresse et surtout d'amour. Cette fois-ci, il n'était plus question de se repousser, alors ils s'agrippèrent l'un à l'autre pour se retenir le plus longtemps possible. Et quand ils furent contraint de reprendre leur souffle, ils ne mirent que peu de distance entre eux. Durant quelques secondes, en haletant, Usopp détailla le visage de Sanji, qu'il voyait pour la première fois d'aussi près et le trouvait encore plus charmant. Il aurait dû se rendre compte dès le départ qu'il serait impossible de résister, pas quand leurs cœurs les appelaient aussi fort. Pourtant la situation n'avait pas changée.

-Sanji, ce qu'on fait c'est toujours aussi dangereux...

-Ne parle pas de ça, pas maintenant.

-Je veux vraiment commencer cette relation avec toi, plus que tout. J'ai pas envie d'attendre mais Shuraiya...

-J'en ai assez d'avoir peur de lui. Il ne me dictera plus ma vie. Je n'ai pas l'intention de défendre son nom par ma bonne conduite, ni de perdre mon temps.

Les événements de ces derniers jours lui avaient bien montré que la vie pouvait s'arrêter brusquement sans qu'on ne l'ait vu venir, et que du temps il ne lui en restait peut-être pas tant que ça. Shuraiya pouvait bien décider de le tuer pour sa tromperie, ça lui était dorénavant égal. Il était hors de question qu'il continue de se priver plus longtemps. La détermination brillait dans ses yeux tant il était sûr de lui. Usopp se mit à rougir violemment, sa timidité reprenant le dessus, et il se commença à se triturer les doigts. Ce fut à ce moment-là que Sanji remarqua qu'ils étaient couverts de peinture, et il se dit qu'Usopp faisait sans doute quelque chose quand il est arrivé.

-Tu étais en train de travailler ?

-Oh euh...oui ! Sur une œuvre personnelle...

-Tu préfères que je te laisse ?

-Non non, reste ! Tu devrais te reposer après toutes ces émotions.

Il veilla à ce que Sanji s'installe confortablement sur le canapé, le pria de l'appeler en cas de besoin, puis il retourna à son bureau afin de poursuivre son projet. Seulement, au bout d'une dizaine de minutes à peine, Sanji dû se rendre à l'évidence : il n'arrivait pas à trouver le sommeil. Non, pour se détendre, il avait besoin de bouger, de faire quelque chose de productif. S'il restait inactif, il continuerait de penser à ce qui venait de se passer, et à ce qui arriverait au moment inévitable où il retournerait chez lui. Il prit alors la décision de préparer le déjeuner ; voilà qui devrait bien le détendre ! Avec un regain d'énergie, il se leva, replia le plaid avant de le poser proprement sur le canapé, et se dirigea vers la cuisine. Il fit le tour des placards pour prendre conscience de ce qu'il pouvait utiliser, et nota que son ami avait plusieurs boîtes remplies des restes de ses repas de la semaine. Il avait de quoi concocter quelque chose de bon avec tout ça ! Sans attendre, il se lava les mains et se mit au travail.

Il termina pile à l'heure du déjeuner. Il remplit deux assiettes, et plutôt que d'appeler Usopp, il décida de lui apporter sa part. Il pourrait en profiter pour voir quelle était cette œuvre personnelle sur laquelle il travaillait ; il était assez curieux à ce sujet. Il fit attention à ne pas faire trop de bruit en se dirigeant vers le bureau pour ne pas déranger son ami, mais il fut obligé de toquer en arrivant pour ne pas lui faire peur.

-Usopp, le repas est prêt.

-J'arrive !

L'artiste s'attendait à ce que Sanji attende dans le salon qu'il le rejoigne pour manger ; il se mit donc à paniquer lorsqu'il entendit la porte s'ouvrir dans son dos. Il se retourna et tenta de l'empêcher d'entrer, mais trop tard ; Sanji avait déjà le regard figé sur le tableau encore inachevé sur lequel il travaillait, et qu'il n'osait pas encore lui montrer. Lorsqu'il l'a vu, Sanji a été tellement surpris qu'il a presque cessé de respirer. Il posa les assiettes sur une table à sa droite et s'approcha du chevalet pour détailler cette œuvre à laquelle il ne s'attendait pas du tout. C'était une femme vue de profil, un peu repliée sur elle-même. Elle portait une belle robe bleu ciel faisant penser aux robes des reines au Moyen-Âge tant elle était belle et sertie de pierreries. Ses deux mains étaient posées sur son ventre, semblant le caresser. Ses cheveux étaient blonds et longs, légèrement ondulés mais visiblement soyeux. Il ne voyait pas la couleur de ses yeux, car ils étaient fermés, mais il savait qu'ils étaient bleus. L'expression de son visage était apaisée. Il n'y avait pas encore de fond, mais il serait de toute façon très secondaire. La femme au premier plan était tellement magnifique que notre regard ne pouvait pas ne pas être attiré par elle. Il n'avait eu absolument aucun mal à la reconnaître.

-C'est ma mère.

-Je comptais te l'offrir. Enfin, peut-être pas celui-là ! Je voulais en faire plusieurs et te donner le meilleur.

-Tu veux bien m'expliquer pourquoi tu l'as représenté comme ça.

-Si...si tu veux...

Il était un peu anxieux, car la critique que Sanji apporterait sur ce tableau serait vraiment importante. En temps normal, il dessinait et peignait tel qu'il le pensait, sans que personne ne lui donne son avis au fur et à mesure de la réalisation. Quand il réalisait une commande, les clients lui laissaient toujours une certain marge d'improvisation. Ils lui faisaient relativement confiance et n'étaient pas déçus. Il arrivait bien à cerner ce qu'ils voulaient quand ils décrivaient leur commande. Mais là, c'était un tableau pour un être cher censé véhiculer un message fort ; il estimait qu'il n'avait pas le droit à l'erreur. Il devait réussir du premier coup.

-J'ai voulu mettre le plus en avant son côté maternel, d'où sa posture. Elle est heureuse parce qu'elle est maman, alors elle est apaisée. Et de ce que tu m'en as dis, elle avait l'air d'être une mère et une épouse exemplaire, en plus d'être une femme douce et forte. Pour moi, tout ça faisait d'elle une reine.

-Pourquoi tu as fait ce tableau ?

-Shuraiya m'a demandé de décorer sa maison, mais c'est aussi la tienne même si tu ne l'aimes pas. Pourtant tu ne m'as jamais rien demandé. Alors je voulais te donner quelque chose pour la rendre plus belle et agréable à tes yeux. Et comme ça, tu te souviendras chaque fois que tu le verras que ta maman t'aimait, et que tu étais ce qui comptait le plus pour elle.

Il se tut et attendit quelques secondes, puis il saisit une boîte de mouchoir et la tendit à Sanji. Le blond lui murmura un remerciement et prit un mouchoir, mais il n'essuya pas les larmes qui avaient commencé à couler. Ce n'était pas des larmes douloureuses, alors elles ne le dérangeaient pas. Sa maman était une femme magnifique dans tous les sens du terme, voilà ce que criait ce tableau.

-Elle est parfaite Usopp. Ne la change pas...

Usopp hocha la tête d'un air entendu, et lui proposa qu'ils fassent une pause pour manger. Durant tout l'après-midi, Sanji resta avec Usopp pour le regarder peindre, lui posant de temps à autre des questions sur les techniques qu'il employait et les matériaux utilisés. Puis, alors que la nuit commençait à tomber, il reçut un message de Shuraiya qui voulait le prévenir qu'il partait en voyage d'affaires durant quelques jours, et qu'il ne voulait pas qu'on l'appelle sauf en cas d'extrême urgence. Il avait pris la peine de préciser qu'il avait fermé la porte et la fenêtre de son bureau à clé, mais bien évidemment, il ne s'excusa pas de son comportement. Sanji savait qu'ils n'en discuteraient même pas à son retour. Il ne lui répondit pas.

