Le passage rapide d'une voiture noire vint soulever les feuilles qui traînaient le long d'une route de campagne. La nuit commençait à tomber et le ciel s'était dégradé dans un mélange orangé et rosé des plus merveilleux. Septembre touchait à sa fin et déjà, les feuillages des arbres avaient commencé à se teinter de tons plus chauds.

Les premières gouttes de pluie de la soirée s'échouèrent sur le sol, alors que le moteur du véhicule s'arrêtait enfin. Après une heure de route, les roues avaient eu le temps de traverser des paysages bien différents, dont certains sols boueux et sales, venant décorer la route de quelques traces pleines de terre.

Une première portière s'ouvrit et quelques bruits de pas s'ajoutèrent à ceux de l'averse, avant qu'elle ne se referme dans un claquement sourd. Une chevelure blonde se distingua au milieu de la brume de fin de journée, dépassant tout juste du haut de la voiture et se dirigeant vers l'arrière de celle-ci.

La deuxième porte s'ouvrit et cette fois-ci, seul un petit saut se fit entendre sur le sol trempé du bord de la route. La portière claqua une seconde fois avant que n'apparaisse un grand parapluie noir, au-dessus de la voiture, coupant ainsi les gouttelettes d'eau dans leur trajet jusqu'aux deux sorciers présents au milieu de la campagne irlandaise.

Les phares du véhicule clignotèrent deux fois et le bruit significatif de fermeture résonna. Un coup de vent vint déstabiliser le grand parapluie noir, avant que celui-ci ne fasse son chemin vers la plaine de campagne qui s'étendait sur plusieurs hectares.

Quelques secondes passèrent avant que ne se dévoilent deux silhouettes, bien abritées sous le parapluie. L'une des deux semblait suspendue à l'autre, plus précisément accrochée à la hanche d'un grand homme blond : Drago Malefoy.

- La pluie, elle va s'arrêter, hein ? fit soudainement la voix fluette d'une petite fille.

- Je n'en sais rien, Rose, personne ne peut prévoir le temps qu'il fera, répondit l'homme d'une voix douce.

La dite-Rose se mura alors dans un silence de plomb, après avoir hoché la tête. La petite posa son menton sur l'épaule de Drago, alors que celui-ci les menait à travers les herbes hautes de la plaine.

- Je voulais qu'oncle Harry soit là, dit l'enfant d'un ton triste, seulement quelques secondes plus tard.

- Je sais, mon coeur. Il sera là la prochaine fois, il te l'a promis.

Elle hocha une nouvelle fois la tête et passa ses bras autour du cou de l'homme, qui regardait l'horizon dans l'espoir d'atteindre plus rapidement leur objectif.

Un grand coup de vent secoua les mèches brunes et bouclées de Rose, perturbant d'un même battement le costume bleu marine que portait Drago. La petite fille cacha son visage contre le cou de l'homme, tandis qu'il resserrait sa prise sous ses fesses pour qu'elle ne tombe pas.

La brise s'était vite transformée en un vent violent, mais cela ne sembla pas déstabiliser Drago de son but.

- J'ai froid, Papa, murmura Rose en se blottissant un peu plus contre le torse de son père.

- Nous y sommes presque, répondit-il simplement en accélérant le pas. Est-ce que tu as toujours ce que je t'ai donné tout à l'heure ?

- Oui.

Un simple mot, chuchoté au milieu d'une plaine agitée par la pluie et le vent. Pourtant, Drago distingua cette courte syllabe et hocha la tête, avant de poser ses lèvres sur le haut de la chevelure de sa fille.

Alors qu'il avançait, pas à pas, l'horizon commença à se dessiner plus clairement, malgré le brouillard opaque qui recouvrait les environs. Le bord d'une falaise apparut au bout de la plaine, laissant apercevoir l'océan au bord de celle-ci.

D'où ils se tenaient, Drago et Rose dominaient le lieu fait de pierres et d'eau salée, qui venait frapper la façade abrupte s'étendant sous leurs pieds. En quelques enjambées, ils avaient rejoint le bord et Drago put observer l'infini au-delà des nuages gris qui masquaient le ciel habituellement azur.

- Regarde, chuchota le blond à l'oreille de Rose.

Elle leva les yeux du cou de son père et put à son tour apercevoir la beauté du lieu qui s'étendait face à elle. Elle était si petite, comparée à la grandeur de l'endroit, entre terre et mer.

Elle posa sa joue sur le torse de Drago, sans quitter l'étendue d'eau des yeux. Ses petits poings étaient accrochés au costume probablement très coûteux de son père, ses jambes entouraient sa hanche et ses cheveux ondulés venaient chatouiller le menton barbu du blond.

Le spectacle auquel ils avaient droit était assurément l'un des plus somptueux d'Irlande.

- De l'autre côté, il y a l'Amérique, murmura Rose sans défaire ses yeux du paysage.

- C'est exact, acquiesça son père avec un léger sourire.