Au moment de rentrer chez lui, il hésita à demander à Usopp quelle décision ils devaient prendre pour eux deux ; lui avait été clair sur ce qu'il désirait, mais il n'était pas certain que c'était aussi ce que voulait le peintre. Comment demandait-on ce genre de choses ? Et s'il préférait qu'ils s'en tiennent à leur première résolution ? Comment devrait-il se comporter avec lui dans ce cas, après tout ce qu'il lui avait avoué aujourd'hui ?

-Sanji...

La main sur la poignée de la porte d'entrée, Sanji se figea et se retourna à moitié. Il n'avait pas eu besoin de demander ; Usopp allait lui donner son avis. Le brun semblait un peu nerveux, évitant son regard malgré son air convaincu.

-Il va falloir...qu'on soit prudent. Avec Shuraiya. Pour ne pas nous faire prendre.

-Tu es d'accord alors.

-Mais promet que si ça te met encore plus en danger, on arrête tout !

-Je promet.

Il sourit et se permit d'embrasser la joue de son désormais amant pour sceller cet accord. Puis il laissa derrière lui un Usopp bien rouge, et retourna chez lui en se disant qu'il devrait sans doute accéder à la requête de l'artiste et laisser quelques affaires chez lui. Quoiqu'il valait mieux qu'il n'aille pas trop vite maintenant qu'ils vivaient une relation secrète. Il ne voulait pas faire fuir Usopp. Ce serait sa première véritable relation, pas question de la gâcher ! Il voulait qu'elle dure le plus longtemps possible, et il savait que ce ne serait pas sa promesse qui y mettrait fin. Il se sentait tellement en danger auprès de son mari qu'il ne pensait pas que ça pouvait être pire.

Il souhaitait en tout cas que l'avenir ne lui donne pas tort.


Quand Robin a été appelée par son patron à le rejoindre dans son bureau, elle ne s'était pas posé de question. C'était quelque chose de presque courant dans la mesure où il ne s'était pas vraiment fais d'autres amis parmi les employés de l'Université. Alors régulièrement, il l'invitait à déjeuner, et même s'il lui avait fait des avances, elle pensait avoir été suffisamment claire à ce sujet pour ne pas avoir à se méfier de lui.

Pourtant ce matin-là, quand elle entra dans le bureau, elle eut immédiatement l'impression d'être en danger. L'atmosphère était lourde et sa tête lui hurlait de prendre la fuite le plus vite possible et de se réfugier dans un lieu sûr où personne ne saurait la retrouver. En temps normal, elle suivait son instinct sans se poser de questions, mais pour le coup, elle ne voyait vraiment pas ce qui pourrait justifier ce mauvais pressentiment. Elle prit donc la décision de passer outre et de ne rien laisser paraître.

Elle s'annonça en rentrant, laissant la porte légèrement entrouverte derrière elle par mesure de précaution. Spandam était appuyé contre la fenêtre, les bras croisés, face à elle, avec un petit sourire satisfait aux lèvres. Le pressentiment de Robin s'intensifia à la seule vue de ce sourire, mais encore une fois, elle ne le montra pas sur son visage.

-Tu m'as demandé.

Bien que toutes leurs conversations ou presque commençaient par ses mots, elle avait le sentiment que celle-ci ne serait pas du tout comme les autres. D'un signe de la main, il l'invita à s'asseoir sur l'une des chaises. Il resta près de la fenêtre, mais elle avait quand même une atroce sensation de déjà-vu.

-Je pense que nous devons avoir une discussion sérieuse, Robin.

-Serait-ce à cause de mon travail ?

-Non, je te rassure. Je souhaiterai simplement revenir sur une conversation que nous avons eu il y a quelques temps de cela...

Robin n'était pas du tout rassurée. Son mauvais pressentiment ne faisait que s'amplifier, mais elle savait qu'elle était déjà tombée dans le piège. Elle ne pouvait plus fuir, et elle sentait également qu'elle n'avait pas encore pris conscience de toute l'ampleur du danger que représente cet homme face à elle. De toute façon, il était son patron ; même si elle avait fuit aujourd'hui, il l'aurait attendue demain, et après-demain, et ainsi de suite jusqu'à l'avoir dans les mailles de son filet. C'était de cette façon que les hommes d'affaires comme lui fonctionnaient, aux dépends de tous les autres. Elle allait devoir tout faire pour s'en sortir du mieux possible.

-A quelle conversation fais-tu référence ?

-Tu es intelligente. Je suis persuadé que tu l'as déjà deviné.

Evidemment, elle aurait dû s'en douter. La conversation, la dispute avec Ace dans le quartier, les photos...tout portait à croire que Franky avait eu raison de se méfier de lui. Elle pensait à tort qu'il avait compris. En tout cas il n'était pas prêt à abandonner bien gentiment.

-Je ne pense pas avoir tenu de propos qui méritent que l'on revienne dessus.

-Tu as repoussé mes avances, l'autre fois. Mariée et heureuse en ménage, m'as-tu dis.

-Et c'est toujours le cas.

-Dans ce cas dis-moi pourquoi tu as flirté avec moi hier.

Elle avait commis une grossière erreur. Pensant simplement taquiner son mari, elle s'était mis dans une situation véritablement mauvaise dont il lui serait bien difficile de s'extirper.

-Je suis navrée que mon geste ait été mal interprété. Il ne s'agissait pas d'un flirt...

-Il paraît évident que tu m'as caressé de ta main délicate, tu ne veux simplement pas le reconnaître. Tu me veux autant que je te veux, cessons de nous mentir.

-Je ne mens pas ! Je ne t'aime pas, pas comme ça !

-Admettons que je me sois trompé sur ton geste d'hier, je ne saurai tolérer que notre relation reste ce qu'elle est maintenant.

"Je dois sortir d'ici tout de suite !" ; pour Robin, c'était une évidence. L'homme qu'elle avait en face d'elle était dangereux, et pour la première fois depuis son horrible pressentiment, l'idée qu'il s'en prenne physiquement à elle lui traversa l'esprit. Elle se leva précipitamment de sa chaise, sans prendre la peine de signaler qu'elle partait, et se dirigea d'une marche rapide vers la porte. Mais qu'il ait ou non prévu son coup, Spandam la rattrapa par le bras et la tira violemment en arrière. Elle perdit l'équilibre et se cogna brutalement la hanche gauche contre le coin du bureau. Une vive douleur la saisit, et elle se mordit la lèvre pour ne pas laisser s'échapper de gémissement. Il remarqua à ce moment-là que la porte était ouverte, et il s'empressa de la claquer avant de venir poser ses mains de chaque côté de sa taille afin de la maintenir contre le meuble, son corps collé au sien. Robin était bloquée, elle ne voyait plus aucune porte de sortie. Elle replia ses bras autour de sa poitrine comme pour tenter de se protéger. Il nicha sa tête dans son cou, y déposant des baisers qui n'avaient rien de tendre, tandis que ses mains se faisaient baladeuses. Robin aurait vraiment préféré que Franky ne tienne pas sa promesse de la veille et soit là, caché quelque part dans ce bureau, prêt à surgir pour la délivrer. Malheureusement, il n'était pas là.

Spandam porta soudainement son regard sur l'horloge, et remarqua qu'il était bientôt l'heure qu'il parte en réunion. Il ne pouvait bien évidemment pas se permettre de la rater. Il sourit et mordilla encore une fois le cou de sa malheureuse victime avant de s'écarter d'elle.

-J'ai des obligations qui me forcent à en rester là pour aujourd'hui. Mais ce n'est que partie remise...

Robin ferma les yeux, et attendit quelques minutes avant de les rouvrir. Spandam était parti. Elle mit un moment avant de parvenir à reprendre son souffle, et plus encore à bouger pour quitter cette pièce. Elle passa prévenir le secrétariat qu'elle avait un empêchement pour assurer ses cours de la journée, préférant se terrer chez elle pour ne plus repenser à ce qui venait de se passer. A ce qui avait failli arriver si Spandam n'avait pas été pris par le temps. Que pouvait-elle faire d'autre ? En parler ? Mais à qui ? Elle pouvait bien évidemment tout dire à Franky, elle le savait, mais ça...elle ne voulait pas, elle ne pouvait pas. Elle craignait sa réaction, elle ne voulait pas que ça le fasse souffrir, ou que ça lui attire des ennuis.

Tout ce qu'elle voulait maintenant, c'était espérer que ça ne se reproduirait pas.


Sabo était relativement habitué aux soirées mondaines pleines à craquer de gens riches qui tentaient de cacher leurs problèmes d'infidélité, de drogue ou de fraude fiscale derrière des sourires faux et des poignées de mains fortes. Aucune vie n'était parfaite, bien sûr, mais certaines personnes avaient besoin de faire croire que la leur l'était, alors même que le monde entier savait que c'était impossible. Il avait beau assister à toutes ces soirées, Sabo ne comprenait pas pourquoi ils étaient autant dépourvu de logique ; aimaient-ils à ce point que les autres parlent sur leur dos ? Les gens jaloux enviaient et crachaient sur tous ceux qui paraissaient heureux, c'était là le propre de l'humanité. Que celui qui n'avait jamais été égoïste jette la première pierre.

Cependant, il existait aussi un autre type de soirée qui pouvait s'avérer tout autant être un désastre : les repas de famille. Plus la famille était grande, plus il y avait d'invités, et plus il y avait de chance qu'il y ait quelqu'un dans le lot qu'on ne pouvait pas voir en peinture. Là encore, son métier d'avocat lui apportait sa juste part d'exemples pour illustrer ce propos. Mais d'un point de vue personnel, il pouvait se vanter d'avoir une famille qui rendait ce genre de rendez-vous amusant et surtout agréable. Bien sûr, ils avaient eu des disputes, ainsi que des drames et pertes particulièrement douloureux, mais ils étaient restés très soudés et après toutes ces années, ils étaient toujours unis. Il savait que les obstacles n'avaient pas finis de se dresser sur leur route, aussi valait-il mieux profiter de l'instant.

Ce fut dans cette optique que Sabo avait prit la décision d'organiser un dîner, pour la première fois depuis longtemps. Il n'avait pas toujours le temps de recevoir, ni même de passer des heures aux fourneaux. Mais là, ça lui avait semblé être un plan extrêmement ingénieux.

Avant toute chose, Sabo était un frère, et comme tous les frères, il aimait fourrer son nez dans les affaires de ses frangins. En particulier dans leurs relations amoureuses, et même s'il était célibataire et pas particulièrement attiré par qui que ce soit, il s'y connaissait dans ce domaine. Quoi de plus normal que de vouloir se tenir au courant des inclinations du cœur de ses deux frères maladroits ? Si ils étaient amenés à ouvrir leurs bras, ou leurs draps, à quelqu'un, il préférait le savoir. Luffy était du genre à s'attacher une bonne fois pour toute, donc il lui fallait un partenaire loyal. Quant à Ace, sa peur d'être abandonné le rendait plus hésitant, alors il avait besoin de quelqu'un de rassurant et franc. Il ne doutait pas des deux candidats potentiels qu'il avait repéré, mais il avait entendu dire par-ci par-là que ça devenait sérieux, et il devait absolument s'en assurer de ses propres yeux.

Il avait donc organisé ce dîner pour lequel il avait passé des heures et poussé beaucoup de jurons rien qu'en essayant de faire cuire la viande dans le but de voir où en étaient ses frères avec leurs "crush" respectifs. Bien évidemment, connaissant les caractères de chacun, il se doutait que Zoro et Ace se méfieraient et refuseraient de venir s'il les laissait entendre la véritable raison de cette rencontre. Marco viendrait quand même, et Luffy ne verrait pas en quoi c'était mal, mais il avait nécessairement besoin qu'ils soient présents tous les quatre. Sinon, ça n'avait aucun intérêt. La fin justifiant les moyens, il avait expliqué que ce dîner avait pour but de se détendre après le triste événement de la supérette d'il y a quelques jours ; passer du bon temps entre voisin et profiter d'une soirée tranquille.

Pour ce qui était du déroulement de la soirée, il avait réfléchit à un plan logique et simple : dans un premier temps, il débuterait par une série de remarques pour évaluer le stade qu'avaient atteint leurs relations, ainsi que le sérieux des prétendants. Bien sûr, il veillerait à sa formulation pour ne pas éveiller les soupçons. Ensuite, il venterait au mieux les qualités de ses frères, et se ferait l'avocat du diable pour les vendre au mieux et attirer l'attention de Zoro et Marco. Rien qu'il n'ait pas déjà fait par le passé. Enfin, pour paraître plus crédible, il débiterait tout un tas d'anecdotes amusantes sur Ace et Luffy, et bon sang il en avait plein, car comme il l'avait dit, personne n'était parfait, donc mieux valait pour qu'ils ne fuient pas que ses potentiels futurs beaux-frères ne se voilent pas la face.

Son plan n'avait aucune faille ! Si ce n'était qu'il lui faudrait la bonne participation des deux plus réticents, en particulier d'Ace, ce qui ne serait pas facile. Zoro, au moins, ne quitterait pas le repas pour ne pas être impoli. Ace n'en avait cure, et l'avait même déjà fait. Enfin, si l'opération n'était pas délicate, elle n'aurait aucun intérêt.

Ce fut Marco qui arriva le premier ; lui qui avait à cœur d'arriver à l'heure. Sabo appréciait. Il lui offrit un verre et lui proposa de faire le tour de sa maison en attendant les autres. Ace arriva ensuite, seul car Haiko passait la nuit chez un de ses amis, et quand il vit que Marco était là, il rougit et adressa un regard noir à son frère.

-T'aurais pas oublié de me dire un truc, Sabo...

-Oh oui, j'ai dû oublier. En plus de Luffy, j'ai également invité Marco et Zoro.

-Je savais que tu avais quelque chose derrière la tête, espèce de...

-Allons, pas besoin d'être vulgaire. Ce n'est pas mon genre, ce type de ruse.

Il sourit et lui servit un verre, qu'Ace but d'une traite en grognant. A dire vrai, seul Marco savait qu'ils étaient quatre invités ; Ace et Luffy pensaient qu'ils ne seraient que tous les trois, et Zoro croyait qu'il n'y avait que Luffy. Encore une fois, ce n'était rien d'autre qu'une mesure de précaution pour éviter que ses précieux invités ne lui fassent faux bond.

Zoro et Luffy arrivèrent ensemble, ce qui n'avait rien d'étonnant étant donné leur proximité. Luffy avait été plus que ravi d'apprendre que Zoro était de la partie, et avait donc un immense sourire en arrivant. Zoro fut un peu décontenancé quand le brun lui annonça la présence d'Ace, et le fut d'autant plus en voyant Marco. N'étant pas naïf, il comprit à son tour que Sabo s'était joué d'eux dans un but bien précis.