- Tu y es déjà allé ?

- Jamais.

- Tu voudrais ?

- Un jour peut-être. C'était un rêve quand j'avais ton âge.

- Pourquoi tu l'as jamais fait ? demanda-t-elle de sa voix innocente et enfantine.

- Parce que je n'en ai encore jamais eu l'occasion.

- Moi je veux y aller aussi, avec toi !

- Que tous les deux ? sourit-il en baissant les yeux pour la regarder.

- Non, avec Mimo, aussi !

- Va pour Mimo, alors.

- Mais Papa ?

- Oui, Rose ?

- Tu es sûr qu'ils acceptent les chats en Amérique ?

Un petit rire s'échappa des lèvres du blond, alors qu'il quittait sa fille de quatre ans des yeux.

- J'en suis certain, mon coeur.

Elle hocha la tête d'un air décidé et cela fit sourire encore davantage Drago. Elle reposa sa joue sur son torse et continua d'observer l'horizon en silence, celui-ci simplement dérangé par le son de gouttes sur le parapluie et des vagues qui s'écrasaient sur la falaise sous leurs pieds.

Le soleil commençait à disparaître face à eux, derrière l'océan, laissant ses derniers rayons éclairer les environs. Les nuages se faisaient rares au-dessus de l'eau, comme si le temps avait décidé d'épargner ces quelques centimètres de paysage.

- Papa ?

- Oui, Rose ?

- Maman est en Amérique, n'est-ce pas ? C'est pour ça qu'on vient ici ?

Drago haussa les sourcils à la remarque de sa fille et baissa une nouvelle fois les yeux vers elle, alors que le vent venait chatouiller les mèches blondes qui tombaient sur son front.

- Pourquoi penses-tu cela, mon coeur ?

- Parce que tu m'as dit qu'elle était avec Pattenrond maintenant et tu as aussi dit que les chats avaient le droit d'aller en Amérique.

Un sourire triste se dessina sur les lèvres du blond en entendant cela. Il ferma les yeux quelques secondes et le rouvrit ensuite pour observer l'océan, alors que le soleil qui disparaissait s'approchait de la ligne de l'horizon.

- Tu pleures, Papa ? s'inquiéta la voix de Rose.

Il tourna le regard vers elle et elle put y voir une légère humidité, qu'il s'empressa de chasser en clignant des yeux.

- Oui, Rose, mais ce n'est rien.

- Est-ce que c'est moi qui t'ai fait pleurer ?

- Non, ma chérie, tu n'y es pour rien.

- Alors pourquoi tu pleures ?

Il ne répondit pas immédiatement et se contenta d'observer l'océan, qui s'écroulait toujours contre la falaise, en silence. Le soleil allait bientôt disparaître.

- Tu te rappelles ce que je t'ai donné avant de partir ? lui demanda-t-il alors.

La petite hocha la tête et sortit un papier cartonné noir, au centre duquel se trouvait un minuscule trou, qu'elle tendit à son père. Celui-ci l'attrapa et le plaça à quelques centimètres de leurs deux têtes.

- Ceci est une invention de ta mère, commença-t-il alors à expliquer, tandis que la petite reposait son oreille contre son torse. Est-ce que tu te souviens de la légende moldue qu'elle nous racontait souvent avant de dormir ?

Elle fit non de la tête, d'un air légèrement moins gai qu'auparavant. Sa moue devenait plus triste, plus fatiguée.

- Je vais te la raconter alors, lui murmura-t-il d'une voix douce. L'histoire raconte qu'à l'heure où le soleil se couche, si l'on se rend à l'ouest du continent pour observer l'océan, les dernières minutes du soleil nous laisseront entrapercevoir nos êtres aimés, ceux qui nous ont quittés et qui ont rejoint le soleil et le ciel. Tu te souviens ?

Elle hocha lentement la tête.

- Est-ce qu'on va voir, Maman, alors ? Est-ce qu'on va la voir dans l'Amérique ?

- Je l'espère, Rose, mais pour cela, il faut utiliser l'invention de Maman, regarde.

Elle tourna la tête vers le petit carton noir que tenait son père et le vit le porter quelques centimètres plus haut. Au même instant, le soleil atteignit son point le plus bas et l'un des phénomènes les plus beaux qu'il était donné aux hommes de voir, survint.

Un rayon vert traversa l'horizon et en l'espace de quelques secondes, se répercuta à l'exact centre du papier cartonné. Durant ce qui sembla être l'éternité, mais qui ne dura en réalité qu'un dixième de seconde, Drago Malefoy put apercevoir le regard de sa femme au bout du rayon.

Celui-ci disparut en un clin d'œil, alors que les larmes montaient aux yeux de l'homme.

- Est-ce que tu as vu Maman ?! s'exclama la petite fille, en constatant le silence de son père. Est-ce que tu l'as vu dans l'Amérique ?

- Oui, Rose. Elle était dans l'Amérique.