-Bien, je suis ravi que vous soyez tous là, déclara Sabo. Je vous laisse patienter un court instant le temps que je prépare le début du repas.

Il les laissa sans plus de cérémonie. Dès qu'il eut quitté la pièce, Zoro attrapa Luffy par le poignet et l'attira près de lui pour lui parler à voix basse.

-Luffy, Sabo se fout de nous !

-Que veux-tu dire ?

-Il nous a pas fait venir pour une soirée tranquille ! Il veut nous tester !

-Tester ?

-Ouais, et nous pousser dans les bras l'un de l'autre ! Pareil pour Marco et Ace !

-C'est logique maintenant que tu le dis.

Zoro leva les yeux au ciel ; bon sang, c'était ça, sa seule réaction ? Sabo essayait de les mettre en couple, et ça ne le dérangeait pas plus que ça. Est-ce que ça lui arrivait de dramatiser ? Peut-être qu'il ne connaissait pas la panique. Luffy éclata de rire et tapota la tête de son ami avec amusement.

-Ce n'est pas un problème, Zoro.

-Comment ça ?

-De toute façon, tu n'es pas du genre à te laisser influencer.

Même si Luffy avait toujours envie de se rapprocher autant que possible de Zoro, il savait bien que ce dernier était le seul à décider de s'il le laissait approcher ou non. Sabo pourrait dire tout ce qu'il voulait durant la soirée, Zoro ne ferait qu'en prendre note, mais resterait focalisé sur son opinion seule. Certes, ça ne paraissait pas être un avantage, mais d'un autre côté, si Sabo avait le but inverse, à savoir les séparer, Luffy savait que ses arguments ne marcheraient pas non plus. Zoro ne semblait pas être le genre à refuser la compagnie d'un mauvais garçon à cause des rumeurs. Il ne croit que ce qu'il voit. Autrement dit, tout ce que Sabo dirait pendant ce dîner n'aurait que peu de conséquences, à son avis. Mieux valait qu'il concentre son énergie au cas désespéré que représentait leur frère aîné.

-Atchoum !

-A tes souhaits, Ace.

-Merci Marco.

Il se saisit du mouchoir que lui tendit le policier et se moucha bruyamment. Ça n'avait pas été le bon moment pour tomber malade, mais bon, ce genre de chose n'arrivait jamais à point nommé. Sinon ce n'était pas drôle, non ? Marco pouffa de rire en le voyant grogner après son nez bouché. Ace avait parfois des réactions quelques peu enfantines qui le rendaient vraiment adorable ; dans ces moments-là, on voyait bien sa ressemblance avec Haiko, c'était sans doute pour ça qu'il aimait ce genre de mimiques.

-Alors comme ça, tu n'étais pas au courant que je venais ?

-Non, Sabo s'est bien gardé de me mettre au courant. C'est pas la première fois qu'il fait son truc dans son coin.

-Tu te fais peut-être des idées.

-Oh non, je connais mon frère ! Il sait que toi et moi on se voit, et il va à la pêche aux ragots !

-Sans doute parce que tu ne lui en dis pas assez.

-Eh oh, cesse de prendre sa défense !

Cette fois-ci, Marco éclata d'un rire fort. Dès que Sabo l'avait invité, il avait eu un très bon pressentiment. Il sentait que ça serait très instructif et amusant, et de toute façon, une soirée avec Ace ne pouvait qu'être géniale. Oui, c'était ça quand on était amoureux. On n'avait pas besoin de grand-chose pour passer un bon moment, seulement de la présence de l'autre.

Il était assez accoutumé aux dîners de famille. Edward Newgate considérait qu'il n'y avait rien de plus important que la famille, et comme il aimait beaucoup les fêtes, il était particulièrement friand des repas où il était bien évidemment exclus que quiconque soit absent. Avec quatorze frères, les occasions de célébrer ne manquaient pas. La maison était toujours pleine de rires et d'effluves délicieuses qui vous plongeaient dans un rêve agréable dont on n'avait pas envie de sortir. Il n'avait pas souvenir qu'un jour l'une de ces rencontres se soit mal passée. Des sujets durs avaient été abordés, ça arrivait bien évidemment. On ne pouvait pas dire que personne n'avait ni pleuré ni crié. Mais leur père avait toujours été présent, et ils étaient systématiquement passés avant son travail ou quoi que ce soit d'autre.

Bien sûr, l'une des raisons les plus appréciées pour organiser ce genre de rassemblement était la présentation d'un amant à la belle-famille. Marco en avait vu passé des mauvais et des meilleurs, mais là famille Newgate savait se montrer accueillante. Il n'avait cependant encore jamais eu lui-même à amener quelqu'un. Il n'avait pas eu de relation suffisamment sérieuse pour cela. Pourtant, il lui prenait parfois d'imaginer la rencontre d'Ace avec ses frères, et surtout avec son père. Edward avait sauvé Marco et était donc ce qu'il y avait de plus important à ses yeux ; il tenait donc à ce qu'Ace s'entende bien avec lui.

Enfin, ce genre de repas "présentoir" était quelque chose qu'il connaissait, et il avait hâte de voir de quelle façon Sabo comptait si prendre.

-Vous pouvez vous mettre à table, appela Sabo d'une voix joyeuse mais marquée par un certain raffinement.

Il prit place le premier, avec Luffy puis Zoro à sa droite, et Ace puis Marco à sa gauche. Cette disposition ne lui laissait que la chaise en bout de table pour siège, ne manquant pas de rappeler qui allait dominer la soirée. Malgré ce sentiment, il prenait les précautions nécessaires pour paraître le plus amical possible, accompagnant ses paroles sympathiques d'un doux sourire.

-Ça me fait plaisir que nous soyons réunis pour partager un repas.

-T'as cuisiné Sabo, demanda curieusement Luffy.

-Eh oui. Je dois dire que je suis plutôt fier de moi sur ce coup.

-Y aurait fallu inviter un médecin, marmonna Ace.

Sabo lui administra secrètement un bon coup de pied dans le tibia.

-Aïe !

-On a besoin de ce genre d'évènements pour nouer des liens. Nous vivons proches les uns des autres mais on se connaît trop peu ! Je trouve ça dommage.

-Je suis de ton avis, approuva Marco.

Zoro ne l'était pas vraiment pour sa part. Il vivait très bien tout seul, mais depuis qu'il avait un nouveau voisin, il avait l'impression de ne plus avoir une seule minute à lui. Il y avait eu la fête des voisins, puis Luffy s'invitant chez lui à de nombreuses reprises, sans compter leurs rencontres à l'hôpital, et maintenant un dîner qui s'apparente à un repas de famille, quand bien même deux d'entre eux n'en fassent pas partie. Il n'en était pas sûr pour Marco, cela dit. Il parlait sans arrêt d'Ace au travail, ils se voyaient souvent, et il avait gardé Haiko quand il avait eu un rencard avec Luffy. Peut-être que d'ici une semaine, Ace et lui seraient fiancés. Shanks en serait assurément ravi. Il grimaça en pensant à son collègue aux cheveux roux, puis s'aperçut soudain que Sabo s'adressait à lui.

-Je voulais te féliciter pour ta bravoure durant la prise d'otages, Zoro. Et te remercier d'avoir sauvé mon petit frère.

-Tout le mérite ne me revient pas...

-Chaque personne ayant activement participé à sauver ces otages mérite toute notre reconnaissance. Luffy est extrêmement important pour moi, je ne m'en remettrais pas s'il lui arrivait quoi que soit.

-J'ai pas besoin qu'on me protège Sabo !

-Tu reconnaîtras tout de même que tu as une tendance folle à te mettre en danger.

-Je ne peux qu'être d'accord avec ça, acquiesça Zoro.

Luffy tourna la tête vers lui, affichant une moue boudeuse. Il n'était visiblement pas très heureux que son ami confirme les propos de son frère. Zoro lui répondit par un sourire taquin qui lui valut une tape sur l'épaule. Sabo sourit et servit ses invités afin que le repas puisse enfin vraiment débuter. Comme c'était la première fois que Sabo cuisinait, et qu'il avait cherché des recettes sur internet, ce n'était pas très réussi, mais malgré tout, Marco le félicita avec une touchante sincérité. Il aurait bien aimé que ses frères fassent preuve du même tact. Mieux valait qu'il mette son plan à exécution sans plus attendre, en débutant bien sûr par l'étape 1.

-J'ai cru comprendre Ace que Marco et toi avez déjà eu de nombreux rendez-vous.

-Pas nombreux ! Quelques uns...

-Pour le moment, ajouta Marco avec un petit sourire.

Sabo haussa un sourcil, amusé, et se pencha un peu en avant.

-Si je comprends bien, tu as l'intention de l'inviter à nouveau.

-J'aime passer du temps avec Ace, et j'ai la prétention de croire que c'est réciproque.

-Si ça l'était pas, y aurait pas eu de deuxième rencard, déclara Luffy d'un ton catégorique.

-Vous vous êtes alliés tous les deux contre moi ou quoi ?!

Sabo eut envie de lui répliquer qu'ils étaient de toute évidence trois contre lui, sachant qu'en plus Zoro était neutre. Il s'abstient, car il n'avait pas envie que son frère aîné ne se mette à bouder. Tout du moins, pas tout de suite... Il décida donc de s'attaquer à l'autre pour changer.

-Dis donc Luffy, j'ai entendu dire que tu avais déléguer la surveillance d'Haiko pour sortir avec Zoro.

-Ouais, s'écria Ace. Parlons de lui ! Cet irresponsable !

-Marco et Ace se connaissaient, ça les a obligés à avoir un rendez-vous, Haiko était d'accord, et Marco est policier. Je pense que j'ai rien fais de mal.

-Il y a des policiers qui sont corrompus, fit remarquer Zoro.

-Toi, tu dois être de MON côté !

-Inutile de revenir là-dessus, rit Marco. Ça m'a fait plaisir de libérer Luffy et Zoro pour leur rendez-vous. Et puis, j'adore Haiko, alors je serai ravi de le garder à nouveau à l'avenir.

Ace lui sourit en rougissant, et son expression adorable fit battre le cœur de Marco avec plus de virulence. Sabo était attendrit de voir ça, mais puisqu'une telle atmosphère ne pouvait pas durer longtemps...

-Vous comptez faire un petit frère à Haiko, demanda Luffy en se curant le nez.

-Erk, dit Zoro avec une grimace dégoûtée.

-T'as pas d'autres questions à la con à poser, s'exclama Ace.

Marco était un peu triste que le charme eut été rompu si brutalement. Mais la question à demi-innocente de Luffy le fit tout de même beaucoup rire.

-Je me renseigne, c'est tout ! Je suis curieux.

-Sérieux, tu veux pas utiliser un mouchoir, soupira Zoro.

-Et toi alors ? Quand est-ce que tu te trouves quelqu'un ?

-J'essaie, qu'est-ce que tu crois ?! Mais ces choses-là prennent du temps...

-Pourquoi tu parles en te donnant de grands airs ?

Ils continuèrent de se disputer, tandis que Zoro partait en quête d'un mouchoir. Quand il en trouva un, il le donna à Luffy, sans que ce dernier ne cessa de s'engueuler avec son aîné, et sans qu'il ne remarqua les rougeurs qui sont nées sur les joues du policier suite au "J'essaie" prononcé si sérieusement. Sabo et Marco l'avaient bien sûr noté, et ils adressèrent au vert un regard lourd de sous-entendus. Luffy voulait que cette relation aille quelque part. Est-ce que Zoro la laisserait aller dans cette direction ou bien la ferait-il dévier de cette trajectoire ?

Ils finirent la première partie du repas, et passèrent à la suite pendant qu'Ace et Luffy continuaient de se lancer des piques. Sabo pensa que, son analyse des intentions de chacun étant terminée, et ses frères commençant à devenir vraiment lourd, il était grand temps de passer à l'étape deux de son plan. Peut-être quelques louanges sauraient rattraper les vulgarités qui sortaient de ces bouches à nettoyer au savon noir.

-Ace, Luffy, cessez de vous battre.

-C'est lui qui a commencé !

-J'ai juste posé une question !

-Ta curiosité te rend adorable, petit frère. N'en veut pas à Ace, il s'inquiète pour toi, voilà tout.

Il savait exactement quelle image il devait donner de chacun de ses frères pour satisfaire les envies de Marco et Zoro. Le premier était un frère aîné qui accordait une grande importance à la famille, comme son père. Il devait donc mettre l'accent sur le côté paternel et fraternel d'Ace pour attiser son intérêt. Quant à Zoro, c'était un homme simple et fier ; Luffy devait donc paraître tout aussi simple et fidèle à ses valeurs. Ce ne devrait pas être trop compliqué à montrer, tout du moins en théorie. Mais cette étape était la plus délicate des trois, car si ses frères ne coopéraient pas et qu'ils continuaient de dire des vacheries l'un sur l'autre, ils allaient ruiner tous ses efforts pour les rendre attirants.

-Ace est capable du pire et du meilleur pour protéger ceux qu'il aime.

-J'ai pu le constater à notre première rencontre, confirma Marco en adressant un regard en coin à son voisin.

-Oh raconte, s'exclama Luffy.

-Je l'ai surpris en train d'espionner son ex-mari.

-Ace t'as dû passer pour un ex obsédé...

Ace rougit, peu fier après coup de cette première rencontre. Il préférait largement se remémorer les rencontres suivantes, comme leur premier rendez-vous ou bien lorsque le policier est venu à son secours lorsqu'il s'est disputé avec Spandam dans la rue l'autre fois. La première fois, le comportement de Marco l'avait énervé, et il l'avait maudit plus d'une fois le soir-même. Mais quand il était venu le soutenir face à son ex-mari, il avait été plus gentil, compréhensif et à l'écoute que quiconque, et ça lui avait fait beaucoup de bien. Même s'il avait l'impression que l'image qu'il renvoyait de lui-même à Marco était plus souvent négative que positive. Marco remarqua son trouble, et comme il ne voulait pas que la bonne humeur soit brisée, il tendit la main vers Ace et la posa tendrement sur sa cuisse.

-La première fois, je l'ai trouvé paranoïaque et amusant. Mais j'ai vite deviné qu'il y avait quelque chose d'autre qui se cachait derrière cette première impression, alors j'avais envie de le revoir et d'apprendre à le connaître.

-Voilà qui fait plaisir à entendre, sourit Sabo. C'est idiot de s'arrêter aux premiers abords, on risquerait de passer à côté d'une merveilleuse personne.

-Je m'en serais voulu d'avoir raté cette chance.

Ace posa sa main sur celle de Marco reposant toujours sur sa jambe, le remerciant par ce geste. Quand bien même il savait tout ça, ou en tout cas s'en doutait fortement, ça faisait chaud au cœur de l'entendre les dire. Pour Luffy et Sabo aussi, cet avis donné si franchement sur leur frère était tout ce qu'ils espéraient pour lui.

Le sourire sur le visage de Luffy s'agrandit, et il se dandina sur sa chaise. Il était content pour son frère, et pour être honnête, le voir de plus en plus proche avec Marco, et assister à la naissance de cette relation dont il priait pour qu'elle aille le plus loin possible, lui conférait à lui-même une envie de plus en plus virulente de connaître lui aussi une histoire d'amour sérieuse et passionnée. Dans son enfance, il n'était pas du tout du genre à rêver du grand amour. Il était un des seuls ados de son entourage qui ne s'intéressait pas du tout à l'amour. Il ne s'était jamais dis "Je dois sortir avec quelqu'un !", ça ne lui avait jamais semblé être une obligation. Il connaissait des gens qui vivaient très bien seul. Bien sûr, il avait très envie d'avoir une famille, mais il n'avait aucunement l'intention de faire la tournée des bars et boîtes de nuit, ni de s'inscrire sur des sites de rencontre. Il préférait que les choses se passent, même si la patience n'était pas toujours son fort.

En fait, il avait commencé à s'intéresser à l'amour en rencontrant Zoro. C'était la première fois qu'il ressentait une véritable attirance pour quelqu'un, et il voulait aller au bout de ce désir, tenter sa chance avec cet homme qui lui plaisait beaucoup, voir où ça allait le mener. Il ne se posait pas énormément de questions dans la vie, il était plus du genre spontané. En ce qui concernait Zoro, il était sûr de lui : c'était lui qu'il voulait, et il allait tout tenter pour l'avoir. Il ne cachait d'ailleurs pas ses intentions, et si Zoro ne le rejetait pas, c'était qu'il y avait une chance, que c'était possible. Et peut-être que finalement, ça n'abouterait pas. Mais peut-être aussi qu'ils vivraient à deux quelque chose de fort qu'ils chériraient toute leur vie.

Sabo regarda ses invités, et se rendit compte qu'aussi généreuse fut son intervention de ce soir, elle n'était finalement pas nécessaire. Marco était on ne peut plus clairement amoureux d'Ace, son regard le criait sans mentir, et il était soulagé de voir qu'Ace brisait petit à petit ses barrières pour le laisser entrer. Quant à Zoro et Luffy, ça allait plus vite d'un côté que de l'autre, mais ils semblaient tous deux réceptifs et il avait envie de croire que ça finirait par se faire. Contrairement à ce qu'il avait cru en premier lieu, Ace et Luffy savaient se vendre et de manière tout à fait naturelle ; il leur avait suffit d'être eux-mêmes pour attirer l'attention et l'affection des deux agents de police.

Cela signifiait qu'il était temps de passer au dessert. Dans tous les sens du terme.

Tout en leur servant à chacun une part de tarte au citron meringuée qui n'avait franchement pas plus l'air extraordinaire que le reste du repas, il réfléchit en retenant un ricanement diabolique à ce qu'il allait bien pouvoir dire comme anecdotes amusantes sur ses frères. Car la meilleure partie de son plan allait enfin pouvoir débuter...

-Pour ne pas te mentir Marco, commença-t-il d'un ton clairement amusé, ce n'est pas la première fois qu'Ace se retrouve dans ce genre de situation.

-Sabo !

-Dis m'en plus...

-N'en rajoute pas Marco !

-Je me souviens de cette fois où il a cru que Luffy avait rejoint un gang de mafieux malgré lui. Il a voulu le suivre en bus mais s'est endormi et s'est retrouvé à trois heures de route de notre village.

Il se souvient encore de son appel paniqué, non pas parce qu'il n'avait aucune foutre idée de là où il était, mais parce que du coup personne ne savait où était Luffy. Aujourd'hui il en riait ; ce jour-là Sabo n'avait pas du tout rigolé.

-J'avais juste sécher les cours pour aller au salon de la viande...

-Si tu faisais pas de coups en douce aussi, on n'en serait pas arrivé là. En plus Sabo m'a engueulé.

-Vous aviez l'air de faire beaucoup de conneries, remarqua Zoro.

-On a volé une bouteille de saké à grand-père une fois !

Zoro adressa un regard étonné à Luffy. Quand ils avaient été manger au restaurant l'autre fois, le brun lui avait dis ne pas être très friand de l'alcool. Il était donc surpris d'apprendre que ses frères et lui s'étaient partagés une bouteille dans leur jeunesse. Il pouffa en voyant la grimace de dégoût de son ami au souvenir de cette boisson qu'il avait eu un peu de mal à avaler.

-On en a fait des vertes et des pas mûres tous les trois. Mais Luffy était de loin le plus chahuteur.

-Surtout si ça concernait la bouffe ! Il se levait quasiment toutes les nuits pour vider les placards !

-On croirait pas vu sa physionomie, plaisanta Marco.

-Pourtant son estomac c'est un vrai gouffre sans fond !

-Je peux avaler n'importe quoi. Au moins j'suis pas difficile.

Au lycée, on s'était déjà moqué de lui pour sa gloutonnerie ; on lui avait dis qu'il ne risquait pas de trouver quelqu'un s'il continuait de s'empiffrer de la sorte. Il avait ignoré toutes ces critiques. Il se moquait complètement que personne ne le trouve attirant quand il mange ; il aime manger et il ne voyait pas pourquoi il devrait arrêter sous le prétexte idiot que ce n'était pas sexy. Il ne mangeait pas pour faire plaisir à d'autres mais pour se faire plaisir à lui.

Tandis qu'ils finissaient tous le repas, certains prenant même un café, Sabo, Ace et Luffy se perdirent dans leurs souvenirs d'enfance ; les farces qu'ils avaient fait à leur mère adoptive, les disputes avec leur grand-père, les jeux qu'ils avaient inventés. Marco et Zoro prirent plaisir à les écouter, et eux aussi se permirent de raconter quelques détails de leurs enfances. Ce n'étaient pas des histoires très importantes, mais c'était un moyen pour eux de créer un lien unique, un lien qui ne serait rien qu'à eux.

Ils ne virent pas le temps passer, mais comme ils ne pouvaient pas rester éternellement dans le salon de Sabo, même s'ils s'y sentaient bien, le moment arriva de se séparer. Ils aidèrent Sabo à débarrasser la table, ce qui prit plus de temps que prévu car ils continuaient de discuter. Même dans l'entrée, ils ne cessaient de parler, trouvant étonnant la facilité avec laquelle ils trouvaient des choses à se dire alors qu'ils avaient bavarder non-stop. Ace partit le premier, serrant ses frères dans ses bras, adressant une poignée de main à Zoro et un sourire doux à Marco. Luffy et Zoro partirent ensuite ensemble, côte à côte, en prenant le temps de profiter de l'air frais.

Comme il ne voulait pas s'imposer plus longtemps, Marco salua Sabo et commença à s'éloigner, mais l'avocat le retint par le bras.

-Marco, tu dois savoir qu'Ace a beaucoup souffert par le passé...

-Tu parles de Spandam ?

-Pas que. Ce n'est pas à moi de te raconter tout ça. Mais il faut que tu saches qu'il se montrera sans doute très hésitant à cause de tout ce qu'il a vécu.

-Ne t'en fais pas, je serai patient.

Il sourit en tapotant l'épaule de Sabo, puis s'en alla. Sabo le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il soit rentré chez lui, et refit le déroulement de la soirée dans sa tête. Ça s'était bien mieux déroulé que ce qu'il avait espéré, et il était dorénavant totalement confiant envers l'avenir.

Même s'il habitait juste à côté, Zoro décida de raccompagner Luffy jusqu'à sa porte. Le brun était très heureux d'avoir pu passer cette soirée avec lui et ses frères, et d'avoir pu apprendre à connaître un peu plus Marco. Il continuait de parler, si vite qu'on avait l'impression qu'il avait arrêté de respirer, mais ses yeux montraient quand même qu'il était épuisé. Zoro lui frotta affectueusement les cheveux, et il répondit par son rire caractéristique que sa voix marquée par la fatigue rendit plus adorable encore que d'habitude.

Lorsqu'il alla se coucher, Zoro prit cinq minutes pour repenser à ce qu'il venait de voir de cette petite fratrie, et ce qu'il venait d'apprendre sur Luffy. Il repensa à l'objectif de Sabo, qui lui était apparu clair depuis le départ, et se dit qu'il était en fait inutile pour l'avocat d'essayer de le pousser dans les bras de Luffy.

Il y avait de fortes chances qu'il soit déjà en réalité.


Law était on ne peut plus irrité. A cause de quoi ? De qui ? De son fiancé bien sûr !

Ça faisait deux semaines que la prise d'otages avait eue lieu. DEUX SEMAINES ! Et pourtant, Kid continuait à se montrer bien trop protecteur avec lui. Bon, il y avait "protecteur" et "protecteur". Encore s'il ne faisait qu'insister pour qu'il lui envoie un message et le tienne constamment au courant de l'endroit où il se trouvait, ça pourrait encore passer. Mais là, il se sentait menotté ! Il n'avait pas le droit d'aller faire les courses sans lui, quelque soit le magasin où il se rende, il n'avait pas le droit de parler aux inconnus ce qui était difficile lorsqu'on travaillait dans un hôpital, et surtout...surtout...

Kid le suivait constamment !

Il croyait le faire en cachette. Pas du tout. Des cheveux rouges, ça se remarquait plus facilement qu'il ne le pensait, et ça agaçait le chirurgien chaque fois qu'il le grillait derrière un mur ou une fenêtre, que ce soit à l'hôpital, au café où il déjeunait, sur le parking... Il avait un travail, des amis, il pouvait trouver autre chose à foutre de ses journées que de le poursuivre partout où il allait, bon sang ! En plus, il avait le culot, lorsque Law rentrait à la maison, d'être assis sur le canapé devant une série télé, l'air de rien, et lui demander ce qu'il avait fait aujourd'hui. Il était aux premières loges !

Plus sérieusement, cette inquiétude et cette paranoïa constante allait tous les deux les rendre fous. Il devait absolument y remédier, et avoir une discussion sérieuse avec Kid. Alors en rentrant ce jour-là, avant même que le rouquin n'ait eu le temps de feindre son innocence, il prit place à côté de lui sur le canapé et parla d'un ton sans appel.

-Arrête de me suivre.

Kid le fixa un instant, hébété, presque bouche bée. De longues s'écoulèrent, le temps qu'il parvienne à capter la situation, et enfin, il parvint à répondre de manière très intelligente :

-Hein ?

-Ne joue pas les innocences, tu sais de quoi je parle. Je t'ai grillé.

-Mais je...

-Tu n'as pas d'excuses. Je comprends que tu ais mal vécu cette prise d'otages, mais je vais bien et va falloir t'en remettre.

Kid grogna et passa une main dans ses cheveux. Il avait bien conscience que son comportement était déplaisant pour Law, qui était très attaché à sa liberté. Il avait ses raisons, mais comment les lui expliquer ? Il risquait de fortement lui en vouloir de ne pas lui en avoir parlé avant. Mais de toute façon, il n'avait plus trop le choix. Faute avouée, faute à demi-pardonnée comme on dit. Il l'espérait tout du moins.

-Quelques jours avant cette merde à la supérette, un type chelou est venu au garage...

-Comment ça ?

-Il avait un flingue dans sa voiture. Quand j'ai prévenu Shanks, il m'a demandé de le retenir le temps qu'il arrive pour l'arrêter. Je m'étais pas posé de questions à ce moment-là. Comme il avait été arrêté, je pensais que l'histoire s'arrêtait là. Mais maintenant je me dis que les mecs qui t'ont menacés étaient peut-être avec lui.

Law fronça les sourcils ; il ne se doutait pas qu'une telle histoire était arrivé à Kid, et que ça lui pesait autant. C'était une théorie un peu foireuse à son goût, mais il fallait bien reconnaître qu'il y avait de nombreux détails qui l'avaient alertés, notamment cette histoire de concours qu'il aurait gagné alors que même Luffy et Sanji ignorait qu'il avait été organisé, eux qui allaient bien plus souvent que lui dans cette supérette. Avait-on fait en sorte qu'il se retrouve dans cette supérette au moment de la prise d'otages ? Ça paraissait bien trop incongrue.

-Tu t'en fais pour rien. Ça leur aurait demandé beaucoup trop d'organisation pour me faire venir pile à ce moment-là. Ces enfoirés étaient trop stupides pour mettre un tel plan au point.

-J'ai pensé ça aussi, mais comment en être sûr ?

-S'ils voulaient se venger de toi en m'utilisant, ils m'auraient tué le premier. Pourtant, je suis toujours là.

-Ça s'est toi qui le dit.

-On vit dans un petit quartier sans histoire. Tu crois vraiment que des mafieux d'école maternelle viendraient ici pour régler leurs comptes ?

Kid n'était toujours pas convaincu. Pour lui, il s'était écoulé trop peu de temps entre ces deux événements pour que ce fut une coïncidence. Et la réaction de Shanks lorsqu'il était venu arrêter l'individu au garage le préoccupait de plus en plus. Il avait l'impression qu'ils étaient tous les deux les maillons d'une chaîne d'une importance qui les dépassait totalement. Law vit bien à son expression crispée qu'il n'était pas du rassuré par ses arguments.

-Ecoute, soupira-t-il, on ne peut de toute façon pas continuer comme ça. Tu ne peux pas passer tes journées à me suivre, et tu le sais.

-Je sais tout ça ! Mais s'il devait t'arriver quelque chose à cause de moi...

-Même si ta théorie est vraie, ce ne serait pas ta faute. Tu as fais ce que tu avais à faire en prévenant Shanks de la présence de ce gars.

-Je ne veux juste pas qu'ils te touchent !

-Kid, tu ne peux pas t'arrêter de vivre pour moi. Le monde est dangereux, mais il faut que tu me fasses suffisamment confiance pour croire en partant au travail le matin que je serai là quand tu rentreras le soir.

Pour Kid, ils avaient tous les deux raisons sur ce point. Néanmoins, il reconnut que c'était à lui de lâcher l'affaire et de cesser de le suivre en permanence. Law étant prêt à faire un compromis pour qu'il se sente mieux, il lui proposa de lui envoyer des messages tous les jours assez régulièrement pour le rassurer. Il lui promit également de le prévenir immédiatement s'il se sentait en danger. Ça ne réglait pas complètement le problème, mais c'était mieux que rien, et ça serait bien plus vivable que ces deux dernières semaines.

Restait à savoir s'ils avaient raison de penser que ces deux événements qui ne quittaient pas leur esprit n'avaient véritablement aucun lien entre eux.


La nuit était tombée depuis quelques heures. Le quartier était plongé dans le noir et le silence. Quelques lampadaires étaient allumés, l'un d'eux ne fonctionnait plus. Les habitants, avant d'aller se coucher, avaient sortis leurs container à poubelles pour le ramassage des ordures. Un chat passa sur la route, tranquillement, s'arrêta en plein milieu car aucune voiture ne passait à une heure aussi tardive. Il reprit sa route jusqu'à une pelouse, où il s'arrêta pour faire sa toilette. Un mouvement dans le buisson derrière lui le fit cependant fuir en courant. Une silhouette s'extirpa dudit buisson, et à pas de loups, il se dirigea vers la propriété attenante au jardin. Il s'était caché pour attendre que les rues soient vides, et qu'un seul des deux habitants de la maison y soit encore. Les volets étaient fermés, il ne parvenait pas à regarder à l'intérieur. Mais il était certain de ses informations, et avait pris toutes les précautions afin que sa mission se passe sans encombres. Il porta une main à sa hanche, vérifia que son flingue était bien là, puis s'approcha de la porte. Il attendit un instant, ne faisant aucun bruit pour ne pas se faire repérer, et pour écouter les bruits environnants. Puis, il tendit la main et la referma sur la poignée, prêt à entrer.

Ce fut à ce moment-là que la porte s'ouvrit, et il se la prit si violemment dans la tête qu'il s'évanouit et s'effondra au sol. Celui qui venait d'ouvrir la porte fronça les sourcils à cause du choc et de bruit suspect, et repéra le corps au sol.

-Bah merde.

Il resta interdit quelques secondes, puis comprit ce qui aurait pu lui arriver, et il se met instantanément à paniquer.

-Oh merde !

Immédiatement, il lâcha le sac poubelle qu'il tenait dans la main droite et attrapa son téléphone, composant à la hâte le numéro de son conjoint. Ce dernier répondit au bout de deux sonneries.

-Que se passe-t-il Baggy ?

-Shanks, tu vas pas le croire ! Y a un mec qu'a voulu entrer par effraction chez nous !

-Quoi ?! Qu'est-ce que tu...

-Je l'ai assommé par accident avec la porte en voulant sortir ! T'imagines, il aurait pu me buter !

-Calme-toi...

-Faut qu'on mette un détecteur de mouvement devant la maison, tu sais pour que ça allume une lumière quand y a quelqu'un qui passe.

-Baggy, écoute-moi ! Surveille ce type, je me dépêche, j'arrive tout de suite !

-D'accord, fais vite !

Il raccrocha et regarde l'homme inconscient à ses pieds. Et s'il se réveillait et l'attaquait ? Il pourrait le tuer ! Et si c'était un ami de ceux qui ont fais la prise d'otages ?! Ils en ont peut-être spécialement après lui ! Il devait l'attacher ! Mais s'il était entraîné pour se libérer des cordages comme dans les films policiers ?! Il doit prendre une double précaution ! Et s'armer pour lui résister au cas où ! Il courut jusqu'au garage et prit plusieurs cordes ainsi qu'un rouleau de gros scotch pour les déménagements. Il attacha sa victime malencontreuse plusieurs fois, et chercha quelque chose dans lequel il pourrait l'enfermer. Il regarda autour de lui et repéra le sac poubelle qu'il s'apprêtait à mettre dans un container à poubelles. Mais bien sûr ! Il le prit par les pieds et le traina jusqu'au container en question, et le balança à l'intérieur. Il ferma ensuite le couvercle avec le gros scotch, priant pour que ça tienne au moins jusqu'à l'arrivée de Shanks. Il alla ensuite à la cuisine pour se munir d'une poêle à frire afin de se défendre au cas où il reviendrait à lui. Il s'assit ensuite sur la poubelle et attendit en tremblant que son mari arrive pour le sauver.

Quand Shanks arriva, il se gara de travers, trop pressé de serrer son amant dans ses bras. Baggy n'eut même pas le temps de l'engueuler pour le temps qu'il avait mis que déjà les bras du roux se refermaient autour de lui. Il se sentit immédiatement apaisé par la chaleur de son homme, et il l'étreignit à son tour, bien heureux de l'avoir près de lui.

-Je suis soulagé de voir que tu n'as rien...

-Et moi donc !

-Où est cet enfoiré ?!

-Dans la poubelle.

Shanks fut quelque peu surpris, mais se reprit bien vite. Il ordonna à l'un de ses hommes de prendre en charge Baggy le temps qu'il s'occupe du malfrat. Il pensait savoir à quel groupe il appartenait, et ça le mettait dans une colère noire. La dernière fois qu'il en avait attrapé un, l'interrogatoire n'avait pas donné grand-chose. Mais celui-ci, il avait bien l'intention de lui faire cracher une ou deux informations.

Ce n'était peut-être pas professionnel, mais il allait en faire une affaire personnelle.


Les derniers événements survenus dans le paisible quartier de Fuschia n'étaient pas pour rassurer Vivi.

L'arrivée de la police la veille au soir l'avait réveillée, et après avoir appris ce qui avait failli arriver à Baggy, elle n'avait pas été capable de retrouver le sommeil. Elle avait quitté le lit assez tôt, avait pris une bonne douche, et maintenant, elle regardait la rue d'un regard attristé, une tasse de café fumant dans les mains. Nami était déjà partie travailler, elle était donc seule. Elle ne comprenait pas pourquoi, du jour au lendemain, tant d'horribles choses leurs tombaient dessus sans prévenir. Qu'avaient-ils fais de mal pour que toutes ces mauvaises personnes viennent s'en prendre à eux ? Comment faire pour que tout cela s'arrête enfin ? Qu'est-ce qui allait encore leur tomber dessus ?

-Bonjour Mademoiselle Nefertari.

Elle sursauta, manquant de faire tomber sa tasse de café. Elle la saisit à deux mains, souffla de soulagement, et se tourna vers la personne qui l'avait saluée.

-Bonjour Mr Orochi.

-Tu as l'air fatiguée, ma pauvre.

-Je n'ai pas très bien dormie...

-A cause de tout ce qui arrive ces derniers temps, n'est-ce pas.

Elle hocha la tête. Orochi prit un air peiné et détourna le regarde, gêné.

-J'imagine que ce n'est pas le bon moment pour te demander un service...

-Oh ne vous en faites pas pour moi ! Je serai ravie de vous venir en aide !

-C'est bien gentil de ta part !

-En quoi puis-je vous être utile ?

-Eh bien, j'ai reçu quelques factures, mais je ne suis pas très doué en arithmétique. Un peu d'aide ne serait pas de trop.

Il l'invita à venir chez lui afin de lui montrer les factures en question. Il lui signala qu'il devait d'abord aller lancer une machine dans son garage, et lui proposa de commencer sans lui, le nécessaire se trouvant sur la table de la cuisine. Elle partit devant sans se méfier. Au lieu d'aller dans son garage, Orochi entra chez la jeune fille et déposa un mot sur le meuble de l'entrée, bien en évidence pour qu'en rentrant, Nami le voit au moment de poser ses clés. Avec un sourire diabolique, il ferma la porte et rebroussa chemin pour rejoindre Vivi.

Vivi est avec moi. Si vous voulez la revoir vivante, contactez-moi pour discuter de la rançon. Orochi


L'auteur en a chié des briques pendant deux mois, mais le voilà enfin !

La scène du dîner de Sabo m'a vraiment pris la tête. J'arrivais pas à avancer, alors ça m'énervait, du coup j'y arrivais encore moins...
J'ai quand même réussi à pondre un truc plus long que prévu, pas tout à fait ce que je voulais cela dit...

La scène de Sanji et Usopp est aussi beaucoup plus longue que ce que j'avais prévu, mais à l'inverse de l'autre, elle a été très facile à rédiger !
J'ai dû modifier ce que j'avais initialement décidé pour correspondre au caractère de Sanji, ainsi qu'à la logique du reste de l'histoire.

A côté de ces deux interminables scènes, les autres paraissent toutes petites XD mais elles auront tout de même une grande importance pour la suite.

J'espère que ce chapitre vous a plu ! Désolée pour la longue attente et merci pour votre soutien !

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